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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 12:40

L01.jpgHunger Games

L’embrasement

Suzanne Collins

Editions Pocket Jeunesse

Souvenez-vous ; il y a à peu près six mois, je vous parlais du premier tome de la série de Suzanne Collins, Hunger Games. Aujourd’hui, place à une suite tout aussi palpitante.

Katniss a survécu aux Hunger Games et sa vie ainsi que celle de sa famille s’est grandement améliorée. Néanmoins, une menace plane toujours sur sa tête. Lors de sa participation en effet, elle a osé défier le Capitole, la capitale toute puissante qui règne sur les Districts. Devenue un symbole pour le peuple tout entier, sa tête est mise à prix si elle ne persuade pas le président Snow que son geste de révolte était un geste d’amour pour son compagnon d’infortune, Peeta. De sa capacité à ramener le calme au sein des Districts lors de la fameuse Tournée de la victoire, dépend le salut de la jeune fille mais également de tous ceux qu’elle aime…

A priori mêmes ficelles que pour le premier tome avec une intrigue assez similaire et, ne soyez pas surpris, de nouveaux jeux à la clé. L’astuce cependant réside dans la capacité de l’auteur à employer le même scénario à dessein mais en y ajoutant ça et là des éléments qui détonnent et brouillent le lecteur ; une histoire d’amour feinte qui pourtant au fil des pages semble devenir de plus en plus réelle, une héroïne totalement dépassée, des ennemis qui se révèlent des amis et vice-versa et des Jeux qui prennent un tour pour le moins inattendu. A la manière du geai moqueur, le fil rouge du récit, Suzanne Collins nous invite à aller au-delà des apparences pour découvrir les dessous d’une histoire qui est loin d’être aussi simpliste qu’elle le paraît.

Bien évidemment, il y a des petits reproches à faire à ce roman. Le style encore une fois est loin d’être exceptionnel et la narration est parfois organisée de façon assez particulière, l’auteur s’attardant sur certains détails pour expédier ensuite en quelques lignes plusieurs semaines. Le début est lent, très lent (les deux premiers chapitres n’ont pas vraiment d’intérêt) mais une fois que l’action est lancée… c’est fini, on ne peut plus s’arrêter de lire ! Suzanne Collins maîtrise l’art du récit et parvient à entretenir un suspens tout au long des pages. Les personnages sont plus qu’attachants ; Katniss, l’héroïne, est une jeune fille déterminée, courageuse mais impulsive, confrontée bien malgré elle à des sentiments qu’elle préférerait éviter. Une écorchée vive qui ne tombe ni dans la caricature ni dans la fadeur. Face à elle, son admirateur inconditionnel Peeta ne démérite pas. L’amoureux transi prêt à tout sacrifier pour Katniss est extrêmement  bien décrit ; il est difficile de créer un « gentil » personnage sans en faire un niais, pourtant Suzanne Collins parvient à donner à Peeta la même dimension dramatique que Katniss et nous le rend très sympathique (en ce qui me concerne, c’est mon personnage préféré). Ajoutez à cela d’autres personnages secondaires également très intéressants (l’alcoolique Haymitch, le séducteur Finnick, la désinvolte Johanna) et une touche d’humour qui allège un ensemble qui pourrait paraître un peu pesant. C’est parti pour près de quatre cent pages qui passent comme un éclair (en deux soirées très exactement) et qui laissent avec un extrême sentiment de frustration : la suite et fin de la série n’est prévue qu’en 2011.

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 16:46

L03.jpgMa Dolto

Sophie Chérer

éditions Ecole des Loisirs

 

 

Désolée, c'est encore un livre en jeunesse. Je n'achète plus rien tant que je n'ai pas fini Paméla et comme mes vacances se rapprochent à vitesse grand V, je ne peux plus rien emprunter non plus...Du coup, c'est une occasion pour écluser la PAL (Pile A Lire) et cette PAL se compose quasiment uniquement de livres en jeunesse. Mais rassurez-vous, j'approche de la conclusion de Paméla...

