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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 10:01

L02.jpgMalo de Lange, fils de Personne

Marie-Aude Murail

éditions Ecole des loisirs

 

 

1834. Malo, jeune garçon de quatorze ans employé à la Brigade de la sûreté par son propre père, le chef de la police secrète que l'on nomme monsieur Personne, s'ennuie. Il ne se voit confier que des tâches de surveillance sans grand intérêt et rêve d'un gros coup qui lui permettrait de susciter l'admiration de son père et également de sa fiancée Léonie. Ses ambitions vont lui être fatales: accidentellement, Malo tombe au milieu d'une sombre affaire de vol et d'assassinat: il manque de se faire tuer par des filous, se voit contraint de se déguiser à de nombreuses reprises pour échapper aussi bien aux truands qu'à la justice, échappe au bagne et à la guillotine... Pourra-t-il se sortir de ce mauvais pas? Son père et des alliés rencontrés en cours de route parviendront-ils à le secourir également?

Deuxième volet d'une série autour du personnage, Malo de Lange se présente clairement comme un roman d'aventures, un genre que la littérature jeunesse a de plus en plus tendance à oublier. Marie-Aude Murail corse le tout en le plaçant dans une époque peu connue de son public et fait de son héros un Gavroche remis au goût du jour, avec le vocabulaire et l'ambiance qui vont avec. C'est un pari risqué, en partie réussi. En partie car pour être franche, j'ai moins adhéré à Malo de Lange qu'aux autres romans de l'auteur. J'ai trouvé le style comme toujours très amusant mais un peu redondant et de de ce fait virant parfois au comique de répétition (les comparaisons saugrenues de Malo, les situations qui se répètent, les traits d'esprit du personnage) C'est dommage car du coup l'aspect "aventures" est un peu négligé: on ne s'inquiète guère pour le héros, sûr qu'il parviendra à s'en sortir d'une façon ou d'une autre. Quant à l'intrigue, elle est plutôt brouillonne: partant un peu dans tous les sens et faisant intervenir trop de personnages, elle lasse rapidement, ce qui fait que le final est décevant et laisse un petit goût d'inachevé.

Après toutes ces remarques, il faut néanmoins saluer le courage de l'auteur qui ne craint pas de rebuter un lectorat plus habitué aux histoires d'amour niaises entre vampires et mortels, ou aux histoires de filles qui découvrent les tourments de l'adolescence. Marie-Aude Murail ne cherche pas à plaire à son public ni à adhérer à leurs goûts. C'est à eux d'entrer dans son univers. Aucune langue de bois au demeurant, ni tabous. L'auteur évoque sans embarras l'amour de Malo pour Léonie, les prostitués, les meurtres, la corruption... Rien n'est passé sous silence, pas même les horreurs que doit subir Malo au bagne. Cela donne à l'ouvrage une grande fraîcheur, une qualité rare qui fait que les livres de Marie-Aude Murail, même inégaux, sont toujours plaisants à lire...

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:53

L02.jpgLes aventures de Caleb Williams

William Godwin

éditions Bordas

 

 

Retour à la littérature du 18ème siècle: si vous vous en souvenez bien, nous en étions restés à la tragique et ennuyeuse histoire d'amour de Paul et Virginie qui, à son époque, avait fait couler bien des larmes à des sujets plus sensibles que moi. Quittons donc maintenant un peu la France (de toute manière pour l'instant ils n'écrivent plus beaucoup, ils sont essentiellement occupés à guillotiner à tour de bras) et allons faire un petit tour du côté de l'Angleterre. Là-bas, un timide vent de révolte souffle aussi, et les écrits s'en ressentent: place donc à William Godwin.

Les aventures de Caleb Williams mettent en scène un jeune secrétaire, Caleb Williams donc, qui, en dépit de sa basse naissance, grâce à son intelligence et à sa curiosité, est parvenu à acquérir une certaine culture. Il travaille pour lord Falkland, un noble calme et généreux qui le traite avec beaucoup d'égards. Lord Falkland n'a qu'un seul ennemi: le baron Tyrrel, un despote tyrannique jaloux de son charisme. Après bien des différents entre eux, dont la plupart ont causé du tort à des personnes innocentes, le baron Tyrell est retrouvé mort. Soupçonné, lord Falkland est rapidement mis hors de cause et deux paysans sont exécutés pour le meurtre. Mais Caleb Williams, intrigué par le changement de comportement de son maître, mène sa propre enquête et ne tarde pas à découvrir que ce dernier est bel et bien coupable. Loyal envers son protecteur, Caleb ne peut cependant continuer à travailler pour un assassin. Malheureusement, Falkland, démasqué, se refuse à le laisser partir et, lorsque son secrétaire fuit, il le fait pourchasser et accuser par la justice. Commence alors pour Williams une longue cavale, plusieurs évasions de prison et un certain nombre de déguisements...

