Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 10:35

L06.jpgTout, tout de suite

Morgan Sportès

éditions Fayard

2011

 

On continue dans la rentrée littéraire avec un ouvrage qui n'a rien de franchement mignon. "Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie: celle de nos sociétés saisies par la barbarie." Voici ce que vous lisez sur la quatrième de couverture du nouveau livre de Morgan Sportès Tout, tout de suite qui réinterprète à sa sauce l'affaire du "Gang des Barbares". En 2006, un jeune juif est retrouvé mourant près d'une voie ferrée après trois semaines de séquestration et de tortures. Il décédera dans l'ambulance. Plus d'une vingtaine de personnes ont été impliquées dans cette affaire à des degrés divers, de toutes confessions et de toutes origines. Si le motif de l'enlèvement du jeune homme était clairement crapuleux (le jeune homme aurait été enlevé parce qu'il était juif, donc forcément riche logique d'ailleurs pour le moins stupide) les motivations antisémites ont été clairement soulevées sans pour autant être établies. Crime crapuleux, crime haineux? Morgan Sportès s'empare des faits et se livre à ses propres interprétations en reconstituant à sa manière toute l'histoire. La démarche peut paraître un peu gênante dans la mesure où l'auteur dénonce des gens qui ont perdu toute notion entre réel et irréel et agissent comme s'ils étaient dans un film. Zelda, "l'appât", se prend pour une vedette, les ravisseurs cherchent un moment du "faux sang" pour faire comme s'ils avaient battu Elie, la victime, histoire de ne pas le battre pour de vrai...Or, que fait Sportès sinon en faire des personnages, travestir leurs noms et passer tout au filtre de l'écriture? Ce point me chiffonne.

Ceci dit, sorti de ça, je me dois de saluer une performance littéraire remarquable. Loin d'adopter un manichéisme bon teint, Morgan Sportès se livre à une réelle autopsie des faits et des personnages en s'interdisant lui-même tout jugement de valeur. Les faits sont assez horribles et parlent d'eux-même à quoi bon en rajouter? Les réflexions "morales" sont celles des propres acteurs du drame sous forme de citations ou de comptes-rendus de procès, elles sont très rarement celles du narrateur. Sportès reste dans le "concret": âge et confession des différents protagonistes, caractéristiques physiques, habitudes de vie, énoncé des faits... Le résultat est glaçant car au final le lecteur est placé dans le rôle du juge: "voilà comment ça s'est passé, semble dire l'auteur, voilà ce que ces gens ont fait, à vous de décider s'ils étaient coupables ou non et à quel degré." Au demeurant, nous voilà confrontés à une histoire qui donne la nausée; des gens qui en toute bonne foi, pas forcément très méchants d'ailleurs, décident sans aucun scrupule, sans même paraître réaliser la gravité de leur geste, d'enlever et de torturer un jeune homme qui ne leur avait rien fait, tout ça pour de l'argent. Et pourquoi pas après tout? Il y a bien des émissions de télé-réalité où l'on voit des gens prêts à tout pour le même objectif. Je serais bien en peine de déterminer si l'affaire du Gang des Barbares relève de l'antisémitisme; en revanche, je suis pleinement d'accord avec le terme de barbares.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 10:52

L05.jpgLa délicatesse

David Foenkinos

éditions Gallimard

2009

 

 

Nathalie rencontre François un jour par hasard dans la rue. François, troublé, l'accoste et l'invite à boire un verre. Nathalie accepte. Ils tombent amoureux l'un de l'autre, s'installent ensemble et finissent par se marier. Un bonheur sans nuages troublé sept ans plus tard par la mort brutale de François, écrasé alors qu'il faisait son jogging. Restée seule, Nathalie s'enfonce dans sa mélancolie, repousse les avances de Charles et des hommes en général jusqu'au jour où, prise d'une impulsion subite, elle embrasse Markus son collègue...

