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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 13:17

L01.jpgLe Pacte de Minuit

David Whitley

éditions Gallimard Jeunesse

 

 

Agora est une ville dont notre président rêverait, l'idéal des écoles de commerce. Dans cette ville cernée de hauts murs, tout s'achète et tout se vend, du service à l'être humain. Rien n'est gratuit mais tout fonctionne selon les lois de l'offre et la demande. Ainsi Mark, propriété de son père jusqu'à ses douze ans comme tous les enfants d'Agora, a été vendu à bas prix à un médecin. Dans la tour glaciale où l'homme vit en compagnie de son grand-père, un astrologue grincheux, le jeune garçon fait la connaissance de Lily, une orpheline qui, tout comme lui,se trouve obligée de travailler pour survivre. Réunis pendant quelques mois, leur destin à tous deux va prendre par la suite un tour inattendu: Mark, dont les basses origines le condamnaient à une vie de servitude, se retrouve presque par hasard propulsé au sommet, riche et célèbre personnalité d'Agora. Lily en revanche, éprise de liberté et de justice, met son existence au service des autres et décide l'impensable: offrir des soins gratuitement pour prouver à la cité entière que la notion de don peut exister... Cependant, même s'ils l'ignorent encore, les deux adolescents sont liés par un mystérieux pacte, le Pacte de Minuit...

Il n'y a rien à dire, lire Le Pacte de Minuit après Oksa Pollock c'est comme manger un bon repas après un fast-food. Ne serait-ce qu'au niveau du style, le livre de David Whitley est infiniment mieux écrit même si l'on pourrait déplorer un démarrage un peu lent au niveau de l'action. Quant à l'intrigue... Oksa Pollock est un gentil roman sur la magie, le Bien et le Mal, le tout mâtiné d'une vague intrigue amoureuse; rien qui perturbera le sommeil de nos gentils têtes blondes. Le pacte de Minuit en revanche aborde des thèmes qui mettent beaucoup plus mal à l'aise...La grande trouvaille de l'auteur, c'est de baser toute l'économie de Agora sur le commerce; la cité est une immense machine où il n'y a plus d'hommes, mais seulement des propriétaires, des recouvreurs et des débiteurs. Tout se vend même les émotions, avec un contrat en bonne et dûe forme. Votre femme chanteuse vous trompe? Prenez-lui sa voix, elle vous a pris votre coeur! ça vous paraît un peu exagéré? Pourtant ne riez pas trop, ce monde n'est pas loin du nôtre... Ce qui est intéressant également, c'est que curieusement, ce n'est pas le plus faible qui se révolte contre ce système, Mark, mais au contraire la plus débrouillarde, Lily, qui le conteste. Une façon comme une autre de prouver que les marginaux ne sont pas ceux que l'on croit. S'ajoute à cela une intrigue plus ésotérique, mêlant prophétie et pacte d'une société secrète, moins convaincante, mais à développer puisque qu'il s'agit d'un premier tome d'une trilogie... Enfin, David Whitley campe une ambiance très sombre, décrivant une ville pleine de ruelles tortueuses, d'intrigues politiques alambiquées, de trahisons et d'alliances troubles... Les auteurs de romans fantastiques préfèrent généralement jouer sur une ambiance médiévale mais l'auteur du Pacte de Minuit lui décrit une ville dans laquelle on imaginerait plus volontiers déambuler Jack l'éventreur. Encore une originalité qui fait de ce roman pour adolescents un livre à ne pas rater au milieu des fadaises insipides sur les vampires et les magiciennes insupportables.

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 16:43

L02.jpgOksa Pollock

La forêt des égarés

Anne Plichota/ Cendrine Wolf

éditions XO


 

Je suis persévérante, voici l'une des rares qualités que l'on ne peut m'ôter. Ainsi, j'ai décidé de donner une seconde chance au monde de Oksa Pollock en me plongeant dans le deuxième volume de la saga, La forêt des égarés.  Pour une fois, ma persévérance a payé.

Dans la famille d'Oksa, c'est la panique. Le premier jour des vacances, dans l'enceinte même du collège, Gus, le meilleur ami de la jeune fille a disparu. Après des recherches, il s'avère que l'adolescent a été aspiré par un tableau devenu maléfique. Le seul moyen de le secourir est pour ses compagnons de subir à leur tour le sortilège et de plonger dans un monde parallèle qui leur réserve de nombreuses épreuves... Pendant ce temps, dans le monde "réel" les événements s'accélèrent. Les catastrophes naturelles s'enchaînent et il semble que désormais, le sort de notre terre et de celle d'Edéfia, la terre des Sauve-Qui-Peut, dépendent toutes deux d'Oksa....

