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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 08:05

L05.jpgLa cabane de l'aiguilleur

Robert Charles Wilson

éditions Folio

(1986)

 

Travis Fisher, un adolescent qui vient de perdre sa mère, est recueilli par sa tante Liza Burack et son mari Creath, à Haute Montagne, une petite ville des Etats-Unis. C'est l'époque de la Grande Dépression et la faim et la pauvreté commencent tout doucement à s'installer dans le pays, faisant souffler sur Haute Montagne un vent de panique et de méfiance vis-à-vis des vagabonds et des étrangers. Travis, lui-même considéré d'un sale oeil à cause du passé sulfureux de sa mère, fait d'abord tout pour rentrer dans le rang et plaire à une tante bigote et un oncle mauvais: il travaille à la fabrique de glace locale, sort avec Nancy Wilcox, une jeune fille du coin... Mais il est vite obnubilé par la mystérieuse locataire des Burack, Anna Blaise, dont la beauté et l'aura de mystère lui fait bientôt oublier les convenances. Qui est Anna? Voici une découverte que Travis n'était peut-être pas prêt à faire...

Premier roman de l'auteur de Spin, La cabane de l'aiguilleur est un livre qui semble plein de promesses: une petite ville perdue des Etats-Unis, des habitants un peu bornés, un héros largué et une mystérieuse inconnue... ça commence plutôt bien, même si l'on cherche en vain toute trace de science-fiction et de fantastique. Le style de Wilson est sans faille et il plante son décor de façon  magistrale. Hélas, il est beaucoup moins à l'aise avec des personnages, qui reste tout au long du récit de pâles figurines sans réelle consistance. Impossible de s'attacher à eux, ce qui est d'autant plus ennuyeux que, sans vouloir trop en dévoiler, l'intrigue "surnaturelle" repose plus ou moins sur leurs épaules. le verdict est donc sans appel: l'histoire bien que relativement courte semble s'éterniser  dès les cent premières pages alors que, paradoxalement, un plus long développement aurait rendu la narration peut-être plus intéressante. Ce n'est pas le pire livre de science-fiction que j'ai lu; ce n'est pas mal écrit et l'histoire n'est pas tirée par les cheveux. C'est seulement un peu ennuyeux et je me réjouis d'avoir lu Spin par le passé; je sais ainsi qu'il ne s'agissait que d'un galop d'essai et que, par la suite, Wilson est devenu un grand écrivain...

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 19:09

L02.jpgL'autre face de la lune

Claude Lévi-Strauss

éditions Seuil

(2011)

 

Comme la plupart des gens de ma génération, j'éprouve une certaine fascination pour le Japon, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. C'est un pays que j'aimerais connaître et que je ne connais que par quelques romans, plus ou moins récents, et par les mangas. Une connaissance fragmentaire qui ferait bondir certains mais que ne renierait pas Lévi-Strauss, le célèbre ethnologue, auteur de Tristes tropiques. En effet, Lévi-Strauss lui-même a toujours été attiré par le Japon, et ce depuis que son père lui a ramené sa première estampe en récompense d'une bonne note. Un événement dont il se moque gentiment dans le livre L'autre face de la lune: "Je veux parler de l'estampe, art dont j'ai eu la révélation vers l'âge de six ans et pour lequel je n'ai cessé depuis d'éprouver une passion. Combien de fois me suis-je entendu dire que je m'intéressais là à des choses vulgaires qui n'étaient pas le véritable art japonais, la vraie peinture japonaise, mais relevaient du même niveau que les caricatures que je pourrais découper aujourd'hui dans Le Figaro ou L'Express!". En "vrai", Lévi-Strauss ne connaîtra le Japon qu'à l'âge de soixante-dix ans, mais rattrapera son retard en y faisant de fréquents séjours par la suite. L'autre face de la lune est un recueil de textes, colloques, entretiens, consacrés à ce pays dont Lévi-Strauss se dit profondément amoureux. Joli non? Le livre est un peu redondant je ne vous le cache pas car, les colloques ou entretiens se déroulant à des dates différentes, Lévi-Strauss se répète parfois. Ce qui frappe cependant dans son discours c'est son profond amour pour un pays qu'il avoue très humblement ne connaître qu'imparfaitement: loin de se présenter en érudit, l'ethnologue confesse ses lacunes, ce qui ne l'empêche pas de converser sur la musique ou les arts japonais et d'établir des parallèles entre la littérature du pays et celle de la France. De façon générale, l'auteur (enfin pas vraiment l'auteur du livre car, rappelons-le, Lévi-Strauss est mort il y a maintenant plus de deux ans) aime à parler des mythes japonais et s'emploie à les rapprocher des mythes américains notamment, tout comme il s'emploie à comparer la culture japonaise à la culture européenne ou américaine. Il le fait toujours avec prudence mais ses démonstrations, parfois un peu complexes, sont toujours très intéressantes. Si L'autre face de la lune m'a parue parfois un peu difficile (j'hésite du coup à me lancer un jour dans Tristes tropiques) j'ai apprécié un style qui laisse transparaître le profond attachement de Lévi-Strauss pour le Japon et qui me donne d'autant plus envie de découvrir ce pays... en espérant que je le fasse avant l'âge de soixante-dix ans!

