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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:27

L01.jpgLe livre de Dave

Will Self

éditions de l'Olivier

 

Dans un monde futuriste, Carl Dévush, douze ans, vit sur l'île de Ham, une île qui, comme le reste du monde, est gouvernée par les principes de Dave, leur dieu à tous. Dave est grand, il voit tous ses clients (ses fidèles) dans son grand rétroviseur, et les mènera tous vers Niou London. Mais il faut respecter ses principes car Dave ne rigole pas avec ça: hommes et femmes vivent séparés, leurs enfants passent de l'un à l'autre lors du jour de l'Alternance, car les "papas" ne sauraient frayer avec les "mamans", les perfides Chelliennes, et ce sont les "opaires" qui s'occupent des enfants chez les "papas". Les adeptes de Dave (et tout le monde l'est) parlent le mokni, un étrange jargon qui fait penser au langage SMS d'aujourd'hui et connaissent une suite d'itinéraires compliquées. Ils sont dirigés par des Chauffeurs, le représentant de Dave qui leur invite la voie à suivre vers Niou London. Le problème? Et bien c'est que Dave n'est pas un dieu. 500 ans auparavant, en l'an 2000, Dave Rudman n'est qu'un chauffeur de taxi d'origine modeste, raciste, aigri par un divorce douloureux qui l'a privé de son fils. A moitié fou, il a déversé toute sa haine et son fiel dans un livre qu'il a enterré chez son ex-femme, Michelle. Ce sont pourtant ses élucubrations, retrouvés des siècles plus tard, qui vont devenir la référence spirituelle du monde de Carl. Et ce monde là n'a rien à envier au nôtre en matière d'horreurs...

Bon, j'avais emprunté ce livre pour rire un peu mais autant vous prévenir, on ne rit pas avec Le livre de Dave qui est d'une noirceur absolue. Oh, il y a beaucoup de passages qui font sourire, notamment le langage mokni, modelé sur le langage SMS et langage courant: ainsi, l'eau devient "l'évian", le ventre "le bidon", la jeune fille "l'opaire" (en référence à la jeune fille au pair complaisante du fils de Dave), le cochon le "bacon". M'est avis que le traducteur français a dû s'arracher les cheveux ! De même certaines situations incongrues peuvent amuser. Mais globalement, il n'y a rien de drôle tant dans l'histoire de Carl Dévush qui sans remettre en cause Dave s'interroge sur certaines doctrines et, de ce fait, se met en danger, que dans l'histoire de Dave Rudman, un homme dépressif et malheureux dont la vie n'est qu'une longue suite de galères... Inutile de vous dire que Le livre de Dave est une critique de la religion, plutôt d'ailleurs dans tout ce qu'elle a d'"administratif ": Carl en visitant la ville est frappé par la façon dont sont traitées les "mamans" stigmatisées par Dave et de ce fait massacrées au moindre manquement. Dominée par des Chauffeurs tyranniques, Londres de demain fait piètre figure... Mais que les anticléricaux primaires ne se réjouissent pas trop car, dans le chapitre suivant, le Londres de 2003 revient avec Dave, et Will Self cette fois dénonce une société dominée par l'argent et l'apparence, pleine de mots creux et d'indifférence, condamnée tôt ou tard en disparaître. En clair, religion ou pas, l'homme cherchera toujours le moyen de se détruire. Constat sans appel d'un écrivain cynique qui ne voit au fond le salut de l'humanité que dans l'amour  et le retour à la nature: sur l'île d'Ham, la bureaucratie est moins présente et hommes et femmes coulent des jours relativement heureux tandis que les enfants s'ébattent avec les Motos, une race curieuse, mammifère d'une intelligence d'un bambim, et qui trouvent leur bonheur dans des joies simples, notamment en se roulant dans la boue. Quant à Dave, c'est finalement dans les bras de Phyllis et dans sa petite maison à l'écart de la ville qu'il retrouvera une sérénité passagère...

C'est un roman curieux, à la fois très noir et curieusement touchant, un peu long au début (il faut le temps notamment d'entrer dans le monde de Carl) mais qui vaut le coup. Je ne connaissais pas du tout Will Self mais à coup sûr Le livre de Dave me donne envie de découvrir l'univers de cet écrivain pour le moins déjanté mais incontestablement talentueux...