Me voilà bien ennuyée car je n'ai pas grand-chose à vous dire sur ce livre, couronné comme l'annonce pompeusement la couverture de "dix prix littéraires". Pour dire les choses franchement, je n'ai vu dans La délicatesse qu'une bluette sans grand intérêt. L'écriture est tout à fait convenable et j'ai trouvé plutôt original cette façon de décrire sans y toucher, avec la plus grand délicatesse justement, des situations qui n'ont pour moi absolument rien de délicates: l'amour, la mort, la jalousie... Le narrateur prend une extrême distance avec ses personnages qui restent dès lors très éthérés. Il est difficile de ressentir la moindre empathie pour eux: la mort de François ne suscite aucune émotion tout comme le chagrin de Nathalie. Tout reste très virtuel et c'est là qu'est le hic. Personnellement j'ai trouvé le personnage de Nathalie insupportable, sorte d'être irréel source de fascination pour les hommes mais sans la moindre profondeur, un être qui se laisse porter par le courant sans le moindre sursaut ni la moindre rébellion. Tout ce qu'elle fait c'est se laisser séduire tout au long du récit par l'un ou l'autre de ses prétendants. Markus et Charles (je ne parle pas de François qui, pour moi n'a d'autre intérêt que d'être un élément déclencheur) sont plus intéressants dans la mesure où ils savent se rebeller contre un destin qui ne leur convient pas, que ce soit peine perdue (Charles) ou au contraire couronnée de succès (Markus). A part ça, La délicatesse reste un roman poli, conventionnel, qui loin de déranger le lecteur, l'installe dans un séduisant matelas d'ouate où tout est aseptisé, même les sentiments les plus violents, un roman où l'amour coupable et démesuré est vite remis à sa place (le pauvre Charles, pour n'avoir pas su plaire à Nathalie, est exclu de la délicatesse) et où les amoureux courent nus à l'aube dans un jardin (bon j'exagère un peu, mais grosso modo c'est sur cette scène ridicule que s'achève La délicatesse) C'est gentillet, c'est sucré. Et à coup sûr, dans six mois j'aurais tout oublié d'un roman sentimental qui pour moi vaut à peine mieux que celui d'un Marc Levy.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 10:33

L01.jpgInstinct 2

Vincent Villeminot

éditions Nathan

2011

 

Il y a quelque temps je vous parlais d'Instinct, le premier volet d'une trilogie fantastique pour la jeunesse, roman qui m'avait par ailleurs beaucoup plu. Aujourd'hui, ça y, est la suite est enfin arrivée!

Après avoir survécu à l'attaque des "Chasseurs", Tim, Flora et Shariff, nos héros, ont de nouveau trouvé refuge auprès du professeur McIntyre à l'Institut de Lycanthropie. Malheureusement, cet asile devient très vite temporaire: suite aux événements récents, l'Institut est déchiré entre deux camps, ceux qui veulent apprendre à domestiquer leur nature animale et les autres, ceux qui veulent au contraire l'assumer et aller jusqu'au bout de leur instinct, aussi meurtrier soit-il. Le professeur McIntyre soupçonne un complot et une aide extérieure: il part affronter l'ennemi mais ne revient pas. Tim, Flora et Shariff, devenus indésirables au sein de l'Institut, décident alors de voler à son secours...

Si Instinct 2 me plaît légèrement moins que le premier (l'effet de surprise a disparu), je me dois de saluer un véritable travail d'écriture. En effet, alors que toute la première partie du récit pourrait être concentrée sur l'histoire d'amour compliquée entre les héros Tim et Flora et leurs "Je t'aime moi non plus", l'auteur prend le parti de l'orienter uniquement sur le conflit entre les membres de l'Intitut et sur la relation Sharif/fMcIntyre, faisant de la bluette sentimentale un élément secondaire. Stratégie risquée pour un roman adolescent, mais payante au demeurant, et assez réaliste: qu'est-ce qui est le plus important au final, une guerre interne ou Flora qui boude parce que Tim ne sait pas exprimer ses sentiments? Je vous rassure ceci dit, les parties suivantes leur sont de nouveau consacrées, mais c'est parce qu'elles mettent les personnages en action. Vous l'avez compris, Vincent Villeminot n'est pas un adepte des romans psychologiques, préférant à l'analyse des sentiments une intrigue menée tambour battant et des scènes d'action parfois un peu hachées, mais percutantes et qui font que le lecteur, une fois lancé, peine à lâcher le livre avant de l'avoir fini. J'apprécie. J'apprécie également le choix d'écarter Tim, le héros inconstesté du premier volume, et d'en faire un personnage un peu largué dont les interventions ne sont pas déterminantes. Tim tout au long d'Instinct 2 se cherche, prend de mauvaises décisions, et laisse la part belle à ses coéquipiers, la jolie Flora et surtout, notre stratège Shariff, le jeune garçon homard. Jolie façon de montrer que les prédateurs ne sont pas les plus efficaces et que les faibles peuvent tirer leur épingle du jeu! Si j'ai été un peu lassée par les trop nombreuses citations de Sun Tzu et autres stratèges (je ferai un mauvais général je le crains) je reste quand même sous le charme de Instinct 2 et je serai sur les rang quand sortira le troisième volume, prévu au printemps 2012...

