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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 10:23

L03.jpgPaméla ou la vertu récompensée

(première partie)

Samuel Richardson

éditions Nizet

 

 

Avec un titre pareil, ça sent bon le roman d'époque non? Retour au XVIIIe siècle en Angleterre pour parler d'un livre qui fut un énorme succès en librairie, ouvrage sentimental chargé d'édifier le lecteur. Paméla est une jeune fille de quinze ans, pauvre mais vertueuse, au service d'une brave femme qui en a profité pour faire son éducation. Mais la maîtresse meurt, recommandant au préalable Paméla à son fils. Ce dernier semble tout faire pour vouloir accomplir les dernières volontés de sa mère mais, très vite, les parents de Paméla, de pauvres mais honnêtes gens, mettent en garde leur fille: il semblerait que les intentions du jeune maître soient loin d'être pures et, effectivement, ce dernier essaie bientôt de séduire sa servante. Paméla, loin de lui céder, le repousse et "réclame" le droit de partir retrouver la maison familiale. Son refus ne fait qu'accroître le désir du jeune noble qui va tout mettre en oeuvre pour satisfaire sa passion, que ce soit par la séquestration ou en se servant de ses domestiques...

Construit sous forme épistolaire (le récit est un échange de lettres, essentiellement entre Paméla et ses parents) Paméla ou la vertu récompensée est un roman dont il me semble difficile de parler: c'est un style et même des préoccupations qui paraissent de ce fait terriblement lointaines et obsolètes. Certains y ont vu "de la pornographie déguisée", mais j'avoue très sincèrement que je n'ai rien vu d'extrêmement choquant et que je ne comprends pas cette critique ainsi que celle du théologien Watts (vous inquiètez pas je le cite pour la frime mais je ne le connais absolument pas) qui objectait que "Les femmes se plaignaient de ne pouvoir lire l'ouvrage sans rougir" S'agit-il plutôt d'une critique qui s'adresse au deuxième volume du récit? Du fait ce soit l'abbé Prévost (l'auteur de Manon Lescaut) qui ait fait la traduction? (en effet, ce dernier avoue lui-même avoir épuré le roman et adapté en fonction du lectorat français) ou s'agit-il tout simplement d'une évolution des mentalités qui rendent aujourd'hui Paméla plus que chaste? C'est possible. Mais revenons à l'intrigue en tant que telle.

Si Samuel Richardson avait pour ambition d'écrire un récit moralisateur, édifiant, certains voient dans Paméla, une incitation au contraire à résister à l'amour et au bonheur. On retombe dans la même polémique que dans La Princesse de Clèves. Personnellement ceci dit, je trouve que rien n'oppose plus ces deux ouvrages. La princesse de Clèves était un roman avec un véritable rapport de force entre amour et raison; l'héroïne devait lutter sans cesse entre son désir et ce que "la sagesse" lui recommandait. Paméla n'a pas la même dimension: plus fade et plus ennuyeuse (quoi qu'il arrive, elle est en toujours en accord avec elle-même et ne s'interroge jamais sur le parti à prendre), son seul ennemi est son maître et les obstacles extérieurs qui la poussent dans ses bras. Paméla est intéressante uniquement dans la mesure où elle doit faire front véritablement à toute la société: pauvre, on s'attend à ce qu'elle cède à son maître. Séquestrée, elle ne peut compter sur personne. Pourtant, elle résiste envers et contre tout, usant du langage comme seul arme, et acquiert ainsi sa dimension héroïque. Son maître à côté parait plus terne, la violence de sa passion ne s'exprimant que par la violence physique. En bref, difficile d'apprécier cette "romance" qui repose sur un tel grand écart et, si je n'avais pas lu les résumés du récit, j'aurais eu du mal à croire que cette histoire puisse se terminer par un mariage (seconde partie du roman, si j'arrive à l'obtenir) Paméla s'abritant sans cesse derrière sa vertu et ne semblant jurer que par ses parents et son honneur. Les dernières pages de la première partie ceci dit nous mettent sur la voie et nous permettent de deviner que l'héroïne nourrit quelques sentiments pour son bourreau. Syndrôme de Stockholm? Je reste perplexe et attend de voir la suite qui j'en suis sûre, sera tout aussi édifiante... et tout aussi ennuyeuse.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 18:39

L02.jpgHush hush

Becca Fitzpatrick

éditions du Masque

 

 

"Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées,

Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent.

