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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 13:58

L05.jpgLe passager de l'orage

Claire Gratias

éditions Syros


 

Toujours plongée dans la seconde partie de Pamela de Richardson, je fais des pauses en lisant d'autres ouvrages plus légers. Aujourd'hui donc, nous continons avec un roman pour la jeunesse Le passager de l'orage.

L'ouvrage est qualifié de "roman noir" par son auteur, et je suppose qu'à défaut c'est la meilleure appelation qu'on puisse lui donner. L'intrigue est la suivante: Jonathan, jeune garçon de dix-sept avec un passif familial assez chargé, accepte de travailler pour la célèbre Katherin Bets, auteur de polars à succès, et ce dans une maison qui a tout du décor du film d'horreur, un vieux manoir qu'on prétend hanté. Entre la romancière et son secrétaire particulier, un lien fort se noue et se transforme en réelle amitié. Mais bientôt la chaleur, les mauvaises ondes de Cotte House (c'est le nom du manoir) et les propres angoisses du jeune garçon transforme vite ce séjour en cauchemar...

Mouais. Très franchement, mouais. Déjà, il faut dire ce qu'il est, la première partie du roman ne présente strictement aucun intérêt. La mise en place est excessivement lente, et écrite de façon scolaire. Le lecteur, happé par une première phrase assez accrocheuse: "Jonathan L. venait tout juste de décider de larguer sa petite amie le jour où il rencontra Katherin Bets pour la première fois." est vite déçu par la banalité de ce qui suit et le portrait d'un adolescent sans intérêt dont les angoisses métaphysiques nous laissent de marbre. La seconde partie du Passager de l'orage qui se déroule cette fois uniquement à Cotte House est à coup sûr plus réussi, à se demander pourquoi l'auteur n'a pas privilégié le huis-clos depuis le début, mais là encore, ça pêche à de nombreux endroits. Le style, enfantin, est loin d'être en phase avec le  "suspense insoutenable" promis sur la quatrième de couverture. Quant à l'histoire elle part dans tous les sens, hésitant entre un roman psychologique (les souffrances du jeune homme confronté à un passé douloureux), policier (qu'est-il arrivé à Jonathan et à sa famille?) ou fantastique (la maison hantée) Je ne suis pas contre le mélange des genres, bien au contraire, encore faut-il avoir la carrure pour mener l'histoire à bon port. Ici ce n'est pas le cas et si certains verraient dans le final du Passager de l'orage un succès ainsi qu'"une vertigineuse mise en abyme du travail de l'écrivain" (dixit toujours la quatrième de couverture qui comme vous le voyez n'est pas du tout emphatique) je crie à l'escroquerie la plus complète: un vulgaire tour de passe-passe! L'intrigue qui semblait enfin se décider à prendre de l'épaisseur est résolue par un procédé que personnellement, je n'osais même plus utiliser lors de mes rédactions de collège! C'est avant tout pour ce final décevant que je mets une mauvaise note à ce livre. Et qu'on ne vous y reprenne plus.

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 17:17

L01.jpgOrages d'été

Barbara Hall

éditions Thierry Magnier


 

Dutch, quatorze ans,  vit dans une ferme avec son père, sa tante, son frère Flood et son neveu Bodean. Sa mère est morte à sa naissance et sa belle-soeur est partie en laissant sa famille. Dutch, plus âgée de cinq ans que Bodean s'occupe de lui comme une petite mère. Jeune fille sage, elle essaie tant bien que mal de composer avec les adultes, préoccupés par la sécheresse qui menace la récolte de tabac, et rêve en secret du gentil Ethan. Un jour, son père lui annonce l'arrivée de sa cousine Norma. Pour Dutch, c'est l'occasion d'avoir enfin une interlocutrice de son âge. Et quelle interlocutrice! Norma sait tout sur tout: sur l'amour et la famille, sur la solitude et la beauté... Mais cette jolie cousine va très vite éveiller un profond sentiment de malaise chez notre héroïne, révélant les différentes personnalités qui composent une famille plus complexe qu'il n'y paraît...

