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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 11:32

L01.jpgProfanation

Jussi Adler Olsen

éditions Albin Michel

 

 

Carl Morck a plutôt de quoi être heureux pour son retour de vacances; grâce à son succès dans la résolution de l'affaire Merete Lyyngaard (cf la note sur Miséricorde), le département V créé dans le but de reprendre de vieilles affaires non classées a le vent en poupe et la faveur de ses supérieurs. Seulement, Carl s'en moque éperdument: il n'a pas envie de retourner travailler et de faire front à l'enjoué Assad, son mystérieux assistant syrien pas toujours très subtil dans ses méthodes d'interrogatoire, pas plus qu'il n'a envie de se coltiner une nouvelle secrétaire, la terrible Rose. Cependant, bientôt, le devoir le rattrape: sur son bureau, Carl découvre un dossier théoriquement classé sur le meurtre de deux jeunes gens dans la demeure familiale. Si le coupable s'est dénoncé, notre inspecteur ne tarde pas à se rendre compte que des zones d'ombre demeurent dans cet assassinat particulièrement violent et qu'il met en cause des personnalités influentes du pays, autrefois gosses de riches dans une école privée. A ses dépens, Carl ne tarde pas à se rendre compte qu'il avance sur un terrain miné: sa quête de la vérité pourrait lui faire de puissants ennemis et lui coûter sa carrière...

C'est un peu une enquête à la Columbo: nous connaissons déjà plus ou moins les coupables et l'intérêt du roman va essentiellement être de voir comment Carl et son équipe vont pouvoir les coincer. Les personnages sont toujours aussi aussi remarquablement traités, que ce soit l'inspecteur bougon, sa secrétaire déjantée ou l'assistant survolté. Les "méchants" sont également bien mis en scène, l'auteur s'intéressant plus particulièrement à Kimmie, une ancienne membre du groupe qui, suite à un événement douloureux, a décidé d'exterminer ses anciens alliés. Et quels alliés! Que dire de ces hommes dont la seule passion est de tuer par plaisir et qui conçoivent le meurtre comme une gigantesque partie de chasse? Les descriptions des violences gratuites font parfois froid dans le dos, confirmant le talent de Jussi Adler Olsen pour alterner registre sombre et registre plus léger. Contrairement à Miséricorde, pourtant de très bonne facture également, l'intrigue est beaucoup plus soignée, sans doute parce que l'auteur ne se soucie pas d'un quelconque effet de surprise, préférant jouer sur une confontration finale particulièrement réussie. Je ne suis pas, loin s'en faut, une adepte des polars scandinaves, mais j'avoue que Jussi Adler Olsen et son personnage de Carl Morck ne sont pas loin de rivaliser dans mon coeur avec Fred Vargas et son Adamsberg...

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 13:48

L02.jpgMon doudou divin

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

 

 

Après Le mec de la tombe d'à côté et Le caveau de famille, la très sympathique Katarina Mazetti s'attaque à un thème beaucoup plus casse-gueule avec Mon doudou divin: la croyance religieuse.

L'histoire est celle de Wera, pigiste dans une petite ville et qui, découvrant une annonce pour un stage de spiritualité, décide de s'y inscrire incognito pour faire un article là-dessus. Elle débarque ainsi à la Béatitude (ça ne s'invente pas) et fait la connaissance de ses hôtes, Adrian, un nouveau genre de gourou, sa compagne Annette et ses compagnons de stage: le gentil Karim, iranien musulman qui souhaite réconcilier les trois religions monothéistes entre elles, Madeleine qui porte un mystérieux sac à dos jour et nuit et qui tente de se libérer d'un lourd secret, Bertil, un médecin ayant quitté son activité pour d'obscures raisons et, enfin, la femme invisible, la Dame Grise, dont au fond personne ne sait rien. Durant trois semaine, ce groupe va apprendre à se connaître et, surtout, à l'exception de Wera l'observatrice cynique, chacun va s'efforcer de définir sa croyance....