Sophie Chérer, auteur de romans pour enfants, aime Dolto. Françoise Dolto vous connaissez? De nom sûrement, tout comme moi, tout comme vous savez sûrement que cette brave psychanalyste, mère de Carlos (et oui!) se passionnait pour les enfants et les bébés: "neuropsychiatre et psychanalyste française, connue pour ses études sur l'enfant [...]; elle a contribué à vulgariser les notions de psychanalyse le concernant." Voilà, petit rappel encyclopédique. Mais pour Sophie Chérer, cette définition est loin d'être satisfaisante. La voilà donc décidée à donner sa propre définition d'un personnage haut en couleurs qu'elle admire énormément dans son ouvrage intitulé Ma Dolto parce que, précise-t-elle, "ce n'est pas la seule, ce n'est pas la vraie, c'est juste la mienne."

Nous voilà donc face à une biographie pour le moins personnelle, qui mêle histoire de Dolto, histoire de ses patients et histoire de l'auteur. ça fait beaucoup pour un seul livre mais il faut reconnaître une certaine originalité à l'ensemble. Après, à la lecture, je suis passée par plusieurs stades, selon l'heure de la journée: le matin, c'était avec beaucoup de bienveillance que je lisais ces pages au style plus qu'enfantin, pleines de bon sentiments et présentant une héroïne volant au secours d'enfants en détresse; l'après-midi, le regard était plus critique, s'interrogeant sur l'objectivité de Sophie Chérer qui, en dépit de ses dires, ne présente jamais Françoise Dolto sous un jour défavorable; quoi qu'il arrive, ses méthodes d'éducation sont merveilleuses, sa psychanalyse est sans failles et elle sait parler aux petits (tout comme l'auteur apparemment). Le soir, saturation. Tant de sucre, de miel et de citations cuculs ont eu raison de ma patience. Je n'ai qu'une envie c'est de balancer le bouquin par la fenêtre et de revenir aux bonnes vieilles méthodes éducatives barbares. Mais je me ravise, sachant que le lendemain matin, je trouverai au contraire l'ouvrage plein de fraîcheur.

Je suppose que le livre  involontairement fait le même effet que Françoise Dolto. Il y a un côté tête à claques assortie d'une réelle réflexion sur l'enfance. Bon j'avoue qu'au final, c'est le côté tête à claques que je retiendrai de Ma Dolto. Mais Chérer aura atteint au moins son but, celui de faire découvrir son idole car, après lecture, on ne peut qu'être curieux d'en savoir plus sur une femme qui parlait à son ange gardien et qui a eu le mérite d'apprendre à ses contemporains qu'un bébé n'était pas uniquement un tube digestif...


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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 19:36

L02.jpgLe royaume de Tobin

Lynn Flewelling

éditions Pygmalion

(6 tomes en français)

 

 

Un jour, je finirais de lire Pamela, promis. En attendant, retour à la fantasy. Aujourd'hui, je vais vous parler d'une série que j'ai commencé il y a bien longtemps et que je viens de terminer. Allergiques au genre, je vous autorise à quitter le blog pour l'heure.

Skala est un royaume qui traditionnellement est  gouverné par des reines. Ainsi en ont décidé les Dieux protecteurs et leur oracle. Mais la dernière reine est devenue une folle meurtrière, si bien que lorsqu'elle meurt et que son fils Erius prend le pouvoir au détriment de sa jeune soeur Ariani, personne ne proteste vraiment. Les dieux sont en colère cependant et épidémies, famines et attaques d'ennemis se multiplient. Les murmures de malédiction se font plus forts et Erius prend peur. Il élimine toute prétendante potentielle au trône hormis sa soeur qu'il aime profondément. Une erreur pour lui car de cette soeur naît des jumeaux, un garçon et une fille. Deux mages et une sorcière décide de sauver la fillette en lui faisant prendre l'apparence de son frère et en sacrifiant ce dernier. Tobin, la fillette prend ainsi le corps de son jumeau et élevé(e) comme un garçon, ignore tout de sa véritable nature ainsi que de la destinée qui l'attend. A ses côtés, son frère mort transformé en démon hante ses pas et son esprit peuplé d'ombres...

