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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 12:41

L01.jpgChroniques de la fin du monde

Susan Beth Pfeffer

éditions Pocket jeunesse

(3 tomes)

 

Oui, le rythme du blog s'est un peu ralenti ces derniers temps; oui, cela risque d'être ainsi jusqu'à début août mais ce sont les vacances, il fait beau et puis voilà d'abord... Pour me faire pardonner, nous n'allons pas parler de un mais de trois livres aujourd'hui. Place aux Chroniques de la fin du monde...

Dans une petite ville de Pensylvannie, Miranda vit sa vie d'adolescente lambda; elle a des amies, deux frères dont elle est plutôt proches et une mère très protectrice. Son père va avoir un bébé avec sa nouvelle femme et la jeune fille n'a d'autres préoccupations dans la vie que de savoir si oui ou non elle va avoir de bonnes notes et si quelqu'un va se décider à l'inviter au bal de promo. Mais un soir de mai, un astéroïde percute la lune et la fait se rapprocher de la Terre. Aussitôt, les catastrophes s'enchaînent: séismes, raz-de-marées, inondations... L'électricité est coupée, les cultures sont détruites. Le monde bascule dans le chaos et Miranda et sa famille vont devoir apprendre à survivre. A New-York, Alex, jeune garçon studieux, a encore moins de chance: ses parents, absents lors du drame, ont disparu, son frère militaire ne peut les rejoindre et l'adolescent se retrouve en charge de ses deux petites soeurs. L'hiver va être long....

La trilogie de Susan Beth Pfeffer est bâtie sur un modèle "traditionnel": le premier volume, narré sous la forme d'un journal, relate l'histoire de Miranda; le second volume s'intéresse à Alex et à sa famille; enfin, le dernier tome rassemble les personnages, du moins ceux qui survivent... Destiné à un public adolescent, Chroniques de la fin du monde est une oeuvre plutôt noire, assez proche dans l'esprit de Gone. L'auteur excelle dans les descriptions sombres et n'épargne à son lecteur aucun détail. Nous assistons pas à pas à la lente descente aux enfers de Miranda et d'Alex, chacun en prise avec ses propres difficultés, chacun s'accrochant à l'espoir sans cesse déçu d'un retour à la normal. Ce qui est intéressant, c'est que "la fin du monde" n'est pas vécue de façon collective mais prend la forme d'une aventure individuelle; pour les personnages, peu importe le nombre de victimes dans le monde ou même aux Etats-Unis. Tout ce qui les intéresse, c'est leur survie immédiate et un univers qui se réduit aux murs de leurs habitations... Pas de bons sentiments ni d'actes de bravoure: la mère de famille, généreuse en temps ordinaire, laisse ses enfants piller les maisons des voisins, le gentil petit catholique détrousse les cadavres... Les deux premiers tomes de la série, d'une violence rare, se dévorent d'une traite; le troisième tome, plus court et plus lisse, est le moins intéressant, l'auteur se sentant obligée d'introduire une histoire d'amour un peu bancale et du coup de laisser place à de bons sentiments. Ceci dit, la trilogie reste d'un très bon niveau; à titre de comparaison, je l'ai lue avec le même intérêt que Hunger Games. A découvrir sans tarder...

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 21:51

L02.jpgContes de la lune

Elisabeth Delaigle

éditions Persée

 

J'avais promis quelque chose de plus léger après Goethe, alors, avant de retourner dans des livres noirs et apocalyptiques au prochain épisode, parlons un peu d'un recueil, Contes de la lune, d'Elisabeth Delaigle, que cette dernière m'a très gentiment fait lire.

Les contes de la lune, livre pour enfants, renoue, comme son nom l'indique, avec le genre du conte dans la forme que nous connaissons le plus: de courtes histoires souvent merveilleuses et qui, pour caricaturer, finissent bien. C'est un genre que j'aime beaucoup, souvent décrié à cause de son style faussement naïf et qui le relègue généralement dans l'univers enfantin. De fait, ici, Elisabeth Delaigle prend clairement le parti de s'adresser aux enfants et n'a nulle prétention philosophique si ce n'est de divertir les plus jeunes et de les faire rêver, s'appuyant pour cela sur la lune, fil rouge du livre.