Fonctionnant sous forme de huis-clos, la narration de Mon doudou divin est calquée sur le même modèle que Le mec de la tombe d'à côté: deux protagonistes qui, tour à tour, prennent la parole pour rendre compte des événements. Dans le cas présent, il s'agit de Wera et de Madeleine. J'avoue avoir été un peu déçue par ce système déjà vu et qui, de plus, délaisse du coup les autres personnages de l'histoire, à mon sens tout aussi importants. Cela manquait d'audace et d'innovation et, de façon générale, ce serait la critique principale que je ferais de cet ouvrage. L'auteur, quand elle parle de spiritualité, se contente de lancer quelques platitudes; les religions qui détruisent tout, les femmes dominées, s'il y a un Dieu comment peut-il tolérer toutes les souffrances dans notre monde, s'il n'y en a pas notre vie a-t-elle un sens, où allons-nous, etc.On se dirait presque dans un groupe de paroles pour ados. Globalement, Katarina Mazetti semble avoir entamé son livre de la même façon que ses personnages; dans l'incertitude mais avec l'espoir de découvrir quelque chose au fil du texte. Raté pour elle, raté pour son lecteur. Côté spiritualité nous n'apprendrons rien (en même temps c'est pas le but) et les réflexions énoncées dans le récit ne nous transporteront pas vers une quelconque extase mystique. Reste ceci dit le point fort de l'auteur: des personnages très bien rendus; le naïf et optimiste Karim, l'énigmatique Dame Grise et ses jolis poèmes, les interrogations non résolues de Bertil, le cynisme de Wera qui, de façon ironique, en apprendra beaucoup moins sur ses compagnons de stage alors qu'elle était là pour ça que Madeleine qui fera l'effort de parler avec eux... Les dialogues, les interactions entre protagonistes et leurs réparties parfois drôles parfois émouvantes corrigent un fond mal maîtrisé ou peut-être trop ambitieux. Ainsi,  si Mon doudou divin me semble beaucoup moins percutant que les deux précédents romans que j'ai lu d'elle, Katarina Mazetti sauve les meubles en nous proposant un récit honnête qui apporte plus de questions que de réponses certes, mais qui nous invite à ne jamais renoncer à chercher. Et, après tout, n'est-ce pas le propre de la croyance?

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 14:15

L06.jpgChansons populaires de l'ère Showa

Ryû Murakami

éditions Picquier

 

 

Eh non, aujourd'hui nous n'allons pas parler du gentil Haruki Murakami et de ses ouvrages à la lisière de l'onirique. Aujourd'hui, place à son double maléfique, Ryû Murakami dont les oeuvres n'ont strictement rien à voir avec son homonyme.

Nous sommes à Chôfu, une petite ville près de Tokyo où vivent six jeunes désoeuvrés, étudiants ou faisant de petits boulots. Ils se sont rencontrés par hasard et n'ont pas forcément grand-chose à se dire, si ce n'est qu'ils partagent la même indifférence et la même amoralité et ont pris l'habitude de se réunir pour chanter en karaoké. Un jour, l'un d'eux, après l'une de leurs petites fêtes, tue une femme dans la rue d'un coup de couteau, juste comme ça. Un acte que ses camarades considèrent avec admiration et qui contribue à créer des liens. Mais ce meurtre ne demeure pas impuni: en effet, la femme faisait partie d'un club de quadragénaires célibataires ou divorcées, dont le seul point commun était le prénom: Midori. Les Midoris restantes, au nombre de cinq, découvrent qui a fait le coup et décident de se faire justice elles-mêmes. La guerre est déclarée entre les deux groupes, une guerre qui va de plus en plus loin dans la surrenchère de la violence et qui va décimer les deux bandes...