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:15

L06.jpgLes 120 jours de Sodome

Marquis de Sade

10/18

(1785)

 

Il existe peu de livres dont je ne sois pas venue à bout. Celui dont je vais vous parler aujourd'hui fait partie de ceux que j'ai failli abandonner en cours de route. Mais, cette fois, ce n'était pas par ennui; c'était par dégoût. Vous êtes prêts? l'écrivain du jour est le marquis de Sade.

C'est en 1785, alors emprisonné à la Bastille par sa famille pour des raisons qui n'avaient franchement rien de politique, que Sade entreprit la rédaction des 120 jours de Sodome. L'histoire se passe sous le règne de Louis XV: quatre libertins fortunés décident de se retirer dans un château coupé du monde avec leurs épouses, des petites filles et des petits garçons, des vieilles et des hommes sélectionnés pour leur anatomie avantageuse (j'essaie de tourner ça de façon élégante vous noterez) Là pendant 120 jours, les libertins mettent tout en commun et se livrent à des orgies sexuelles soigneusement réglementées: règles strictes au moment des soupers, roulement des épouses et des vieilles, dépucelage plannifié des petits garçons et des petites filles... Personne ne peut se soulager sans la permission des maîtres des lieux. Chaque soir, une "historienne" (une vieille maquerelle) conte à l'assemblée des pratiques sexuelles qu'elle a pu observer et que bien souvent nos libertins s'empressent de mettre immédiatement en pratique eux-mêmes. La première historienne pendant un mois se cantonne aux "150 passions simples" (des pratiques peu ragoûtantes mais au demeurant peu méchantes), la seconde le deuxième mois,  enchaîne sur les "150 passions doubles ou de seconde classe" (des pratiques déjà plus élaborées), la troisième est assignée aux "passions criminelles" (pratiques sexuelles souvent accompagnées de tortures) et la dernière termine par les "passions meurtrières"(pratiques qui débouchent sur la mort du cobaye) Lors de cette dernière phase, les libertins mettent eux-même en application ces pratiques en tuant la plupart de leurs compagnons. A la fin de l'aventure, sur les 46 personnes parties au château, seuls 16 reviendront à Paris.

C'est arithmétique, c'est glacial et c'est affreux. Pas la peine de m'accuser de pudibonderie, je ne vois sincèrement pas, à moins d'être un grand malade, quelle jouissance on peut ressentir en lisant des récits de tortures, d'incestes, de pédophilies, de zoophilies et de meurtres. Si Sade a donné son nom à l'adjectif "sadique", je comprends maintenant pleinement pourquoi. La première partie, la seule entièrement rédigée, les autres parties n'étant présentées que sous forme de plans, n'est pas la pire. Plus ennuyeuse qu'autre chose, elle présente surtout des jouissances sexuelles accompagnées de coprophagie (ah oui, c'est un thème réccurent dans Les 120 jours de Sodome) et si je vous déconseille sa lecture au matin après votre petit-déjeuner (j'ai testé pour vous) , elle n'a rien de très choquant. Les trois autres parties sont beaucoup plus difficiles et il y a quelque chose de profondément affreux dans cette narration mécanique et cette accumulation d'horreurs déversées froidement par un narrateur qui s'adresse parfois à lui-même en s'exhortant à ne rien oublier. C'est surtout là que réside l'intérêt du récit, dans ce style dépourvu de chaleur et de vie, qui peut peindre des personnages plein de bonté et de douceur et les faire périr l'instant d'après dans la plus parfaite indifférence, dans cet auteur qui renie Dieu comme un enfant qui pique une crise de colère en espérant de la sorte attirer l'attention. Mais le marquis de Sade ne se contente pas de mettre à bas la religion, il nie également toute idée de bonté ou de vertu. Pourquoi se fatiguer à être bienveillant envers les autres alors qu'il est si simple d'être mauvais? Pourquoi se préoccuper du bonheur d'autrui? Dans Les 120 jours de Sodome, les bons périssent, les mauvais survivent. La justice n'existe pas et c'est peut-être ça qui est le plus affreux. Je suis venue à bout du livre, je parviendrais sans doute à lire Justine mais qu'on ne s'attende pas à ce que je crie au génie devant un homme de toute évidence profondément perturbé et qui a surtout montré qu'en matière d'horreurs, l'imagination humaine n'avait pas de limites...

