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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 19:34

L01.jpgVoyage sentimental en France et en Italie

Laurence Sterne

éditions Rivages

(1767)


 

Partir... un peu beaucoup à la folie... Je ne sais pas  pour vous, mais moi je rêve de vacances. Alors, à défaut de pouvoir partir pour de bon, partons avec Laurence Sterne l'auteur de l'inoubliable Vie de Tristram Shandy dans un Voyage sentimental en France et en Italie. Sauf qu'en fait, Sterne n'écrira que sur la France et mourra avant de poursuivre son récit. Donc on va rester en France, pour nous c'est pas très dépaysant mais il faut ce qu'il faut et puis on aura de jolies descriptions de sites touristiques, du style carte postale du 18ème siècle, ce sera chou. Oui, mais attendez c'est de Laurence Sterne dont il est question, l'auteur qui a mis deux volumes à faire naître son personnage principal dans Tristram Shandy. Donc exit les cartes postales, dans Voyage sentimental en France et en Italie, point de descriptions, point de considérations sur les moeurs, point d'études sociologiques, point d'envolées lyriques sur la beauté des paysages... Euh en fait il y a quoi dans le livre de Sterne? Et bien, c'est du Sterne quoi: l'un des personnages de Tristram Shandy, le pasteur Yorick, décide de visiter la France et l'Italie; mais loin de s'extasier sur les monuments ou les sites, le narrateur préfère s'attarder sur des événements de son voyage qui peuvent sembler anodins aux amateurs  du genre: un âne mort sur le bord de la route, un franciscain venu demander l'aumône, un mendiant d'un genre un peu particulier, une séduisante voyageuse, une charmante servante, un valet pas très doué.... Le récit, enlevé, est plein d'humour et prend un malin plaisir à tromper les attentes d'un lecteur qui croyait avoir un portrait de la France et de ses habitants. Portrait certes il y a mais vu à travers le filtre du voyageur tour à tour cupide et candide, anglais jusqu'au bout des ongles et qui se définit comme un "sentimental", voyageur qui prend tout de même plusieurs pages pour nous expliquer qu'au fond voyager ne sert pas à grand-chose. Ce qui est le plus le fort dans ce texte de Sterne, c'est que jamais le cynisme ne prend le pas sur une légèreté volontaire. C'est ironique, jamais méchant. Il y a une certaine nonchalance dans ce voyage d'un homme qui se contente de traverser Calais, Paris, etc. en charrette et de tomber amoureux de toutes les femmes qu'il croise. Pas de polémiques, pas de grincements de dents, juste une moquerie gentille et quelques jolies scènes croquées sur le vif. Ce n'est pas un roman inoubliable certes. C'est seulement un roman qu'on traverse paisiblement, flânant au gré des incidents de l'histoire et des mésaventures (insignifiantes) de Yorick. Ceci dit, du fait de sa simplicité trompeuse j'ai préféré Voyage sentimental en France et en Italie à Tristram Shandy. Tristram Shandy me faisait l'effet d'un pudding, pas mauvais en soi, mais indigeste à haute dose; Voyage sentimental évoque plutôt une délicate crème anglaise parsemée de copeaux de chocolat à déguster par petits bouts. Ah zut c'est malin, j'ai faim maintenant. Allez, à défaut de pouvoir voyager, allons manger des chocolats justement et, avec du retard, bonne fête de Pâques à tous!

