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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 12:54

L01.jpgSuper triste histoire d'amour

Gary Shteyngart

éditions de l'Olivier

 

Un titre accrocheur pour un livre déroutant... Nous sommes dans une société futuriste, mais pas si éloignée de la nôtre. Les téléphones portables font la loi, les gens sont connectés vingt-quatre heures sur vingt-quatre et l'Amérique surrendettée dépend entièrement des chinois et des asiatiques, ce qui déclenche des conflits et des mouvements nationalistes plutôt violents. Au milieu de tout ça, notre héros, Lenny Abramov est ce qu'on nommerait un gentil ringard: quadragénaire pas très bien habillé, il n'est pas très au fait des nouvelles technologies et oh scandale! aime lire, ce qui est plutôt mal vu dans une société où l'on scanne à l'extrême rigueur mais lire! Pouah! Lenny travaille dans une entreprise qui promet la vie éternelle à ses clients et lui-même aimerait pouvoir en bénéficier grâce à des revenus relativement confortables à défaut d'être énormes. Notre héros est également romantique: il aspire à l'amour et éprouve pour ses amis et sa famille une grande tendresse, s'efforçant de protéger ceux qu'ils aiment dans un monde qui part en ruines. Son chemin croise à Rome la jolie Eunice Park, une jeune coréenne dont les parents ont émigré aux Etats-Unis et dont il tombe amoureux au premier regard. Eunice, d'abord rétive, se laisse séduire par le charme décalé et la puissance protectrice de Lenny. Ils s'installent ensemble à New-York mais leurs différences et des événements politiques violents vont avoir raison de cette histoire d'amour bancale...

Difficile de définir Super triste histoire d'amour, roman qui mêle le journal de Lenny aux mails de Eunice pour faire de la narration un mélange détonnant; le style soigné, très posé et un peu vieillot de Lenny contraste avec celui d'Eunice, enjoué, parfois vulgaire, parfois douloureux et un peu brouillon. Gary Shteyngart met en scène deux personnages qui, dans une époque troublée, essayent de vivre une vie des plus normales: être amoureux, former une famille, avoir un certain confort domestique... Mais Lenny est trop faible pour protéger Eunice du monde extérieur, Eunice trop faible pour l'affronter toute seule. C'est l'histoire d'un raté, d'un simulacre de passion qui n'est au fond que l'alliance de deux solitudes. Lenny et Eunice cherchent avant tout à combler un manque affectif, des parents peu aimants, une société superficielle, mais l'amour peut-il vraiment se construire à partir d'un manque? L'auteur nous démontre très clairement que non. L'univers de Super triste histoire d'amour est impitoyable puisqu'il met à nu tout le monde: sa richesse, son tempérament, ses expériences bonnes ou mauvaises tout passe par le filtre d'Internet. Economie chancelante, inégalités, troubles civiles, nationalisme exacerbé, répressions musclées, consommation à outrance... Bienvenu dans le monde de demain! Si j'ai eu beaucoup de peine à entrer dans le récit d'entrée de jeu, un peu perturbée par ce monde à la fois si lointain et si proche et par une écriture pas forcément facile, j'ai ensuite été séduite par un roman qui mêle le destin d'un couple à celui d'un pays et qui, sans aucune concession met à nu une société et des hommes parfois mesquins parfois grandioses. A lire, ne serait-ce que pour le personnage de la loutre...

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 10:13

L05.jpgLe tribunal des âmes

Donato Carrisi

éditions Calmann-lévy

 

Tout commence par un soir où une jeune médecin de garde est appelée en urgence pour l'infarctus d'un homme d'une cinquantaine d'années, Jeremiah Smith. Arrivée sur place, cette dernière se rend compte que son patient n'est rien moins que le tueur en série qui a assassiné sa soeur bien des années auparavant. Elle choisit cependant de lui sauver la vie. Marcus, un mystérieux inconnu, homme sans passé, amnésique dans d'étranges circonstances, découvre alors que Jeremiah Smith, avant sa crise cardiaque, a probablement enlevé une étudiante en architecture, peut-être toujours en vie. Smith étant dans le coma, la seule chance pour Marcus de retrouver la jeune femme est de mener sa propre enquête en marge de la police et de suivre des messages semés par un anonyme. Son chemin le mène à travers tout Rome et lui fait bientôt croiser celui de Sandra, enquêtrice photo pour la police scientifique à Milan et qui mène ses propres investigations pour percer le mystère de la mort de son mari, décédé quelques mois auparavant...

