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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:54

L04.jpgMama black widow

Iceberg Slim

éditions Points

(1969)

 

 

Iceberg Slim n'est pas un écrivain "traditionnel". Célèbre proxénète à Chicago dans les années 50, il fit plusieurs fois de la prison, jusqu'au jour où, en cellule d'isolement, il se rendit compte du gâchis qu'avait été jusque là sa vie. Il se mit alors à écrire, écrivant sur ce qu'il connaissait le mieux, la condition de l'homme noir dans le ghetto, méprisé et haï par les Blancs et condamné à survivre par des moyens douteux ou à mourir dans la misère. Mama black widow, l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui, complète la trilogie "autobiographique" de Slim, amorcée par Pimp et Trick Baby. Dans ce roman, Slim fait parler Otis Tilson, travesti noir qui lui raconte sa vie; Otis, benjamin d'une famille de quatre enfants, vivait avec les siens dans le Mississipi jusqu'au jour où sous la pression de sa mère, son père accepte de déménager dans le Nord, dans un ghetto de Chicago. Otis découvre alors l'envers du décor: des policiers corrompus et haineux, un diacre pédophile, des drogués et des proxénètes... Sa famille, dirigée par une "Mama" prête à tout pour obtenir de l'argent, vole bientôt en éclats et Otis se retrouve livré à lui-même, tiraillé entre son amour pour la jolie Dorcas et son désir pour les hommes...

Ici pas de style recherché ni de récit elducoré. Slim nous livre un roman brut, violent, dur. Les dialogues sont directs, l'histoire est racontée sans détours et d'autant plus effrayante qu'il s'agit d'une histoire vraie. Sans doute trop habituée à la poésie de Murakami ou aux récits d'ados, j'ai vécu les premières pages de Mama black widow comme de véritables coups de poings dans le ventre. Toute la misère du monde semble concentrée dans le récit de la vie d'Otis, une vie sur laquelle plane en continu l'ombre de la "mama", cette mère victime durant son enfance qui se montre, peut-être même sans le vouloir, un véritable bourreau pour les siens et accélère la ruine de sa famille, méprisant son mari, vendant ses filles... Au milieu du constat sans espoir d'une société corrompue et violente, l'auteur glisse cependant ça et là quelques jolies touches qui tranchent avec le reste du récit: un Noël passé en famille, le sourire de Carol, la soeur du narrateur, et le comportement du narrateur lui-même qui, malgré toutes les horreurs qu'il endure, ne parvient pas à devenir mauvais ni même à haïr. Il reste humain et c'est ce qui rend son destin d'autant plus tragique. Mais, une fois n'est pas coutume, je vais laisser la parole à l'auteur du livre:

"Il n'y a pas de dialogues psychologiques ésotériques, de sermons accablants ou d'assommantes notes dans ce récit d'une vie. Les dialogues sont dans la langue crue des pédés, du ghetto noir, du Sud profond, des bas-fonds. Si peinture critique de la société il y a, elle se trouve dans l'âpreté des conflits internes et externes de cette lutte tragique qu'Otis Tilson mène pour se libérer de la garce perverse brûlant en lui. Elle se trouve également dans la façon de vivre du frère aîné d'Otis et de ses deux jolies soeurs à la dérive dans un monde sombre de proxénétisme, de crime, de violence, où le bien est condamné et le mal applaudi."

Et je crois que pour le coup, rien ne résume mieux le livre que ces quelques lignes.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 12:09

L02.jpgTerrienne

Jean-Claude Mourlevat

éditions Gallimard Jeunesse

(2011)

 

Etienne Virgil, vieil écrivain sur le déclin, rencontre un jour sur une route de campagne une jeune auto-stoppeuse de dix-huit ans, Anne Collodi. Celle-ci un brin déjanté, lui raconte qu'elle est à la recherche de sa soeur, Gabrielle, enlevée la nuit-même de son mariage par son étrange époux. Un an plus tard, tout le monde a abandonné. Mais une nuit, Anne entend sur sa radio un SOS lancé par la disparue. Aussitôt la jeune fille se lance sur les traces de sa soeur et passe dans un monde parallèle, un monde où les gens ne rient pas, n'éternuent pas, ne respirent pas. Un monde aseptisé sans couleurs et sans odeur,s un monde sans argent et sans guerre certes, mais aussi sans amour et sans émotions. Bref, un monde dépourvu d'humanité. Dans cet étrange univers où le simple fait de respirer la met en danger, Anne va tout faire pour retrouver Gabrielle, aidée par Etienne Virgil et quelques alliés inattendus.

