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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 19:00

L01.jpgDroit du sang

(Un monde sans dieux, tome 2)

 Brian Ruckley

éditions Eclipse

2008


 

Dans un hiver glacial qui semble éternel, la guerre fait rage entre les clans de la Route Noire, combattants endurcis et sans peur, et les lignés du vrai sang, des hommes qui ont vécu si longtemps dans le confort qu'ils ont oublié ces ennemis séculaires prêts à tout pour les voir décimés. Osirian, dernier représentant de sa lignée n'a d'autre espoir que de se tourner vers les na'kyrims pour sauver son peuple et faire appel à une magie qui le dépasse, pendant que sa soeur Anyara se retrouve malgré elle mêlée à des embrouilles politiques qui risquent de coûter cher à toutes les lignées du vrai sang... Cependant les guerriers de la Route Noire ne sont pas les plus dangereux; Aeglys, un sang mêlé qui s'est rangé à leurs côtés, est titulaire d'un pouvoir terrifant qui le dépasse et qui pourrait amener les Anaïns, la race légendaire, à s'éveiller de leur sommeil et à plonger le monde dans le chaos...

Oui je sais, c'est de la fantasy et je sais très bien que cette note va intéresser 1% de mes lecteurs potentiels, d'autant plus qu'il s'agit du second volet d'une trilogie. Mais bon, j'insiste, car, tout comme le premier tome Hiver de sang, Droit du sang est un roman passionnant, extrêmement violent aussi et qui sacrifie sans aucune hésitation personnages principaux ou secondaires au service d'une action efficace et d'une intrigue sombre. Le style est soigné, l'auteur excellant tout particulièrement à nous dépeindre cet hiver atroce, glacial, et ce froid qui semble éternel. Ruckley nous épargne également historiettes d'amour peu adaptées à la situation (entre deux décapitations d'ennemis, difficile de conter fleurette  dans la réalité, même si certains auteurs comme Goodkind n'ont aucun scrupule à le faire dans leurs romans) ou attermoiements interminables: les personnages n'en perdent pas pour autant en épaisseur car leurs caractères s'expriment à travers des actions en apparence anodine mais qui les rendent terriblement humains: Anyara qui prend un malin plaisir à provoquer une autre femme, Osirian qui manque de pleurer en voyant une villageoise battre une couverture sur le pas de sa porte...  Alors oui, ça reste de la fantasy, ce qui signifie une carte au début du roman, annexes et chronologie à la fin, de vieilles légendes et des noms à coucher dehors... Le début est chaotique, surtout quand le premier tome n'est plus tout frais dans la mémoire. Mais croyez-moi, en persévérant un peu, Droit du sang est un livre qui vaut vraiment le coup.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 09:46

L01.jpgLes Confessions

Jean-Jacques Rousseau

éditions Gallimard

1782

 

"Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Moi, seul. Je sens mon coeur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu."

 

C'est en 1782, soit quatre ans après la mort de son auteur, que paraissent Les confessions de Jean-Jacques Rousseau. Rousseau avait écrit ses mémoires dans le désir de se justifier auprès de ses contemporains et de faire taire ses ennemis. Entreprise audacieuse puisqu'il se proposait paradoxalement dans ce livre de dévoiler toutes ses fautes, plus ou moins grandes afin de montrer sa bonne foi et de se peindre sous le jour le plus exact possible. C'est ce qu'il annonce clairement dès les premières lignes de son récit, invitant ses lecteurs de la sorte à adhérer à un pacte et à le croire sur parole. Ainsi Rousseau ne cache rien, depuis les peccadilles de son enfance jusqu'à ses "péchés" de l'âge adulte: vol, abandon de ces cinq enfants... Cela ne l'empêche pas cependant paradoxalement à de nombreuses reprises de se définir comme "le meilleur des hommes" et de se plaindre de persécutions, ses bourreaux étant ses anciens amis: Grimm (pas les frères) Hollbach ou encore Diderot...