Après Le chuchoteur, Carisi récidive avec un roman dont la thématique se rapproche beaucoup de son premier ouvrage, l'idée du mal comme une contagion qui n'épargnerait personne. Dans le tribunal des âmes, il s'agit de protagonistes qui au fond se rendent justice eux-mêmes: Marcus n'est pas un policier et Sandra n'est pas en enquête officielle. Quant au mystérieux corbeau, il semble prendre un malin plaisir à transformer les victimes en bourreaux en traquant lui-même des tueurs en série et en les offrant à ceux qui ont souffert à cause d'eux. Personne n'est réellement innocent, comme dans Le chuchoteur, et au fur et à mesure de la lecture, nous prenons de plus en plus conscience des zones d'ombre de tous les personnages. Ajoutez à cela des prêtres justiciers et une mystérieuse organisation nommée Le tribunal des âmes... Nous aurions pu avoir un bon roman policier. Mais, contrairement au Chuchoteur, ici la sauce ne prend pas. La faute à mon avis à deux éléments: d'une part à cause du syndrôme Da Vinci Code et la tentation de faire partir le récit dans des considérations sur l'art, le complot millénaire, etc. qui font que le lecteur, planté comme les personnages devant un tableau de Caravage au milieu de l'action se demande ce qu'il fout là et s'il doit chercher Marie-Madeleine ou la descendante du Christ. D'autre part par une narration saccadée, trop saccadée, qui alterne systématiquement entre Marcus et Sandra, chaque grande partie s'ouvrant qui plus est par un autre personnage, le chasseur, enquêtant à l'autre bout du globe et avec qui nous ne voyons pas très bien le rapport avec la choucroute. Du coup, cette structure  très linéaire casse le rythme de l'histoire et incite le lecteur à faire de fréquentes coupures. Je n'ai pas fait l'erreur de certains de mes collègues de lire le récit par petits bouts (d'où l'erreur de ce type de narration) ce qui fait que j'ai pu rester plus ou moins plongée dans l'intrigue, au demeurant un peu trop alambiquée et pas forcément très bien menée, mais sans non plus être réellement captivée. Malgré une fin passable (gâchée par sa longueur ceci puisqu'elle occupe près d'une quarantaine de pages)  Le tribunal des âmes n'a pas grand-chose à voir avec le premier roman de Carisi en terme de qualité. Bien dommage. Espérons qu'il se rattrappe sur le prochain...

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:01

L06.jpgStarters

Lissa Price

éditions Robert Laffont


 

Des fois, j'aime à m'imaginer le monde merveilleux des romans d'ados comme une gigantesque table ronde où tous les auteurs se réunissent en se donnant de grandes tapes dans le dos. "Comment ça va toi?" "Oh très bien mon petit dernier caracole en tête des ventes et toi?" "Huum pas terrible, la thématique de l'ado peste commence à s'essouffler je cherche un nouveau créneau" "T'as essayé les vampires? C'est bien ça les vampires..." "Humm non je suis pas à l'aise avec les vampires" "Le monde futuriste alors? T'as lu Hunger Games? T'as lu Uglies? Sérieux ça peut le faire..." "Ok, merci du tuyau..."

Oui non parce que franchement, le livre dont nous allons parler aujourd'hui, Starters, reconnaissons-le ne naît pas d'une imagination fertile mais plutôt d'une inspiration limitée à deux ou trois thématiques pompées avec allégresse chez ses petits camarades. Pas bien. Et de plus, c'est très mal écrit donc double pas bien.