Je suis un peu perplexe face à cet ouvrage je le reconnais. La faute peut-être à une traduction de 1945 qui me paraît plus qu'approximative. De fait, nous ne parlerons pas du style qui est... déroutant, oscillant entre une narration traditionnelle et l'intervention directe de Caleb Williams, et ce de façon plutôt grossière. La thématique est déroutante également: voilà une histoire qui met en scène un noble qui est la bonté incarnée mais qui va devenir pourtant le pire cauchemar de son serviteur. Lord Falkland est un assassin certes: mais il a tué un homme mauvais. Il pourchasse son ancien secrétaire mais, en même temps, fait tout pour le protéger... Caleb Williams de son côté enquête sur un homme qu'il admire, se refuse à le dénoncer mais ne veut plus travailler pour lui, clame son innocence mais passe son temps à s'enfuir... C'est moi ou tous ces personnages sont plus ou moins schizophrènes? Et je ne vous parle même pas d'Emilie, la protégée de Falkland qui se refuse de croire et en la culpabilité du lord et en la culpabilité de Caleb Williams. Ouais choupette désolée, mais il y en a un des deux qui ment tu sais...

C'est confus, reconnaissez-le. On sent Godwin soucieux de ne pas s'attirer les foudres de la noblesse tout en glissant ça et là cependant quelques petites critiques insidieuses: la tyrannie de Tyrrel qui ruine la vie de gens moins fortunés par simple caprice, le destin misérable d'un paysan qui souhaitait seulement assurer un avenir à son fils, un système judiciaire corrompu (des policiers véreux autrefois bandits, des geôliers cupides) qui ne traite pas tout le monde sur le même pied d'égalité... Par la bouche de Caleb Williams, Godwin va même jusqu'à railler une Angleterre convaincue de son intégrité et de ses lois: " Dieu soit loué, s'écrient les Anglais, nous n'avons pas de Bastille! Dieu soit béni, chez nous un homme ne peut être puni sans avoir commis de crimes! Est-ce un pays de liberté, celui où des milliers d'hommes languissent dans des cachots et dans des fers? Viens, Anglais ignorant, et visite nos prisons! Respire leur air empoisonné! Vois leur saleté! Eprouve la dureté tyrannique de leur gouverneur et ose, après cela, répéter avec orgueil: L'Angleterre n'a point de Bastille!" Non, nous dit l'auteur, l'Angleterre n'est pas un modèle de vertu. Oui, l'innocence peut être punie, oui les injustices existent et oui, elles s'exercent souvent au détriment des plus pauvres. Inutile de vous dire que Godwin est plus que favorable aux idées révolutionnaires qui font fureur de l'autre côté de la Manche et rêve d'une société plus juste pour tous. Des idées que d'ailleurs il développera dans plusieurs écrits politiques.

C'est cela Les aventures de Caleb Williams, un roman assez critique et plutôt intéressant du point de vue de la  psychologie des personnages. Pour l'auteur, ce ne sont pas les hommes qui sont forcément mauvais (lord Tyrrel lui-même est loin d'être un monstre) mais c'est le système qui les encourage à agir mal. Une idée somme toute assez généreuse mais qui a dû valoir à Godwin quelques soucis en ces temps où l'Angleterre ne rigolait pas trop avec toutes ces choses-là.

Et avant de refermer la parenthèse sur Godwin, pour votre culture personnelle, sachez que ce dernier est connu aussi pour avoir eu une fille du nom de Mary qui, devenue adulte, épousera un certain Shelley. Cette même Mary Shelley qui, bien des années plus tard, créera le personnage mythique de Frankenstein et de son monstre...

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 20:08

L10Richard Yates

Tao Lin

éditions Le Diable Vauvert

 

 

Dakota Fanning et Haley Joel Osment se sont rencontrés sur Internet, au hasard des chats. Depuis, ils entretiennent une relation amoureuse: ils se rencontrent soit chez l'un, soit chez l'autre et, surtout, échangent mails, textos, et bavardent sur Gmail. Dakota Fanning a seize ans, est obèse et a tendance à la boulimie. Haley Joel Osment en a vingt-deux, vivotte plus ou moins avec des petits travaux d'écriture. L'un a un père en prison, l'autre une mère hystérique et un frère dépressif. Les deux aiment voler dans des magasins et parlent souvent de se suicider. Très vite, leur relation prend une tournure étrange: ces deux là n'ont rien à se dire dans la "vraie" vie, incapables de communiquer entre eux autrement qu'en volant ensemble, en mangeant, en regardant des films et, surtout, en dormant beaucoup. Leurs conversations sont essentiellement virtuelles... et déroutantes.

