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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 16:12

L10L'homme et la femme sensible

Henry MacKenzie

Ecco Print Editions

(1771)

 

Les 1001 livres... vous amènent parfois à découvrir des auteurs mais aussi des éditions curieuses: ainsi, la seule traduction française que j'ai pu trouver de l'oeuvre de MacKenzie, auteur anglais du 18e siècle,est un manuscrit (je n'ose pas parler de livre à ce stade) mal imprimé (du style mémoire rédigé par un étudiant pressé), écrit en vieux français et vraisemblablement d'origine anglaise. J'avoue que cela m'a beaucoup intriguée aussi si quelqu'un a des informations sur cette édition, je suis preneuse! Mais place à l'histoire.

L'homme et la femme sensible est un ouvrage relatant la vie de Harley, jeune homme qui fait son éducation en parcourant le monde. Harley est un homme sensible: il est en proie à toutes les émotions humaines, s'émeut sur le sort d'une prostituée, d'un vieux soldat ou d'une folle, subit les affres de la jalousie en voyant son amour secret, miss Walton, en épouser un autre et aime à juger les gens d'après leur physionomie, ce qui vous vous en doutez bien, a plutôt tendance à lui attirer des ennuis. Que dire d'autre? L'homme sensible est un roman extrêmement curieux également, sans véritable intrigue (on saute allégrement du coq à l'âne, certains passages sont carrément manquants) avec un narrateur euh c'est qui exactement le narrateur? En bref, on comprend pas grand-chose à l'histoire et il vaut mieux se concentrer sur la représentation des émotions, pour le coup assez joliment décrit. Mon passage préféré est celui où Harley, visitant Bentham (un asile de fous) fait la connaissance d'une jeune femme à qui un amour perdu a fait perdre la raison : "Je voudrais pleurer aussi mais mon cerveau n'a plus de larmes à me donner. Il brûle, il brûle, il brûle (...) sois tranquille, pauvre coeur agité, mon Billy est froid!" Harley est un homme émouvant également, même s'il est souvent assez niais, victime de ses sentiments, et on s'attendrit facilement sur lui et sur son sort qui ne peut être, vous vous en doutez bien, que tragique. Faisant suite au récit de L'homme sensible, nous avons La femme sensible, récit tout d'un bloc relatant l'histoire d'une jeune femme amoureuse qui fuit avec un marin de la maison de son père et qui se retrouve à vivre des aventures plus misérables les unes que les autres. Là encore, la narration est hasardeuse puisqu'à la fin du récit, le lecteur est dans l'incapacité de déterminer qui est la narratrice (l'héroïne, sa protectrice?) et le brouillard enveloppe une histoire par ailleurs pour le coup trop larmoyante pour être réellement intéressante. Au bout du compte, je suis ressortie assez perplexe de ma lecture, ignorant si cette incompréhension était le fait de la traduction ou du texte en lui-même. Mais bon, c'était intéressant quand même...

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 11:54

L05.jpgQue font les rennes après Noël?

Olivia Rosenthal

éditions Verticales

(2010)

 

Bonne question n'est-ce pas? En tous cas si vous vous intéressez au père Noël et à ses rennes... N'ayant jamais cru au père Noël, c'est une question qui pour le coup ne m'a jamais empêchée de dormir, ce qui n'est assurément pas le cas de notre héroïne sans nom qui a toujours développé une passion pour les animaux. Manque de chance ses parents ont toujours refusé de lui en donner un. Parallèlement, la narration met en scène un éleveur, boucher, soigneur? (rayer la mention inutile) qui témoigne de son expérience dans les zoos, les laboratoires d'expérimentations, les abattoirs, les élevages, bref dans tous ces lieux où l'animal est sous contrôle de l'homme. 