Il était une fois dans un futur proche une guerre bactériologique qui décima une bonne partie de la population, ne laissant que les très vieux (les Enders) et les très jeunes (les Starters), les seuls vaccinés contre la grippe je suppose. Du coup, les Enders mènent la belle vie, se vengeant de toutes les fois où ils se sont fait piquer leurs places dans le bus et s'occupent de leurs petits-enfants à la rigueur, laissant en revanche les autres Starters crever de faim. C'est bien connu les vieux sont vicieux,  y a qu'à voir ma voisine me jeter un regard assassin quand j'oublie de fermer à clé la porte de l'immeuble.

Dans ce contexte, je vous présente Callie, notre héroïne, bien évidemment belle, gentille et débrouillarde, sportive et agile, bien évidemment orpheline qui, pour subvenir aux besoins de son petit frère Tyler (huum mon alarme anti-plagiat fait des bruits bizarres) accepte de travailler pour une société illégale, Prime Destinations; elle accepte de louer son corps à des Enders en mal de jeunesse en échange d'argent. Les deux premières locations se passent sans accroc mais lors de la troisième, Callie se réveille au milieu d'une boîte de nuit plus tôt que prévu: elle découvre alors que sa locataire a l'intention de se servir de son corps pour commettre un assassinat, chose qui n'arrange pas du tout notre héroïne. Callie se met donc en tête de déjouer ce crime, tout en flirtant outrageusement avec Blake, un riche Starter, ce qui n'est pas bien vu qu'elle flirtait déjà outrageusement avec Michael, un gentil et pauvre Starter qui veille sur son frère pendant son absence. Qui plus est, elle se fera aider dans sa quête par une gentille gamine d'à peine douze ans qui, pour la sauver, connaîtra une fin tragique...(Ok, là c'est trop fort, je coupe mon alarme)

Alors, en vrac, Starters m'a fait penser à Gone  (un monde sans adultes) Uglies, (des ados obsédés par l'apparence) et bien sûr Hunger Games (le triangle amoureux, la gamine qui veille sur son frère/soeur, la justicière solitaire etc.) le tout brassé en un mélange indigeste peu crédible. Le monde de Price ne tient pas debout: la guerre bactériologique n'a eu lieu que depuis quelques années, et déjà toute la société se comporte comme si tout était parfaitement normal comme si cet incident mineur avait eu lieu il y a des centaines d'années; les descriptions sont sommaires, sans intérêt. Quant au personnage de Callie... oh misère quelle tête à claques! Je suis supposée être une adolescente intelligente et je glousse à qui mieux mieux dès que l'un de mes prétendants s'approchent, je me perds dans des considérations sentimentales alors que ma vie est en jeu et j'ai l'instinct de survie d'un hérisson sur une autoroute. Je vous épargne le style, la narration menée par la jeune fille se révélant insupportable pour toute personne ayant dépassé l'âge de douze ans... L'histoire n'est même pas sauvée par un côté gore, tout cet univers apocalyptique réussissant l'exploit d'être aussi lisse qu'un épisode de Beverly Hills. Ni sang ni réelle violence, juste quelques ados méchants qui de temps en temps secouent un peu la voiture de l'héroïne... Même un rebondissement inattendu à la fin du récit (la seule surprise du livre) est gâché par la suite par des scènes d'une miévrerie difficilement supportable."Les fans de Hunger Games vont adorer ce livre" nous explique-t-on avec gravité sur la quatrième de couverture. Ou détester. Détester c'est bien aussi.

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 19:12

L02.jpgCeux qui vont mourir te saluent

Fred Vargas

éditions J'ai Lu


 

Claude, Néron et Tibère (je vous rassure, deux de ces prénoms sont des pseudos) sont étudiants à Rome et mènent une vie pleine d'insouciance, financée en grande partie par le capital du père de Claude, Henri Valhubert, expert en oeuvres d'art. Mais, lorsque Henri est assassiné à Rome même, et ce alors qu'il enquêtait sur des vols commis dans l'enceinte des bibliothèques du Vatican, les soupçons de la police se portent sur ce triumvirat pour le moins insolite, ainsi que sur l'épouse de l'expert, Laura, une femme au charme inexplicable que Tibère et Claude idolâtrent... Richard Valente, dépêché sur place, aura fort à faire pour cerner ces suspects improbables et démêler l'échevau de la vérité...

