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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 16:07

L02.jpgIntuitions

t.2 Chaos

Rachel Ward

éditions Michel Lafon

2010

 

 

De nouveau, j'invite tous les lecteurs désireux de commencer la trilogie de Rachel Ward, Intuitions, à sauter cet article, car nous allons parler aujourd'hui du deuxième volet de la saga, Chaos.

Angleterre, 2026. Adam, fils de Jem, l'héroïne de Intuitions t.1, a, hérité de sa mère le pouvoir de voir flotter au-dessus de la tête des gens qu'ils croisent la date de leur mort. Un don que, contrairement à sa mère, il s'efforce de rationnaliser, en notant ces dates et en amassant un maximum d'informations sur les personnes à qui correspondent les numéros. Mais bientôt la panique le saisit. Fraîchement débarqué à Londres avec son arrière-grand-mère, il ne tarde pas à se rendre compte que les mêmes chiffres apparaissent au-dessus de la tête de presque tous les habitants: 1er janvier 2027. Que va-t-il se passer ce jour-là?  Et peut-il seulement faire quelque chose? Son chemin croise alors celui de Sarah, une jeune fille plus ou moins médium qui l'a vu plusieurs fois dans ses rêves et qui, comme lui, a le sentiment que quelque chose de terrible va se produire. Ensemble, ils s'efforcent d'empêcher une catastrophe dont ils ne connaissent même pas la nature.

Bon, l'effet de nouveauté est passé et Chaos n'est pas aussi intéressant que le premier volet de la trilogie. La seule petite originalité, c'est le récit alterné, laissant à tour de rôle Adam et Sarah maître de la narration. Sinon, on retombe dans le même schéma que dans Intuitions: une tragédie personnelle (Sarah a vu que Adam allait faire du mal à son bébé), une tragédie collective (une mini-apocalypse) et une histoire d'amour un peu bancale. C'est un peu décevant dans la mesure où l'auteur, construisant toute son action autour des événéments du 1er janvier 2027, expédie sa dernière partie, de toute évidence plus à l'aise dans le récit intimiste que dans le scénario catastrophe. Il lui manque également la force d'écriture nécessaire à la création d'un monde futuriste. Chaos se distingue surtout par des personnages attachants (Sarah est une protagoniste particulièrement intéressante) et une intrigue habilement menée. Ceci dit, ça reste pour le coup un roman pour ados sans vraiment de profondeur, destiné à des lectrices désireuses de connaître la suite des aventures de Jem et qui ne m'inspire pas vraiment de réflexions passionnées si ce n'est qu'il faudrait vraiment que je lise des choses plus gaies.

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 12:11

L06.jpgRien ne s'oppose à la nuit

Delphine de Vigan

éditions JC Lattès

2011

 

 

Première lecture "officielle" de la rentrée littéraire, le livre de Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, m'a posée un grave cas de conscience (enfin bon, grave, faut pas exagérer non plus). L'auteur dans ce roman a en effet pour ambition de "raconter sa mère", Lucile, qui s'est suicidée il y a quelques années. Elle revient sur l'enfance de cette dernière, issue d'une famille nombreuse pleine de chaleur mais aussi de zones sombres (Lucille aurait été violée par son père) ainsi que sur sa propre enfance, marquée par cette mère fantasque, souffrant de graves problèmes psychiatriques et qui a été internée à de nombreuses reprises. Inutile de vous cacher que c'est lacrymal. Inutile de vous dire aussi que ce roman est loué par tous; c'est tellement vrai. La question est la suivante: un roman est-il fait pour être vrai?