C'est de la fantasy pure et dure, ni plus ni moins. Six tomes (dans la version originale je crois qu'il s'agit d'une trilogie) sans véritable surprise avec tous les ingrédients du genre: l'écuyer fidèle ami d'enfance de Tobin qui finira par tomber amoureux lorsque celui-ci  se transformera en femme, la sorcière incomprise, le magicien perfide, le roi fou, le prince faible... je vous rajoute une petite touche de magie, un peuple nommé les Aurënfaïes qui ressemblent diablement à des elfes (ils vivent longtemps, et ce sont des archers très beaux), quelques bonnes scènes de combat, une bonne louche d'honneur et de fidélité, une prophétie et deux trois histoires d'amour et hop! Le tour est joué!

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit;  j'ai bien aimé la série. Pour une initiation à de la fantasy, je la recommanderais d'ailleurs car Flewelling à l'instar de sa compatriote Robin Hobb, ne tombe pas dans les écueils habituels et évite de créer un univers trop compliqué, privilégiant psychologie des personnages à descriptions interminables ou généalogies enflammées. Le style n'est pas extraordinaire mais passe bien. A vrai dire, j'avoue avoir été plus emballée par les quatres premiers tomes de la saga que par les deux derniers, lorsque Tobin devient Tamir et  se lance dans la bataille pour son accession au trône. En effet, le début de la série est plus nuancée alors que la fin tombe dans des travers qui sont par ailleurs souvent reprochés aux auteurs de fantasy: manichéisme et bons  sentiments.

Mais, ce que je retiendrais le plus volontiers de la série et qui la distingue parmi toutes les autres, c'est sa dimension fantastique. Le personnage de Frère, le jumeau sacrifié qui hante les pas de sa soeur, est une incontestable réussite, donnant à l'ensemble un ton très noir, surtout dans les premiers tomes. Le lien qui l'unit d'ailleurs à Tobin est de loin le plus intéressant de l'histoire, curieux mélange de haine et d'entre-aide. Il y a aussi une thématique de la dualité dans Le Royaume de Tobin qui fait du récit une oeuvre quelque peu schizophrène avec un mélange des genres (fille/garçon) des sentiments (amour/haine) ou même des aspirations (création/destruction) et gomme de ce fait l'aspect un peu trop lisse de l'ensemble. ça n'en fait pas un chef-d'oeuvre certes mais une lecture sympathique pour les soirées pluvieuses...

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 13:58

L05.jpgLe passager de l'orage

Claire Gratias

éditions Syros


 

Toujours plongée dans la seconde partie de Pamela de Richardson, je fais des pauses en lisant d'autres ouvrages plus légers. Aujourd'hui donc, nous continons avec un roman pour la jeunesse Le passager de l'orage.

L'ouvrage est qualifié de "roman noir" par son auteur, et je suppose qu'à défaut c'est la meilleure appelation qu'on puisse lui donner. L'intrigue est la suivante: Jonathan, jeune garçon de dix-sept avec un passif familial assez chargé, accepte de travailler pour la célèbre Katherin Bets, auteur de polars à succès, et ce dans une maison qui a tout du décor du film d'horreur, un vieux manoir qu'on prétend hanté. Entre la romancière et son secrétaire particulier, un lien fort se noue et se transforme en réelle amitié. Mais bientôt la chaleur, les mauvaises ondes de Cotte House (c'est le nom du manoir) et les propres angoisses du jeune garçon transforme vite ce séjour en cauchemar...