Il y a des millions de choses à dire sur Les Confessions et, pour tout vous avouer, je ne sais pas par où commencer! Passons rapidement sur l'aspect "scientifique" du livre: les détracteurs de Rousseau ont pointé à de nombreuses reprises les erreurs de dates, les inexactitudes, soulignant ainsi le peu de crédibilité de l'ouvrage. Il faut rappeler que Rousseau était déjà relativement âgé quand il entreprit son livre et qu'il ne s'appuyait que sur des lettres et sa propre mémoire; il est donc à mon sens tout à fait de bonne foi quand il entreprend de dire "toute la vérité". Quant à savoir s'il était vraiment victime d'un complot et de persécutions ou simplement d'une paranoïa aigue... et bien ça nous ne le saurons sans doute jamais. Sans doute un peu des deux probablement. Rappelons seulement que nous avons affaire à un homme qui, toute sa vie, de gré ou de force a été forcé de passer d'un endroit à un autre, genèvois bannis, parisien malvenu, anglais contraint... Il n'en demeure pas moins également qu'il a été persécuté lors de la sortie de son livre Emile ou l'éducation et que certains faits dont il parle sont avérés par les archives. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur l'aspect "psychanalytique" des Confessions également: le manque de la mère, morte à la naissance, et dont Rousseau a cherché un substitut tout au long de sa vie, d'abord dans les bras de madame de Warens, sa première maîtresse, puis dans Thérèse Levasseur, sa compagne puis sa femme, que, de son propre aveu, il n'aima jamais d'amour; son goût pour la soumission avec le fameux épisode de "la fessée" (pour ceux qui ne connaissent pas cet épisode, Rousseau raconte comment, pré-adolescent, il connut ses premiers "émois" à cause d'une fessée) ou encore l'ambivalence d'un caractère tiraillé entre un besoin de solitude et un désir de reconnaissance sociale... Oui, je suppose que d'un point de vue psychanalytique, Les Confessions est également une mine d'or. Mais restons-en au sujet de ce blog et à l'aspect littéraire d'une autobiographie qui se lit comme un roman, d'un narrateur/auteur, qui, tout en présentant son ouvrage comme une "confession" se livre à une véritable plaidoirie. Si Rousseau avoue en effet des "péchés" ce n'est que pour mieux se disculper auprès de ses semblables et se trouver des excuses; la mauvaise foi n'est jamais loin mais elle est servie avec un tel style et sous les apparences d'une si grande sincérité que le lecteur ne sait que croire. Coupable ou victime? Nous lisons près de 800 pages de l'histoire d'un homme qui prétend se livrer sans réserve et qui malgré tout reste un mystère. D'un homme qui a écrit sans doute l'une des plus belles histoires d'amour de son siècle et qui, malgré tout, a prétendu être resté presque totalement étranger à ce genre de sentiments; d'un homme qui a écrit un traité d'éducation et qui reconnaît avoir abandonné ses cinq enfants, s'avouant de la sorte incapable d'appliquer lui-même ses écrits; d'un homme qui a réussi à se faire des ennemis de presque tous ses amis, qui s'est montré malhonnête à de nombreuses reprises, et qui pourtant ne semble animé que de belles intentions et d'un désir d'amour inextinguible. En fait, au final, Rousseau demeure pour nous une énigme. Seule sa passion pour la nature et la musique apparaissent comme une constance dans un homme qui, malgré ses dénégations, apparaît comme le plus  bel exemple de la duplicité humaine....

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 08:35

L01.jpgAlex

Pierre Lemaître

éditions Albin Michel

2011

 

 

ça commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus banal: Alex, jeune femme d'une trentaine d'années apparemment sans histoires, est enlevée un soir sur le chemin de son appartement. Signalée par un témoin de la scène, l'affaire est aussitôt prise en charge par Camille Verhoeven, le héros de Travail soigné. Mais l'enlèvement prend bientôt un tour inattendu: en effet, si le ravisseur est très vite identifié et que ses mobiles ne tardent pas à être percés à jour, la victime demeure anonyme, une jeune femme que personne ne connaît et dont l'identité et la véritable personnalité sont un mystère...

Le dernier roman de Pierre Lemaître confirme encore une fois mon goût pour cet auteur talentueux, maître dans l'art du petit détail qui tue et de la création de personnages troubles. Camille Verhoeven n'est pas, sans mauvais jeux de mots un grand détective comme notre génial Adamsberg, héros de Fred Vargas, ni même particulièrement doué: c'est juste un bon policier doté d'un mauvais caractère et d'une petite taille. Seule son histoire personnelle le rend attachant aux yeux du lecteur. Quant à Alex, le personnage éponyme, si elle s'attire d'emblée notre sympathie par son courage lors de son enlèvement, sa personnalité complexe et mystérieuse ne tarde pas à susciter l'inquiétude suivie d'un mélange d'attirance et de répulsion lorsque le lecteur comprend qui elle est vraiment. Bourreau ou victime? A nous de décider. Ceci dit, la plus grande force du roman de Lemaître réside, non pas dans l'intrigue, au demeurant assez "classique" si j'ose dire, mais dans la construction de cette intrigue en trois parties, avec à chaque fois, un rebondissement qui clôt plus ou moins l'histoire tout en la faisant partir dans une autre direction...C'est un choix audacieux, même risqué, car Lemaître par exemple ne fait pas une troisième partie aussi intense que les deux premières, contrairement à ses petits camarades et s'expose de la sorte à une lassitude de son lectorat. Choix payant cependant car on reste scotché tout du long malgré tout devant l'histoire de la jolie Alex  qui demeure pratiquement jusqu'au bout un mystère...