Je m'explique: imaginons un instant que ce livre soit une fiction, que Lucile n'ait jamais existé, qu'il s'agisse d'un personnage tous comme les autres personnes citées dans le texte. Qu'avons-nous alors? Nous avons un récit qui fleure bon le déjà-vu (mal-être, inceste, apologie du suicide parce que de toute évidence la vieillesse est le mal absolu) et un personnage principal qui n'est pas attachant pour un sou: Lucile nous est présentée comme une jeune fille arrogante et fainéante, pas très brillante, dont la vie manque singulièrement de cachet, qui se marie à peine sortie de l'adolescence et qui passe ensuite son temps entre médicaments et délires. C'est une soeur et une mère indigne. La première partie du livre est presque plus intéressante parce que nous avons deux personnages qui se détachent nettement, le grand-père et la grand-mère de la narratrice, Liam et Georges, dont la description en demi-teinte est très bien rendue par l'auteur. Mais la seconde partie, axée essentiellement sur l'enfance de la narratrice, est larmoyante, pleine de longueurs et offre au final peu de rebondissements...

Et là vous me direz stop. Et vous me direz que c'est dégueulasse de dire ça. Lucile n'est pas un personnage. C'était une femme qui il n'y a pas si longtemps vivait encore parmi nous. Tout comme trouver Georges plus intéressant que sa fille est affreux dans la mesure où il a sûrement violé cette dernière ou encore railler la douleur d'un auteur qui a sans doute sorti ses tripes pour écrire ce livre. Je sais tout ça mais alors pourquoi Rien ne s'oppose à la nuit est-il considéré comme un roman? Pourquoi ne pas l'avoir mis en documentaire? J'ai horreur d'être prise en otage et là, c'est exactement ce que fait Delphine de Vigan qui sous prétexte d'"écrire sa mère" nous prend émotionnellement au piège: elle impose son "je" pratiquement tout du long, s'interroge sans cesse sur ses sentiments, et étale sa souffrance sans la mise en scène minimum qu'exige un roman. A ce compte-là, pourquoi tout le monde ne publie-t-il pas son journal intime? Nous savons tous que l'écriture d'un livre est presque toujours plus ou moins inspirée de l'expérience personnelle d'un auteur. Cet auteur cependant n'a pas à nous balancer cette expérience à la tête histoire d'attirer notre sympathie, chose que manifestement bon nombre d'auteurs français nombrilistes n'ont toujours pas compris. Je suis pour un certain recul dans la littérature ou alors il faut faire carrément comme Rousseau et ses Confessions et compenser ce manque de pudeur par une mauvaise foi absolue et un style impeccable. Delphine de Vigan ne possède ni l'une (elle essaie au contraire de demeurer la plus objective possible sur sa mère, interrogeant presque tous ses proches) ni l'autre. Donc j'ose ici l'avouer haut et fort: non, je n'ai pas aimé le roman Rien ne s'oppose à la nuit. Prenez-moi pour un monstre si ça vous chante mais si vous-même vous avez aimé, demandez-vous si c'est vraiment la qualité de l'écriture ou l'intrigue qui est en cause ou uniquement votre empathie pour une femme endeuillée...

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 20:23

L01.jpgLes liaisons dangereuses

Choderlos de Laclos

éditions le Livre de Poche

1782

 

 

Bon, je suis d'humeur un peu cafardeuse ce soir et donc tout à fait dans le ton pour vous parler des Liaisons dangereuses de Laclos, notre étape incontournable des 1001 livres... Je pense que vous avez dû tous entendre parler des Liaisons dangereuses à défaut d'avoir lu le livre, et peut-être même avez-vous vous aussi succombé au charme ténébreux du beau John Malkovich dans l'adaptation cinématographique (si comme moi vous ne vous souveniez absolument pas de la présence du fadasse Keanu Reeves, c'est que décidément vous avez très bon goût) Mais, pour ceux qui ont zappé tout ça et qui n'ont jamais ouvert cette lecture de lycée, petit résumé rapide:

La marquise de Merteuil, veuve, est une fausse dévote qui, tout en feignant la vertu, enchaîne les aventures et les infidélités, papillonnant gaiement dans un monde dont elle connaît toutes les faiblesses et les hypocrisies. Elle correspond avec le vicomte de Valmont, un libertin tout comme elle dont la réputation est entachée et qui à vrai dire s'en soucie peu. Notre héroïne, pour se venger d'un amant passé, demande à Valmont de séduire la fiancée de ce dernier, Cécile de Volanges, jeune grue sortie tout droit du couvent. Mais Valmont se soucie peu d'une proie si facile et s'est mis en tête de séduire la présidente de Tourvel, une femme pieuse dont la vertu est jugée imprenable par tous...