L'idée d'un monde neutre n'a rien de révolutionnaire. Aldous Huxley, pour ne citer que lui, avait déjà fait un portrait terrifiant d'une société assez semblable dans Le Meilleur des mondes. Mais, alors que le monde actuel tend justement à s'aseptiser de plus en plus, condamnant pêle-mêle l'alcool, la cigarette, les pigeons, la saleté, les animaux trop bruyants et la musique trop forte et nous présentant de plus en plus comme modèle le brave sportif amateur de ces cinq fruits et légumes par jour, je trouve que l'initiative de Mourlevat est courageuse, surtout qu'il s'agit d'un roman destiné à la jeunesse. Terrienne qui plus est plutôt bien écrit, mêlant habilement les différents points de vue, celui d'Anne essentiellement, mais également celui de Etienne ou de Bran. A noter que la narration est écrite à la première personne uniquement lorsque nous revenons à Anne, l'auteur rappelant ainsi qui est la véritable héroïne de l'histoire. L'intrigue est habilement menée, avec une bonne dose de suspens et, surtout, des rebondissements pour le moins inattendus qui peuvent même choquer. En fait, je n'ai que deux détails à reprocher à ce roman. Le premier, c'est qu'en voulant condamner une société aseptisée, Jean-Claude Mourlevat fait paradoxalement de notre bonne vieille Terre un monde idéal, ce qui vous le reconnaîtrez est loin d'être le cas. Mon second reproche est plus technique. J'ai trouvé la fin de Terrienne, un peu ratée. Les deux premières parties sont très prenantes, la troisième démarre sur des chapeaux de roue et... et là ça ça retombe. Comme dit la collègue qui m'a recommandée le livre, "on a l'impression que l'auteur n'a pas su comment terminer l'histoire". C'est dommage mais ça n'enlève en rien les qualités d'un roman qui jongle habilement entre science-fiction et aventure... Je n'avais jamais rien lu jusqu'à présent de Mourlevat et c'est donc une agréable surprise. Ps: mention spéciale à la couverture du roman également très réussie...

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 19:01

L04.jpgLa ballade de l'impossible

Haruki Murakami

éditions 10-18

 

"Quand j'entends cette chanson, je me sens parfois terriblement triste. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression d'errer au milieu d'une forêt profonde, dit Naoko. Je suis seule, j'ai froid, il fait noir et personne ne vient à mon aide."


Vous connaissiez la chanson Norwegian Wood des Beattles? Personnellement, je l'avais déjà entendu, mais sans pouvoir la nommer. C'est une chanson au rythme assez lent qui raconte l'histoire d'un homme qui va chez une femme qu'il ne connaît pas. Ils bavardent ensemble jusqu'à deux heures en buvant du vin. Puis l'homme se traîne jusqu'à la baignoire pour dormir et, quand il se réveille au matin "This bird has flown" (cet oiseau s'était envolé). C'est de cette chanson que démarre l'histoire de Murakami la ballade de l'impossible. Le narrateur, au cours d'un voyage en avion, entend ce morceau qui le ramène vingt ans en arrière. A cette époque-là, Watanabe, le héros du récit, avait un ami, Kizuki, qui s'était suicidé lorsqu'ils étaient encore au lycée. Un an  après ce drame, désormais à l'université, Watanabe retrouve Naoko, la petite amie de Kizuki, elle aussi profondément touchée. Pendant un an, tous les deux vont parcourir les rues de Tokyo  en se parlant peu, unis et seuls à la fois. Naoko ne semble jamais trouver ses mots, Watanabe ne semble pas très bien comprendre ce qui lui arrive. Une nuit, tout bascule, et, au matin, Naoko disparaît, laissant le narrateur dans un monde qui lui est étranger...