Mouais. Très franchement, mouais. Déjà, il faut dire ce qu'il est, la première partie du roman ne présente strictement aucun intérêt. La mise en place est excessivement lente, et écrite de façon scolaire. Le lecteur, happé par une première phrase assez accrocheuse: "Jonathan L. venait tout juste de décider de larguer sa petite amie le jour où il rencontra Katherin Bets pour la première fois." est vite déçu par la banalité de ce qui suit et le portrait d'un adolescent sans intérêt dont les angoisses métaphysiques nous laissent de marbre. La seconde partie du Passager de l'orage qui se déroule cette fois uniquement à Cotte House est à coup sûr plus réussi, à se demander pourquoi l'auteur n'a pas privilégié le huis-clos depuis le début, mais là encore, ça pêche à de nombreux endroits. Le style, enfantin, est loin d'être en phase avec le  "suspense insoutenable" promis sur la quatrième de couverture. Quant à l'histoire elle part dans tous les sens, hésitant entre un roman psychologique (les souffrances du jeune homme confronté à un passé douloureux), policier (qu'est-il arrivé à Jonathan et à sa famille?) ou fantastique (la maison hantée) Je ne suis pas contre le mélange des genres, bien au contraire, encore faut-il avoir la carrure pour mener l'histoire à bon port. Ici ce n'est pas le cas et si certains verraient dans le final du Passager de l'orage un succès ainsi qu'"une vertigineuse mise en abyme du travail de l'écrivain" (dixit toujours la quatrième de couverture qui comme vous le voyez n'est pas du tout emphatique) je crie à l'escroquerie la plus complète: un vulgaire tour de passe-passe! L'intrigue qui semblait enfin se décider à prendre de l'épaisseur est résolue par un procédé que personnellement, je n'osais même plus utiliser lors de mes rédactions de collège! C'est avant tout pour ce final décevant que je mets une mauvaise note à ce livre. Et qu'on ne vous y reprenne plus.

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 17:17

L01.jpgOrages d'été

Barbara Hall

éditions Thierry Magnier


 

Dutch, quatorze ans,  vit dans une ferme avec son père, sa tante, son frère Flood et son neveu Bodean. Sa mère est morte à sa naissance et sa belle-soeur est partie en laissant sa famille. Dutch, plus âgée de cinq ans que Bodean s'occupe de lui comme une petite mère. Jeune fille sage, elle essaie tant bien que mal de composer avec les adultes, préoccupés par la sécheresse qui menace la récolte de tabac, et rêve en secret du gentil Ethan. Un jour, son père lui annonce l'arrivée de sa cousine Norma. Pour Dutch, c'est l'occasion d'avoir enfin une interlocutrice de son âge. Et quelle interlocutrice! Norma sait tout sur tout: sur l'amour et la famille, sur la solitude et la beauté... Mais cette jolie cousine va très vite éveiller un profond sentiment de malaise chez notre héroïne, révélant les différentes personnalités qui composent une famille plus complexe qu'il n'y paraît...

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'une énième version de l'intrigue: "jeune fille un peu cruche qui grâce à la cousine libérée trouve la force de s'affranchir de son carcan et commence enfin à découvrir la vraie vie". Au contraire, dans ce roman au ton légèrement vieillot (impossible de déterminer exactement en quelle année se situe l'action mais je dirais bien fin des années 50) le personnage de Dutch, loin de devenir une autre, s'affirme en opposition à celui d'une cousine qui, sous ses airs blasés, est aussi perdue qu'elle. Exigeante envers elle-même et envers ses proches, l'héroïne apprend peu à peu à  accepter ses défauts et ceux des autres: une cousine qu'elle descend bien vite de son piédestal, un neveu qui la fait tourner en bourrique, un grand frère tyrannique, un père tout aussi exigeant qu'elle... Avec une économie de mots surprenante et un style qui privilégie le dialogue à la description ou à l'introspection, Barbara Hall brosse le portrait de personnages attachants qui s'aiment énormément, mais qui s'étouffent mutuellement sans même s'en rendre compte. A la fois grave et optimiste, orages d'été parle de désillusions, met à mal le mythe de l'amour éternel et nous apprend qu'on ne peut lutter contre la vie Parfois, il faut juste se laisser porter par le courant et prier pour que ce dernier nous amène à bon port...