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 15:39

L04.jpgEt les hommes sont venus

Chris Cleave

éditions Nil

(2008)

 

Petite Abeille, adolescente nigériane échappée d'un centre pour réfugiés, débarque un jour à Londres chez Sarah,  une journaliste qu'elle a rencontré deux ans auparavant sur une plage dans son pays dans des circonstances plus que douloureuses. A priori, rien de commun entre la jeune réfugiée meurtrie par une vie sans avenir et la jeune mère trentenaire, insatisfaite d'une existence qui lui semble vide. Pourtant, les deux femmes sont liées par un secret, un passé que tour à tour elles s'emploient à raconter...

Et les hommes sont venus a été une très belle surprise pour moi, un service de presse oublié que j'ai exhumé par hasard de ma pile à lire et que j'ai dévoré en à peine deux jours. Ce roman, alternant la voix de Petite Abeille et celle de Sarah est remarquablement construit, l'auteur ménageant un certain suspens tout au long de l'histoire. Et quelle histoire! Chris Cleave nous fait un récit émouvant, rendu plus poignant par la narration des deux héroïnes, sans pour autant tomber dans la mièvrerie ((à part peut-être sur la fin). Certaines scènes narrées par Petite Abeille sont difficiles, l'une d'elle est même insoutenable et pourtant je ne pense pas être d'une nature trop sensible. Le style est impeccable et les personnages sont attachants, d'autant plus qu'ils sont loin d'être manichéens; Sarah est une épouse adultère (qui l'assume parfaitement d'ailleurs) et Petite Abeille est prête à tout pour sa survie. En bref, Et les hommes sont venus est une belle découverte qui me donne bien envie de me lancer dans les autres romans de Cleave...

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 13:56

L01.jpgEvelyna

Fanny Burney

éditions José Corti

1778

 

 

Evelina est une jolie jeune fille qui a eu la malchance de ne pas être reconnue par son père, un noble anglais qui a nié son mariage avec sa mère avant sa naissance. Quasiment orpheline de ce fait, Evelina est élevée par le révérend Villars, un homme d'une grande droiture qui l'aime comme sa fille et projette de l'établir à la campagne, loin de l'agitation de la ville. Mais le destin en décide autrement: pressée par ses amis, Evelina accompagne ces derniers à Londres et fait ses premiers pas dans la bonne société. Modeste mais naïve, elle commet quelques impairs et attire l'attention du séduisant lord Orville et du redoutable Clément Willoughby. Surtout, elle fait la connaissance de sa grand-mère maternelle, la terrifiante madame Duval, une femme rustre et sans éducation qui entend bien diriger sa petite-fille et la rétablir au rang qu'elle mérite...

