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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 11:01

L02.jpgDéchirures

Sire Cédric

éditions Nuit d'Avril

 

En ce jour de la Toussaint et en ce lendemain d'Halloween, rien de tel qu'un recueil de nouvelles fantastiques pour se mettre en train, ne pensez-vous pas? Reparlons donc aujourd'hui de Sire Cédric qui a publié il y a quelques années neuf nouvelles chez un éditeur plutôt confidentiel, certaines déjà publiées dans des revues, d'autres inédites. Ames sensibles s'abstenir! L'auteur nous parle de démons jouant dans un groupe de Black Metal, de fausse vampires qui se retrouvent confrontées à de réelles forces du Mal, de gamins qui violent leur instit, d'une jeune femme tourmentée par sa jumelle maléfique...Dans Déchirures, il y a plein de sang, de cheveux longs et de corsets, de créatures de la nuit et de chansons métal...

C'est sûrement là qu'on voit que j'ai gardé mon esprit de Petit Poney car j'ai quand même eu un peu de mal avec la thématique des différentes nouvelles qui ne sont que surrenchère dans la violence et la noirceur. Une ça passe, deux ça lasse, trois on commence sérieusement à bâiller devant un énième démon venu s'amuser avec les humains, les priver de leurs âmes, etc. C'est l'écueil de tout recueil de nouvelles, exercice beaucoup plus difficile qu'on ne le croit. Au milieu, on notera cependant quelques nouvelles qui à mon sens, sortent du lot: Sister, l'histoire de Candice qui se retrouve confrontée à Violaine, la soeur jumelle qu'elle croyait morte, Carnage qui narre l'histoire d'un viol dans le bus qui tourne à l'avantage de la victime, Chérubins où trois enfants violent et tuent accidentellement la maîtresse d'école et enfin Nenia qui pour le coup apparaît plus comme un conte que comme une nouvelle. Le reste, sans être mauvais, est plus bateau. Au niveau du style, Sire Cédric a une bonne plume. L'écriture est parfois maladroite, quelques jolis clichés pourraient nous être épargnés (le monde est mauvais, les humains sont corrompus, personne ne pense plus à personne etc.) mais j'ai apprécié l'humour discret de l'auteur qui surgit ça et là; ainsi il décrit deux jeunes filles sorties de l'adolescence qui jouent les vampires et qui finissent par tomber sur une vraie créature de la nuit, il raille un jeune garçon qui, pris au piège de sa propre vengeance, s'aperçoit trop tard qu'il ne peut se rallier à des démons... Au final, je vois plus Déchirures comme un exercice de style, une oeuvre de jeunesse d'un auteur qui, depuis, s'oriente plus vers le thriller fantastique et ça, j'avoue que ça me plaît plus. Que voulez-vous, on ne se refait pas...

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 12:33

L01.jpgDebout les morts

Fred Vargas

éditions J'ai Lu

 

Sophia Siméonidis, cantatrice à la retraite, découvre un matin un hêtre planté dans son jardin, arrivé là comme par magie. Son mari ne s'en soucie pas le moins du monde mais elle, elle est inquiète: qui a amené cet arbre là, au milieu de la nuit, et pour quelle raison? Elle décide alors de faire appel à ses quatre nouveaux voisins, les locataires de la maison miteuse à côté de chez elle: trois historiens aux abois, Marc (spécialiste du Moyen-Age), Mathias (spécialiste de la préhistoire), Lucien (spécialiste de la grande guerre) et un ancien flic ripou Vandoosler, le parrain de Marc. Le quatuor l'aide à creuser sous l'arbre mais sortent bredouilles...Quelques temps plus tard, Sophia disparaît mystérieusement. Un corps de femme est retrouvé calciné, probablement le sien. Ses voisins, qui se sont attachés à l'ancienne cantatrice, décident de découvrir la vérité et se lancent dans l'enquête...