Ne vous y trompez pas; je ne suis pas devenue une Pollockmaniaque, et je doute sincèrement le devenir un jour. J'ai beaucoup de mal avec le style des deux auteurs que je trouve sans recherche et assez enfantin. L'intrigue est bancale avec de nombreuses maladresses: ainsi au tout début de l'histoire, on ne comprend pas pourquoi la fille supposée du grand méchant McGraw, Zoé, est soudain devenue un membre de la famille Pollock. C'est expliqué beaucoup plus tard mais l'explication coupe plus l'histoire qu'elle ne l'enrichit. D'ailleurs, l'histoire part souvent dans des digressions sans intérêt, dans des considérations philosophiques sur le Bien et le Mal dont le lecteur se moque éperdument (moi en tous cas je m'en moque) et  dans des intrigues sentimentales  au rabais. Enfin le personnage de Oksa est toujours aussi insupportable. Comment peut-on apprécier une héroïne bouffie de prétention qui bien évidemment est très forte, élue et tout et tout.... Ah oui, dans la liste des choses que je n'ai pas aimé, j'ajouterai ce thème de la Destinée qui me semble malsain, l'idée que, quoi que l'on fasse, on ne peut échapper à ce que l'on est...

Et pourtant.... Je serai moins sévère avec ce second tome qui à mon sens est plus réussi que le premier. Si les principaux protagonistes n'ont à mes yeux aucun intérêt, que ce soit Oksa ou le pleurnichard Gus, je n'en dirais pas autant des personnages de Tugdual, le protecteur gothique d'Oksa, et  de la meilleure amie de la jeune fille, qui, en dépit de son nom très laid, est plutôt touchante dans son rôle d' "écartelée" entre sa loyauté envers McGraw et son fils, et son amour muet et sans espoir pour Gus. Ces personnages, beaucoup moins manichéens que le reste de la joyeuse troupe donnent au roman une certaine épaisseur et un côté plus sombre. Les créatures du monde d'Edéfia sont également plutôt amusantes. Enfin, mon principal argument tient à une chose toute simple: malgré le côté bavard du récit, j'ai lu La forêt des égarés sans m'ennuyer, ou en tous cas bien moins que lors de ma lecture de L'inespérée. Si l'histoire gagnerait à être plus sobre, elle mérite donc à mon sens d'être poursuivie, au moins jusqu'au tome trois, histoire de voir ce que ça donne...

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 11:07

L03.jpgInfrarouge

Nancy Huston

éditions Actes Sud


 

Il y a certains livres, vous avez beau faire, vous n'arrivez pas à aimer. Ce n'est pas l'histoire, ce n'est pas le style, c'est juste que le personnage principal vous sort par les trous de nez. C'est ce qui m'était déjà arrivé avec Millenium. C'est ce qui vient de se produire également avec l'héroïne de Infrarouge, le dernier roman de Nancy Huston.

Raconte...

Raconte... c'est toujours ce que demande Subra, l'amie imaginaire de Rena, jeune femme dynamique de quarante-cinq ans, photographe dans un journal, qui laisse son amant Aziz (qu'elle considère d'ailleurs plus comme un mari) à Paris, le temps de passer une semaine en Toscane avec son père et sa belle-mère. Dans des paysages qui font rêver les malheureux qui n'ont jamais eu la chance de visiter cette partie de l'Italie, la famille forme un trio bancal, Rena s'impatientant de la lenteur de Simon et d'Ingrid qui jouent aux touristes et qui loin de percer les merveilles de Florence et de ses environs, ne font que manger et acheter des cartes postales... Du coup, la jeune femme laisse son esprit s'égarer sur souvenirs d'enfance et d'adolescence, profitant de ces vacances pour faire le point sur sa propre vie et sur ses relations avec son père...  