Comme dans tout recueil de textes, les risques sont multipliés (ici par sept) puisque chaque histoire se doit d'être réussie contrairement à un roman qui peut se permettre d'être plus inégal. L'auteur ne s'en sort pas trop mal. Certes, certaines histoires m'ont laissée froide: Les croqueuses de lune, qui met en scène des souris, partait sur une idée amusante mais le conte traîne en longueur et est martelé de beaucoup trop de points d'exclamations à mon goût. En revanche, les autres textes sont, à mon sens, beaucoup plus réussis: mention spéciale à La voleuse de lune qui met en scène une chatte déterminée à voler la lune pour se faire aimer d'un compagnon moqueur ou encore à La fileuse de lune qui renoue avec le conte de fée traditionnel, Raiponce et La Belle au bois dormant revisités de façon originale. L'ensemble forme un joli tout encore un peu maladroit dans le style (première oeuvre?) mais très rafraîchissant et illustré par des dessins épurés qui donnent au recueil une marque toute personnelle... A lire aux enfants avant de les coucher!

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:26

L05.jpgLes années d'apprentissage de Wilhelm Meister

Goethe

éditions Gallimard

 

 

Il n'y a rien de plus décevant que d'avoir apprécié le roman d'un auteur et d'attaquer avec confiance un autre de ses titres pour s'apercevoir que non, on n'accroche pas du tout avec celui-là.  Ainsi, si vous vous en souvenez, j'avais fait une note l'année dernière sur Les souffrances du jeune Werther de Goethe et c'est donc pleine d'optimisme que je pensais apprécier une autre de ses oeuvres. Hélas, cela n'a pas été le cas.

Wilhelm est un jeune homme issu d'une famille bourgeoise; ses parents le destinent au commerce, mais Wilhelm lui, se découvre une passion dévorante pour le théâtre. Il tombe amoureux d'une belle actrice, Marianne, qui lui brise le coeur, puis, envoyé à travers le monde pour apprendre les ficelles de la vente, se retrouve bientôt à la tête d'une troupe d'acteurs. Entouré par la légère Philine, un couple âpre au gain, une fillette quasi-muette, un harpiste tourmenté  ou encore un misogyne convaincu, Wilhelm ne tarde pas à se rendre compte que le monde du théâtre n'a rien d'une partie de plaisir. Le voilà sur le chemin d'un apprentissage long et douloureux qui sera marqué par des rencontres, des souffrances et des choix.

Bon, je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai détesté ce livre, long, très long. Les cinq premières parties, marquées par les tribulations des comédiens, sont même plutôt amusantes. Ah, les Melina, ce couple si mignon des premières pages qui, au fil du récit se transforme en boulets matérialistes! Ah la frivole Philine qui lance au héros cette si jolie réplique: "Et si je t'aime, est-ce que ça te regarde?" ah la douce Mignon, le désenchanté Laerte... J'ai en revanche complètement décroché à la sixième partie,  "Confessions d'une belle âme", lettre d'un nouveau personnage qui va servir à introduire de nouveaux protagonistes tout en permettant à Goethe d'esquisser ses propres théories et de faire de son livre un pensum bien ennyeux par la suite. De façon générale, l'ambition de l'auteur était clairement d'établir un parallèle entre le monde du théâtre et la vie, soulignant de la sorte que le monde n'est qu'une gigantesque pièce où chacun joue son propre rôle. Là encore, ça passe bien dans les premières parties, légères et propres à la démonstration. Mais quand la pièce devient tragédie, Goethe tombe dans la surrenchère avec des morts mises en scènes et qui de ce fait perdent de leur émotion, des coups de théâtre souvent tirés par les cheveux et des amours qui paraissent artificielles. Comment l'auteur du si émouvant Werther a-t-il pu faire une oeuvre aussi fade, aussi froide? Pas de sentiments, rien que de la mise en scène et un héros qui, en fin de compte, était plus touchant au début de son histoire, des héroïnes qui sont moins intéressantes que les personnages féminins secondaires (entre Philine et l'ennuyeuse Thérèse ou la très vertueuse Nathalie, y a pas photo) et une philosophie plus que contestable. Non, franchement, rien à dire, le style est là mais les sentiments ont disparu; Goethe de Werther est passé à Wilhelm mais, pour ma part, je ne suis pas satisfaite du résultat...