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 21:02

L01.jpgLa cité des livres qui rêvent

Walter Moers

éditions Panama


 

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Il y a de cela quelques années, l'une des mes gentilles collègues  et moi-même avons lu la même nouveauté, un gros pavé égaré au rayon jeunesse. Toutes les deux nous sommes tombées d'accord: ce livre était invendable. Etait-il mauvais? Que nenni! Au contraire, nous l'avons toutes les deux beaucoup aimé. Mais le hic c'est que La cité des livres qui rêvent (tel est le nom de l'ouvrage) fait partie de ce genre de livres indéfinissables, trop érudit pour des enfants, trop enfantin pour des adultes. Jugez plutôt:

Hildegunst Taillemythes est un jeune dragon (soixante-dix ans, une bagatelle) né dans une ville où les habitants tôt ou tard deviennent écrivains. Sur son lit de mort, son parrain en écriture, Dancelot, lui confie un manuscrit. Ce manuscrit est unique: il est parfait, si bien écrit que nul ne peut le surpasser. Hildegunst décide de retrouver l'auteur de ce prodige et part pour Bouquinbourg, la capitale des romanciers, des bouquinistes et des poètes. Mais notre héros ne tarde pas à se retrouver en grand danger et atterrit dans les catacombes de la ville, ce lieu sinistre où rodent ouvrages vivants et chasseurs de livres...

La cité des livres qui rêvent est un roman qui parle... de livres (surpris?) Et s'il est invendable, à mon sens, c'est pour une multitude de petites raisons: un héros dragon, franchement vous ça vous plaît? Peut-être les enfants me direz-vous mais quel enfant irait lire un récit pareil, truffé d'allusions littéraires et d'ironie stylisque, de surcroît entrecoupé de vers et de fragments de poèmes pas toujours très bons? Je ne parle même pas des exclamations grandiloquentes et des adresses au lecteur, du rythme très lent du début et des multiplications de noms impossibles pour des êtres tout aussi improbables.

Et pourtant... oui je l'avoue j'ai aimé. Pourquoi? Parce que passé la première partie du roman un peu ennuyeuse, l'histoire est un récit d'aventures assez palpitant, avec créatures exotiques et rebondissements inattendus. Parce que l'auteur ne prend pas ses lecteurs pour des idiots et n'hésite pas à leur offrir un ouvrage exigeant. En bref, pour toutes les raisons qui font que ce livre est invendable.

Mais surtout, La cité des livres qui rêvent est, je crois, le plus joli témoignage d'amour à la littérature. Walter Moers aime les livres et ça se sent dans son récit, traversé de bout en bout par cette passion: des êtres qui se nourrissent de mots pour vivre, des livres animés, des livres dangereux, des bouquinistes sans scrupules et des chasseurs de livres sournois, des ombres errantes qui portent la plainte de livres oubliées et des poètes qui composent des sonnets au fond d'un trou... Tout un imaginaire découle de ce simple objet et cet imaginaire est si original qu'il fait oublier en grande partie les lourdeurs du récit.

Pour finir, qu'est-il est arrivé au livre maudit? Comme prévu, ma collègue n'a vendu aucun exemplaire de La cité des livres qui rêvent. Aujourd'hui, l'ouvrage est indisponible chez l'éditeur et j'ignore s'ils le rééditeront un jour. Possible que oui, on ne sait jamais.

Avant de le renvoyer, ma collègue est revenue me voir avec à la main le dernier exemplaire qu'elle conservait encore. "Tu le veux ou pas? Bientôt il ne sera plus là." Et, comme je n'avais pas envie d'oublier La cité des livres qui rêvent, je l'ai achetée.  Et comme dirait Walter Moers "Ici s'arrête l'histoire".

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 17:57

L05.jpgSang chaud, nerfs d'acier

Arto Paasilinna

éditions Denoël

 

 

De Paasilinna je gardais un très bon souvenir avec son Petits suicides entre amis, un livre plein d'humour et d'auto-dérision. Hélas, la déception a été d'autant plus vive en lisant son dernier roman Sang chaud, nerfs d'acier.