Déroutant, c'est d'ailleurs exactement le terme qui qualifie Richard Yates dans son ensemble. C'est un roman qui, pour commencer, ne s'attache pas aux sentiments des personnages mais pose un regard extérieur sur eux, se contentant de décrire leurs faits et gestes: "ils se sont levés, ils ont bu un smoothie, etc." Les pensées, fugaces, sont toujours rapportées, jamais commentées: "Il songea que..." Ce genre de narration donne un côté très froid, très clinique à l'ouvrage. Il est également difficile de faire la part entre les passages où les protagonistes se voient réellement et ceux où ils s'écrivent car, de fait, les seuls moments où Haley Joel Osment et Dakota Fanning communiquent par plus de deux mots, ce sont les moments où ils sont séparés et à l'abri derrière leurs portables et leurs ordinateurs. De plus, l'écriture ne respecte aucune hiérarchie d'importance, si je peux m'exprimer ainsi. Certes, il y a de nombreuses indications temporelles: "A 9h02, à 04h05, le vendredi..." mais par ailleurs l'auteur prend un malin plaisir à passer très rapidement sur certains événements de conséquence (la première rencontre des deux personnages ou encore leur voyage ensemble en Floride) tandis qu'il fait la part belle aux échanges de mails. Tout est brouillé, le temps lui-même perd de sa force et la narration est hachée, décousue, assez semblable à une gigantesque conversation en ligne. Globalement, Richard Yates nous montre une relation faussée, avec des personnages qui ne semblent pouvoir s'aimer qu'à distance et qui, à vrai dire, ne semblent vraiment intéressants qu'à l'écrit. Dakota Fanning promet monts et merveilles à son amoureux, jure qu'elle va changer ou, toujours dans les extrêmes, annonce son intention de se tuer. Dans la réalité il s'agit d'une petite grosse toujours somnolente. Haley Joel Osment, pareillement, très moralisateur dans ses mails et très exigeant vis-à-vis de Dakota, n'est lui-même qu'un gars un peu paumé, un peu dépressif. Les deux, même ensemble, ne peuvent s'empêcher de se mettre en scène en se photographiant, en se filmant et en se construisant une histoire bancale qui est moins basée sur l'amour que sur un sentiment de solitude commune, la solitude d'une génération qui a perdu l'habitude de communiquer de façon réelle. C'est une histoire intéressante, bien construite, un peu longuette par endroits du fait d'un style très répétitif, mais qui, avec la force d'un coup de poing, nous fait prendre conscience des dangers d'une nouvelle technologie qui, supposée "connecter" les gens, ne sert paradoxalement qu'à les éloigner les uns des autres...

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 10:28

L04.jpgLe dit des Heiké

traduit du japonais par René Sieffert

éditions Verdier

 

 

Me revoilà! Ce n'est pas par fainéantise que je n'écrivais plus sur ce blog mais parce que j'étais sur un gros morceau qui, au demeurant, ne risque pas de passionner les foules. Aujourd'hui, parlons donc de littérature japonaise médiévale.

Bon, maintenant que j'ai perdu la moitié de mon lectorat sur cet article, permettez-moi de vous présenter Le dit des Heiké, une épopée japonaise narrant l'ascension au pouvoir du clan des Heiké aux environs de la première moitié du 12ème siècle. Tout commence avec Tamadori, un manant (bon j'exagère un peu mais j'essaie de faire simple) qui parvient à se hisser dans les faveurs de l'Empereur; son fils Kiyomori de ce fait parvient à occuper une position importante à la cour pour finalement devenir Grand Ministre. Kiyomori, moins humble que son père, en profite pour écraser ses ennemis et établir tous ses enfants à des postes prestigieux. Il donne également à l'Empereur l'une de ses filles. Cette dernière met au monde un garçon qui, en bas âge, devient Empereur. Rien ne semble pouvoir arrêter l'ascension des Heiké, mais Kiyomori, véritable dictateur, exilant et tuant à tour de bras se fait beaucoup d'ennemis. Après la mort de son fils aîné, un homme d'une grande sagesse qui s'employait à tempérer son père, sa folie dominatrice ne connaît plus de mesures. Le Grand Ministre va même jusqu'à déplacer la capitale pour son confort personnel. Les présages néfastes s'accumulent, la populace gronde... Kyomori tombe malade. A sa mort, le clan rival, les Genji, se déchaîne. Les Heikés sont pourchassés, le tout jeune Empereur est précipité dans les flots avec les joyaux du trône par sa grand-mère pour échapper à leurs ennemis et tous ceux du clan qui ne se tuent pas d'eux-mêmes sont mis à mort, y compris les enfants (bon sauf les femmes mais elles elles partent pleurer au fond des montagnes) Le clan des Heiké est décimé et un nouveau système politique se met en place, celui du gouvernement des shôgun (gouvernement militaire). Fin de l'histoire.