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 19:03

L02.jpgDésolations

David Vann

éditions Gallmeister

(2011)

 

 

Il n'y a pas grand-chose à dire sur Gary et Irene. Ils ont vécu presque toute leur vie dans un petit coin de l'Alaska, ils ont élevé deux enfants, Mark et Rhoda et, aujourd'hui, retraités tous les deux, leur vie leur apparaît comme un échec. Elle, traumatisée par le suicide de sa mère, est persuadée que son époux l'a isolée de tous ses amis pour mieux l'abandonner par la suite, lui a le sentiment que sa femme l'a empêchée de devenir quelqu'un d'important et l'a condamnée à une vie étriquée. Désireux de trouver un sens à une existence vide, Gary décide de construire une cabane sur une île perdue, à l'image des pionniers d'autrefois. Irene l'aide malgré une migraine atroce qui ne la lâche pas, résolue à sauver un mariage qui prend l'eau de toutes parts. Leur fille Rhoda les observe, impuissante, rêvant pour elle-même d'un belle romance et d'un beau mariage, mais elle est engagée dans une sage relation avec Jim, un dentiste insipide, qui n'éprouve pour elle que de vagues sentiments tiédasses et qui ne semble guère disposée à lui demander sa main.

Soyez contents tous ceux qui m'accusent de ne lire que des romans d'amour, car aujourd'hui nous parlons d'un livre où personne ne s'aime. David Vann, l'auteur de Sukkwan Island (livre que je vous invite vivement à lire et dont vous trouverez la critique sur ce blog) met en scène des personnages foncièrement égocentriques et égoïstes qui, en dépit de leurs liens familiaux, ne semblent absolument pas se soucier les uns des autres et préfèrent s'apitoyer sur leur propre sort. Irene toute à ses migraines, aimerait que Gary s'occupe d'elle, Gary tout à sa cabane, aimerait que Irene l'aide à réaliser son rêve, Rhoda aimerait que Jim l'épouse, Jim aimerait vivre plusieurs relations sentimentales... En bref, chacun accuse mutuellement l'autre de gâcher sa vie sans jamais se remettre en question. Les personnages sont amers, durs, collant bien au décor du livre, le fin fond de l'Alaska, un décor plein de glace et de froid. En un mot, c'est glauque et il vous faudra un sacré moral pour résister à la lecture d'un roman qui décapite joyeusement toute notion de bienveillance ou de chaleur. Ceci dit, c'est très bien écrit. En revanche, j'ai moins apprécié Désolations que Sukkwann Island; contrairement au livre précédent de Vann, Désolations est beaucoup plus lent et, si le lecteur sent gros comme une maison la future tragédie (car nous savons que ce genre de romans ne finit jamais bien) il attend tellement qu'il peut finir par s'impatienter! Ceci dit, sans crier au chef-d'oeuvre, Désolations reste un récit de qualité: j'avoue avoir été touchée par le personnage de Rhoda, la seule qui, malgré sa vision étriquée, s'efforce de comprendre les siens et dont l'amour pour eux semble sincère. C'est un peu la seule touche de couleur dans un univers très sombre qui ne laisse guère de place à l'espoir. Que voulez-vous, l'hiver est bientôt là maintenant...