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:17

L01.jpgA comme Association

Les limites obscures de la magie

Pierre Bottero

éditions Gallimard jeunesse/ Rageot éditeur

(2010)

 

Deuxième volume de la sympathique collaboration entre Pierre Bottero et Erik L'Homme, Les limites obscures de la magie, à part son titre tout aussi nébuleux que le premier, tient les promesses de la série et nous plonge dans un monde de magie et d'humour. Cette fois, c'est Bottero qui s'y colle et qui met en scène son héroïne Ombe. Ombe n'a pas grand-chose à voir avec Jasper, le héros de Erik l'Homme. Jasper est un adolescent de quinze ans au look un peu gothique, avec des jeux de mots pourris et un sex-appeal  proche du néant. Ombe elle est une jeune fille de dix-huit  ans qui a beaucoup de succès auprès de la gente masculine, une Lara Croft version blonde qui sillonne la ville endormie en moto, une orpheline qui, contrairement à Jasper, ne craint ni les coups ni la bagarre. Et pour cause: elle est quasiment incassable. Tout comme Jasper, elle a été recrutée par l'Association, une organisation secrète servant à faire le lien entre Normaux et Anormaux et tout comme lui, elle mène sa mission avec beaucoup d'enthousiasme. Le problème d'Ombe en revanche est sa nullité crasse dans le domaine de la magie et sa façon bien particulière et pas très discrète de gérer les dites missions...

Je craignais un peu ce deuxième tome, en partie suite aux réserves d'entre vous qui préféraient le style de L'Homme à celui de Bottero. A mon grand soulagement, j'ai tout autant apprécié ce roman que le précédent. Certes, l'héroïne est un peu moins attachante que Jasper, mais Bottero a eu l'intelligence de ne pas en faire une héroïne trop lisse: elle se révèle mauvaise en magie, un peu voleuse sur les bords et parfois même midinette. De ce fait elle est tout aussi drôle à mon sens que le héros de L'Homme même si elle tombe un peu parfois dans la caricature. Au niveau du style, rien à dire, pour moi il ressemble beaucoup à celui L'Homme, si ce n'est que Bottero met moins de points d'exclamations (merci!). L'histoire est sympathique, le ton léger avec un fil rouge qui commence tout doucement à se mettre en place et on prend plaisir à suivre les péripéties de nos agents stagiaires... Allez pas de jaloux! Je mets le même petit lapin que pour Erik L'Homme...

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 19:02

L06.jpg

La vie d'une autre

Frédérique Deghelt

éditions Livre de Poche

(2007)

 

L'oubli est un joli mot. C'est aussi une chose à laquelle certains d'entre nous aspirent parfois. Oublier les moments douloureux, les situations embarrassantes... Oublier même les personnes qui nous ont fait souffrir. En tous cas l'oubli est la solution de notre héroïne du jour: Marie a 25 ans lorsqu'elle rencontre le beau Pablo au cours d'une soirée bien arrosée. Après une nuit torride, elle se réveille au matin à ses côtés. Rien que de très normal à un détail près: elle a douze ans de plus, elle est mariée au Pablo en question et elle a trois enfants.

Ok, l'idée de départ était vraiment intéressante. Je me réjouissais de lire ce livre, vraiment, d'autant plus qu'il m'avait été conseillée par deux personnes de goût, une gentille collègue (pardon Nath) et par une gentille lectrice (pardon Yara). Ne me frappez pas, ne lisez pas cet article: je n'ai pas du tout aimé.