Dit comme ça ça peut paraître un peu tortueux et de ce fait, même si vous aimez les mangas, ne vous précipitez pas quand même sur Le dit des Heiké. Déjà, les personnages sont rarement nommés par leur nom mais le plus souvent par leurs fonctions (Grand Ministre, Empereur Moine, Empereur Retiré, Commandant de Komatsu, etc.) ce qui complique singulièrement la tâche de mémorisation. Et s'il n'y avait que dix personnages! Mais non, il y en a des centaines, certains apparaissant juste le temps de mourir quelques pages plus tard. Certaines pages ne sont qu'une énumération de titres et de dignitaires partant sur le champs de bataille. Chacun sa méthode: certains lecteurs se muniront d'un petit carnet et noteront avec application qui est qui et qui appartient à quel clan. Personnellement j'avoue que je préfère parfois faire l'impasse et continuer dans la lecture; les personnags réellement importants reviennent d'eux-même. Le style est particulier, dense (à noter la magnifique traduction de Sieffert, spécialiste du sujet) et demande de la patience et du temps devant soi. Néanmoins, malgré tout, Le Dit des Heiké est un livre qui vaut le coup même s'il demande une certaine persévérance. Je ne m'arrêterais pas sur les batailles qui, en dépit de leur violence, n'ont pas la cruauté de celles décrites dans des oeuvres comme Les trois royaumes (les japonais meurent avec beaucoup plus de prestance que les chinois) mais plutôt sur toute la poésie qui se dégage de l'ensemble: les vers insérés ça et là, la mélancolie sous-jacente de l'oeuvre rappelant que tout n'est qu'éphémère, la bravoure des hommes morts au combat, les séparations douloureuses. Ici, si le combat garde un caractère noble, il est avant tout tragique; les clans étant souvent liés d'une façon ou d'une autre, la lutte est toujours fratricide. Les vainqueurs d'hier sont les vaincus de demain et tout n'est qu'impermanence, impermanence qui s'exprime aussi bien dans les renversements de fortune que dans le passage des saisons, la nature étant également un thème clé dans Le dit des Heikés. Les plus jolis passages d'ailleurs de l'épopée sont d'ailleurs à mon sens ces descriptions d'une nature tout à la fois mouvante (les changements de lune, le violent séisme) et intemporelle. A l'image de l'homme, qui selon Bouddha, est appelé à renaître, les cerisiers sont amenés à refleurir. En dépit de cela, c'est la mélancolie qui prime; la mort n'est rien, mais c'est la séparation avec les êtres aimés qui est douloureuse. Ce n'est pas un hasard si le livre ne s'achève pas par quelque grande victoire éclatante mais par la fin de la vie de l'Impératrice, la fille du Ministre Religieux, qui demeurée seule, privée d'un fils englouti par les flots, quitte la ville pour se réfugier loin des hommes:

 

"Pourquoi ces temps-ci

Se fait-il que dans mon coeur

Depuis quand ne sais

resurgit l'amer regret

des habitants du Palais

 

Puisque le passé

désormais n'est plus qu'un rêve

La porte tressée

de branchages de ma hutte

elle aussi n'aura qu'un temps"

 

Nul rancoeur dans ces vers. On reconnaît assez bien le fatalisme japonais: tout ce qui arrive est mérité, les descendants expiant les fautes de leurs ancêtres ou leurs mauvaises action dans une vie antérieure. Ne restent plus que les regrets et l'espoir d'une nouvelle chance. Et pour le lecteur un très joli moment de littérature un peu doux-amer...

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 20:27

L05.jpgPromise

Ally Condie

éditions Gallimard Jeunesse

2010

 

 

Le jour de son premier banquet, Cassia est aux anges: c'est en effet le jour où elle va savoir avec qui la Société la destine à finir ses jours. Car, dans son monde, un monde futuriste, c'est la Société qui décide de tout: en fonction de vos aptitudes, de votre morphologie, de votre caractère et de votre hérédité, vous êtes classés et analysés. La Société vous nourrit, vous donne un travail, vous affecte un conjoint en fonction de critères bien précis, et vous fait même mourir à l'heure à laquelle elle le souhaite. Le hasard et la chance n'ont plus de place dans ce meilleur des mondes. Une situation qui jusque là n'avait jamais posé aucun problème à Cassia et encore moins le soir de son banquet lorsqu'elle découvre que son promis n'est autre que Xander, son meilleur ami. Mais quelques jours plus tard, en consultant la fiche de son futur époux, l'image se brouille un instant pour laisser entrevoir le visage d'un autre, celui de Ky Markham, l'une de ses connaissances. D'abord déterminée à ne pas se laisser troubler, Cassia, curieuse, ne peut s'empêcher de se rapprocher du jeune homme et tombe amoureuse de lui... Un sentiment que les Officiels réprouveraient à coup sûr et qui remet en cause tout le système sur lequel est bâti la Société.