Morituri te salutant, c'est sous forme de clin d'oeil à la Rome antique que Fred Vargas, historienne de formation, s'attela à ce qui sera l'une de ses premières oeuvres de fiction. Les références sont nombreuses: le trio d'étudiants qui se sont attribués en toute simplicité des noms d'empereurs, le cadre dans lequel va se dérouler le récit, l'empoisonnement d'Henri Valhubert par la cigüe (le poison par lequel mourut notamment Socrate), les histoires familiales tortueuses d'enfants naturels et d'adoption... Que les allergiques à l'histoire se rassurent cependant: le tout reste anecdotique et Fred Vargas, loin de s'embarquer dans une intrigue historico-ésotérique indigeste à la Da Vinci Code préfère effleurer le sujet pour se tourner sur ce qu'elle maîtrise le mieux, des personnages décalés; étudiants à la limite de la folie, femme amorale, évèque peu scrupuleux, bibliothécaire revêche, enquêteur à la logique toute personnelle... Seul bémol, l'intrigue reste simple et même les rebondissements ne parviennent pas à créer un réel effet de surprise. Ainsi, la fin, sans être prévisible, n'a rien d'extraordinaire. Restent de très bons dialogues et un style enlevé pour celle qui deviendra au fil des ans une figure incontournable du roman policier.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 16:33

L02.jpgMa véridique histoire

Equiano

éditions le Mercure de France

 

 

C'est moi ou le XVIIIe siècle n'en finit pas? Aujourd'hui, retour aux 1001 livres...: nous allons parler d'une oeuvre un peu particulière dans la mesure où il ne s'agit pas vraiment d'un roman mais d'une autobiographie, celle d'Equiano, intitulée Ma véridique histoire et sous-titrée "Africain, esclave en Amérique, homme libre". Equiano, ancien esclave affranchi, fait le récit de son histoire, depuis sa naissance en Afrique jusqu'à son installation à Londres. Essentiellement présenté comme un récit de voyage (Equiano passe en effet énormément de temps en mer, d'abord en tant qu'esclave, puis en tant qu'homme libre) Ma véridique histoire a été écrit avant tout dans un but militant: Equiano, figure de proue des abolitionnistes, dénonce à de nombreuses reprises les conditions de vie des esclaves, en particulier dans les Indes Occidentales et interpelle son lecteur en demandant comment une nation chrétienne peut traiter son prochain ainsi. Il fait également appel à la raison en démontrant que l'abolition de l'esclavage ne pourrait qu'être bénéfique à l'économie. En bref, son histoire a plus de valeur en tant que témoignage (et à cette époque-là, oh combien utile) qu'en tant qu'oeuvre littéraire. Cela ne veut pas dire pour autant que Ma véridique histoire est mal écrit. Au contraire, je salue un style simple mais propre, servi par une traduction rigoureuse. C'est  avec attention que l'on suit les pérégrinations d'un homme qui pose sur le monde et sur ses contemporains un regard plein de fraîcheur, s'enthousiasmant ou au contraire s'indignant, et qui ne s'embarrasse pas de demi-mesures. Ainsi, le texte d'Equiano est empreint d'une ferveur religieuse qui peut faire sourire. Pour résumer, l'écrivain est un homme de convictions et son récit est à son image, optimiste et généreux, même si des inexactitudes, soulignées par l'appareil critique, parsèment le texte: descriptions d'une Afrique dont l'auteur ne peut se souvenir avec une telle précision vu son jeune âge au moment de son enlèvement, erreurs dans les dates, enjolivement de la réalité... Récit foisonnant, Ma véridique histoire est un peu répétitif; de fait, les aventures d'Equiano lassent sur la fin et c'est avec soulagement qu'on arrive au bout d'une autobiographie qui, d'un point de vue histoire, garde cependant tout son intérêt.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 19:38

L03.jpgInstinct 3

Vincent Villeminot

éditions Nathan

 

Et c'est encore la fin d'une série dont nous allons parler aujourd'hui, celle du roman pour ados Instinct qui, avec ce troisième tome clôt une trilogie plutôt intéressante mais inégale.