C'est très difficile de parler des romans de Murakami en général, mais parler de celui-ci relève de l'impossible sans mauvais jeux de mots. La ballade de l'impossible est en effet basé sur le non-dit. Jamais narrateur n'a été aussi peu bavard: Watanabe s'étend sur son quotidien, sur ses lectures, sur ses études, sur ses rencontres, jamais sur ses sentiments. L'étudiant évolue dans le monde en spectateur ou en acteur passif, regardant beaucoup, s'investissant peu, vivant loin des autres si j'ose dire, rendu distant par la mort de son meilleur ami. Naoko elle, semble avoir perdu le pouvoir de s'exprimer; incapable de parler, elle s'enfonce dans un monde de ténèbres dont elle n'arrive pas à sortir... Le récit fonctionne aussi sur un réseau d'amours contrariés: Midori, la jolie étudiante très bavarde et un peu folle aime Watanabe qui lui aime Naoko qui elle aime  toujours Isuki, le disparu... Hatsumi, la jeune fille sage aime l'ami de Watanabe, Nagasawa, qui lui l'aime aussi mais pas assez pour renoncer aux autres femmes... Les personnages se confrontent, se heurtent, se blessent mutuellement, incapables de décrypter leurs sentiments et encore moins ceux des autres. Assez désespérant au final. Murakami nous offre encore une fois un joli art du portrait, brossant des personnages attachants chacun à leur manière: il y a le "facho", le colocataire tatillon de Watanabe, la pétillante Midori, le très classe Nagasawa, la douce Reiko... La force de La ballade de l'impossible réside dans les rencontres du narrateur, toutes ces histoires dont pour la plupart nous ne connaîtrons jamais la fin. Elle réside aussi dans la description de simples scènes du quotidien: les promenades nocturnes de Watanabe et Naoko dans les rues de Tokyo, le premier dîner de Midori et Watanabe, le séjour que fait le narrateur dans la maison de repos de Naoko. La ballade de l'impossible n'a pas la poésie de Kafka sur le rivage. De même, trop diluée dans le temps, l'intrigue perd un peu de sa force au fil des pages jusqu'à une fin que j'ai trouvé je l'avoue, un peu décevante (il ne s'agit pas de la façon dont se termine l'histoire mais plutôt de la façon de la raconter) Cependant, il se dégage de ce roman un je-ne-sais-quoi de délicieusement mélancolique qui fait définitivement de Murakami un auteur cher à mon coeur.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 18:14

L02.jpgKajika

Akira Toriyama

éditions Glénat


 

En essayant d'écouler ma pile de livres à lire, je suis tombée sur une curiosité, un manga en un seul volume, Kajika, dont l'auteur n'est rien moins qu'Akira Toriyama, l'auteur de la série Dragon Ball. Et, de fait, Kajika présente de nombreuses similitudes avec son grand frère. Le héros Kajika est un jeune garçon qui, suite à une étourderie, a provoqué la mort d'un renard. Maudit par l'esprit de ce dernier, qui l'accompagne désormais sous la forme d'un petit fantôme, Kajika se voit affublé d'une queue et d'oreilles de renard. De plus, sa force extraordinaire est bridée par la malédiction, malédiction qui ne disparaîtra que le jour où Kajika aura sauvé mille animaux... Mais, alors qu'il touche au but, son chemin croise celui d'Haya, une jeune fille qui a volé un oeuf de dragon. Or, cet oeuf est convoité par des hommes sans scrupules qui seraient prêts à tout pour l'obtenir.