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 11:57

L08.jpgLe voyage aux limbes

Geoffrey Guntz

Mon petit éditeur


 

Je me suis retrouvée avec un vrai dilemme en écrivant cet article. En effet, le roman dont je vais vous parler aujourd'hui m'est tombée entre les mains par hasard. C'est un livre écrit par un jeune auteur et publié vraisemblablement à son compte. ça m'ennuie un peu sur le principe d'être méchante de ce fait avec Le voyage aux limbes mais, après réflexion, je ne vois pas pourquoi je serais plus gentille avec un roman sous prétexte qu'il a déjà peu de chances de se vendre. Je vais donc le traiter de la même manière que les autres: au moins on ne pourra pas m'accuser de ne lire que des best-sellers.

Dans une contrée merveilleuse, Meheb et Keros, des jumeaux promis à un grand destin, partent à la poursuite d'un rebelle qui a fait offense à leur roi, accompagnés d'un elfe (follement original), d'une sorcière aguicheuse et d'un prêtre guerrier. Mais ils s'égarent et pénètrent dans une forêt légendaire, la forêt Obscure, dont nul n'est jamais ressorti. Dans cette mystérieuse forêt, les jumeaux et leur petit groupe vont vite se retrouver confrontés à des goules maléfiques qui vont leur faire visiter différents mondes en proie à des malédictions diverses. A eux de déjouer les pièges qui leur permettront de trouver la sortie de ces univers infernaux.

Geoffrey Guntz avoue clairement s'être inspiré de Dante pour son histoire. Certes, pourquoi pas? Je n'ai rien contre Dante, mais encore faut-il que le roman soit à la hauteur du thème. Et là, c'est plutôt un fiasco. Par quoi commencer? Le mélange pas très heureux entre civilisation antique, religion catholique, mythologie gréco-romaine et univers de jeux vidéos? ça déjà c'est pour moi une faute de goût: il faut avoir je pense une écriture solide pour oser un pareil melting-pot et ne pas se contenter de jeter références en vrac en se gargarisant de sa propre culture. Mais l'auteur cumule les erreurs: le rythme du récit est .... inexistant; les chapitres semblent se terminer au hasard, l'action est ralentie en permanence, les dialogues pratiquement absents. Le style est une mauvaise copie de Tolkien avec superlatifs et langage pompeux. Les personnages sont à peine esquissés, ne permettant pas au lecteur de s'attacher à eux... Par charité je ne m'attarderai pas sur les coquilles et la mise en page approximative, résultat pour le coup du mauvais travail de l'éditeur. Non ,franchement, non. Le livre n'est pas assez mauvais pour en rire, mais il l'est assez pour s'ennuyer profondément de bout en bout. Je suis sûre que l'auteur est un fervent amateur de fantasy et je suis sûre que c'est un bon lecteur, mais ce n'est pas pour ça que ça en fait un bon écrivain, surtout pour un genre qui, contrairement aux idées reçues est loin d'être facile à maîtriser...

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 11:42

L01.jpgMéthodologie pratique de mauvaise foi

Bamastrau/ Couty/ Strauser

éditions Rue des Promenades


 

Au cas où vous l'auriez peut-être remarqué au fil des pages de ce blog il m'arrive (parfois) d'être de très mauvaise foi. Aussi lorsqu'un gentil éditeur m'a proposé de m'envoyer un petit livre intitulé: Méthodologie pratique de mauvaise foi, j'ai sauté sur l'occasion, désireuse de me fournir des armes en la matière.

La mauvaise foi est je pense universelle: que celui qui a toujours admis qu'il avait tort ou qui a reconnu systématiquement ses erreurs lève la main! Vous? Vous voyez vous êtes de mauvaise foi. C'est impossible d'être toujours sincère, tout comme il est impossible d'avoir toujours raison (à part moi bien entendu). Le livre de Bamastrau, illustré par Couty, met en scène les différentes facettes de la mauvaise foi dans un recueil court (environ 80 pages) mais amusant des différentes "méthodes" pour soutenir avec beaucoup d'assurance des arguments fallacieux et tenir tête à son interlocuteur alors qu'on a tort. J'ai reconnu ainsi beaucoup de mes techniques: jouer sur les mots ou sur l'affectif, refuser d'admettre la défaite (ça je le fais quand je perds aux jeux de société, ce qui, je vous rassure, ne m'arrive jamais) ou encore jouer sur l'incohérence de mon propos: "Donner raison à son interlocuteur pour mieux lui ôter ses arguments: ' Oui, c'est incohérent! Et alors? Je suis incohérent! Mieux, je le revendique". Ceci dit j'ai reconnu aussi les techniques de certains de mes proches ou encore de mes supérieurs hiérarchiques; je pense que bon nombre d'ailleurs d'entre vous reconnaîtront la méthode employée notamment lors de réunions qui consiste à répondre à une première question plus facile à développer et qui occupera la totalité de la réunion, évitant ainsi d'aborder des sujets plus sensibles: "Surseoir à répondre à une question, en revenant à une question posée précédemment. Insister sur l'importance de répondre le plus clairement possible, et dans l'ordre. Après cet apparté et le complément de réponse (non sollicité), avec un peu de chance, la question ne sera pas reposée."

