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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 14:28

L08.jpgPaul et Virginie

Bernardin de Saint-Pierre

éditions Librio

1788

 

La première fois que j'ai entendu parler de Paul et Virginie, c'était quand j'étais petite, dans un livre pour enfants qui résumait ainsi le roman: C'est l'histoire d'une fille qui préfère mourir noyée que de se déhabiller devant son amoureux. Voilà tout ce que j'ai retenu, et je me souviens avoir déjà été intriguée à l'époque: comment peut-on mourir noyée parce qu'on a refusé d'enlever ses vêtements? Et qui serait assez bête pour hésiter devant une alternative aussi simple?

Des années plus tard, j'ai enfin ma réponse. Permettez-moi donc de vous présenter, loin devant Roméo et Juliette et leur crise de puberté, juste derrière le couple Bella/Edward de Twilight et tous les personnages sans exception de Guillaume Musso et Marc Levy, permettez-moi dis-je de vous présenter le couple d'amoureux le plus tarte de la littérature: Paul et Virginie.

Paul et Virginie ont été élevés ensemble dans l'actuelle île Maurice par leurs mères rejettées par la bonne société française: l'une a fauté et est tombée enceinte, l'autre s'est compromise dans un mariage au-dessous de sa naissance. S'étant liées d'amitié, elles ont décidé de faire grandir ensemble leurs enfants, allant même jusqu'à les nourrir du même lait (c'est moi ou c'est un peu glauque?) Paul et Virgnie s'appellent frère et soeur et s'aiment tendrement tandis que leurs mères, pleines d'espérance, projettent de les unir (là c'est quand même franchement glauque) Tout va donc pour le meilleur des mondes dans une île luxuriante qui apporte bonheur et nourriture à toute la famille. Mais la grande-tante de Virginie réclame bientôt la jeune fille auprès d'elle en France. Virginie obéissante y va tandis que sur l'île, Paul désespéré apprend par un vieillard sagace que la vie est une vallée de larmes, que notre monde est un monde corrompu, etc. Virginie revient. Mais son bateau est pris par la tempête et, tandis que Paul se rue à l'eau pour venir à son aide (geste noble mais totalement stupide vous en conviendrez) la jeune fille se laisse bravement engloutir par les flots, refusant de se déshabiller pour nager et sauver ainsi sa vie.

Fervent disciple de Rousseau avec qui il s'est promené à plusieurs reprises (ça devait être l'éclate) Bernardin de Saint-Pierre a emprunté à son maître ce qu'il avait de pire : sa misanthropie latente, l'idée d'une nature bonne et généreuse face à une société corrompue, la grandiloquence... Il n'a pas hélas le talent de Rousseau: j'ai rarement vu un récit aussi mal fichu: la narration est assuré par un promeneur qui se fait raconter l'histoire par un vieillard qui lui-même fait intervenir au cours de l'histoire un dialogue qu'il a eu avec Paul... Les descriptions sont plombantes, plates et ennuient plus qu'autre chose. Quant aux personnages! Misère... Entre les mères pleurnichardes, Paul l'ahuri ou Virginie la cruche, ça donne pas envie; jamais été aussi contente que tout le monde meurt à la fin. Ajoutez à cela un auteur qui, loin d'aller au bout de son raisonnement, ne s'assume pas pleinement: Bernardin de Saint-Pierre critique les nobles mais n'ose s'attaquer au roi; tantôt il fait appel à Dieu, tantôt (sans doute pour complaire à l'époque) à une Divinité suprême; impossible de dire si pour lui le refus de Virginie de se déshabiller est une marque de pudeur admirable (il le sous-entend cependant) ou au contraire une stupidité inculquée par l'éducation pudibonde de sa tante. En bref, il tâtonne, ne se sentant manifestement à l'aise que dans les longues très longues digressions sur l'île et son mode de vie paradisiaque. Que dire d'autre? Paul et Virginie est considéré aujourd'hui comme un grand classique de la littérature française. Pour moi il n'a qu'un mérite, c'est d'être court, mais pas assez pour s'ennuyer prodigieusement.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 19:20

L02.jpgMargaret Mitchell

Anne Edwards

éditions Belfond

1983

 

