Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:22

L06.jpgLes chants de la terre

La chasse sauvage t.1

Elspeth Cooper

éditions Bragelonne

2011

 

Amis aspirants écrivains, réjouissez-vous: aujourd'hui nous allons parler de l'art et la manière de faire un ouvrage de fantasy. Je vous arrête, je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un bon ouvrage. Nous allons faire comme l'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui. Nous allons prendre toute une série d'ingrédients standards pour en faire une bouillie qui est à la littérature ce que le fast-food est à la gastronomie.

Prenons déjà un titre évocateur, plein de poésie, rappelant à la fois la beauté de la nature et la tristesse des hommes. Ici il s'agit des Chants de la terre mais vous pouvez aussi appeler aussi votre prose Les silences de la mer, l'herbe des prés, L'oiseau de feu, Le regard de la truie... tout ça sonne mystérieux et mélancolique, d'entrée de jeu vous avez conquis votre lectorat.

Vous avez votre titre passons aux personnages. Pour le héros, il faut obligatoirement un orphelin (dès fois qu'on puisse lui inventer une prestigieuse famille dans le second volume de la série) un peu niais mais plein de bonne volonté et qui conjugue force physique (un maigrichon faiblard, ça perd de son panache quand même) et force mentale. Hop, voici Gair, notre protagoniste abandonné devant une église et qui entré dans les ordres des années plus tard, se fait excommunier parce qu'il entend le chant de la magie. Battu et chassé, il est heureusement recueilli par Alderan, le vieillard incontournable, plein de sagesse et de magie qui le prend sous son aile et l'emmène dans une sorte d'école pour apprendre à contrôler ses pouvoirs. Je vous rassure, Gair n'en a pas besoin; il est tellement fort à l'épée et tellement doué en magie que tous les hommes le jalousent et toutes les femmes soupirent d'amour en le regardant. Ce qui nous amène à la question de l'amoureuse. Gair ne peut passer toute sa vie seul à manier l'épée avec d'autres hommes en transpirant, ça ferait jaser. Dans la fantasy, il y a deux options d'héroïnes: soit la femme explosive, aussi forte qu'un homme et un peu cochonne, soit la douce oie blanche un peu timide mais avec des pouvoirs insoupçonnés. Là l'auteur hésitait donc elle en a mis deux: il y a Aysha, le prof de Gair,  une rebelle qui peut se transformer en animal comme lui et avec qui il fait sauvagement l'amour, et Tanith, l'amoureuse silencieuse, qui le soigne tendrement  parce que c'est une super guérisseuse et avec qui on sait que forcément le petit canaillou finira un jour quand même même s'il préfère pour l'instant faire des galipettes avec l'autre. Ajoutez à tous ces personnages le copain rigolo (Darin), pas très  doué sauf aux échecs mais qui fait plein de blagues pourries et avec qui le héros se sent bien et deux trois autres protagonistes cités pêle-mêle et qui n'ont d'intérêt que dans la scène finale lorsqu'ils meurent (ça donne un côté tragique). Personnages Ok, on passe au décor. Bien évidemment un monde un peu moyen-âgeux avec une Eglise toute-puissante: on change subtilement les noms (Saint Jean devient saint Ioan, la croix devient un chêne) histoire de dire mais voilà et face à cette institution nécrosée et pleine de vieux on oppose les magiciens fougueux et communiant avec la nature. L'intrigue? Gair ne peut pas rester tranquillement dans son école à rien faire, il lui faut un méchant vraiment méchant qui veut a) s'emparer d'un talisman magique pour b) briser le voile entre deux mondes et faire venir des démons. Huum ça me rappelle quelque chose et vous? Je vous rassure, la fin du monde n'est pas pour tout de suite, Gair est là et l'auteur a l'intention de faire une série pas un one shot. On met donc quand même une scène finale tragique, des gens qui pleurent de partout, un héros meurtri par la vie mais qui a terminé son apprentissage et qui est maintenant résolu à tuer le méchant vraiment méchant pour sauver le monde. Après cela, on boucle le premier tome avec un soupir de satisfaction et on envoie le tout à Bragelonne, éditeur spécialisé dans la  bonne vieille fantasy commerciale mais pas vraiment très originale. Voilà c'est fait! Félicitations vous venez de faire un mc Do littéraire. Gare aux indigestions...