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 08:23

L02.jpgLe pacte de Minuit

t.2: Les secrets du monde perdu

David Whitley

éditions Gallimard Jeunesse

(2010)

 

Souvenez-vous... Nous avions laissé Mark et Lily, les deux héros du Pacte de Minuit, bannis de la cité d'Agora, la ville où tout s'achète et se vend et livrés à eux-mêmes dans un monde inconnu. Les deux adolescents, errant dans une forêt hostile peuplée d'animaux sauvages sont assez vite recueillis et pris en charge par les habitants de Giseth, un village à la lisière des bois qui pour le coup est une communauté fondée sur le partage et la collectivité. Un endroit idéal pour Lily mais qui l'est moins pour Mark, méfiant, et à juste titre. Le village cache en effet des secrets peu reluisants et si Lily et Mark veulent découvrir l'enjeu du Pacte de Minuit et percer les mystères de la naissance de Lily, ils ont peu de chance d'y parvenir ici... Ailleurs, à Agora, des machinations politiques se mettent en place et de sombres complots se trament pour empêcher à jamais les deux enfants de remettre les pieds dans la Cité...

Bon, c'est un peu plus décevant que le premier volet je ne vous le cache pas. J'ai déjà été un peu gênée par l'idéologie de ce second volume avec la critique du village de Giseth et le sous-entendu gros comme une maison: "Ouais Agora c'est pas terrible mais regardez, une communauté fondée uniquement sur le bien collectif ça ne marche pas non plus". Nous ne sommes plus à l'époque de la Guerre Froide, je pense que tout le monde a compris depuis longtemps que le communisme n'était pas une solution non plus, du coup je trouve ça un peu facile de taper sur un modèle de société en voie de disparition. Ceci dit, le plus grand défaut de ce second tome est avant tout sa complexité. ça part dans tous les sens, on saute alternativement de Lily et Mark à des personnages de la cité d'Agora, douze intrigues se mettent en place, le tout sans charitablement refaire une petite piqûre de rappel au malheureux lecteur qui ne se souvient plus forcément de tout ce qui s'est déjà passé dans le premier volet... Entre les sorciers de la forêt et les diplomates d'Agora, Lily à Giseth et ses amis à Agora, les moines de la Cathédrale du Monde perdu et la porte-parole du village... Au secours! L'intrigue de ce fait en souffre un peu, c'est assez lent et il m'a fallu je l'avoue un certain temps avant d'entrer dans le vif du sujet. Après, l'histoire est intéressante, le style, bien qu'à mon sens inférieur au premier livre, tout à fait correct et, au fil des pages, l'auteur nous offre quelques jolis moments: des cauchemars qui se promènent, des révélations émouvantes, des relations complexes, des questions sans réponses... Et la fin du volume, pour le coup très réussie, nous réconcilie plus ou moins avec les protagonistes du pacte de Minuit, nous donnant envie de savoir ce qui va bien pouvoir leur arriver dans ce qui sera, je le suppose, leur dernière aventure...

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 10:52

L01.jpgDu domaine des murmures

Carole Martinez

éditions Gallimard

(2011)

 

Nous sommes en 1187. La jeune et jolie Esclarmonde, unique fille du seigneur des Murmures, est promise à Lothaire, un jeune garçon violent, trousseur de jupons et amateurs de tournois. Mais  le jour de son mariage, c'est la stupeur: la jeune fille de quinze ans refuse de dire le "oui" fatidique et se tranche l'oreille pour mieux témoigner de sa résolution: Esclarmonde a en effet décidé de consacrer sa vie à Dieu et de vivre en recluse contre la volonté de son père. Ce dernier lui fait construire une chapelle et, selon les voeux de sa fille, édifie une cellule attenante dans laquelle Esclarmonde est emmurée vivante avec pour seule ouverture au monde une fenestrelle pourvue de barreaux. La fin de l'histoire? Et bien pas tout à fait; car la jeune fille a un secret qui, elle est loin de s'en douter, va faire d'elle une recluse d'un genre bien particulier et la faire entrer dans la légende...