Souvenez-vous... Tim est un jeune garçon qui, à la suite d'un accident de voiture qui a décimé sa famille, a découvert qu'il avait la capacité de se transformer en grizzli. Un don que le professeur McIntyre lui offre d'apprivoiser en l'intégrant dans un institut en Suisse où il fait la connaissance d'autres personnes comme lui. Il se lie notamment d'amitié avec le jeune Shariff et tombe amoureux de la belle Flora. Mais la vie à l'institut n'est pas de tout repos: ainsi, après avoir échappé aux chasseurs  d'un genre particulier qui cernent le centre et pour qui des proies pareilles, mi-animales, mi-humaines, sont une aubaine (tome 1), Tim et sa bande doivent faire face à certains des pensionnaires de l'institut qui se refusent à brider leurs instincts de prédateurs et prônent la violence animale (tome 2). Le clan dissident prend le dessus: ils tuent le professeur McIntyre, le fondateur, et s'emploie à semer la terreur tandis que Tim, Flora et Shariff parviennent à échapper au massacre. Fin du tome 2.

Retour donc à nos trois héros. Si Tim et Flora n'ont qu'une idée en tête, s'enfuir et échapper aussi bien à leurs anciens compagnons qu'aux autorités, il n'en est pas de même pour Shariff qui aspire à la vengeance: son père adoptif, le professeur a été tué et Shariff n'entend pas laisser ce meurtre impuni. Aussi, tandis que Tim s'efforce de dissiper le mystère entourant l'accident qui a coûté la vie de ses parents et de son frère, son jeune ami met en oeuvre un plan pour retrouver et tuer les membres du groupe des prédateurs...

Ouais. Il était quand même temps que la série finisse. Autant le second volet m'avait agréablement surprise avec une narration originale et un rythme enlevé, autant le troisième tome a un certain air de déjà-vu, pâle copie des deux autres: mise en place des personnages, action très découpée qui donne parfois au récit des airs de mauvais clips... Les personnages attachants du début ne le sont plus du tout, en particulier Shariff qui, avec ses citations de Sun Tzu et ses fureurs revanchardes a tout du gamin tête à claques. Les digressions sur les sagesses indiennes et le chamanisme tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. Ceci dit, le roman tire son épingle du jeu, du moins en ce qui me concerne, grâce à deux éléments: d'une part par une fin pour le moins inattendue, d'autre part par un parti pris assez intéressant: l'auteur se refuse en effet à faire de son héros un justicier tout-puissant et combattant un Mal Absolu. Il préfère à la place, de façon beaucoup plus réaliste, mettre un scène un ado qui, même s'il a grandi tout au long de son histoire, reste faillible jusqu'au bout. Même si la série est terminée, des zones d'ombres demeurent et l'apprentissage de Tim n'est pas fini. Quant à la violence, bien que très présente dans le livre, elle n'est jamais excusable ni sublimée. Les descriptions, particulièrement réalistes, ont donc parfois l'allure de boucheries et véhiculent un message sans appel: rien ne peut justifier le sang versé et surtout pas la vengeance. Cela ne fait pas forcément de Instinct 3 une réussite. Mais, à coup sûr, cela en fait au moins un roman intelligent.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 11:22

L01.jpg1Q84

livre 3

Haruki Murakami

éditions Belfond

 

 

1Q84, c'est un nouveau monde, un monde avec deux lunes, celui dans lequel Aomamé et Tengo ont basculé. Dans ce monde fantastique, les Littles People font entendre leur voix par l'intermédiaire d'une secte, les Précurseurs. A la mort de leur leader, assassiné par Aomamé, les Précurseurs partent à la recherche de cette dernière et font pour cela appel à Ushikawa, un ancien avocat véreux spécialisé dans ce type de recherches. Aomamé ignore tout cela: cloîtrée dans un appartement, elle guette par la fenêtre le retour de Tengo, aperçu une fois dans un square. Tengo, lui, veille sur son père malade et tente à la fois de concilier un passé douloureux et un avenir plus qu'incertain... Plus que tout il tente lui aussi de retrouver la petite fille d'autrefois, Aomamé car il sent également que leurs destins sont liés.