Ecrit sous la forme d'un roman épistolaire (surprenant pour un récit du 18ème siècle n'est-il pas?), Evelina a des défauts assez similaires aux romans de Richardson: la description d'une société policée, lisse, et des personnages qui ne sortent pas de leur cadre: les nobles sont nobles, les jeunes filles se doivent d'être douces et réservées et il n'existe pas, comme le souligne Les 1001 Livres... de "malpropreté urbaine" dans Evelina qui, en aucun cas, ne se présente comme comme une critique de l'ordre établi. En revanche, l'approche de la société londonnienne est intéressante car le récit est fait par Evelina. Or, l'héroïne pour le coup est loin d'être aussi fade que la Paméla de Richardson par exemple: elle est bien éduquée certes, a le sens des convenances, mais, inexpérimentée, est un peu perdue dans une société où le moindre faux pas est remarqué et critiqué. Son premier bal par exemple, au cours duquel elle accumule les maladresses, est un moment très drôle tout comme sa naïveté et sa tendance à faire confiance au premier inconnu qui passe et qui la conduit immanquablement à des situations embarrassantes ou dangereuses. Sa façon même de tomber doucement amoureuse de lord Orville, innocemment, est rafraîchissante. Les autres personnages sont également bien croqués: le capitaires Mirvan, un homme grossier et toujours prêt à des plaisanteries douteuses pas très loin des personnages de Smollet ou de Fielding, madame Duval, une femme vulgaire et commune qui se pique de distinction, le dangereux Willoughby, la dolente et coquette lady Louisa... Curieusement, ce sont les deux modèles masculins du livre, le révérend Villars et lord Orville, qui attirent le moins la sympathie, tous deux presque trop parfaits (surtout le révérend, lord Orville ayant l'"avantage" d'être amoureux, donc pas forcément toujours très rationnel) pour un lecteur (ou une lectrice) qui, aujourd'hui, n'a pas forcément la même idée de la perfection qu'au 18e siècle. Ecrit par une femme de près de trente ans, Evelina est une comédie de moeurs et un intéressant roman psychologique qui laisse parfois passer par endroits une certaine ironie et un comique discret. Si c'est regrettable que Fanny Burney n'ait pu laisser libre cours à toute sa verve, sans doute elle-même entravée par sa propre éducation, son roman demeure néanmoins un agréable récit qui ravira tous les amateurs de Jane Austen, son héritière littéraire directe.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 13:03

 

L10Nuigrave

Lorris Murail

éditions Robert Laffont

2009


 

Je ne suis pas vraiment une fan de SF et je sais désormais que je ne suis pas fan non plus de l'auteur Lorris Murail, le frère de la célèbre romancière pour enfants, Marie-Aude Murail. Nuigrave raconte l'histoire de Arthur Blond, professeur affecté également à l'Office Européen de la Restitution Patrimoniale (OERP) et qui, à cause de son ex Sidonie, brillante scientifique, se retrouve involontairement mêlé au trafic d'une plante, la coarcine. Le chemin d'Arthur est bientôt jonché de cadavres et notre héros, cerné par les terroristes et des enjeux géopolitiques dont il ignore les tenants et les aboutissants se retrouve contraint de reprendre les travaux de Sidonie et de protéger une drogue très dangereuse...

Que vous dire? Je n'ai pas vraiment compris ce livre qui m'a, au demeurant, profondément ennuyée. L'auteur semble lui-même avoir été sous acide quand il a écrit Nuigrave et j'ai eu beau me concentrer sur l'intrigue, celle-ci m'a échappée dès le cinquième chapitre tout comme les considérations sur le patrimoine ou la géopolitique. Monologues ou dialogues incompréhensibles, personnage inintéressant, longueurs... Nuigrave est peut-être pour les amateurs du genre un chef-d'oeuvre. Tant mieux pour eux. Mais, en ce qui me concerne, ce n'est absolument pas une lecture de vacances...

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 12:46

L01.jpgLe caveau de famille

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

2005

 

Désirée et Benny, les héros du Mec de la tombe d'à côté n'avaient rien en commun, elle la bibliothécaire dévoreuse de livres, lui l'éleveur de vaches un peu bourru. Ils s'étaient même séparés. Mais voilà: amoureux malgré tout, ils ne pouvaient se résoudre à vivre loin l'un de l'autre. Ils ont donc décidé de se laisser une chance et de passer un marché: faire trois essais pour avoir un enfant ensemble. L'enfant a été conçu. Désirée et Benny, après le choc des cultures, se lancent dans une aventure tout aussi difficile, celle de la vie de famille.

Après Le mec de la tombe d'à côté qui s'employait à démystifier l'amour, Katarina Mazetti s'attaque cette fois aux enfants et à la famille. Désirée, qui rêvait pourtant d'un bébé, découvre que le quotidien d'une mère n'est pas de tout repos et que les joies de la maternité sont peut-être un peu exagérés. Qui plus est, elle doit gérer une vie de couple compliquée. Quant à Benny, il a du mal à accepter l'idée que sa femme ne soit pas une parfaite femme d'intérieur. Ceci dit, même si, comme dans Le mec de la tombe d'à côté, la voix des deux héros s'alternent pour narrer l'histoire, il devient très vite évident que l'auteur prend cette fois clairement le parti de Désirée: c'est elle qui part vivre à la campagne chez Benny, c'est elle qui doit faire le plus de concessions... Benny, lui, est qualifié par un personnage extérieur d'homme d'une "génération perdue". Le caveau de famille n'est pas pour autant une critique de la maternité ou de la vie de famille, tout comme le précédent roman de l'auteur n'était pas une critique de l'amour. Il s'agit là encore pour Mazetti de dépasser les clichés de la maternité comme accomplissement de la vie d'une femme et son plus grand bonheur. Non, les enfants ne sont pas forcément un don du ciel! Coliques du petit ou difficultés financières, les narrateurs ne nous épargnent pas les détails triviaux, et, si le lecteur (plutôt la lectrice d'ailleurs) peut rire devant les mésaventures conjugales de Benny et Désirée, faites de joies et de peines, il peut aussi se sentir un peu effrayé devant la résignation qui pointe sous l'humour parfois grinçant de l'histoire d'un couple qui se croyait unique (surtout elle) et qui découvre qu'il est, au final, comme les autres. Le caveau de famille est un récit tendre et amer à la fois, faussement léger, dans lequel se reconnaîtra sans doute la mère de famille et qui laissera les autres indécises de savoir si, oui ou non, tout ça en vaut la peine...

