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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 20:16

L03.jpgMort aux cons

Carl Aderhold

éditions Livre de Poche

2007

 

 

Tout commence une chaude soirée d'été quand le narrateur, agacé par la médiocrité des programmes télé et le chat de sa voisine, balance ce dernier par la fenêtre. Loin d'éprouver du remords, il se sent aussitôt le désir d'éliminer les animaux de compagnie, persuadé que la mort de ces derniers permettront à leurs propriétaires de se rapprocher. Mais, devant un premier échec, force lui est de constater que le problème ne vient pas des animaux mais des humains. Le voilà donc lancé dans une série de meurtres au petit bonheur, tuant tous ceux qui l'énervent sans en comprendre vraiment la fin jusqu'au jour où sa raison lui souffle qu'il lui suffit d'éliminer... tous les cons. Mais qu'est-ce qu'un con? Entre le bricoleur paternaliste et le chauffard, le fonctionnaire tyrannique ou l'épouse étouffante, notre héros ne sait bientôt plus où donner de la tête...

Ce livre me laisse je l'avoue profondément perplexe. Certains passages sont très drôles (je pense notamment au moment où le narrateur se débarrasse d'un ami bricoleur pesant ou encore d'un homme politique bavard) mais je n'ai pas vraiment accroché à l'idée. Déjà parce qu'il me semble que la thématique du "con" est loin d'être originale: il est devenu d'usage de s'en moquer à toutes les sauces (Travailler avec des cons, Vivre avec des cons, Les nouveaux cons) et, d'autre part, parce que je peux être moi-même des fois, excusez l'expression, assez conne et que je pense que la majorité d'entre nous l'est également tôt ou tard. L'humour noir me plaît mais pas ce genre d'humour qui consiste à se moquer des autres en ayant le sentiment bien confortable qu'on vaut beaucoup mieux. ça passe pour un court texte, un article, mais par pour un roman. Ainsi Mort aux cons s'enlise assez rapidement, tourne en rond, rythmé uniquement par des portraits de cons plus ou moins réussis et par un catalogue de meurtres plus ou moins imaginatifs. Carl Aderhold a cependant la bonne idée de jouer sur la surrenchère et, par l'exagération volontaire, parvient à nous faire sourire (les DRH qui se succèdent, victimes tour à tour de leur employé) Son ton reste léger et prend beaucoup de distances par rapport à un narrateur qui,  il faut le reconnaître, en tient une sacrée couche et est lui-même peut-être un peu con? Ceci dit il n'en demeure pas moins que certains personnages, très caricaturaux, m'ont mis plutôt mal à l'aise (les cruelles aides-soignantes qui infantilisent la courageuse petite vieille, le contrôleur raciste, les bobos de province...) sans provoquer en moi l'effet exutoire voulu. Pas clair ce que je raconte? Bon, en bref, Mort aux cons est un peu l'équivalent d'un jeu de fléchettes avec pour cible vos ennemis (ici les cons): c'est amusant, ça a pour vocation de défouler et ça lasse au bout d'un moment. Moi ça m'a lassée assez vite.

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 12:03

L02.jpgL'agneau

Christopher Moore

éditions Gallimard

2002

 

 

Tout commence avec l'ange Gabriel, sommé par le Très-Haut d'aller ressusciter à Jérusalem un gars mort il y a plus de deux mille ans. Mais il ne s'agit pas de n'importe qui: il s'agit de Biff (littéralement en anglais, La Beigne, de par sa capacité à recevoir des coups) le meilleur ami du Christ. Dieu trouve en effet que les évangiles sont un peu pauvres et que ce serait bien pour les hommes d'en avoir un autre. Voilà donc Biff coincé dans un hôtel avec pour seule compagnie l'ange Gabriel, amateur de séries télé, et contraint d'écrire sa vie et celle de Jésus, alias Joshua, l'ami avec qui il a partagé toutes les aventures. Et quelles aventures! De Nazareth à la Chine, Biff et Joshua voyagent, Joshua cherchant à déterminer s'il est vraiment le fils de Dieu, Biff l'accompagnant et expérimentant pour son ami tous les péchés que celui-ci ne peut pas commettre mais souhaite comprendre.