 

Dans la rubrique livre improbable que personne ne lira et que diable faisait-il d'ailleurs dans ma bibliothèque? nous allons parler aujourd'hui d'une biographie de Margaret Mitchell, épuisée depuis belle lurette dans l'indifférence la plus générale. Margaret Mitchell pour les ignares est l'auteur du livre Autant en emporte le vent dont nous reparlerons sans doute l'un de ces jours dans ce blog. Bien qu'aujourd'hui, elle ne suscite plus les passions, elle eut son heure de gloire, à l'instar d'une Rowling aujourd'hui, et c'est donc tout naturellement que Anne Edwards, sollicitée pour écrire une suite à son oeuvre (heureusement, cette insanité n'existe plus) fit d'une pierre deux coups en narrant l'histoire de son auteur immédiatement après. 

Bon après, il faut dire ce qu'il est, Margaret Mitchell n'a pas eu une vie trépidante non plus: si dans sa jeunesse elle se montra plutôt audacieuse (alcool, cigarettes, premier mariage sur un coup de tête), passée vingt-cinq ans elle se rangea sagement et épousa en secondes noces un bonnet de nuit. Plus ou moins hypocondriaque, elle n'a guère voyagé, passant presque toute sa vie dans sa Georgie natale. Le seul événement majeur dans son existence ce fut l'écriture et la parution de son roman fleuve qui bouleversa sa vie de telle façon qu'elle fut incapable par la suite d'écrire de nouveau.

La biographie d'Anne Edwards est intéressante car elle ne s'attarde pas uniquement sur la face riante de Margaret Mitchell (ses engagements sociaux, sa patience pour ses admirateurs) mais également sur sa face "cachée": sa pingrerie, sa misanthropie et aussi son égocentrisme qui n'est pas sans faire songer à celui de son héroïne. Ce qu'il ressort de cette étude c'est que Margaret Mitchell est devenue un écrivain par hasard, l'auteur d'un seul livre, ce qui est assez rare pour le souligner, et qu'elle s'est laissée déborder par son succès tout en le quémandant. Anne Edwards nous dresse donc le portrait d'une femme complexe, souffreteuse, volubile et qui très sincèrement, ne m'a pas touchée. Est-ce dû au style ampoulé et plutôt plat de sa biographe qui, tout en encensant la jeune femme souligne avec complaisance ses petits travers et ses petites manies? Est-ce dû tout simplement au sujet lui-même, une femme ancrée dans un passé sclérosé, sudiste jusqu'au bout des ongles et dont le quotidien se résume toujours au même paysage? Bref, j'ai lu sans déplaisir Margaret Mitchell,  intéressée par la genèse et du livre Autant en emporte le vent et de celle du film, mais je ne peux pas dire que cette lecture m'apportera grand-chose, si ce n'est la perspective de frimer un peu lors de soirées mondaines en parlant de Clark Gable...

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 20:05

L02.jpgLa fourmilière

Jenny Valentine

éditions Ecole des Loisirs

2009

 

Sam jeune garçon de dix-sept ans a fugué de sa campagne pour atterrir à Londres, voulant échapper à un passé qui est devenu trop lourd à porter pour lui. Qu'a donc fait Sam? C'est la question que se posent ses nouveaux voisins dans l'immeuble de Georgiana Street où il a trouvé refuge. Harcelé, Sam presque contre son gré se lie avec ces gens dont le quotidien est pourtant loin du sien; Isabel, la vieille fouineuse du premier étage et, surtout Bohême, la fille de Cherry, une alcoolique. Petite fille de dix ans, Bohême veut devenir amie avec ce garçon mystérieux et découvrir son secret... Quitte à se faire rembarrer et à apprendre sur elle-même et sur sa mère des choses pas forcément agréables à entendre...

