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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 09:43

L01.jpgAmitié amoureuse

Hermine Lecomte du Nouy

éditions Calmann-Levy

(1896)

 

 

C'est un peu paradoxal que le premier livre de la rentrée littéraire que je lise soit un ouvrage écrit à la fin du 19ème siècle. Amitié amoureuse est en effet un roman épistolaire écrit par une contemporaine de Maupassant, Hermine Lecomte de Nouy, femme de lettres française qui se serait très largement inspirée de sa propre correspondance avec ce dernier. Il raconte l'histoire de deux trentenaires, Denise une femme dont le mari est on ne sait trop où au point qu'on pourrait la croire veuve et qui élève seule sa fille Hélène, et Philippe, un célibataire indécrottable. Ces deux âmes soeurs se rencontrent lors d'une soirée particulièrement ennuyeuse et se lient vite d'amitié au point de ne pouvoir plus rester très longtemps sans nouvelles l'un de l'autre. Amitié? Amour? Qui peut le savoir? Philippe et Denise se croient amoureux à tour de rôle, jamais en même temps, se récrient, se récusent, s'évitent puis se retrouvent dans un chassé-croisé de sentiments, incapables d'envisager leurs existences l'un sans l'autre. Lui, nonchalant, un peu défaitiste, se résigne à ce jeu éternel, peu désireux au fond de connaître les aléas et les déceptions d'une vraie relation sentimentale. Elle se rebelle contre une existence trop sage, et s'abandonne souvent à cette passion sans jamais oser la concrétiser....

J'aime les romans du 19ème siècle, il était logique que j'aime Amitié amoureuse qui au niveau du style est irréprochable même si certains lui reprocheront peut-être le côté ampoulé propre au genre et les éternelles digressions sur les nobliaux. Ceci dit ce que j'ai le plus apprécié dans ce livre, c'est la peinture des sentiments. Tout est remarquablement décrit, amour, jalousie, tendresse... Ce qui m'a le plus frappé, c'est l'inversion des rôles entre les deux personnages: Philippe qui, tout comme une femme, se réfugie dans l'âme et le pur esprit, avide d'un amour platonique, tandis que Denise, pourtant mariée et mère, aspire à une relation charnelle et fait plusieurs fois état de sa frustration devant une passion non consommée. Ces deux-là nous offrent une belle palette d'émotions qui sonnent toujours justes. On souhaiterait pour eux une fin heureuse mais cette fin offre également un goût amer d'inachevé. En écrivant cette note aujourd'hui, je suis quasiment sûre que Amitié amoureuse ne fera partie d'aucune sélection de la rentrée, pas plus qu'il ne déclenchera les passions des amateurs de navets contemporains. C'est bien dommage pourtant car ce livre m'a touchée comme aucun livre ne l'avait fait depuis bien longtemps...

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 10:57

L01.jpgLe grand massacre des chats

Robert Darnton

éditions les Belles Lettres

(1984)

 

Parce de temps en temps il faut parler d'autre chose que de romans de vampires ou de livres des siècles passées, et parce qu'à l'origine et oui! Je suis supposée m'occuper de livres "sérieux", nous allons parler aujourd'hui d'un livre d'histoire dont le titre un peu racoleur Le grand massacre des chats cache un contenu des plus sérieux et des plus intéressants.

Le titre (qui est d'ailleurs la raison pour laquelle mon collègue, connaissant mon amour pour la gente féline, m'a montrée le livre) ne constitue en réalité qu'un chapitre de l'étude de Robert Darnton, universitaire américain spécialiste de la France de l'Ancien-Régime, qui s'emploie à comprendre (ou plutôt reconnaît-il humblement à essayer de comprendre) les attitudes et croyances dans l'Ancienne France. Pour ce faire, il s'appuie sur plusieurs matériaux: le folklore populaire (les contes) qui n'a pour le coup pas grand-chose à voir avec celui véhiculé par Perrault, Perrault étant un écrivain de cour qui a adapté son discours à son public; un témoignage sur un épisode de la vie dans une imprimerie, celui d'un massacre de chats; des rapports de police sur les écrivains; le courrier des lecteurs de Rousseau.... Robert Darnton s'emploie essentiellement à nous démontrer que nos ancêtres du XVIIIème siècle n'ont absolument pas la même mentalité que la nôtre. Constatation qui en fera sans doute rire certains mais n'est-ce pas le grand danger quand nous lisons l'histoire, celui de nous identifier aux acteurs? Ainsi dans le pathétique Manuel d'inculture générale de Basile de Koch, l'auteur sous prétexte de "dynamiter les idées reçues" et de présenter un ouvrage divertissant de culture générale, explique sans aucune vergogne que l'auteur de La prise d'Orange était raciste (époque des croisades tout de même) et Racine un sale flagorneur assujeti au roi. Bref, il émet sans aucune honte des jugements de valeur sur des mentalités qui nous sont étrangères et que nous ne pouvons aujourd'hui que difficilement appréhender. Qui sait si nos descendants ne nous fustigeront pas sévèrement dans les siècles à venir parce que nous mangeons de la viande? La démonstration de Robert Darnton n'a donc rien d'inutile et demande une certaine souplesse d'esprit (en particulier pour les amateurs de chats!)