Ouvrage déjanté, L'agneau n'a rien d'un pamphlet anti-religieux ou d'un récit satirique. Gentiment anachronique par endroits, humoristique, il se rapprocherait plus à mon sens d'un film comme La vie de Brian des Monty Python (si vous n'avez pas encore vu ce film honte à vous) Il nécessite même une certaine culture religieuse pour apprécier à sa juste valeur le personnage de Jean le Baptiste qui manque de noyer ses fidèles ou Gaspard, le mage bouddhiste qui apprend à Joshua l'art de la sagesse oriental. De même certains épisodes pourraient paraître obscurs à ceux qui n'ont jamais lu le Nouveau Testament. Etant raisonnablement calée dans ce domaine, j'ai pu apprécier je pense à sa juste valeur un livre vraiment très drôle servi par des protagonistes intéressants: Biff, l'indécrottable mais fidèle compagnon, Joshua, naïf et tourmenté, Maggie, passionnée et cynique... sans oublier évidemment l'ange Gabriel dont la bêtise fait beaucoup rire . Le seul point noir de ce livre, c'est qu'il est trop long. Près de 700 pages pour imaginer l'enfance et la jeunesse du Christ,  ça finit par lasser d'autant plus que l'auteur, ne pouvant pas toujours jouer sur la carte de l'humour s'essaie parfois à un registre plus grave (le sacrifice des agneaux à Pâques, la mort de Jean-Baptiste) au demeurant avec succès, mais toujours de façon timide, sans oser vraiment mélanger les genres. C'est dommage car je pense vraiment que le mélange aurait pu marcher, l'auteur ayant un style agréable. Ceci dit j'ai bien ri et pour une lecture du dimanche, L'agneau est tout à fait recommandé...

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 14:36

L02.jpgIntuitions

Rachel Ward

éditions Michel Lafon

2008

 

 

Toute petite, Jem trouvait  très drôle les numéros qu'elle voyait flotter au-dessus de la tête des gens. Jusqu'au jour où elle retrouve sa mère morte, victime d'une overdose, à la date correspondant au numéro qui flottait au-dessus d'elle. Jem comprend alors qu'elle a le pouvoir de voir la mort des gens. Un don ou plutôt une malédiction qu'elle décide alors de taire  et qui fait d'elle par la suite une enfant puis une adolescente à problèmes. Comment se lier d'amitié avec des gens dont elle connaît l'heure de la mort, comment se construire une vie alors que tout autour d'elle lui en rappelle la fin? Jem décide de ne s'attacher à personne et surtout pas à Spider, un garçon de sa classe, un rebelle lui aussi, à qui il reste, selon les numéros, moins d'un mois à vivre. Hélas pour elle, Spider et elle deviennent amis presque malgré elle et les ennuis commencent le jour où, grâce au don de Jem, ils échappent à un attentat à la grande roue de Londres...