Le rejet tient d'abord au style de l'écriture: la narratrice est l'héroïne elle-même et la façon de raconter l'histoire (quasiment pas de pauses, pratiquement pas de dialogues directs, de très longs chapitres) devient de ce fait très vite étouffante. Ce n'est que déballage psychologique et le moindre mouvement devient vite à prétexte à l'analyse. En clair: Marie est une tête à claques supposée réagir comme un femme de 25 ans, mais qui s'exprime bien comme une femme d'âge mûr, ce qui fait que son amnésie paraît factice. En face de notre héroïne merveilleuse, nous avons l'étalon Pablo, son mari (ça c'est pour le côté exotique de l'histoire, un Jean-Pierre ou un Fabrice aurait tout de suite paru moins romanesque) qu'on a envie de frapper dès son premier tango langoureux. Je ne parle même pas des enfants, supposés être des anges (c'est bien connu les enfants sont tout le temps adorables) dont l'héroïne instinctivement sait s'occuper. D'après ce qu'on comprend, Marie avant son amnésie avait une vie parfaite (elle était riche, avait une relation de couple épanouie, allait plusieurs fois par mois à l'institut de beauté et tous les étés dans le Sud) et on comprend pratiquement tout de suite avec horreur que l'auteur ne compte absolument pas faire preuve de subtilité en démontant le mécanisme ni remettre en question cette vie qui sent bon la bourgeoisie rance. Trop subtil, mieux vaut jouer sur la bonne vieille carte de l'héroïne devenue amnésique parce qu'elle souffrait trop (j'ai vérifié; ça marche pas) à la suite d'un événement dont nous ignorons tout mais qui a fait basculer son couple modèle. Rassurez-vous cependant: comme c'est un livre "optimiste" (dixit la quatrième de couverture) tout finit bien, ce n'est que guimauves et pétales de rose avec une réflexion psychologique on le sent très poussée sur le mariage (c'est bien), les célibataires (c'est mal parce qu'elles sont trop exigeantes, qu'elles ne font pas d'efforts pour le mâle et/ou qu'elles ne pensent qu'à leurs carrières) et les vilaines prédatrices avides d'hommes mariés (celles-là ce sont les pires, il faudrait les pendre sur la place publique avec leurs abats ces chiennes) Ajoutez à cela quelques danses lascives, une ou deux chansons d'amour, une carte postale de Venise, quelques bons clichés sur les provençaux un peu péquenauds qui se réunissent le soir pour boire un pastis et sur les méchants parisiens moroses qui feraient bien d'aller visiter le Sud, et vous avez le parfait cocktail du roman de gare pour femme au foyer jeune ou moins jeune adepte de Pancol ou d'Alexandre Jardin. Quant à moi, je vous prie de m'excuser, il me faut d'urgence aller oublier ce livre...

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 13:00

L01.jpgInstinct 1

Vincent Villeminot

Editions Nathan

2011

 

 Je ne sais pas pour vous mais moi, l’idée de pouvoir me transformer en animal m’a parue toujours sympathique. Devenir oiseau pour découvrir le monde d’en haut, petite souris pour se faire oublier ou, au contraire, lion pour donner quelques coups de pattes soigneusement choisies… Hélas, ça ne fonctionne pas comme ça donc, à défaut de vivre ça dans la réalité, voyons ce que ça donne dans la fiction.

Et ça commence avec un adolescent de dix-sept ans, Tim Blackhills, notre héros, qui accompagne ses parents à Seattle pour récupérer son frère et meilleur ami Ben, de retour d’un stage archéologique. Véritables têtes brûlées, les frères Blackhills n’aiment tant rien d’autre que partir en expédition ensemble et rêvent de devenir des aventuriers tous les deux. Mais leurs projets tournent court : sur le chemin du retour, la famille a un accident de voiture. Les parents de Tim et Ben sont tués. Tim ne garde lui-même que des souvenirs confus du drame mais se souvient en revanche d’une chose : juste après l’accident, l’espace de quelques heures, il est devenu grizzli. Est-il devenu fou suite à la consommation de quelque drogue, est-il responsable de l’accident et de la mort de sa famille ? A-t-il seulement rêvé ? Ce n’est pas l’opinion du professeur Mcintyre qui, persuadé que Tim a le pouvoir de se transformer, l’invite à venir séjourner dans son institut de recherches au cœur des Alpes avec d’autres patients tous dotés du même pouvoir. Tim fait ainsi la connaissance de la mystérieuse Flora et du jeune prodige Shariff. Initié, il découvre également que se métamorphoser n’est pas sans risques…