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 12:00

L07.jpgLe tertre des âmes

Ludovic Rosmorduc

éditions Baam

2011

 

 

A Setiladom, c'est l'effervescence: la licorne, l'emblème sacré de la ville, a été assassinée. A côté de son cadavre, on a retrouvé le glaive du chef de  la garde, Héribold, qui est aussitôt accusé et condamné à mort. Mais son  ancien maître, l'érudit Ambroise de Liemmos, ne croit pas en la culpabilité de son disciple. Après quelques recherches, il parvient non seulement à prouver l'innocence de Héribold, mais découvre également que le meurtre de l'animal mythique pourrait avoir des conséquences dramatiques et conduire la cité à sa perte...

Je vous arrête immédiatement si vous éprouvez un quelconque enthousiasme pour ce résumé: ce livre est absolument sans intérêt. Ce n'est qu'un mélange prémâché de magie bancale, de mythologie basique (gentille licorne, méchants dragons), de moquerie gentille contre la religion (ah la la tous des crédules intolérants) mais pas trop pour ne pas se mettre à dos un lectorat potentiel, et d'apologie de la science: on est dans un roman de fantasy pour la jeunesse mais l'auteur s'est sans doute dit que, tout de même, tous ces gentils nenfants se devaient de comprendre que la science avait quelque chose de magique et va y que je te fais un petit exposé didactique l'air de rien (Attention: auteur pédagogique) On peut passer sur certains détails un tantinet dérangeant (ça et là l'air de rien une banalisation du suicide par exemple) sur des personnages insignifiants (c'est pour une fois le personnage de l'enfant, Sixélia, la fille kleptomane et étourdie d'Héribold qui attire le plus la sympathie) ou encore sur un pillage discret du Seigneur des Anneaux (même pas le livre mais le film!) On ne peut en revanche faire l'impasse sur un style poussif avec, pour mon plus grand malheur, plein de points d'exclamations, et sur une intrigue construite comme un jeu vidéo particulièrement ennuyeux: utiliser pierre sur licorne, utiliser grosse brute sur poulpe géant, regarder amulette, toucher amulette, etc. Ce n'est pas un gros roman mais ça paraît long, très long. Heureusement, l'auteur ne semble pas prévoir de suite, nous voilà sauvés, et nous pouvons utiliser livre avec fin fond de la bibliothèque.. ça marche pas? Ah, il fallait peut-être l'utiliser avec l'objet poubelle alors... 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 11:35

L09.jpgMarina

Carlos Ruiz Zafon

éditions Pocket jeunesse

1999

 

"Nous ne nous souvenons que de ce qui ne nous est jamais arrivé". Ce sont les premiers mots sur lesquels s'ouvre le roman de Carlos Ruiz Zafon, Marina. Une réflexion étrange pour un récit qui ne l'est pas moins. Tout commence par une soirée brumeuse sur Barcelone. Un jeune garçon nommé Oskar, élevé dans un internat, tombe par hasard sur une vieille demeure paraissant abandonnée et, entré par effraction, fait la connaissance de ses habitants: Germàn, un vieil homme excentrique qui semble vivre au siècle passé et sa fille, la blonde Marina, dont Oskar tombe immédiatement plus ou moins amoureux. Devenus amis, les deux adolescents errent ensemble dans la ville, unis dans leur solitude et, un jour, dans un cimetière, croise le chemin d'une mystérieuse dame en noir...