J'ai trouvé l'ouvrage très intéressant. Je ne suis pas une as de l'histoire et certaines considérations de Darnton sont, je l'avoue, un peu passées par-dessus ma tête, notamment sa réflexion sur l'historiographie. Ne vous y trompez pas: Darnton est un universitaire et si son style est captivant, le sujet est parfois un peu aride. Je pense au chapitre consacré à la rédaction de L'Encyclopédie par exemple. J'ai quant à moi particulièrement apprécié le chapitre sur les contes (un sujet qu'au demeurant je maîtrise mieux) avec une analyse entre autres d'une version populaire du Chaperon Rouge dans laquelle l'héroïne, abusée par le loup, mange sa grand-mère et boit son sang. Le chapitre sur le massacre des chats, bien qu'assez affreux, m'a également beaucoup plu ainsi que l'analyse du courrier des lecteurs de Rousseau. En lisant Rousseau, j'avais toujours eu un sentiment d'exagération devant les torrents de larmes versés par les héros, persuadée que l'auteur en faisait des tonnes. En réalité, il apparaît que les lecteurs de Rousseau et les lecteurs de l'Ancien-Régime en général étaient des hypersensibles et que tous pleuraient beaucoup devant les romans. Des nobles et des bourgeois qui pleurent devant la Nouvelle Héloïse tandis que des ouvriers et des apprentis organisent un grand massacre de chats dans la plus grande hilarité.. Aucune lecture des 1001 livres ne nous permettra jamais de comprendre tout à fait à quoi pensaient exactement nos ancêtres... et c'est peut-être aussi bien comme ça.

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 16:15

L02.jpgAutoportrait de l'auteur en coureur de fond

Haruki Murakami

éditions 10-18

(2007)

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne suis pas une grande amatrice de joggings ou de marathons. Pourquoi courir lorsque l'on peut tout aussi bien marcher? C'est pourquoi il m'a fallu du temps avant de me lancer dans la lecture de Autoportrait de l'auteur en coureur de fond de Murakami, qui est un mélange de biographie fragmentée et de réflexions diverses autour de l'écriture et, vous l'avez deviné. de marathons. Car Murakami, notre auteur, est, lui, un grand amateur du genre et ne conçoit pas son travail de romancier indépendamment de son statut de coureur de fond. Le livre est rédigé sous forme de carnet de bord, relatant ses différents exploits (ou déboires) sportifs, avec de temps en temps des flash-backs et mêlant à l'activité physique une activité intellectuelle, Murakami s'interrogeant sur la notion même de course...

L'idée est intéressante ainsi que le cheminement de pensée de l'auteur qui conçoit la course comme une sorte d'exutoire à un métier qu'il considère comme un "poison". Etre écrivain pour lui a en effet un côté malsain qu'il souhaite contrebalancer par une activité saine. Autant vous dire qu'à la lecture du récit, Murakami apparaît assez vite (ce dont il est parfaitement conscient d'ailleurs) comme un homme assez ennuyeux avec une vie parfaitement réglée, levé aux aurores et couché aux poules et dont le journal révèle un caractère méthodique et un tantinet psychorigide. Mais nous ne jugeons pas ici un homme mais une oeuvre et j'avoue avoir été impressionnée par la réflexion de Murakami sur l'écriture. Pour l'auteur, être écrivain est un vrai travail qui nécessite de l'opiniâtreté et beaucoup de patience. Il est très humble en tant que romancier, ce qui est d'autant plus méritoire quand on connaît ses romans. Son amour pour la littérature transparaît dans une réflexion posée et distante, accessible à tous. Après j'ai été moins emballée par le récit de ses divers marathons et ses pensées tournant autour la course, même abordée de façon philosophique ou littéraire, ont fini par me lasser. Texte relativement court, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, n'a heureusement pas le temps d'ennuyer. Il reste un agréable livre, plus essai que roman d'ailleurs, et ravira les adeptes de Murakami ainsi que tous ceux qui s'interrogent sur l'écriture.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 11:34