Repost 0
12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 12:16

L08.jpgLes Dolce t.1

Frédéric Petitjean

éditions Don Quichotte

2011

 

 

Nous sommes à New York en 2011. La dernière famille de magiciens, les Dolce, y vivent de façon anonyme, pourchassés par la Guilde Noire, une société qui a juré leur perte. Il y a les parents, le père placide et la mère impulsive, le grand-père gâteux qui du fait de son âge canonique (les magiciens vivent bien plus longtemps que les humains) se croit parfois encore à l'époque impériale, le fils musicien qui aimerait s'émanciper, et la petite peste de fille qui, à la veille de son intronisation magique, souhaiterait uniquement faire usage de ses pouvoirs pour se faire gonfler la poitrine... Un éclat du grand-père, un oubli du petit-fils, une crise de la petite-fille et voilà les Dolce repérés par leurs ennemis et contraints de fuir... Mais où?

ça démarrait tellement bien... La famille Dolce il faut le reconnaître est très réussi et dès les premières pages on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures de ces magiciens pas comme les autres: un vieux qui, loin d'incarner la sagesse toute-puissante, perd les pédales, une adolescente tête à claques tendance gothique qui ne rêve que de poitrine refaite et de coucher avec le meilleur ami de son frère, une magicienne caractérielle qui s'essaie avec maladresse à l'amitié avec une humaine. Il ne faut pas non plus oublier la souris immortelle qui loge dans la barbe du grand-père ou encore le chat en peluche qui s'anime quand sa propriétaire est à ses côtés. On saluera également les trouvailles très "visuelles" de l'auteur: le bus magique, la maison qui s'étire ou se rétrécit, le pouvoir des magiciens d'agir sur les matières non travaillées par l'homme... C'est frais et amusant. Le passage où les Dolce invitent des humains et tâchent de donner le change est vraiment très drôle ainsi que les crises nombreuses de la petite dernière.

Alors où ça coince? Pas au niveau du style qui est plutôt pas mal, même si je déplore justement le côté trop "visuel" de l'auteur au détriment d'un travail plus poussé sur les personnages secondaires. A dire vrai, autant les Dolce sont attachants, autant les autres sont inintéressants: le vieux professeur érudit, ancien ami de Rodolphus le père,  et sa cruche de fille, Virginie (vous le saurez en littérature c'est désormais établi: les Virginie sont des oies blanches mais surtout des bécasses sans cervelle) sont consternants de bons sentiments. A l'inverse, les "méchants" à la poursuite des magiciens, sont au contraire caricaturaux, personnages typiques de films américains qui éclatent d'un rire sinistre en se frottant les mains.

Mais mon plus grand reproche réside dans une action interminable et mal menée. Au lieu de s'attacher à un seul point de vue, l'auteur saute de personnage en personnage sans souci de liaisons et donne à son intrigue une certaine confusion et à mon sens, une lenteur insupportable. Beaucoup de scènes ne présentent aucun intérêt et l'histoire s'étire en longueur pour au final pas grand-chose. J'étais contente de commencer le livre, j'étais profondément soulagé de le finir. Dommage pour les Dolce: ils n'ont pas eu le traitement qu'ils méritaient. A voir ce que cela donnera par la suite.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:46

L02.jpgLes privilèges

Jonathan Dee

éditions Plon

2010

 

Une curiosité que cet ouvrage de Jonathan Dee, le premier traduit en français et qui raconte l'histoire d'une famille américaine argentée. Cynthia et Adam, jeune couple, se marie dès la sortie de la fac. Ils entrent à peine dans la vingtaine et la vie leur tend les bras. Des années plus tard, ils ont tout réussi: ils ont deux enfants magnifiques, la carrière d'Adam est à son apogée et ils ont de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. Pourtant, dans cette vie clinquante, tout semble curieusement artificiel et un vide persiste. Chacun le comble à sa manière: Cynthia et Adam se réfugient dans leur amour mutuel et leurs oeuvres de charité, leur fille April se perd dans la drogue et les soirées arrosées tandis que Jonas, le dernier, choisit l'art et la négation de la fortune colossale de ses parents... Mais, au final, il s'avère qu'aucune de ces méthodes ne sert à grand-chose. L'argent peut tout acheter mais il ne protège ni du monde extérieur ni de ses propres angoisses.