En 1917, Linnea Lindeman, accoucheuse un peu sorcière, chasseuse de phoques et contrebandière à l'occasion, a une vision: celle d'un enfant qui naîtra en 1918 et qui vivra jusqu'à en 1990. Cet enfant, c'est celui de son amie Hanna Kokkoluoto. Nommé Antti, ce dernier va traverser une période trouble de l'histoire, de la guerre civile finlandaise à la seconde guerre mondiale en passsant par la crise de 1929 et les affrontements entre communistes et facistes. Tour à tour commerçant, contrebandier et politicien, notre héros va traverser la vie sans encombre, porté par la déclaration rassurante de la sage-femme: même si le monde s'écroule autour de lui, il survivra.

Le but du roman, d'après ce que j'ai pu comprendre, est avant tout de nous initier à l'histoire de la Finlande à travers le destin d'un homme assez exceptionnel. C'était un pari risqué et qui, pour moi, est complètement raté, je l'avoue. Je n'ai rien à dire sur le style. C'est brillamment écrit, ça se lit sans ennui mais, comment vous expliquer? C'est très lisse. Les personnages ne sont pas attachants pour un sou. Peut-être est-ce un problème de longueur: en deux cent pages, brosser à la fois le destin d'un homme et celui d'une nation me semble pour le moins délicat. Quoi qu'il en soit, le livre aligne soigneusement les chapitres à la manière d'une leçon apprise: là on va parler de la crise de 29, là on va évoquer la vie amoureuse de Antti, là on va parler des communistes... Où est l'humour de Paasilinna? On le retrouve bien ça et là au hasard des pages, lorsqu'il évoque l'enlèvement de Antti et de son père par des facistes par exemple, ou encore à travers le personnage de Linnea, l'accoucheuse illégale assez haute en couleurs. Malgré cette touche de légèreté et malgré une fin plutôt réussie, l'auteur ne sauve pas pour autant un roman sans vie, destiné à être vite lu et tout aussi vite oublié...

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 19:54

L01.jpgL'année où j'ai vécu selon la Bible

A.J. Jacobs

éditions Actes Sud


 

Je vous ai déjà parlé de A.J Jacobs et de son Journal d'un cobaye. Souvenez-vous, A.J Jacobs c'est ce journaliste new-yorkais qui aime mener des expériences que personne ne songerait seulement à tenter: dire la vérité absolue pendant un mois, sous-traiter entièrement sa vie personnelle, se faire passer pour une jeune fille séduisante sur Internet... L'expérience cependant qui l'a rendu célèbre est celle dont je vais vous parler aujourd'hui.

L'auteur est juif, mais issu d'une famille non pratiquante. Lui-même se définit volontiers comme agnostique. Cependant, intrigué par la proportion d'américains qui déclarent prendre les Ecritures au pied de la lettre, il décide d'appliquer lui-même la Bible de façon littérale pendant un an. Pendant neuf mois, du fait de sa religion de naissance, il se conformera aux règles de l'Ancien Testament et, les trois derniers mois, suivra celles du Nouveau. Facile? Vous pensez bien que non. Ma très gentille soeur m'a déclarée qu'il y avait plus de 900 commandements dans la Bible. Il y a les faciles, les dix de base: tu ne voleras point, tu honoreras ton père et ta mère, etc. Mais certains sont plus problèmatiques: porter du blanc et nouer les coins de ses habits, sacrifier des animaux, jouer de la harpe à dix cordes, lapider les adultères et ceux qui ne respectent pas le jour du Sabbat...  Voilà donc notre cobaye métamorphosé, vêtu de blanc (sans fibres mélangées car c'est interdit) avec une barbe qu'il n'a pas le droit de raser et essayant de suivre un nombre incalculables de règles tout en rencontrant un panel de gens plus ou moins concernés par le fait religieux.