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 16:07

L02.jpgIntuitions

t.2 Chaos

Rachel Ward

éditions Michel Lafon

2010

 

 

De nouveau, j'invite tous les lecteurs désireux de commencer la trilogie de Rachel Ward, Intuitions, à sauter cet article, car nous allons parler aujourd'hui du deuxième volet de la saga, Chaos.

Angleterre, 2026. Adam, fils de Jem, l'héroïne de Intuitions t.1, a, hérité de sa mère le pouvoir de voir flotter au-dessus de la tête des gens qu'ils croisent la date de leur mort. Un don que, contrairement à sa mère, il s'efforce de rationnaliser, en notant ces dates et en amassant un maximum d'informations sur les personnes à qui correspondent les numéros. Mais bientôt la panique le saisit. Fraîchement débarqué à Londres avec son arrière-grand-mère, il ne tarde pas à se rendre compte que les mêmes chiffres apparaissent au-dessus de la tête de presque tous les habitants: 1er janvier 2027. Que va-t-il se passer ce jour-là?  Et peut-il seulement faire quelque chose? Son chemin croise alors celui de Sarah, une jeune fille plus ou moins médium qui l'a vu plusieurs fois dans ses rêves et qui, comme lui, a le sentiment que quelque chose de terrible va se produire. Ensemble, ils s'efforcent d'empêcher une catastrophe dont ils ne connaissent même pas la nature.

Bon, l'effet de nouveauté est passé et Chaos n'est pas aussi intéressant que le premier volet de la trilogie. La seule petite originalité, c'est le récit alterné, laissant à tour de rôle Adam et Sarah maître de la narration. Sinon, on retombe dans le même schéma que dans Intuitions: une tragédie personnelle (Sarah a vu que Adam allait faire du mal à son bébé), une tragédie collective (une mini-apocalypse) et une histoire d'amour un peu bancale. C'est un peu décevant dans la mesure où l'auteur, construisant toute son action autour des événéments du 1er janvier 2027, expédie sa dernière partie, de toute évidence plus à l'aise dans le récit intimiste que dans le scénario catastrophe. Il lui manque également la force d'écriture nécessaire à la création d'un monde futuriste. Chaos se distingue surtout par des personnages attachants (Sarah est une protagoniste particulièrement intéressante) et une intrigue habilement menée. Ceci dit, ça reste pour le coup un roman pour ados sans vraiment de profondeur, destiné à des lectrices désireuses de connaître la suite des aventures de Jem et qui ne m'inspire pas vraiment de réflexions passionnées si ce n'est qu'il faudrait vraiment que je lise des choses plus gaies.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 12:11

L06.jpgRien ne s'oppose à la nuit

Delphine de Vigan

éditions JC Lattès

2011

 

 

Première lecture "officielle" de la rentrée littéraire, le livre de Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, m'a posée un grave cas de conscience (enfin bon, grave, faut pas exagérer non plus). L'auteur dans ce roman a en effet pour ambition de "raconter sa mère", Lucile, qui s'est suicidée il y a quelques années. Elle revient sur l'enfance de cette dernière, issue d'une famille nombreuse pleine de chaleur mais aussi de zones sombres (Lucille aurait été violée par son père) ainsi que sur sa propre enfance, marquée par cette mère fantasque, souffrant de graves problèmes psychiatriques et qui a été internée à de nombreuses reprises. Inutile de vous cacher que c'est lacrymal. Inutile de vous dire aussi que ce roman est loué par tous; c'est tellement vrai. La question est la suivante: un roman est-il fait pour être vrai?

Je m'explique: imaginons un instant que ce livre soit une fiction, que Lucile n'ait jamais existé, qu'il s'agisse d'un personnage tous comme les autres personnes citées dans le texte. Qu'avons-nous alors? Nous avons un récit qui fleure bon le déjà-vu (mal-être, inceste, apologie du suicide parce que de toute évidence la vieillesse est le mal absolu) et un personnage principal qui n'est pas attachant pour un sou: Lucile nous est présentée comme une jeune fille arrogante et fainéante, pas très brillante, dont la vie manque singulièrement de cachet, qui se marie à peine sortie de l'adolescence et qui passe ensuite son temps entre médicaments et délires. C'est une soeur et une mère indigne. La première partie du livre est presque plus intéressante parce que nous avons deux personnages qui se détachent nettement, le grand-père et la grand-mère de la narratrice, Liam et Georges, dont la description en demi-teinte est très bien rendue par l'auteur. Mais la seconde partie, axée essentiellement sur l'enfance de la narratrice, est larmoyante, pleine de longueurs et offre au final peu de rebondissements...