Je ne sais pourquoi j'ai longtemps associé Intuitions à Twilight, sans doute à cause de sa couverture kitch et d'un titre français assez similaire à la saga de Meyer qui me fait penser que les traducteurs manquent parfois d'imagination. Ceci dit, Intuitions n'a rien à voir avec Twilight. Les héros, loin des personnages proprets de Bella et Edward, sont des adolescents à problèmes: l'une se promène avec son couteau, l'autre exécute des petits boulots pas toujours très nets, les deux sont pas très glamours et ont de sérieux problèmes avec l'autorité. Le récit ne tourne pas non plus autour d'une romance larmoyante (je t'aime mais oh mon Dieu on va tous mourir surtout toi): si Jem finit par se lier d'amitié puis par tomber amoureuse de Spider (parce que bon ouais Ok, ça reste quand même un livre pour ados, il faut une histoire d'amour) c'est presque par hasard et leur histoire est touchante sans jamais tomber dans la confiture. L'intrigue est intelligente, menée tambour battant, grâce au double compte à rebours: d'une part Jem doit échapper à la police qui les suspecte Spider et elle d'avoir participé à l'attentat et, d'autre part, elle doit trouver le moyen de différer la mort de son ami, sans même savoir quelle en sera la cause. Enfin, sans trop en dire pour ne pas tout dévoiler, ne vous attendez pas à un happy end traditionnel. Intuitions cependant  n'est pas à l'abri des critiques: le style n'est pas terrible (ce n'est pas mauvais mais c'est loin de toucher autant que ça pourrait le faire) et un passage est franchement ridicule, le moment où Jem prend la parole devant une foule pour dire que tous nous allons tous mourir et que c'est pour ça qu'il faut profiter de la vie chaque jour. Ce moment de pur kitch contraste avec une narration plutôt sobre et très sombre, dont la "moralité" quand on y songe est affreuse puisqu'elle implique l'idée d'une destinée toute tracée à laquelle nul ne peut échapper. Un peu glauque non? Ce n'est pas bien grave. Je ne crois pas en l'idée de destin, cela ne m'empêchera pas de lire la suite de Intuitions qui elle s'appelle... Chaos. Misère. On peut faire quelque chose pour les titres par contre?

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 12:43

L08.jpg

Les rêveries du promeneur solitaire

Jean-Jacques Rousseau

éditions Le livre de poche

1782

 

Il est temps de quitter Rousseau avec son ultime oeuvre Les rêveries du promeneur solitaire, plus ou moins considérée comme une suite des Confessions, à la différence que, cette fois, Rousseau ne cherche pas à se justifier, pas plus qu'il ne s'adresse à un quelconque lectorat, persuadé que personne ne sera jamais à même de le comprendre. C'est donc un narrateur détaché, indifférent au monde, qui parle et c'est une écriture qui s'adresse avant tout à son propre auteur. Curieux non? Sous la forme de dix chapitres, dix "promenades" (dont la dernière est probablement inachevée) Rousseau s'interroge sur sa nature et sur celle des hommes, revient sur ses souvenirs et laisse libre cours à sa passion de la botanique et à ses désillusions. Solitaire, il a fait le deuil du monde et semble s'en satisfaire. Pourtant, son discours trahit encore des déceptions mal guéries et une soif de reconnaissance qu'il n'obtiendra jamais de son vivant.

Pour ne rien vous cacher, Les rêveries du promeneur solitaire malgré son titre poétique est un texte qui m'a laissée relativement froide. Je lui ai trouvé les mêmes défauts que Les confessions, des répétitions et ce sempiternel ressassement: Rousseau, l'éternel incompris d'un côté et les "méchants" de l'autre. Les descriptions de la nature sont belles et en plissant un peu les yeux on peut apercevoir dans certaines promenades les balbutiements du courant romantique. Plusieurs chapitres de ce fait m'ont touchées. Mais il manque un élément essentiel aux Rêveries...: cet élément c'est le lecteur. Rousseau dans Les Confessions nous prenait à parti, cherchait à se justifier aux yeux d'une tierce personne et, si son récit était parfois de mauvaise foi, il avait tout du moins l'avantage d'être vivant. Ici, il ne s'adresse plus à personne si ce n'est à lui-même, et tourne à vide dans une écriture belle, poétique, mais, comment vous dire, froide et morte. Plus de passion, si ce n'est par sursauts, plus de colère, seulement de la résignation. Ainsi, j'ai lu Les rêveries du promeneur solitaire avec curiosité, mais sans réelle émotion, admirant ça et là les tournures et le style, mais sans rien ressentir si ce n'est de temps en temps de l'agacement devant ce narrateur qui se laisse enterrer vivant. A bon entendeur... Laissons ce pauvre Jean-Jacques au milieu de ses plantes. Il nous reste encore quant à nous une bonne partie du 18e siècle littéraire à parcourir.