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'une énième version de l'intrigue: "jeune fille un peu cruche qui grâce à la cousine libérée trouve la force de s'affranchir de son carcan et commence enfin à découvrir la vraie vie". Au contraire, dans ce roman au ton légèrement vieillot (impossible de déterminer exactement en quelle année se situe l'action mais je dirais bien fin des années 50) le personnage de Dutch, loin de devenir une autre, s'affirme en opposition à celui d'une cousine qui, sous ses airs blasés, est aussi perdue qu'elle. Exigeante envers elle-même et envers ses proches, l'héroïne apprend peu à peu à  accepter ses défauts et ceux des autres: une cousine qu'elle descend bien vite de son piédestal, un neveu qui la fait tourner en bourrique, un grand frère tyrannique, un père tout aussi exigeant qu'elle... Avec une économie de mots surprenante et un style qui privilégie le dialogue à la description ou à l'introspection, Barbara Hall brosse le portrait de personnages attachants qui s'aiment énormément, mais qui s'étouffent mutuellement sans même s'en rendre compte. A la fois grave et optimiste, orages d'été parle de désillusions, met à mal le mythe de l'amour éternel et nous apprend qu'on ne peut lutter contre la vie Parfois, il faut juste se laisser porter par le courant et prier pour que ce dernier nous amène à bon port...

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 21:02

L01.jpgLa cité des livres qui rêvent

Walter Moers

éditions Panama


 

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Il y a de cela quelques années, l'une des mes gentilles collègues  et moi-même avons lu la même nouveauté, un gros pavé égaré au rayon jeunesse. Toutes les deux nous sommes tombées d'accord: ce livre était invendable. Etait-il mauvais? Que nenni! Au contraire, nous l'avons toutes les deux beaucoup aimé. Mais le hic c'est que La cité des livres qui rêvent (tel est le nom de l'ouvrage) fait partie de ce genre de livres indéfinissables, trop érudit pour des enfants, trop enfantin pour des adultes. Jugez plutôt:

Hildegunst Taillemythes est un jeune dragon (soixante-dix ans, une bagatelle) né dans une ville où les habitants tôt ou tard deviennent écrivains. Sur son lit de mort, son parrain en écriture, Dancelot, lui confie un manuscrit. Ce manuscrit est unique: il est parfait, si bien écrit que nul ne peut le surpasser. Hildegunst décide de retrouver l'auteur de ce prodige et part pour Bouquinbourg, la capitale des romanciers, des bouquinistes et des poètes. Mais notre héros ne tarde pas à se retrouver en grand danger et atterrit dans les catacombes de la ville, ce lieu sinistre où rodent ouvrages vivants et chasseurs de livres...

La cité des livres qui rêvent est un roman qui parle... de livres (surpris?) Et s'il est invendable, à mon sens, c'est pour une multitude de petites raisons: un héros dragon, franchement vous ça vous plaît? Peut-être les enfants me direz-vous mais quel enfant irait lire un récit pareil, truffé d'allusions littéraires et d'ironie stylisque, de surcroît entrecoupé de vers et de fragments de poèmes pas toujours très bons? Je ne parle même pas des exclamations grandiloquentes et des adresses au lecteur, du rythme très lent du début et des multiplications de noms impossibles pour des êtres tout aussi improbables.

Et pourtant... oui je l'avoue j'ai aimé. Pourquoi? Parce que passé la première partie du roman un peu ennuyeuse, l'histoire est un récit d'aventures assez palpitant, avec créatures exotiques et rebondissements inattendus. Parce que l'auteur ne prend pas ses lecteurs pour des idiots et n'hésite pas à leur offrir un ouvrage exigeant. En bref, pour toutes les raisons qui font que ce livre est invendable.

