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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 15:39

L04.jpgEt les hommes sont venus

Chris Cleave

éditions Nil

(2008)

 

Petite Abeille, adolescente nigériane échappée d'un centre pour réfugiés, débarque un jour à Londres chez Sarah,  une journaliste qu'elle a rencontré deux ans auparavant sur une plage dans son pays dans des circonstances plus que douloureuses. A priori, rien de commun entre la jeune réfugiée meurtrie par une vie sans avenir et la jeune mère trentenaire, insatisfaite d'une existence qui lui semble vide. Pourtant, les deux femmes sont liées par un secret, un passé que tour à tour elles s'emploient à raconter...

Et les hommes sont venus a été une très belle surprise pour moi, un service de presse oublié que j'ai exhumé par hasard de ma pile à lire et que j'ai dévoré en à peine deux jours. Ce roman, alternant la voix de Petite Abeille et celle de Sarah est remarquablement construit, l'auteur ménageant un certain suspens tout au long de l'histoire. Et quelle histoire! Chris Cleave nous fait un récit émouvant, rendu plus poignant par la narration des deux héroïnes, sans pour autant tomber dans la mièvrerie ((à part peut-être sur la fin). Certaines scènes narrées par Petite Abeille sont difficiles, l'une d'elle est même insoutenable et pourtant je ne pense pas être d'une nature trop sensible. Le style est impeccable et les personnages sont attachants, d'autant plus qu'ils sont loin d'être manichéens; Sarah est une épouse adultère (qui l'assume parfaitement d'ailleurs) et Petite Abeille est prête à tout pour sa survie. En bref, Et les hommes sont venus est une belle découverte qui me donne bien envie de me lancer dans les autres romans de Cleave...

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 13:56

L01.jpgEvelyna

Fanny Burney

éditions José Corti

1778

 

 

Evelina est une jolie jeune fille qui a eu la malchance de ne pas être reconnue par son père, un noble anglais qui a nié son mariage avec sa mère avant sa naissance. Quasiment orpheline de ce fait, Evelina est élevée par le révérend Villars, un homme d'une grande droiture qui l'aime comme sa fille et projette de l'établir à la campagne, loin de l'agitation de la ville. Mais le destin en décide autrement: pressée par ses amis, Evelina accompagne ces derniers à Londres et fait ses premiers pas dans la bonne société. Modeste mais naïve, elle commet quelques impairs et attire l'attention du séduisant lord Orville et du redoutable Clément Willoughby. Surtout, elle fait la connaissance de sa grand-mère maternelle, la terrifiante madame Duval, une femme rustre et sans éducation qui entend bien diriger sa petite-fille et la rétablir au rang qu'elle mérite...

Ecrit sous la forme d'un roman épistolaire (surprenant pour un récit du 18ème siècle n'est-il pas?), Evelina a des défauts assez similaires aux romans de Richardson: la description d'une société policée, lisse, et des personnages qui ne sortent pas de leur cadre: les nobles sont nobles, les jeunes filles se doivent d'être douces et réservées et il n'existe pas, comme le souligne Les 1001 Livres... de "malpropreté urbaine" dans Evelina qui, en aucun cas, ne se présente comme comme une critique de l'ordre établi. En revanche, l'approche de la société londonnienne est intéressante car le récit est fait par Evelina. Or, l'héroïne pour le coup est loin d'être aussi fade que la Paméla de Richardson par exemple: elle est bien éduquée certes, a le sens des convenances, mais, inexpérimentée, est un peu perdue dans une société où le moindre faux pas est remarqué et critiqué. Son premier bal par exemple, au cours duquel elle accumule les maladresses, est un moment très drôle tout comme sa naïveté et sa tendance à faire confiance au premier inconnu qui passe et qui la conduit immanquablement à des situations embarrassantes ou dangereuses. Sa façon même de tomber doucement amoureuse de lord Orville, innocemment, est rafraîchissante. Les autres personnages sont également bien croqués: le capitaires Mirvan, un homme grossier et toujours prêt à des plaisanteries douteuses pas très loin des personnages de Smollet ou de Fielding, madame Duval, une femme vulgaire et commune qui se pique de distinction, le dangereux Willoughby, la dolente et coquette lady Louisa... Curieusement, ce sont les deux modèles masculins du livre, le révérend Villars et lord Orville, qui attirent le moins la sympathie, tous deux presque trop parfaits (surtout le révérend, lord Orville ayant l'"avantage" d'être amoureux, donc pas forcément toujours très rationnel) pour un lecteur (ou une lectrice) qui, aujourd'hui, n'a pas forcément la même idée de la perfection qu'au 18e siècle. Ecrit par une femme de près de trente ans, Evelina est une comédie de moeurs et un intéressant roman psychologique qui laisse parfois passer par endroits une certaine ironie et un comique discret. Si c'est regrettable que Fanny Burney n'ait pu laisser libre cours à toute sa verve, sans doute elle-même entravée par sa propre éducation, son roman demeure néanmoins un agréable récit qui ravira tous les amateurs de Jane Austen, son héritière littéraire directe.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 13:03