On continue dans le cycle de Fred Vargas avec ce court roman qui, à défaut de faire intervenir Adamsberg, le personnage phare de l'auteur, met en scène trois historiens déjantés et un ancien policier qui ne l'est pas moins. Encore une fois, le style sans prétention est compensé par la légèreté de l'écriture et un humour qui naît essentiellement du décalage entre la gravité du sujet (la disparition et peut-être même l'assassinat d'une femme) et le comportement improbable des personnages (Lucien qui délaisse l'enquête pour se plonger dans les archives d'un témoin sur la grande guerre, Mathias qui se promène toujours nu...) Fred Vargas saute de l'un à l'autre avec un plaisir évident, observant ses quatre héros avec un regard ironique mêlé de tendresse, ce qui ne l'empêche pas de soigner son intrigue, dont la fin est moins prévisible que Ceux qui vont mourir te saluent. En bref, un bon polar qui, à défaut d'être inoubliable, se révèle plus que distrayant...

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:03

L01.jpgCamilla

 Fanny Burney

éditions Oxford

 

On aurait pu penser que j'avais abandonné les 1001 livres... mais il n'en est rien! Quelques mois après la dernière note sur le sujet, repartons dans le 18ème siècle avec un roman anglais, Camilla, de Fanny Burney, l'ancêtre littéraire de Jane Austen.

Camilla, Lavinia et Eugenia sont les trois filles du pasteur Tyrold. Elevées avec piété et rigueur par un père indulgent et une mère exemplaire, mais de ce fait un tantinet psycho-rigide, les trois soeurs sont des modèles de vertu et de douceur. Leur frère Lionel est en revanche plus dissipé. La vie tranquille de cette petite famille est troublée par l'arrivée dans le voisinage de sir Hugh Tyrold, le frère du pasteur avec ses deux neveux, Indiana, très belle mais frivole et imbue d'elle-même, et Clermont. Sir Hugh s'attache aux filles de son frère, tout particulièrement à Camilla dont il compte faire son héritière, et ne ménage pas ses efforts pour les distraire. Un jour hélas, une inattention de sa part vaut à la plus jeune des trois enfants, Eugenia d'attraper la variole et d'en être défigurée à jamais. Un événement qui bouleverse sir Hugh et le pousse à déshériter Clermont, Indiana et Camilla au profit de la petite malade. Les années passent, les filles grandissent et font leur entrée dans le monde...

Plus de neuf cent pages en anglais, vous comprenez peut-être maintenant pourquoi il m'a fallu environ deux mois pour venir à bout de ce pavé. Un pavé qui est malgré tout plutôt intéressant puisqu'il met en avant des personnages hauts en couleur. Passons sur le très fade Edgar, l'amoureux de Camilla, qui, trop parfait et trop irréprochable, ne suscite pas un intérêt démesuré, tout comme d'ailleurs les parents. En revanche, on se régale avec le personnage de Sir Hugh, ce farfelu au grand coeur qui élabore des plans savants qui s'effondrent et des mariages arrangés ratés; on ne peut s'empêcher de sourire devant Lionel, le frère insouciant qui provoque pourtant l'essentiel des drames du roman. Quant à Camilla... et bien c'est une jeune fille gentille, jolie, simple et douce: pourtant sa naïveté et sa méconnaissance du monde la pousse à commettre de terribles erreurs: contracter des dettes, passer pour une coquette aux yeux d'Edgar, se compromettre avec des hommes moins scrupuleux... L'auteur, par une succession d'événements qui font boule de neige et finissent par tourner au drame, montre combien il est difficile pour une jeune fille de faire ses débuts dans le monde sans courir à sa perte. Pour cela, Fanny Burney n'hésite pas à en rajouter dans le drame, laissant volontiers ses héroïnes pleurer plus souvent qu'à leur tour et se répandre en plaintes amères. Cette oeuvre moralisatrice n'est pas pour autant austère; l'humour n'est jamais loin et si des personnages comme l'inconstante Lionel ou la frivole Indiana sont pointés du doigt, ils ne sont jamais vraiment condamnés. Galerie de portraits variés, roman psychologique et romantique à la fois, Camilla se lit avec un réel plaisir et je ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas trouvé de traduction afin de pouvoir mieux en saisir toute la finesse...

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 11:10

L03.jpgJe t'aime à la philo

Quand les philosophes parlent d'amour et de sexe

Olivia Gazalé

éditions Robert Laffont

 

Peut-on philosopher sur un sujet comme l'amour? Beaucoup semblent le penser puisque ces derniers temps bon nombre d'auteurs dissertent sur l'amour que ce soit Badiou avec son Eloge de l'amour dont nous avons déjà parlé, mais aussi Luc Ferry avec sa Révolution de l'amour ou encore Precht avec Amour: déconstruction d'un sentiment. Aujourd'hui, c'est une femme qui s'y colle, Olivia Gazalé, maître de conférence et rédactrice de plusieurs articles dans Philo magazine.