L'expérience peut vous sembler un rien idiote; pour l'auteur il s'agissait surtout de replonger dans les racines de son passé en essayant de comprendre la religion de ses ancêtre et voir si cette dernière lui était profitable. Une quête spirituelle poussée à l'extrême certes mais qui est menée avec beaucoup d'humour et surtout une ouverture d'esprit assez remarquable. Il faut en effet un certain sens de l'auto-dérision pour se promener dans New-York en toge blanche et demander à un marché si leurs fruits proviennent d'un arbre vieux d'au moins cinq ans. Quant aux rencontres de l'auteur, elles sont pour le moins variées! Entre les manieurs de serpent (car il est dit dans la Bible que si on a la foi il ne faut pas craindre les morsures du serpent) les adeptes du créationnisme, ceux qui égorgent les poulets et le club des athées ("Certains de mes amis sont athées à cette seule fin d'éviter de faire partie d'un groupe qui se réunirait le week-end pour discuter d'un projet d'émission sur la chaîne câblée associative. L'expression 'club athée' semblait un oxymore, pourquoi pas un défilé de l'apathie? Mais ça existe") A.J Jacobs louvoie et interroge, curieux de percer l'essence de la foi à travers toutes ces assemblées dont beaucoup paraissent de prime abord absurdes. Il parvient même à lasser un témoin de Jéovah qu'il a convoqué chez lui, exploit qui n'est pas des moindres... Ceci dit, je trouve assez touchante la façon dont il procède puisque, en dépit de ses convictions, il ne se moque pas et essaie de comprendre chacune des théories qui lui sont exposées... Le seul bémol? Le survol un peu rapide du Nouveau Testament, mais qui, du fait de sa religion native, est un choix logique.

Je vous laisse découvrir la conclusion de l'ouvrage qui, même si elle n'est pas tranchée, est tout de même plus développée que dans Journal d'un cobaye et donne du sens à une expérience qui peut sembler j'en conviens légèrement insensée. L'année où j'ai vécu selon la Bible n'est pas un plaidoyer pour la religion pas plus qu'il n'est un pamphlet. C'est avant tout le témoignage d'un homme qui mène une quête personnelle. C'est intéressant et comme le souligne la quatrième de couverture, ça amène le lecteur à porter un regard entièrement neuf sur le livre le plus lu au monde...

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 18:38

L01.jpgLe chuchoteur

Donato Carrisi

éditions Calmann-Lévy


 

"Dieu se tait, Le diable murmure"  telle est l'accroche du premier roman de Carrisi, ancien criminologue italien reconverti en scénariste et en romancier.  C'est racoleur je le reconnais volontiers mais ici c'est utile: il aurait été en effet dommage de passer à côté d'un livre pareil.

Une équipe d'agents spéciaux dirigée officiellement par l'inspecteur Roche mais officieusement sous les ordres du criminologue Goran Gavila, enquête sur la disparition mystérieuses de cinq fillettes. Or, ils retrouvent dans une clairière six bras; cinq appartiennent aux disparues. Que sont devenues les enfants et à qui appartient ce sixième bras? L'équipe fait appel à Mila Vasquez, experte dans les enlèvements, pour les aider à résoudre ce dernier mystère. Mais le tueur en série, surnommé Albert, leur réserve bien des surprises. Des corps réapparaissent et chacun des indices mènent à un suspect différent....