 

L10Nuigrave

Lorris Murail

éditions Robert Laffont

2009


 

Je ne suis pas vraiment une fan de SF et je sais désormais que je ne suis pas fan non plus de l'auteur Lorris Murail, le frère de la célèbre romancière pour enfants, Marie-Aude Murail. Nuigrave raconte l'histoire de Arthur Blond, professeur affecté également à l'Office Européen de la Restitution Patrimoniale (OERP) et qui, à cause de son ex Sidonie, brillante scientifique, se retrouve involontairement mêlé au trafic d'une plante, la coarcine. Le chemin d'Arthur est bientôt jonché de cadavres et notre héros, cerné par les terroristes et des enjeux géopolitiques dont il ignore les tenants et les aboutissants se retrouve contraint de reprendre les travaux de Sidonie et de protéger une drogue très dangereuse...

Que vous dire? Je n'ai pas vraiment compris ce livre qui m'a, au demeurant, profondément ennuyée. L'auteur semble lui-même avoir été sous acide quand il a écrit Nuigrave et j'ai eu beau me concentrer sur l'intrigue, celle-ci m'a échappée dès le cinquième chapitre tout comme les considérations sur le patrimoine ou la géopolitique. Monologues ou dialogues incompréhensibles, personnage inintéressant, longueurs... Nuigrave est peut-être pour les amateurs du genre un chef-d'oeuvre. Tant mieux pour eux. Mais, en ce qui me concerne, ce n'est absolument pas une lecture de vacances...

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 12:46

L01.jpgLe caveau de famille

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

2005

 

Désirée et Benny, les héros du Mec de la tombe d'à côté n'avaient rien en commun, elle la bibliothécaire dévoreuse de livres, lui l'éleveur de vaches un peu bourru. Ils s'étaient même séparés. Mais voilà: amoureux malgré tout, ils ne pouvaient se résoudre à vivre loin l'un de l'autre. Ils ont donc décidé de se laisser une chance et de passer un marché: faire trois essais pour avoir un enfant ensemble. L'enfant a été conçu. Désirée et Benny, après le choc des cultures, se lancent dans une aventure tout aussi difficile, celle de la vie de famille.

Après Le mec de la tombe d'à côté qui s'employait à démystifier l'amour, Katarina Mazetti s'attaque cette fois aux enfants et à la famille. Désirée, qui rêvait pourtant d'un bébé, découvre que le quotidien d'une mère n'est pas de tout repos et que les joies de la maternité sont peut-être un peu exagérés. Qui plus est, elle doit gérer une vie de couple compliquée. Quant à Benny, il a du mal à accepter l'idée que sa femme ne soit pas une parfaite femme d'intérieur. Ceci dit, même si, comme dans Le mec de la tombe d'à côté, la voix des deux héros s'alternent pour narrer l'histoire, il devient très vite évident que l'auteur prend cette fois clairement le parti de Désirée: c'est elle qui part vivre à la campagne chez Benny, c'est elle qui doit faire le plus de concessions... Benny, lui, est qualifié par un personnage extérieur d'homme d'une "génération perdue". Le caveau de famille n'est pas pour autant une critique de la maternité ou de la vie de famille, tout comme le précédent roman de l'auteur n'était pas une critique de l'amour. Il s'agit là encore pour Mazetti de dépasser les clichés de la maternité comme accomplissement de la vie d'une femme et son plus grand bonheur. Non, les enfants ne sont pas forcément un don du ciel! Coliques du petit ou difficultés financières, les narrateurs ne nous épargnent pas les détails triviaux, et, si le lecteur (plutôt la lectrice d'ailleurs) peut rire devant les mésaventures conjugales de Benny et Désirée, faites de joies et de peines, il peut aussi se sentir un peu effrayé devant la résignation qui pointe sous l'humour parfois grinçant de l'histoire d'un couple qui se croyait unique (surtout elle) et qui découvre qu'il est, au final, comme les autres. Le caveau de famille est un récit tendre et amer à la fois, faussement léger, dans lequel se reconnaîtra sans doute la mère de famille et qui laissera les autres indécises de savoir si, oui ou non, tout ça en vaut la peine...