Alors Jéhovah dit: mon esprit ne jugera plus l'homme pour ses fautes, car l'homme est fait de chair, est ses jours seront de cent vingt ans.

Les Nephilim se trouvaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après cela, quand les fils du vrai Dieu continuèrent d'avoir des rapports avec les filles des hommes et qu'elles leur donnèrent des fils: ils furent les hommes forts du temps jadis, les hommes de renom." (Genèse 6)


Oui, je sais. Je trouvais ça classe de commencer une note par une citation de la Bible. Je trouve ça d'autant plus classe que nous allons parler aujourd'hui d'un bon vieux roman pour ados.

Le début de l'histoire de Hush hush fait furieusement penser à un autre roman assez connu. Nora, jeune lycéenne sans histoires mais qui tente de surmonter la mort violente de son père, mène une vie tranquille à Portland, entourée de sa mère et de sa meilleure amie, Vee. Jusqu'au jour où elle fait la connaissance de Patch, un nouveau venu dans son lycée, bel adolescent mystérieux qui semble tout connaître d'elle. Evidemment, elle tombe amoureuse de lui à son corps défendant et ce malgré les incidents bizarres qui se multiplient autour d'elle...

Non ne partez pas! Certes ça ressemble beaucoup à du Twilight, si ce n'est qu'il ne s'agit pas d'une histoire d'amour entre mortelle et vampire, mais entre mortelle et ange déchu. Un peu plus original mais bon, à première vue, ça peut donner envie de rire quand même. Ceci dit, j'avais beaucoup de préjugés sur l'ouvrage de Betta Fitzpatrick et je dois admettre que j'ai largement préféré à Twilight. Déjà, les personnages sont infiniment plus intéressants; Patch est un héros beaucoup plus drôle et beaucoup plus complexe que le pleurnichard Edward. Quant à l'héroïne, Nora, elle est loin d'être aussi éthérée et aussi cruche que Bella. Mais, surtout, l'histoire est plus construite: dans Twilight, il s'agissait surtout de "bon je vais raconter une belle histoire d'amour entre un vampire et une humaine, mais il faut quand même que je ponde une intrigue parce que s'ils s'embrassent tout le long du roman, ça va vite lasser." Dans hush hush, l'histoire d'amour n'est pas secondaire certes, mais s'imbrique dans une trame plus générale et une mythologie (celle des anges déchus et des Néphilim) Il y aurait même un peu de suspens dis donc! Après, je vous le dis tout de suite, c'est pas le chef-d'oeuvre de l'année non plus: le style est assez drôle (l'héroïne et sa copine passent leur temps à inventer des plans complètement pourris et à se ridiculiser) mais reste léger et on n'échappe pas à la description des premiers émois sensuels de l'héroïne ("oh mon Dieu il m'a touchée!" ) ainsi qu'à une analyse des sentiments dont tout lecteur adulte se passerait volontiers. Guimauve quand tu nous tiens... Mais bon, c'est le genre qui veut ça et gageons que si un jour le livre fait également l'objet d'une adaptation cinéma, les anges déchus risquent de faire sérieusement concurrence aux vampires...