Mais surtout, La cité des livres qui rêvent est, je crois, le plus joli témoignage d'amour à la littérature. Walter Moers aime les livres et ça se sent dans son récit, traversé de bout en bout par cette passion: des êtres qui se nourrissent de mots pour vivre, des livres animés, des livres dangereux, des bouquinistes sans scrupules et des chasseurs de livres sournois, des ombres errantes qui portent la plainte de livres oubliées et des poètes qui composent des sonnets au fond d'un trou... Tout un imaginaire découle de ce simple objet et cet imaginaire est si original qu'il fait oublier en grande partie les lourdeurs du récit.

Pour finir, qu'est-il est arrivé au livre maudit? Comme prévu, ma collègue n'a vendu aucun exemplaire de La cité des livres qui rêvent. Aujourd'hui, l'ouvrage est indisponible chez l'éditeur et j'ignore s'ils le rééditeront un jour. Possible que oui, on ne sait jamais.

Avant de le renvoyer, ma collègue est revenue me voir avec à la main le dernier exemplaire qu'elle conservait encore. "Tu le veux ou pas? Bientôt il ne sera plus là." Et, comme je n'avais pas envie d'oublier La cité des livres qui rêvent, je l'ai achetée.  Et comme dirait Walter Moers "Ici s'arrête l'histoire".

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 17:57

L05.jpgSang chaud, nerfs d'acier

Arto Paasilinna

éditions Denoël

 

 

De Paasilinna je gardais un très bon souvenir avec son Petits suicides entre amis, un livre plein d'humour et d'auto-dérision. Hélas, la déception a été d'autant plus vive en lisant son dernier roman Sang chaud, nerfs d'acier.

En 1917, Linnea Lindeman, accoucheuse un peu sorcière, chasseuse de phoques et contrebandière à l'occasion, a une vision: celle d'un enfant qui naîtra en 1918 et qui vivra jusqu'à en 1990. Cet enfant, c'est celui de son amie Hanna Kokkoluoto. Nommé Antti, ce dernier va traverser une période trouble de l'histoire, de la guerre civile finlandaise à la seconde guerre mondiale en passsant par la crise de 1929 et les affrontements entre communistes et facistes. Tour à tour commerçant, contrebandier et politicien, notre héros va traverser la vie sans encombre, porté par la déclaration rassurante de la sage-femme: même si le monde s'écroule autour de lui, il survivra.

Le but du roman, d'après ce que j'ai pu comprendre, est avant tout de nous initier à l'histoire de la Finlande à travers le destin d'un homme assez exceptionnel. C'était un pari risqué et qui, pour moi, est complètement raté, je l'avoue. Je n'ai rien à dire sur le style. C'est brillamment écrit, ça se lit sans ennui mais, comment vous expliquer? C'est très lisse. Les personnages ne sont pas attachants pour un sou. Peut-être est-ce un problème de longueur: en deux cent pages, brosser à la fois le destin d'un homme et celui d'une nation me semble pour le moins délicat. Quoi qu'il en soit, le livre aligne soigneusement les chapitres à la manière d'une leçon apprise: là on va parler de la crise de 29, là on va évoquer la vie amoureuse de Antti, là on va parler des communistes... Où est l'humour de Paasilinna? On le retrouve bien ça et là au hasard des pages, lorsqu'il évoque l'enlèvement de Antti et de son père par des facistes par exemple, ou encore à travers le personnage de Linnea, l'accoucheuse illégale assez haute en couleurs. Malgré cette touche de légèreté et malgré une fin plutôt réussie, l'auteur ne sauve pas pour autant un roman sans vie, destiné à être vite lu et tout aussi vite oublié...

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 19:54

L01.jpgL'année où j'ai vécu selon la Bible

A.J. Jacobs

éditions Actes Sud


 

Je vous ai déjà parlé de A.J Jacobs et de son Journal d'un cobaye. Souvenez-vous, A.J Jacobs c'est ce journaliste new-yorkais qui aime mener des expériences que personne ne songerait seulement à tenter: dire la vérité absolue pendant un mois, sous-traiter entièrement sa vie personnelle, se faire passer pour une jeune fille séduisante sur Internet... L'expérience cependant qui l'a rendu célèbre est celle dont je vais vous parler aujourd'hui.