L09.jpgMomo

Michael Ende

éditions Bayard Jeunesse

(1973)

 

Si l'on me demandait quel livre m'a le plus marquée dans mon enfance, je répondrais sans hésitation L'histoire sans fin de Michael Ende (rien à voir avec le film, fadasse au possible, avec un Atreju qui shocking! n'avait même pas la peau verte) Je dois avoir relu ce livre une bonne vingtaine de fois, souvent d'ailleurs dans les mêmes conditions que Bastien: dans le grenier avec quelques trucs à grignoter, avec l'espoir d'entrer comme lui dans le livre. Des années plus tard, j'ai découvert que Michael Ende avait écrit d'autres romans et j'ai ainsi découvert Jim Bouton et Lucas le chauffeur de locomotive qui, pour le coup, honnête livre pour enfants, ne m'a cependant pas laissé de souvenirs impérissables. Aujourd'hui, place à une nouvelle découverte, Momo, toujours du même auteur.

Momo est une petite orpheline dont personne ne sait grand-chose. Elle vit dans un amphithéâtre en ruines et, après s'être concertés, les villageois ont décidé de la laisser ici et de s'en occuper tous ensemble. Ils la nourrissent et les enfants viennent jouer avec elles. Très vite, Momo devient un personnage incontournable. Ce n'est pourtant qu'une enfant ordinaire mais elle a un talent rare: elle sait écouter. Aussi pour tous, elle est une sorte de mascotte. Cependant les nuages s'assombrissent; de mystérieux hommes gris arrivent en ville et se mêlent aux gens. Curieusement, à leur approche, les gens n'ont plus de temps: ils sont bousculés et perdent tout goût de vivre. Qui sont ces personnages et que veulent-ils? En tous cas, pour eux Momo représente un danger...

Que ce soit bien clair: il s'agit d'un livre pour enfants. Aussi la plupart d'entre vous ne trouveront pas un intérêt majeur à cette histoire écrite dans un style assez enfantin et plutôt naïf. Mais dans son genre, Momo, possède des qualités uniques: j'ai particulièrement apprécié encore une fois l'imaginaire de l'auteur qui crée pour nous des lieux et des situations d'une poésie rare: la salle du temps, les fleurs horaires et même les affreux petits hommes en gris avec leurs cigares empoisonnés. Il ne suffit cependant pas de créer un monde, il faut aussi l'animer. Or, Michael Ende parvient à donner au récit une réelle émotion: la solitude et la détresse de Momo quand elle attend en vain ses amis, l'angoisse de Gigi qui se rend compte qu'il est devenu un menteur, la tristesse de Beppo, le vieux balayeur... De la sorte, Momo a tout du conte mais sans l'aspect toujours vaguement creux de ce dernier. Momo n'a rien d'exceptionnel: la plupart du temps elle se comporte comme une petite fille lambda et sa naïveté et sa vulnérabilité permettent au lecteur de s'attacher plus facilement à elle que si elle avait été une super-héroïne. En bref, Momo a tout d'une jolie fable qui m'a permis le temps de quatre cent pages de me replonger dans l'univers de mes dix ans...

 

Ps: Je profite de cet article pour remercier une gentille lectrice aperçue hier lors des Imaginales à Epinal (je suppose qu'il s'agit de EB mais je n'ai pas eu le temps de lui demander son nom!) et qui est venue rapidement me saluer. C'était très gentil de sa part et j'ai été très touchée! Désolée de n'avoir pas eu plus de temps à lui consacrer et j'espère que la prochaine fois nous aurons plus de temps pour bavarder... En tous cas je suis contente de savoir que ce blog continue à lui plaire...