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 10:43

L03.jpgLa mort s'invite à Pemberley

PD James

éditions Fayard

 

Inconditionnelle des oeuvres de Jane Austen, PD James a décidé de lui rendre hommage en écrivant un livre qui reprend les personnages d'Orgueil et préjugés. Cependant, cette suite ne relève pas de n'importe quel genre  mais du roman policier. Ainsi Elisabeth et monsieur Darcy, mariés et vivant heureux dans leur belle demeure de Pemberley, ont un soir la désagréable surprise de voir débarquer Lydia, la soeur écervelée de Elisabeth, hurlant que son mari a été assassiné dans les bois. Mais ce n'est pas le cadavre de Wickham que Darcy retrouve; c'est celui de l'ami de ce dernier, Dennis, frappé de toute évidence d'un coup à la tête. Au-dessus de lui, Wickham pleure en s'accusant d'être la cause de cette mort. Que s'est-il passé? Est-ce vraiment l'inconstant et l'amoral Wickham le meurtrier? Nous sommes en Angleterre au XIXème siècle et, une chose est sûre, l'enquête s'avère difficile...

Je ne suis pas une fanatique des "suites" quand elles sont repris par d'autres. Ici, cela me gêne beaucoup moins dans la mesure où il s'agit d'une suite abordée sous un angle tout à fait différent, l'intrigue policière, et amenée avec beaucoup d'humilité par l'auteur elle-même. Et puis, il faut dire ce qu'il est, c'est quand même agréable de retrouver des personnages que l'on a aimé et de se poser une fois la question: "oui, mais que sont-ils devenus?". PD James s'est soigneusement penchée sur le sujet et, avant même d'attaquer son intrigue policière, elle prend un certain temps pour revenir sur le parcours des différents protagonistes. C'est d'ailleurs là où le bât blesse. La mort s'invite à Pemberley est, de ce fait, un livre très bavard (trop?) qui ne tient pas ses promesse; l'intrigue met du temps à démarrer et est souvent interrompue par des considérations à mon sens inutiles. PD James semble si soucieuse de préserver l'univers d'Austen qu'elle délaisse complètement le sien. Quand enfin le suspens s'installe, que le mystère s'épaissit et que le lecteur commence réellement à s'interroger, l'intrigue est résolue par un rebondissement un peu cousu de fil blanc et laisse de nouveau place à un dénouement interminable. Pour résumer, le style est là, l'envie est là aussi, mais le rythme ne suit pas. De même,  le style de l'humour bien particulier d'Austen ne se retrouve pour le coup absolument pas dans La mort s'invite à Pemberley. Je pense que les inconditionnels de l'illustre romancière y trouveront ceci dit plus ou moins leur compte. En revanche, contrairement à ce qu'affirme la quatrième de couverture,  les amateurs de PD James ne seront sans doute pas très heureux de voir leur auteur favori s'effacer derrière un monstre de la littérature....

 

Ps: Un petit mot en vitesse pour vous signaler que désormais, le blog a sa propre page sur Facebook:


http://www.facebook.com/pages/Le-blog-de-Beux/326406290772819?notif_t=page_new_likes


J'invite tous ceux qui sont sur Facebook et qui le souhaitent à y adhérer, cela leur permettra d'être mis au courant des dernières notes. Par ailleurs je profiterais peut-être de cette page pour mettre des anecdotes de libraires ou des informations diverses ou variées, en fait je sais pas encore du tout, je suis déjà heureuse d'avoir réussi à créer cette page toute seule comme une grande, donc on verra! A bientôt!

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 18:18

L01.jpgLe voyage des pères

David Ratte

éditions Paquet

 

ça se passe en l'an 32 et 33. Jonas brave vieux sans histoires, pêche avec ses deux fils André et Pierre. Un homme arrive, parle aux deux jeunes hommes et les persuade de le suivre, se faisant passer pour le Messie venu sauver l'humanité. Pour Jonas, c'est le choc et la colère: qu'est-ce qui permet à ce Jésus d'embarquer ses garçons comme ça? Qui va l'aider à ramener à manger? Ni une ni deux, Jonas décide de se lancer à leurs trousses. Il est bientôt rejoint dans sa quête par deux pères "victimes" eux aussi de l'endoctrinement de leurs enfants: Alphée, père de Matthieu, et Simon, père de Judas. Deux prostituées croisent leur route, elle aussi à la recherche de Jésus de Nazareth, mais pour d'autres raisons...