Dans Méthodologie pratique de la mauvaise foi vous trouvez ainsi toutes les formes que peut prendre la mauvaise foi. C'est drôle et les illustrations ça et là mettant en scène presque toujours des personnages avec un sourire sardonique, du style "je vais t'arnaquer sans que tu t'en rendes compte" m'ont bien fait rire. Dans le même style , ce n'est pas sans m'avoir fait penser à Dictionnaire du parfait cynique de Roland Jaccard (éditions Zulma) Aussi, si vous avez envie de savoir quel type de mauvais perdant ou quel type d'arnaqueur vous êtes, n'hésitez pas à vous plonger dans sa lecture...

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 21:18

L05.jpgOksa Pollock

t.1 l'inespérée

Anne Plichota/ Cendrine Wolf

éditions XO

 

Il était une fois une adolescente qui s'appelait Oksa Pollock. Elle était drôle et intelligente, super forte dans toutes les matières et faisait même du karaté. Contrainte d'émigrer avec sa famille et celle de son meilleur ami, Gus,  à Londres, elle arrive dans un nouveau collège où elle ne tarde pas à se faire des amis. Mais voilà qu'un jour, elle se met à avoir des pouvoirs étranges: elle fait tout exploser, fait voler des objets, vole elle-même... Elle découvre alors que sa famille n'est pas de ce monde mais vient d'une sorte de monde parallèle, Edéfia. Contrainte à l'exil, sa grand-mère ne rêve que d'une chose, y retourner, mais Oksa seule, l'élue, est capable d'ouvrir la porte vers la Terre promise...

Certaines mauvaises langues diraient que Oksa Pollock ressemble quelque peu à Harry Potter: une fille dotée de supers pouvoirs qui représente le seul espoir pour les siens, un meilleur ami un peu jaloux, un collège so british, des créatures magiques... Allez ne soyons pas mauvaise langue, admettons que Rowling n'a pas le monopole des enfants sorciers et concentrons-nous uniquement sur l'histoire. Sauf qu'en toute sincérité, j'ai eu beaucoup de mal. Je dois avoir quelques problèmes avec les ados en ce moment pace que le personnage de Oksa m'a parue proprement insupportable: de son vocabulaire faussement branché: "C'est trop space" à son attitude nonchalante (j'ai des supers pouvoirs, trop cool) tout en elle donne des envies de meurtres, même si après tout, il faut reconnaître aux auteurs une certaine dose de réalisme (Oksa par exemple ne résiste quasiment jamais à l'idée de se servir de ses pouvoirs par vengeance, ce qui semble plus réaliste qu'une adolescente qui après avoir appris qu'elle avait de supers pouvoirs se contenterait des les cacher...) Les autres personnages ne sont guère plus intéressants et le monde des Pollock semble territblement artificiel. Tout sonne faux, le vocabulaire, les créatures magiques, les attitudes des différents protagonistes... Après il y a aussi quelques jolies trouvailles: les plantes hypocondriaques et névrosées, et surtout vers la fin du récit, une ouverture qui laisse suggérer que le monde d'Edéfia n'est pas aussi idyllique qu'il semblait l'être au départ...  L'intrigue en elle-même n'est pas inintéressante mais beaucoup trop lente à démarrer et surtout... tout simplement trop. Les auteurs balancent informations diverses et variées en vrac à un rythme qui lasse rapidement: à peine avez-vous eu le temps de digérer que Oksa est une sorcière que hop! on apprend que sa famille vient d'un autre monde et hop! un méchant est à leur poursuite... et hop! Oksa est une élue... STOP!!!! ça fait trop et aussi trop de points d'exclamations. Je hais les points d'exclamations dans les romans et j'ai tout particulièrement détesté ceux présents dans Oksa Pollock. Est-ce que quelqu'un pourrait un jour avoir la gentillesse d'expliquer aux romanciers, et tout particulièrement aux auteurs de récits fantastiques que les points d'exclamation ne sont pas forcément le gage de dialogues réussis? 