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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 19:00

L01.jpgDroit du sang

(Un monde sans dieux, tome 2)

 Brian Ruckley

éditions Eclipse

2008


 

Dans un hiver glacial qui semble éternel, la guerre fait rage entre les clans de la Route Noire, combattants endurcis et sans peur, et les lignés du vrai sang, des hommes qui ont vécu si longtemps dans le confort qu'ils ont oublié ces ennemis séculaires prêts à tout pour les voir décimés. Osirian, dernier représentant de sa lignée n'a d'autre espoir que de se tourner vers les na'kyrims pour sauver son peuple et faire appel à une magie qui le dépasse, pendant que sa soeur Anyara se retrouve malgré elle mêlée à des embrouilles politiques qui risquent de coûter cher à toutes les lignées du vrai sang... Cependant les guerriers de la Route Noire ne sont pas les plus dangereux; Aeglys, un sang mêlé qui s'est rangé à leurs côtés, est titulaire d'un pouvoir terrifant qui le dépasse et qui pourrait amener les Anaïns, la race légendaire, à s'éveiller de leur sommeil et à plonger le monde dans le chaos...

Oui je sais, c'est de la fantasy et je sais très bien que cette note va intéresser 1% de mes lecteurs potentiels, d'autant plus qu'il s'agit du second volet d'une trilogie. Mais bon, j'insiste, car, tout comme le premier tome Hiver de sang, Droit du sang est un roman passionnant, extrêmement violent aussi et qui sacrifie sans aucune hésitation personnages principaux ou secondaires au service d'une action efficace et d'une intrigue sombre. Le style est soigné, l'auteur excellant tout particulièrement à nous dépeindre cet hiver atroce, glacial, et ce froid qui semble éternel. Ruckley nous épargne également historiettes d'amour peu adaptées à la situation (entre deux décapitations d'ennemis, difficile de conter fleurette  dans la réalité, même si certains auteurs comme Goodkind n'ont aucun scrupule à le faire dans leurs romans) ou attermoiements interminables: les personnages n'en perdent pas pour autant en épaisseur car leurs caractères s'expriment à travers des actions en apparence anodine mais qui les rendent terriblement humains: Anyara qui prend un malin plaisir à provoquer une autre femme, Osirian qui manque de pleurer en voyant une villageoise battre une couverture sur le pas de sa porte...  Alors oui, ça reste de la fantasy, ce qui signifie une carte au début du roman, annexes et chronologie à la fin, de vieilles légendes et des noms à coucher dehors... Le début est chaotique, surtout quand le premier tome n'est plus tout frais dans la mémoire. Mais croyez-moi, en persévérant un peu, Droit du sang est un livre qui vaut vraiment le coup.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:46

L01.jpgLes Confessions

Jean-Jacques Rousseau

éditions Gallimard

1782

 

"Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi, seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu."

 

C'est en 1782, soit quatre ans après la mort de son auteur, que paraissent Les confessions de Jean-Jacques Rousseau. Rousseau avait écrit ses mémoires dans le désir de se justifier auprès de ses contemporains et de faire taire ses ennemis. Entreprise audacieuse puisqu'il se proposait paradoxalement dans ce livre de dévoiler toutes ses fautes, plus ou moins grandes afin de montrer sa bonne foi et de se peindre sous le jour le plus exact possible. C'est ce qu'il annonce clairement dès les premières lignes de son récit, invitant ses lecteurs de la sorte à adhérer à un pacte et à le croire sur parole. Ainsi Rousseau ne cache rien, depuis les peccadilles de son enfance jusqu'à ses "péchés" de l'âge adulte: vol, abandon de ces cinq enfants... Cela ne l'empêche pas cependant paradoxalement à de nombreuses reprises de se définir comme "le meilleur des hommes" et de se plaindre de persécutions, ses bourreaux étant ses anciens amis: Grimm (pas les frères) Hollbach ou encore Diderot...