Roman épistolaire (quelle surprise pour le 18ème siècle n'est-ce pas?), Les liaisons dangereuses est un portrait glaçant de la société noble du 18e siècle avec son lot de mensonges et de froufrous, de ragots et de liaisons plus ou moins recommandables. Là où Richardson mettait en scène dans Clarisse, un homme vil, Lovelace, et le présentait comme une exception, Laclos fait de Merteuil et de Valmont des personnages ordinaires, conséquences d'un monde qui envoie les jeunes filles dans des couvents avant de les jeter dans des mariages mal assortis, uniquement motivés par l'argent, conséquences d'un monde qui juge sur les apparences et la réputation. Comment ne peut-on pas être tenté de jouer dans une société où la sincérité n'a de toute manière pas sa place? Cécile de Volange est punie par sa mère pour avoir succombé à un amour bien innocent pour le tout aussi jeune et tout aussi benêt Danceny; madame de Tourvel, aimant sincérement Valmont, est cruellement récompensée par cet amour. Valmont et Merteuil s'amusent, tirent les ficelles et parodient les sentiments. Ils s'affrontent aussi parfois, chacun étant persuadé d'être le meilleur. Merteuil, plus subtile, est sans doute la plus rouée, étant  obligée de cacher son rôle véritable alors que Valmont, de par sa condition d'homme, peut parfaitement l'assumer. De plus, elle ne succombe pas à la tentation de l'amour, à la différence de Valmont dont les sentiments pour madame de Tourvel revêtent une certaine ambiguité... Les liaisons dangeureuses est un livre cynique dans la mesure où les "méchants" ne sont démasqués que par hasard (Merteuil fait tuer Valmont, Valmont dénonce Merteuil) et dans la mesure où, si ces derniers sont punis, les "gentils"(qui ne le sont pas vraiment d'ailleurs,)  ne sont pas plus heureux pour autant: Cécile s'enferme dans un couvent, la présidente meurt, Danceny s'exile, coupables uniquement d'avoir ouvert leurs coeurs à la mauvaise personne et de s'être laissés corrompre... Le style d'écriture des Liaisons dangereuses, impeccable, a une esthétique qui paradoxalement peut paraître assez froide pour décrire des relations amoureuses et libertines; mais les lettres détachées et à double sens de Valmont et de Merteuil, à des kilomètres du style flamboyant et douloureux de La nouvelle Héloïse, mettent d'autant plus en avant le factice d'une société décadente et contrastent avec les lettres passionnées de madame de Tourvel ou le style enfantin de Cécile... Vous avez compris: c'est donc un classique à (re) découvrir!

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 20:16

L03.jpgMort aux cons

Carl Aderhold

éditions Livre de Poche

2007

 

 

Tout commence une chaude soirée d'été quand le narrateur, agacé par la médiocrité des programmes télé et le chat de sa voisine, balance ce dernier par la fenêtre. Loin d'éprouver du remords, il se sent aussitôt le désir d'éliminer les animaux de compagnie, persuadé que la mort de ces derniers permettront à leurs propriétaires de se rapprocher. Mais, devant un premier échec, force lui est de constater que le problème ne vient pas des animaux mais des humains. Le voilà donc lancé dans une série de meurtres au petit bonheur, tuant tous ceux qui l'énervent sans en comprendre vraiment la fin jusqu'au jour où sa raison lui souffle qu'il lui suffit d'éliminer... tous les cons. Mais qu'est-ce qu'un con? Entre le bricoleur paternaliste et le chauffard, le fonctionnaire tyrannique ou l'épouse étouffante, notre héros ne sait bientôt plus où donner de la tête...