C'est du made in Ecole des Loisirs. C'est plein de bons sentiments et d'enfants géniaux. Mais j'ai apprécié ceci dit ce roman sans prétention, narrant le quotidien de paumés de la vie qui finissent par découvrir qu'ensemble ils sont plus forts. Sam est un héros attachant, dont le passé nous demeure mystérieux, ce qui rend d'autant plus surprenant la révélation finale, pas du tout je l'avoue à ce à quoi je m'attendais. En face, nous avons l'héroïne, une gamine de dix ans, ce qui au moins nous dispense de l'inévitable histoire d'amour du roman pour ados. Ce couple improbable mène tambour battant une action efficace (ils prennent tour à tour la parole) et donnent au récit un bon rythme. Les autres personnages, légèrement plus caricaturaux (la vieille curieuse, la mère alcoolique, le propriétaire absent) sont assez intéressants malgré tout et permettent au livre de ne pas tomber dans un certain manichéisme (Cherry ne s'occupe pas de Bohême mais l'aime quand même, Isabel se mêle de tout mais avec la meilleure foi du monde..) La fin est un peu trop "happy end" à mon goût et le style reste enfantin. Néanmoins, la fourmilière a le mérite de ne pas tomber dans la démagogie et de montrer deux enfants tels qu'ils sont: Bohême, une gamine un peu voleuse sur les bords et Sam... à vous de découvrir ce qu'il a fait! Bonne lecture...

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 13:27

L01.jpgMiséricorde

Jussi Adler-Olsen

éditions Albin Michel

2011

 

 

Après une fusillade qui l'a gravement blessé et rendu encore plus difficile à vivre qu'auparavant, l'inspecteur Carl Morck, vieux flic bougon,  est relégué par son chef à la section V, une section qui a pour charge de traiter les dossiers non résolus par la police. Dans la pratique, il s'agit d'un poste dans un sous-sol avec pour seul assistant un réfugié politique syrien Hafez el Hassad dont Carl s'accommode mal de l'enthousiasme. Pourtant, le premier dossier qu'il examine, la disparition et la mort présumée d'une politicienne il y a de cela quelques années pourrait bien se révéler plus intéressant qu'il ne le pense. En effet, Merete Lyyngaard est toujours en vie et croupit en cage en attendant la décision de ses bourreaux de l'exécuter. Sans le savoir, Carl est désormais devenu le dernier espoir de la jeune femme. 

Retour au polar scandinave avec ce très honnête roman danois qui, sans se révéler le meilleur thriller de tous les temps, m'a très agréablement tenue en haleine pendant quelques jour. Son principal défaut? On comprend tout de suite le pourquoi du comment et l'identité des ravisseurs de Merete. Le suspens ne réside pas là mais plutôt dans cette question: Carl arrivera-t-il à retrouver la jeune femme avant qu'il ne soit trop tard? Et de côté-là, c'est assez bien fait, l'auteur alternant la narration, tantôt centrée sur Carl, tantôt centrée sur Merete, donnant de la sorte au récit une bonne dynamique. J'ai apprécié aussi je l'avoue, la volonté de l'auteur de minimiser l'aspect politique de l'histoire; contrairement à certains polars scandinaves comme Millenium (que j'ai pour ma part fort peu goûté la narration ne se tranforme pas en dissertation sur l'histoire politique ou économique du Danemark et ne perd pas son rythme. Enfin et surtout, la force de Miséricorde tient surtout aux deux enquêteurs: Carl Morck et Hafez el Hassad. D'un côté nous avons le misanthrope aigri qui se soucie plus de faire des sudokus en attendant l'heure de la retraite que de résoudre des énigmes, à l'opposé des supers flics habituels toujours à la recherche de la vérité. De l'autre, nous avons l'assistant chauffeur homme de ménage un peu mystérieux et très enthousiaste, mais qui du fait de son inexpérience met souvent les pieds dans le plats. Un duo de choc pour le début d'une série d'enquêtes qui s'annoncent prometteuses...

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:27

L05.jpgRetour à Killybegs

Sorj Chalandon

éditions Grasset

2011

 

Tyrone Meehan a toujours été un fervent républicain irlandais, prêt à tout comme son père avant lui pour libérer son pays des anglais, y compris à adhérer à L'IRA. Pourtant, devenu vieux et alors que l'Irlande a retrouvé la paix, il est devenu traître aux siens et poursuivis par ceux qui furent autrefois ses amis. Que s'est-il passé? Pourquoi Tyrone s'est-il rallié aux anglais et dans quelles circonstances? C'est ce qu'il entreprend de raconter dans ce récit qui, mêlant souvenirs passés et présents, retrace l'histoire d'un homme complexe qui n'a jamais vécu que pour se battre... Mais pour quoi?