Et là vous me direz stop. Et vous me direz que c'est dégueulasse de dire ça. Lucile n'est pas un personnage. C'était une femme qui il n'y a pas si longtemps vivait encore parmi nous. Tout comme trouver Georges plus intéressant que sa fille est affreux dans la mesure où il a sûrement violé cette dernière ou encore railler la douleur d'un auteur qui a sans doute sorti ses tripes pour écrire ce livre. Je sais tout ça mais alors pourquoi Rien ne s'oppose à la nuit est-il considéré comme un roman? Pourquoi ne pas l'avoir mis en documentaire? J'ai horreur d'être prise en otage et là, c'est exactement ce que fait Delphine de Vigan qui sous prétexte d'"écrire sa mère" nous prend émotionnellement au piège: elle impose son "je" pratiquement tout du long, s'interroge sans cesse sur ses sentiments, et étale sa souffrance sans la mise en scène minimum qu'exige un roman. A ce compte-là, pourquoi tout le monde ne publie-t-il pas son journal intime? Nous savons tous que l'écriture d'un livre est presque toujours plus ou moins inspirée de l'expérience personnelle d'un auteur. Cet auteur cependant n'a pas à nous balancer cette expérience à la tête histoire d'attirer notre sympathie, chose que manifestement bon nombre d'auteurs français nombrilistes n'ont toujours pas compris. Je suis pour un certain recul dans la littérature ou alors il faut faire carrément comme Rousseau et ses Confessions et compenser ce manque de pudeur par une mauvaise foi absolue et un style impeccable. Delphine de Vigan ne possède ni l'une (elle essaie au contraire de demeurer la plus objective possible sur sa mère, interrogeant presque tous ses proches) ni l'autre. Donc j'ose ici l'avouer haut et fort: non, je n'ai pas aimé le roman Rien ne s'oppose à la nuit. Prenez-moi pour un monstre si ça vous chante mais si vous-même vous avez aimé, demandez-vous si c'est vraiment la qualité de l'écriture ou l'intrigue qui est en cause ou uniquement votre empathie pour une femme endeuillée...

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 20:23

L01.jpgLes liaisons dangereuses

Choderlos de Laclos

éditions le Livre de Poche

1782

 

 

Bon, je suis d'humeur un peu cafardeuse ce soir et donc tout à fait dans le ton pour vous parler des Liaisons dangereuses de Laclos, notre étape incontournable des 1001 livres... Je pense que vous avez dû tous entendre parler des Liaisons dangereuses à défaut d'avoir lu le livre, et peut-être même avez-vous vous aussi succombé au charme ténébreux du beau John Malkovich dans l'adaptation cinématographique (si comme moi vous ne vous souveniez absolument pas de la présence du fadasse Keanu Reeves, c'est que décidément vous avez très bon goût) Mais, pour ceux qui ont zappé tout ça et qui n'ont jamais ouvert cette lecture de lycée, petit résumé rapide:

La marquise de Merteuil, veuve, est une fausse dévote qui, tout en feignant la vertu, enchaîne les aventures et les infidélités, papillonnant gaiement dans un monde dont elle connaît toutes les faiblesses et les hypocrisies. Elle correspond avec le vicomte de Valmont, un libertin tout comme elle dont la réputation est entachée et qui à vrai dire s'en soucie peu. Notre héroïne, pour se venger d'un amant passé, demande à Valmont de séduire la fiancée de ce dernier, Cécile de Volanges, jeune grue sortie tout droit du couvent. Mais Valmont se soucie peu d'une proie si facile et s'est mis en tête de séduire la présidente de Tourvel, une femme pieuse dont la vertu est jugée imprenable par tous...