Ce livre me laisse je l'avoue profondément perplexe. Certains passages sont très drôles (je pense notamment au moment où le narrateur se débarrasse d'un ami bricoleur pesant ou encore d'un homme politique bavard) mais je n'ai pas vraiment accroché à l'idée. Déjà parce qu'il me semble que la thématique du "con" est loin d'être originale: il est devenu d'usage de s'en moquer à toutes les sauces (Travailler avec des cons, Vivre avec des cons, Les nouveaux cons) et, d'autre part, parce que je peux être moi-même des fois, excusez l'expression, assez conne et que je pense que la majorité d'entre nous l'est également tôt ou tard. L'humour noir me plaît mais pas ce genre d'humour qui consiste à se moquer des autres en ayant le sentiment bien confortable qu'on vaut beaucoup mieux. ça passe pour un court texte, un article, mais par pour un roman. Ainsi Mort aux cons s'enlise assez rapidement, tourne en rond, rythmé uniquement par des portraits de cons plus ou moins réussis et par un catalogue de meurtres plus ou moins imaginatifs. Carl Aderhold a cependant la bonne idée de jouer sur la surrenchère et, par l'exagération volontaire, parvient à nous faire sourire (les DRH qui se succèdent, victimes tour à tour de leur employé) Son ton reste léger et prend beaucoup de distances par rapport à un narrateur qui,  il faut le reconnaître, en tient une sacrée couche et est lui-même peut-être un peu con? Ceci dit il n'en demeure pas moins que certains personnages, très caricaturaux, m'ont mis plutôt mal à l'aise (les cruelles aides-soignantes qui infantilisent la courageuse petite vieille, le contrôleur raciste, les bobos de province...) sans provoquer en moi l'effet exutoire voulu. Pas clair ce que je raconte? Bon, en bref, Mort aux cons est un peu l'équivalent d'un jeu de fléchettes avec pour cible vos ennemis (ici les cons): c'est amusant, ça a pour vocation de défouler et ça lasse au bout d'un moment. Moi ça m'a lassée assez vite.

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 12:03

L02.jpgL'agneau

Christopher Moore

éditions Gallimard

2002

 

 

Tout commence avec l'ange Gabriel, sommé par le Très-Haut d'aller ressusciter à Jérusalem un gars mort il y a plus de deux mille ans. Mais il ne s'agit pas de n'importe qui: il s'agit de Biff (littéralement en anglais, La Beigne, de par sa capacité à recevoir des coups) le meilleur ami du Christ. Dieu trouve en effet que les évangiles sont un peu pauvres et que ce serait bien pour les hommes d'en avoir un autre. Voilà donc Biff coincé dans un hôtel avec pour seule compagnie l'ange Gabriel, amateur de séries télé, et contraint d'écrire sa vie et celle de Jésus, alias Joshua, l'ami avec qui il a partagé toutes les aventures. Et quelles aventures! De Nazareth à la Chine, Biff et Joshua voyagent, Joshua cherchant à déterminer s'il est vraiment le fils de Dieu, Biff l'accompagnant et expérimentant pour son ami tous les péchés que celui-ci ne peut pas commettre mais souhaite comprendre.

Ouvrage déjanté, L'agneau n'a rien d'un pamphlet anti-religieux ou d'un récit satirique. Gentiment anachronique par endroits, humoristique, il se rapprocherait plus à mon sens d'un film comme La vie de Brian des Monty Python (si vous n'avez pas encore vu ce film honte à vous) Il nécessite même une certaine culture religieuse pour apprécier à sa juste valeur le personnage de Jean le Baptiste qui manque de noyer ses fidèles ou Gaspard, le mage bouddhiste qui apprend à Joshua l'art de la sagesse oriental. De même certains épisodes pourraient paraître obscurs à ceux qui n'ont jamais lu le Nouveau Testament. Etant raisonnablement calée dans ce domaine, j'ai pu apprécier je pense à sa juste valeur un livre vraiment très drôle servi par des protagonistes intéressants: Biff, l'indécrottable mais fidèle compagnon, Joshua, naïf et tourmenté, Maggie, passionnée et cynique... sans oublier évidemment l'ange Gabriel dont la bêtise fait beaucoup rire . Le seul point noir de ce livre, c'est qu'il est trop long. Près de 700 pages pour imaginer l'enfance et la jeunesse du Christ,  ça finit par lasser d'autant plus que l'auteur, ne pouvant pas toujours jouer sur la carte de l'humour s'essaie parfois à un registre plus grave (le sacrifice des agneaux à Pâques, la mort de Jean-Baptiste) au demeurant avec succès, mais toujours de façon timide, sans oser vraiment mélanger les genres. C'est dommage car je pense vraiment que le mélange aurait pu marcher, l'auteur ayant un style agréable. Ceci dit j'ai bien ri et pour une lecture du dimanche, L'agneau est tout à fait recommandé...