Après Coeur Cousu, Carole Martinez s'attaque encore une fois à une histoire atypique et légèrement casse-gueule. Elle aurait pu écrire un récit complètement illuminé ou, au contraire, une violente diatribe contre le catholicisme. Au lieu de ça, l'auteur préfère traiter le sujet à sa manière, dans un style qui mêle légendes et religion, fantômes et croyances populaires, superstitions et réalités triviales, chansons d'amour et croisades. Il faut être particulièrement douée pour réunir tous ces éléments dans un seul roman sans tomber dans le grotesque et encore plus pour donner corps à un personnage comme Esclarmonde. La jeune fille aurait pu rester un être éthéré, mais Martinez lui donne une réelle profondeur et fait d'elle un protagoniste complexe, tiraillée entre son amour pour Dieu et son amour du monde extérieur... Du domaine des murmures est aussi l'histoire d'une femme devenue légende malgré elle et nous montre de ce fait comment les mythes naissent... C'est un roman touchant sans être larmoyant, poétique sans être pompeux, critique sans être virulent... On lit ça comme un conte de fées un peu cruel car la méchanceté des hommes est loin d'être occultée, que ce soit celle du père, de Lothaire, des paysans ou même d'Esclarmonde elle-même... Paradoxalement, aucun de ces personnages ne suscitent vraiment la haine, plutôt une immense pitié. A travers la quête spirituelle d'Esclarmonde, qui vire bientôt au surplace, l'auteur s'interroge sur la croyance en général et sans en nier les effets négatifs (les pélerins qui obéissent au doigt et à l'oeil à celle qu'ils prennent pour une sainte, les croisés engagés dans une guerre lointaine, les paysans tétanisés par les superstitions diverses et variées) semble adhérer à l'idée que, d'une façon générale, l'homme a besoin de croire en quelque chose, que ce soit en Dieu (Esclarmonde),en l'amour (Bérengère), en l'argent (le colporteur Martin) ou aux fantômes... Pas de jugements dans cette oeuvre douce et triste qui sortira en août et qui fera sans doute partie des titres dont on parlera lors de la rentrée littéraire.

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 11:24

L02.jpgL'expédition de Humphry Clinker

Tobias Smollett

éditions Phébus

(1771)

 

Mais si mais si, avouez que ça vous manquait les livres du 18ème siècle... Nous avons déjà parlé de Smollett avec le livre Peregrine Pickle, nous y revenons avec L'expédition de Humphry Clinker, son ultime roman, publié l'année de sa mort. L'ouvrage met en scène une famille  pour le moins curieuse: il y a Bramble, un gentleman-farmer célibataire endurci, rendu grincheux par la goutte et toutes sortes de maux imaginaires; il est accompagné de Tabitha, sa vieille fille de soeur en quête désespérée d'un mari, de son neveu Jery Melford, jeune homme fougueux mais propre sur lui, et de sa nièce Lydia, jeune romantique qui se meurt d'amour pour un acteur rencontré par hasard. Cette petite famille décide d'entreprendre un voyage à travers l'Angleterre et l'Ecosse, flanquée de la suivante de Tabitha, la jeune Jenkins, et fait la connaissance au cours de ses pérégrinations d'un jeune garçon, Humphry Clinker, qui deviendra le valet du chef de famille...