ça a un petit air de déjà-vu. Au niveau de l'histoire déjà, ça ressemble fortement aux débuts de Dragon Ball avec un héros très fort et un peu naïf (si Kajika est un tantinet plus dégourdi que Sangoku, il ignore tout de même comment se servir d'un portable par exemple et se laisse totalement manipuler par Haya) et une héroïne jolie et sans scrupules. Quant aux dessins, comment dire ça? Ce sont exactement les mêmes. Oui, je sais chaque dessinateur a son style, mais là l'univers est exactement celui de Dragon Ball, les machines sont les mêmes et les méchants ressemblent beaucoup à ceux de l'Armée du Ruban Rouge qui poursuivaient déjà Sangoku. Le héros fait même de très jolis boules de feu avec ses mains. C'est sans doute volontaire, un clin d'oeil aux fans de la série je suppose. Dans la mesure où le manga ne fait qu'un tome, ça ne me choque pas plus que ça. Il s'agit de toute évidence d'un interlude dans le travail d'Akira Toriyama, une histoire sympathique qui se lit bien et qui mélange humour et combats avec brio. Ceci dit, si la série avait fait plusieurs volumes, là j'aurais crié au scandale; tant qu'à faire un copié/collé, autant continuer la série des Dragon Ball, moi je voulais savoir ce qu'il advenait de Végéta...

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 20:29

L03.jpgEmile ou de l'éducation

Jean-Jacques Rousseau

éditions Flammarion

 

Je sais que vous attendiez tous cette note avec impatience et fébrilité, alors soyez dans la joie: aujourd'hui, nous allons parler du prochain livre des 1001 livres... qui n'est autre que Emile ou l'éducation de Rousseau. Officiellement d'ailleurs, ce livre n'est pas un roman. Il est classé en philo en librairie et j'aurais tendance à le considérer moi-même comme un ouvrage philosophique. Dans ce pavé de près de 700 pages (vous commencez à comprendre que Rousseau n'a pas un style des plus concis) l'auteur explique, plus ou moins clairement d'ailleurs, ses conceptions concernant l'éducation et s'appuie pour cela sur un élève fictif nommé Emile. Le livre n'a rien de pratique et d'ailleurs ne se prétend pas comme tel. En fait, plus Rousseau avance dans ce que faute de mieux je nommerai la démonstration, plus cette dernière devient théorique. Les soins apportés à Emile lors de son premier âge sont en effet bien décrits (un minimum de vêtements, une liberté presque totale) mais plus l'enfant grandit, plus l'éducation se fait imprécise s'appuyant plus sur des principes généraux que sur des exemples concrets. Les principes généraux? Rousseau s'appuie sur l'idée que l'homme par nature n'est pas mauvais et que plus il s'éloigne de la nature, plus il se corrompt. L'idée n'est pas de faire d'Emile un "bon sauvage" car l'homme, toujours selon l'auteur, se doit de vivre dans la société. En revanche, Rousseau s'attache à retarder au maximum cette entrée dans la société et à en montrer les artifices à son élève imaginaire afin que celui-ci ne soit pas dupe. Emile apprendra donc à lire très tard et ne sera instruit d'aucune question religieuse avant d'être en âge de les comprendre, l'idée étant de lui éviter endoctrinement et préjugés.  Il passera son enfance à courir, à apprendre des travaux manuels, à dire toujours la vérité et à vivre dans une absence quasi-totale de règles. Parvenu à l'adolescence, il sera mis en garde contre les attraits trompeurs de ce monde: argent, pouvoir, frivolités et libertinage. Rousseau se plaît alors à lui forger une compagne digne de lui: Sophie. Sophie étant femme, ne bénéficie pas de la même éducation que Emile. Emile peut prétendre à comprendre le monde quand il en a atteint l'âge, Sophie est pour jamais exclue de ce qui ne convient pas à son rôle de future mère: se devant d'être soumise à son mari et attentive à ses enfants, elle a un "handicap" supplémentaire: Emile est un homme et sa réputation importe peu tant qu'il agit bien. En revanche, Sophie n'a pas le droit d'avoir une réputation douteuse, même si celle-ci est imméritée. Elle doit conjuguer à la probité une certaine dose de flatterie et de ruse pour évoluer dans la société en toute sérénité. Lourde tâche pour un sexe dont Rousseau reconnaît pourtant la finesse et l'ascendant.