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans Infrarouge. Le premier et, à mon sens, le plus réussi, est celui qui raconte le voyage en Italie d'un trio bien mal assorti, d'un père un peu gâteux, d'une belle-mère un peu simple, et d'une fille qui malgré son âge, agit encore comme une adolescente devant le couple. Rien de plus drôle que ce périple à travers la Toscane marqué essentiellement par des trajets en voiture, des visites rythmées par Le Guide Bleu, et surtout du décalage entre l'émotion ressentie par Rena devant certaines oeuvres italiennes et celle, plus primaire de Ingrid qui s'extasie devant des chérubins potelés... En parallèle, Nancy Huston raconte les événements de 2005 en France, la révolte des banlieues parisiennes, guerre civile elle-même reflet de la crise que traverse le couple de Rena. L'originalité, c'est qu'elle s'y intéresse du point de vue de l'héroïne qui est à l'étranger et qui n'en a que de lointains échos. Le problème, c'est que Nancy Huston tombe de ce fait très vite dans le cliché, guère plus convaincant qu'une carte postale de mauvaise qualité. Enfin, le dernier niveau de lecture, c'est le voyage intérieur de Rena qui, devant chaque statue, chaque tableau, chaque paysage ou chaque situation, laisse son esprit s'égarer sur des souvenirs, des fantasmes, des pensées bonnes ou mauvaises qui révèlent sa personnalité. Et là je coince. Je coince franchement devant ce personnage d'intellectuelle un peu méprisante, très académique, cette photographe qui, professant son amour pour les hommes et leurs corps les fige, les psychanalyse et au final leur ôte tout attrait, ramenant tous les grands problèmes de notre temps à la relation mère/fils, père/fille dans une analyse bâclée qui rendrait presque sympathique Michel Onfray et sa volonté de bannir la psychanalyse freudienne. Portrait d'une bobo faussement provocatrice, Rena ne devient intéressante que dans la mesure où, sur la fin du récit, Nancy Huston en livre les failles: son désir de s'attacher Aziz à tout jamais, sa relation conflictuelle avec son père, l'absence de sa mère, son refus de vieillir et son incapacité à aimer tout ce qui est simple... Au final, je suis sortie de ce livre avec une étrange impression, mélange de dégoût et d'admiration, admirant le style de l'auteur et son talent de narratrice, mais regrettant cette volonté tenace de tout analyser ainsi qu'une écriture qui, visant l'esthétisme à tout prix, en perd toute émotion... Et voilà! Bon vous trouvez pas que pour le coup cet article est un peu pédant? Que voulez-vous il faut bien que de temps en temps je joue à l'intellectuelle moi aussi...

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:27

L01.jpgLe livre de Dave

Will Self

éditions de l'Olivier

 

Dans un monde futuriste, Carl Dévush, douze ans, vit sur l'île de Ham, une île qui, comme le reste du monde, est gouvernée par les principes de Dave, leur dieu à tous. Dave est grand, il voit tous ses clients (ses fidèles) dans son grand rétroviseur, et les mènera tous vers Niou London. Mais il faut respecter ses principes car Dave ne rigole pas avec ça: hommes et femmes vivent séparés, leurs enfants passent de l'un à l'autre lors du jour de l'Alternance, car les "papas" ne sauraient frayer avec les "mamans", les perfides Chelliennes, et ce sont les "opaires" qui s'occupent des enfants chez les "papas". Les adeptes de Dave (et tout le monde l'est) parlent le mokni, un étrange jargon qui fait penser au langage SMS d'aujourd'hui et connaissent une suite d'itinéraires compliquées. Ils sont dirigés par des Chauffeurs, le représentant de Dave qui leur invite la voie à suivre vers Niou London. Le problème? Et bien c'est que Dave n'est pas un dieu. 500 ans auparavant, en l'an 2000, Dave Rudman n'est qu'un chauffeur de taxi d'origine modeste, raciste, aigri par un divorce douloureux qui l'a privé de son fils. A moitié fou, il a déversé toute sa haine et son fiel dans un livre qu'il a enterré chez son ex-femme, Michelle. Ce sont pourtant ses élucubrations, retrouvés des siècles plus tard, qui vont devenir la référence spirituelle du monde de Carl. Et ce monde là n'a rien à envier au nôtre en matière d'horreurs...