Le but de l'auteur est simple: il s'agit de mettre en parallèle un animal emprisonné, pris au piège, avec une jeune fille lambda qui a le sentiment d'être elle-même prise au piège, élevée contre sa nature. Bon, résultat des courses, la réalité de sa nature est somme toute assez décevante: je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire, une femme qui se découvre psychopathe, schizophrène, enfin quelque chose d'assez comparable à l'histoire du film La féline dont la narration relate l'histoire, celle d'une femme ordinaire qui, peu après son mariage se transforme en panthère. Vous verrez, le dénouement est plus banal, mais là n'est pas la question. L'idée de base n'est pas inintéressante (l'histoire d'une jeune fille puis femme qui lutte contre sa propre nature, tentant de se fondre dans un moule) et le rapprochement avec le monde animalier est plutôt bien vu. Olivia Rosenthal nous brosse une description saisissante des zoos, des élevages et autres, descriptions qui pour le coup m'ont presque plus intéressée et plus touchée que la narration concernant l'héroïne (au fond c'est moi le monstre) En bref, la partie "documentaire" est plus prenante que l'histoire en elle-même. Et pourquoi me direz-vous? Pour une raison très bête: le style. L'auteur n'avait manifestement pas envie de se fondre dans la masse des auteurs de commun et, au lieu d'opter pour une narration traditionnelle, décide d'alterner la narration à la première personne du singulier (l'éleveur/boucher/soigneur, rien à dire là-dessus) avec une narration... à la deuxième personne du pluriel (le Vous de majesté de l'héroïne). Et là, c'est l'horreur. Autant vous dire; si j'avais lu la quatrième de couverture avant d'emprunter le livre, j'aurais reposé le livre directement sur la table. Non mais!  Voici un extrait:

" Vous ne désirez rien d'autre que de faire plaisir à votre mère. Vous ne désirez rien d'autre que de vous soustraire au regard de votre mère. Votre propre ambivalence vous empêche de prendre des décisions. Vous gardez le silence. Vous grandissez."

Vous me direz: un paragraphe ça va. Mais la moitié d'un roman comme ça, c'est lourd, vraiment très lourd. D'autant plus qu'Olivia Rosenthal, sans doute fan des oeuvres de Marguerite Duras à ses heures perdues, n'hésite pas à user et abuser des répétitions pour bien montrer à quel point son héroïne doit se taire, grandir, etc. "Vous vous préparez" ,"Vous vous oubliez" ou "Vous vous retenez" sont ainsi répétés de long en large, procédé qui avait sans doute un grand succès dans les années 70 mais qui paraît maintenant furieusement démodé. C'est aussi subtil qu'un écriteau annonçant: "ATTENTION, HEROINE COMPLEXEE SUR LE POINT DE VIVRE MUTATION MAJEURE DANS SA VIE" et ça a le petit côté pompeux que je déteste: "Regardez-moi je ne suis pas un vulgaire écrivain qui se contente d'écrire des histoires, je manie la langue française moi." A-t-on le droit de préciser: mal?

Si donc vous êtes amateur de que le roman français a de plus prétentieux et que vous avez envie de vous la jouer en parlant d'un roman primé (car ce genre de livres hélas! remporte des prix) alors n'hésitez pas! Moi, enfin je veux dire vous, Vous vous taisez.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 09:35

L01.jpgPiège nuptial

Douglas Kennedy

éditions Pocket

(1994)

 

Nick, journaliste américain amateur de plans foireux et de petits boulots minables a décidé de frapper très fort sur ce coup-là. En voyant un simple carte routière du pays, sur un coup de tête, il décide de partir pour l'Australie lui qui n'a jamais voyagé hors des Etats-Unis. Une erreur qu'il ne tarde pas à regretter sitôt arrivé au milieu de nulle part, ce qui ne l'empêche pas de persévérer en achetant une camionnette pourrie à un couple de cinglés mystiques, de conduire en pleine nuit dans le bush australien et se faire de la sorte percuter par un kangourou et, enfin, de prendre en stop et de se laisser séduire par une charmante autochtone, Angie, qui se révèle aussi une dangereuse cinglée... Tombé dans le panneau, Nick se fait ainsi droguer, enlever et épouser par Angie qui l'emmène de force dans son village au fin fond de l'Australie. Wollanup est une communauté vivant quasiment en autarcie, oubliée de tous et avec son propre règlement. Nick ne tarde pas à comprendre qu'il est pris au piège...