Smolett renoue ici avec deux genres qui, vous vous en êtes probablement rendus compte au fil des notes de ce blog pour les plus studieux, étaient chers au 18ème siècle: le récit de voyage et le roman épistolaire. Ceci dit, on ne pourrait trouver récit de voyage plus différent que celui de Laurence Sterne avec son Voyage sentimental. Là où Sterne ne se souciait ni de descriptions ni de jugements, Smollett, via le personnage bougon de Bramble, a le regard d'un spectacteur critique et sans complaisance aucune. Rien n'échappe à l'oeil perçant d'un narrateur souvent de mauvaise foi et cela ne m'a pas surprise d'apprendre outre mesure que Smollett était lui-même réputé pour avoir un caractère de chien. Mais Bramble n'est pas le seul à s'exprimer et sa correspondance avec le docteur Lewis est mêlée à celle de son neveu, de sa nièce, de sa soeur et même de la suivante, permettant de ce fait une très large multiplication des points de vue. Chacun donne ainsi sa propre vision de son voyage, même s'il n'est pas bien difficile de deviner laquelle est 'la bonne' pour l'auteur: en effet,  Jenkins et Tabitha sont totalement discréditées d'une façon subtile, par une orthographe approximative, voire calamiteuse pour la suivante, qui suggère au lecteur qu'elles n'ont pas les qualités nécessaires pour rendre compte de leur périple. De façon générale, les personnages de Smollett sont égratignés à tour de rôle, voire sérieusement malmenés pour certaines, par un auteur qui pose également sur la société anglaise et écossaise un regard des plus critiques mais toujours assez drôle. Et Humphry Clinker me direz-vous? Quel est son rôle exact, pourquoi apparaît-il comme le personnage éponyme alors qu'il ne prend même pas part à une quelconque correspondance? C'est là toute l'originalité du livre: Clinker est avant tout une espèce de mascotte, un personnage secondaire qui apparaît  cependant de façon récurrente et qui permet à un certain nombres d'intrigues de se mettre en place... Loin d'apparaître comme un valet rusé et impertinent, il se présente comme un garçon simple, naïf et dévot et dont la candeur trouvera à la fin du récit une juste récompense...

L'expédition de Humphry Clinker n'était pas le livre que j'attendais de lire avec le plus d'impatience, Peregrine Pickle m'ayant plus ennuyée qu'autre chose. Mais je dois reconnaître que j'ai apprécié ce pavé plein d'humour, mêlant avec succès intrigues romanesques (la nièce), bouffonneries (Tabitha Bramble), satire sociale (Bramble) et réflexions plus ou moins philosophiques (le neveu). Un récit de voyage plein de mauvaise foi que je recommande sans hésitation aucune.

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 17:15

L09.jpgL'Armée furieuse

Fred Vargas

éditions Viviane Hamy

2011

 

Quelques années après son dernier roman et au grand bonheur de ses fans, Fred Vargas revient avec une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg dans L'armée furieuse. Adamsberg, policier atypique aux raisonnements et aux méthodes peu orthodoxes avait déjà fort à faire dans son propre commissariat parisien: un riche magnat des affaires tué dans l'incendie d'une voiture, une fillette séquestrée par un prétendu grand-oncle... Mais lorsqu'une petite femme apeurée débarque de Normandie pour lui raconter l'histoire de l'Armée Furieuse, une armée de revenants qui assassineraient des criminels, notre héros décide de tout plaquer et, flanqué d'un fils taciturne et d'un pigeon convalescent, débarque à Ordebec pour enquêter sur des histoires de fantômes mais surtout des meurtres bien réels...

Ce qui est agréable avec les romans de Fred Vargas, c'est que ce sont sans doute les policiers les plus optimistes au monde. Ne vous y trompez pas: dans L'Armée furieuse, il y a des morts, des assassins et du sang. Mais les enquêtes sont menées avec une telle désinvolture qu'elles perdent beaucoup de leur gravité et que le lecteur, sans pour autant perdre de son intérêt pour une intrigue rondement menée, n'éprouve pas de réelle angoisse. Le commissaire Adamsberg, personnage unique, a des méthodes brouillonnes et une certaine tendance à lorgner la poitrine de ses suspectes. Sa perpétuelle rêverie ainsi que sa distraction en font un être attachant, à mi-chemin entre Colombo et l'inspecteur Gadget. Ses subalternes sont croqués avec tout autant d'humour et de brio par une Fred Vargas qui excelle dans l'art du portrait. Tous ses personnages sont soignés, si bien qu'elle évite ainsi l'écueil du genre, le manichéisme, ainsi que l'éternelle rengaine "les monstres sont partout" (d'autant plus que dans l'Armée furieuse les monstres sont les premières victimes!) Que dire d'autre? Fred Vargas est un auteur que j'affectionne particulièrement, tant pour son style toujours très drôle que pour ses intrigues soigneusement travaillées, flirtant avec un surnaturel qui s'explique toujours. Je ne peux donc qu'encourager ceux qui ne connaissent pas encore ses écrits à se plonger dans son dernier roman. Que ceux qui n'ont rien lu d'elle avant se rassurent: les allusions aux précédentes enquêtes d'Adamsberg ne gênent en rien la compréhension de la lecture mais vous donneront en revanche envie de découvrir ses autres livres...