Bon, j'avais emprunté ce livre pour rire un peu mais autant vous prévenir, on ne rit pas avec Le livre de Dave qui est d'une noirceur absolue. Oh, il y a beaucoup de passages qui font sourire, notamment le langage mokni, modelé sur le langage SMS et langage courant: ainsi, l'eau devient "l'évian", le ventre "le bidon", la jeune fille "l'opaire" (en référence à la jeune fille au pair complaisante du fils de Dave), le cochon le "bacon". M'est avis que le traducteur français a dû s'arracher les cheveux ! De même certaines situations incongrues peuvent amuser. Mais globalement, il n'y a rien de drôle tant dans l'histoire de Carl Dévush qui sans remettre en cause Dave s'interroge sur certaines doctrines et, de ce fait, se met en danger, que dans l'histoire de Dave Rudman, un homme dépressif et malheureux dont la vie n'est qu'une longue suite de galères... Inutile de vous dire que Le livre de Dave est une critique de la religion, plutôt d'ailleurs dans tout ce qu'elle a d'"administratif ": Carl en visitant la ville est frappé par la façon dont sont traitées les "mamans" stigmatisées par Dave et de ce fait massacrées au moindre manquement. Dominée par des Chauffeurs tyranniques, Londres de demain fait piètre figure... Mais que les anticléricaux primaires ne se réjouissent pas trop car, dans le chapitre suivant, le Londres de 2003 revient avec Dave, et Will Self cette fois dénonce une société dominée par l'argent et l'apparence, pleine de mots creux et d'indifférence, condamnée tôt ou tard en disparaître. En clair, religion ou pas, l'homme cherchera toujours le moyen de se détruire. Constat sans appel d'un écrivain cynique qui ne voit au fond le salut de l'humanité que dans l'amour  et le retour à la nature: sur l'île d'Ham, la bureaucratie est moins présente et hommes et femmes coulent des jours relativement heureux tandis que les enfants s'ébattent avec les Motos, une race curieuse, mammifère d'une intelligence d'un bambim, et qui trouvent leur bonheur dans des joies simples, notamment en se roulant dans la boue. Quant à Dave, c'est finalement dans les bras de Phyllis et dans sa petite maison à l'écart de la ville qu'il retrouvera une sérénité passagère...

C'est un roman curieux, à la fois très noir et curieusement touchant, un peu long au début (il faut le temps notamment d'entrer dans le monde de Carl) mais qui vaut le coup. Je ne connaissais pas du tout Will Self mais à coup sûr Le livre de Dave me donne envie de découvrir l'univers de cet écrivain pour le moins déjanté mais incontestablement talentueux...

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 11:57

L08.jpgLe voyage aux limbes

Geoffrey Guntz

Mon petit éditeur


 

Je me suis retrouvée avec un vrai dilemme en écrivant cet article. En effet, le roman dont je vais vous parler aujourd'hui m'est tombée entre les mains par hasard. C'est un livre écrit par un jeune auteur et publié vraisemblablement à son compte. ça m'ennuie un peu sur le principe d'être méchante de ce fait avec Le voyage aux limbes mais, après réflexion, je ne vois pas pourquoi je serais plus gentille avec un roman sous prétexte qu'il a déjà peu de chances de se vendre. Je vais donc le traiter de la même manière que les autres: au moins on ne pourra pas m'accuser de ne lire que des best-sellers.

Dans une contrée merveilleuse, Meheb et Keros, des jumeaux promis à un grand destin, partent à la poursuite d'un rebelle qui a fait offense à leur roi, accompagnés d'un elfe (follement original), d'une sorcière aguicheuse et d'un prêtre guerrier. Mais ils s'égarent et pénètrent dans une forêt légendaire, la forêt Obscure, dont nul n'est jamais ressorti. Dans cette mystérieuse forêt, les jumeaux et leur petit groupe vont vite se retrouver confrontés à des goules maléfiques qui vont leur faire visiter différents mondes en proie à des malédictions diverses. A eux de déjouer les pièges qui leur permettront de trouver la sortie de ces univers infernaux.

Geoffrey Guntz avoue clairement s'être inspiré de Dante pour son histoire. Certes, pourquoi pas? Je n'ai rien contre Dante, mais encore faut-il que le roman soit à la hauteur du thème. Et là, c'est plutôt un fiasco. Par quoi commencer? Le mélange pas très heureux entre civilisation antique, religion catholique, mythologie gréco-romaine et univers de jeux vidéos? ça déjà c'est pour moi une faute de goût: il faut avoir je pense une écriture solide pour oser un pareil melting-pot et ne pas se contenter de jeter références en vrac en se gargarisant de sa propre culture. Mais l'auteur cumule les erreurs: le rythme du récit est .... inexistant; les chapitres semblent se terminer au hasard, l'action est ralentie en permanence, les dialogues pratiquement absents. Le style est une mauvaise copie de Tolkien avec superlatifs et langage pompeux. Les personnages sont à peine esquissés, ne permettant pas au lecteur de s'attacher à eux... Par charité je ne m'attarderai pas sur les coquilles et la mise en page approximative, résultat pour le coup du mauvais travail de l'éditeur. Non ,franchement, non. Le livre n'est pas assez mauvais pour en rire, mais il l'est assez pour s'ennuyer profondément de bout en bout. Je suis sûre que l'auteur est un fervent amateur de fantasy et je suis sûre que c'est un bon lecteur, mais ce n'est pas pour ça que ça en fait un bon écrivain, surtout pour un genre qui, contrairement aux idées reçues est loin d'être facile à maîtriser...