Le pari est ambitieux puisque l'auteur prend le parti d'aborder le phénomène de l'amour sous tous les angles: religieux, scientifique, et en s'appuyant non seulement sur des philosophes mais également sur des romanciers. 

Pari réussi? Pas vraiment. Au début du livre, la pensée de l'auteur est claire: ses analyses historiques sont intéressantes (la différence de conception de l'amour entre l'orient et l'occident par exemple) et ses explications sur la neuroscience, à défaut de susciter l'approbation, nous paraissent cohérentes. En clair, tant que Olivia Gazalé se contente d'expliquer les "théories" de l'amour, elle s'en sort très bien, ce qui me fait penser qu'elle doit être très intéressante à écouter. Cependant, dès qu'on sort de questions plus "théoriques" justement ("Sommes-nous biologiquement programmés pour aimer?" ou encore l'histoire du mariage) pour passer à des domaines plus délicats ("Pourquoi l'amour fait-il souffrir?", "Peut-on promettre l'amour éternel?", "Le désamour est-il ineluctable?") la pensée de l'auteur se fait plus confuse: elle navigue entre les auteurs avec moins d'aisance, citant en vrac Rousseau, Schopenhauer, Stendhal ou Sartre et nous perd dans les méandres des théories diverses et variées, polygamie et désir sexuel, amour courtois et mariage éternel... Son opinion à elle ne ressort jamais clairement et, s'il ressort, c'est sous la forme d'un sentimentalisme un peu bébête ou de lieux communs. Autre défaut du livre, c'est de nier l'amour dans sa dimension unilatérale (pour Gazalé, l'amour à sens unique n'existe pas) et, surtout, de vouloir aborder tous les aspects du sentiment et, au final, de bâcler l'ensemble. Bon, je suis peut-être un peu dure. Pour une néophyte de la philosophie comme moi, Je t'aime à la philo est un ouvrage clair, qui se lit très bien et accessible à tous. J'en veux peut-être simplement à Gazalé de théoriser un sentiment qui, à mon sens, est trop personnel pour être généralisé.

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 19:46

L05.jpgBZRK

Michael Grant

éditions Gallimard Jeunesse

 

Non, je ne prononcerai pas à voix haute le titre de ce livre. Je suppose que ça se dit "Berserk" mais je ne me lancerai pas dans le débat. BZRK c'est la toute nouvelle série du papa de Gone qui, s'il s'adresse toujours à un public adolescent, choisit cette fois la science-fiction, Gone étant plutôt du fantastique.

Nous sommes en 2040. Les technologies ont évolué et des entreprises se sont lancées dans la nanotechnologie, se servant de minuscules insectes guidés par des humains pour explorer le cerveau. Deux organisations se livrent à une guerre sans merci: BZRK, désireux de continuer les recherches sans pour autant anihiler toute espèce de liberté individuelle et le clan des jumeaux Armstrong qui eux, au contraire, désirent se servir des nouvelles technologies pour façonner les consciences et créer un monde avec une pensée unique mais en paix.  BZRK recrute deux adolescents au sein de son groupe: Sadie, seule survivante de la famille à l'origine de la découverte des nanotechnologies, et Noah, un jeune anglais qui veut faire honneur à son frère, un ancien membre de l'association devenu fou. Tous deux vont avoir pour tâche d'empêcher les frères Armstrong d'infiltrer les cerveaux des principaux dirigeants du monde...

J'ai été assez déçue je le reconnais mais il s'agit pour le coup plutôt d'une question de goût. La science-fiction n'a jamais été mon fort et autant j'aime le climat fantastique et vaguement inquiétant de Gone, autant je n'ai pas adhéré à l'univers informatique et technologique de BZRK. Passées des premières scènes plutôt réussies, avec notamment un crash d'avion spectaculaire, le reste m'a un peu ennuyée: les explications techniques, les petits insectes métalliques, les geeks qui dirigent le monde via leur ordinateur... Les descriptions sont amusantes (imaginez un corps humain vu à l'échelle d'un être plus petit qu'une puce) mais n'ont pas réussi à me faire oublier les quelques longueurs du roman. Les personnages sont sympathiques mais pas franchement attachants... Bref, ce roman m'a laissée de marbre. Problème de construction du récit ? (l'intrigue met beaucoup de temps à se mettre totalement en place) Simple question de goût? Probable. Toujours est-il que j'attends avec beaucoup plus d'impatience la suite de Gone que de BZRK...