Instinct, malgré son appartenance à la catégorie jeunesse, n’a pas grand-chose à voir avec un gentil roman fantastique où des hommes devenus loups s’ébattent gaiement dans la prairie en se plaignant de leur pilosité mal venue. Il y a une certaine sauvagerie dans ce récit qui débute d’entrée de jeu par la mort de toute la famille du héros et qui met en scène plusieurs fois la violence : violence animale certes, celle de Tim qui, transformé, devient incontrôlable, mais surtout violence humaine, celle des « chasseurs » qui sont prêts à tout pour des proies aussi rares que celles des « anthropes ».Cette violence est d’autant plus choquante que, loin d’être banalisée par l’auteur, elle est montrée dans toute son horreur et sans complaisance. Manque de complaisance qui se retrouve également dans des personnages qui sont loin d’être parfaits. Tim est un élève médiocre, un peu trouillard, consommateur occasionnel de drogues, Flora est une névrosée caractérielle et sociopathe, terrifiée à l’idée que l’on puisse découvrir la nature de sa métamorphose (allez savoir pourquoi d’ailleurs car elle ne se transforme pas en cafard ou en chèvre non plus) Bref, Instinct est un roman qui porte bien son nom, assez sombre, et qui met en scène des héros qui luttent pour accepter leur double nature. C’est un peu trop « adolescent » à mon goût parfois avec l’inévitable bluette sentimentale mais c’est une bluette qui, tout du moins, a le mérite de servir à l’intrigue et non pas de l’éclipser. C’est donc plutôt une réussite et la fin du livre, servi par un bon suspens (la dernière partie du roman est tout simplement impossible à lâcher) nous fait regretter que la suite ne soit pas encore sortie…

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 11:39

L01.jpgDôme

(première partie)

Stephen King

éditions Albin Michel

2009 (traduction en 2011)

 

 

ça faisait très longtemps que je n'avais pas lu du Stephen King. Fan de ses premiers romans (Le Fléau, ça, Salem...) je m'étais très gentiment ennuyée avec Dreamcatcher et l'histoire de Lisey pour déclarer forfait avec Cellulaire. Mais comme on ne se défait jamais tout à fait de vieilles habitudes et étant donné que Dôme son dernier ouvrage bénéficiait d'une bonne critique... c'est reparti pour un petit tour!

Chester's Mill est une petite ville du Maine sans histoires, avec son lot de conseillers véreux (Jim Rennie alias Big Jim) de pasteurs exaltés (Lester Coggins) et d'adolescents à problèmes (Junior Rennie), une petite ville un peu paumée et un peu arriérée que Dale Barbara (alias Barbie), suite à une bagarre, décide de quitter. Dommage pour lui, c'est à ce moment-là qu'un mystérieux dôme invisible surgit autour de Chester's Mill et emprisonne tous ses habitants. Inutile de vous dire ce que devient une ville livrée à elle-même, privée d'électricité et dirigée par un petit chef assoiffé de pouvoir...

Bon, mon lapin parle de lui-même non? C'est bien! C'est bien parce qu'on retrouve tous les thèmes chers à Stephen King: le huis-clos angoissant, la galerie de personnages plus ou moins recommandables, le fantastique inséré subtilement au milieu de tout ça... En effet, rappelons-le: le propre du roman fantastique c'est de toujours faire douter le lecteur sur l'existence ou non du surnaturel, pas de balancer trois vampires au milieu d'un lycée pour faire plus vrai. Ainsi, dans Dôme, nous ne savons pas exactement si le dôme est le fait d'un événement surnaturel (extraterrestres ou dieu sait quoi encore) ou "naturel" (expérience gouvernementale qui aurait mal tourné). Le mystère demeure, renforcé par d'autres éléments troublants: épilepsie des enfants, comportements étranges des chiens, impossibilité de détruire l'obstacle... De plus, dans ce premier tome, Stephen King joue sur la psychologie des différents personnages et leur façon à chacun de gérer les événements, façon qui prend parfois un tour des plus inattendus. Certes, c'est du Stephen King avec un style qui n'a rien d'exceptionnel et toujours les mêmes bonnes vieilles ficelles; des enfants médiums, des personnages un peu manichéens (même si à y regarder de plus près, le seul "vrai" méchant de l'histoire est Big Jim) et le coup du "Je décris soigneusement un personnage, regardez bien comme il a l'air sympathique car il va mourir la page d'après" mais c'est du bon Stephen King, celui qui m'a fait découvrir le roman d'horreur quand j'étais adolescente. Inutile de vous dire que je me réjouis que Dôme soit en deux parties: il me reste encore un gros bouquin à lire...