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 11:42

L01.jpgMéthodologie pratique de mauvaise foi

Bamastrau/ Couty/ Strauser

éditions Rue des Promenades


 

Au cas où vous l'auriez peut-être remarqué au fil des pages de ce blog il m'arrive (parfois) d'être de très mauvaise foi. Aussi lorsqu'un gentil éditeur m'a proposé de m'envoyer un petit livre intitulé: Méthodologie pratique de mauvaise foi, j'ai sauté sur l'occasion, désireuse de me fournir des armes en la matière.

La mauvaise foi est je pense universelle: que celui qui a toujours admis qu'il avait tort ou qui a reconnu systématiquement ses erreurs lève la main! Vous? Vous voyez vous êtes de mauvaise foi. C'est impossible d'être toujours sincère, tout comme il est impossible d'avoir toujours raison (à part moi bien entendu). Le livre de Bamastrau, illustré par Couty, met en scène les différentes facettes de la mauvaise foi dans un recueil court (environ 80 pages) mais amusant des différentes "méthodes" pour soutenir avec beaucoup d'assurance des arguments fallacieux et tenir tête à son interlocuteur alors qu'on a tort. J'ai reconnu ainsi beaucoup de mes techniques: jouer sur les mots ou sur l'affectif, refuser d'admettre la défaite (ça je le fais quand je perds aux jeux de société, ce qui, je vous rassure, ne m'arrive jamais) ou encore jouer sur l'incohérence de mon propos: "Donner raison à son interlocuteur pour mieux lui ôter ses arguments: ' Oui, c'est incohérent! Et alors? Je suis incohérent! Mieux, je le revendique". Ceci dit j'ai reconnu aussi les techniques de certains de mes proches ou encore de mes supérieurs hiérarchiques; je pense que bon nombre d'ailleurs d'entre vous reconnaîtront la méthode employée notamment lors de réunions qui consiste à répondre à une première question plus facile à développer et qui occupera la totalité de la réunion, évitant ainsi d'aborder des sujets plus sensibles: "Surseoir à répondre à une question, en revenant à une question posée précédemment. Insister sur l'importance de répondre le plus clairement possible, et dans l'ordre. Après cet apparté et le complément de réponse (non sollicité), avec un peu de chance, la question ne sera pas reposée."

Dans Méthodologie pratique de la mauvaise foi vous trouvez ainsi toutes les formes que peut prendre la mauvaise foi. C'est drôle et les illustrations ça et là mettant en scène presque toujours des personnages avec un sourire sardonique, du style "je vais t'arnaquer sans que tu t'en rendes compte" m'ont bien fait rire. Dans le même style , ce n'est pas sans m'avoir fait penser à Dictionnaire du parfait cynique de Roland Jaccard (éditions Zulma) Aussi, si vous avez envie de savoir quel type de mauvais perdant ou quel type d'arnaqueur vous êtes, n'hésitez pas à vous plonger dans sa lecture...

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 21:18

L05.jpgOksa Pollock

t.1 l'inespérée

Anne Plichota/ Cendrine Wolf

éditions XO

 

Il était une fois une adolescente qui s'appelait Oksa Pollock. Elle était drôle et intelligente, super forte dans toutes les matières et faisait même du karaté. Contrainte d'émigrer avec sa famille et celle de son meilleur ami, Gus,  à Londres, elle arrive dans un nouveau collège où elle ne tarde pas à se faire des amis. Mais voilà qu'un jour, elle se met à avoir des pouvoirs étranges: elle fait tout exploser, fait voler des objets, vole elle-même... Elle découvre alors que sa famille n'est pas de ce monde mais vient d'une sorte de monde parallèle, Edéfia. Contrainte à l'exil, sa grand-mère ne rêve que d'une chose, y retourner, mais Oksa seule, l'élue, est capable d'ouvrir la porte vers la Terre promise...