Je schématise beaucoup, que les critiques de Rousseau ne me tombent donc pas tous sur le poil en hurlant au scandale. Force est de reconnaître que j'ai eu beaucoup de mal à accepter sans sourciller certains passages sur l'éducation des filles. Oui il faut remettre dans le contexte et tout et tout je sais, mais je sais aussi que pour le coup, des auteurs comme Richardson avait sur les femmes des idées beaucoup plus avancées (les héroïnes de Richardson sont toutes des femmes instruites) alors que Rousseau les relègue avec une bonne foi désarmante aux soins de leurs enfants et de leur intérieur. Pour le reste que dire.... Certaines idées de Rousseau sont plutôt intéressantes (privilégier une éducation au plus près de la nature, apprendre à l'enfant très tôt à affronter ses peurs) et d'autres plus étranges (refuser de lui apprendre à lire, refuser de lui imposer une quelconque loi) Inutile de vous dire qu'en terme pédagogique, ce livre n'a aucune valeur et l'auteur le souligne à de maintes reprises. Il s'agit donc d'une réflexion, une utopie peut-être, qui tantôt prend l'aspect d'un pamphlet cinglant (quand Rousseau s'en prend à ses pairs) tantôt l'aspect d'un roman (lorsque notamment l'auteur raconte la rencontre entre Emile et Sophie) tantôt encore l'aspect d'un traité, le tout entre-coupé de dialogues entre le maître et son élève et de nombreuses digressions, dont la plus célèbre est celle du vicaire savoyard. Livre aux multiples visages, Emile n'échappe donc pas de ce fait à la répétition et parfois à la contradiction: ainsi Rousseau, après avoir défendu le végétarisme et le droit des animaux, fait chasser son élève pour le distraire de ses hormones et l'empêcher de trop penser aux femmes. Bon, je schématise sans doute, mais c'est ainsi que j'ai interprété un livre qui, globalement ne me laissera pas trop de mauvais souvenirs mais qui m'a parfois fait me demander pourquoi diable on considérait le 18e siècle comme celui des Lumières....

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 19:47

L02.jpgLa communauté du sud t.1

Quand le danger rôde

Charlaine Harris

éditions J'ai Lu

 

Le titre ne vous dit peut-être rien. Après si je vous dis Trueblood? Bien. La série de La communauté du sud est en effet à la base de l'adaptation de la série télé à succès et met en scène les aventures de Sookie Stackhouse. Sookie est une jeune serveuse qui vit en Louisiane près de la Nouvelle Orléans, dans une petite ville un peu paumée. Télépathe, elle souffre de son don qui l'isole des autres. Un soir au travail, son regard croise celui d'un vampire, Bill, dont elle devient passionnément amoureuse. Mais, à Bon Temps, il ne fait pas bon fréquenter des êtres différents. Une vague de crimes s'abat sur la ville, visant en particulier les jeunes femmes soupçonnées de fréquenter les amateurs de sang. Le coupable est-il humain ou non? Et si oui, quels sont ses mobiles?

Pour faire court, c'est du Twilight version adulte, sauf que la série est antérieure à celle de Meyer, donc s'il faut accuser quelqu'un de plagiat, ce n'est pas Charlaine Harris. La grande originalité de La communauté du Sud réside dans le traitement des vampires qui, dans le roman, sont intégrés à la population comme n'importe quelle minorité et ne différent guère des humains; s'ils vivent la nuit et craignent l'ail et l'argent, ils peuvent se nourrir de sang de synthèse et se nourrissent  aussi auprès de victimes consentantes (les mordus) qu'ils ne tuent pas forcément. Du coup curieusement, ce ne sont pas les vampires les personnages antipathiques de l'histoire: ce sont plutôt les gens un peu simples de la ville, limités et qui considèrent ces derniers comme des êtres à abattre. Bon ceci dit, ne vous leurrez pas les vampires ne sont pas des anges non plus. Sinon, que dire d'autre? A vrai dire pas grand-chose. Quand le danger rôde  ne présente pas non plus un intérêt majeur. L'histoire est sympa avec du sang, des vampires séduisants, un loup-garou sexy, du sexe, de l'amouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuur et des meurtres en série. Des thèmes qui raviront les amateurs du genre. L'écriture n'a aucun intérêt littéraire, le style est sans émotion; les morts et les scènes plus tendres se succèdent sans que le lecteur se sente plus troublé que ça (ou alors je suis psychopathe) à un rythme qui empêche tout ennui. En clair, c'est efficace, ça détend, c'est du bon roman de gare et ça ne semble d'ailleurs pas avoir d'autre objectif, l'auteur montrant clairement par quelques répliques glissées ça et là dans les pages qu'elle ne prend ni son héroïne (au demeurant assez drôle) ni son histoire très au sérieux. Et où est le mal d'ailleurs? Il y a des jours où l'on n'a pas envie de lire Proust...