C'est ce que j'appelle un beau gâchis. L'intrigue était intéressante et le monde futuriste plutôt bien pensé. Certes, la Société n'est pas très crédible: difficile d'imaginer un monde où les habitants ne posséderaient quasiment rien à eux et n'auraient que des distractions limitées. Il est malheureusement facile de croire Ally Condie quand elle évoque des gens réduits à des numéros et prêts à renoncer à toute liberté en échange de la stabilité. Mais les faire renoncer à leur petit confort personnel, à leurs biens? Allons donc! En revanche ce monde futuriste ne paraît pas si fou quand il évoque des rations de nourriture contrôlés (c'est pour éviter de manger trop gras trop sucré voyez-vous) ou les mariages arrangés (c'est un ordinateur qui se charge de ça, il ne peut pas se tromper, il choisit en fonction de critères rigoureux, etc.) Au nom de la sécurité, Cassia et les siens se plient à un ensemble de règles complètement absurdes qui ne les choquent même plus. ça ne vous dit rien?

Mais malheureusement, l'auteur gâche tout. Déjà par un style assez sirupeux et en donnant la parole à son héroïne qui est aussi intéressante qu'une endive. La Société est très peu décrite, rien à voir avec les descriptions flamboyantes de Westerfeld dans Uglies par exemple, si bien que le lecteur reste sur sa faim. Et puis surtout, il y a cette histoire d'amour insupportable entre Cassia et Ky. Purée, on est dans un monde futuriste et tout qui importe à Cassia c'est de savoir quand elle va pouvoir rouler une pelle à son gars! Ce n'est que minauderies sur fond de colline verdoyante, récitations de poèmes (aussi incongrus que Edward et Bella citant Jane Austen dans Twilight) et atermoiements sur la trahison faite à Xander (qui en même temps a le prénom typique du meilleur ami rigolo qui n'arrivera jamais à se faire aimer de l'héroïne, pas de chance) Nous on veut savoir le pourquoi du comment de la Société mais non, nous devons lire les états d'âme d'une gamine de seize ans. Ok, j'admets, c'est un roman pour ados. Et à coup sûr ça plaira aux ados; mais seulement aux ados. Et, je le répète c'est dommage car ça aurait pu être beaucoup mieux.

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 15:20

L02.jpgDes vies d'oiseaux

Véronique Ovaldé

éditions de l'Olivier

2011

 

Vida virevolte dans la grande villa climatisée de son riche mari, inquiète, solitaire. Cela fait bien longtemps qu'elle n'aime plus Gustavo. L'a t-elle seulement aimé un jour? Elle ne pense désormais plus qu'à sa fille, Paloma, qui a disparu un jour, crachant son mépris pour un père médecin, un bourgeois engoncé dans une vie plus que conventionnelle, et une mère d'origine modeste qui a renié son village natal et qui vit dans l'ombre de son mari. Vida sait que sa fille n'est pas très loin, qu'elle a suivi un amant désargenté et qu'ensemble ils s'installent dans les grandes demeures somptueuses de propriétaires en vacances, y compris parfois la sienne... Grâce à l'aide de Taïbo, un policier, elle part sur les traces de son enfant, l'occasion pour elle de renouer avec son passé mais, surtout, de pouvoir enfin après tant d'années se découvrir un avenir.

Que les choses soient bien claires, je ne suis pas follement accroc au style d'Ovaldé, à ses longues phrases sinueuses pleines d'interrogations (mais pourrait-elle faire autrement que de faire, non il ne fallait pas y penser car c'était mal mais si elle devait le faire, etc.) et aux parenthèses à rallonges qui parfois à mon sens coupe sérieusement le récit  (est-ce que je fais ça moi d'abord hein?) Ceci dit, c'est un choix stylistique assumé et parfaitement maîtrisé. Le lecteur peut avoir un peu de mal au début du récit, mais par la suite, il se laisse happer par une jolie histoire, celle de personnages qui, loin des préjugés et des aléas de la vie, essaient tant bien que mal de reconquérir leur liberté. Il y a Vida, l'épouse docile qui découvre que son existence n'est pas forcément lié à celle d'un mari tyrannique; il y a Taïbo, le policier qui découvre qu'il ne sert à rien de s'accrocher à un passé mort; mais il y a aussi Paloma qui se rend compte que sa liberté, paradoxalement, passe par l'attachement à un homme et que c'est seulement en se liant à lui qu'elle est enfin libre. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de dénigrer toute relation, qu'elle soit sentimentale ou filiale, il s'agit juste de montrer qu'une relation ne peut reposer sur l'idée d'une obligation  ou d'un devoir quelconque. On n'est pas forcé d'aimer un père violent ou un mari absent. L'amour repose sur un choix, illlustration parfaite avec Paloma qui choisit d'accompagner sa meilleure amie tout le long de sa maladie ou qui décide de fuir avec son amant, Adolfo,  parfaitement consciente du chagrin que cela causera à sa mère. Je déplore seulement l'image du père, sérieusement écorné dans ce roman, puisqu'il présente Gustavo comme un homme antipathique, plus intéressé par son argent et sa carrière que par sa famille, et le père d'Adolfo comme un homme violent et caractériel. Les femmes à l'inverse apparaissent comme de braves petites choses, ce qui me paraît un peu caricatural par endroits. C'est un détail qui ne m'a pas empêchée de savourer tranquillement une histoire pleine de tendresse rappelant, en ces temps où la jalousie et la possession sont les maîtres mots, que les oiseaux ne sont pas faits pour être mis en cage...