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 12:00

L07.jpgLe tertre des âmes

Ludovic Rosmorduc

éditions Baam

2011

 

 

A Setiladom, c'est l'effervescence: la licorne, l'emblème sacré de la ville, a été assassinée. A côté de son cadavre, on a retrouvé le glaive du chef de  la garde, Héribold, qui est aussitôt accusé et condamné à mort. Mais son  ancien maître, l'érudit Ambroise de Liemmos, ne croit pas en la culpabilité de son disciple. Après quelques recherches, il parvient non seulement à prouver l'innocence de Héribold, mais découvre également que le meurtre de l'animal mythique pourrait avoir des conséquences dramatiques et conduire la cité à sa perte...

Je vous arrête immédiatement si vous éprouvez un quelconque enthousiasme pour ce résumé: ce livre est absolument sans intérêt. Ce n'est qu'un mélange prémâché de magie bancale, de mythologie basique (gentille licorne, méchants dragons), de moquerie gentille contre la religion (ah la la tous des crédules intolérants) mais pas trop pour ne pas se mettre à dos un lectorat potentiel, et d'apologie de la science: on est dans un roman de fantasy pour la jeunesse mais l'auteur s'est sans doute dit que, tout de même, tous ces gentils nenfants se devaient de comprendre que la science avait quelque chose de magique et va y que je te fais un petit exposé didactique l'air de rien (Attention: auteur pédagogique) On peut passer sur certains détails un tantinet dérangeant (ça et là l'air de rien une banalisation du suicide par exemple) sur des personnages insignifiants (c'est pour une fois le personnage de l'enfant, Sixélia, la fille kleptomane et étourdie d'Héribold qui attire le plus la sympathie) ou encore sur un pillage discret du Seigneur des Anneaux (même pas le livre mais le film!) On ne peut en revanche faire l'impasse sur un style poussif avec, pour mon plus grand malheur, plein de points d'exclamations, et sur une intrigue construite comme un jeu vidéo particulièrement ennuyeux: utiliser pierre sur licorne, utiliser grosse brute sur poulpe géant, regarder amulette, toucher amulette, etc. Ce n'est pas un gros roman mais ça paraît long, très long. Heureusement, l'auteur ne semble pas prévoir de suite, nous voilà sauvés, et nous pouvons utiliser livre avec fin fond de la bibliothèque.. ça marche pas? Ah, il fallait peut-être l'utiliser avec l'objet poubelle alors... 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 11:35

L09.jpgMarina

Carlos Ruiz Zafon

éditions Pocket jeunesse

1999

 

"Nous ne nous souvenons que de ce qui ne nous est jamais arrivé". Ce sont les premiers mots sur lesquels s'ouvre le roman de Carlos Ruiz Zafon, Marina. Une réflexion étrange pour un récit qui ne l'est pas moins. Tout commence par une soirée brumeuse sur Barcelone. Un jeune garçon nommé Oskar, élevé dans un internat, tombe par hasard sur une vieille demeure paraissant abandonnée et, entré par effraction, fait la connaissance de ses habitants: Germàn, un vieil homme excentrique qui semble vivre au siècle passé et sa fille, la blonde Marina, dont Oskar tombe immédiatement plus ou moins amoureux. Devenus amis, les deux adolescents errent ensemble dans la ville, unis dans leur solitude et, un jour, dans un cimetière, croise le chemin d'une mystérieuse dame en noir...