La grande force du Chuchoteur réside dans une intrigue impeccable (inspirée de faits réels d'ailleurs) qui tient le lecteur en haleine de bout en bout. Tout comme les agents spéciaux sont manipulés par le fameux Albert, nous sommes manipulés par l'auteur qui prend un certain plaisir à prendre à contre-pied les stéréotypes du genre: ainsi Mila, loin de l'experte larmoyante qui sauve des enfants, est incapable de la moindre émotion et ne fait ce métier que pour se prouver qu'elle n'est pas un monstre elle-même. De même l'histoire d'amour inévitable dans un policier entre la "bleue" et le vieux de la vieille est traitée de façon pour le moins déroutante. Quant à la traque du tueur du série elle est faite avec beaucoup de finesse: pas d'actes héroïques, pas de lueurs de génie, rien que des agents qui tentent de neutraliser un coupable avec leurs forces et leurs faiblesses. Le tueur lui-même n'est pas diabolisé; il apparaît comme un homme qui, pour on ne sait quelle obscure raison, est passé de la lumière à l'ombre et toute la tâche de l'équipe va consister à comprendre pourquoi. Carisi évite aussi le manichéisme propre au genre entre les gentils policiers et le méchant tueur en série. L'inspecteur ne songe qu'à sa carrière, la mère de famille est une harpie, le criminologue est distrait, l'interrogateur drague à droite à gauche, l'experte est névrosée... et si Albert est un démon, il semble plus le produit d'une société malsaine qu'une aberration de la nature. Au final, tout ce qu'on peut reprocher au Chuchoteur, c'est parfois son côté un peu trop didactique, avec une explication des procédures mises en place ou un petit cours de médecine médico-légal qui vient interrompre brutalement la narration. Mais c'est fait toujours à bon escient et ne gêne en rien le plaisir de la lecture. Je ne peux pas vous en dire plus, au risque de gaffer, mais je vous incite vivement à découvrir par vous-mêmes ce qui se cache derrière le titre et à vous plonger dans un récit qui nous rappelle que, malheureusement, les monstres sont partout, même là où on ne les attend pas...

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 19:58

L02.jpgKekkaishi

tomes 1 à 3

Yellow Tanabe

éditions Pika


 

Allez, ça faisait très longtemps qu'on n'avait pas parlé de mangas, on y retourne!

Il y a bien longtemps (400 ans à peu près) vivait le seigneur Karasumori, propriétaire d'un domaine qui attirait à la nuit tombé des entités surnaturelles de toutes sortes. Le seigneur fit venir un exorciste pour lutter contre ces démons. Les êtres se multiplièrent, l'exorciste devint sentinelle, un "Kekkaishi" chargé de détruire ces entités. Bien des années plus tard, le château a disparu mais, sur les ruines, une école a été construite et les démons sont toujours là. Les Kekkaishi existent encore, mais sont désormais divisés en deux familles. Descendants du premier Kekkaishi, Sumirmura Yoshimori et Yukimura Tokine, quatorze et seize ans, voisins et amis depuis l'enfance, perpétuent la tradition en luttant chaque nuit contre ces êtres qui, s'ils ne sont pas détruits, pourraient causer de sérieux dégâts...

Nous voilà donc dans du manga plutôt léger, du shonen. Je vous ai déjà expliqué les différentes sortes de mangas? Si oui désolée. Pour faire court, le shonen c'est un manga "tout public" qui, généralement privilégient plutôt combats et action, à la différence du shojo, le manga pour filles et du seinen, le manga pour adultes et grands adolescents, généralement plus sombre (il est inutile de vous dire je pense à quoi correspond le manga seinen public averti)

La bonne suprise, c'est que Kekkaishi est certes un manga avec beaucoup de combats mais qu'il n'a pas le côté un peu malsain des écolières en uniforme qui montrent leur petite culotte qu'on retrouve dans des shonen comme Negima ou même Ranma (série que pourtant j'aime beaucoup) Qui plus est, c'est drôle (il y a tout un chapitre où l'héroïne fait appel au héros pour lutter.... contre un cafard) et le personnage principal, Yoshimori est assez amusant: c'est un collégien (lycéen?) qui passe son temps à dormir et  qui, loin de rêver de prouesses physiques, passe la majeure partie de ses heures de loisir à élaborer LE gâteau ultime. Quant à son homologue féminin, Tokine, bien loin d'apparaître comme la cruche de service, son statut d'aînée lui confère une certaine épaisseur. En bref, un manga sympathique, appelé sans doute à devenir plus sombre et plus compliqué par la suite (certains personnages comme les mères respectives des deux protagonistes n'apparaissent pas du tout  pour l'instant mais sont toujours vivantes à priori) qui à défaut d'être inoubliable fait passer un agréable moment...

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Published by beux - dans B.D.
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