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 20:58

L04.jpgHate List

Jennifer Brown

éditions Albin Michel

2009

 

 

Au départ c'était juste un jeu entre Valérie et son petit ami, Nick, la liste de la haine. Une simple liste de noms de personnes qu'ils détestaient tous les deux: les gros durs qui leur menaient la vie dure au lycée, les BASF (Barbies Anorexiques Salopes et Friquées), les profs qui leur collaient de mauvaises notes, certains membres de leurs familles respectives... Pour Valérie rien de bien sérieux, pas plus que les mails suicidaires de Nick ou ses déclarations morbides. Jusqu'au jour où l'adolescent déclenche une fusillade à la cantine, ouvrant le feu sur les gens de la fameuse liste pour finir par retourner son arme contre lui-même. Cinq mois plus tard, Valérie fait sa rentrée, retournant au lycée pour affronter le regard de ses camarades et faire face à ses propres questions: pourquoi Nick a-t-il fait ça? Est-elle responsable et pourquoi n'a-t-elle rien vu venir? Les autres pourront-ils lui pardonner cette fameuse liste qui pour elle n'a jamais été rien d'autre qu'un défouloir?

Découvert grâce au blog d'une consoeur que je tiens à remercier pour cela (http://domino.blogueuse.fr/hate-list-jennifer-brown-a38243146) Hate List est vraiment un beau roman qui avec beaucoup de justesse décrit le parcours d'une adolescente qui voit sa vie et ses certitudes voler en éclats. Valérie était persuadée que Nick et elle formaient un rempart contre le monde entier. Mais Nick est mort, emmenant avec lui tout ce qu'elle croyait savoir, et en accomplissant un acte qu'elle ne peut cautionner. Les bourreaux d'hier sont maintenant victimes et Valérie doit reprendre sa vie en faisant face aux survivants. Les alliés sont devenus des ennemis, certains ennemis sont devenus des alliés. Sa famille elle-même la regarde différemment... Le personnage de Valérie est émouvant de sincérité, adolescente tiraillée entre un amour qu'elle croyait parfait et une réalité atroce. Les autres personnages sont également une réussite, décrits tout en finesse, y compris Nick, vu à travers les yeux amoureux de l'héroïne. Oscillant entre passé et présent,  le récit a un bon rythme qui ne faiblit pas et qui mélange souvenirs d'avant et d'après la fusillade et interrogations actuelles de l'héroïne. Aucun manichéisme dans l'histoire, pas de complaisance non plus, mais un regard acéré sur une société indifférente qui, à sa manière, est également responsable de la fusillade. Hate List est un récit un peu triste, parfois à la limite de la mièvrerie, surtout vers la fin, mais qui délivre une très jolie leçon: qu'il est beaucoup plus facile de haïr et de voir le mauvais côté des gens que de tout simplement essayer, de temps en temps, de comprendre ce qu'ils ont dans la tête...

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:22

L06.jpgLes chants de la terre

La chasse sauvage t.1

Elspeth Cooper

éditions Bragelonne

2011

 

Amis aspirants écrivains, réjouissez-vous: aujourd'hui nous allons parler de l'art et la manière de faire un ouvrage de fantasy. Je vous arrête, je n'ai pas dit qu'il s'agissait d'un bon ouvrage. Nous allons faire comme l'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui. Nous allons prendre toute une série d'ingrédients standards pour en faire une bouillie qui est à la littérature ce que le fast-food est à la gastronomie.

Prenons déjà un titre évocateur, plein de poésie, rappelant à la fois la beauté de la nature et la tristesse des hommes. Ici il s'agit des Chants de la terre mais vous pouvez aussi appeler aussi votre prose Les silences de la mer, l'herbe des prés, L'oiseau de feu, Le regard de la truie... tout ça sonne mystérieux et mélancolique, d'entrée de jeu vous avez conquis votre lectorat.