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 19:22

L02.jpgLe trône de fer t.14

Les Dragons de Meereen

George R.R Martin

éditions Pygmalion

 

La vie est une vallée de larmes, plus remplie d'attente fièvreuse que de joies réelles. Et, comme si cela ne suffisait pas, des sadiques contribuent à la rendre plus éprouvante. Aujourd'hui, ces sadiques ont un nom: ils se nomment les éditions Pygmalion, ces êtres maléfiques qui un jour eurent l'idée de traduire un gros roman en plusieurs livres histoire de tripler les bénéfices et de rendre leurs lecteurs fous.

Bon, vous avez compris, on va parler de la suite du Trône de fer. Amis non avertis allez-vous en. Promis, un jour on parlera de Cinquante nuances de Grey.

Cette fois l'hiver est définitivement installé et ça rigole plus dans le royaume des sept couronnes et ailleurs. Dans le Nord, à Winterfell, on célèbre un mariage qui n'est pas du goût du roi Stannis. Ce dernier, fonçant avec son armée pour reprendre le château, laisse enfin John Snow libre de ses mouvements. Dans le Sud, Tyrion fait prisonnier par une de nos vieilles connaissances, s'apprête à rencontrer la reine des Dragons en personne. Cette dernière pour préserver son peuple s'apprête à contrecoeur à se marier également...

ça avance, ça avance tout doucement. Les dragons de Meereen, heureusement, est beaucoup plus intéressant que le précédent volume. L'intrigue est lancée, des personnages très intéressants reviennent et, à défaut d'espérer un jour voir la famille Stark se réunir, quelques retrouvailles semblent s'amorcer (si si on y croit). Suite et fin de la traduction en début d'année. Après, il ne restera plus qu'à espérer que l'auteur se dépêche d'écrire la suite...

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:31

L02.jpgUne place à prendre

J.K Rowling

éditions Grasset

 

Elle était attendue au tournant: cinq ans après la sortie du dernier tome d'Harry Potter, Rowling publie un nouveau roman, à destination des adultes cette fois, et le moins que l'on puisse dire... et bien,  c'est que c'est surprenant.

Barry Fairbrother, notable de la paisible petite bourgarde de Pagford, est un quadragénaire dynamique et aisé qui milite pour les jeunes et moins jeunes du quartier défavorisé rattaché à la ville, alors que ses opposants voudraient à l'inverse voir ce quartier incomber  à la ville voisine de Yarville et faire fermer le centre de désintoxication. Le combat de Barry prend brutalement fin lorsqu'il succombe à un anévrisme sur le parking d'un restaurant. Sa place demeurée vacante au conseil paroissiale devient alors objet de convoitise, tant pour les amis du défunt que pour ses ennemis puisque la personne qui occupera ce siège pourra faire pencher la balance et décider du sort de la cité...

Ne cherchez ni gentils lutins, ni actes d'héroïsme, ni personnages attachants dans Une place à prendre. Les ados sont des obsédés boutonneux aux cheveux gras, les vieux sont des obèses réacs, les mères de familles fantasment sur les chanteurs qu'écoutent leurs filles, les vieilles distillent leurs ragots et leur venin... L'auteur met sous les projecteurs tous les travers des protagonistes et dépeint sans complaisance la mère droguée, le proviseur paranoïaque, le père violent...Pour un retour à la réalité, Rowling y va fort, mais vise au demeurant assez juste. La psychologie de ses héros est fine, ce qui était déjà le cas d'ailleurs dans Harry Potter. C'est la force principale d'un roman un peu longuet, sans doute trop, et qui peine essentiellement à se mettre en place. Une fois lancée cependant, l'intrigue tient son lecteur en haleine jusqu'à un dénouement inattendu et même choquant. L'auteur confirme indéniablement un grand talent de conteuse. Au niveau du style, je serai plus réservée: Rowling n'a pas une écriture particulièrement remarquable. Curieusement, en lisant son livre, j'ai pensé à du Stephen King: vocabulaire cru, mise en place soignée du décor mais phrases parfois brouillonnes, surrenchères de comparaisons quelquefois maladroites... et roman à rallonge! Ceci dit, j'ai envie de rester gentille avec un roman qui se lit avec plaisir et qui de plus était un véritable coup de poker de l'auteur (Rowling aurait pu rester dans la faciliter et publier un livre pour enfants, son public initial) qui, à défaut de remporter totalement la mise, n'y laisse pas ses plumes...