Douglas Kennedy si vous ne connaissez pas est un auteur qu'on peut qualifier de sans prétention. Le style est coulant mais sans rien d'exceptionnel, les histoires ne sont jamais des brûlots. En revanche, dans son genre, il est plutôt doué, naviguant entre le roman et le policier avec une parfaite aisance et c'est faute de terme plus approprié, un très bon conteur. Quand on commence un de ses livres, on va jusqu'au bout et c'est encore plus vrai avec Piège Nuptial qui est à ce jour mon préféré. Déjà parce que c'est assez drôle. Narré à la première personne, le récit de Nick prend de ce fait une dimension beaucoup plus cynique, le héros narrateur n'hésitant pas à faire de l'Australie la description d'un enfer sur terre et forçant le trait des autres personnages. Angie, vue à travers les yeux de son "mari" est une protagoniste absolument hilarante, une brute avinée, une Misery sauce australienne capable de sussurer des mots d'amour après avoir flanqué une torgnole à son époux. Les autres habitants de Wollanup ne sont guère mieux, si ce n'est la douce Krystal, la soeur de Angie, d'ailleurs le seul personnage tragique de l'histoire. On rit donc beaucoup devant cette communauté donc la seule occupation est de picoler et de dépecer des kangourous; on rit aussi beaucoup des réactions de Nick qui, sans complaisance, se peint comme un être asocial, un aventurier de pacotille qui, après avoir passé deux jours dans le bush, se hâte de retrouver la ville et qui se fait gentiment pièger non seulement par Angie mais par à peu près tous les australiens qu'il rencontre. Ceci dit, il y a également un bon suspens (à noter d'ailleurs que la première traduction française de Piège Nuptial, Cul-de-Sac, était publié dans une collection de policiers) et le lecteur lit les derniers chapitres d'une traite, impatient de savoir si oui ou non Nick va se sortir de cette galère. En bref, pour une lecture de vacances, n'hésitez pas: Kennedy est l'homme qu'il vous faut! Le tout après, c'est de n'être pas trop dégoûté par l'Australie...

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 15:20

L01.jpgBal de givre à New York

Fabrice Colin

éditions Albin Michel

2011

 

 

Anna a eu un accident de voiture et se réveille désorientée, à demi amnésique. Pourquoi a-t-elle la sensation de connaître depuis toujours le beau jeune homme qui l'a percutée, Wynter, et dont elle tombe amoureuse aussitôt? Autour d'elle, New York est tout en neige et en glace. Anna évolue au milieu de la blancheur et des édifices de verre de son père, célèbre architecte et dont l'absence provoque la ruine successive de ses constructions. Anna ignore si ses parents sont morts, peine même à se rappeler leurs visages. Invitée au bal de givre par Wynter, elle ne songe qu'à la robe qu'elle va mettre ce jour-là. Mais quelque chose cloche: sa mémoire engourdie, le mystérieux inconnu au masque qui laisse des vers de Shakespeare ça et là dans New York et qui veut enlever la jeune fille...  

J'avais dit beaucoup de mal de Fabrice Colin dans ma note sur son livre Le maître des dragons. Je suis très contente aujourd'hui d'avoir surmonté ma réticence et lu Bal de givre à New York qui n'a absolument rien à voir, si ce n'est que, tout comme le précédent, il s'agit d'un roman pour la jeunesse. Mais cette fois, Fabrice Colin n'a pas l'air de prendre son lecteur pour un attardé tout comme il ne s'amuse pas à enchaîner mésaventures bidons et réflexions philosophiques pourries. A l'image du décor, le style est épurée et l'héroïne, larguée dans un monde dont elle se souvient à peine, est plutôt sympathique, narratrice hésitante évoluant d'un pas chancelant dans ce New York aux allures d'un conte de fées et se laissant mener par un prince charmant énigmatique. Après, je ne peux pas trop vous en dire sur l'intrigue au risque de tuer tout suspens, juste revenir sur cette atmosphère unique que l'auteur parvient à tisser grâce aux descriptions d'une cité neigeuse, d'édifices élancées, de lumière grisâtre... En lisant le récit, le lecteur a l'impression, à l'instar d'Anna, de marcher lui-même dans un brouillard cotonneux où tout bruit et toute polémique semblent étouffés. La narration elle-même est menée d'une main de maître, laissant petit à petit les indices prendre sens et rythmée par les vers de Shakespeare. C'est poétique et délicat et si l'épilogue m'a laissée plus dubitative (un tantinet bâclé peut-être) l'ensemble a tout d'une sculpture finement ciselée. Ce qui est dommage c'est que ce roman, tout comme beaucoup de romans adolescents dont j'ai déjà parlé (Le pacte de minuit ou encore 13 raisons) est atypique: pas sûr qu'il se vende énormément et c'est très très dommage...