Vous avez votre titre passons aux personnages. Pour le héros, il faut obligatoirement un orphelin (dès fois qu'on puisse lui inventer une prestigieuse famille dans le second volume de la série) un peu niais mais plein de bonne volonté et qui conjugue force physique (un maigrichon faiblard, ça perd de son panache quand même) et force mentale. Hop, voici Gair, notre protagoniste abandonné devant une église et qui entré dans les ordres des années plus tard, se fait excommunier parce qu'il entend le chant de la magie. Battu et chassé, il est heureusement recueilli par Alderan, le vieillard incontournable, plein de sagesse et de magie qui le prend sous son aile et l'emmène dans une sorte d'école pour apprendre à contrôler ses pouvoirs. Je vous rassure, Gair n'en a pas besoin; il est tellement fort à l'épée et tellement doué en magie que tous les hommes le jalousent et toutes les femmes soupirent d'amour en le regardant. Ce qui nous amène à la question de l'amoureuse. Gair ne peut passer toute sa vie seul à manier l'épée avec d'autres hommes en transpirant, ça ferait jaser. Dans la fantasy, il y a deux options d'héroïnes: soit la femme explosive, aussi forte qu'un homme et un peu cochonne, soit la douce oie blanche un peu timide mais avec des pouvoirs insoupçonnés. Là l'auteur hésitait donc elle en a mis deux: il y a Aysha, le prof de Gair,  une rebelle qui peut se transformer en animal comme lui et avec qui il fait sauvagement l'amour, et Tanith, l'amoureuse silencieuse, qui le soigne tendrement  parce que c'est une super guérisseuse et avec qui on sait que forcément le petit canaillou finira un jour quand même même s'il préfère pour l'instant faire des galipettes avec l'autre. Ajoutez à tous ces personnages le copain rigolo (Darin), pas très  doué sauf aux échecs mais qui fait plein de blagues pourries et avec qui le héros se sent bien et deux trois autres protagonistes cités pêle-mêle et qui n'ont d'intérêt que dans la scène finale lorsqu'ils meurent (ça donne un côté tragique). Personnages Ok, on passe au décor. Bien évidemment un monde un peu moyen-âgeux avec une Eglise toute-puissante: on change subtilement les noms (Saint Jean devient saint Ioan, la croix devient un chêne) histoire de dire mais voilà et face à cette institution nécrosée et pleine de vieux on oppose les magiciens fougueux et communiant avec la nature. L'intrigue? Gair ne peut pas rester tranquillement dans son école à rien faire, il lui faut un méchant vraiment méchant qui veut a) s'emparer d'un talisman magique pour b) briser le voile entre deux mondes et faire venir des démons. Huum ça me rappelle quelque chose et vous? Je vous rassure, la fin du monde n'est pas pour tout de suite, Gair est là et l'auteur a l'intention de faire une série pas un one shot. On met donc quand même une scène finale tragique, des gens qui pleurent de partout, un héros meurtri par la vie mais qui a terminé son apprentissage et qui est maintenant résolu à tuer le méchant vraiment méchant pour sauver le monde. Après cela, on boucle le premier tome avec un soupir de satisfaction et on envoie le tout à Bragelonne, éditeur spécialisé dans la  bonne vieille fantasy commerciale mais pas vraiment très originale. Voilà c'est fait! Félicitations vous venez de faire un mc Do littéraire. Gare aux indigestions...

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 12:16

L08.jpgLes Dolce t.1

Frédéric Petitjean

éditions Don Quichotte

2011

 

 

Nous sommes à New York en 2011. La dernière famille de magiciens, les Dolce, y vivent de façon anonyme, pourchassés par la Guilde Noire, une société qui a juré leur perte. Il y a les parents, le père placide et la mère impulsive, le grand-père gâteux qui du fait de son âge canonique (les magiciens vivent bien plus longtemps que les humains) se croit parfois encore à l'époque impériale, le fils musicien qui aimerait s'émanciper, et la petite peste de fille qui, à la veille de son intronisation magique, souhaiterait uniquement faire usage de ses pouvoirs pour se faire gonfler la poitrine... Un éclat du grand-père, un oubli du petit-fils, une crise de la petite-fille et voilà les Dolce repérés par leurs ennemis et contraints de fuir... Mais où?

ça démarrait tellement bien... La famille Dolce il faut le reconnaître est très réussi et dès les premières pages on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures de ces magiciens pas comme les autres: un vieux qui, loin d'incarner la sagesse toute-puissante, perd les pédales, une adolescente tête à claques tendance gothique qui ne rêve que de poitrine refaite et de coucher avec le meilleur ami de son frère, une magicienne caractérielle qui s'essaie avec maladresse à l'amitié avec une humaine. Il ne faut pas non plus oublier la souris immortelle qui loge dans la barbe du grand-père ou encore le chat en peluche qui s'anime quand sa propriétaire est à ses côtés. On saluera également les trouvailles très "visuelles" de l'auteur: le bus magique, la maison qui s'étire ou se rétrécit, le pouvoir des magiciens d'agir sur les matières non travaillées par l'homme... C'est frais et amusant. Le passage où les Dolce invitent des humains et tâchent de donner le change est vraiment très drôle ainsi que les crises nombreuses de la petite dernière.