Certaines mauvaises langues diraient que Oksa Pollock ressemble quelque peu à Harry Potter: une fille dotée de supers pouvoirs qui représente le seul espoir pour les siens, un meilleur ami un peu jaloux, un collège so british, des créatures magiques... Allez ne soyons pas mauvaise langue, admettons que Rowling n'a pas le monopole des enfants sorciers et concentrons-nous uniquement sur l'histoire. Sauf qu'en toute sincérité, j'ai eu beaucoup de mal. Je dois avoir quelques problèmes avec les ados en ce moment pace que le personnage de Oksa m'a parue proprement insupportable: de son vocabulaire faussement branché: "C'est trop space" à son attitude nonchalante (j'ai des supers pouvoirs, trop cool) tout en elle donne des envies de meurtres, même si après tout, il faut reconnaître aux auteurs une certaine dose de réalisme (Oksa par exemple ne résiste quasiment jamais à l'idée de se servir de ses pouvoirs par vengeance, ce qui semble plus réaliste qu'une adolescente qui après avoir appris qu'elle avait de supers pouvoirs se contenterait des les cacher...) Les autres personnages ne sont guère plus intéressants et le monde des Pollock semble territblement artificiel. Tout sonne faux, le vocabulaire, les créatures magiques, les attitudes des différents protagonistes... Après il y a aussi quelques jolies trouvailles: les plantes hypocondriaques et névrosées, et surtout vers la fin du récit, une ouverture qui laisse suggérer que le monde d'Edéfia n'est pas aussi idyllique qu'il semblait l'être au départ...  L'intrigue en elle-même n'est pas inintéressante mais beaucoup trop lente à démarrer et surtout... tout simplement trop. Les auteurs balancent informations diverses et variées en vrac à un rythme qui lasse rapidement: à peine avez-vous eu le temps de digérer que Oksa est une sorcière que hop! on apprend que sa famille vient d'un autre monde et hop! un méchant est à leur poursuite... et hop! Oksa est une élue... STOP!!!! ça fait trop et aussi trop de points d'exclamations. Je hais les points d'exclamations dans les romans et j'ai tout particulièrement détesté ceux présents dans Oksa Pollock. Est-ce que quelqu'un pourrait un jour avoir la gentillesse d'expliquer aux romanciers, et tout particulièrement aux auteurs de récits fantastiques que les points d'exclamation ne sont pas forcément le gage de dialogues réussis? 

Bref, à mon avis, pas de quoi s'extasier devant la pollockmania à moins d'être un jeune lecteur très indulgent. Ceci dit, le premier tome finissant mieux qu'il n'a commencé, je pense laisser une chance à la série en essayant le tome deux. Qui sait, peut-être n'étais-je pas d'humeur très oksanienne cette semaine...

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 18:36

L03.jpgMémoires de Fanny Hill, femme de plaisir

John Cleland

éditions La Différence

 

 

Qui dit 18ème siècle, dit libertinage. Donc, soyez dans la joie; après l'étalage de la vertu dans Pamela, nous allons passer au côté obscur du siècle avec un roman érotique de John Cleland. Pervers, soyez gentils de passer votre chemin si vous êtes tombés sur cette page par quelques mots-clés que je ne veux surtout pas connaître. Je doute que vous trouviez ici satisfaction.

Fanny Hill, jeune campagnarde ignorante, devient orpheline à l'âge de quinze ans. Une connaissance lui propose de monter à Londres pour trouver du travail, ce qu'accepte avec joie l'ingénue, avide de découvrir la ville et ses merveilles. Mais à peine arrivée elle se retrouve seule, l'amie l'ayant laissée en plan, et sans aucune perspective d'avenir. En cherchant à se placer, elle est remarquée par la tenancière d'une maison de plaisir qui la prend sous son aile. Déniaisée par ses petites camarades et ayant perdu sa virginité avec un jeune garçon avec qui elle s'était enfuie de l'établissement, Fanny ne tarde pas à découvrir les plaisirs du sexe et mène une multitude d'expériences pour gagner sa vie, expériences qui au demeurant, lui procurent entière satisfaction. La jeune fille finalement verra se terminer cette vie de débauches en épousant son premier amour et en devenant une femme respectable.

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est avant tout le contraste entre l'héroïne et entre celle de Richardson. Fanny Hill est tout comme Pamela une jeune campagnarde mais n'a aucune instruction (elle sait lire et "griffonner") Ignorante, elle arrive en ville et succombe sans aucun souci au vice, qui plus avec un plaisir qui ferait hurler d'indignation des auteurs respectables. Elle avoue sans aucun tabou aimer le sexe et ne sera même pas "punie" pour sa vie de débauches puisqu'elle fera un mariage heureux à la fin du récit. Pis, Cleland, a le toupet de sortir un couplet sur la morale et les bienfaits de la vertu à la fin du roman, en décalage avec un récit qui tranche par sa joyeuse obscénité. Si c'est pas de la provocation ça...