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:42

L01.jpgLe vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jonas Jonasson

éditions Presses de la Cité

(2009)

 

Allan Karlsson, résident d'une maison de retraite suédoise, décide qu'il n'a pas envie d'assister à la fête donnée en son honneur pour son centième anniversaire. Ni une ni deux le voilà qui échappe à la vigileance de la terrifiante soeur Marie et qui, encore en charentaises, saute par la fenêtre de sa chambre . Son objectif: prendre le premier bus qui passe et s'éloigner le plus vite possible. Plan qui aurait plutôt bien fonctionné si, à la gare, Allan, agacé par l'insolence d'un jeune blanc-bec, ne lui avait pas volé sa valise... Or, la valise est celle d'un trafiquant de drogue et se révèle bientôt synonyme d'ennuis...

Comparé à des oeuvres de Paasilinna, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire présente effectivement quelques ressemblances avec ces dernières; le ton franchement humoristique et un road-moavie mettant en scène des personnages improbables et décalés (un centenaire doué dans le maniement des explosifs, un vendeur de hot-dogs sans scrupules, un éternel étudiant presque diplômé en tout, une femme qui a pour animal de compagnie un éléphant, un policier dépressif). J'ai trouvé ça moins drôle que Petits suicides entre amis, mais j'ai bien ri quand même aux mésaventures de ce vieillard apolitique et amoral, en cavale avec une bande d'énergumènes tout aussi étranges que lui. Le récit est interrompu par des flash-back relatant l'histoire de Karlsson depuis sa naissance jusqu'à son centième anniversaire: l'auteur, sans scrupules, lui fait rencontrer des personnages du siècle dernier: Franco, Staline, Mao, Truman, De Gaulle.... Allan est une sorte de Forrest Gump mais beaucoup moins lisse et benêt qui intervient à des moments-clés de l'histoire mondiale et, balloté entre communistes, américains et autres, voyage à travers le monde et poursuit son petit bonhomme de chemin, ne demandant rien d'autre qu'un coup à boire de temps en temps. Certains passages sont franchement hilarants (je pense par exemple à la rencontre avec Herbert Einstein, le demi-frère benêt du génie, ou encore au séjour que Allan fait à Bali) d'autres sont plus inégaux. Jonas Jonasson est à la base journaliste et cela se ressent dans un style parfois poussif et quelques longueurs. Le roman aurait gagné à être plus court mais ne boudons pas notre plaisir non plus: de nos jours, les romans humoristiques sont rares...

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 10:43

L01.jpgDôme

(roman 2)

Stephen King

éditions Albin Michel

(2009)

 

Suite et fin du roman de Stephen King Dôme. Pour ceux qui souhaitent le lire mais qui n'ont pas encore commencé, passez votre chemin pour ne pas trop en apprendre. Les autres peuvent rester avec moi.

ça se complique sérieusement à Chester's Mill, petite ville prisonnière d'un dôme mystérieux depuis moins d'une semaine pourtant. Big Jim, le second conseiller municipal, mène sa cité d'une main de fer, si obsédé par le pouvoir qu'il ne se rend pas compte de la situation dramatique: l'air qui commence tout doucement à devenir irrespirable, les suicides, la folie de son fils, la panique qui s'installe... La police composée essentiellement de jeunes délinquants tourne à la Gestapo et Barbie, notre héros, prisonnier pour des meurtres qu'il n'a pas commis, sait que ses jours sont comptés et que son exécution ne saurait tarder...

Rendons à Stephen King les honneurs: dans ses romans, ce n'est pas parce qu'on est un chien, un enfant ou un héros récurrent qu'on s'en sort automatiquement. Ainsi, si le tome 1 était déjà assez fourni en terme de morts, ce n'est rien comparé au tome 2 qui, lui, est un véritable bain de sang. Qui plus est, il ne s'agit pas cette fois de personnages dont, il faut bien l'avouer, on n'en avait un peu rien à faire, mais de protagonistes à qui le lecteur s'était attaché au fil des pages. Stephen King a aussi l'art et la manière de créer un huis-clos étouffant à souhait qui fait de personnages somme toute assez ordinaires (un drogué, un politicien véreux, de jeunes délinquants) de véritables monstres. L'enfer c'est les autres résume assez bien un roman moins fantastique qu'horrifique qui décortique sans complaisance les faiblesses des protagonistes et n'hésite pas à démontrer l'absurdité de la condition humaine: actes d'héroïsme inutiles, tentatives d'évasion vouées à l'échec, morts lamentables... Même la fin a un petit côté désespéré. C'est noir, très noir, mais aussi très prenant: la fin du récit sonne comme un compte à rebours sinistre. Prenez dès à présent les paris pour savoir combien il restera de survivants du Dôme... à supposer qu'il en reste.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 19:34