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:43

L02.jpgCadres noirs

Pierre Lemaître

éditions Calmann-Lévy


 

Alain Delambre est chômeur depuis quatre ans. Ancien cadre DRH licencié lors du rachat de son entreprise, il approche de la soixantaine et subsiste grâce à des petits boulots plutôt humiliants. S'il ne trouve pas du travail, sa femme et lui seront obligés de revendre leur appartement pour en prendre un plus petit. Mais voilà qu'un miracle arrive: un employeur potentiel se présente, semblant plus qu'intéressé par son profil. Le hic? Une épreuve de recrutement qui se présente sous forme de jeu de rôle; Alain et les autres candidats vont devoir participer à une fausse prise d'otages afin de tester des cadres. Un jeu malsain s'il en est, mais Alain est si désespéré qu'il ferait n'importe quoi; perdre toute dignité aux yeux de sa famille, emprunter de l'argent, marcher sur les autres s'il le faut, tout pour réussir ce test et avoir le travail! Ce qu'il ignore, c'est que les dés sont pipés...

Pierre Lemaitre m'avait déjà passablement intriguée avec le livre Robe de mariée mais il me marque encore plus avec Cadres noirs. D'un point de vue stylistique c'est en effet extrêmement intéressant. En lisant la quatrième de couverture, on s'attend plus ou moins à une fausse prise d'otages qui devient réelle mais voici que l'intrigue prend une tournure tout à fait inattendue! Le découpage de la narration est également, comme dans son précédent roman, assez particulier. A vrai dire, je trouve ça plutôt inégal: il y a pas mal de longueurs et la narration est tour à tour captivante et profondément ennuyeuse. Quant au héros, il n'est pas attachant pour un sou. Mais là encore, n'est-ce pas un fait exprès? Pierre Lemaitre nous dresse le portrait d'un homme qui connaît le monde de l'entreprise et ses rouages et qui, loin de le saborder, aspire plus que tout à le retrouver. Nous sommes ainsi partagés entre la compassion envers ce chômeur, bon père de famille un peu dépassé et l'exaspération envers cet homme asservi à un système qui l'a rejetté, si obnubilé par l'argent et le travail qu'il est prêt à tout même au pire. Personnage complexe, que personnellement j'ai du mal à trouver sympathique, il n'en demeure pas moins extrêmement réaliste. Le monde de l'entreprise est également très bien vu ainsi que la radio qui intervient régulièrement tout au long du récit pour annoncer des licenciements  ou des restructurations... Plus besoin de tueurs en série armés de fourches ou de complots judéo franc-maçonnique pour faire un bon polar bien angoissant. Notre société est devenue si aliénante qu'elle crée elle-même des robots prêts à marcher sur le cadavre de leurs semblables! Vous en doutez? Moi pas (surtout depuis que je travaille avec mon directeur) Dans Cadres Noirs, Alain Delambre n'est pas qu'une victime; il est également un bourreau qui sans le savoir travaille tout aussi activement à sa perte et à celle de sa famille que les "méchants" de l'histoire. Ainsi, si Pierre Lemaitre n'est pas encore forcément au point dans son style, il compense largement par son originalité et par une analyse psychologique efficace mais douloureuse qui nous rappelle que l'argent et l'ambition peuvent souvent conduire au pire...

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 18:56

L08.jpgScriblerus

Alexander Pope

éditions Hesperus


 

A la question que vous vous posiez tous sûrement (ou peut-être pas parce qu'à vrai dire elle n'est pas passionnante) "Mais que deviennent les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie? Où en est-on maintenant?" je vous apporte aujourd'hui une réponse... Soyez dans la joie.

Vous n'êtes pas sans ignorer que Swift, dont nous avons déjà parlé dans les notes précédentes, faisait partie d'un club, le club Scriblerus, rassemblant plusieurs érudits de son époque notamment Pope ou Gay. Les membres de ce groupe, lettrés, aimaient à se moquer de leurs contemporains par le biais de la satire et de récits réunis sous la forme de mémoires fictives, celle de Martin Scriblerus.