L'auteur est juif, mais issu d'une famille non pratiquante. Lui-même se définit volontiers comme agnostique. Cependant, intrigué par la proportion d'américains qui déclarent prendre les Ecritures au pied de la lettre, il décide d'appliquer lui-même la Bible de façon littérale pendant un an. Pendant neuf mois, du fait de sa religion de naissance, il se conformera aux règles de l'Ancien Testament et, les trois derniers mois, suivra celles du Nouveau. Facile? Vous pensez bien que non. Ma très gentille soeur m'a déclarée qu'il y avait plus de 900 commandements dans la Bible. Il y a les faciles, les dix de base: tu ne voleras point, tu honoreras ton père et ta mère, etc. Mais certains sont plus problèmatiques: porter du blanc et nouer les coins de ses habits, sacrifier des animaux, jouer de la harpe à dix cordes, lapider les adultères et ceux qui ne respectent pas le jour du Sabbat...  Voilà donc notre cobaye métamorphosé, vêtu de blanc (sans fibres mélangées car c'est interdit) avec une barbe qu'il n'a pas le droit de raser et essayant de suivre un nombre incalculables de règles tout en rencontrant un panel de gens plus ou moins concernés par le fait religieux.

L'expérience peut vous sembler un rien idiote; pour l'auteur il s'agissait surtout de replonger dans les racines de son passé en essayant de comprendre la religion de ses ancêtre et voir si cette dernière lui était profitable. Une quête spirituelle poussée à l'extrême certes mais qui est menée avec beaucoup d'humour et surtout une ouverture d'esprit assez remarquable. Il faut en effet un certain sens de l'auto-dérision pour se promener dans New-York en toge blanche et demander à un marché si leurs fruits proviennent d'un arbre vieux d'au moins cinq ans. Quant aux rencontres de l'auteur, elles sont pour le moins variées! Entre les manieurs de serpent (car il est dit dans la Bible que si on a la foi il ne faut pas craindre les morsures du serpent) les adeptes du créationnisme, ceux qui égorgent les poulets et le club des athées ("Certains de mes amis sont athées à cette seule fin d'éviter de faire partie d'un groupe qui se réunirait le week-end pour discuter d'un projet d'émission sur la chaîne câblée associative. L'expression 'club athée' semblait un oxymore, pourquoi pas un défilé de l'apathie? Mais ça existe") A.J Jacobs louvoie et interroge, curieux de percer l'essence de la foi à travers toutes ces assemblées dont beaucoup paraissent de prime abord absurdes. Il parvient même à lasser un témoin de Jéovah qu'il a convoqué chez lui, exploit qui n'est pas des moindres... Ceci dit, je trouve assez touchante la façon dont il procède puisque, en dépit de ses convictions, il ne se moque pas et essaie de comprendre chacune des théories qui lui sont exposées... Le seul bémol? Le survol un peu rapide du Nouveau Testament, mais qui, du fait de sa religion native, est un choix logique.

Je vous laisse découvrir la conclusion de l'ouvrage qui, même si elle n'est pas tranchée, est tout de même plus développée que dans Journal d'un cobaye et donne du sens à une expérience qui peut sembler j'en conviens légèrement insensée. L'année où j'ai vécu selon la Bible n'est pas un plaidoyer pour la religion pas plus qu'il n'est un pamphlet. C'est avant tout le témoignage d'un homme qui mène une quête personnelle. C'est intéressant et comme le souligne la quatrième de couverture, ça amène le lecteur à porter un regard entièrement neuf sur le livre le plus lu au monde...

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 18:38

L01.jpgLe chuchoteur

Donato Carrisi

éditions Calmann-Lévy


 

"Dieu se tait, Le diable murmure"  telle est l'accroche du premier roman de Carrisi, ancien criminologue italien reconverti en scénariste et en romancier.  C'est racoleur je le reconnais volontiers mais ici c'est utile: il aurait été en effet dommage de passer à côté d'un livre pareil.