Road-movie biblique, Le voyage des pères a décidé d'aborder les évangiles d'une façon plutôt particulière, sous un autre angle dirons-nous. Ainsi l'humour provient du décalage entre les faits rapportés et le personnage de Jonas, vieillard bougon, un peu simple et de mauvaise foi qui voit en Jésus un voleur d'enfants sans scrupules. Ses miracles? Des tours de passe-passe! Sarcastique, le père n'a pas la langue dans sa poche et ses répliques sont souvent drôles. La BD n'est pas pour autant irrévérencieuse et certaines scènes pourraient même sembler un peu gnangnan à certains. Heureusement ces scènes sont "compensées" par d'autres plus légères: l'association de soutien aux victimes du nazaréen, le récit d'un homme furieux car Jésus a pollué les côtes en balançant des porcs à la mer, l'homme possédé qui chante du Alizée... Le tout est servi par un très joli dessin. Bd décalée, très tendre et très drôle à la fois, Le voyage des pères est une jolie réussite: récompensée par plusieurs prix, il serait dommage de passer à côté...

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 09:20

L01.jpgLes jeunes filles

Henry de Montherlant

éditions Gallimard

 

"Tout ce qui naît de vous est mêlé, a double face (...) Vous versez tour à tour, presque ensemble, le poison et le remède, mais de façon assez savante pour qu'on ne soit ni tué par le poison, ni guéri tout à fait par le remède.(...) si vous jouez ce jeu en toute lucidité avec moi, je vous dis simplement: je ne suis pas assez forte pour vous, je fais "pouce". Et d'ailleurs je ne suis plus dans le jeu. Vous m'avez été jadis un élément de fécondité intérieure, de vitalité, de tourment actif. A présent il n'y a plus rien. Vous avez momifié la tendresse si fraîche, si profonde, si absolue que j'avais pour vous. Vous avez été une sorte de gelée blanche: vous avez fait avorter des sentiments qui, épanouis, eussent pu donner des  fruits admirables."

 

On passe du coq à l'âne avec un livre d'une rare cruauté, écrit entre deux-guerres. Costal, Don Juan des temps modernes, est un écrivain célèbre dont les femmes tombent toutes amoureuses et qui collectionnent les conquêtes féminines avec une facilité déconcertante. L'une de ses admiratrices, Andrée Hacquebaut s'est liée d'amitié avec lui pour finir par succomber à son charme. Sensible à la culture de la jeune femme, Costal n'est cependant touché ni par ses lettres enflammées (demeurant souvent sans réponse) et pas davantage par un physique ordinaire voire ingrat. S'il a assez pitié d'elle pour lui offrir son amitié, il ne peut se résigner ni à lui briser le coeur une bonne fois pour toute, ni à coucher avec elle pour s'en débarrasser pour de bon. Costal joue avec Andrée tout comme il joue avec Thérèse, une autre admiratrice illuminée ou encore avec la jeune Solange, une toute jeune fille qu'il séduit avec une facilité déconcertante...