Chansons populaires de l'ère Showa n'a rien d'un livre bien propret. Murakami est ce que je pourrais qualifier d'auteur amoral: il ne cherche ni à éduquer son lecteur ni à lui présenter des personnages sympathiques ou ambigus. Ces "héros" sont il faut bien l'avouer particuliers et plutôt monstrueux, que ce soit les six hommes déjantés ou les glaciales Midoris, frustrées. Plus étonnant, ils ne deviennent humains, voire même attachants, que lorsqu'ils préparent leur vengeance et ne se découvrent des liens que lorsqu'ils se trouvent un ennemi commun. Rien de tel pour unir des gens que de les faire se battre contre d'autres n'est-ce pas? Cynique, Murakami se complait dans des descriptions quasi-cliniques, froides, sanglantes avec ça et là quelques touches d'humour grinçant (le personnage de l'étudiante est tout simplement fabuleux) et pose sur la société japonaise un regard sans complaisance. En effet, Murakami juge moins sévérement ces héros, hommes ou femmes, que la société qui les entoure: des gens qui se détournent d'un cadavre encore frais, une justice impuissante à trouver des coupables... Les Midoris et les six jeunes sont peut-être des monstres, mais ce sont des monstres vivants, évoluant au sein d'un monde indifférent et terne. A l'exception d'une étudiante, personne se détache de cette grisaille urbaine  rythmée par des chansons de karaokés et des coups de couteaux. Ni les Midoris, ni même leurs rivaux n'avaient la tête de meurtriers, tout comme tous ceux qui sur leur chemin les aident à en devenir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour Murakami, la violence est devenue le seul moyen d'exister aujourd'hui. Et c'est peut-être au fond ce qu'il y a de plus terrifiant...

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 19:52

L01.jpgLes mystères d'Udolpho

Anne Radcliffe

éditions Archipel

 

Huum, le rythme du blog s'est un peu ralenti ces derniers temps. Toutes mes excuses! Quelques petites vacances devraient arranger ça... Repartons donc du côté du 18ème finissant avec la championne du roman gothique, Ann Radcliffe.

ça commence comme une bluette un peu niaise: Emilie Saint-Aubert, jeune fille douce et innocente coule des jours paisibles entre des parents aimants et des promenades au sein de la nature. Mais son bonheur prend fin, lorsque devenue orpheline, elle se retrouve sous la tutelle de sa tante. Cette dernière se marie au cruel Montoni qui les envoie toutes deux au château d'Udolpho. Emilie, enfermée dans cet endroit de sinistre réputation, est à la fois en butte aux manigances de son tortionnaire pour s'approprier son argent et à des phénomènes inexpliqués qui agitent le château. Couloirs sombres, bruits étranges, portes closes...Revenants, êtes-vous là? Emilie, isolée, terrifiée, ne peut compter que sur le soutien de sa brave servante et sur le souvenir de Valancourt, l'homme qu'elle aime et qu'elle a promis d'épouser...

Nous avions déjà parlé d'un roman gothique, Le château d'Otrante, mais l'oeuvre de Radcliffe est clairement un niveau au-dessus.  L'intrigue en soi n'est pas renversante, mais quelle maîtrise de l'écriture et des descriptions! Je suis jalouse. L'auteur parvient à créer une ambiance toute particulière, faisant d'Udolpho le personnage principal de l'histoire, lieu sombre plein de chausses-trappes et de portes grinçantes. Elle parvient également à faire de l'héroïne une jeune fille naïve mais pas sotte, sensible mais courageuse et dont la détermination et la force de caractère restent toujours intactes. Emilie ne se laisse jamais dominer par la peur et sa démarche reste toujours très logique. Même si elle est officiellement française, c'est une héroïne très anglaise, très pragmatique et très protestante, qui ne croit ni aux superstitions ni aux revenants. Sa principale qualité est son bon sens qui l'empêche de ressembler à son étourdie de servante ou à sa tante frivole. Elle est de ce fait plutôt moderne, bien loin des héroïnes niaises de Richardson, plus proche de celles de Jane Austen. De ce fait, elle ne devra son salut et son bonheur qu'à elle-même. Les mystères d'Udolpho, livre pas forcément parfait (le style est parfois chargé, la morale assez rigide et la fin plutôt abrupte) marque pourtant à mon sens une rupture claire avec les autres romans du 18ème siècle pour toutes ces raisons et amorce à ma grande joie un nouveau siècle littéraire plein de promesses. A découvrir pour frissonner un peu...