Bref, à mon avis, pas de quoi s'extasier devant la pollockmania à moins d'être un jeune lecteur très indulgent. Ceci dit, le premier tome finissant mieux qu'il n'a commencé, je pense laisser une chance à la série en essayant le tome deux. Qui sait, peut-être n'étais-je pas d'humeur très oksanienne cette semaine...

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 18:36

L03.jpgMémoires de Fanny Hill, femme de plaisir

John Cleland

éditions La Différence

 

 

Qui dit 18ème siècle, dit libertinage. Donc, soyez dans la joie; après l'étalage de la vertu dans Pamela, nous allons passer au côté obscur du siècle avec un roman érotique de John Cleland. Pervers, soyez gentils de passer votre chemin si vous êtes tombés sur cette page par quelques mots-clés que je ne veux surtout pas connaître. Je doute que vous trouviez ici satisfaction.

Fanny Hill, jeune campagnarde ignorante, devient orpheline à l'âge de quinze ans. Une connaissance lui propose de monter à Londres pour trouver du travail, ce qu'accepte avec joie l'ingénue, avide de découvrir la ville et ses merveilles. Mais à peine arrivée elle se retrouve seule, l'amie l'ayant laissée en plan, et sans aucune perspective d'avenir. En cherchant à se placer, elle est remarquée par la tenancière d'une maison de plaisir qui la prend sous son aile. Déniaisée par ses petites camarades et ayant perdu sa virginité avec un jeune garçon avec qui elle s'était enfuie de l'établissement, Fanny ne tarde pas à découvrir les plaisirs du sexe et mène une multitude d'expériences pour gagner sa vie, expériences qui au demeurant, lui procurent entière satisfaction. La jeune fille finalement verra se terminer cette vie de débauches en épousant son premier amour et en devenant une femme respectable.

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c'est avant tout le contraste entre l'héroïne et entre celle de Richardson. Fanny Hill est tout comme Pamela une jeune campagnarde mais n'a aucune instruction (elle sait lire et "griffonner") Ignorante, elle arrive en ville et succombe sans aucun souci au vice, qui plus avec un plaisir qui ferait hurler d'indignation des auteurs respectables. Elle avoue sans aucun tabou aimer le sexe et ne sera même pas "punie" pour sa vie de débauches puisqu'elle fera un mariage heureux à la fin du récit. Pis, Cleland, a le toupet de sortir un couplet sur la morale et les bienfaits de la vertu à la fin du roman, en décalage avec un récit qui tranche par sa joyeuse obscénité. Si c'est pas de la provocation ça...

Mémoires de Fanny Hill se veut comme un hommage au libertinage français, apparemment patrie championne de l'époque (bonjour la réputation) De ce fait, le vrai nom de Fanny est France (Fanny n'est qu'un surnom). D'un point de vue narratif, c'est un peu répétitif il faut l'avouer: Fanny a des relations plus ou moins inspirées avec des hommes plus ou moins bien pourvus, se livre à quelques expériences inédites (le fouet, des séances collectives où tout le monde apprécie ses perfomances, une ou deux expériences homosexuelles...) et sous couvert de raconter sa vie à sa correspondante (car il s'agit d'un roman épistolaire) titille l'imagination de ses lecteurs masculins. L'auteur, désireux de ne pas tomber dans le vulgaire et la répétition, emploie pléthore d'expressions poétiques et de métaphores, se justifiant de la sorte par la bouche de Fanny: "(...) J'ai, peut-être, trop affecté le style figuré. Mais où peut-il être mieux à sa place que dans un sujet qui est par excellence du domaine de la poésie, ou plutôt, qui est la poésie même (..) lors même que les expressions naturelles, par respect pour la mode et pour l'oreille, n'en seraient pas nécessairement bannies?" L'argument se tient. Concrétement, dans Fanny Hill, vous entendrez donc parler  "de l'engin ordinaire des assauts d'amour", de "prodigieuse machine", de "vigoureux étalon", de "gentil coteau" ou encore de "doux secret de la nature" et de "superbe pièce de mécanique". Je vous rassure; pour la compréhension de l'histoire, ça ne gêne pas énormément et moi, ça m'a plutôt fait rire. Quant à considérer Mémoires de Fanny Hill comme un ouvrage indispensable aux 1001 livres....  Bah, pourquoi pas après tout? Le roman érotique est un genre révélateur du 18e et il aurait été dommage je suppose de faire l'impasse sur Cleland, même si j'avoue n'avoir pas été éblouie par ses performances... littéraires.