Comme dans L'ombre du vent, Ruiz Zafon nous plonge dans un roman à tiroirs où chaque personnage est l'occasion d'une histoire, l'ironie de la chose étant que la seule histoire qui ne nous est pas réellement racontée est celle du narrateur Oskar. Le secret de la dame en noir, la vie de Germàn, la réserve de Marina... Autant de tranches de vies, parfois banales, parfois extraordinaires. Dans une ambiance très gothique, Ruiz Zafon mêle édifices délabrés et nuits pluvieuses, créatures de Frankenstein et divas d'opéras, meurtres sanglants et murmures de mourants, souvenirs douloureux et avenir incertain... Réel ou pas réel? Quelle importance? semble dire l'auteur qui se pose avant tout comme un conteur et, de ce fait, ne se soucie aucunement de vraisemblance. Le narrateur nous raconte un moment particulier de sa vie: est-il un témoin "objectif" de phénomènes parfois surnaturels, ou seulement le jouet de Marina, la véritable conteuse de l'histoire? Si le lecteur s'essaie à ce genre de suppositions, il se perd assez rapidement dans les dédales du roman, tout comme Oskar s'égarant dans les rues de Barcelone. Mieux vaut profiter du voyage et de ses multiples protagonistes: l'amoureux fou, le serviteur dévoué, l'artiste maudit, la chanteuse condamnée... Il vous suffit de savoir que le style est très beau, l'histoire prenante et que Ruiz Zafon signe avec Marina un récit égal à L'ombre du vent qui questionne beaucoup sur la mort, les mensonges, les secrets... sans hélas apporter de réponses. Ce serait trop simple n'est-ce pas?

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 13:13

L01.jpgHunger Games t.3

La révolte

Suzanne Collins

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

Il est temps de refermer les Hunger Games et de clôre la trilogie de Suzanne Collins avec un certain pincement au coeur. Attention! Que ceux qui n'ont pas encore lu les deux premiers volumes mais qui souhaitent le faire ne lisent pas cet article.

Nous avions laissé à la fin de Hunger Games 2 Katniss Everdeen, l'héroïne des précédents tomes, secourue par des rebelles du district 13 et rendue à moitié folle par l'annonce de l'emprisonnement de son ami/allié/amoureux Peeta (rayer la mention inutile) Mais, pour elle, il est temps de se ressaisir: Katniss est devenue malgré elle un symbole de la résistance et les rebelles ont besoin d'elle pour donner un nouveau souffle au soulèvement des districts contre le Capitole. La guerre de l'image vient de commencer...

Le dernier volet de la trilogie de Collins n'est pas à l'abri des critiques, et la première concerne bien entendu le style. Lire Hunger games 3: la révolte après Goethe, c'est comme aller au Mc Do après un repas gastronomique. Ce n'est pas à strictement parlé mal écrit, mais bon, les maladresses ou les lourdeurs sont assez fréquentes. Plus gênante est la tendance "twilightesque" du roman et les quelques atermoiements sentimentaux de l'héroïne tiraillée entre le brave Gale et le gentil Peeta qui ralentissent l'intrigue plus qu'autre chose. Passé ces critiques, je dois humblement reconnaître que j'ai réagi comme une ado de base à la lecture du roman, schotchée d'un bout à l'autre de l'histoire, et que j'ai même versé ma petite larme sur la fin (oh ça va: ceux qui l'ont lu sauront sans doute de quel passage il s'agit et que les autres ne ricanent pas: c'est déjà suffisamment embarrassant de pleurer dans un train) L'une de forces de l'intrigue est de faire de Katniss un personnage pas forcément angélique, une tueuse qui passe les trois quarts de Hunger Games 3 sous morphine ou à demi folle et le dernier quart  à jouer avec complaisance un rôle devant une caméra, mentant au fond aux rebelles en leur renvoyant une image qui n'est pas vraiment la sienne... Ajoutez à cela une intrigue qui va crescendo et des personnages tout aussi troubles les uns que les autres, depuis le doux Peeta qui se transforme en bête furieuse jusqu'à la présidente des rebelles, Coin, dont on ne sait trop si elle agit vraiment pour le bien des insurgés ou pour sa gloire personnelle... A l'image de l'arène dans laquelle évoluaient jadis nos héros, le livre de Collins est rempli de chausses-trappes en tous genres et de rebondissements divers et variés. Au final, voilà une trilogie qui me laissera un bon souvenir... Les Hunger Games sont finis, rideau, mais, si ça peut vous consoler, sachez que l'oeuvre de Collins est en cours d'adaptation cinématographique...