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 11:54

L01.jpgLe vent dans les saules

Kenneth Grahame

éditions Phébus

 

Monsieur Taupe vivait au fond de son trou, un peu solitaire certes mais paisible.Cependant un jour, au lieu de faire son grand nettoyage de printemps, il décide plutôt  d'aller faire un tour au-dehors et là, au bord d'une rivière, fait la connaissance de monsieur Rat. Monsieur Rat n'a pas vraiment le même caractère que monsieur Taupe certes, mais ils deviennent pourtant bientôt inséparables. Les deux compères vivent ensemble de nombreuses aventures avec deux autres de leurs amis: le bourru mais brave monsieur Blaireau, et l'égoïste et écervelé monsieur Crapaud...

Classique pour enfants au même titre que Alice au pays des merveilles de Caroll, même si nous le connaissons moins en France, Le vent dans les saules relève à la fois du conte et de la fable. Se présentant comme une succession de courtes histoires relatant les mésaventures de monsieur Crapaud et de ses compagnons (à l'origine le livre a été écrit pour le fils de l'auteur), il a de ce fait une structure assez décousue mais non sans charmes. Le style est volontairement simple mais pas niais pour autant; il faut beaucoup de talent pour faire ressortir des émotions primaires par l'écriture et Kenneth Grahame y arrive admirablement, donnant à toutes ses descriptions une touche poétique et aux dialogues une grande fraîcheur. Le livre nous brosse le portrait d'une Angleterre campagnarde, un petit coin de paradis verdoyant qui peut pourtant se révéler hostile quand l'orage ou l'hiver vient, un endroit que nos quatre héros aspirent parfois à quitter (cf le chapitre Les voyageurs) mais qu'ils aspirent encore plus à retrouver (monsieur Crapaud chassé de chez lui n'aura de cesse de retrouver sa maison, monsieur Taupe vivant chez monsieur Rat en passant près de son terrier est pris d'un besoin irrépressible d'y retourner) La thématique du chez-soi va de pair avec la thématique de l'amitié, Kenneth Grahame démontrant de la sorte que personne n'est chez lui s'il est seul. Ainsi nos quatre héros se serrent mutuellement les coudes; la plupart du temps il s'agit d'aider monsieur Crapaud dont le caractère lui vaut de s'attirer immanquablement des ennuis. Monsieur Crapaud est irresponsable, vaniteux, voleur et un peu lâche: cependant, j'avoue avoir un faible pour ce personnage qui du coup donne au récit une dynamique et apporte au Vent dans les saules la dose d'humour et de légèreté qui lui ferait défaut autrement, les autres personnages étant plus lisses. Difficile de parler plus de ce roman dont la poésie demeure délicate à décrire, aussi légère que le vent dans les saules qui souffle sur le chapitre VII en particulier, le chapitre central et qui à mon sens, apporte le plus d'émotions. Une jolie découverte à faire pour tous ceux qui ne connaissent pas encore...

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 09:01

L02.jpgJe suis un phénomène

Elizabeth Atkinson

Alice Eds

 

Faye s'est toujours sentie différente, ne serait-ce que par son prénom qui, accolé à son nom de famille, "Noman" donne le mot "Phénomène". Mais s'il n'y avait que ça! Faye est grande, rousse, très timide et très ordonnée et se sent parfois bien seule: elle n'a pas d'amis dans son école et elle ne ressemble à personne pas même à sa mère, une petite italienne brune qui fait défiler les hommes à la maison et qui se refuse à lui parler de son père. Aussi, quand la famille de ce dernier se manifeste et l'invite à passer un week-end avec eux, Faye y voit l'occasion unique de renouer avec ses origines et d'en savoir un peu plus sur son géniteur. Effectivement, ce week-end va s'avérer riche en émotions et Faye, tout en se découvrant des points communs avec d'autres membres de sa famille va également s'apercevoir qu'elle tient plus de sa mère que ce qu'elle croyait...