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:04

L01.jpgLe jeu de l'ombre

Sire Cédric

éditions Le Pré aux Clercs

 

Chaque année, lorsque je participe aux Imaginales, un salon du livre de l'imaginaire à Epinal, c'est toujours la même chose: un troupeau de jeunes filles gloussantes se pressent autour de Sire Cédric, un jeune auteur avenant mais au look résolument gothique: longs cheveux noirs, tenue sombre, regard mystérieux... De quoi attirer les amatrices de corsets et de vampires qui y voient le prototype même de l'homme parfait. Par pur esprit de contradiction, j'avais donc décidé de ne jamais me pencher sur les oeuvres de Sire Cédric et ce malgré les critiques élogieuses. Comme quoi quelquefois, ça fait du bien de vaincre ses préjugés...

Malko Swann est une rock star en pleine apogée, accroc à la drogue, à l'alcool et aux femmes. Un soir, après avoir trop bu, il prend la voiture et s'engage à toute allure sur une route de campagne. Bien mal lui en prend car son véhicule fait une chute d'un pont nommé le Pont du Diable. Miraculé, Swann se réveille à l'hôpital, presque sans une égratignure... mais incapable d'entendre désormais la moindre musique. Ennuyeux pour un musicien. Mais bientôt, cette particularité va devenir un souci moindre pour notre héros; en effet, les cauchemars, les SMS anonymes et les meurtres de jeunes femmes se multiplient autour de lui... Folie ou complot? A moins qu'il ne s'agisse de quelque chose d'encore plus inquiétant...

J'avoue, j'ai aimé. Entre polar et fantastique Le jeu de l'ombre navigue agréablement entre les deux genres, si bien qu'il est difficile de le définir exactement. En tous cas, c'est très bien mené, très bien construit, et le lecteur une fois lancé se laisse volontiers happer par une intrigue pas forcément révolutionnaire mais d'une grande efficacité. Le personnage de Malko Swann, volontiers ambigu, est de ce fait très touchant. Le rythme de la narration est impeccable et distille une ambiance légèrement angoissante, le tout parsemé d'un légère touche d'humour noir. Le roman se lit quasiment d'une traite et je n'aurai qu'une petite critique, c'est une fin un peu abrupte, que j'ai trouvé pour ma part trop rapide, presque bâclée. Disons que le final n'est pas à la hauteur du reste du livre. C'est un peu dommage mais cela ne m'a pas ôtée l'envie de découvrir d'autres romans de Sire Cédric. Qui sait, peut-être qu'un jour moi aussi j'irais lui faire dédicacer un livre... mais je ne me teindrai pas les cheveux en aile-de-corbeau n'insistez pas.

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 12:54

L01.jpgSuper triste histoire d'amour

Gary Shteyngart

éditions de l'Olivier

 