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 19:07

L02.jpgVie et opinions de Tristram Shandy

Laurence Sterne

éditions Flammarion

(1767)

 

Dans la catégorie: "Livres qu'il faut lire sous acide", après l'inoubliable Ulysse de James Joyce, j'ai le grand honneur de vous présenter un nouveau challenger Vie et opinions de Tristram Shandy, roman célèbre du 18e siècle qui, à défaut d'attiser votre enthousiasme, aiguillera probablement votre curiosité...

Le roman, divisé en neuf livres, a été en fait publié en cinq fois (deux par deux), le dernier ayant été publié un an avant la mort de l'auteur. Laurence Sterne s'emploie dans cet ouvrage écrit à la première personne du singulier, à relater la biographie d'un personnage fictif, Tristram Shandy. Du moins, c'est que nous laissait entendre le titre. Sauf qu'en réalité... et bien il n'y a pas vraiment de biographie, le narrateur ne prend pas vraiment part à l'intrigue, si l'on veut vraiment parler d'intrigue.... Aaaaaaaaaaaaaah c'est indescriptible! Bon, pour vous faire un résumé succint: le narrateur commence par parler de sa conception. Soit sauf que de la conception il digresse sur les coutumes maritales de ses parents, sur le caractère de son père, revient à sa conception pour repartir sur la sage-femme qui du coup le fait basculer sur le pasteur Yorick (personnage derrière lequel se cache Sterne lui-même), revient à la sage-femme pour repartir sur sa conception.... Vous avez tout compris? En résumé, il faut 300 pages (soit la moitié du récit) à Tristram Shandy pour venir au monde. Le narrateur n'est pas vraiment le héros du récit qui met davantage en scène son père, mais, surtout, son oncle Toby, ancien militaire passionné par les fortifications et son domestique Trim. Enfin, mettre en scène c'est un bien grand mot pour parler d'une narration qui mime le langage parlé par la structure (retours en arrière, digressions, adresse au lecteur) joue sur les mots au sens propre (feuilles noircies, mots manquants, chapitres qui ne se suivent pas ) et fourmillant de références littéraires (Cervantès, Rabelais) ou historiques joue volontiers sur un ton pince-sans-rire, se moquant du pédantisme, digressant à l'infini sur les sujets les plus triviaux ou, encore multipliant les allusions paillardes ou les double sens sexuels. Vous commencez à saisir l'ampleur du sujet? Bien. Rien à dire, Tristram Shandy n'a pas usurpé sa réputation de référence et d'un point de vue littéraire on ne peut rien lui reprocher. Après si j'ai aimé? Au début, ça allait. Par la suite, j'avoue m'être lassée et un peu agacée de ce continuel piétinement de l'histoire et de ces digressions interminables. Question de goût je suppose. Ceci dit, sur la fin (les trois derniers tomes) j'ai repris plaisir à lire cet étrange ouvrage, m'étant faite à l'idée de laisser toute raison au placard puisque de raison il n'y en a aucune dans l'histoire joyeusement excentrique de Sterne. Allez un petit effort, c'est tellement rare la bonne humeur en littérature...

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 13:45

L01.jpgA comme Association

La pâle lumière des ténèbres

Erik L'Homme

éditions Gallimard jeunesse/Rageot

(2010)

 

Après Le bibliothécaire, c'est un véritable soulagement de retrouver un roman beaucoup plus lisible et de retourner à notre bonne vieille littérature de jeunesse. Et du fantastique de surcroît! ça vous apprendra à vous moquer...