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 09:43

L01.jpgAmitié amoureuse

Hermine Lecomte du Nouy

éditions Calmann-Levy

(1896)

 

 

C'est un peu paradoxal que le premier livre de la rentrée littéraire que je lise soit un ouvrage écrit à la fin du 19ème siècle. Amitié amoureuse est en effet un roman épistolaire écrit par une contemporaine de Maupassant, Hermine Lecomte de Nouy, femme de lettres française qui se serait très largement inspirée de sa propre correspondance avec ce dernier. Il raconte l'histoire de deux trentenaires, Denise une femme dont le mari est on ne sait trop où au point qu'on pourrait la croire veuve et qui élève seule sa fille Hélène, et Philippe, un célibataire indécrottable. Ces deux âmes soeurs se rencontrent lors d'une soirée particulièrement ennuyeuse et se lient vite d'amitié au point de ne pouvoir plus rester très longtemps sans nouvelles l'un de l'autre. Amitié? Amour? Qui peut le savoir? Philippe et Denise se croient amoureux à tour de rôle, jamais en même temps, se récrient, se récusent, s'évitent puis se retrouvent dans un chassé-croisé de sentiments, incapables d'envisager leurs existences l'un sans l'autre. Lui, nonchalant, un peu défaitiste, se résigne à ce jeu éternel, peu désireux au fond de connaître les aléas et les déceptions d'une vraie relation sentimentale. Elle se rebelle contre une existence trop sage, et s'abandonne souvent à cette passion sans jamais oser la concrétiser....

J'aime les romans du 19ème siècle, il était logique que j'aime Amitié amoureuse qui au niveau du style est irréprochable même si certains lui reprocheront peut-être le côté ampoulé propre au genre et les éternelles digressions sur les nobliaux. Ceci dit ce que j'ai le plus apprécié dans ce livre, c'est la peinture des sentiments. Tout est remarquablement décrit, amour, jalousie, tendresse... Ce qui m'a le plus frappé, c'est l'inversion des rôles entre les deux personnages: Philippe qui, tout comme une femme, se réfugie dans l'âme et le pur esprit, avide d'un amour platonique, tandis que Denise, pourtant mariée et mère, aspire à une relation charnelle et fait plusieurs fois état de sa frustration devant une passion non consommée. Ces deux-là nous offrent une belle palette d'émotions qui sonnent toujours justes. On souhaiterait pour eux une fin heureuse mais cette fin offre également un goût amer d'inachevé. En écrivant cette note aujourd'hui, je suis quasiment sûre que Amitié amoureuse ne fera partie d'aucune sélection de la rentrée, pas plus qu'il ne déclenchera les passions des amateurs de navets contemporains. C'est bien dommage pourtant car ce livre m'a touchée comme aucun livre ne l'avait fait depuis bien longtemps...

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 10:57

L01.jpgLe grand massacre des chats

Robert Darnton

éditions les Belles Lettres

(1984)

 

Parce de temps en temps il faut parler d'autre chose que de romans de vampires ou de livres des siècles passées, et parce qu'à l'origine et oui! Je suis supposée m'occuper de livres "sérieux", nous allons parler aujourd'hui d'un livre d'histoire dont le titre un peu racoleur Le grand massacre des chats cache un contenu des plus sérieux et des plus intéressants.