J'ai entamé sans enthousiasme ce troisième volume car j'avais été tout de même un peu déçue par les deux premiers volets. La persévérance a du bon. Dans ce tome, j'ai retrouvé Murakami et son style. Plus besoin de justifier l'univers parallèle déjà présenté dans les livres précédents, plus besoin de patauger dans les explications vaseuses, l'auteur revient à ce qu'il fait de mieux, créer tout un décor de songes et de poésie. L'action est moindre que dans les précédents romans mais, j'ai envie de dire, c'est pas plus mal. Aomamé et Tengo, chacun obligés de vivre plus ou moins retranchés (l'une contrainte de se cacher, l'autre de veiller sur son père) se retrouvent seuls face à leurs sentiments et à leurs émotions. Ils regardent les deux lunes, conscients que dans ce monde ils se sont enfin retrouvés malgré tout et que leur solitude est terminée. Au milieu des deux voix des personnages principaux s'intercale la voix d'Ushikawa, le "détective" qui lui au contraire est pris au piège de ce monde, plus seul que jamais. C'est un protagoniste émouvant. Ajoutez à cela une narration fluide, la fantôme d'un père énigmatique qui revient sans cesse frapper à la porte, une réflexion sur la mort et le temps... C'est léger, à l'image de la chrysalide tissée par les Little People. Tout est flou également, la frontière entre les bons les méchants semblent bien minces et rien n'est vraiment sûr: les personnages parviendront-ils à échapper au monde de 1Q84? Les Précurseurs retrouveront-ils Aomamé? Tengo découvrira-t-il qui est son père en fin de compte? Beaucoup de questions demeurent sans réponse mais il y a une seule certitude dans ce roman, oh combien réconfortante; d'une manière ou d'une autre, Tengo et Aomamé se retrouveront et ne seront plus jamais seuls. Et en fin de compte, c'est bien le plus important...

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:31

L02.jpg

Le trône de fer

t.13 Le bûcher d'un roi

George R.R. Martin

éditions Pygmalion

 

Rien ne va plus depuis longtemps dans les sept royaumes; un roi-enfant siège sur le trône de fer tandis que des prétendants divers se bousculent pour prendre sa place. Ce n'est pourtant pas le cas de Daenerys, l'héritière légitime, qui, dans le lointain Est s'efforce de remettre en ordre les affaires d'une cité qui lui est hostile et d'abolir l'esclavage. Des partisans aussi variés qu'inattendus tentent de la rejoindre pour la convaincre de revendiquer cette couronne... Mais à quel prix?

Je savais qu'il ne fallait pas lire la suite du Trône de Fer, cette suite attendue depuis six ans par les fans (moi ça ne fait que quelques mois et ça m'a déjà parue long): c'est trop frustrant. En effet, l'édition française, vicieuse, a divisé le roman en trois parties, trois romans qu'elle distille au compte-gouttes.Prochain tome prévu en fin d'année. Du coup, me voilà contrainte de vous parler d'un tiers de livre qui perd beaucoup de sa force à être découpé (devrais-je dire "charcuté") ainsi. De plus, je ne veux pas me faire d'ennemis en spoilant, aussi soyons bref. Il convient donc de souligner  quelques longueurs (il ne se passe pas énormément de choses dans ce tome pour ne pas dire rien) mais de noter une amélioration majeure de la traduction française. Le lecteur sera attristé de ne pas retrouver quelques-uns de ses personnages préférés mais ravi d'en retrouver d'autres, absents tout du long du quatrième volume. J'ai été surprise également de retrouver un personnage que je croyais plus ou moins mort. Pour résumer, un agréable roman à lire, un bon moment à passer malgré la frustration ressentie. C'est ma faute aussi: si je lisais parfaitement l'anglais, je saurais depuis longtemps ce qui arrive à... mais chut! En attendant, on peut toujours se consoler avec la sortie en DVD de l'adaptation du roman...