Les privilèges est assez étrange dans la mesure où les héros ne sont pas aussi imbuvables qu'on pourrait s'y attendre. Vue de l'extérieur, elle pourrait même être sympathique cette riche famille américaine qui distribue son argent pour de bonnes causes et qui s'aiment tous très fort. Le génie de l'auteur est de glisser ça et là avec cynisme des petits détails qui cassent l'illusion: les parents obsédés par la vieillissement, la femme qui se noie dans des fièvres acheteuses, le mari qui spécule et qui joue avec de l'argent imaginaire, la fille frivole qui se drogue, le fils bobo... Ces quatres personnages repliés sur-mêmes flirtent avec le monde réel sans jamais l'approcher, ne se refusant rien et se barricadant de tout, le mal-être d'une demi-soeur, la solitude d'une mère, l'absence d'un père... qu'ils l'assument (Cynthia, Adam) ou qu'ils le nient (Jonas). Le premier chapitre, le mariage de Cynthia et d'Adam est sans doute le chapitre le plus réussi puisqu'il condense l'essentiel du roman: l'égoïsme forcené des personnages principaux, inconscients des efforts déployés autour d'eux (l'argent du beau-père, le travail de l'organisatrice) le portrait d'une génération totalement amorale (les invités désinvoltes) ou encore le côté articifiel du cadre dans lequel va se dérouler le récit (le mariage perd son côté solennel pour prendre l'allure d'une fête d'étudiants bourrés) Le reste des Privilèges n'est plus alors qu'une variation autour de ces mêmes thèmes, ce qui à la longue explique l'essoufflement d'une narration centrée sur des héros qui n'évoluent pas et qui, au final, ne sont guère intéressants, pas même dans leur attachement mutuel qui, là encore, a le côté artificiel des personnages des Feux de l'Amour (j'organise une fête surprise sur un yatch pour dire à mon épouse que je l'aime ou j'envoie un jet à ma fille pour qu'elle vienne me rejoindre) La richesse est la seule héroïne de l'histoire et, à mon sens, ce n'est pas non plus une héroïne très intéressante. Reste ceci dit un style agréable et un parti pris original de l'auteur qui, à la question: peut-on tout acheter avec de l'argent? a une réponse: probablement, mais cela coûte très très cher.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 21:23

L09.jpgLes sentiers du désastre

Donald Westlake

éditions Rivages

2004

 

 

Je vous avais promis qu'on y reviendrait vite... Revoilà donc notre sympathique truand, Dortmunder et sa fine équipe. Les années ont passé, mais Dortmunder n'a guère changé depuis Dégât des eaux (combien a-t-il vécu d'aventures entre? Je l'ignore...) Il vit toujours paisiblement de petites combines et cette fois c'est un ami d'Andy (l'un de ses comparses) qui lui propose un autre gros coup: il s'agit de se faire engager par Monroe Hall, un milliardaire haï de tous à la suite de malversations financières, et de lui dérober une grande partie de ses biens. Dormunder devient donc majordome, Andy secrétaire, Stan chauffeur et Tiny agent de sécurité. Seulement le hic c'est qu'ils ne sont pas les seuls à prévoir un mauvais coup; certaines victimes des escroqueries de Hall sont en effet déterminées à le kidnapper pour l'argent. Quel plan va réussir?

Ce qui est drôle dans cet ouvrage (et dans le précédent d'ailleurs) c'est le mal que se donne Dortmunder à élaborer des plans qui ne fonctionnent jamais. ça démarre un peu à la Ocean's Eleven avec des combines soigneuses, une préparation minutieuse, des déguisements étudiés, et, pour finir, ça part totalement en grand n'importe quoi avec des personnages qui se font totalement dépasser par les événements et une situation qui échappe à tout contrôle. C'est d'autant plus amusant que Westlake oppose à la bande de Dortmunder une bande de kidnappeurs amateurs qui, tout comme nos héros, ne sont guère doués dans leurs desseins. On rit donc beaucoup, jusqu'à une fin totalement inattendue et proche de l'absurde. C'est sûr, avec Westlake on ne s'ennuie pas! Bon, il est temps de partir en quête des autres aventures de Dortmunder qu'en dites-vous?