Encore un roman couronné d'un prix littéraire (celui de l'académie française) et encore un choix qui me laisse un peu perplexe. Entendons-nous bien; le livre de Sorj Chalandon n'est pas mauvais, mais c'est loin d'être une révélation littéraire. On saluera le choix du sujet (l'Irlande, un sujet de toute évidence parfaitement maîtrisé et traité) ainsi qu'une volonté d'éviter tout manichéisme; les irlandais ne sont pas tous forcément des gentils pas plus que les anglais ne sont tous des méchants. L'IRA n'est pas considéré comme une armée terroriste ce qui n'empêche pas l'auteur de démontrer l'horreur d'une guerre qui a empoisonné des générations. Cependant, tout ceci ne m'a pas empêchée de m'ennuyer un peu le long de la narration tortueuse qui, voulant éviter la chronologie linéaire, mélange allégrement tous les moments forts de la vie du héros (enfance, prison, combat dans l'IRA, exil après la trahison, etc.) pour les ressortir au petit bonheur la chance. Ce genre de narration, bien menée, peut effectivement être intéressante. Ici, c'est plutôt mal fait; les moments forts sont dilués dans d'autres souvenirs anodins et les personnages se mélangent, perdant leur impact. C'est bien simple: à part le narrateur, aucun protagoniste ne parvient à s'imposer, que ce soit la femme falote de Tyrone ou son ami français. De ce fait, le récit est confus, parsemé de noms et de dates et n'apporte aucune émotion réelle. Tout ça reste très froid et il n'y a guère que la toute fin de Retour à Killybegs pour insufler un peu d'âme à un roman plein de bonne volonté mais qui part dans toutes les directions pour, au final, arriver nulle part.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:36

L01.jpgCe qu'ils n'ont pas pu nous prendre

Ruta Sepetys

éditions Gallimard Jeunesse

2011

 

Et pour commencer l'année 2012 en fanfare, je vous propose un joli roman en jeunesse, pas forcément très gai mais plein d'espérance, qui nous rappelle que même dans les instants les plus noirs la vie est toujours présente (oh ça va c'est la nouvelle année, j'ai le droit d'être un peu mièvre pour une fois)

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre raconte l'histoire d'une famille lituanienne dont la vie bascule du jour au lendemain. Lina la narratrice a quinze ans en 1941, le jour où l'armée soviétique vient les chercher, elle, sa mère et son frère. Son père, un universitaire et donc de ce fait louche pour le régime communiste, a disparu, probablement embarqué lui aussi. Lina et sa famille sont déportés en Sibérie, de camp de travail en camp de travail et dans des conditions épouvantables. Lina, envahie par la haine, parvient à s'en délivrer par le dessin, puisant dans son talent et dans des petits messages qu'elle tente de faire parvenir à son père, un espoir et un désir puissant de vivre...

Non, c'est pas super joyeux effectivement, mais ce livre, destiné aux adolescents, évite admirablement l'écueil du sentimentalisme et du larmoiement intempestif, parvenant à montrer toute l'horreur de la situation (un nouveau-né qui meurt au bout de quelques jours, une femme qui se fait fusiller...) tout en restant dans un registre économe en débordements. L'héroïne est touchante, adolescente qui commet des impairs, qui se révolte mais qui se bat aussi avec l'énergie du désespoir et un entêtement que je ne peux qu'applaudir. L'auteur alterne également avec des moments plus légers (l'amour de Lina pour Andrius, une fête entre déportés à Noël, les souvenirs de la vie d'avant) qui non seulement évite de plomber la lecture mais donne au récit une bonne dynamique. Enfin, le sujet est original puisqu'il traite d'un aspect de l'histoire que nous ne connaissons pas forcément; il nous est facile en lisant un livre sur des déportés du régime nazi de nous dire "Bon encore quelques années et ils vont être sauvés", mais qui peut dire combien de temps les déporté du régime stalinien ont-ils dû souffrir? (je connais maintenant la réponse et, croyez-moi, je n'aurais pas aimé la connaître). Bref, un roman noir mais pas désespéré, pas non plus si manichéen qu'il n'y paraît et qui rappelle avant tout qu'il y a toujours une lumière au bout du tunnel...