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 10:01

L02.jpgMalo de Lange, fils de Personne

Marie-Aude Murail

éditions Ecole des loisirs

 

 

1834. Malo, jeune garçon de quatorze ans employé à la Brigade de la sûreté par son propre père, le chef de la police secrète que l'on nomme monsieur Personne, s'ennuie. Il ne se voit confier que des tâches de surveillance sans grand intérêt et rêve d'un gros coup qui lui permettrait de susciter l'admiration de son père et également de sa fiancée Léonie. Ses ambitions vont lui être fatales: accidentellement, Malo tombe au milieu d'une sombre affaire de vol et d'assassinat: il manque de se faire tuer par des filous, se voit contraint de se déguiser à de nombreuses reprises pour échapper aussi bien aux truands qu'à la justice, échappe au bagne et à la guillotine... Pourra-t-il se sortir de ce mauvais pas? Son père et des alliés rencontrés en cours de route parviendront-ils à le secourir également?

Deuxième volet d'une série autour du personnage, Malo de Lange se présente clairement comme un roman d'aventures, un genre que la littérature jeunesse a de plus en plus tendance à oublier. Marie-Aude Murail corse le tout en le plaçant dans une époque peu connue de son public et fait de son héros un Gavroche remis au goût du jour, avec le vocabulaire et l'ambiance qui vont avec. C'est un pari risqué, en partie réussi. En partie car pour être franche, j'ai moins adhéré à Malo de Lange qu'aux autres romans de l'auteur. J'ai trouvé le style comme toujours très amusant mais un peu redondant et de de ce fait virant parfois au comique de répétition (les comparaisons saugrenues de Malo, les situations qui se répètent, les traits d'esprit du personnage) C'est dommage car du coup l'aspect "aventures" est un peu négligé: on ne s'inquiète guère pour le héros, sûr qu'il parviendra à s'en sortir d'une façon ou d'une autre. Quant à l'intrigue, elle est plutôt brouillonne: partant un peu dans tous les sens et faisant intervenir trop de personnages, elle lasse rapidement, ce qui fait que le final est décevant et laisse un petit goût d'inachevé.

Après toutes ces remarques, il faut néanmoins saluer le courage de l'auteur qui ne craint pas de rebuter un lectorat plus habitué aux histoires d'amour niaises entre vampires et mortels, ou aux histoires de filles qui découvrent les tourments de l'adolescence. Marie-Aude Murail ne cherche pas à plaire à son public ni à adhérer à leurs goûts. C'est à eux d'entrer dans son univers. Aucune langue de bois au demeurant, ni tabous. L'auteur évoque sans embarras l'amour de Malo pour Léonie, les prostitués, les meurtres, la corruption... Rien n'est passé sous silence, pas même les horreurs que doit subir Malo au bagne. Cela donne à l'ouvrage une grande fraîcheur, une qualité rare qui fait que les livres de Marie-Aude Murail, même inégaux, sont toujours plaisants à lire...

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:53

L02.jpgLes aventures de Caleb Williams

William Godwin

éditions Bordas

 

 

Retour à la littérature du 18ème siècle: si vous vous en souvenez bien, nous en étions restés à la tragique et ennuyeuse histoire d'amour de Paul et Virginie qui, à son époque, avait fait couler bien des larmes à des sujets plus sensibles que moi. Quittons donc maintenant un peu la France (de toute manière pour l'instant ils n'écrivent plus beaucoup, ils sont essentiellement occupés à guillotiner à tour de bras) et allons faire un petit tour du côté de l'Angleterre. Là-bas, un timide vent de révolte souffle aussi, et les écrits s'en ressentent: place donc à William Godwin.

Les aventures de Caleb Williams mettent en scène un jeune secrétaire, Caleb Williams donc, qui, en dépit de sa basse naissance, grâce à son intelligence et à sa curiosité, est parvenu à acquérir une certaine culture. Il travaille pour lord Falkland, un noble calme et généreux qui le traite avec beaucoup d'égards. Lord Falkland n'a qu'un seul ennemi: le baron Tyrrel, un despote tyrannique jaloux de son charisme. Après bien des différents entre eux, dont la plupart ont causé du tort à des personnes innocentes, le baron Tyrell est retrouvé mort. Soupçonné, lord Falkland est rapidement mis hors de cause et deux paysans sont exécutés pour le meurtre. Mais Caleb Williams, intrigué par le changement de comportement de son maître, mène sa propre enquête et ne tarde pas à découvrir que ce dernier est bel et bien coupable. Loyal envers son protecteur, Caleb ne peut cependant continuer à travailler pour un assassin. Malheureusement, Falkland, démasqué, se refuse à le laisser partir et, lorsque son secrétaire fuit, il le fait pourchasser et accuser par la justice. Commence alors pour Williams une longue cavale, plusieurs évasions de prison et un certain nombre de déguisements...