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 16:12

L10L'homme et la femme sensible

Henry MacKenzie

Ecco Print Editions

(1771)

 

Les 1001 livres... vous amènent parfois à découvrir des auteurs mais aussi des éditions curieuses: ainsi, la seule traduction française que j'ai pu trouver de l'oeuvre de MacKenzie, auteur anglais du 18e siècle,est un manuscrit (je n'ose pas parler de livre à ce stade) mal imprimé (du style mémoire rédigé par un étudiant pressé), écrit en vieux français et vraisemblablement d'origine anglaise. J'avoue que cela m'a beaucoup intriguée aussi si quelqu'un a des informations sur cette édition, je suis preneuse! Mais place à l'histoire.

L'homme et la femme sensible est un ouvrage relatant la vie de Harley, jeune homme qui fait son éducation en parcourant le monde. Harley est un homme sensible: il est en proie à toutes les émotions humaines, s'émeut sur le sort d'une prostituée, d'un vieux soldat ou d'une folle, subit les affres de la jalousie en voyant son amour secret, miss Walton, en épouser un autre et aime à juger les gens d'après leur physionomie, ce qui vous vous en doutez bien, a plutôt tendance à lui attirer des ennuis. Que dire d'autre? L'homme sensible est un roman extrêmement curieux également, sans véritable intrigue (on saute allégrement du coq à l'âne, certains passages sont carrément manquants) avec un narrateur euh c'est qui exactement le narrateur? En bref, on comprend pas grand-chose à l'histoire et il vaut mieux se concentrer sur la représentation des émotions, pour le coup assez joliment décrit. Mon passage préféré est celui où Harley, visitant Bentham (un asile de fous) fait la connaissance d'une jeune femme à qui un amour perdu a fait perdre la raison : "Je voudrais pleurer aussi mais mon cerveau n'a plus de larmes à me donner. Il brûle, il brûle, il brûle (...) sois tranquille, pauvre coeur agité, mon Billy est froid!" Harley est un homme émouvant également, même s'il est souvent assez niais, victime de ses sentiments, et on s'attendrit facilement sur lui et sur son sort qui ne peut être, vous vous en doutez bien, que tragique. Faisant suite au récit de L'homme sensible, nous avons La femme sensible, récit tout d'un bloc relatant l'histoire d'une jeune femme amoureuse qui fuit avec un marin de la maison de son père et qui se retrouve à vivre des aventures plus misérables les unes que les autres. Là encore, la narration est hasardeuse puisqu'à la fin du récit, le lecteur est dans l'incapacité de déterminer qui est la narratrice (l'héroïne, sa protectrice?) et le brouillard enveloppe une histoire par ailleurs pour le coup trop larmoyante pour être réellement intéressante. Au bout du compte, je suis ressortie assez perplexe de ma lecture, ignorant si cette incompréhension était le fait de la traduction ou du texte en lui-même. Mais bon, c'était intéressant quand même...

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 11:54

L05.jpgQue font les rennes après Noël?

Olivia Rosenthal

éditions Verticales

(2010)

 

Bonne question n'est-ce pas? En tous cas si vous vous intéressez au père Noël et à ses rennes... N'ayant jamais cru au père Noël, c'est une question qui pour le coup ne m'a jamais empêchée de dormir, ce qui n'est assurément pas le cas de notre héroïne sans nom qui a toujours développé une passion pour les animaux. Manque de chance ses parents ont toujours refusé de lui en donner un. Parallèlement, la narration met en scène un éleveur, boucher, soigneur? (rayer la mention inutile) qui témoigne de son expérience dans les zoos, les laboratoires d'expérimentations, les abattoirs, les élevages, bref dans tous ces lieux où l'animal est sous contrôle de l'homme. 

Le but de l'auteur est simple: il s'agit de mettre en parallèle un animal emprisonné, pris au piège, avec une jeune fille lambda qui a le sentiment d'être elle-même prise au piège, élevée contre sa nature. Bon, résultat des courses, la réalité de sa nature est somme toute assez décevante: je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire, une femme qui se découvre psychopathe, schizophrène, enfin quelque chose d'assez comparable à l'histoire du film La féline dont la narration relate l'histoire, celle d'une femme ordinaire qui, peu après son mariage se transforme en panthère. Vous verrez, le dénouement est plus banal, mais là n'est pas la question. L'idée de base n'est pas inintéressante (l'histoire d'une jeune fille puis femme qui lutte contre sa propre nature, tentant de se fondre dans un moule) et le rapprochement avec le monde animalier est plutôt bien vu. Olivia Rosenthal nous brosse une description saisissante des zoos, des élevages et autres, descriptions qui pour le coup m'ont presque plus intéressée et plus touchée que la narration concernant l'héroïne (au fond c'est moi le monstre) En bref, la partie "documentaire" est plus prenante que l'histoire en elle-même. Et pourquoi me direz-vous? Pour une raison très bête: le style. L'auteur n'avait manifestement pas envie de se fondre dans la masse des auteurs de commun et, au lieu d'opter pour une narration traditionnelle, décide d'alterner la narration à la première personne du singulier (l'éleveur/boucher/soigneur, rien à dire là-dessus) avec une narration... à la deuxième personne du pluriel (le Vous de majesté de l'héroïne). Et là, c'est l'horreur. Autant vous dire; si j'avais lu la quatrième de couverture avant d'emprunter le livre, j'aurais reposé le livre directement sur la table. Non mais!  Voici un extrait:

" Vous ne désirez rien d'autre que de faire plaisir à votre mère. Vous ne désirez rien d'autre que de vous soustraire au regard de votre mère. Votre propre ambivalence vous empêche de prendre des décisions. Vous gardez le silence. Vous grandissez."

Vous me direz: un paragraphe ça va. Mais la moitié d'un roman comme ça, c'est lourd, vraiment très lourd. D'autant plus qu'Olivia Rosenthal, sans doute fan des oeuvres de Marguerite Duras à ses heures perdues, n'hésite pas à user et abuser des répétitions pour bien montrer à quel point son héroïne doit se taire, grandir, etc. "Vous vous préparez" ,"Vous vous oubliez" ou "Vous vous retenez" sont ainsi répétés de long en large, procédé qui avait sans doute un grand succès dans les années 70 mais qui paraît maintenant furieusement démodé. C'est aussi subtil qu'un écriteau annonçant: "ATTENTION, HEROINE COMPLEXEE SUR LE POINT DE VIVRE MUTATION MAJEURE DANS SA VIE" et ça a le petit côté pompeux que je déteste: "Regardez-moi je ne suis pas un vulgaire écrivain qui se contente d'écrire des histoires, je manie la langue française moi." A-t-on le droit de préciser: mal?

Si donc vous êtes amateur de que le roman français a de plus prétentieux et que vous avez envie de vous la jouer en parlant d'un roman primé (car ce genre de livres hélas! remporte des prix) alors n'hésitez pas! Moi, enfin je veux dire vous, Vous vous taisez.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 09:35

L01.jpgPiège nuptial

Douglas Kennedy

éditions Pocket

(1994)

 

Nick, journaliste américain amateur de plans foireux et de petits boulots minables a décidé de frapper très fort sur ce coup-là. En voyant un simple carte routière du pays, sur un coup de tête, il décide de partir pour l'Australie lui qui n'a jamais voyagé hors des Etats-Unis. Une erreur qu'il ne tarde pas à regretter sitôt arrivé au milieu de nulle part, ce qui ne l'empêche pas de persévérer en achetant une camionnette pourrie à un couple de cinglés mystiques, de conduire en pleine nuit dans le bush australien et se faire de la sorte percuter par un kangourou et, enfin, de prendre en stop et de se laisser séduire par une charmante autochtone, Angie, qui se révèle aussi une dangereuse cinglée... Tombé dans le panneau, Nick se fait ainsi droguer, enlever et épouser par Angie qui l'emmène de force dans son village au fin fond de l'Australie. Wollanup est une communauté vivant quasiment en autarcie, oubliée de tous et avec son propre règlement. Nick ne tarde pas à comprendre qu'il est pris au piège...