Il y a des millions de choses à dire sur Les Confessions et, pour tout vous avouer, je ne sais pas par où commencer! Passons rapidement sur l'aspect "scientifique" du livre: les détracteurs de Rousseau ont pointé à de nombreuses reprises les erreurs de dates, les inexactitudes, soulignant ainsi le peu de crédibilité de l'ouvrage. Il faut rappeler que Rousseau était déjà relativement âgé quand il entreprit son livre et qu'il ne s'appuyait que sur des lettres et sa propre mémoire; il est donc à mon sens tout à fait de bonne foi quand il entreprend de dire "toute la vérité". Quant à savoir s'il était vraiment victime d'un complot et de persécutions ou simplement d'une paranoïa aigue... et bien ça nous ne le saurons sans doute jamais. Sans doute un peu des deux probablement. Rappelons seulement que nous avons affaire à un homme qui, toute sa vie, de gré ou de force a été forcé de passer d'un endroit à un autre, genèvois bannis, parisien malvenu, anglais contraint... Il n'en demeure pas moins également qu'il a été persécuté lors de la sortie de son livre Emile ou l'éducation et que certains faits dont il parle sont avérés par les archives. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l'aspect "psychanalytique" des Confessions également: le manque de la mère, morte à la naissance, et dont Rousseau a cherché un substitut tout au long de sa vie, d'abord dans les bras de madame de Warens, sa première maîtresse, puis dans Thérèse Levasseur, sa compagne puis sa femme, que, de son propre aveu, il n'aima jamais d'amour; son goût pour la soumission avec le fameux épisode de "la fessée" (pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode, Rousseau raconte comment, pré-adolescent, il connut ses premiers "émois" à cause d'une fessée) ou encore l'ambivalence d'un caractère tiraillé entre un besoin de solitude et un désir de reconnaissance sociale... Oui, je suppose que d'un point de vue psychanalytique, Les Confessions est également une mine d'or. Mais restons-en au sujet de ce blog et à l'aspect littéraire d'une autobiographie qui se lit comme un roman, d'un narrateur/auteur, qui, tout en présentant son ouvrage comme une "confession" se livre à une véritable plaidoirie. Si Rousseau avoue en effet des "péchés" ce n'est que pour mieux se disculper auprès de ses semblables et se trouver des excuses; la mauvaise foi n'est jamais loin mais elle est servie avec un tel style et sous les apparences d'une si grande sincérité que le lecteur ne sait que croire. Coupable ou victime? Nous lisons près de 800 pages de l'histoire d'un homme qui prétend se livrer sans réserve et qui malgré tout reste un mystère. D'un homme qui a écrit sans doute l'une des plus belles histoires d'amour de son siècle et qui, malgré tout, a prétendu être resté presque totalement étranger à ce genre de sentiments; d'un homme qui a écrit un traité d'éducation et qui reconnaît avoir abandonné ses cinq enfants, s'avouant de la sorte incapable d'appliquer lui-même ses écrits; d'un homme qui a réussi à se faire des ennemis de presque tous ses amis, qui s'est montré malhonnête à de nombreuses reprises, et qui pourtant ne semble animé que de belles intentions et d'un désir d'amour inextinguible. En fait, au final, Rousseau demeure pour nous une énigme. Seule sa passion pour la nature et la musique apparaissent comme une constance dans un homme qui, malgré ses dénégations, apparaît comme le plus  bel exemple de la duplicité humaine....

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 08:35

L01.jpgAlex

Pierre Lemaître

éditions Albin Michel

2011

 

 

ça commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus banal: Alex, jeune femme d'une trentaine d'années apparemment sans histoires, est enlevée un soir sur le chemin de son appartement. Signalée par un témoin de la scène, l'affaire est aussitôt prise en charge par Camille Verhoeven, le héros de Travail soigné. Mais l'enlèvement prend bientôt un tour inattendu: en effet, si le ravisseur est très vite identifié et que ses mobiles ne tardent pas à être percés à jour, la victime demeure anonyme, une jeune femme que personne ne connaît et dont l'identité et la véritable personnalité sont un mystère...