Un titre accrocheur pour un livre déroutant... Nous sommes dans une société futuriste, mais pas si éloignée de la nôtre. Les téléphones portables font la loi, les gens sont connectés vingt-quatre heures sur vingt-quatre et l'Amérique surrendettée dépend entièrement des chinois et des asiatiques, ce qui déclenche des conflits et des mouvements nationalistes plutôt violents. Au milieu de tout ça, notre héros, Lenny Abramov est ce qu'on nommerait un gentil ringard: quadragénaire pas très bien habillé, il n'est pas très au fait des nouvelles technologies et oh scandale! aime lire, ce qui est plutôt mal vu dans une société où l'on scanne à l'extrême rigueur mais lire! Pouah! Lenny travaille dans une entreprise qui promet la vie éternelle à ses clients et lui-même aimerait pouvoir en bénéficier grâce à des revenus relativement confortables à défaut d'être énormes. Notre héros est également romantique: il aspire à l'amour et éprouve pour ses amis et sa famille une grande tendresse, s'efforçant de protéger ceux qu'ils aiment dans un monde qui part en ruines. Son chemin croise à Rome la jolie Eunice Park, une jeune coréenne dont les parents ont émigré aux Etats-Unis et dont il tombe amoureux au premier regard. Eunice, d'abord rétive, se laisse séduire par le charme décalé et la puissance protectrice de Lenny. Ils s'installent ensemble à New-York mais leurs différences et des événements politiques violents vont avoir raison de cette histoire d'amour bancale...

Difficile de définir Super triste histoire d'amour, roman qui mêle le journal de Lenny aux mails de Eunice pour faire de la narration un mélange détonnant; le style soigné, très posé et un peu vieillot de Lenny contraste avec celui d'Eunice, enjoué, parfois vulgaire, parfois douloureux et un peu brouillon. Gary Shteyngart met en scène deux personnages qui, dans une époque troublée, essayent de vivre une vie des plus normales: être amoureux, former une famille, avoir un certain confort domestique... Mais Lenny est trop faible pour protéger Eunice du monde extérieur, Eunice trop faible pour l'affronter toute seule. C'est l'histoire d'un raté, d'un simulacre de passion qui n'est au fond que l'alliance de deux solitudes. Lenny et Eunice cherchent avant tout à combler un manque affectif, des parents peu aimants, une société superficielle, mais l'amour peut-il vraiment se construire à partir d'un manque? L'auteur nous démontre très clairement que non. L'univers de Super triste histoire d'amour est impitoyable puisqu'il met à nu tout le monde: sa richesse, son tempérament, ses expériences bonnes ou mauvaises tout passe par le filtre d'Internet. Economie chancelante, inégalités, troubles civiles, nationalisme exacerbé, répressions musclées, consommation à outrance... Bienvenu dans le monde de demain! Si j'ai eu beaucoup de peine à entrer dans le récit d'entrée de jeu, un peu perturbée par ce monde à la fois si lointain et si proche et par une écriture pas forcément facile, j'ai ensuite été séduite par un roman qui mêle le destin d'un couple à celui d'un pays et qui, sans aucune concession met à nu une société et des hommes parfois mesquins parfois grandioses. A lire, ne serait-ce que pour le personnage de la loutre...

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 10:13

L05.jpgLe tribunal des âmes

Donato Carrisi

éditions Calmann-lévy

 

Tout commence par un soir où une jeune médecin de garde est appelée en urgence pour l'infarctus d'un homme d'une cinquantaine d'années, Jeremiah Smith. Arrivée sur place, cette dernière se rend compte que son patient n'est rien moins que le tueur en série qui a assassiné sa soeur bien des années auparavant. Elle choisit cependant de lui sauver la vie. Marcus, un mystérieux inconnu, homme sans passé, amnésique dans d'étranges circonstances, découvre alors que Jeremiah Smith, avant sa crise cardiaque, a probablement enlevé une étudiante en architecture, peut-être toujours en vie. Smith étant dans le coma, la seule chance pour Marcus de retrouver la jeune femme est de mener sa propre enquête en marge de la police et de suivre des messages semés par un anonyme. Son chemin le mène à travers tout Rome et lui fait bientôt croiser celui de Sandra, enquêtrice photo pour la police scientifique à Milan et qui mène ses propres investigations pour percer le mystère de la mort de son mari, décédé quelques mois auparavant...