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:39

L01.jpgLe goût des pépins de pomme

Katharina Hagena

éditions Anne Carrière


 

Quel goût ont exactement les pépins de pomme? C'est la question que se posait Bertha qui elle ne les mangeait jamais, à la différence de sa petite soeur Anna qui, elle, dévorait tout le fruit. Des années plus tard, Anna est morte depuis longtemps, terrassée par une pneumonie à l'âge de seize ans, et Bertha elle-même, vieille femme, vient juste de décéder. Elle avait de toute façon depuis longtemps  oublié les pépins, Anna et même son propre nom. Ses trois filles sont venues à son enterrement ainsi que sa petite-fille, Iris, la narratrice, à qui Bertha a légué la maison. Iris n'a pas forcément envie de reprendre cette vieille demeure, mais à mesure qu'elle la redécouvre, les souvenirs d'enfance refont surface et c'est toute l'histoire de sa famille qui prend corps devant ses yeux: la disparition d'Anna et la naissance de sa mère et de ses tantes, la maladie de Bertha après une chute qui la fait peu à peu tout oublier, la mort tragique de la cousine de Iris, Rosemarie, et le secret qui entoure cet accident...

Des romans sur la nostalgie, il y en a des centaines: des écrits un peu réactionnaires qui fleurent bon le "c'était mieux avant" et le "tout était plus simple à l'époque". Le goût des pépins de pomme lui ne tombe pas dans ce travers. L'histoire de la famille de Iris est racontée sans complaisance aucune; pas de couleur pastel pour décrire un grand-père plus ou moins nazi, une grand-mère qui perd la tête, des histoires d'amour à sens unique, des soeurs en conflit les unes avec les autres, une cousine un peu folle, des adultères et des trahisons... Pourtant, de fil en aiguille, la narratrice parvient à nous attacher à ces personnages atypiques. Ici pourtant, ce sont les femmes qui dominent. Nous n'avons que quelques rares personnages masculins qui, la plupart du temps à quelques exceptions près, sont "écrasés" par leurs homologues féminins. Peut-être est-ce pour cette raison d'ailleurs que ce roman a plus de chances de plaire aux femmes qu'aux hommes.

Ce qui fait également la force du livre, mais qui paradoxalement peut "perdre" un ou deux lecteurs, c'est sa narration en puzzle. Sans transition, au hasard des pièces de la maison, des lieux qu'elle visite ou des personnes qu'elle rencontre, Iris laisse les souvenirs et les histoires refaire surface au hasard: on passe de l'enfance de Bertha à l'enfance d'Iris et de Rosemarie, de la rencontre de la mère d'Iris, Christa, avec son mari à la mort d'Anna.. Tout cela nous menant tout doucement aux souvenirs qu'Iris tente d'oublier, ceux ayant trait à la mort de sa cousine. La narration mime ainsi la propre errance de Bertha à qui sa mémoire torturée joue des tours et qui mélange les événements du passé.

Que dire? C'est une jolie histoire, assez émouvante: l'auteur aurait pu tomber dans un sucré un peu dégoulinant mais préfère jouer sur la retenue, allant même jusqu'à railler gentiment sa narratrice encline à l'évanouissement. Les histoires d'amour sont racontées avec une certaine sobriété et la mort elle-même n'est pas dramatisée plus que nécessaire (Iris ne pleurera même pas sa grand-mère). Là où l'auteur insiste beaucoup c'est essentiellement sur le rapport entre le souvenir et l'oubli: faut-il oublier les souvenirs douloureux ou justement se souvenir pour pouvoir mieux les oublier par la suite? C'est l'hypothèse que semble retenir Katharina Hagena: Iris ne parvient à exorciser la mort de sa cousine qu'en retournant sur les lieux du drame, Bertha est malheureuse d'oublier... Oublier c'est nier son histoire et par là ce qu'on a été et ce qu'on est encore. A partir de là, tant pis si les souvenirs font du mal....