Dans Les jeunes filles, la narration traditionnelle est interrompue par les lettres brûlantes de Andrée ou de Thérèse, la correspondance glaciale de Costal, des petites annonces matrimoniales, des réflexions sur les relations homme/femme...Le ton est cynique, les descriptions cliniques. Les femmes sont totalement mises à nu, et cette nudité n'a rien de bien glorieuse: Thérèse, mystique au bord de la folie, Andrée, la vieille fille frustrée dans un amour qu'elle croit réciproque, Solange, la jeune oie molassonne qui se prête à tout sans dire un seul mot... A l'inverse, Costal reste muré dans son mystère, semblant indifférent à la douleur et même au plaisir. Les rapports entre sexes sont décrits sans complaisance; pour le narrateur (et sans doute pour Montherlant) hommes et femmes ne peuvent vivre ensemble car ils ne partagent pas les mêmes aspirations. L'homme ne veut pas se marier, la femme si, la femme dépend de l'homme, l'homme ne dépend de personne... Toutes ces affirmations sont bien sûr à replacer dans leur contexte. Ce qui est surtout intéressant dans ce roman, en-dehors d'un style impeccable, c'est l'analyse des sentiments; Thérèse est caricatural et le personnage de Solange insuffisamment développée (il le sera davantage dans les romans suivants d'après ce que j'ai compris) mais celui de Andrée est touchant et agaçant à la fois, toute sa personnalité révélée sans pudeur à travers des lettres tour à tour désespérées et furieuses, joyeuses et calmes. A un moment donné du récit, le narrateur dit que pour aimer les femmes, il faut renoncer à les comprendre. Montherlant a clairement fait le choix de les comprendre.

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 19:09

L02.jpgIntuitions t.3

Infini

Rachel Ward

éditions Michel Lafon

 

Quatre ans se sont écoulés depuis le "chaos" qui a secoué le monde et anénanti une grande partie de l'humanité. Adam, le héros du tome 2, doté du pouvoir de prédire la mort des gens rien qu'en les regardant, vit désormais avec Sarah, sa fille Mia et ses deux frères. Recherché, il fuit un gouvernement désireux de le capturer pour étudier son talent et vit comme la plupart des survivants, dehors, luttant pour subvenir aux besoins des siens. Mais un jour, des hommes le rattrapent et l'embarquent ainsi que Mia et Sarah, enceinte de son enfant. Ils prétendent avoir des intentions humanistes mais Adam n'est pas dupe et les événements lui donnent bientôt raison...

Clôturant la série, le tome 3 de Intuitions, à défaut d'être le chef-d'oeuvre du siècle, s'est révélé être une agréable surprise. Moins épais que le précédent volume, l'intrigue est davantage condensé et garde sa force tout du long grâce à de multiples rebondissements. Le style est soigné, les personnages sont attachants: la petite Mia, la douce Sarah, Adam le déterminé... Même le "méchant" a une certaine épaisseur. C'est assez rare dans un roman adolescent pour le souligner. Le style est certes un peu faiblard: je regrette en particulier ces passages larmoyants et sentimentaux qui parsemaient déjà le premier et second volume et qui tombent comme un cheveu sur la soupe, surtout dans le monde post-apocalyptique dépeint par l'auteur. Les personnages apparaissent parfois un peu trop tendres et ce n'est pas crédible après toutes les épreuves traversées. Il manque à Rachel Ward la cruauté d'un Grant dans Gone pour faire de son univers une véritable réussite. Je vais sans doute me faire des ennemis mais, pour moi, l'écriture de Ward est trop féminine, trop délicate: on sent une certaine répulsion de l'auteur à aller jusqu'au bout de l'horreur alors que son thème s'y prête pourtant à merveille. Mais bon, c'est un point de détail. De façon générale, les mauvais romans fantastiques pour ados ont tellement fleuri ces derniers temps qu'on ne peut que saluer un récit original, écrit correctement et qui, pour une fois, ne prend pas son lecteur pour un demeuré avide uniquement d'histoires d'amour et de vampires.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:32

L01.jpgProfanation

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

 

 

Carl Morck a plutôt de quoi être heureux pour son retour de vacances; grâce à son succès dans la résolution de l'affaire Merete Lyyngaard (cf la note sur Miséricorde), le département V créé dans le but de reprendre de vieilles affaires non classées a le vent en poupe et la faveur de ses supérieurs. Seulement, Carl s'en moque éperdument: il n'a pas envie de retourner travailler et de faire front à l'enjoué Assad, son mystérieux assistant syrien pas toujours très subtil dans ses méthodes d'interrogatoire, pas plus qu'il n'a envie de se coltiner une nouvelle secrétaire, la terrible Rose. Cependant, bientôt, le devoir le rattrape: sur son bureau, Carl découvre un dossier théoriquement classé sur le meurtre de deux jeunes gens dans la demeure familiale. Si le coupable s'est dénoncé, notre inspecteur ne tarde pas à se rendre compte que des zones d'ombre demeurent dans cet assassinat particulièrement violent et qu'il met en cause des personnalités influentes du pays, autrefois gosses de riches dans une école privée. A ses dépens, Carl ne tarde pas à se rendre compte qu'il avance sur un terrain miné: sa quête de la vérité pourrait lui faire de puissants ennemis et lui coûter sa carrière...