L01.jpgVoyage sentimental en France et en Italie

Laurence Sterne

éditions Rivages

(1767)


 

Partir... un peu beaucoup à la folie... Je ne sais pas  pour vous, mais moi je rêve de vacances. Alors, à défaut de pouvoir partir pour de bon, partons avec Laurence Sterne l'auteur de l'inoubliable Vie de Tristram Shandy dans un Voyage sentimental en France et en Italie. Sauf qu'en fait, Sterne n'écrira que sur la France et mourra avant de poursuivre son récit. Donc on va rester en France, pour nous c'est pas très dépaysant mais il faut ce qu'il faut et puis on aura de jolies descriptions de sites touristiques, du style carte postale du 18ème siècle, ce sera chou. Oui, mais attendez c'est de Laurence Sterne dont il est question, l'auteur qui a mis deux volumes à faire naître son personnage principal dans Tristram Shandy. Donc exit les cartes postales, dans Voyage sentimental en France et en Italie, point de descriptions, point de considérations sur les moeurs, point d'études sociologiques, point d'envolées lyriques sur la beauté des paysages... Euh en fait il y a quoi dans le livre de Sterne? Et bien, c'est du Sterne quoi: l'un des personnages de Tristram Shandy, le pasteur Yorick, décide de visiter la France et l'Italie; mais loin de s'extasier sur les monuments ou les sites, le narrateur préfère s'attarder sur des événements de son voyage qui peuvent sembler anodins aux amateurs  du genre: un âne mort sur le bord de la route, un franciscain venu demander l'aumône, un mendiant d'un genre un peu particulier, une séduisante voyageuse, une charmante servante, un valet pas très doué.... Le récit, enlevé, est plein d'humour et prend un malin plaisir à tromper les attentes d'un lecteur qui croyait avoir un portrait de la France et de ses habitants. Portrait certes il y a mais vu à travers le filtre du voyageur tour à tour cupide et candide, anglais jusqu'au bout des ongles et qui se définit comme un "sentimental", voyageur qui prend tout de même plusieurs pages pour nous expliquer qu'au fond voyager ne sert pas à grand-chose. Ce qui est le plus le fort dans ce texte de Sterne, c'est que jamais le cynisme ne prend le pas sur une légèreté volontaire. C'est ironique, jamais méchant. Il y a une certaine nonchalance dans ce voyage d'un homme qui se contente de traverser Calais, Paris, etc. en charrette et de tomber amoureux de toutes les femmes qu'il croise. Pas de polémiques, pas de grincements de dents, juste une moquerie gentille et quelques jolies scènes croquées sur le vif. Ce n'est pas un roman inoubliable certes. C'est seulement un roman qu'on traverse paisiblement, flânant au gré des incidents de l'histoire et des mésaventures (insignifiantes) de Yorick. Ceci dit, du fait de sa simplicité trompeuse j'ai préféré Voyage sentimental en France et en Italie à Tristram Shandy. Tristram Shandy me faisait l'effet d'un pudding, pas mauvais en soi, mais indigeste à haute dose; Voyage sentimental évoque plutôt une délicate crème anglaise parsemée de copeaux de chocolat à déguster par petits bouts. Ah zut c'est malin, j'ai faim maintenant. Allez, à défaut de pouvoir voyager, allons manger des chocolats justement et, avec du retard, bonne fête de Pâques à tous!

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:17

L01.jpgA comme Association

Les limites obscures de la magie

Pierre Bottero

éditions Gallimard jeunesse/ Rageot éditeur

(2010)

 

Deuxième volume de la sympathique collaboration entre Pierre Bottero et Erik L'Homme, Les limites obscures de la magie, à part son titre tout aussi nébuleux que le premier, tient les promesses de la série et nous plonge dans un monde de magie et d'humour. Cette fois, c'est Bottero qui s'y colle et qui met en scène son héroïne Ombe. Ombe n'a pas grand-chose à voir avec Jasper, le héros de Erik l'Homme. Jasper est un adolescent de quinze ans au look un peu gothique, avec des jeux de mots pourris et un sex-appeal  proche du néant. Ombe elle est une jeune fille de dix-huit  ans qui a beaucoup de succès auprès de la gente masculine, une Lara Croft version blonde qui sillonne la ville endormie en moto, une orpheline qui, contrairement à Jasper, ne craint ni les coups ni la bagarre. Et pour cause: elle est quasiment incassable. Tout comme Jasper, elle a été recrutée par l'Association, une organisation secrète servant à faire le lien entre Normaux et Anormaux et tout comme lui, elle mène sa mission avec beaucoup d'enthousiasme. Le problème d'Ombe en revanche est sa nullité crasse dans le domaine de la magie et sa façon bien particulière et pas très discrète de gérer les dites missions...