Repost 0
Published by beux - dans Polar
commenter cet article
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 20:40

L01.jpgDégâts des eaux

Donald Westlake

éditions Rivages

1990

 

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi en ce moment je me sens un peu morose. Rien de tel donc pour se changer les idées que de lire quelque chose de drôle pour une fois.

Dortmunder, vieux criminel blasé n'est pas franchement ravi de retrouver l'un de ses anciens compagnons de cellule, Tom Jimson, libéré depuis peu. Tom est il faut bien l'avouer un franc sociopathe. Pourtant Dortmunder se retrouve contraint de collaborer avec lui. Tom veut en effet récupérer un ancien butin, caché autrefois dans une petite ville mais qui à la suite de la construction d'un barrage s'est retrouvée inondée. Pas de problèmes pour Tom qui a une solution radicale: faire sauter le barrage à la dynamite et, accessoirement, tuer toute la population locale. Mais notre héros est plus gêné par ses méthodes si peu élégantes et déterminé à trouver une autre solution pour récupérer le butin caché au fond de l'eau... quitte à prendre le temps qu'il faut pour réussir.

Dégâts des eaux n'est de toute évidence pas la première aventure de Dortmunder, personnages cocasse de Westlake que je découvre et qui me plaît beaucoup. C'est un anti-héros, assez âgé et pas très scrupuleux, mais drôle, d'autant plus que dans ce livre, il est loin de parvenir à ses fins. Il est entouré par une galerie de caractères tout aussi amusants; ses différents acolytes dans le crime, Andy, Stan, Tiny... sans oublier les "je passais par hasard": le plongeur professionnel Doug ou encore le geek des années 90, Wally. Tous ces gens se donnent la réplique et surtout se retrouvent dans des situations impossibles qui font bien rire le lecteur. Les dialogues sont enlevés, le style est fluide. Passé un début un peu poussif, nous suivons pas à pas et avec plaisir les nombreuses tentatives de Dortmunder et de son équipe de malfrats pour récupérer l'argent de Tom Jinson. Y arriveront-ils? Tom Jinson fera-t-il sauter le barrage? A vous de le découvrir... Moi je suis plutôt contente car il me reste encore un Westlake à lire. Après, il faudra me mettre en quête  du tout premier tome de la série.

Repost 0
Published by beux - dans Polar
commenter cet article
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 14:28

L08.jpgPaul et Virginie

Bernardin de Saint-Pierre

éditions Librio

1788

 

La première fois que j'ai entendu parler de Paul et Virginie, c'était quand j'étais petite, dans un livre pour enfants qui résumait ainsi le roman: C'est l'histoire d'une fille qui préfère mourir noyée que de se déhabiller devant son amoureux. Voilà tout ce que j'ai retenu, et je me souviens avoir déjà été intriguée à l'époque: comment peut-on mourir noyée parce qu'on a refusé d'enlever ses vêtements? Et qui serait assez bête pour hésiter devant une alternative aussi simple?

Des années plus tard, j'ai enfin ma réponse. Permettez-moi donc de vous présenter, loin devant Roméo et Juliette et leur crise de puberté, juste derrière le couple Bella/Edward de Twilight et tous les personnages sans exception de Guillaume Musso et Marc Levy, permettez-moi dis-je de vous présenter le couple d'amoureux le plus tarte de la littérature: Paul et Virginie.

Paul et Virginie ont été élevés ensemble dans l'actuelle île Maurice par leurs mères rejettées par la bonne société française: l'une a fauté et est tombée enceinte, l'autre s'est compromise dans un mariage au-dessous de sa naissance. S'étant liées d'amitié, elles ont décidé de faire grandir ensemble leurs enfants, allant même jusqu'à les nourrir du même lait (c'est moi ou c'est un peu glauque?) Paul et Virgnie s'appellent frère et soeur et s'aiment tendrement tandis que leurs mères, pleines d'espérance, projettent de les unir (là c'est quand même franchement glauque) Tout va donc pour le meilleur des mondes dans une île luxuriante qui apporte bonheur et nourriture à toute la famille. Mais la grande-tante de Virginie réclame bientôt la jeune fille auprès d'elle en France. Virginie obéissante y va tandis que sur l'île, Paul désespéré apprend par un vieillard sagace que la vie est une vallée de larmes, que notre monde est un monde corrompu, etc. Virginie revient. Mais son bateau est pris par la tempête et, tandis que Paul se rue à l'eau pour venir à son aide (geste noble mais totalement stupide vous en conviendrez) la jeune fille se laisse bravement engloutir par les flots, refusant de se déshabiller pour nager et sauver ainsi sa vie.