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 14:36

L02.jpgIntuitions

Rachel Ward

éditions Michel Lafon

2008

 

 

Toute petite, Jem trouvait  très drôle les numéros qu'elle voyait flotter au-dessus de la tête des gens. Jusqu'au jour où elle retrouve sa mère morte, victime d'une overdose, à la date correspondant au numéro qui flottait au-dessus d'elle. Jem comprend alors qu'elle a le pouvoir de voir la mort des gens. Un don ou plutôt une malédiction qu'elle décide alors de taire  et qui fait d'elle par la suite une enfant puis une adolescente à problèmes. Comment se lier d'amitié avec des gens dont elle connaît l'heure de la mort, comment se construire une vie alors que tout autour d'elle lui en rappelle la fin? Jem décide de ne s'attacher à personne et surtout pas à Spider, un garçon de sa classe, un rebelle lui aussi, à qui il reste, selon les numéros, moins d'un mois à vivre. Hélas pour elle, Spider et elle deviennent amis presque malgré elle et les ennuis commencent le jour où, grâce au don de Jem, ils échappent à un attentat à la grande roue de Londres...

Je ne sais pourquoi j'ai longtemps associé Intuitions à Twilight, sans doute à cause de sa couverture kitch et d'un titre français assez similaire à la saga de Meyer qui me fait penser que les traducteurs manquent parfois d'imagination. Ceci dit, Intuitions n'a rien à voir avec Twilight. Les héros, loin des personnages proprets de Bella et Edward, sont des adolescents à problèmes: l'une se promène avec son couteau, l'autre exécute des petits boulots pas toujours très nets, les deux sont pas très glamours et ont de sérieux problèmes avec l'autorité. Le récit ne tourne pas non plus autour d'une romance larmoyante (je t'aime mais oh mon Dieu on va tous mourir surtout toi): si Jem finit par se lier d'amitié puis par tomber amoureuse de Spider (parce que bon ouais Ok, ça reste quand même un livre pour ados, il faut une histoire d'amour) c'est presque par hasard et leur histoire est touchante sans jamais tomber dans la confiture. L'intrigue est intelligente, menée tambour battant, grâce au double compte à rebours: d'une part Jem doit échapper à la police qui les suspecte Spider et elle d'avoir participé à l'attentat et, d'autre part, elle doit trouver le moyen de différer la mort de son ami, sans même savoir quelle en sera la cause. Enfin, sans trop en dire pour ne pas tout dévoiler, ne vous attendez pas à un happy end traditionnel. Intuitions cependant  n'est pas à l'abri des critiques: le style n'est pas terrible (ce n'est pas mauvais mais c'est loin de toucher autant que ça pourrait le faire) et un passage est franchement ridicule, le moment où Jem prend la parole devant une foule pour dire que tous nous allons tous mourir et que c'est pour ça qu'il faut profiter de la vie chaque jour. Ce moment de pur kitch contraste avec une narration plutôt sobre et très sombre, dont la "moralité" quand on y songe est affreuse puisqu'elle implique l'idée d'une destinée toute tracée à laquelle nul ne peut échapper. Un peu glauque non? Ce n'est pas bien grave. Je ne crois pas en l'idée de destin, cela ne m'empêchera pas de lire la suite de Intuitions qui elle s'appelle... Chaos. Misère. On peut faire quelque chose pour les titres par contre?