C'est un peu une enquête à la Columbo: nous connaissons déjà plus ou moins les coupables et l'intérêt du roman va essentiellement être de voir comment Carl et son équipe vont pouvoir les coincer. Les personnages sont toujours aussi aussi remarquablement traités, que ce soit l'inspecteur bougon, sa secrétaire déjantée ou l'assistant survolté. Les "méchants" sont également bien mis en scène, l'auteur s'intéressant plus particulièrement à Kimmie, une ancienne membre du groupe qui, suite à un événement douloureux, a décidé d'exterminer ses anciens alliés. Et quels alliés! Que dire de ces hommes dont la seule passion est de tuer par plaisir et qui conçoivent le meurtre comme une gigantesque partie de chasse? Les descriptions des violences gratuites font parfois froid dans le dos, confirmant le talent de Jussi Adler Olsen pour alterner registre sombre et registre plus léger. Contrairement à Miséricorde, pourtant de très bonne facture également, l'intrigue est beaucoup plus soignée, sans doute parce que l'auteur ne se soucie pas d'un quelconque effet de surprise, préférant jouer sur une confontration finale particulièrement réussie. Je ne suis pas, loin s'en faut, une adepte des polars scandinaves, mais j'avoue que Jussi Adler Olsen et son personnage de Carl Morck ne sont pas loin de rivaliser dans mon coeur avec Fred Vargas et son Adamsberg...

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 13:48

L02.jpgMon doudou divin

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

 

 

Après Le mec de la tombe d'à côté et Le caveau de famille, la très sympathique Katarina Mazetti s'attaque à un thème beaucoup plus casse-gueule avec Mon doudou divin: la croyance religieuse.

L'histoire est celle de Wera, pigiste dans une petite ville et qui, découvrant une annonce pour un stage de spiritualité, décide de s'y inscrire incognito pour faire un article là-dessus. Elle débarque ainsi à la Béatitude (ça ne s'invente pas) et fait la connaissance de ses hôtes, Adrian, un nouveau genre de gourou, sa compagne Annette et ses compagnons de stage: le gentil Karim, iranien musulman qui souhaite réconcilier les trois religions monothéistes entre elles, Madeleine qui porte un mystérieux sac à dos jour et nuit et qui tente de se libérer d'un lourd secret, Bertil, un médecin ayant quitté son activité pour d'obscures raisons et, enfin, la femme invisible, la Dame Grise, dont au fond personne ne sait rien. Durant trois semaine, ce groupe va apprendre à se connaître et, surtout, à l'exception de Wera l'observatrice cynique, chacun va s'efforcer de définir sa croyance....

Fonctionnant sous forme de huis-clos, la narration de Mon doudou divin est calquée sur le même modèle que Le mec de la tombe d'à côté: deux protagonistes qui, tour à tour, prennent la parole pour rendre compte des événements. Dans le cas présent, il s'agit de Wera et de Madeleine. J'avoue avoir été un peu déçue par ce système déjà vu et qui, de plus, délaisse du coup les autres personnages de l'histoire, à mon sens tout aussi importants. Cela manquait d'audace et d'innovation et, de façon générale, ce serait la critique principale que je ferais de cet ouvrage. L'auteur, quand elle parle de spiritualité, se contente de lancer quelques platitudes; les religions qui détruisent tout, les femmes dominées, s'il y a un Dieu comment peut-il tolérer toutes les souffrances dans notre monde, s'il n'y en a pas notre vie a-t-elle un sens, où allons-nous, etc.On se dirait presque dans un groupe de paroles pour ados. Globalement, Katarina Mazetti semble avoir entamé son livre de la même façon que ses personnages; dans l'incertitude mais avec l'espoir de découvrir quelque chose au fil du texte. Raté pour elle, raté pour son lecteur. Côté spiritualité nous n'apprendrons rien (en même temps c'est pas le but) et les réflexions énoncées dans le récit ne nous transporteront pas vers une quelconque extase mystique. Reste ceci dit le point fort de l'auteur: des personnages très bien rendus; le naïf et optimiste Karim, l'énigmatique Dame Grise et ses jolis poèmes, les interrogations non résolues de Bertil, le cynisme de Wera qui, de façon ironique, en apprendra beaucoup moins sur ses compagnons de stage alors qu'elle était là pour ça que Madeleine qui fera l'effort de parler avec eux... Les dialogues, les interactions entre protagonistes et leurs réparties parfois drôles parfois émouvantes corrigent un fond mal maîtrisé ou peut-être trop ambitieux. Ainsi,  si Mon doudou divin me semble beaucoup moins percutant que les deux précédents romans que j'ai lu d'elle, Katarina Mazetti sauve les meubles en nous proposant un récit honnête qui apporte plus de questions que de réponses certes, mais qui nous invite à ne jamais renoncer à chercher. Et, après tout, n'est-ce pas le propre de la croyance?