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 14:35

L01.jpgEn cage

Kalisha Buckhanon

éditions du Rouergue

(2005)


 

Antonio, jeune noir de Harlem, est emprisonné pour le meurtre de son père, un homme violent qui les battait lui, ses frères et sa mère. De sa cage, il écrit à sa petite amie Natasha, qui habite elle aussi à Harlem. Tous les deux s'aiment à la folie et sont persuadés qu'ils se retrouveront dès que Antonio sortira de prison. Mais, quand on a dix-sept ans, ce genre de projet est-il vraiment réalisable? Tandis que de sa cellule Antonio se lance dans une formation, Natasha de son côté décide de s'inscrire à la fac et de travailler d'arrache-pied pour ne pas subir le même destin que ses parents...

Conçu sous la forme d'un roman épistolaire, En cage prend d'abord l'aspect d'un skyblog pour ados. Natasha et Antonio s'expriment assez mal, mettent des "trop grave" et des "love" à toutes les sauces, se donnent des surnoms ridicules, se font des déclarations d'amour éternel et sont excessifs tant dans leur amour que dans leur haine. Bref, ils se comportent comme des adolescents qu'on a très envie de frapper,  persuadés de déjà tout savoir alors qu'ils ne sont même pas conscients de la gravité de la situation. Mais, au fur et à mesure des lettres, le ton change, le style devient plus travaillé, et la distinction entre les lettres des deux protagonistes se fait tout doucement sentir. Si le style d'Antonio gagne en maturité, ses écrits restent brouillons et sa vision du monde limitée aux murs de la prison et aux visites de sa famille. En revanche, les lettres de Natasha sont de plus en plus longues, de mieux en mieux construites et témoignent de l'ouverture de l'héroïne à un monde autre que celui de Harlem, même si Natasha se sait liée à vie pour le meilleur et pour le pire à sa communauté d'origine. Bien entendu, on comprend très vite que l'histoire d'amour entre ces deux-là ne peut aboutir, ce que d'ailleurs ils comprennent assez rapidement eux-mêmes. Ces deux personnages, d'abord horripilants, deviennent alors touchants: le lecteur se rend compte petit à petit de leurs faiblesses mais aussi de leurs forces: la loyauté d'Antonio, la pugnacité de Natasha, l'intelligence des deux... Ajoutez à cela une réflexion sur le racisme qui pour une fois n'a pas l'air d'un cours d'éducation civique...En cage est un roman pour adolescents intelligent, qui loin de traiter son lecteur comme un demeuré, se présente comme un vrai récit d'apprentissage, montrant le cheminement lent et parfois douloureux de deux enfants qui doivent se résigner à grandir...

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 13:55

L04.jpgLes souffrances du jeune Werther

Goethe

éditions Flammarion

1774

 

 

'"Etait-il donc fatal que ce qui fait la félicité de l'homme devint en retour la source de sa détresse?

Le sentiment d'ardente plénitude que la nature vivante faisait naître en mon coeur, ce sentiment  qui m'inondait de tant de voluptés, qui transformait le monde autour de moi en un paradis,  me devient maintenant un intolérable bourreau, un génie de la persécution qui me pourchasse en tout lieu."

 

Nous avons tous entendu parler de Goethe, le symbole du romantisme allemand. Il était logique que tôt ou tard le chemin des 1001 livres... croise celui du plus exalté des romanciers du 18ème siècle.

"Les souffrances du jeune Werther" est un roman épistolaire très largement inspiré de la propre expérience de l'auteur. Le narrateur, Werther, se meurt d'amour pour la jolie Lotte. Hélas, celle-ci est déjà promise et amoureuse du très insipide Albert. Elle l'épouse mais ne peut se résigner à congédier Werther de son paysage tandis que lui de son côté ne peut se résigner à s'éloigner d'elle. C'est l'histoire de l'éternel triangle amoureux, la figure préférée de la littérature romanesque et que quelques-uns d'entre nous ont la malchance d'avoir connu ou de connaître dans leur propre vie. Werther est exalté, passionné, romantique au sens littéral: l'histoire ne pouvant connaître un dénouement que par la mort de l'un des protagonistes, il se donne la mort avec les pistolets de son rival.