Fervent disciple de Rousseau avec qui il s'est promené à plusieurs reprises (ça devait être l'éclate) Bernardin de Saint-Pierre a emprunté à son maître ce qu'il avait de pire : sa misanthropie latente, l'idée d'une nature bonne et généreuse face à une société corrompue, la grandiloquence... Il n'a pas hélas le talent de Rousseau: j'ai rarement vu un récit aussi mal fichu: la narration est assuré par un promeneur qui se fait raconter l'histoire par un vieillard qui lui-même fait intervenir au cours de l'histoire un dialogue qu'il a eu avec Paul... Les descriptions sont plombantes, plates et ennuient plus qu'autre chose. Quant aux personnages! Misère... Entre les mères pleurnichardes, Paul l'ahuri ou Virginie la cruche, ça donne pas envie; jamais été aussi contente que tout le monde meurt à la fin. Ajoutez à cela un auteur qui, loin d'aller au bout de son raisonnement, ne s'assume pas pleinement: Bernardin de Saint-Pierre critique les nobles mais n'ose s'attaquer au roi; tantôt il fait appel à Dieu, tantôt (sans doute pour complaire à l'époque) à une Divinité suprême; impossible de dire si pour lui le refus de Virginie de se déshabiller est une marque de pudeur admirable (il le sous-entend cependant) ou au contraire une stupidité inculquée par l'éducation pudibonde de sa tante. En bref, il tâtonne, ne se sentant manifestement à l'aise que dans les longues très longues digressions sur l'île et son mode de vie paradisiaque. Que dire d'autre? Paul et Virginie est considéré aujourd'hui comme un grand classique de la littérature française. Pour moi il n'a qu'un mérite, c'est d'être court, mais pas assez pour s'ennuyer prodigieusement.

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 19:20

L02.jpgMargaret Mitchell

Anne Edwards

éditions Belfond

1983

 

 

Dans la rubrique livre improbable que personne ne lira et que diable faisait-il d'ailleurs dans ma bibliothèque? nous allons parler aujourd'hui d'une biographie de Margaret Mitchell, épuisée depuis belle lurette dans l'indifférence la plus générale. Margaret Mitchell pour les ignares est l'auteur du livre Autant en emporte le vent dont nous reparlerons sans doute l'un de ces jours dans ce blog. Bien qu'aujourd'hui, elle ne suscite plus les passions, elle eut son heure de gloire, à l'instar d'une Rowling aujourd'hui, et c'est donc tout naturellement que Anne Edwards, sollicitée pour écrire une suite à son oeuvre (heureusement, cette insanité n'existe plus) fit d'une pierre deux coups en narrant l'histoire de son auteur immédiatement après. 

Bon après, il faut dire ce qu'il est, Margaret Mitchell n'a pas eu une vie trépidante non plus: si dans sa jeunesse elle se montra plutôt audacieuse (alcool, cigarettes, premier mariage sur un coup de tête), passée vingt-cinq ans elle se rangea sagement et épousa en secondes noces un bonnet de nuit. Plus ou moins hypocondriaque, elle n'a guère voyagé, passant presque toute sa vie dans sa Georgie natale. Le seul événement majeur dans son existence ce fut l'écriture et la parution de son roman fleuve qui bouleversa sa vie de telle façon qu'elle fut incapable par la suite d'écrire de nouveau.