C'est ce que je qualifierais de roman mignon, un livre pour ados sans prétentions mais plein de fraîcheur. Les personnages sont amusant, Faye, sa mère mais aussi sa meilleure amie ou les membres de la famille de son père, tante Pat and co. L'histoire est intéressante puisqu'elle met en scène une jeune fille qui, loin de se rebeller, aspire au contraire à une existence plus conventionnelle que la sienne et rêve de se se fondre dans la masse. La rencontre avec la branche paternelle est pour elle l'occasion de combler ce manque, ce qui donne des passages d'ailleurs assez drôle (Faye qui découvre que tous ses cousins sont roux comme elle, l'organisation poussée à l'extrême de sa tante) tout en posant pour la première fois sur sa mère un regard plus indulgent. Le message de l'auteur est clair puisque loin de critiquer l'un ou l'autre mode de vie, Elizabeth Atkinson  montre les avantages et les inconvénients de chacun (la mère de Faye qui oublie régulèrement sa fille mais qui lui apprend l'autonomie, la tante Pat chaleureuse et méthodique mais qui exclut ceux qui ne font pas partie du moule) et ainsi fait comprendre à son lecteur que c'est à son héroïne de se construire sa propre personnalité en prenant ce qu'il y a de meilleur dans ceux qui l'entourent. Seuls bémols: des jeux de mots difficilement traduisibles en français et qui de fait rendent parfois le texte un peu obscur et, surtout, une fin trop conventionnelle, très happy end, avec un gâteau, des larmes, des rires et du bon sentiment, qui tranche avec le reste, beaucoup plus intéressant. A lire quand même va.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 15:00

L05.jpgGaïa

Yannick Monget

éditions Bragelonne

 

Alexandre Grant, industriel américain n'est pas d'une humeur radieuse: des écologistes contrarient ses expériences au sein de la forêt amazonienne et il ne voit jamais sa fille qu'il délaisse en bon héros capitaliste des temps modernes. Ses affaires ne s'arrangent pas le jour où, en France pour un voyage d'affaires, il se voit interpellé par l'armée et placé en quarantaine avec d'autres personnes de retour d'Amazonie, dont une biologiste, Anne Cendrars, sa plus féroce détractrice. Tous seraient porteurs d'une maladie étrange et foudroyante. Cependant, cette épidémie devient vite un problème secondaire lorsque d'étranges plantes commencent à envahir les villes et à semer la panique au sein de la population. La nature a décidé de déclarer la guerre à l'homme et d'exterminer cette race qui se prétend supérieure...

Bon. Et rebon. Je ne sais pas comment expliquer cela parce que je n'ai pas envie de passer encore pour la mauvaise langue de service. L'histoire est sympa reconnaissons-le et l'idée plutôt bonne: des plantes grimpantes qui détruisent les immeubles, des épines qui transpercent des humains, la fable écologique un peu usée mais toujours sympathique de la nature vengeresse... Je n'adhère pas plus que cela à la philosophie new-age de la terre nourricière, déesse toute-puissante etc. mais je peux comprendre. Les explications biologiques ne m'ont pas passionnée des masses mais je pense que l'auteur est autrement plus compétent que moi dans ce domaine (enfin j'espère). Donc voilà, rien à redire sur le fond.

Mais, mais la forme! Il faut dire ce qu'il est, pardon, mais c'est très mal écrit. Les dialogues sont artificiels, les descriptions sommaires. Les personnages restent des caricatures tout du long et le lecteur ne ressent aucune des émotions qu'il est supposé ressentir: pas d'angoisse devant l'univers apocalyptique décrit par Yannick Monget, pas de tristesse quand un personnage se fait tuer, pas de malaise... Rien. Juste un vague intérêt (comment cela va-t-il finir?) et un peu d'ennui. On pourrait être sympa et se dire que c'est un effet de style: une écriture volontairement épurée, plus scientifique qu'émotionnelle (quel lyrisme aujourd'hui) et un parti pris plus neutre. Sauf qu'il faut pas charrier non plus: c'est juste décousu, mal construit, mal  mené... Le pire c'est que ce roman a déjà été remanié puisqu'il est paru une première fois en 2006! L'auteur est sans doute plein de bonne volonté... Message reçu: on va essayer de ne plus massacrer la nature, promis, mais par pitié, essayez aussi de ne plus massacrer la littérature...

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