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 14:15

L06.jpgChansons populaires de l'ère Showa

Ryû Murakami

éditions Picquier

 

 

Eh non, aujourd'hui nous n'allons pas parler du gentil Haruki Murakami et de ses ouvrages à la lisière de l'onirique. Aujourd'hui, place à son double maléfique, Ryû Murakami dont les oeuvres n'ont strictement rien à voir avec son homonyme.

Nous sommes à Chôfu, une petite ville près de Tokyo où vivent six jeunes désoeuvrés, étudiants ou faisant de petits boulots. Ils se sont rencontrés par hasard et n'ont pas forcément grand-chose à se dire, si ce n'est qu'ils partagent la même indifférence et la même amoralité et ont pris l'habitude de se réunir pour chanter en karaoké. Un jour, l'un d'eux, après l'une de leurs petites fêtes, tue une femme dans la rue d'un coup de couteau, juste comme ça. Un acte que ses camarades considèrent avec admiration et qui contribue à créer des liens. Mais ce meurtre ne demeure pas impuni: en effet, la femme faisait partie d'un club de quadragénaires célibataires ou divorcées, dont le seul point commun était le prénom: Midori. Les Midoris restantes, au nombre de cinq, découvrent qui a fait le coup et décident de se faire justice elles-mêmes. La guerre est déclarée entre les deux groupes, une guerre qui va de plus en plus loin dans la surrenchère de la violence et qui va décimer les deux bandes...

Chansons populaires de l'ère Showa n'a rien d'un livre bien propret. Murakami est ce que je pourrais qualifier d'auteur amoral: il ne cherche ni à éduquer son lecteur ni à lui présenter des personnages sympathiques ou ambigus. Ces "héros" sont il faut bien l'avouer particuliers et plutôt monstrueux, que ce soit les six hommes déjantés ou les glaciales Midoris, frustrées. Plus étonnant, ils ne deviennent humains, voire même attachants, que lorsqu'ils préparent leur vengeance et ne se découvrent des liens que lorsqu'ils se trouvent un ennemi commun. Rien de tel pour unir des gens que de les faire se battre contre d'autres n'est-ce pas? Cynique, Murakami se complait dans des descriptions quasi-cliniques, froides, sanglantes avec ça et là quelques touches d'humour grinçant (le personnage de l'étudiante est tout simplement fabuleux) et pose sur la société japonaise un regard sans complaisance. En effet, Murakami juge moins sévérement ces héros, hommes ou femmes, que la société qui les entoure: des gens qui se détournent d'un cadavre encore frais, une justice impuissante à trouver des coupables... Les Midoris et les six jeunes sont peut-être des monstres, mais ce sont des monstres vivants, évoluant au sein d'un monde indifférent et terne. A l'exception d'une étudiante, personne se détache de cette grisaille urbaine  rythmée par des chansons de karaokés et des coups de couteaux. Ni les Midoris, ni même leurs rivaux n'avaient la tête de meurtriers, tout comme tous ceux qui sur leur chemin les aident à en devenir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour Murakami, la violence est devenue le seul moyen d'exister aujourd'hui. Et c'est peut-être au fond ce qu'il y a de plus terrifiant...

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