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 10:33

L02.jpgSeuls

t.5: Au coeur du Maelström

Gazzoti/ Vehlmann

éditions Dupuis


 

Fin du premier cycle de la série de Gazzoti et Vehlmann, Seuls, une série qui a pris de l'épaisseur au fur et à mesure des tomes et qui laisse un goût étrange à la fin du cinquième album Au coeur du Maelström. Pour ceux qui n'ont pas encore lu la série et qui seraient désireux de la lire, je leur conseille dès maintenant de sauter cette note, car je vais ménager ceux qui n'ont pas encore lu ce tome en particulier, mais je vais être obligée de parler des quatre premiers volumes.

Après le départ de Dodji, qui s'est volontairement exilé de la communauté, les enfants se sont organisés sous la tutelle d'Yvan. Tout semble calme mais ce n'est que de courte durée: l'un des enfants ne tarde pas à retrouver le corps de Dodji, la poitrine percée par une balle. Une fois le corps de leur ami enterré, Leïla est élue nouvelle chef de leur groupe et décide de mener une expédition dans la "zone rouge", la zone dangereuse mais dans laquelle pourrait se trouver la réponse à toutes leurs questions...

Après la lecture de Au coeur du Maelström, pour trouver la réponse à des questions que je me posais et que je ne pouvais résoudre par moi-même, n'ayant plus les quatre premiers tomes sous la main, je suis allée sur des sites qui parlaient de la série. J'ai été surprise par la véhémence de certains lecteurs qui reprochaient essentiellement à ce cinquième volume deux choses: d'une part son extrême violence, d'autre part une fin qu'ils jugeaient "décevante". Je trouve ces reproches plutôt injustifiés. Certes, la BD est effectivement très violente: il y a surtout cette scène, stigmatisée par la plupart, où l'on voit le corps de Dodji au loin, mangé par les corbeaux, et, dans la case d'après, son bras bien amoché. Apparemment, la série étant considéré comme une série "pour enfants", ce genre de détails ne pardonne pas. Ceci dit, la thématique de l'histoire étant à la base plutôt sombre (des enfants abandonnés, seuls dans une grande ville livrée à des animaux devenus fous) j'aurais quant à moi trouvé ridicule et complètement irréaliste qu'il n'y ait aucun mort et aucune violence. D'ailleurs, le ton est clairement donné dès le premier volume avec une couverture montrant Dodji un gourdin à la main et contemplant du sang par terre. Qui plus est, l'un des enfants se fait dévorer par un requin dans le troisième tome et personne ne semble s'en émouvoir (ah oui il s'agit d'un méchant, apparemment c'est plus acceptable). Toujours est-il que si ces fameuses images de Dodji mort sont extrêmement frappantes, je les trouve visuellement parlant très réussies car, elliptiques, elle n'en frappe que plus l'imagination.

Passons maintenant à la fin du volume: ne vous inquiétez pas, je ne vais pas spoiler ni commettre de gaffes. Personnellement, j'ai apprécié le dénouement qui, sans résoudre une partie du mystère (un deuxième cycle est déjà annoncé) apporte des éléments de réponse, notamment sur la disparition des habitants. Trop facile, ont dit certains mais moi, j'étais peut-être fatiguée va savoir, pour le coup je n'ai rien vu venir. Du coup, me voilà prête à me replonger dans le premier cycle dans son intégralité pour tenter de comprendre ce qui m'avait échappée lors de ma première lecture...

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 20:49

L06.jpgL'enfant perdu

John Hart

éditions Lattès


 

Pour avoir l'illusion d'être encore en vacances, rien ne vaut la lecture d'un bon roman policier. Manque de chance pour moi, cette fois la pioche a été mauvaise. Me figurant naïvement que, puisqu'il figurait en bonne place dans les ventes, l'enfant perdu devait être de qualité, je l'ai lu, oubliant que je m'étais déjà fait avoir de cette manière avec le Da Vinci Code ou Si c'était vrai. On ne m'y reprendra plus.

Alyssa, une enfant de douze ans, a disparu un soir; des témoins l'ont vue se faire enlever alors qu'elle rentrait chez elle. Personne ne l'a jamais revue. Un an plus tard, tout le monde a perdu espoir sauf son frère jumeau Johnny qui, inlassablement, fouille la ville et s'introduit discrètement chez des gens soupçonnés de pédophilie, son but étant non seulement de récupérer sa soeur, mais par ce moyen de retrouver également un père qui a quitté le domicile conjugal suite au drame, et une mère qui a sombré dans l'alcool et la drogue (rien que ça). Johnny reste sourd aux menaces et aux supplications du policier chargé de l'enquête, Clyde Hunt, qui a développé pour cette famille une affection toute particulière, et à en croire certains, peu protocolaire... Quoi qu'il en soit, la suite des événements semble donner raison à Johnny: une autre fillette disparaît et le garçon reçoit des menaces. L'enfant comprend qu'il est sur la piste de sa soeur...