Comme dans L'ombre du vent, Ruiz Zafon nous plonge dans un roman à tiroirs où chaque personnage est l'occasion d'une histoire, l'ironie de la chose étant que la seule histoire qui ne nous est pas réellement racontée est celle du narrateur Oskar. Le secret de la dame en noir, la vie de Germàn, la réserve de Marina... Autant de tranches de vies, parfois banales, parfois extraordinaires. Dans une ambiance très gothique, Ruiz Zafon mêle édifices délabrés et nuits pluvieuses, créatures de Frankenstein et divas d'opéras, meurtres sanglants et murmures de mourants, souvenirs douloureux et avenir incertain... Réel ou pas réel? Quelle importance? semble dire l'auteur qui se pose avant tout comme un conteur et, de ce fait, ne se soucie aucunement de vraisemblance. Le narrateur nous raconte un moment particulier de sa vie: est-il un témoin "objectif" de phénomènes parfois surnaturels, ou seulement le jouet de Marina, la véritable conteuse de l'histoire? Si le lecteur s'essaie à ce genre de suppositions, il se perd assez rapidement dans les dédales du roman, tout comme Oskar s'égarant dans les rues de Barcelone. Mieux vaut profiter du voyage et de ses multiples protagonistes: l'amoureux fou, le serviteur dévoué, l'artiste maudit, la chanteuse condamnée... Il vous suffit de savoir que le style est très beau, l'histoire prenante et que Ruiz Zafon signe avec Marina un récit égal à L'ombre du vent qui questionne beaucoup sur la mort, les mensonges, les secrets... sans hélas apporter de réponses. Ce serait trop simple n'est-ce pas?

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 13:13

L01.jpgHunger Games t.3

La révolte

Suzanne Collins

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

Il est temps de refermer les Hunger Games et de clôre la trilogie de Suzanne Collins avec un certain pincement au coeur. Attention! Que ceux qui n'ont pas encore lu les deux premiers volumes mais qui souhaitent le faire ne lisent pas cet article.

Nous avions laissé à la fin de Hunger Games 2 Katniss Everdeen, l'héroïne des précédents tomes, secourue par des rebelles du district 13 et rendue à moitié folle par l'annonce de l'emprisonnement de son ami/allié/amoureux Peeta (rayer la mention inutile) Mais, pour elle, il est temps de se ressaisir: Katniss est devenue malgré elle un symbole de la résistance et les rebelles ont besoin d'elle pour donner un nouveau souffle au soulèvement des districts contre le Capitole. La guerre de l'image vient de commencer...

Le dernier volet de la trilogie de Collins n'est pas à l'abri des critiques, et la première concerne bien entendu le style. Lire Hunger games 3: la révolte après Goethe, c'est comme aller au Mc Do après un repas gastronomique. Ce n'est pas à strictement parlé mal écrit, mais bon, les maladresses ou les lourdeurs sont assez fréquentes. Plus gênante est la tendance "twilightesque" du roman et les quelques atermoiements sentimentaux de l'héroïne tiraillée entre le brave Gale et le gentil Peeta qui ralentissent l'intrigue plus qu'autre chose. Passé ces critiques, je dois humblement reconnaître que j'ai réagi comme une ado de base à la lecture du roman, schotchée d'un bout à l'autre de l'histoire, et que j'ai même versé ma petite larme sur la fin (oh ça va: ceux qui l'ont lu sauront sans doute de quel passage il s'agit et que les autres ne ricanent pas: c'est déjà suffisamment embarrassant de pleurer dans un train) L'une de forces de l'intrigue est de faire de Katniss un personnage pas forcément angélique, une tueuse qui passe les trois quarts de Hunger Games 3 sous morphine ou à demi folle et le dernier quart  à jouer avec complaisance un rôle devant une caméra, mentant au fond aux rebelles en leur renvoyant une image qui n'est pas vraiment la sienne... Ajoutez à cela une intrigue qui va crescendo et des personnages tout aussi troubles les uns que les autres, depuis le doux Peeta qui se transforme en bête furieuse jusqu'à la présidente des rebelles, Coin, dont on ne sait trop si elle agit vraiment pour le bien des insurgés ou pour sa gloire personnelle... A l'image de l'arène dans laquelle évoluaient jadis nos héros, le livre de Collins est rempli de chausses-trappes en tous genres et de rebondissements divers et variés. Au final, voilà une trilogie qui me laissera un bon souvenir... Les Hunger Games sont finis, rideau, mais, si ça peut vous consoler, sachez que l'oeuvre de Collins est en cours d'adaptation cinématographique...

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