L'ouvrage que je tiens entre les mains Scriblerus est donc le fruit de cette collaboration, mais j'ignore à vrai dire si j'ai la version "intégrale" ou simplement des extraits, d'autant plus que le seul auteur mentionné est Pope. Je vous le dis tout de suite, je n'irai pas approfondir la recherche. D'une part, il m'a fallu déjà creuser pour trouver cette version. Qui plus est, le livre est en anglais. En anglais! Ok, j'avais réussi à lire sans trop de difficultés en version originale: Love in excess de Haywood (les auteurs anglais du XVIIIe ne semblent pas avoir la cote auprès des éditeurs français) mais il s'agissait d'un roman d'amour avec des personnages essentiellement occupés à soupirer après la lune ou à se répandre en discours amoureux. Une fois que vous connaissiez le mot love vous étiez sauvés. Dans Scriblerus rien de tel. Il s'agit donc d'une biographie fictive de Martin Scriblerus. Martin est éduqué par un père fasciné par les grands penseurs de l'Antiquité et qui est déterminé à élever son fils de la même façon. Poussé à l'extrême, évidemment, cela en devient comique. Devenu adulte, Martin marche sur les traces de son père et explore les sciences et les arts de façon assez peu protocolaire, cherchant à trouver où se situe l'âme par exemple en découpant quelques cadavres. Il tombe également amoureux de soeurs siamoises (ou plutôt de l'une d'elles) et les épouse mais son mariage, considéré comme bigamie ou inceste vous avez le choix, donne lieu à un procès cocasse où des avocats plus ridicules les uns que les autres s'affrontent...

Pour faire court, prenez du Rabelais; certes c'est drôle, satirique et tout ça, mais vous avez déjà essayé de lire Gargantua en ancien français? J'ai essayé un jour. J'ai essayé également de lire et d'apprécier Scriblerus en version originale. Je suis sûre que c'est comique et certains passages m'ont fait sourire. Je pense en particulier à l'enlèvement des soeurs siamoises ou encore à l'arrestation de Scriblerus et de son acolyte Crambe alors qu'ils tentent de voler un cadavre pour leurs expériences. La parodie est plaisante, les personnages sont caricaturaux, mais il n'en demeure pas moins que le plus grand intérêt de l'oeuvre réside sans doute dans les théories et les discours avancés par Scriblerus ainsi que dans les dialogues. Or, j'avoue que je ne suis pas assez douée en anglais pour en saisir toutes les subtilités, d'autant plus que l'auteur se fait un malin plaisir de mêler à son texte citations et auteurs antiques qui rendent la lecture quasiment impossible. Ne comptez donc pas sur moi pour vous parler plus en détail de ce roman: je vous sortirais les banalités habituelles: parodie, satire sur les contemporains, humour assez proche de l'esprit rabelaisien... Après, si vous vous voulez en savoir plus, il ne vous reste plus qu'à vous attaquer vous même au problème: vous aurez en tous cas toute mon admiration.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 10:24

L02.jpgQuand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

éditions Grasset

 

 

Pour moi, l'amour se résume à deux chansons: la chanson de Brassens Gastibelza l'homme à la carabine, elle-même tirée d'un poème de Victor Hugo, et celle Thomas Fersen: Pégase, chanson dans laquelle le héros (Pégase) en dépit du bon sens, des conseils de sa mère et de la nuit étoilée, court se jeter sur l'ampoule brillante si attirante, semblable au papillon de nuit qui se grille sur un néon. Bien loin des visions idylliques de couples se promenant pieds nus sur une plage avec un chien et un enfant au milieu, cette vision de l'amour me semble exemplaire: une chose brillante qui généralement vous rend fou et ridicule (avouez que vous méprisez ces pauvres insectes morts au matin devant votre porte ou ces crapauds qui traversent la route au printemps et que vous écrasez sans scrupules...) mais que paradoxalement je trouve plus touchante que cet amour "raisonnable", sélectionné avec le bon sens près de chez vous, choisi et dûment approuvé qui fera que vous aurez une vie magnifiquement ennuyeuse. Mais revenons à notre lecture du jour.