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:29

L06.jpgJustine ou les malheurs de la vertu

Marquis de Sade

éditions Livre de Poche

1791

 

Bon ben désolée pour tous ceux qui liront cette note demain et qui du coup auront leur début d'année bien plombée, mais je me refuse à commencer l'année avec Sade. En revanche, terminer 2011 par lui me semble plutôt approprié. C'est parti!

Il s'agit ici de la seconde version du roman Justine: l'auteur y reviendra trois fois en tout, apportant à chaque fois des modifications plus ou moins importantes. Le roman met en scène une jeune ingénue, Justine, qui, de bonne naissance mais réduite à la misère à la mort de ses parents, se voit embarquée dans une série de mésaventures déplorables et tombe entre des mains de moins en moins recommandables. Justine est douce, vertueuse et aime son prochain: pour toute récompense elle se fait violer de toutes les façons possibles, subit tous les sévices sexuels imaginables, se fait trahir par des gens respectables, voit mourir sous ses yeux les gens qu'elle veut protéger, manque se faire assassiner elle-même à de nombreuses reprises et, comble de l'ironie, se fait poursuivre par la justice alors que ses bourreaux trouvent gloire et richesse. Le message de l'auteur est clair: dans ce monde, seul le vice est payant.

Plus intéressant à mon sens que Les 120 journées..., Justine n'échappe pas aux travers de Sade: son goût pour la répétition qui vire à la monomanie lors de certains passages (l'emprisonnement de Justine chez les moines par exemple qui est prétexte, encore une fois, à la description de l'organisation de toutes les journées et des orgies qui s'y succèdent) et les longs discours "moralistes" (même s'il s'agit ici d'une anti-morale) qu'il fait tenir à ses personnages et qui coupe l'action. Après, soyons honnête et saluons un style romanesque assez intéressant, naviguant entre le conte philosophique (Justine est un pendant plus trash de Candide, un personnage de conte immatériel qui subit tous les outrages possibles et se régénère presque miraculeusement, un être qui restera tout au long du récit curieusement éthéré) et le roman noir (je songe en particulier au moment où elle tombe sur un adepte de la saignée). Autant dans Les 120 jours... je n'avais vu que l'oeuvre d'un homme profondément dérangé, autant dans Justine j'ai pu apprécier l'oeuvre d'un écrivain, aussi perturbant soit-il, qui joue beaucoup sur la parodie du roman tel qu'il existait au 18ème siècle et qui semble pour la première fois conscient qu'il y a un public pour le lire.

Après est-ce que j'ai aimé? Bien sûr que non! Tout d'abord, je ne peux adhérer à la "philosophie" de Sade qui prône le vice comme seul moyen de s'en sortir et qui se base sur la loi du plus fort ou sur la nécessité de briser le tabou pour justifier inceste, meurtre, pédophilie, nécrophilie. Pour l'auteur, la vertu n'est qu'affaire de convenances et de mentalités. Mouais, même si la loi du plus fort fait des adeptes parmi les participants de la télé-réalité et les étudiants en école de commerce, je préfère encore garder ma fichue conscience et rester humaine. De plus, je ne peux bien évidemment adhérer aux propos anti-féministes du narrateur qui à plusieurs reprises comparent fort aimablement la femme à un objet soumis au plaisir de l'homme et qui de ce fait peut tout endurer. Dois-je me justifier pour ça? J'ai plutôt en horreur le féminisme moderne mais en lisant Sade j'ai éprouvé une grande compassion pour toutes ces femmes du XVIIIème réduite à de simples fantaisies pour libertins vieillissants. Enfin, d'un simple point de vue littéraire.... quelle cruche cette Justine! Jamais personnage aussi malheureux ne m'a laissée aussi froide. Comment peut-on être aussi gourde, tomber toujours dans le même panneau, aller secourir le premier inconnu qui passe alors qu'après s'être fait violer une première fois, on devient un peu plus méfiante non? Mais non notre héroïne pleure beaucoup, ne se défend jamais, n'argumente guère.... Facile pour Sade de prôner le vice quand en face il ne met qu'une vertu niaise, passive, incapable d'agir. Justine ne connaît-elle pas la maxime "Aide-toi le ciel t'aidera"? Un être bon doit-il être forcément bête? Inutile de vous dire que je ne suis pas d'accord.