Roman épistolaire (quelle surprise pour le 18ème siècle n'est-ce pas?), Les liaisons dangereuses est un portrait glaçant de la société noble du 18e siècle avec son lot de mensonges et de froufrous, de ragots et de liaisons plus ou moins recommandables. Là où Richardson mettait en scène dans Clarisse, un homme vil, Lovelace, et le présentait comme une exception, Laclos fait de Merteuil et de Valmont des personnages ordinaires, conséquences d'un monde qui envoie les jeunes filles dans des couvents avant de les jeter dans des mariages mal assortis, uniquement motivés par l'argent, conséquences d'un monde qui juge sur les apparences et la réputation. Comment ne peut-on pas être tenté de jouer dans une société où la sincérité n'a de toute manière pas sa place? Cécile de Volange est punie par sa mère pour avoir succombé à un amour bien innocent pour le tout aussi jeune et tout aussi benêt Danceny; madame de Tourvel, aimant sincérement Valmont, est cruellement récompensée par cet amour. Valmont et Merteuil s'amusent, tirent les ficelles et parodient les sentiments. Ils s'affrontent aussi parfois, chacun étant persuadé d'être le meilleur. Merteuil, plus subtile, est sans doute la plus rouée, étant  obligée de cacher son rôle véritable alors que Valmont, de par sa condition d'homme, peut parfaitement l'assumer. De plus, elle ne succombe pas à la tentation de l'amour, à la différence de Valmont dont les sentiments pour madame de Tourvel revêtent une certaine ambiguité... Les liaisons dangeureuses est un livre cynique dans la mesure où les "méchants" ne sont démasqués que par hasard (Merteuil fait tuer Valmont, Valmont dénonce Merteuil) et dans la mesure où, si ces derniers sont punis, les "gentils"(qui ne le sont pas vraiment d'ailleurs,)  ne sont pas plus heureux pour autant: Cécile s'enferme dans un couvent, la présidente meurt, Danceny s'exile, coupables uniquement d'avoir ouvert leurs coeurs à la mauvaise personne et de s'être laissés corrompre... Le style d'écriture des Liaisons dangereuses, impeccable, a une esthétique qui paradoxalement peut paraître assez froide pour décrire des relations amoureuses et libertines; mais les lettres détachées et à double sens de Valmont et de Merteuil, à des kilomètres du style flamboyant et douloureux de La nouvelle Héloïse, mettent d'autant plus en avant le factice d'une société décadente et contrastent avec les lettres passionnées de madame de Tourvel ou le style enfantin de Cécile... Vous avez compris: c'est donc un classique à (re) découvrir!

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 20:16

L03.jpgMort aux cons

Carl Aderhold

éditions Livre de Poche

2007

 

 

Tout commence une chaude soirée d'été quand le narrateur, agacé par la médiocrité des programmes télé et le chat de sa voisine, balance ce dernier par la fenêtre. Loin d'éprouver du remords, il se sent aussitôt le désir d'éliminer les animaux de compagnie, persuadé que la mort de ces derniers permettront à leurs propriétaires de se rapprocher. Mais, devant un premier échec, force lui est de constater que le problème ne vient pas des animaux mais des humains. Le voilà donc lancé dans une série de meurtres au petit bonheur, tuant tous ceux qui l'énervent sans en comprendre vraiment la fin jusqu'au jour où sa raison lui souffle qu'il lui suffit d'éliminer... tous les cons. Mais qu'est-ce qu'un con? Entre le bricoleur paternaliste et le chauffard, le fonctionnaire tyrannique ou l'épouse étouffante, notre héros ne sait bientôt plus où donner de la tête...