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 12:43

L08.jpg

Les rêveries du promeneur solitaire

Jean-Jacques Rousseau

éditions Le livre de poche

1782

 

Il est temps de quitter Rousseau avec son ultime oeuvre Les rêveries du promeneur solitaire, plus ou moins considérée comme une suite des Confessions, à la différence que, cette fois, Rousseau ne cherche pas à se justifier, pas plus qu'il ne s'adresse à un quelconque lectorat, persuadé que personne ne sera jamais à même de le comprendre. C'est donc un narrateur détaché, indifférent au monde, qui parle et c'est une écriture qui s'adresse avant tout à son propre auteur. Curieux non? Sous la forme de dix chapitres, dix "promenades" (dont la dernière est probablement inachevée) Rousseau s'interroge sur sa nature et sur celle des hommes, revient sur ses souvenirs et laisse libre cours à sa passion de la botanique et à ses désillusions. Solitaire, il a fait le deuil du monde et semble s'en satisfaire. Pourtant, son discours trahit encore des déceptions mal guéries et une soif de reconnaissance qu'il n'obtiendra jamais de son vivant.

Pour ne rien vous cacher, Les rêveries du promeneur solitaire malgré son titre poétique est un texte qui m'a laissée relativement froide. Je lui ai trouvé les mêmes défauts que Les confessions, des répétitions et ce sempiternel ressassement: Rousseau, l'éternel incompris d'un côté et les "méchants" de l'autre. Les descriptions de la nature sont belles et en plissant un peu les yeux on peut apercevoir dans certaines promenades les balbutiements du courant romantique. Plusieurs chapitres de ce fait m'ont touchées. Mais il manque un élément essentiel aux Rêveries...: cet élément c'est le lecteur. Rousseau dans Les Confessions nous prenait à parti, cherchait à se justifier aux yeux d'une tierce personne et, si son récit était parfois de mauvaise foi, il avait tout du moins l'avantage d'être vivant. Ici, il ne s'adresse plus à personne si ce n'est à lui-même, et tourne à vide dans une écriture belle, poétique, mais, comment vous dire, froide et morte. Plus de passion, si ce n'est par sursauts, plus de colère, seulement de la résignation. Ainsi, j'ai lu Les rêveries du promeneur solitaire avec curiosité, mais sans réelle émotion, admirant ça et là les tournures et le style, mais sans rien ressentir si ce n'est de temps en temps de l'agacement devant ce narrateur qui se laisse enterrer vivant. A bon entendeur... Laissons ce pauvre Jean-Jacques au milieu de ses plantes. Il nous reste encore quant à nous une bonne partie du 18e siècle littéraire à parcourir.

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 19:00

L01.jpgDroit du sang

(Un monde sans dieux, tome 2)

 Brian Ruckley

éditions Eclipse

2008


 

Dans un hiver glacial qui semble éternel, la guerre fait rage entre les clans de la Route Noire, combattants endurcis et sans peur, et les lignés du vrai sang, des hommes qui ont vécu si longtemps dans le confort qu'ils ont oublié ces ennemis séculaires prêts à tout pour les voir décimés. Osirian, dernier représentant de sa lignée n'a d'autre espoir que de se tourner vers les na'kyrims pour sauver son peuple et faire appel à une magie qui le dépasse, pendant que sa soeur Anyara se retrouve malgré elle mêlée à des embrouilles politiques qui risquent de coûter cher à toutes les lignées du vrai sang... Cependant les guerriers de la Route Noire ne sont pas les plus dangereux; Aeglys, un sang mêlé qui s'est rangé à leurs côtés, est titulaire d'un pouvoir terrifant qui le dépasse et qui pourrait amener les Anaïns, la race légendaire, à s'éveiller de leur sommeil et à plonger le monde dans le chaos...