La biographie d'Anne Edwards est intéressante car elle ne s'attarde pas uniquement sur la face riante de Margaret Mitchell (ses engagements sociaux, sa patience pour ses admirateurs) mais également sur sa face "cachée": sa pingrerie, sa misanthropie et aussi son égocentrisme qui n'est pas sans faire songer à celui de son héroïne. Ce qu'il ressort de cette étude c'est que Margaret Mitchell est devenue un écrivain par hasard, l'auteur d'un seul livre, ce qui est assez rare pour le souligner, et qu'elle s'est laissée déborder par son succès tout en le quémandant. Anne Edwards nous dresse donc le portrait d'une femme complexe, souffreteuse, volubile et qui très sincèrement, ne m'a pas touchée. Est-ce dû au style ampoulé et plutôt plat de sa biographe qui, tout en encensant la jeune femme souligne avec complaisance ses petits travers et ses petites manies? Est-ce dû tout simplement au sujet lui-même, une femme ancrée dans un passé sclérosé, sudiste jusqu'au bout des ongles et dont le quotidien se résume toujours au même paysage? Bref, j'ai lu sans déplaisir Margaret Mitchell,  intéressée par la genèse et du livre Autant en emporte le vent et de celle du film, mais je ne peux pas dire que cette lecture m'apportera grand-chose, si ce n'est la perspective de frimer un peu lors de soirées mondaines en parlant de Clark Gable...

Repost 0
Published by beux - dans Essais
commenter cet article
18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 20:05

L02.jpgLa fourmilière

Jenny Valentine

éditions Ecole des Loisirs

2009

 

Sam jeune garçon de dix-sept ans a fugué de sa campagne pour atterrir à Londres, voulant échapper à un passé qui est devenu trop lourd à porter pour lui. Qu'a donc fait Sam? C'est la question que se posent ses nouveaux voisins dans l'immeuble de Georgiana Street où il a trouvé refuge. Harcelé, Sam presque contre son gré se lie avec ces gens dont le quotidien est pourtant loin du sien; Isabel, la vieille fouineuse du premier étage et, surtout Bohême, la fille de Cherry, une alcoolique. Petite fille de dix ans, Bohême veut devenir amie avec ce garçon mystérieux et découvrir son secret... Quitte à se faire rembarrer et à apprendre sur elle-même et sur sa mère des choses pas forcément agréables à entendre...

C'est du made in Ecole des Loisirs. C'est plein de bons sentiments et d'enfants géniaux. Mais j'ai apprécié ceci dit ce roman sans prétention, narrant le quotidien de paumés de la vie qui finissent par découvrir qu'ensemble ils sont plus forts. Sam est un héros attachant, dont le passé nous demeure mystérieux, ce qui rend d'autant plus surprenant la révélation finale, pas du tout je l'avoue à ce à quoi je m'attendais. En face, nous avons l'héroïne, une gamine de dix ans, ce qui au moins nous dispense de l'inévitable histoire d'amour du roman pour ados. Ce couple improbable mène tambour battant une action efficace (ils prennent tour à tour la parole) et donnent au récit un bon rythme. Les autres personnages, légèrement plus caricaturaux (la vieille curieuse, la mère alcoolique, le propriétaire absent) sont assez intéressants malgré tout et permettent au livre de ne pas tomber dans un certain manichéisme (Cherry ne s'occupe pas de Bohême mais l'aime quand même, Isabel se mêle de tout mais avec la meilleure foi du monde..) La fin est un peu trop "happy end" à mon goût et le style reste enfantin. Néanmoins, la fourmilière a le mérite de ne pas tomber dans la démagogie et de montrer deux enfants tels qu'ils sont: Bohême, une gamine un peu voleuse sur les bords et Sam... à vous de découvrir ce qu'il a fait! Bonne lecture...

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 13:27

L01.jpgMiséricorde

Jussi Adler-Olsen

éditions Albin Michel

2011

 

 

Après une fusillade qui l'a gravement blessé et rendu encore plus difficile à vivre qu'auparavant, l'inspecteur Carl Morck, vieux flic bougon,  est relégué par son chef à la section V, une section qui a pour charge de traiter les dossiers non résolus par la police. Dans la pratique, il s'agit d'un poste dans un sous-sol avec pour seul assistant un réfugié politique syrien Hafez el Hassad dont Carl s'accommode mal de l'enthousiasme. Pourtant, le premier dossier qu'il examine, la disparition et la mort présumée d'une politicienne il y a de cela quelques années pourrait bien se révéler plus intéressant qu'il ne le pense. En effet, Merete Lyyngaard est toujours en vie et croupit en cage en attendant la décision de ses bourreaux de l'exécuter. Sans le savoir, Carl est désormais devenu le dernier espoir de la jeune femme. 