A comme Association est une série qui a une connotation bien particulière; en effet, il s'agit d'une collaboration entre deux auteurs de jeunesse, Erik L'Homme et Pierre Bottero, amis à la ville, et qui décidèrent un jour de créer une série fantastique, un univers que tous deux maîtrisaient. Le principe était simple: une série en huit tome écrit par chacun à tour de rôle et qui mettrait en scène un héros qui leur serait propre: Jasper pour Erik L'Homme, Ombe pour Pierre Bottero. Le projet était bien entamé mais Pierre Bottero comme vous le savez est mort brutalement en novembre 2009 dans un accident de moto. Il a laissé deux manuscrits de la série que son collaborateur a corrigé. Après de nombreuses hésitations, Erik L'Homme a décidé de poursuivre l'aventure seul. Voilà pour la petite histoire de la série qui est vous en conviendrez un peu triste.

Aujourd'hui, c'est du premier volume de la série dont nous allons parler La pâle lumière des ténèbres, et c'est le héros de Erik L'Homme qui ouvre le bal, Jasper. Jasper est un jeune garçon de quinze ans un peu marginal qu'une association d'un genre un peu particulier a recruté. Cette organisation secrète a pour but de réguler les relations entre Normaux (les humains) et Anormaux (vampires, gobelins, etc.) Du fait de ses capacités magiques, Jasper est donc devenu dans le plus grand secret agent stagiaire et en pince silencieusement pour la jolie Ombe (l'héroïne de Bottero) agent stagiaire elle aussi. Un jour comme un autre, il est choisi pour une mission de routine: enquêter sur le trafic de drogue dans le milieu des vampires. Mais la mission de Jasper prend bientôt un tour imprévu et le met en danger...

La pâle lumière des ténèbres est plus une entrée en matière qu'autre chose et a surtout pour objectif de présenter le personnage de Jasper ainsi que l'environnement de l'Association. J'avais déjà lu quelques livres de Erik L'Homme (la trilogie des Etoiles et les deux premiers tomes de Phaenomen) et ça n'a donc pas été une découverte pour moi; j'apprécie son style simple et plein d'humour qui, malgré encore quelques maladresses (son usage par exemple excessif du point d'exclamation!) ne cesse de s'améliorer au fil des  romans. Dans ce premier volume, j'ai également beaucoup apprécié le protagoniste, Jasper, dont le cynisme, les jeux de mots douteux et le sens de l'auto-dérision, casse l'image du magicien surpuissant et en font sutout un adolescent comme les autres qui voit la magie comme un hobby qu'il pratique à ses heures perdues tout comme il joue de la cornemuse dans un groupe de rock médiéval (ça ne s'invente pas). Bref, La pâle lumière des ténèbres est un récit sans prétention, avec une intrigue rondement menée (même si dans ce premier tome elle est un peu mince) et un bon suspens. C'est léger, agréable, et j'attends avec impatience la suite...

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:01

L10Le bibliothécaire

Mikhaïl Elizarov

éditions Calmann-Lévy

(2007)

 

Je me trouve à court de lapins pour illustrer cet article. Car, pour bien faire, j'aurais dû mettre un petit lapin profondément perplexe, l'air complètement largué et qui a l'air de se poser une seule question: "Qu'est-ce que je viens de lire exactement??" En effet, c'est exactement le sentiment que m'a laissée la lecture du bibliothécaire.