Alors où ça coince? Pas au niveau du style qui est plutôt pas mal, même si je déplore justement le côté trop "visuel" de l'auteur au détriment d'un travail plus poussé sur les personnages secondaires. A dire vrai, autant les Dolce sont attachants, autant les autres sont inintéressants: le vieux professeur érudit, ancien ami de Rodolphus le père,  et sa cruche de fille, Virginie (vous le saurez en littérature c'est désormais établi: les Virginie sont des oies blanches mais surtout des bécasses sans cervelle) sont consternants de bons sentiments. A l'inverse, les "méchants" à la poursuite des magiciens, sont au contraire caricaturaux, personnages typiques de films américains qui éclatent d'un rire sinistre en se frottant les mains.

Mais mon plus grand reproche réside dans une action interminable et mal menée. Au lieu de s'attacher à un seul point de vue, l'auteur saute de personnage en personnage sans souci de liaisons et donne à son intrigue une certaine confusion et à mon sens, une lenteur insupportable. Beaucoup de scènes ne présentent aucun intérêt et l'histoire s'étire en longueur pour au final pas grand-chose. J'étais contente de commencer le livre, j'étais profondément soulagé de le finir. Dommage pour les Dolce: ils n'ont pas eu le traitement qu'ils méritaient. A voir ce que cela donnera par la suite.

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:46

L02.jpgLes privilèges

Jonathan Dee

éditions Plon

2010

 

Une curiosité que cet ouvrage de Jonathan Dee, le premier traduit en français et qui raconte l'histoire d'une famille américaine argentée. Cynthia et Adam, jeune couple, se marie dès la sortie de la fac. Ils entrent à peine dans la vingtaine et la vie leur tend les bras. Des années plus tard, ils ont tout réussi: ils ont deux enfants magnifiques, la carrière d'Adam est à son apogée et ils ont de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. Pourtant, dans cette vie clinquante, tout semble curieusement artificiel et un vide persiste. Chacun le comble à sa manière: Cynthia et Adam se réfugient dans leur amour mutuel et leurs oeuvres de charité, leur fille April se perd dans la drogue et les soirées arrosées tandis que Jonas, le dernier, choisit l'art et la négation de la fortune colossale de ses parents... Mais, au final, il s'avère qu'aucune de ces méthodes ne sert à grand-chose. L'argent peut tout acheter mais il ne protège ni du monde extérieur ni de ses propres angoisses.

Les privilèges est assez étrange dans la mesure où les héros ne sont pas aussi imbuvables qu'on pourrait s'y attendre. Vue de l'extérieur, elle pourrait même être sympathique cette riche famille américaine qui distribue son argent pour de bonnes causes et qui s'aiment tous très fort. Le génie de l'auteur est de glisser ça et là avec cynisme des petits détails qui cassent l'illusion: les parents obsédés par la vieillissement, la femme qui se noie dans des fièvres acheteuses, le mari qui spécule et qui joue avec de l'argent imaginaire, la fille frivole qui se drogue, le fils bobo... Ces quatres personnages repliés sur-mêmes flirtent avec le monde réel sans jamais l'approcher, ne se refusant rien et se barricadant de tout, le mal-être d'une demi-soeur, la solitude d'une mère, l'absence d'un père... qu'ils l'assument (Cynthia, Adam) ou qu'ils le nient (Jonas). Le premier chapitre, le mariage de Cynthia et d'Adam est sans doute le chapitre le plus réussi puisqu'il condense l'essentiel du roman: l'égoïsme forcené des personnages principaux, inconscients des efforts déployés autour d'eux (l'argent du beau-père, le travail de l'organisatrice) le portrait d'une génération totalement amorale (les invités désinvoltes) ou encore le côté articifiel du cadre dans lequel va se dérouler le récit (le mariage perd son côté solennel pour prendre l'allure d'une fête d'étudiants bourrés) Le reste des Privilèges n'est plus alors qu'une variation autour de ces mêmes thèmes, ce qui à la longue explique l'essoufflement d'une narration centrée sur des héros qui n'évoluent pas et qui, au final, ne sont guère intéressants, pas même dans leur attachement mutuel qui, là encore, a le côté artificiel des personnages des Feux de l'Amour (j'organise une fête surprise sur un yatch pour dire à mon épouse que je l'aime ou j'envoie un jet à ma fille pour qu'elle vienne me rejoindre) La richesse est la seule héroïne de l'histoire et, à mon sens, ce n'est pas non plus une héroïne très intéressante. Reste ceci dit un style agréable et un parti pris original de l'auteur qui, à la question: peut-on tout acheter avec de l'argent? a une réponse: probablement, mais cela coûte très très cher.

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