Je craignais un peu ce deuxième tome, en partie suite aux réserves d'entre vous qui préféraient le style de L'Homme à celui de Bottero. A mon grand soulagement, j'ai tout autant apprécié ce roman que le précédent. Certes, l'héroïne est un peu moins attachante que Jasper, mais Bottero a eu l'intelligence de ne pas en faire une héroïne trop lisse: elle se révèle mauvaise en magie, un peu voleuse sur les bords et parfois même midinette. De ce fait elle est tout aussi drôle à mon sens que le héros de L'Homme même si elle tombe un peu parfois dans la caricature. Au niveau du style, rien à dire, pour moi il ressemble beaucoup à celui L'Homme, si ce n'est que Bottero met moins de points d'exclamations (merci!). L'histoire est sympathique, le ton léger avec un fil rouge qui commence tout doucement à se mettre en place et on prend plaisir à suivre les péripéties de nos agents stagiaires... Allez pas de jaloux! Je mets le même petit lapin que pour Erik L'Homme...

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 19:02

L06.jpg

La vie d'une autre

Frédérique Deghelt

éditions Livre de Poche

(2007)

 

L'oubli est un joli mot. C'est aussi une chose à laquelle certains d'entre nous aspirent parfois. Oublier les moments douloureux, les situations embarrassantes... Oublier même les personnes qui nous ont fait souffrir. En tous cas l'oubli est la solution de notre héroïne du jour: Marie a 25 ans lorsqu'elle rencontre le beau Pablo au cours d'une soirée bien arrosée. Après une nuit torride, elle se réveille au matin à ses côtés. Rien que de très normal à un détail près: elle a douze ans de plus, elle est mariée au Pablo en question et elle a trois enfants.

Ok, l'idée de départ était vraiment intéressante. Je me réjouissais de lire ce livre, vraiment, d'autant plus qu'il m'avait été conseillée par deux personnes de goût, une gentille collègue (pardon Nath) et par une gentille lectrice (pardon Yara). Ne me frappez pas, ne lisez pas cet article: je n'ai pas du tout aimé.

Le rejet tient d'abord au style de l'écriture: la narratrice est l'héroïne elle-même et la façon de raconter l'histoire (quasiment pas de pauses, pratiquement pas de dialogues directs, de très longs chapitres) devient de ce fait très vite étouffante. Ce n'est que déballage psychologique et le moindre mouvement devient vite à prétexte à l'analyse. En clair: Marie est une tête à claques supposée réagir comme un femme de 25 ans, mais qui s'exprime bien comme une femme d'âge mûr, ce qui fait que son amnésie paraît factice. En face de notre héroïne merveilleuse, nous avons l'étalon Pablo, son mari (ça c'est pour le côté exotique de l'histoire, un Jean-Pierre ou un Fabrice aurait tout de suite paru moins romanesque) qu'on a envie de frapper dès son premier tango langoureux. Je ne parle même pas des enfants, supposés être des anges (c'est bien connu les enfants sont tout le temps adorables) dont l'héroïne instinctivement sait s'occuper. D'après ce qu'on comprend, Marie avant son amnésie avait une vie parfaite (elle était riche, avait une relation de couple épanouie, allait plusieurs fois par mois à l'institut de beauté et tous les étés dans le Sud) et on comprend pratiquement tout de suite avec horreur que l'auteur ne compte absolument pas faire preuve de subtilité en démontant le mécanisme ni remettre en question cette vie qui sent bon la bourgeoisie rance. Trop subtil, mieux vaut jouer sur la bonne vieille carte de l'héroïne devenue amnésique parce qu'elle souffrait trop (j'ai vérifié; ça marche pas) à la suite d'un événement dont nous ignorons tout mais qui a fait basculer son couple modèle. Rassurez-vous cependant: comme c'est un livre "optimiste" (dixit la quatrième de couverture) tout finit bien, ce n'est que guimauves et pétales de rose avec une réflexion psychologique on le sent très poussée sur le mariage (c'est bien), les célibataires (c'est mal parce qu'elles sont trop exigeantes, qu'elles ne font pas d'efforts pour le mâle et/ou qu'elles ne pensent qu'à leurs carrières) et les vilaines prédatrices avides d'hommes mariés (celles-là ce sont les pires, il faudrait les pendre sur la place publique avec leurs abats ces chiennes) Ajoutez à cela quelques danses lascives, une ou deux chansons d'amour, une carte postale de Venise, quelques bons clichés sur les provençaux un peu péquenauds qui se réunissent le soir pour boire un pastis et sur les méchants parisiens moroses qui feraient bien d'aller visiter le Sud, et vous avez le parfait cocktail du roman de gare pour femme au foyer jeune ou moins jeune adepte de Pancol ou d'Alexandre Jardin. Quant à moi, je vous prie de m'excuser, il me faut d'urgence aller oublier ce livre...