Ce livre me laisse je l'avoue profondément perplexe. Certains passages sont très drôles (je pense notamment au moment où le narrateur se débarrasse d'un ami bricoleur pesant ou encore d'un homme politique bavard) mais je n'ai pas vraiment accroché à l'idée. Déjà parce qu'il me semble que la thématique du "con" est loin d'être originale: il est devenu d'usage de s'en moquer à toutes les sauces (Travailler avec des cons, Vivre avec des cons, Les nouveaux cons) et, d'autre part, parce que je peux être moi-même des fois, excusez l'expression, assez conne et que je pense que la majorité d'entre nous l'est également tôt ou tard. L'humour noir me plaît mais pas ce genre d'humour qui consiste à se moquer des autres en ayant le sentiment bien confortable qu'on vaut beaucoup mieux. ça passe pour un court texte, un article, mais par pour un roman. Ainsi Mort aux cons s'enlise assez rapidement, tourne en rond, rythmé uniquement par des portraits de cons plus ou moins réussis et par un catalogue de meurtres plus ou moins imaginatifs. Carl Aderhold a cependant la bonne idée de jouer sur la surrenchère et, par l'exagération volontaire, parvient à nous faire sourire (les DRH qui se succèdent, victimes tour à tour de leur employé) Son ton reste léger et prend beaucoup de distances par rapport à un narrateur qui,  il faut le reconnaître, en tient une sacrée couche et est lui-même peut-être un peu con? Ceci dit il n'en demeure pas moins que certains personnages, très caricaturaux, m'ont mis plutôt mal à l'aise (les cruelles aides-soignantes qui infantilisent la courageuse petite vieille, le contrôleur raciste, les bobos de province...) sans provoquer en moi l'effet exutoire voulu. Pas clair ce que je raconte? Bon, en bref, Mort aux cons est un peu l'équivalent d'un jeu de fléchettes avec pour cible vos ennemis (ici les cons): c'est amusant, ça a pour vocation de défouler et ça lasse au bout d'un moment. Moi ça m'a lassée assez vite.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 12:03

L02.jpgL'agneau

Christopher Moore

éditions Gallimard

2002

 

 

Tout commence avec l'ange Gabriel, sommé par le Très-Haut d'aller ressusciter à Jérusalem un gars mort il y a plus de deux mille ans. Mais il ne s'agit pas de n'importe qui: il s'agit de Biff (littéralement en anglais, La Beigne, de par sa capacité à recevoir des coups) le meilleur ami du Christ. Dieu trouve en effet que les évangiles sont un peu pauvres et que ce serait bien pour les hommes d'en avoir un autre. Voilà donc Biff coincé dans un hôtel avec pour seule compagnie l'ange Gabriel, amateur de séries télé, et contraint d'écrire sa vie et celle de Jésus, alias Joshua, l'ami avec qui il a partagé toutes les aventures. Et quelles aventures! De Nazareth à la Chine, Biff et Joshua voyagent, Joshua cherchant à déterminer s'il est vraiment le fils de Dieu, Biff l'accompagnant et expérimentant pour son ami tous les péchés que celui-ci ne peut pas commettre mais souhaite comprendre.

Ouvrage déjanté, L'agneau n'a rien d'un pamphlet anti-religieux ou d'un récit satirique. Gentiment anachronique par endroits, humoristique, il se rapprocherait plus à mon sens d'un film comme La vie de Brian des Monty Python (si vous n'avez pas encore vu ce film honte à vous) Il nécessite même une certaine culture religieuse pour apprécier à sa juste valeur le personnage de Jean le Baptiste qui manque de noyer ses fidèles ou Gaspard, le mage bouddhiste qui apprend à Joshua l'art de la sagesse oriental. De même certains épisodes pourraient paraître obscurs à ceux qui n'ont jamais lu le Nouveau Testament. Etant raisonnablement calée dans ce domaine, j'ai pu apprécier je pense à sa juste valeur un livre vraiment très drôle servi par des protagonistes intéressants: Biff, l'indécrottable mais fidèle compagnon, Joshua, naïf et tourmenté, Maggie, passionnée et cynique... sans oublier évidemment l'ange Gabriel dont la bêtise fait beaucoup rire . Le seul point noir de ce livre, c'est qu'il est trop long. Près de 700 pages pour imaginer l'enfance et la jeunesse du Christ,  ça finit par lasser d'autant plus que l'auteur, ne pouvant pas toujours jouer sur la carte de l'humour s'essaie parfois à un registre plus grave (le sacrifice des agneaux à Pâques, la mort de Jean-Baptiste) au demeurant avec succès, mais toujours de façon timide, sans oser vraiment mélanger les genres. C'est dommage car je pense vraiment que le mélange aurait pu marcher, l'auteur ayant un style agréable. Ceci dit j'ai bien ri et pour une lecture du dimanche, L'agneau est tout à fait recommandé...

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article