Douglas Kennedy si vous ne connaissez pas est un auteur qu'on peut qualifier de sans prétention. Le style est coulant mais sans rien d'exceptionnel, les histoires ne sont jamais des brûlots. En revanche, dans son genre, il est plutôt doué, naviguant entre le roman et le policier avec une parfaite aisance et c'est faute de terme plus approprié, un très bon conteur. Quand on commence un de ses livres, on va jusqu'au bout et c'est encore plus vrai avec Piège Nuptial qui est à ce jour mon préféré. Déjà parce que c'est assez drôle. Narré à la première personne, le récit de Nick prend de ce fait une dimension beaucoup plus cynique, le héros narrateur n'hésitant pas à faire de l'Australie la description d'un enfer sur terre et forçant le trait des autres personnages. Angie, vue à travers les yeux de son "mari" est une protagoniste absolument hilarante, une brute avinée, une Misery sauce australienne capable de sussurer des mots d'amour après avoir flanqué une torgnole à son époux. Les autres habitants de Wollanup ne sont guère mieux, si ce n'est la douce Krystal, la soeur de Angie, d'ailleurs le seul personnage tragique de l'histoire. On rit donc beaucoup devant cette communauté donc la seule occupation est de picoler et de dépecer des kangourous; on rit aussi beaucoup des réactions de Nick qui, sans complaisance, se peint comme un être asocial, un aventurier de pacotille qui, après avoir passé deux jours dans le bush, se hâte de retrouver la ville et qui se fait gentiment pièger non seulement par Angie mais par à peu près tous les australiens qu'il rencontre. Ceci dit, il y a également un bon suspens (à noter d'ailleurs que la première traduction française de Piège Nuptial, Cul-de-Sac, était publié dans une collection de policiers) et le lecteur lit les derniers chapitres d'une traite, impatient de savoir si oui ou non Nick va se sortir de cette galère. En bref, pour une lecture de vacances, n'hésitez pas: Kennedy est l'homme qu'il vous faut! Le tout après, c'est de n'être pas trop dégoûté par l'Australie...

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 15:20

L01.jpgBal de givre à New York

Fabrice Colin

éditions Albin Michel

2011

 

 

Anna a eu un accident de voiture et se réveille désorientée, à demi amnésique. Pourquoi a-t-elle la sensation de connaître depuis toujours le beau jeune homme qui l'a percutée, Wynter, et dont elle tombe amoureuse aussitôt? Autour d'elle, New York est tout en neige et en glace. Anna évolue au milieu de la blancheur et des édifices de verre de son père, célèbre architecte et dont l'absence provoque la ruine successive de ses constructions. Anna ignore si ses parents sont morts, peine même à se rappeler leurs visages. Invitée au bal de givre par Wynter, elle ne songe qu'à la robe qu'elle va mettre ce jour-là. Mais quelque chose cloche: sa mémoire engourdie, le mystérieux inconnu au masque qui laisse des vers de Shakespeare ça et là dans New York et qui veut enlever la jeune fille...  

J'avais dit beaucoup de mal de Fabrice Colin dans ma note sur son livre Le maître des dragons. Je suis très contente aujourd'hui d'avoir surmonté ma réticence et lu Bal de givre à New York qui n'a absolument rien à voir, si ce n'est que, tout comme le précédent, il s'agit d'un roman pour la jeunesse. Mais cette fois, Fabrice Colin n'a pas l'air de prendre son lecteur pour un attardé tout comme il ne s'amuse pas à enchaîner mésaventures bidons et réflexions philosophiques pourries. A l'image du décor, le style est épurée et l'héroïne, larguée dans un monde dont elle se souvient à peine, est plutôt sympathique, narratrice hésitante évoluant d'un pas chancelant dans ce New York aux allures d'un conte de fées et se laissant mener par un prince charmant énigmatique. Après, je ne peux pas trop vous en dire sur l'intrigue au risque de tuer tout suspens, juste revenir sur cette atmosphère unique que l'auteur parvient à tisser grâce aux descriptions d'une cité neigeuse, d'édifices élancées, de lumière grisâtre... En lisant le récit, le lecteur a l'impression, à l'instar d'Anna, de marcher lui-même dans un brouillard cotonneux où tout bruit et toute polémique semblent étouffés. La narration elle-même est menée d'une main de maître, laissant petit à petit les indices prendre sens et rythmée par les vers de Shakespeare. C'est poétique et délicat et si l'épilogue m'a laissée plus dubitative (un tantinet bâclé peut-être) l'ensemble a tout d'une sculpture finement ciselée. Ce qui est dommage c'est que ce roman, tout comme beaucoup de romans adolescents dont j'ai déjà parlé (Le pacte de minuit ou encore 13 raisons) est atypique: pas sûr qu'il se vende énormément et c'est très très dommage...

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:42

L01.jpgLe vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jonas Jonasson

éditions Presses de la Cité

(2009)

 

Allan Karlsson, résident d'une maison de retraite suédoise, décide qu'il n'a pas envie d'assister à la fête donnée en son honneur pour son centième anniversaire. Ni une ni deux le voilà qui échappe à la vigileance de la terrifiante soeur Marie et qui, encore en charentaises, saute par la fenêtre de sa chambre . Son objectif: prendre le premier bus qui passe et s'éloigner le plus vite possible. Plan qui aurait plutôt bien fonctionné si, à la gare, Allan, agacé par l'insolence d'un jeune blanc-bec, ne lui avait pas volé sa valise... Or, la valise est celle d'un trafiquant de drogue et se révèle bientôt synonyme d'ennuis...