Le titre (qui est d'ailleurs la raison pour laquelle mon collègue, connaissant mon amour pour la gente féline, m'a montrée le livre) ne constitue en réalité qu'un chapitre de l'étude de Robert Darnton, universitaire américain spécialiste de la France de l'Ancien-Régime, qui s'emploie à comprendre (ou plutôt reconnaît-il humblement à essayer de comprendre) les attitudes et croyances dans l'Ancienne France. Pour ce faire, il s'appuie sur plusieurs matériaux: le folklore populaire (les contes) qui n'a pour le coup pas grand-chose à voir avec celui véhiculé par Perrault, Perrault étant un écrivain de cour qui a adapté son discours à son public; un témoignage sur un épisode de la vie dans une imprimerie, celui d'un massacre de chats; des rapports de police sur les écrivains; le courrier des lecteurs de Rousseau.... Robert Darnton s'emploie essentiellement à nous démontrer que nos ancêtres du XVIIIème siècle n'ont absolument pas la même mentalité que la nôtre. Constatation qui en fera sans doute rire certains mais n'est-ce pas le grand danger quand nous lisons l'histoire, celui de nous identifier aux acteurs? Ainsi dans le pathétique Manuel d'inculture générale de Basile de Koch, l'auteur sous prétexte de "dynamiter les idées reçues" et de présenter un ouvrage divertissant de culture générale, explique sans aucune vergogne que l'auteur de La prise d'Orange était raciste (époque des croisades tout de même) et Racine un sale flagorneur assujeti au roi. Bref, il émet sans aucune honte des jugements de valeur sur des mentalités qui nous sont étrangères et que nous ne pouvons aujourd'hui que difficilement appréhender. Qui sait si nos descendants ne nous fustigeront pas sévèrement dans les siècles à venir parce que nous mangeons de la viande? La démonstration de Robert Darnton n'a donc rien d'inutile et demande une certaine souplesse d'esprit (en particulier pour les amateurs de chats!)

J'ai trouvé l'ouvrage très intéressant. Je ne suis pas une as de l'histoire et certaines considérations de Darnton sont, je l'avoue, un peu passées par-dessus ma tête, notamment sa réflexion sur l'historiographie. Ne vous y trompez pas: Darnton est un universitaire et si son style est captivant, le sujet est parfois un peu aride. Je pense au chapitre consacré à la rédaction de L'Encyclopédie par exemple. J'ai quant à moi particulièrement apprécié le chapitre sur les contes (un sujet qu'au demeurant je maîtrise mieux) avec une analyse entre autres d'une version populaire du Chaperon Rouge dans laquelle l'héroïne, abusée par le loup, mange sa grand-mère et boit son sang. Le chapitre sur le massacre des chats, bien qu'assez affreux, m'a également beaucoup plu ainsi que l'analyse du courrier des lecteurs de Rousseau. En lisant Rousseau, j'avais toujours eu un sentiment d'exagération devant les torrents de larmes versés par les héros, persuadée que l'auteur en faisait des tonnes. En réalité, il apparaît que les lecteurs de Rousseau et les lecteurs de l'Ancien-Régime en général étaient des hypersensibles et que tous pleuraient beaucoup devant les romans. Des nobles et des bourgeois qui pleurent devant la Nouvelle Héloïse tandis que des ouvriers et des apprentis organisent un grand massacre de chats dans la plus grande hilarité.. Aucune lecture des 1001 livres ne nous permettra jamais de comprendre tout à fait à quoi pensaient exactement nos ancêtres... et c'est peut-être aussi bien comme ça.

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 16:15

L02.jpgAutoportrait de l'auteur en coureur de fond

Haruki Murakami

éditions 10-18

(2007)

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne suis pas une grande amatrice de joggings ou de marathons. Pourquoi courir lorsque l'on peut tout aussi bien marcher? C'est pourquoi il m'a fallu du temps avant de me lancer dans la lecture de Autoportrait de l'auteur en coureur de fond de Murakami, qui est un mélange de biographie fragmentée et de réflexions diverses autour de l'écriture et, vous l'avez deviné. de marathons. Car Murakami, notre auteur, est, lui, un grand amateur du genre et ne conçoit pas son travail de romancier indépendamment de son statut de coureur de fond. Le livre est rédigé sous forme de carnet de bord, relatant ses différents exploits (ou déboires) sportifs, avec de temps en temps des flash-backs et mêlant à l'activité physique une activité intellectuelle, Murakami s'interrogeant sur la notion même de course...