Que je vous le dise d'entrée de jeu: le coup du gamin qui enquête, version Club des cinq et les pédophiles, ça ne m'a pas mais alors pas du tout intéressé. Franchement vous trouvez ça crédible vous, un pré-adolescent qui conduit tranquillement (son père le lui a appris) et qui fait le tour des maisons pour voir s'il trouve sa soeur? Qui plus est, Johnny n'a absolument rien d'enfantin, certes, mais il n'a rien de réaliste non plus : il parle comme un adulte, n'a pas peur, surmonte tout avec courage et surtout réussit là où les policiers ont échoué. Il n'y a que moi que ça surprend (et que ça énerve) ? Quoi qu'il en soit, les passages où il intervient sont d'un ennui mortel et malheureusement il est le héros d'une bonne partie de l'histoire. Dommage car l'autre héros, Clyde Hunt, le policier, est beaucoup plus intéressant, plus sombre et avec des motivations plus complexes. En bref, il est humain et n'a rien à voir avec cet enfant issu tout droit d'une série américaine dont la vérité sort par tous les pores. Mais John Hart ne se contente pas d'un seul cliché (l'enfant est pur, l'adulte est mauvais) non il les collectionne: nous avons donc les méchants qu'il faudrait tous tuer (heureusement, la peine de mort existe encore en Caroline du Nord: Dieu bénisse l'Amérique), le flic cynique mais qui au fond de lui a un coeur grand comme ça, le brave père de famille qui se bat pour les siens, les pédophiles sans scrupules et pas malins... C'est un monde d'un manichéisme assez terrifiant qui ne laisse aucune place à la subtilité. L'auteur en fait des tonnes et il en rajoute en saupoudrant son récit d'une bonne tranche mystique: un peu de religion protestante (mais avec modération car l'Amérique aime le politiquement correct) avec quelques danses indiennes, deux trois allusions au vaudou et vous me chanterez un gospel par dessus tout ça. N'oubliez pas l'élément surnaturel troublant, celui qui est supposé inquiéter le lecteur et lui faire prendre conscience que la vérité est peut-être ailleurs. Pour le coup il fallait oser.

Au final, la seule chose qui m'empêche de qualifier l'enfant perdu de navet de l'année, c'est une intrigue intéressante, un bon suspens et une fin tout à fait correcte. C'est vraiment dommage que ces éléments maîtrisés soient gâchés par un héros si peu convaincant et une idéologie poisseuse qui a toute la subtilité d'un hymne patriotique...

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 18:46

L02.jpgLe temps des lézards est venu

Charlie Price

éditions Thierry Magnier

 

 

La folie est une chose curieuse.  Elle fascine tout autant qu'elle fait peur. Bipolarité, schizophrénie, psychoses... Si nous sommes tous névrosés, peu d'entre nous savent ce qu'est la  véritable folie. Et sans doute très peu d'entre nous imaginent ce que c'est que de la vivre au quotidien... C'était donc un pari osé d'en parler  dans un roman, encore plus dans un roman pour adolescents...

Ben, dix-sept ans,  vit seul avec sa mère depuis que son père les a quittés. Il faut dire que sa mère souffre d'"un trouble schizo affectif" aggravé depuis le départ de son époux. En clair, elle perd les pédales et est persuadée que les lézards ont envahi le monde, Les médecins lui prescrivent des médicaments qu'elle ne prend pas et son fils vit sa vie en pointillé, ratant ses cours et négligeant ses loisirs, dans l'attente d'une prochaine crise, d'autant plus angoissé qu'il sait ce genre de troubles héréditaire... Un jour, il croise Marco dans la salle d'attente de l'hôpital. Ce dernier a une mère bipolaire et lui révèle qu'il a découvert dans son jardin un passage menant à l'an 4000. Dans ce monde futuriste, les maladies mentales n'existent plus et Marco propose à Ben d'y retourner pour trouver de quoi guérir leurs mères respectives...