Après Le chuchoteur, Carisi récidive avec un roman dont la thématique se rapproche beaucoup de son premier ouvrage, l'idée du mal comme une contagion qui n'épargnerait personne. Dans le tribunal des âmes, il s'agit de protagonistes qui au fond se rendent justice eux-mêmes: Marcus n'est pas un policier et Sandra n'est pas en enquête officielle. Quant au mystérieux corbeau, il semble prendre un malin plaisir à transformer les victimes en bourreaux en traquant lui-même des tueurs en série et en les offrant à ceux qui ont souffert à cause d'eux. Personne n'est réellement innocent, comme dans Le chuchoteur, et au fur et à mesure de la lecture, nous prenons de plus en plus conscience des zones d'ombre de tous les personnages. Ajoutez à cela des prêtres justiciers et une mystérieuse organisation nommée Le tribunal des âmes... Nous aurions pu avoir un bon roman policier. Mais, contrairement au Chuchoteur, ici la sauce ne prend pas. La faute à mon avis à deux éléments: d'une part à cause du syndrôme Da Vinci Code et la tentation de faire partir le récit dans des considérations sur l'art, le complot millénaire, etc. qui font que le lecteur, planté comme les personnages devant un tableau de Caravage au milieu de l'action se demande ce qu'il fout là et s'il doit chercher Marie-Madeleine ou la descendante du Christ. D'autre part par une narration saccadée, trop saccadée, qui alterne systématiquement entre Marcus et Sandra, chaque grande partie s'ouvrant qui plus est par un autre personnage, le chasseur, enquêtant à l'autre bout du globe et avec qui nous ne voyons pas très bien le rapport avec la choucroute. Du coup, cette structure  très linéaire casse le rythme de l'histoire et incite le lecteur à faire de fréquentes coupures. Je n'ai pas fait l'erreur de certains de mes collègues de lire le récit par petits bouts (d'où l'erreur de ce type de narration) ce qui fait que j'ai pu rester plus ou moins plongée dans l'intrigue, au demeurant un peu trop alambiquée et pas forcément très bien menée, mais sans non plus être réellement captivée. Malgré une fin passable (gâchée par sa longueur ceci puisqu'elle occupe près d'une quarantaine de pages)  Le tribunal des âmes n'a pas grand-chose à voir avec le premier roman de Carisi en terme de qualité. Bien dommage. Espérons qu'il se rattrappe sur le prochain...

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:01

L06.jpgStarters

Lissa Price

éditions Robert Laffont


 

Des fois, j'aime à m'imaginer le monde merveilleux des romans d'ados comme une gigantesque table ronde où tous les auteurs se réunissent en se donnant de grandes tapes dans le dos. "Comment ça va toi?" "Oh très bien mon petit dernier caracole en tête des ventes et toi?" "Huum pas terrible, la thématique de l'ado peste commence à s'essouffler je cherche un nouveau créneau" "T'as essayé les vampires? C'est bien ça les vampires..." "Humm non je suis pas à l'aise avec les vampires" "Le monde futuriste alors? T'as lu Hunger Games? T'as lu Uglies? Sérieux ça peut le faire..." "Ok, merci du tuyau..."

Oui non parce que franchement, le livre dont nous allons parler aujourd'hui, Starters, reconnaissons-le ne naît pas d'une imagination fertile mais plutôt d'une inspiration limitée à deux ou trois thématiques pompées avec allégresse chez ses petits camarades. Pas bien. Et de plus, c'est très mal écrit donc double pas bien.

Il était une fois dans un futur proche une guerre bactériologique qui décima une bonne partie de la population, ne laissant que les très vieux (les Enders) et les très jeunes (les Starters), les seuls vaccinés contre la grippe je suppose. Du coup, les Enders mènent la belle vie, se vengeant de toutes les fois où ils se sont fait piquer leurs places dans le bus et s'occupent de leurs petits-enfants à la rigueur, laissant en revanche les autres Starters crever de faim. C'est bien connu les vieux sont vicieux,  y a qu'à voir ma voisine me jeter un regard assassin quand j'oublie de fermer à clé la porte de l'immeuble.