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:53

L02.jpgL'année brouillard

Michelle Richmond

éditions Pocket

 

 

Abby, jeune photographe de trente-deux ans, n'avait jamais réellement songé à fonder une famille. Mais un jour, son chemin croise celui de Jake, un professeur divorcé, et de sa fille, Emma, six ans. Elle tombe aussitôt sous le charme des deux et est bien déterminée à devenir une épouse et une belle-mère idéale. Mais un jour brumeux quelques mois avant le mariage, seule sur une plage avec Emma, son attention est détournée par un bébé phoque mort sur le sable. Lorsqu'elle se retourne à nouveau. La petite fille a disparu. Les événements tournent alors au cauchemar. L'enfant s'est-elle noyée, a t-elle été enlevée? Les secours s'organisent, mais devant l'absence de preuves matérielles, tous renoncent peu à peu, y compris Jake. Emma s'est tout simplement évaporée. Seule Abby persévère, fouillant la ville et sa mémoire, à la recherche du moindre indice qui lui permettrait de retrouver la fillette vivante et de mettre ainsi un terme à son chagrin et à sa culpabilité.

Narré à la première personne du singulier l'année brouillard fait partie de ces livres dont l'objectif premier est de tirer des larmes aux ménagères sensibles. Une jolie petite fille qui disparaît, une femme perdue dans la brume et dans ses doutes qui essaie de comprendre comment et pourquoi cette enfant a disparu, un couple dont le quotidien tourne à l'enfer, des questions sans fin.... C'est sans doute le principale reproche que je ferai à ce roman, le côté convenu et un brin larmoyant de l'histoire. L'auteur pouvait se contenter du thème de l'enfant disparu, pourquoi donc a t-elle voulu en rajouter en évoquant l'enfance difficile de l'héroïne ou une réflexion plus ou moins bancale sur la mémoire et la photographie et le temps qui passe et on ne se baigne jamais dans les mêmes eaux pour ça oui ma bonne dame? Pour le coup tout ça fait un peu cliché, de même que la relation idyllique qui unit Abby à Emma et à son père, ou encore le portrait féroce de la mère biologique qui a déserté le domicile conjugal. En fait de subtilités, on a vu mieux. C'est dommage car l'intrigue principale, le quotidien d'une femme qui essaie de retrouver sa presque fille, est en revanche, très réussie. Abby multiplie les recherches, tente désespérement de se souvenir, hante la plage maudite, cherche à comprendre, lance des appels à la télévision, distribue des prospectus, affronte la pitié ou l'indifférence des autres.... Pour le coup, le personnage est très réussi, l'auteur parvenant à pointer toutes les contradictions d'une héroïne dont la force est un profond entêtement: "Je sais que je n'étais pas douée d'un talent indiscutable. Mon art a toujours été d'une autre nature: une détermination indéfectible. Avant, c'est toujours comme ça que j'y suis arrivée. Je pensais que ça marcherait aussi cette fois-ci, que si j'étais assez déterminée, aussi longtemps qu'il le fallait, je la trouverais."  Un véritable acte de foi face à l'horreur de l'absence et du doute. Ainsi si l'année brouillard  n'échappe pas aux longueurs, si le style est souvent maladroit et les personnages secondaires sans intérêt, il est difficile de commencer le livre sans avoir envie de connaître la fin, ne serait-ce que pour savoir si l'entêtement de l'héroïne a payé...