Mémoires de Fanny Hill se veut comme un hommage au libertinage français, apparemment patrie championne de l'époque (bonjour la réputation) De ce fait, le vrai nom de Fanny est France (Fanny n'est qu'un surnom). D'un point de vue narratif, c'est un peu répétitif il faut l'avouer: Fanny a des relations plus ou moins inspirées avec des hommes plus ou moins bien pourvus, se livre à quelques expériences inédites (le fouet, des séances collectives où tout le monde apprécie ses perfomances, une ou deux expériences homosexuelles...) et sous couvert de raconter sa vie à sa correspondante (car il s'agit d'un roman épistolaire) titille l'imagination de ses lecteurs masculins. L'auteur, désireux de ne pas tomber dans le vulgaire et la répétition, emploie pléthore d'expressions poétiques et de métaphores, se justifiant de la sorte par la bouche de Fanny: "(...) J'ai, peut-être, trop affecté le style figuré. Mais où peut-il être mieux à sa place que dans un sujet qui est par excellence du domaine de la poésie, ou plutôt, qui est la poésie même (..) lors même que les expressions naturelles, par respect pour la mode et pour l'oreille, n'en seraient pas nécessairement bannies?" L'argument se tient. Concrétement, dans Fanny Hill, vous entendrez donc parler  "de l'engin ordinaire des assauts d'amour", de "prodigieuse machine", de "vigoureux étalon", de "gentil coteau" ou encore de "doux secret de la nature" et de "superbe pièce de mécanique". Je vous rassure; pour la compréhension de l'histoire, ça ne gêne pas énormément et moi, ça m'a plutôt fait rire. Quant à considérer Mémoires de Fanny Hill comme un ouvrage indispensable aux 1001 livres....  Bah, pourquoi pas après tout? Le roman érotique est un genre révélateur du 18e et il aurait été dommage je suppose de faire l'impasse sur Cleland, même si j'avoue n'avoir pas été éblouie par ses performances... littéraires.

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:39

L01.jpgLe goût des pépins de pomme

Katharina Hagena

éditions Anne Carrière


 

Quel goût ont exactement les pépins de pomme? C'est la question que se posait Bertha qui elle ne les mangeait jamais, à la différence de sa petite soeur Anna qui, elle, dévorait tout le fruit. Des années plus tard, Anna est morte depuis longtemps, terrassée par une pneumonie à l'âge de seize ans, et Bertha elle-même, vieille femme, vient juste de décéder. Elle avait de toute façon depuis longtemps  oublié les pépins, Anna et même son propre nom. Ses trois filles sont venues à son enterrement ainsi que sa petite-fille, Iris, la narratrice, à qui Bertha a légué la maison. Iris n'a pas forcément envie de reprendre cette vieille demeure, mais à mesure qu'elle la redécouvre, les souvenirs d'enfance refont surface et c'est toute l'histoire de sa famille qui prend corps devant ses yeux: la disparition d'Anna et la naissance de sa mère et de ses tantes, la maladie de Bertha après une chute qui la fait peu à peu tout oublier, la mort tragique de la cousine de Iris, Rosemarie, et le secret qui entoure cet accident...

Des romans sur la nostalgie, il y en a des centaines: des écrits un peu réactionnaires qui fleurent bon le "c'était mieux avant" et le "tout était plus simple à l'époque". Le goût des pépins de pomme lui ne tombe pas dans ce travers. L'histoire de la famille de Iris est racontée sans complaisance aucune; pas de couleur pastel pour décrire un grand-père plus ou moins nazi, une grand-mère qui perd la tête, des histoires d'amour à sens unique, des soeurs en conflit les unes avec les autres, une cousine un peu folle, des adultères et des trahisons... Pourtant, de fil en aiguille, la narratrice parvient à nous attacher à ces personnages atypiques. Ici pourtant, ce sont les femmes qui dominent. Nous n'avons que quelques rares personnages masculins qui, la plupart du temps à quelques exceptions près, sont "écrasés" par leurs homologues féminins. Peut-être est-ce pour cette raison d'ailleurs que ce roman a plus de chances de plaire aux femmes qu'aux hommes.

Ce qui fait également la force du livre, mais qui paradoxalement peut "perdre" un ou deux lecteurs, c'est sa narration en puzzle. Sans transition, au hasard des pièces de la maison, des lieux qu'elle visite ou des personnes qu'elle rencontre, Iris laisse les souvenirs et les histoires refaire surface au hasard: on passe de l'enfance de Bertha à l'enfance d'Iris et de Rosemarie, de la rencontre de la mère d'Iris, Christa, avec son mari à la mort d'Anna.. Tout cela nous menant tout doucement aux souvenirs qu'Iris tente d'oublier, ceux ayant trait à la mort de sa cousine. La narration mime ainsi la propre errance de Bertha à qui sa mémoire torturée joue des tours et qui mélange les événements du passé.