Le dernier roman de Pierre Lemaître confirme encore une fois mon goût pour cet auteur talentueux, maître dans l'art du petit détail qui tue et de la création de personnages troubles. Camille Verhoeven n'est pas, sans mauvais jeux de mots un grand détective comme notre génial Adamsberg, héros de Fred Vargas, ni même particulièrement doué: c'est juste un bon policier doté d'un mauvais caractère et d'une petite taille. Seule son histoire personnelle le rend attachant aux yeux du lecteur. Quant à Alex, le personnage éponyme, si elle s'attire d'emblée notre sympathie par son courage lors de son enlèvement, sa personnalité complexe et mystérieuse ne tarde pas à susciter l'inquiétude suivie d'un mélange d'attirance et de répulsion lorsque le lecteur comprend qui elle est vraiment. Bourreau ou victime? A nous de décider. Ceci dit, la plus grande force du roman de Lemaître réside, non pas dans l'intrigue, au demeurant assez "classique" si j'ose dire, mais dans la construction de cette intrigue en trois parties, avec à chaque fois, un rebondissement qui clôt plus ou moins l'histoire tout en la faisant partir dans une autre direction...C'est un choix audacieux, même risqué, car Lemaître par exemple ne fait pas une troisième partie aussi intense que les deux premières, contrairement à ses petits camarades et s'expose de la sorte à une lassitude de son lectorat. Choix payant cependant car on reste scotché tout du long malgré tout devant l'histoire de la jolie Alex  qui demeure pratiquement jusqu'au bout un mystère...

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 15:39

L04.jpgEt les hommes sont venus

Chris Cleave

éditions Nil

(2008)

 

Petite Abeille, adolescente nigériane échappée d'un centre pour réfugiés, débarque un jour à Londres chez Sarah,  une journaliste qu'elle a rencontré deux ans auparavant sur une plage dans son pays dans des circonstances plus que douloureuses. A priori, rien de commun entre la jeune réfugiée meurtrie par une vie sans avenir et la jeune mère trentenaire, insatisfaite d'une existence qui lui semble vide. Pourtant, les deux femmes sont liées par un secret, un passé que tour à tour elles s'emploient à raconter...

Et les hommes sont venus a été une très belle surprise pour moi, un service de presse oublié que j'ai exhumé par hasard de ma pile à lire et que j'ai dévoré en à peine deux jours. Ce roman, alternant la voix de Petite Abeille et celle de Sarah est remarquablement construit, l'auteur ménageant un certain suspens tout au long de l'histoire. Et quelle histoire! Chris Cleave nous fait un récit émouvant, rendu plus poignant par la narration des deux héroïnes, sans pour autant tomber dans la mièvrerie ((à part peut-être sur la fin). Certaines scènes narrées par Petite Abeille sont difficiles, l'une d'elle est même insoutenable et pourtant je ne pense pas être d'une nature trop sensible. Le style est impeccable et les personnages sont attachants, d'autant plus qu'ils sont loin d'être manichéens; Sarah est une épouse adultère (qui l'assume parfaitement d'ailleurs) et Petite Abeille est prête à tout pour sa survie. En bref, Et les hommes sont venus est une belle découverte qui me donne bien envie de me lancer dans les autres romans de Cleave...

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 13:56

L01.jpgEvelyna

Fanny Burney

éditions José Corti

1778

 

 

Evelina est une jolie jeune fille qui a eu la malchance de ne pas être reconnue par son père, un noble anglais qui a nié son mariage avec sa mère avant sa naissance. Quasiment orpheline de ce fait, Evelina est élevée par le révérend Villars, un homme d'une grande droiture qui l'aime comme sa fille et projette de l'établir à la campagne, loin de l'agitation de la ville. Mais le destin en décide autrement: pressée par ses amis, Evelina accompagne ces derniers à Londres et fait ses premiers pas dans la bonne société. Modeste mais naïve, elle commet quelques impairs et attire l'attention du séduisant lord Orville et du redoutable Clément Willoughby. Surtout, elle fait la connaissance de sa grand-mère maternelle, la terrifiante madame Duval, une femme rustre et sans éducation qui entend bien diriger sa petite-fille et la rétablir au rang qu'elle mérite...