Oui je sais, c'est de la fantasy et je sais très bien que cette note va intéresser 1% de mes lecteurs potentiels, d'autant plus qu'il s'agit du second volet d'une trilogie. Mais bon, j'insiste, car, tout comme le premier tome Hiver de sang, Droit du sang est un roman passionnant, extrêmement violent aussi et qui sacrifie sans aucune hésitation personnages principaux ou secondaires au service d'une action efficace et d'une intrigue sombre. Le style est soigné, l'auteur excellant tout particulièrement à nous dépeindre cet hiver atroce, glacial, et ce froid qui semble éternel. Ruckley nous épargne également historiettes d'amour peu adaptées à la situation (entre deux décapitations d'ennemis, difficile de conter fleurette  dans la réalité, même si certains auteurs comme Goodkind n'ont aucun scrupule à le faire dans leurs romans) ou attermoiements interminables: les personnages n'en perdent pas pour autant en épaisseur car leurs caractères s'expriment à travers des actions en apparence anodine mais qui les rendent terriblement humains: Anyara qui prend un malin plaisir à provoquer une autre femme, Osirian qui manque de pleurer en voyant une villageoise battre une couverture sur le pas de sa porte...  Alors oui, ça reste de la fantasy, ce qui signifie une carte au début du roman, annexes et chronologie à la fin, de vieilles légendes et des noms à coucher dehors... Le début est chaotique, surtout quand le premier tome n'est plus tout frais dans la mémoire. Mais croyez-moi, en persévérant un peu, Droit du sang est un livre qui vaut vraiment le coup.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:46

L01.jpgLes Confessions

Jean-Jacques Rousseau

éditions Gallimard

1782

 

"Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi, seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu."

 

C'est en 1782, soit quatre ans après la mort de son auteur, que paraissent Les confessions de Jean-Jacques Rousseau. Rousseau avait écrit ses mémoires dans le désir de se justifier auprès de ses contemporains et de faire taire ses ennemis. Entreprise audacieuse puisqu'il se proposait paradoxalement dans ce livre de dévoiler toutes ses fautes, plus ou moins grandes afin de montrer sa bonne foi et de se peindre sous le jour le plus exact possible. C'est ce qu'il annonce clairement dès les premières lignes de son récit, invitant ses lecteurs de la sorte à adhérer à un pacte et à le croire sur parole. Ainsi Rousseau ne cache rien, depuis les peccadilles de son enfance jusqu'à ses "péchés" de l'âge adulte: vol, abandon de ces cinq enfants... Cela ne l'empêche pas cependant paradoxalement à de nombreuses reprises de se définir comme "le meilleur des hommes" et de se plaindre de persécutions, ses bourreaux étant ses anciens amis: Grimm (pas les frères) Hollbach ou encore Diderot...