Alexeï Viazintsev, de son petit nom Aliochka, est un jeune homme de vingt-sept ans un peu désoeuvré, sans amis et qui vit encore chez ses parents, en Ukraine. A la mort de son oncle avec qui il a perdu contact depuis longtemps, il est chargé par sa famille d'aller régler la succession dans une petite ville de Russie. Mais, arrivé là-bas, il se retrouve au coeur d'un conflit entre plusieurs groupes étranges. Tous se battent pour la possession des oeuvres de Gromov, un écrivaillon mort depuis des années et spécialisé dans des romans à la gloire du régime soviétique. Pour ses adeptes, les textes de Gromov ont en effet des pouvoirs mystiques qui différent pour chaque ouvrage: force, joie, sérénité... Alexeï, d'abord perplexe et enrôlé de force, se plonge  dans les ouvrages de Gromov et, à son tour, se laisse convaincre. Il prend la succession de son oncle et devient  bibliothécaire, c'est-à-dire le chef, d'une cohorte qui possède l'un des livres de Gromov. Cependant il ne tarde pas à découvrir que faire partie des élus n'est pas sans risques; les querelles entre cohortes prennent bientôt l'allure d'un bain de sang...

C'est à ce moment-là que je devrais vous parler de "la caricature d'une société défunte et l'attachement à des racines culturelles souvent inventées ou arrangées". Je devrais enchaîner sur "un récit qui sonne le glas de l'Homo sovieticus et le condamne à renaître en se réinventant, en se réécrivant". Mais je pense que pour le coup l'auteur de la quatrième de couverture a sans doute mieux compris le roman que moi. Soyons honnête: il me manque trop de solides connaissances sur la culture russe pour appréhender Le bibliothécaire et de ce fait, si je suis plus ou moins parvenue à cerner la satire (l'écrivain oublié de l'Union soviétique qui devient plus ou moins un dieu, des vieilles au bord de la mort qui suivent un gourou) la majeure partie du roman est demeurée un mystère. J'ai ri à certaines scènes (la narration menée par Alexeï est assez convaincante et son caractère plutôt bien décrit) et lu avec horreur les nombreuses scènes de batailles sanglantes et de réglements de comptes qui parsèment le roman (vieilles brandissant des haches, têtes qui volent, membres arrachés) Mais j'ai passé aussi la plupart du temps à essayer de comprendre la pensée de l'auteur qui, à sa manière raille la nostalgie d'un régime passé, tout en se gardant de la mettre au clou: les personnages adeptes de Gromov sont montrés comme des solitaires, des marginaux: aucun n'est montré comme un imbécile. Sentiments ambivalents qui se reflétent dans une écriture dense, opaque, presque étouffante, et qui pour couronner le tout fait intervenir beaucoup trop de personnages aux noms russes impossibles à prononcer. Je pense que Le bibliothécaire est un roman que j'apprécierai peut-être plus tard, quand mes connaissances sur le régime soviétique se seront un peu améliorés. En attendant, à l'image des oeuvres de Gromov, il demeure pour moi un mystère accessible aux seuls initiés. Ceci dit, bonne nouvelle: entre le début de mon article et la fin, j'ai réussi à obtenir mon lapin...

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 20:29

L03.jpgLe vicaire de Wakefield

Olivier Goldsmith

éditions Corti

(1866)

 