Voilà donc toutes mes réflexions sur Justine et sur Sade puisque j'ai pour le coup bien l'intention de ne pas revenir sur un auteur trop résolu à voir le pire dans la nature humaine. C'est une idée très à la mode mais qui ne me satisfait pas. Et, en attendant de revenir vers vous avec des notes plus optimistes je l'espère, je vous souhaite un très joyeux réveillon ou une soirée tranquille (ce que vous préférez) et vous dis à l'année prochaine!

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 19:48

L02.jpgVathek

William Beckford

éditions Corti

1786

 

 

Oui, je sais, ça fait bien longtemps. J'ai eu beaucoup de travail ces derniers temps. Mais comme je ne suis pas cruelle, je vous offre quand même une note avant le 24 décembre. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel. Je sais que vous désiriez de toutes vos forces avoir une critique d'un roman obscur du 18e siècle.

Vathek est un livre qui a la particularité d'avoir été écrit en français par un auteur anglais et dont l'action se déroule au Moyen-Orient. Il met en scène le personnage éponyme, Vathek, un puissant sultan qui, avide de pouvoir, se laisse corrompre par un faux dieu et , enchaînant atrocités et actes vils, se retrouve en Enfer. Là, il fait la connaissance d'autres infortunés qui, dans l'attente de leurs jugements tout comme lui, lui font tour à tour le récit de leurs vies et de leurs fautes...

Il y a beaucoup des 1001 nuits dans ce récit qui se présente au niveau du style comme un conte oriental (touche exotique, éléments merveilleux, morale finale) avec cependant un côté gothique qui ressort tout particulièrement lors des scènes "infernales" ou dans certaines descriptions. Vathek est également considéré comme un classique de la littérature romantique noire: passions exacerbés, morts violentes, amants maudits... D'un point de vue littéraire, c'est une mine d'or.  En revanche le style est un peu lassant; l'univers du conte est assez particulier en soi et l'histoire principale, celle de Vathek, est beaucoup trop longue pour ne pas susciter sur la fin un léger ennui, d'autant plus que les éditions Corti alourdissent le texte par un appareil critique qui gâche le plaisir de la lecture. Les histoires imbriquées dans celle du héros sont beaucoup plus intéressantes: plus courtes, elles sont de ce fait plus marquantes. L'ensemble évoque un bric-à-brac mal ficelé: le rythme du récit est parfois cassé, certaines histoires sont expédiées tandis que d'autres sont plus longues que celles de Vathek, et la fin même du roman est plutôt abrupt. Vous l'avez compris: Vathek est plus une curiosité littéraire qu'autre chose, un livre dans lequel il est difficile de rentrer mais qui par la suite se lit plutôt bien. Ce qui me frappe surtout dans ce roman, c'est l'absence de l'auteur: Beckford s'efface complètement derrière son texte. C'est un sentiment assez curieux...

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite à tous un très joyeux Noël et à bientôt!

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 17:42

L01.jpgGone

t.4 L'épidémie

Michaël Grant

2011

 

 

Il était une fois une petite ville en Californie, Perdido Beach, et des enfants livrés à eux-mêmes depuis huit mois, depuis la disparition mystérieuse de tous les adultes de plus de quinze ans et la formation d'un dôme autour de ce qui est devenue "la Zone". Et dans la Zone, les choses vont de mal en pis: après la faim et les privations, les enfants, qui tentent de s'organiser tant bien que mal, doivent affronter une épidémie mortelle de grippe et des insectes tueurs, sans compter Drake, le mutant fou qui ne peut mourir et qui croupit dans l'une des maisons. Sam, autrefois leader mais destitué par ses pairs est envoyé par Albert, "l'homme d'affaires" de la ville à la recherche d'eau. Mais est-ce vraiment une bonne idée pour le garçon le plus puissant de la Zone de partir ainsi à l'aventure? D'autant plus que, non loin de Perdido Beach, sur une île paradisiaque, son frère Caine, lui aussi devenu mutant, attend tranquillement sa revanche....