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 19:58

L03.jpgL'amour au-delà de la mort

Care Santos

éditions Seuil


 

C'est un livre curieux: le titre et la quatrième de couverture vous prédisent un roman pour ados plein de bons sentiments, avec de l'amour et du fantastique, le cocktail à la mode. Le seul indice qui pourrait vous faire croire à une autre alternative, ce sont les petites têtes de mort qui ornent la dite couverture. Je vous préviens tout de suite: il y a plus de mort que d'amour dans L'amour au-delà de la mort.

Tout commence comme dans une histoire un peu gnangnan. Bel est une fille formidable, qui a un petit ami fantastique, Ismaël, une super meilleure amie, Amanda, et des parents qui s'adorent. Elle travaille bien en classe et tout lui réussit. Seulement voilà le hic: Bel se retrouve sans trop comprendre comment au chevet d'Ismaël, plongé dans le coma. De retour de l'hôpital, elle se rend compte que sa chambre est trop bien rangée, que son chien ne la reconnaît plus et que ses parents ne la voient même pas. Et pour cause: cela fait un mois que Bel est morte,dans des circonstances qu'elle ne tarde pas à découvrir.

Plus on avance dans cette histoire, plus on est perturbé par ce récit sombre d'un fantôme qui voudrait comprendre  ce qui lui est arrivé. Le style est très brouillon, sautant de l'imparfait au présent et d'un personnage à un autre de façon grossière. Le souci de vraisemblance est quasi-nul, les personnages sont schématisés à l'extrême et je ne parlerai même pas des dialogues parfois grotesques. Et pourtant...  Et bien, ça se lit, et même plutôt bien. Ce qui est appréciable, c'est le tour inattendu que prend le récit dès la seconde partie. L'auteur fait également preuve d'une belle audace en flirtant avec l'horreur, donnant à son oeuvre un petit ton gothique. Ainsi vous avez droit à quelques scènes de sorcellerie tout à fait réussies et à une ou deux descriptions gores, le tout enveloppé dans un suspens angoissant qui ne parvient pas ceci dit à compenser tout à fait la faiblesse stylistique. Pour résumer, c'est très inégal. J'aurais cependant pu définitivement apprécier si la fin n'était pas totalement ratée. Pour le coup, on retombe dans le bon sentiment et dans un convenu qui détonne avec l'ensemble.  Premier de l'année, L'amour au-delà de la mort ne sera définitivement pas le meilleur roman lu en 2011. Ceci dit, je pense qu'il pourra concourir dans la catégorie des plus bizarres.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 11:44

L01.jpgUn hiver de sang

(Un monde sans dieux, tome 1)

Brian Ruckley

éditions Eclipse

 

A défaut de finir l'année 2010 sur une note positive, finissons la sur un bon roman, qu'en pensez-vous? Même si Un hiver de sang est de la fantasy (ça y est j'ai perdu la moitié de mes lecteurs) et même s'il s'agit d'un récit d'une rare noirceur (ça y est il n'y a plus personne, tant pis je continue j'adore parler dans le vide)

Dans un monde que les dieux ont abandonné, dégoûtés par la méchanceté et la cupidité de leur création, la guerre fait rage, non seulement entre les deux races dominantes, nommés les Réprouvés, huanins (humains) et  kyrinins, mais également à l'intérieur même de ces races. Depuis quelques temps cependant, une paix fragile s'était instaurée. Mais cette paix n'est qu'illusoire: jadis chassés vers les territoires du Nord, un groupe d'huanins nommé la Route noire entend récupérer la place qui lui est dû et soumettre ses anciens ennemis. La célébration du solstice d'hiver sera marquée par le sang et les massacres...