Dans ce contexte, je vous présente Callie, notre héroïne, bien évidemment belle, gentille et débrouillarde, sportive et agile, bien évidemment orpheline qui, pour subvenir aux besoins de son petit frère Tyler (huum mon alarme anti-plagiat fait des bruits bizarres) accepte de travailler pour une société illégale, Prime Destinations; elle accepte de louer son corps à des Enders en mal de jeunesse en échange d'argent. Les deux premières locations se passent sans accroc mais lors de la troisième, Callie se réveille au milieu d'une boîte de nuit plus tôt que prévu: elle découvre alors que sa locataire a l'intention de se servir de son corps pour commettre un assassinat, chose qui n'arrange pas du tout notre héroïne. Callie se met donc en tête de déjouer ce crime, tout en flirtant outrageusement avec Blake, un riche Starter, ce qui n'est pas bien vu qu'elle flirtait déjà outrageusement avec Michael, un gentil et pauvre Starter qui veille sur son frère pendant son absence. Qui plus est, elle se fera aider dans sa quête par une gentille gamine d'à peine douze ans qui, pour la sauver, connaîtra une fin tragique...(Ok, là c'est trop fort, je coupe mon alarme)

Alors, en vrac, Starters m'a fait penser à Gone  (un monde sans adultes) Uglies, (des ados obsédés par l'apparence) et bien sûr Hunger Games (le triangle amoureux, la gamine qui veille sur son frère/soeur, la justicière solitaire etc.) le tout brassé en un mélange indigeste peu crédible. Le monde de Price ne tient pas debout: la guerre bactériologique n'a eu lieu que depuis quelques années, et déjà toute la société se comporte comme si tout était parfaitement normal comme si cet incident mineur avait eu lieu il y a des centaines d'années; les descriptions sont sommaires, sans intérêt. Quant au personnage de Callie... oh misère quelle tête à claques! Je suis supposée être une adolescente intelligente et je glousse à qui mieux mieux dès que l'un de mes prétendants s'approchent, je me perds dans des considérations sentimentales alors que ma vie est en jeu et j'ai l'instinct de survie d'un hérisson sur une autoroute. Je vous épargne le style, la narration menée par la jeune fille se révélant insupportable pour toute personne ayant dépassé l'âge de douze ans... L'histoire n'est même pas sauvée par un côté gore, tout cet univers apocalyptique réussissant l'exploit d'être aussi lisse qu'un épisode de Beverly Hills. Ni sang ni réelle violence, juste quelques ados méchants qui de temps en temps secouent un peu la voiture de l'héroïne... Même un rebondissement inattendu à la fin du récit (la seule surprise du livre) est gâché par la suite par des scènes d'une miévrerie difficilement supportable."Les fans de Hunger Games vont adorer ce livre" nous explique-t-on avec gravité sur la quatrième de couverture. Ou détester. Détester c'est bien aussi.

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 19:12

L02.jpgCeux qui vont mourir te saluent

Fred Vargas

éditions J'ai Lu


 

Claude, Néron et Tibère (je vous rassure, deux de ces prénoms sont des pseudos) sont étudiants à Rome et mènent une vie pleine d'insouciance, financée en grande partie par le capital du père de Claude, Henri Valhubert, expert en oeuvres d'art. Mais, lorsque Henri est assassiné à Rome même, et ce alors qu'il enquêtait sur des vols commis dans l'enceinte des bibliothèques du Vatican, les soupçons de la police se portent sur ce triumvirat pour le moins insolite, ainsi que sur l'épouse de l'expert, Laura, une femme au charme inexplicable que Tibère et Claude idolâtrent... Richard Valente, dépêché sur place, aura fort à faire pour cerner ces suspects improbables et démêler l'échevau de la vérité...