C'est un peu agaçant de reprendre une série après une longue coupure, surtout lorsqu'on n'a plus les tomes précédents sous la main; ainsi, comme d'habitude, il m'a fallu quelques temps pour reprendre le fil des événements et, surtout, me souvenir de tous les personnages: Ok pour Sam notre héros, sa petite amie Astrid, le redoutable Caine et sa compagne Diana, Ok également pour Edilio, Quinn ou encore Albert. Mais j'avoue avoir eu un blanc concernant Taylor ou même Jack le crack. Bon après ça revient, le récit se remet en route, et on prend plaisir à retrouver nos héros pour de nouvelles aventures, même si l'on doit avouer que nos héros font plutôt triste figure dans ce volume. La jolie Astrid apparaît comme un glaçon psycho-rigide, le vaillant Sam comme un adolescent pleurnichard... Le pire est sans conteste Albert, l'un des personnages les plus sympathiques du premier tome qui, au fil des romans, s'est mué en capitaliste sans scrupules, publicité vivante pour une école de commerce. Ceci dit, c'est cette absence de manichéisme qui fait tout le charme de Gone ainsi que l'atmosphère très sombre qui imprégne le récit. Livrés à eux-mêmes et à la maladie, les enfants invoquent un Dieu qui reste sourd. Tous également aspirent à une rédemption qui ne vient pas: Diana essaie d'oublier qu'elle est devenue cannibale, Sam qu'il a tué des enfants, Astrid qu'elle souhaite la mort de son petit frère. Ce côté sombre est renforcé par un humour noir et un certain cynisme de l'auteur: les actes héroïques dans Gone sont certes nombreux mais les faiblesses le sont encore plus et pointé impitoyablement par Grant. Les enfants sont ingrats et ne songent qu'à manger et à se plaindre sans bouger le petit doigt, Sam, Caine ou Edilio peuvent bien prétendre au titre de chef de la ville, le seul qui la contrôle vraiment c'est Albert et ses richesses...La Zone est un endroit malade, plein de morts et d'accidents et Sam a beaucoup vouloir faire de son mieux, il n'y arrive pas. Michael Grant s'est amusé avec Gone à créer une civilisation à échelle réduite en la faisant passer par tous les stades: dictature (Caine), démocratie (Sam) pouvoir à l'armée (Edilio) société marchande (Albert) ou partage des biens... Tout échoue, rappelant au lecteur que toute société est au fond aussi contrôlable qu'un gamin qui se serait retrouvé livré à lui-même du jour au lendemain.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:10

L01.jpgBetty

Arnaldur Indridason

éditions Métailié

2003

 

Betty est ce qu'on nomme une femme fatale, compagne d'un riche homme d'affaires qui la bat et avec qui elle reste pour des motifs qui semblent purement financiers. Elle jette son dévolu sur notre personnage principal, narrateur de l'histoire et le persuade dans un premier temps de travailler pour son mari. C'est également elle qui monte un plan pour éliminer ce dernier avec son amour secret... Mais le dindon de la farce n'est pas forcément celui que l'on croit...

Comme pour tout roman policier, il est difficile d'en dire trop sur Betty de peur d'en tuer tout le suspens. Je vais donc essayer de marcher sur des oeufs. C'était mon premier contact avec l'auteur nordique Indridason, et je dois avouer que ce premier contact est plutôt encourageant: un style tout à fait correct, une description soignée des personnages et de leur psychologie... Ne nous le cachons pas ceci dit: l'originalité du livre tient essentiellement à un coup de théâtre au milieu du récit qui prend le lecteur totalement au dépourvu et le force même à revenir en arrière. Sorti de ce coup de théâtre, assez spectaculaire, nous avons somme toute une histoire policière classique: une femme fatale, un mari indésirable, un faux accident et un narrateur qui se laisse prendre au piège si méticuleusement que nous pouvons presque entendre le verrou se refermer derrière lui, le tout servi par une écriture d'une grande précision. Simple mais efficace, pas trop long, un roman idéal pour l'hiver qui vient...

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