Comparé à des oeuvres de Paasilinna, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire présente effectivement quelques ressemblances avec ces dernières; le ton franchement humoristique et un road-moavie mettant en scène des personnages improbables et décalés (un centenaire doué dans le maniement des explosifs, un vendeur de hot-dogs sans scrupules, un éternel étudiant presque diplômé en tout, une femme qui a pour animal de compagnie un éléphant, un policier dépressif). J'ai trouvé ça moins drôle que Petits suicides entre amis, mais j'ai bien ri quand même aux mésaventures de ce vieillard apolitique et amoral, en cavale avec une bande d'énergumènes tout aussi étranges que lui. Le récit est interrompu par des flash-back relatant l'histoire de Karlsson depuis sa naissance jusqu'à son centième anniversaire: l'auteur, sans scrupules, lui fait rencontrer des personnages du siècle dernier: Franco, Staline, Mao, Truman, De Gaulle.... Allan est une sorte de Forrest Gump mais beaucoup moins lisse et benêt qui intervient à des moments-clés de l'histoire mondiale et, balloté entre communistes, américains et autres, voyage à travers le monde et poursuit son petit bonhomme de chemin, ne demandant rien d'autre qu'un coup à boire de temps en temps. Certains passages sont franchement hilarants (je pense par exemple à la rencontre avec Herbert Einstein, le demi-frère benêt du génie, ou encore au séjour que Allan fait à Bali) d'autres sont plus inégaux. Jonas Jonasson est à la base journaliste et cela se ressent dans un style parfois poussif et quelques longueurs. Le roman aurait gagné à être plus court mais ne boudons pas notre plaisir non plus: de nos jours, les romans humoristiques sont rares...

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 10:43

L01.jpgDôme

(roman 2)

Stephen King

éditions Albin Michel

(2009)

 

Suite et fin du roman de Stephen King Dôme. Pour ceux qui souhaitent le lire mais qui n'ont pas encore commencé, passez votre chemin pour ne pas trop en apprendre. Les autres peuvent rester avec moi.

ça se complique sérieusement à Chester's Mill, petite ville prisonnière d'un dôme mystérieux depuis moins d'une semaine pourtant. Big Jim, le second conseiller municipal, mène sa cité d'une main de fer, si obsédé par le pouvoir qu'il ne se rend pas compte de la situation dramatique: l'air qui commence tout doucement à devenir irrespirable, les suicides, la folie de son fils, la panique qui s'installe... La police composée essentiellement de jeunes délinquants tourne à la Gestapo et Barbie, notre héros, prisonnier pour des meurtres qu'il n'a pas commis, sait que ses jours sont comptés et que son exécution ne saurait tarder...

Rendons à Stephen King les honneurs: dans ses romans, ce n'est pas parce qu'on est un chien, un enfant ou un héros récurrent qu'on s'en sort automatiquement. Ainsi, si le tome 1 était déjà assez fourni en terme de morts, ce n'est rien comparé au tome 2 qui, lui, est un véritable bain de sang. Qui plus est, il ne s'agit pas cette fois de personnages dont, il faut bien l'avouer, on n'en avait un peu rien à faire, mais de protagonistes à qui le lecteur s'était attaché au fil des pages. Stephen King a aussi l'art et la manière de créer un huis-clos étouffant à souhait qui fait de personnages somme toute assez ordinaires (un drogué, un politicien véreux, de jeunes délinquants) de véritables monstres. L'enfer c'est les autres résume assez bien un roman moins fantastique qu'horrifique qui décortique sans complaisance les faiblesses des protagonistes et n'hésite pas à démontrer l'absurdité de la condition humaine: actes d'héroïsme inutiles, tentatives d'évasion vouées à l'échec, morts lamentables... Même la fin a un petit côté désespéré. C'est noir, très noir, mais aussi très prenant: la fin du récit sonne comme un compte à rebours sinistre. Prenez dès à présent les paris pour savoir combien il restera de survivants du Dôme... à supposer qu'il en reste.

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Published by beux - dans Fantastique
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