Exaltation des sentiments, mépris pour la modération ou la sagesse, démesure en toute chose.... Nous sommes en plein dans la célébration du Moi et des sentiments primant sur la raison (à de nombreuses reprises, Werther exprime son mépris pour l'intelligence de l'esprit, lui préférant celle du coeur) Les souffrances du jeune Werther  a un côté "trop": style emphatique, personnage passionné, réactions excessives... Au début, j'ai éprouvé une profonde méfiance pour cette écriture un tantinet tape-à-l'oeil et par ce narrateur qui s'extasie devant le moindre brin d'herbe (le culte de la nature étant pour Goethe aussi important qu'il l'était pour Rousseau). Peu à peu cependant, je me suis laissée emporter par cette histoire d'amour impossible, tragique, et par la souffrance du jeune Werther: son aveuglement au début de son histoire avec Lotte, son désespoir à l'annonce de son mariage, sa frustration de ne pouvoir seulement toucher la femme qu'il aime... Contrairement à Julie ou la nouvelle Héloïse de Rousseau, la raison est absente tout au long du roman. Le narrateur ne peut vivre sans la femme qu'il aime et ne trouvera aucune justification à ce que beaucoup nommeraient une folie. Etre raisonnable, fi donc! Et pourquoi? Si certains verront dans Les souffrances du jeune Werther un roman lacrymal, insensé, une apologie du suicide, personnellement j'y ai vu un magnifique tableau de la souffrance et de l'amour qui m'a énormément touchée...

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 08:05

L05.jpgLa cabane de l'aiguilleur

Robert Charles Wilson

éditions Folio

(1986)

 

Travis Fisher, un adolescent qui vient de perdre sa mère, est recueilli par sa tante Liza Burack et son mari Creath, à Haute Montagne, une petite ville des Etats-Unis. C'est l'époque de la Grande Dépression et la faim et la pauvreté commencent tout doucement à s'installer dans le pays, faisant souffler sur Haute Montagne un vent de panique et de méfiance vis-à-vis des vagabonds et des étrangers. Travis, lui-même considéré d'un sale oeil à cause du passé sulfureux de sa mère, fait d'abord tout pour rentrer dans le rang et plaire à une tante bigote et un oncle mauvais: il travaille à la fabrique de glace locale, sort avec Nancy Wilcox, une jeune fille du coin... Mais il est vite obnubilé par la mystérieuse locataire des Burack, Anna Blaise, dont la beauté et l'aura de mystère lui fait bientôt oublier les convenances. Qui est Anna? Voici une découverte que Travis n'était peut-être pas prêt à faire...

Premier roman de l'auteur de Spin, La cabane de l'aiguilleur est un livre qui semble plein de promesses: une petite ville perdue des Etats-Unis, des habitants un peu bornés, un héros largué et une mystérieuse inconnue... ça commence plutôt bien, même si l'on cherche en vain toute trace de science-fiction et de fantastique. Le style de Wilson est sans faille et il plante son décor de façon  magistrale. Hélas, il est beaucoup moins à l'aise avec des personnages, qui reste tout au long du récit de pâles figurines sans réelle consistance. Impossible de s'attacher à eux, ce qui est d'autant plus ennuyeux que, sans vouloir trop en dévoiler, l'intrigue "surnaturelle" repose plus ou moins sur leurs épaules. le verdict est donc sans appel: l'histoire bien que relativement courte semble s'éterniser  dès les cent premières pages alors que, paradoxalement, un plus long développement aurait rendu la narration peut-être plus intéressante. Ce n'est pas le pire livre de science-fiction que j'ai lu; ce n'est pas mal écrit et l'histoire n'est pas tirée par les cheveux. C'est seulement un peu ennuyeux et je me réjouis d'avoir lu Spin par le passé; je sais ainsi qu'il ne s'agissait que d'un galop d'essai et que, par la suite, Wilson est devenu un grand écrivain...

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