Morituri te salutant, c'est sous forme de clin d'oeil à la Rome antique que Fred Vargas, historienne de formation, s'attela à ce qui sera l'une de ses premières oeuvres de fiction. Les références sont nombreuses: le trio d'étudiants qui se sont attribués en toute simplicité des noms d'empereurs, le cadre dans lequel va se dérouler le récit, l'empoisonnement d'Henri Valhubert par la cigüe (le poison par lequel mourut notamment Socrate), les histoires familiales tortueuses d'enfants naturels et d'adoption... Que les allergiques à l'histoire se rassurent cependant: le tout reste anecdotique et Fred Vargas, loin de s'embarquer dans une intrigue historico-ésotérique indigeste à la Da Vinci Code préfère effleurer le sujet pour se tourner sur ce qu'elle maîtrise le mieux, des personnages décalés; étudiants à la limite de la folie, femme amorale, évèque peu scrupuleux, bibliothécaire revêche, enquêteur à la logique toute personnelle... Seul bémol, l'intrigue reste simple et même les rebondissements ne parviennent pas à créer un réel effet de surprise. Ainsi, la fin, sans être prévisible, n'a rien d'extraordinaire. Restent de très bons dialogues et un style enlevé pour celle qui deviendra au fil des ans une figure incontournable du roman policier.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 16:33

L02.jpgMa véridique histoire

Equiano

éditions le Mercure de France

 

 

C'est moi ou le XVIIIe siècle n'en finit pas? Aujourd'hui, retour aux 1001 livres...: nous allons parler d'une oeuvre un peu particulière dans la mesure où il ne s'agit pas vraiment d'un roman mais d'une autobiographie, celle d'Equiano, intitulée Ma véridique histoire et sous-titrée "Africain, esclave en Amérique, homme libre". Equiano, ancien esclave affranchi, fait le récit de son histoire, depuis sa naissance en Afrique jusqu'à son installation à Londres. Essentiellement présenté comme un récit de voyage (Equiano passe en effet énormément de temps en mer, d'abord en tant qu'esclave, puis en tant qu'homme libre) Ma véridique histoire a été écrit avant tout dans un but militant: Equiano, figure de proue des abolitionnistes, dénonce à de nombreuses reprises les conditions de vie des esclaves, en particulier dans les Indes Occidentales et interpelle son lecteur en demandant comment une nation chrétienne peut traiter son prochain ainsi. Il fait également appel à la raison en démontrant que l'abolition de l'esclavage ne pourrait qu'être bénéfique à l'économie. En bref, son histoire a plus de valeur en tant que témoignage (et à cette époque-là, oh combien utile) qu'en tant qu'oeuvre littéraire. Cela ne veut pas dire pour autant que Ma véridique histoire est mal écrit. Au contraire, je salue un style simple mais propre, servi par une traduction rigoureuse. C'est  avec attention que l'on suit les pérégrinations d'un homme qui pose sur le monde et sur ses contemporains un regard plein de fraîcheur, s'enthousiasmant ou au contraire s'indignant, et qui ne s'embarrasse pas de demi-mesures. Ainsi, le texte d'Equiano est empreint d'une ferveur religieuse qui peut faire sourire. Pour résumer, l'écrivain est un homme de convictions et son récit est à son image, optimiste et généreux, même si des inexactitudes, soulignées par l'appareil critique, parsèment le texte: descriptions d'une Afrique dont l'auteur ne peut se souvenir avec une telle précision vu son jeune âge au moment de son enlèvement, erreurs dans les dates, enjolivement de la réalité... Récit foisonnant, Ma véridique histoire est un peu répétitif; de fait, les aventures d'Equiano lassent sur la fin et c'est avec soulagement qu'on arrive au bout d'une autobiographie qui, d'un point de vue histoire, garde cependant tout son intérêt.

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