Une équipe d'agents spéciaux dirigée officiellement par l'inspecteur Roche mais officieusement sous les ordres du criminologue Goran Gavila, enquête sur la disparition mystérieuses de cinq fillettes. Or, ils retrouvent dans une clairière six bras; cinq appartiennent aux disparues. Que sont devenues les enfants et à qui appartient ce sixième bras? L'équipe fait appel à Mila Vasquez, experte dans les enlèvements, pour les aider à résoudre ce dernier mystère. Mais le tueur en série, surnommé Albert, leur réserve bien des surprises. Des corps réapparaissent et chacun des indices mènent à un suspect différent....

La grande force du Chuchoteur réside dans une intrigue impeccable (inspirée de faits réels d'ailleurs) qui tient le lecteur en haleine de bout en bout. Tout comme les agents spéciaux sont manipulés par le fameux Albert, nous sommes manipulés par l'auteur qui prend un certain plaisir à prendre à contre-pied les stéréotypes du genre: ainsi Mila, loin de l'experte larmoyante qui sauve des enfants, est incapable de la moindre émotion et ne fait ce métier que pour se prouver qu'elle n'est pas un monstre elle-même. De même l'histoire d'amour inévitable dans un policier entre la "bleue" et le vieux de la vieille est traitée de façon pour le moins déroutante. Quant à la traque du tueur du série elle est faite avec beaucoup de finesse: pas d'actes héroïques, pas de lueurs de génie, rien que des agents qui tentent de neutraliser un coupable avec leurs forces et leurs faiblesses. Le tueur lui-même n'est pas diabolisé; il apparaît comme un homme qui, pour on ne sait quelle obscure raison, est passé de la lumière à l'ombre et toute la tâche de l'équipe va consister à comprendre pourquoi. Carisi évite aussi le manichéisme propre au genre entre les gentils policiers et le méchant tueur en série. L'inspecteur ne songe qu'à sa carrière, la mère de famille est une harpie, le criminologue est distrait, l'interrogateur drague à droite à gauche, l'experte est névrosée... et si Albert est un démon, il semble plus le produit d'une société malsaine qu'une aberration de la nature. Au final, tout ce qu'on peut reprocher au Chuchoteur, c'est parfois son côté un peu trop didactique, avec une explication des procédures mises en place ou un petit cours de médecine médico-légal qui vient interrompre brutalement la narration. Mais c'est fait toujours à bon escient et ne gêne en rien le plaisir de la lecture. Je ne peux pas vous en dire plus, au risque de gaffer, mais je vous incite vivement à découvrir par vous-mêmes ce qui se cache derrière le titre et à vous plonger dans un récit qui nous rappelle que, malheureusement, les monstres sont partout, même là où on ne les attend pas...

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 19:58

L02.jpgKekkaishi

tomes 1 à 3

Yellow Tanabe

éditions Pika


 

Allez, ça faisait très longtemps qu'on n'avait pas parlé de mangas, on y retourne!

Il y a bien longtemps (400 ans à peu près) vivait le seigneur Karasumori, propriétaire d'un domaine qui attirait à la nuit tombé des entités surnaturelles de toutes sortes. Le seigneur fit venir un exorciste pour lutter contre ces démons. Les êtres se multiplièrent, l'exorciste devint sentinelle, un "Kekkaishi" chargé de détruire ces entités. Bien des années plus tard, le château a disparu mais, sur les ruines, une école a été construite et les démons sont toujours là. Les Kekkaishi existent encore, mais sont désormais divisés en deux familles. Descendants du premier Kekkaishi, Sumirmura Yoshimori et Yukimura Tokine, quatorze et seize ans, voisins et amis depuis l'enfance, perpétuent la tradition en luttant chaque nuit contre ces êtres qui, s'ils ne sont pas détruits, pourraient causer de sérieux dégâts...