Je suis un peu perplexe face à cet ouvrage je le reconnais. La faute peut-être à une traduction de 1945 qui me paraît plus qu'approximative. De fait, nous ne parlerons pas du style qui est... déroutant, oscillant entre une narration traditionnelle et l'intervention directe de Caleb Williams, et ce de façon plutôt grossière. La thématique est déroutante également: voilà une histoire qui met en scène un noble qui est la bonté incarnée mais qui va devenir pourtant le pire cauchemar de son serviteur. Lord Falkland est un assassin certes: mais il a tué un homme mauvais. Il pourchasse son ancien secrétaire mais, en même temps, fait tout pour le protéger... Caleb Williams de son côté enquête sur un homme qu'il admire, se refuse à le dénoncer mais ne veut plus travailler pour lui, clame son innocence mais passe son temps à s'enfuir... C'est moi ou tous ces personnages sont plus ou moins schizophrènes? Et je ne vous parle même pas d'Emilie, la protégée de Falkland qui se refuse de croire et en la culpabilité du lord et en la culpabilité de Caleb Williams. Ouais choupette désolée, mais il y en a un des deux qui ment tu sais...

C'est confus, reconnaissez-le. On sent Godwin soucieux de ne pas s'attirer les foudres de la noblesse tout en glissant ça et là cependant quelques petites critiques insidieuses: la tyrannie de Tyrrel qui ruine la vie de gens moins fortunés par simple caprice, le destin misérable d'un paysan qui souhaitait seulement assurer un avenir à son fils, un système judiciaire corrompu (des policiers véreux autrefois bandits, des geôliers cupides) qui ne traite pas tout le monde sur le même pied d'égalité... Par la bouche de Caleb Williams, Godwin va même jusqu'à railler une Angleterre convaincue de son intégrité et de ses lois: " Dieu soit loué, s'écrient les Anglais, nous n'avons pas de Bastille! Dieu soit béni, chez nous un homme ne peut être puni sans avoir commis de crimes! Est-ce un pays de liberté, celui où des milliers d'hommes languissent dans des cachots et dans des fers? Viens, Anglais ignorant, et visite nos prisons! Respire leur air empoisonné! Vois leur saleté! Eprouve la dureté tyrannique de leur gouverneur et ose, après cela, répéter avec orgueil: L'Angleterre n'a point de Bastille!" Non, nous dit l'auteur, l'Angleterre n'est pas un modèle de vertu. Oui, l'innocence peut être punie, oui les injustices existent et oui, elles s'exercent souvent au détriment des plus pauvres. Inutile de vous dire que Godwin est plus que favorable aux idées révolutionnaires qui font fureur de l'autre côté de la Manche et rêve d'une société plus juste pour tous. Des idées que d'ailleurs il développera dans plusieurs écrits politiques.

C'est cela Les aventures de Caleb Williams, un roman assez critique et plutôt intéressant du point de vue de la  psychologie des personnages. Pour l'auteur, ce ne sont pas les hommes qui sont forcément mauvais (lord Tyrrel lui-même est loin d'être un monstre) mais c'est le système qui les encourage à agir mal. Une idée somme toute assez généreuse mais qui a dû valoir à Godwin quelques soucis en ces temps où l'Angleterre ne rigolait pas trop avec toutes ces choses-là.

Et avant de refermer la parenthèse sur Godwin, pour votre culture personnelle, sachez que ce dernier est connu aussi pour avoir eu une fille du nom de Mary qui, devenue adulte, épousera un certain Shelley. Cette même Mary Shelley qui, bien des années plus tard, créera le personnage mythique de Frankenstein et de son monstre...

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Published by beux - dans Classiques
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