Il y a des millions de choses à dire sur Les Confessions et, pour tout vous avouer, je ne sais pas par où commencer! Passons rapidement sur l'aspect "scientifique" du livre: les détracteurs de Rousseau ont pointé à de nombreuses reprises les erreurs de dates, les inexactitudes, soulignant ainsi le peu de crédibilité de l'ouvrage. Il faut rappeler que Rousseau était déjà relativement âgé quand il entreprit son livre et qu'il ne s'appuyait que sur des lettres et sa propre mémoire; il est donc à mon sens tout à fait de bonne foi quand il entreprend de dire "toute la vérité". Quant à savoir s'il était vraiment victime d'un complot et de persécutions ou simplement d'une paranoïa aigue... et bien ça nous ne le saurons sans doute jamais. Sans doute un peu des deux probablement. Rappelons seulement que nous avons affaire à un homme qui, toute sa vie, de gré ou de force a été forcé de passer d'un endroit à un autre, genèvois bannis, parisien malvenu, anglais contraint... Il n'en demeure pas moins également qu'il a été persécuté lors de la sortie de son livre Emile ou l'éducation et que certains faits dont il parle sont avérés par les archives. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l'aspect "psychanalytique" des Confessions également: le manque de la mère, morte à la naissance, et dont Rousseau a cherché un substitut tout au long de sa vie, d'abord dans les bras de madame de Warens, sa première maîtresse, puis dans Thérèse Levasseur, sa compagne puis sa femme, que, de son propre aveu, il n'aima jamais d'amour; son goût pour la soumission avec le fameux épisode de "la fessée" (pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode, Rousseau raconte comment, pré-adolescent, il connut ses premiers "émois" à cause d'une fessée) ou encore l'ambivalence d'un caractère tiraillé entre un besoin de solitude et un désir de reconnaissance sociale... Oui, je suppose que d'un point de vue psychanalytique, Les Confessions est également une mine d'or. Mais restons-en au sujet de ce blog et à l'aspect littéraire d'une autobiographie qui se lit comme un roman, d'un narrateur/auteur, qui, tout en présentant son ouvrage comme une "confession" se livre à une véritable plaidoirie. Si Rousseau avoue en effet des "péchés" ce n'est que pour mieux se disculper auprès de ses semblables et se trouver des excuses; la mauvaise foi n'est jamais loin mais elle est servie avec un tel style et sous les apparences d'une si grande sincérité que le lecteur ne sait que croire. Coupable ou victime? Nous lisons près de 800 pages de l'histoire d'un homme qui prétend se livrer sans réserve et qui malgré tout reste un mystère. D'un homme qui a écrit sans doute l'une des plus belles histoires d'amour de son siècle et qui, malgré tout, a prétendu être resté presque totalement étranger à ce genre de sentiments; d'un homme qui a écrit un traité d'éducation et qui reconnaît avoir abandonné ses cinq enfants, s'avouant de la sorte incapable d'appliquer lui-même ses écrits; d'un homme qui a réussi à se faire des ennemis de presque tous ses amis, qui s'est montré malhonnête à de nombreuses reprises, et qui pourtant ne semble animé que de belles intentions et d'un désir d'amour inextinguible. En fait, au final, Rousseau demeure pour nous une énigme. Seule sa passion pour la nature et la musique apparaissent comme une constance dans un homme qui, malgré ses dénégations, apparaît comme le plus  bel exemple de la duplicité humaine....

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 08:35

L01.jpgAlex

Pierre Lemaître

éditions Albin Michel

2011

 

 

ça commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus banal: Alex, jeune femme d'une trentaine d'années apparemment sans histoires, est enlevée un soir sur le chemin de son appartement. Signalée par un témoin de la scène, l'affaire est aussitôt prise en charge par Camille Verhoeven, le héros de Travail soigné. Mais l'enlèvement prend bientôt un tour inattendu: en effet, si le ravisseur est très vite identifié et que ses mobiles ne tardent pas à être percés à jour, la victime demeure anonyme, une jeune femme que personne ne connaît et dont l'identité et la véritable personnalité sont un mystère...

Le dernier roman de Pierre Lemaître confirme encore une fois mon goût pour cet auteur talentueux, maître dans l'art du petit détail qui tue et de la création de personnages troubles. Camille Verhoeven n'est pas, sans mauvais jeux de mots un grand détective comme notre génial Adamsberg, héros de Fred Vargas, ni même particulièrement doué: c'est juste un bon policier doté d'un mauvais caractère et d'une petite taille. Seule son histoire personnelle le rend attachant aux yeux du lecteur. Quant à Alex, le personnage éponyme, si elle s'attire d'emblée notre sympathie par son courage lors de son enlèvement, sa personnalité complexe et mystérieuse ne tarde pas à susciter l'inquiétude suivie d'un mélange d'attirance et de répulsion lorsque le lecteur comprend qui elle est vraiment. Bourreau ou victime? A nous de décider. Ceci dit, la plus grande force du roman de Lemaître réside, non pas dans l'intrigue, au demeurant assez "classique" si j'ose dire, mais dans la construction de cette intrigue en trois parties, avec à chaque fois, un rebondissement qui clôt plus ou moins l'histoire tout en la faisant partir dans une autre direction...C'est un choix audacieux, même risqué, car Lemaître par exemple ne fait pas une troisième partie aussi intense que les deux premières, contrairement à ses petits camarades et s'expose de la sorte à une lassitude de son lectorat. Choix payant cependant car on reste scotché tout du long malgré tout devant l'histoire de la jolie Alex  qui demeure pratiquement jusqu'au bout un mystère...

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Published by beux - dans Polar
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