Difficile de s'enthousiasmer pour une oeuvre plutôt plate et assez inégale, n'en déplaise à Charles Nodier, admirateur enflammé de Goldsmith et du Vicaire de Wakefield dont il assura la préface et la traduction. Le roman met un scène un pasteur ou son quelconque équivalent (je ne suis pas très au fait du clergé d'Angleterre du  18e siècle) et raconte son histoire ainsi que celle de sa famille. Le narrateur, brave homme un peu pédant et très naïf, est contraint par un revers de fortune à s'installer à Wakefield. Tout irait pour le mieux pour lui malgré sa pauvreté si sa femme et ses filles n'avaient pas des goûts de luxe, si son fils n'était pas aussi naïf que lui, si des gens mal intentionnés ne conspiraient pas à sa ruine... Vous l'avez compris: le roman n'est qu'une succession de mésaventures plus cocasses que tragiques d'ailleurs, entrecoupées de réflexions sur la vie, de morceaux de poèmes ou de ballades. C'est l'intérêt majeur d'une narration dans l'ensemble assez linéaire. Le ton est un peu pince-sans-rire: Goldsmith fait de son héros un personnage très sentencieux, plutôt stoïque, et prend un malin plaisir à lui faire affronter des situations triviales: épouse futile, fille déshonorée, escrocs... Manière peut-être pour l'auteur de railler les esprits qui se prétendent détachés des considérations matérielles. Ainsi, l'honorable vicaire de Wakefield qui ressasse son mépris pour l'argent est le premier à se défier de son ami, Mr Burchell, sous prétexte qu'il est pauvre.C'est donc la mauvaise foi du narrateur et sa vertu trop ressassée pour être véritable qui crée le comique, ainsi bien évidemment que les situations invraisemblables dans lesquelles la famille parvient à se fourrer.

Rebondissements divers et variés, considérations philosophiques plus ou moins abouties, scènes purement comiques, Le vicaire de Wakefield est un joyeux fourre-tout qui, cependant, lasse assez vite et dont la fin prévisible et forcément heureuse ne déclenche qu'un immense soupir de soulagement. Décidément, les romans du 18e siècle ne sont pas ma tasse de thé....

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 18:27

L05.jpgSamien

En route vers l'Outremonde

Colin Thibert

éditions Thierry Magnier

(2011)

 

Ce n'est pas parce qu'un éditeur est habituellement bon qu'il ne peut pas de temps en temps produire quelques fadaises. Ainsi, les éditions Thierry Magnier qui, en temps ordinaire, éditent plutôt des romans qui me plaisent, baissent aujourd'hui dans mon estime en publiant Samien, en route vers l'Outremonde.

Dans un monde imaginaire, Samien, jeune orphelin maltraité par sa famille d'accueil, fuit pour une vie meilleure, résolue à aller jusqu'à l'Outremonde et à se faire une place au sein de la société. En chemin, il croise Yonka, une araignée qui le prend sous sa protection et signe un pacte de sang avec lui. Yonka cachée sous son bonnet, Samien peut ainsi affronter les dangers de toutes sortes qui parsèment sa route: brigands, monstres, mais aussi trahisons et coups du sort. Il découvrira aussi, bien évidemment, l'amour et l'amitié.... Je ne doute pas que certains libraires aimeront ce roman pseudo iniatique avec quelques considérations philosophiques sur l'esclavage ou l'ambition. En plus il y a des chenilles géantes, des monstres et des brigands, ouh la la quelle imagination, on va pas dire du mal d'un roman avec tant de trouvailles, ça plaira sûrement aux ados. J'avoue que si j'étais un tant soit peu de meilleure humeur, je ferais un effort pour trouver des qualités à Samien: l'araignée par exemple est très bien, les chenilles géantes aussi, et le monde créé plutôt sympa. Mais comme aujourd'hui je suis d'une humeur de chien, je ne retiendrai que les points noirs du livre, aussi nombreux que l'acné sur le visage d'un lycéen; le seul personnage à la psychologie un tant soit peu intéressante est celui de l'araignée, ce qui est quand même un comble! Le style est sans relief et, surtout, le rythme du récit est un véritable massacre. L'auteur dévide son histoire à toute vitesse, sans souci de développer un tant soit peu l'action et tue tout suspens alors que quelques scènes auraient mérité un bien meilleur traitement (je pense par exemple à la course de chenilles ou encore au séjour chez les brigands) Trop d'actions tue l'action je crois déjà l'avoir dit et là, c'est exactement ce qui se passe. Nous n'avons ni effet de surprise ni émotions en lisant un roman plat, hésitant entre l'humour et le tragique et mettant en scène un héros naïf et tête à claques. Quête initiatique si vous voulez  mais quête ratée, en tous cas pour moi...

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