Nous voilà donc dans du manga plutôt léger, du shonen. Je vous ai déjà expliqué les différentes sortes de mangas? Si oui désolée. Pour faire court, le shonen c'est un manga "tout public" qui, généralement privilégient plutôt combats et action, à la différence du shojo, le manga pour filles et du seinen, le manga pour adultes et grands adolescents, généralement plus sombre (il est inutile de vous dire je pense à quoi correspond le manga seinen public averti)

La bonne suprise, c'est que Kekkaishi est certes un manga avec beaucoup de combats mais qu'il n'a pas le côté un peu malsain des écolières en uniforme qui montrent leur petite culotte qu'on retrouve dans des shonen comme Negima ou même Ranma (série que pourtant j'aime beaucoup) Qui plus est, c'est drôle (il y a tout un chapitre où l'héroïne fait appel au héros pour lutter.... contre un cafard) et le personnage principal, Yoshimori est assez amusant: c'est un collégien (lycéen?) qui passe son temps à dormir et  qui, loin de rêver de prouesses physiques, passe la majeure partie de ses heures de loisir à élaborer LE gâteau ultime. Quant à son homologue féminin, Tokine, bien loin d'apparaître comme la cruche de service, son statut d'aînée lui confère une certaine épaisseur. En bref, un manga sympathique, appelé sans doute à devenir plus sombre et plus compliqué par la suite (certains personnages comme les mères respectives des deux protagonistes n'apparaissent pas du tout  pour l'instant mais sont toujours vivantes à priori) qui à défaut d'être inoubliable fait passer un agréable moment...

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 10:23

L03.jpgPaméla ou la vertu récompensée

(première partie)

Samuel Richardson

éditions Nizet

 

 

Avec un titre pareil, ça sent bon le roman d'époque non? Retour au XVIIIe siècle en Angleterre pour parler d'un livre qui fut un énorme succès en librairie, ouvrage sentimental chargé d'édifier le lecteur. Paméla est une jeune fille de quinze ans, pauvre mais vertueuse, au service d'une brave femme qui en a profité pour faire son éducation. Mais la maîtresse meurt, recommandant au préalable Paméla à son fils. Ce dernier semble tout faire pour vouloir accomplir les dernières volontés de sa mère mais, très vite, les parents de Paméla, de pauvres mais honnêtes gens, mettent en garde leur fille: il semblerait que les intentions du jeune maître soient loin d'être pures et, effectivement, ce dernier essaie bientôt de séduire sa servante. Paméla, loin de lui céder, le repousse et "réclame" le droit de partir retrouver la maison familiale. Son refus ne fait qu'accroître le désir du jeune noble qui va tout mettre en oeuvre pour satisfaire sa passion, que ce soit par la séquestration ou en se servant de ses domestiques...

Construit sous forme épistolaire (le récit est un échange de lettres, essentiellement entre Paméla et ses parents) Paméla ou la vertu récompensée est un roman dont il me semble difficile de parler: c'est un style et même des préoccupations qui paraissent de ce fait terriblement lointaines et obsolètes. Certains y ont vu "de la pornographie déguisée", mais j'avoue très sincèrement que je n'ai rien vu d'extrêmement choquant et que je ne comprends pas cette critique ainsi que celle du théologien Watts (vous inquiètez pas je le cite pour la frime mais je ne le connais absolument pas) qui objectait que "Les femmes se plaignaient de ne pouvoir lire l'ouvrage sans rougir" S'agit-il plutôt d'une critique qui s'adresse au deuxième volume du récit? Du fait ce soit l'abbé Prévost (l'auteur de Manon Lescaut) qui ait fait la traduction? (en effet, ce dernier avoue lui-même avoir épuré le roman et adapté en fonction du lectorat français) ou s'agit-il tout simplement d'une évolution des mentalités qui rendent aujourd'hui Paméla plus que chaste? C'est possible. Mais revenons à l'intrigue en tant que telle.