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 13:00

L01.jpgInstinct 1

Vincent Villeminot

Editions Nathan

2011

 

 Je ne sais pas pour vous mais moi, l’idée de pouvoir me transformer en animal m’a parue toujours sympathique. Devenir oiseau pour découvrir le monde d’en haut, petite souris pour se faire oublier ou, au contraire, lion pour donner quelques coups de pattes soigneusement choisies… Hélas, ça ne fonctionne pas comme ça donc, à défaut de vivre ça dans la réalité, voyons ce que ça donne dans la fiction.

Et ça commence avec un adolescent de dix-sept ans, Tim Blackhills, notre héros, qui accompagne ses parents à Seattle pour récupérer son frère et meilleur ami Ben, de retour d’un stage archéologique. Véritables têtes brûlées, les frères Blackhills n’aiment tant rien d’autre que partir en expédition ensemble et rêvent de devenir des aventuriers tous les deux. Mais leurs projets tournent court : sur le chemin du retour, la famille a un accident de voiture. Les parents de Tim et Ben sont tués. Tim ne garde lui-même que des souvenirs confus du drame mais se souvient en revanche d’une chose : juste après l’accident, l’espace de quelques heures, il est devenu grizzli. Est-il devenu fou suite à la consommation de quelque drogue, est-il responsable de l’accident et de la mort de sa famille ? A-t-il seulement rêvé ? Ce n’est pas l’opinion du professeur Mcintyre qui, persuadé que Tim a le pouvoir de se transformer, l’invite à venir séjourner dans son institut de recherches au cœur des Alpes avec d’autres patients tous dotés du même pouvoir. Tim fait ainsi la connaissance de la mystérieuse Flora et du jeune prodige Shariff. Initié, il découvre également que se métamorphoser n’est pas sans risques…

Instinct, malgré son appartenance à la catégorie jeunesse, n’a pas grand-chose à voir avec un gentil roman fantastique où des hommes devenus loups s’ébattent gaiement dans la prairie en se plaignant de leur pilosité mal venue. Il y a une certaine sauvagerie dans ce récit qui débute d’entrée de jeu par la mort de toute la famille du héros et qui met en scène plusieurs fois la violence : violence animale certes, celle de Tim qui, transformé, devient incontrôlable, mais surtout violence humaine, celle des « chasseurs » qui sont prêts à tout pour des proies aussi rares que celles des « anthropes ».Cette violence est d’autant plus choquante que, loin d’être banalisée par l’auteur, elle est montrée dans toute son horreur et sans complaisance. Manque de complaisance qui se retrouve également dans des personnages qui sont loin d’être parfaits. Tim est un élève médiocre, un peu trouillard, consommateur occasionnel de drogues, Flora est une névrosée caractérielle et sociopathe, terrifiée à l’idée que l’on puisse découvrir la nature de sa métamorphose (allez savoir pourquoi d’ailleurs car elle ne se transforme pas en cafard ou en chèvre non plus) Bref, Instinct est un roman qui porte bien son nom, assez sombre, et qui met en scène des héros qui luttent pour accepter leur double nature. C’est un peu trop « adolescent » à mon goût parfois avec l’inévitable bluette sentimentale mais c’est une bluette qui, tout du moins, a le mérite de servir à l’intrigue et non pas de l’éclipser. C’est donc plutôt une réussite et la fin du livre, servi par un bon suspens (la dernière partie du roman est tout simplement impossible à lâcher) nous fait regretter que la suite ne soit pas encore sortie…

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