C'est très compliqué à suivre au début. Soyez plus intelligents que moi, allez directement regarder la chronologie à la fin du volume pour vous aider un peu, car ce serait dommage de laisser ce livre pour de simples histoires de noms ou de lignées. Ce qui est très perturbant au début du récit, c'est que les adeptes de la Route Noire sont présentés comme des héros. Or, alors que notre sympathie leur est acquise, ils reviennent des années plus tard, devenus des envahisseurs et des fanatiques. C'est un traitement très intéressant des personnages. L'auteur prouve ainsi son désir d'éviter le manichéisme: les envahisseurs d'aujourd'hui sont les envahis d'hier et la guerre n'est qu'une folie. Ceci dit, malgré tous ses efforts, notamment l'alternance des points de vue qui fait la part belle à tous les personnages, Brian Ruckley ne parvient pas à éviter les préférences des lecteurs: à moins d'être un sadique, personne ne souhaite réellement la victoire de la Route Noire, et Osirian le prince mis en déroute ainsi que sa soeur Anyara, femme-enfant, suscite plus la sympathie que Kanin, l'héritier de Route, ou sa soeur Waïn, la vierge guerrière. Question d'empathie, je suppose: on adhère plus volontiers au clan des victimes. ça n'ôte d'ailleurs rien aux qualité d'une narration tout en finesse, mais, comme je l'ai déjà dit, d'une noirceur absolue, qui enchaîne massacres, meurtres en tout genre, et situations désespérées qui ne s'arrangent pas. Pour donner une idée à ceux qui ont lu Le Seigneur des Anneaux, imaginez le passage de la bataille du gouffre de Helm, sauf que les secours ne viennent jamais et que les héros se font tous massacrer. Voilà le type de situations que vous devrez affronter. Mais très sincèrement, ça vaut le coup...

Et sur ce, je souhaite à tous ceux qui ont eu le courage d'aller au bout de cette note, une très belle année 2011, pleine de belles surprises et avec un minimum de chagrin. Merci pour tout et à l'année prochaine!

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 18:39

L01.jpgOasis dans le Pacifique

Jaime Alfonso Sandoval

éditions Thierry Magnier

 

Oui, Ok je suis pas très assidue en ce moment sur ce blog. Il faut dire qu'il neige, qu'il fait froid, que c'est la période de Noël et que j'ai des envies d'hiberner qui sont quelque peu incompatibles avec la lecture. Ceci dit, au milieu de cette grisaille blanche, j'ai réussi à finir un livre pour enfants dont nous allons aujourd'hui parler.

Vous l'aviez peut-être déjà noté mais les éditions Thierry Magnier sont des spécialistes du roman adolescent plutôt décalé et Oasis dans le Pacifique ne fait pas exception à la règle. La familleTopete est une famille mexicaine pour le moins originale; le mari collectionne les petits boulots et les idées catastrophiques, au grand désespoir de sa femme qui aspire à une vie meilleure pour ses enfants, Flora, une  pessimiste grognon, et Pepe Junior, le narrateur de l'histoire qui voue à son père une admiration sans faille. Pourtant cette admiration va se retrouver mise à rude épreuve lorsque ce père adulé décide de tout plaquer, pays, appartement et travail, pour émigrer avec toute sa famille dans un pays nouvellement créé et que personne ne connaît mais qui serait, paraît-il, un nouvel Eldorado. Vous en vous en doutez bien, l'Eldorado en question se révèle vite un doux enfer, une île créée à partir d'ordures compactées...

C'est assez étrange de lire un roman mexicain, encore plus quand il s'agit d'un roman pour enfants. Disons qu'on n'est guère habitués. Au demeurant Oasis dans le Pacifique est très très drôle, mais d'un cynisme absolu. Narré par un garçon de quatorze ans dont le passe-temps est de collectionner les croûtes et mettant en scène un père totalement déjanté, le récit traite avec humour mais sans langue de bois de la pauvreté, de la politique et d'une utopie qui tourne vite au cauchemar... Les scènes prêtent à rire (l'américain un peu simple d'esprit qui, suite à un stage de confiance en soi, devient un dictateur, le père jamais à court d'idées pour déclencher des catastrophes...) mais la réflexion est tout ce qu'il y a de plus sérieuse. L'auteur n'hésite pas (toujours par le biais de l'humour grinçant) à mettre en scène la mort et la violence. Certes, c'est déroutant mais d'un point de vue littéraire c'est sans reproches et largement au-dessus de certains ouvrages pour la jeunesse beaucoup plus politiquement corrects. Oasis dans le Pacifique offre une lecture à deux niveaux et au-delà du récit d'une famille mexicaine loufoque s'interroge sur les rouages d'une société corrompue jusqu'à la moëlle...

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Published by beux - dans Jeunesse
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