Si Samuel Richardson avait pour ambition d'écrire un récit moralisateur, édifiant, certains voient dans Paméla, une incitation au contraire à résister à l'amour et au bonheur. On retombe dans la même polémique que dans La Princesse de Clèves. Personnellement ceci dit, je trouve que rien n'oppose plus ces deux ouvrages. La princesse de Clèves était un roman avec un véritable rapport de force entre amour et raison; l'héroïne devait lutter sans cesse entre son désir et ce que "la sagesse" lui recommandait. Paméla n'a pas la même dimension: plus fade et plus ennuyeuse (quoi qu'il arrive, elle est en toujours en accord avec elle-même et ne s'interroge jamais sur le parti à prendre), son seul ennemi est son maître et les obstacles extérieurs qui la poussent dans ses bras. Paméla est intéressante uniquement dans la mesure où elle doit faire front véritablement à toute la société: pauvre, on s'attend à ce qu'elle cède à son maître. Séquestrée, elle ne peut compter sur personne. Pourtant, elle résiste envers et contre tout, usant du langage comme seul arme, et acquiert ainsi sa dimension héroïque. Son maître à côté parait plus terne, la violence de sa passion ne s'exprimant que par la violence physique. En bref, difficile d'apprécier cette "romance" qui repose sur un tel grand écart et, si je n'avais pas lu les résumés du récit, j'aurais eu du mal à croire que cette histoire puisse se terminer par un mariage (seconde partie du roman, si j'arrive à l'obtenir) Paméla s'abritant sans cesse derrière sa vertu et ne semblant jurer que par ses parents et son honneur. Les dernières pages de la première partie ceci dit nous mettent sur la voie et nous permettent de deviner que l'héroïne nourrit quelques sentiments pour son bourreau. Syndrôme de Stockholm? Je reste perplexe et attend de voir la suite qui j'en suis sûre, sera tout aussi édifiante... et tout aussi ennuyeuse.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 18:39

L02.jpgHush hush

Becca Fitzpatrick

éditions du Masque

 

 

"Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées,

Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent.

Alors Jéhovah dit: mon esprit ne jugera plus l'homme pour ses fautes, car l'homme est fait de chair, est ses jours seront de cent vingt ans.

Les Nephilim se trouvaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après cela, quand les fils du vrai Dieu continuèrent d'avoir des rapports avec les filles des hommes et qu'elles leur donnèrent des fils: ils furent les hommes forts du temps jadis, les hommes de renom." (Genèse 6)


Oui, je sais. Je trouvais ça classe de commencer une note par une citation de la Bible. Je trouve ça d'autant plus classe que nous allons parler aujourd'hui d'un bon vieux roman pour ados.

Le début de l'histoire de Hush hush fait furieusement penser à un autre roman assez connu. Nora, jeune lycéenne sans histoires mais qui tente de surmonter la mort violente de son père, mène une vie tranquille à Portland, entourée de sa mère et de sa meilleure amie, Vee. Jusqu'au jour où elle fait la connaissance de Patch, un nouveau venu dans son lycée, bel adolescent mystérieux qui semble tout connaître d'elle. Evidemment, elle tombe amoureuse de lui à son corps défendant et ce malgré les incidents bizarres qui se multiplient autour d'elle...

Non ne partez pas! Certes ça ressemble beaucoup à du Twilight, si ce n'est qu'il ne s'agit pas d'une histoire d'amour entre mortelle et vampire, mais entre mortelle et ange déchu. Un peu plus original mais bon, à première vue, ça peut donner envie de rire quand même. Ceci dit, j'avais beaucoup de préjugés sur l'ouvrage de Betta Fitzpatrick et je dois admettre que j'ai largement préféré à Twilight. Déjà, les personnages sont infiniment plus intéressants; Patch est un héros beaucoup plus drôle et beaucoup plus complexe que le pleurnichard Edward. Quant à l'héroïne, Nora, elle est loin d'être aussi éthérée et aussi cruche que Bella. Mais, surtout, l'histoire est plus construite: dans Twilight, il s'agissait surtout de "bon je vais raconter une belle histoire d'amour entre un vampire et une humaine, mais il faut quand même que je ponde une intrigue parce que s'ils s'embrassent tout le long du roman, ça va vite lasser." Dans hush hush, l'histoire d'amour n'est pas secondaire certes, mais s'imbrique dans une trame plus générale et une mythologie (celle des anges déchus et des Néphilim) Il y aurait même un peu de suspens dis donc! Après, je vous le dis tout de suite, c'est pas le chef-d'oeuvre de l'année non plus: le style est assez drôle (l'héroïne et sa copine passent leur temps à inventer des plans complètement pourris et à se ridiculiser) mais reste léger et on n'échappe pas à la description des premiers émois sensuels de l'héroïne ("oh mon Dieu il m'a touchée!" ) ainsi qu'à une analyse des sentiments dont tout lecteur adulte se passerait volontiers. Guimauve quand tu nous tiens... Mais bon, c'est le genre qui veut ça et gageons que si un jour le livre fait également l'objet d'une adaptation cinéma, les anges déchus risquent de faire sérieusement concurrence aux vampires...