C'est un récit vraiment très étrange, qui colle assez bien avec son thème d'ailleurs: le temps des lézards est-il un roman de science-fiction, un roman fantastique, un récit ordinaire? J'ai passé tout le temps de ma lecture à essayer de le déterminer, pour finalement déclarer forfait. C'est avant tout un livre bizarre qui est loin d'être exceptionnel certes mais qui suscite la plus vive curiosité. Sa force? Un héros qui est loin d'être irréprochable et qui agit comme un adolescent lambda: il se meurt d'amour pour la grande soeur gothique de son meilleur ami, picole quand sa mère fait des crises pour oublier ses problèmes... La narration, écrite la plupart du temps à la première personne, joue beaucoup sur l'auto-dérision et sur un humour noir qui passe bien. Sa faiblesse? Un style pas toujours très clair lorsqu'il s'agit de l'histoire de Marco et un monde futuriste qui reste flou et pas vraiment attirant. Dans l'ensemble le livre est parfois confus et plus d'une fois je me suis surprise à vérifier si une page ne manquait pas: les transitions sont brutales, l'intrigue parfois elliptique... Mais en même temps, pour parler de la folie, quoi de mieux qu'un livre un tantinet embrouillé? Au final, malgré une fin un peu frustrante, Le temps des lézards reste un ouvrage audacieux qui tranche agréablement avec une production plus lisse...

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 20:16

L02.jpgBlanco t.1

La poursuite

Jirô Taniguchi

éditions Casterman

 

ça faisait bien longtemps que nous n'avions pas parlé mangas non? Que les allergiques ne râlent pas trop car nous allons parler d'un auteur qui généralement fait l'unanimité: il s'agit de Taniguchi. Vous connaissez? Il s'agit du créateur de Quartier lointain ou encore du Journal de mon père. C'est ce que je qualifierais  (pardonnez-moi l'expression) de mangas de bobos: c'est un manga (côté rebelle et jeune tout ça tout ça), et en même temps c'est extrêmement bien dessiné avec des histoires qui tiennent la route et ce n'est donc pas honteux d'aimer Taniguchi. Que personne ne se vexe: car si j'aime beaucoup les mangas moins élitistes avec des combats, des jeux de mots pas toujours très fins et des situations équivoques, j'avoue également avoir adoré Quartier Lointain et beacucoup apprécié le premier tome de Blanco.

Blanco raconte l'histoire d'un chien blanc doté d'une force prodigieuse qui tue le gibier d'un seul coup de croc et attaque sans pitié les braconniers qui ose le traquer. Une légende inuit prétend qu'il s'agit d'un animal né de l'âme de toutes les proies tuées par les chasseurs. La réalité est beaucoup plus complexe: Blanco, le chien blanc, serait en réalité le fruit d'une expérience militaire qui aurait mal tourné. Quoi qu'il en soit, bientôt tout le monde veut sa tête: la CIA, des braconniers désireux de venger leurs compagnons tués... Au milieu de tous ses ennemis le chien blanc, qui fait route vers les Etats-Unis en passant par l'Alaska, trouvera-t-il des alliés?

Au début, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire: il y pas mal de personnages en peu de temps et l'intrigue est un peu décousue. Mais passé le premier cap... Peut-être ne serez-vous pas comme moi mais personnellement, ma préférence va au chien blanc et non aux braconniers qui le pourchassent. Blanco est magnifiquement dessiné par Taniguchi et c'est assez surprenant qu'une simple image d'animal parvienne à susciter autant d'émotion. Le chien est saisissant de réalisme, et de ce fait très touchant. A l'inverse, les humains paraissent plus fades: si Taniguchi voulait susciter l'intérêt pour Shiba, le braconnier qui pourchasse Blanco pour venger ses camarades, c'est raté pour ma part. Son histoire ne m'intéresse que modérément pour l'instant. A vrai dire, ce qui capte le plus dans ce manga, ce sont les dessins, les paysages blancs qui s'étendent à l'infini avec ce chien qui court au milieu. Le scénario est assez basique et ne se résume au fond qu'à une chose: Blanco parviendra-t-il à échapper à ses assaillants et à atteindre son but, quel qu'il soit? Bien entendu, je pense que le récit doit être amené à s'étoffer dans les prochains volumes : ceci dit peu m'importe qu'il le soit, pourvu qu'à la fin, le chien soit sauvé...

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Published by beux - dans B.D.
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