Ecrit sous la forme d'un roman épistolaire (surprenant pour un récit du 18ème siècle n'est-il pas?), Evelina a des défauts assez similaires aux romans de Richardson: la description d'une société policée, lisse, et des personnages qui ne sortent pas de leur cadre: les nobles sont nobles, les jeunes filles se doivent d'être douces et réservées et il n'existe pas, comme le souligne Les 1001 Livres... de "malpropreté urbaine" dans Evelina qui, en aucun cas, ne se présente comme comme une critique de l'ordre établi. En revanche, l'approche de la société londonnienne est intéressante car le récit est fait par Evelina. Or, l'héroïne pour le coup est loin d'être aussi fade que la Paméla de Richardson par exemple: elle est bien éduquée certes, a le sens des convenances, mais, inexpérimentée, est un peu perdue dans une société où le moindre faux pas est remarqué et critiqué. Son premier bal par exemple, au cours duquel elle accumule les maladresses, est un moment très drôle tout comme sa naïveté et sa tendance à faire confiance au premier inconnu qui passe et qui la conduit immanquablement à des situations embarrassantes ou dangereuses. Sa façon même de tomber doucement amoureuse de lord Orville, innocemment, est rafraîchissante. Les autres personnages sont également bien croqués: le capitaires Mirvan, un homme grossier et toujours prêt à des plaisanteries douteuses pas très loin des personnages de Smollet ou de Fielding, madame Duval, une femme vulgaire et commune qui se pique de distinction, le dangereux Willoughby, la dolente et coquette lady Louisa... Curieusement, ce sont les deux modèles masculins du livre, le révérend Villars et lord Orville, qui attirent le moins la sympathie, tous deux presque trop parfaits (surtout le révérend, lord Orville ayant l'"avantage" d'être amoureux, donc pas forcément toujours très rationnel) pour un lecteur (ou une lectrice) qui, aujourd'hui, n'a pas forcément la même idée de la perfection qu'au 18e siècle. Ecrit par une femme de près de trente ans, Evelina est une comédie de moeurs et un intéressant roman psychologique qui laisse parfois passer par endroits une certaine ironie et un comique discret. Si c'est regrettable que Fanny Burney n'ait pu laisser libre cours à toute sa verve, sans doute elle-même entravée par sa propre éducation, son roman demeure néanmoins un agréable récit qui ravira tous les amateurs de Jane Austen, son héritière littéraire directe.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 13:03

 

L10Nuigrave

Lorris Murail

éditions Robert Laffont

2009


 

Je ne suis pas vraiment une fan de SF et je sais désormais que je ne suis pas fan non plus de l'auteur Lorris Murail, le frère de la célèbre romancière pour enfants, Marie-Aude Murail. Nuigrave raconte l'histoire de Arthur Blond, professeur affecté également à l'Office Européen de la Restitution Patrimoniale (OERP) et qui, à cause de son ex Sidonie, brillante scientifique, se retrouve involontairement mêlé au trafic d'une plante, la coarcine. Le chemin d'Arthur est bientôt jonché de cadavres et notre héros, cerné par les terroristes et des enjeux géopolitiques dont il ignore les tenants et les aboutissants se retrouve contraint de reprendre les travaux de Sidonie et de protéger une drogue très dangereuse...

Que vous dire? Je n'ai pas vraiment compris ce livre qui m'a, au demeurant, profondément ennuyée. L'auteur semble lui-même avoir été sous acide quand il a écrit Nuigrave et j'ai eu beau me concentrer sur l'intrigue, celle-ci m'a échappée dès le cinquième chapitre tout comme les considérations sur le patrimoine ou la géopolitique. Monologues ou dialogues incompréhensibles, personnage inintéressant, longueurs... Nuigrave est peut-être pour les amateurs du genre un chef-d'oeuvre. Tant mieux pour eux. Mais, en ce qui me concerne, ce n'est absolument pas une lecture de vacances...

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