Que dire? C'est une jolie histoire, assez émouvante: l'auteur aurait pu tomber dans un sucré un peu dégoulinant mais préfère jouer sur la retenue, allant même jusqu'à railler gentiment sa narratrice encline à l'évanouissement. Les histoires d'amour sont racontées avec une certaine sobriété et la mort elle-même n'est pas dramatisée plus que nécessaire (Iris ne pleurera même pas sa grand-mère). Là où l'auteur insiste beaucoup c'est essentiellement sur le rapport entre le souvenir et l'oubli: faut-il oublier les souvenirs douloureux ou justement se souvenir pour pouvoir mieux les oublier par la suite? C'est l'hypothèse que semble retenir Katharina Hagena: Iris ne parvient à exorciser la mort de sa cousine qu'en retournant sur les lieux du drame, Bertha est malheureuse d'oublier... Oublier c'est nier son histoire et par là ce qu'on a été et ce qu'on est encore. A partir de là, tant pis si les souvenirs font du mal....

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 10:33

L02.jpgSeuls

t.5: Au coeur du Maelström

Gazzoti/ Vehlmann

éditions Dupuis


 

Fin du premier cycle de la série de Gazzoti et Vehlmann, Seuls, une série qui a pris de l'épaisseur au fur et à mesure des tomes et qui laisse un goût étrange à la fin du cinquième album Au coeur du Maelström. Pour ceux qui n'ont pas encore lu la série et qui seraient désireux de la lire, je leur conseille dès maintenant de sauter cette note, car je vais ménager ceux qui n'ont pas encore lu ce tome en particulier, mais je vais être obligée de parler des quatre premiers volumes.

Après le départ de Dodji, qui s'est volontairement exilé de la communauté, les enfants se sont organisés sous la tutelle d'Yvan. Tout semble calme mais ce n'est que de courte durée: l'un des enfants ne tarde pas à retrouver le corps de Dodji, la poitrine percée par une balle. Une fois le corps de leur ami enterré, Leïla est élue nouvelle chef de leur groupe et décide de mener une expédition dans la "zone rouge", la zone dangereuse mais dans laquelle pourrait se trouver la réponse à toutes leurs questions...

Après la lecture de Au coeur du Maelström, pour trouver la réponse à des questions que je me posais et que je ne pouvais résoudre par moi-même, n'ayant plus les quatre premiers tomes sous la main, je suis allée sur des sites qui parlaient de la série. J'ai été surprise par la véhémence de certains lecteurs qui reprochaient essentiellement à ce cinquième volume deux choses: d'une part son extrême violence, d'autre part une fin qu'ils jugeaient "décevante". Je trouve ces reproches plutôt injustifiés. Certes, la BD est effectivement très violente: il y a surtout cette scène, stigmatisée par la plupart, où l'on voit le corps de Dodji au loin, mangé par les corbeaux, et, dans la case d'après, son bras bien amoché. Apparemment, la série étant considéré comme une série "pour enfants", ce genre de détails ne pardonne pas. Ceci dit, la thématique de l'histoire étant à la base plutôt sombre (des enfants abandonnés, seuls dans une grande ville livrée à des animaux devenus fous) j'aurais quant à moi trouvé ridicule et complètement irréaliste qu'il n'y ait aucun mort et aucune violence. D'ailleurs, le ton est clairement donné dès le premier volume avec une couverture montrant Dodji un gourdin à la main et contemplant du sang par terre. Qui plus est, l'un des enfants se fait dévorer par un requin dans le troisième tome et personne ne semble s'en émouvoir (ah oui il s'agit d'un méchant, apparemment c'est plus acceptable). Toujours est-il que si ces fameuses images de Dodji mort sont extrêmement frappantes, je les trouve visuellement parlant très réussies car, elliptiques, elle n'en frappe que plus l'imagination.

Passons maintenant à la fin du volume: ne vous inquiétez pas, je ne vais pas spoiler ni commettre de gaffes. Personnellement, j'ai apprécié le dénouement qui, sans résoudre une partie du mystère (un deuxième cycle est déjà annoncé) apporte des éléments de réponse, notamment sur la disparition des habitants. Trop facile, ont dit certains mais moi, j'étais peut-être fatiguée va savoir, pour le coup je n'ai rien vu venir. Du coup, me voilà prête à me replonger dans le premier cycle dans son intégralité pour tenter de comprendre ce qui m'avait échappée lors de ma première lecture...

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Published by beux - dans B.D.
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