L'idée est intéressante ainsi que le cheminement de pensée de l'auteur qui conçoit la course comme une sorte d'exutoire à un métier qu'il considère comme un "poison". Etre écrivain pour lui a en effet un côté malsain qu'il souhaite contrebalancer par une activité saine. Autant vous dire qu'à la lecture du récit, Murakami apparaît assez vite (ce dont il est parfaitement conscient d'ailleurs) comme un homme assez ennuyeux avec une vie parfaitement réglée, levé aux aurores et couché aux poules et dont le journal révèle un caractère méthodique et un tantinet psychorigide. Mais nous ne jugeons pas ici un homme mais une oeuvre et j'avoue avoir été impressionnée par la réflexion de Murakami sur l'écriture. Pour l'auteur, être écrivain est un vrai travail qui nécessite de l'opiniâtreté et beaucoup de patience. Il est très humble en tant que romancier, ce qui est d'autant plus méritoire quand on connaît ses romans. Son amour pour la littérature transparaît dans une réflexion posée et distante, accessible à tous. Après j'ai été moins emballée par le récit de ses divers marathons et ses pensées tournant autour la course, même abordée de façon philosophique ou littéraire, ont fini par me lasser. Texte relativement court, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, n'a heureusement pas le temps d'ennuyer. Il reste un agréable livre, plus essai que roman d'ailleurs, et ravira les adeptes de Murakami ainsi que tous ceux qui s'interrogent sur l'écriture.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 11:34

L09.jpgMomo

Michael Ende

éditions Bayard Jeunesse

(1973)

 

Si l'on me demandait quel livre m'a le plus marquée dans mon enfance, je répondrais sans hésitation L'histoire sans fin de Michael Ende (rien à voir avec le film, fadasse au possible, avec un Atreju qui shocking! n'avait même pas la peau verte) Je dois avoir relu ce livre une bonne vingtaine de fois, souvent d'ailleurs dans les mêmes conditions que Bastien: dans le grenier avec quelques trucs à grignoter, avec l'espoir d'entrer comme lui dans le livre. Des années plus tard, j'ai découvert que Michael Ende avait écrit d'autres romans et j'ai ainsi découvert Jim Bouton et Lucas le chauffeur de locomotive qui, pour le coup, honnête livre pour enfants, ne m'a cependant pas laissé de souvenirs impérissables. Aujourd'hui, place à une nouvelle découverte, Momo, toujours du même auteur.

Momo est une petite orpheline dont personne ne sait grand-chose. Elle vit dans un amphithéâtre en ruines et, après s'être concertés, les villageois ont décidé de la laisser ici et de s'en occuper tous ensemble. Ils la nourrissent et les enfants viennent jouer avec elles. Très vite, Momo devient un personnage incontournable. Ce n'est pourtant qu'une enfant ordinaire mais elle a un talent rare: elle sait écouter. Aussi pour tous, elle est une sorte de mascotte. Cependant les nuages s'assombrissent; de mystérieux hommes gris arrivent en ville et se mêlent aux gens. Curieusement, à leur approche, les gens n'ont plus de temps: ils sont bousculés et perdent tout goût de vivre. Qui sont ces personnages et que veulent-ils? En tous cas, pour eux Momo représente un danger...

Que ce soit bien clair: il s'agit d'un livre pour enfants. Aussi la plupart d'entre vous ne trouveront pas un intérêt majeur à cette histoire écrite dans un style assez enfantin et plutôt naïf. Mais dans son genre, Momo, possède des qualités uniques: j'ai particulièrement apprécié encore une fois l'imaginaire de l'auteur qui crée pour nous des lieux et des situations d'une poésie rare: la salle du temps, les fleurs horaires et même les affreux petits hommes en gris avec leurs cigares empoisonnés. Il ne suffit cependant pas de créer un monde, il faut aussi l'animer. Or, Michael Ende parvient à donner au récit une réelle émotion: la solitude et la détresse de Momo quand elle attend en vain ses amis, l'angoisse de Gigi qui se rend compte qu'il est devenu un menteur, la tristesse de Beppo, le vieux balayeur... De la sorte, Momo a tout du conte mais sans l'aspect toujours vaguement creux de ce dernier. Momo n'a rien d'exceptionnel: la plupart du temps elle se comporte comme une petite fille lambda et sa naïveté et sa vulnérabilité permettent au lecteur de s'attacher plus facilement à elle que si elle avait été une super-héroïne. En bref, Momo a tout d'une jolie fable qui m'a permis le temps de quatre cent pages de me replonger dans l'univers de mes dix ans...

 

Ps: Je profite de cet article pour remercier une gentille lectrice aperçue hier lors des Imaginales à Epinal (je suppose qu'il s'agit de EB mais je n'ai pas eu le temps de lui demander son nom!) et qui est venue rapidement me saluer. C'était très gentil de sa part et j'ai été très touchée! Désolée de n'avoir pas eu plus de temps à lui consacrer et j'espère que la prochaine fois nous aurons plus de temps pour bavarder... En tous cas je suis contente de savoir que ce blog continue à lui plaire...

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