Retour au polar scandinave avec ce très honnête roman danois qui, sans se révéler le meilleur thriller de tous les temps, m'a très agréablement tenue en haleine pendant quelques jour. Son principal défaut? On comprend tout de suite le pourquoi du comment et l'identité des ravisseurs de Merete. Le suspens ne réside pas là mais plutôt dans cette question: Carl arrivera-t-il à retrouver la jeune femme avant qu'il ne soit trop tard? Et de côté-là, c'est assez bien fait, l'auteur alternant la narration, tantôt centrée sur Carl, tantôt centrée sur Merete, donnant de la sorte au récit une bonne dynamique. J'ai apprécié aussi je l'avoue, la volonté de l'auteur de minimiser l'aspect politique de l'histoire; contrairement à certains polars scandinaves comme Millenium (que j'ai pour ma part fort peu goûté la narration ne se tranforme pas en dissertation sur l'histoire politique ou économique du Danemark et ne perd pas son rythme. Enfin et surtout, la force de Miséricorde tient surtout aux deux enquêteurs: Carl Morck et Hafez el Hassad. D'un côté nous avons le misanthrope aigri qui se soucie plus de faire des sudokus en attendant l'heure de la retraite que de résoudre des énigmes, à l'opposé des supers flics habituels toujours à la recherche de la vérité. De l'autre, nous avons l'assistant chauffeur homme de ménage un peu mystérieux et très enthousiaste, mais qui du fait de son inexpérience met souvent les pieds dans le plats. Un duo de choc pour le début d'une série d'enquêtes qui s'annoncent prometteuses...

Repost 0
Published by beux - dans Polar
commenter cet article
8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:27

L05.jpgRetour à Killybegs

Sorj Chalandon

éditions Grasset

2011

 

Tyrone Meehan a toujours été un fervent républicain irlandais, prêt à tout comme son père avant lui pour libérer son pays des anglais, y compris à adhérer à L'IRA. Pourtant, devenu vieux et alors que l'Irlande a retrouvé la paix, il est devenu traître aux siens et poursuivis par ceux qui furent autrefois ses amis. Que s'est-il passé? Pourquoi Tyrone s'est-il rallié aux anglais et dans quelles circonstances? C'est ce qu'il entreprend de raconter dans ce récit qui, mêlant souvenirs passés et présents, retrace l'histoire d'un homme complexe qui n'a jamais vécu que pour se battre... Mais pour quoi?

Encore un roman couronné d'un prix littéraire (celui de l'académie française) et encore un choix qui me laisse un peu perplexe. Entendons-nous bien; le livre de Sorj Chalandon n'est pas mauvais, mais c'est loin d'être une révélation littéraire. On saluera le choix du sujet (l'Irlande, un sujet de toute évidence parfaitement maîtrisé et traité) ainsi qu'une volonté d'éviter tout manichéisme; les irlandais ne sont pas tous forcément des gentils pas plus que les anglais ne sont tous des méchants. L'IRA n'est pas considéré comme une armée terroriste ce qui n'empêche pas l'auteur de démontrer l'horreur d'une guerre qui a empoisonné des générations. Cependant, tout ceci ne m'a pas empêchée de m'ennuyer un peu le long de la narration tortueuse qui, voulant éviter la chronologie linéaire, mélange allégrement tous les moments forts de la vie du héros (enfance, prison, combat dans l'IRA, exil après la trahison, etc.) pour les ressortir au petit bonheur la chance. Ce genre de narration, bien menée, peut effectivement être intéressante. Ici, c'est plutôt mal fait; les moments forts sont dilués dans d'autres souvenirs anodins et les personnages se mélangent, perdant leur impact. C'est bien simple: à part le narrateur, aucun protagoniste ne parvient à s'imposer, que ce soit la femme falote de Tyrone ou son ami français. De ce fait, le récit est confus, parsemé de noms et de dates et n'apporte aucune émotion réelle. Tout ça reste très froid et il n'y a guère que la toute fin de Retour à Killybegs pour insufler un peu d'âme à un roman plein de bonne volonté mais qui part dans toutes les directions pour, au final, arriver nulle part.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article