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:43

L02.jpgCadres noirs

Pierre Lemaître

éditions Calmann-Lévy


 

Alain Delambre est chômeur depuis quatre ans. Ancien cadre DRH licencié lors du rachat de son entreprise, il approche de la soixantaine et subsiste grâce à des petits boulots plutôt humiliants. S'il ne trouve pas du travail, sa femme et lui seront obligés de revendre leur appartement pour en prendre un plus petit. Mais voilà qu'un miracle arrive: un employeur potentiel se présente, semblant plus qu'intéressé par son profil. Le hic? Une épreuve de recrutement qui se présente sous forme de jeu de rôle; Alain et les autres candidats vont devoir participer à une fausse prise d'otages afin de tester des cadres. Un jeu malsain s'il en est, mais Alain est si désespéré qu'il ferait n'importe quoi; perdre toute dignité aux yeux de sa famille, emprunter de l'argent, marcher sur les autres s'il le faut, tout pour réussir ce test et avoir le travail! Ce qu'il ignore, c'est que les dés sont pipés...

Pierre Lemaitre m'avait déjà passablement intriguée avec le livre Robe de mariée mais il me marque encore plus avec Cadres noirs. D'un point de vue stylistique c'est en effet extrêmement intéressant. En lisant la quatrième de couverture, on s'attend plus ou moins à une fausse prise d'otages qui devient réelle mais voici que l'intrigue prend une tournure tout à fait inattendue! Le découpage de la narration est également, comme dans son précédent roman, assez particulier. A vrai dire, je trouve ça plutôt inégal: il y a pas mal de longueurs et la narration est tour à tour captivante et profondément ennuyeuse. Quant au héros, il n'est pas attachant pour un sou. Mais là encore, n'est-ce pas un fait exprès? Pierre Lemaitre nous dresse le portrait d'un homme qui connaît le monde de l'entreprise et ses rouages et qui, loin de le saborder, aspire plus que tout à le retrouver. Nous sommes ainsi partagés entre la compassion envers ce chômeur, bon père de famille un peu dépassé et l'exaspération envers cet homme asservi à un système qui l'a rejetté, si obnubilé par l'argent et le travail qu'il est prêt à tout même au pire. Personnage complexe, que personnellement j'ai du mal à trouver sympathique, il n'en demeure pas moins extrêmement réaliste. Le monde de l'entreprise est également très bien vu ainsi que la radio qui intervient régulièrement tout au long du récit pour annoncer des licenciements  ou des restructurations... Plus besoin de tueurs en série armés de fourches ou de complots judéo franc-maçonnique pour faire un bon polar bien angoissant. Notre société est devenue si aliénante qu'elle crée elle-même des robots prêts à marcher sur le cadavre de leurs semblables! Vous en doutez? Moi pas (surtout depuis que je travaille avec mon directeur) Dans Cadres Noirs, Alain Delambre n'est pas qu'une victime; il est également un bourreau qui sans le savoir travaille tout aussi activement à sa perte et à celle de sa famille que les "méchants" de l'histoire. Ainsi, si Pierre Lemaitre n'est pas encore forcément au point dans son style, il compense largement par son originalité et par une analyse psychologique efficace mais douloureuse qui nous rappelle que l'argent et l'ambition peuvent souvent conduire au pire...

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Published by beux - dans Polar
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