Emma Rothner n'aime pas le vent du Nord qui souffle par sa fenêtre. ça l'empêche de dormir. C'est ce qu'elle explique à Léo Leike, son correspondant à qui un jour elle a envoyé un mail par erreur. Le ton lui a plu, un dialogue s'est engagé entre ces deux personnes qui ne se sont jamais vus. Rien de bien méchant n'est-ce pas? Elle, elle est mariée et "heureuse en ménage" comme elle ne cesse de le scander avec une énergie qui tient parfois du désespoir. Lui se remet d'un chagrin d'amour. Leur échange au début tient plus du jeu, jusqu'à ce que le ton devienne de plus en plus complice. Quand souffle le vent du nord la nuit, ils débouchent ensemble et séparés une bouteille de vin et boivent à la santé l'un de l'autre. Peu à peu le ton dérape. Lui se contrôle moins, l'appelle "son Emmi", lui demande de lui parler de sa famille. Elle, elle s'oblige à préserver ce cocon familial (factice?) mais lui demande un compte-rendu de ses aventures amoureuses, le harcèle de mails, lui signifie clairement son attirance... Incapables l'un comme l'autre de cesser cette correspondance empoisonnée, il faudrait probablement qu'ils se rencontrent, mais cette rencontre est sans cesse différée: cela signifierait en effet la fin d'une relation... et le début d'une autre?

Quand souffle le vent du nord nous a été conseillés par deux collègues lors d'une réunion librairie, de celle où l'on s'installe pour parler des livres qu'on a aimés. Elles en ont si bien parlé qu'elles m'ont donnée envie à mon tour de le lire (preuve que ce sont de bonnes libraires) L'une d'elle cependant m'avait prévenue: "Tu n'aimeras pas: c'est trop sentimental pour toi". J'avoue que, effectivement, j'ai trouvé parfois que ça versait un peu dans le rose bonbon. Néanmoins, ça n'a rien à voir avec du Pancol, du Musso ou du Levy, ni même du Gavalda. L'histoire d'amour entre les deux protagonistes est à tout prendre assez dure: un jeu du chat et de la souris dans lequel chacun s'engage sans en prendre conscience et qui les prend peu à peu au piège. Le principe du roman "épistolaire" est sympathique et la joute verbale entre Léo et Emmi extrêmement intéressante, dans le style "Je t'aime moi non plus", avec beaucoup de tendresse et quelques vacheries. Je regrette juste que le style ne soit pas plus développé, et ne permette pas toujours de faire la distinction entre les mails de Emmi et ceux de Léo. Je regrette aussi quelques longueurs du roman, surtout vers la fin, quand le jeu devient lassant et que l'intrigue commence à s'enliser. Mais, dans l'ensemble je garderai un bon souvenir d'un livre qui pourra en aider plus d'un à trouver le sommeil en écoutant le vent souffler... en espérant qu'il ne le rende pas fou à son tour.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 18:01

L02.jpgQui suis-je et, si je suis, combien?

Richard David Precht

éditions Belfond

 

A la question qu'un professeur nous avait posés lors d'un cours d'initiation: "Selon vous à quoi sert la philosophie?" je me rappelle avoir répondu: "A rien: c'est un exercice qui consiste à se taper la tête contre un mur." Je le pense toujours: un philosophe avance une chose, douze autres avancent aussitôt douze contre-arguments. C'est un domaine qui me déprime plus qu'il ne m'intéresse; je suppose que la discipline a le mérite de pousser à la réflexion, ce qui n'est assurément pas du luxe de nos jours, mais la réflexion est sans arrêt détournée, nuancée, argumentée puis contre-argumentée. En bref, ça me rend folle.

Dans un souci cependant de ne pas mourir totalement idiote, je me suis plongée dans l'ouvrage du philosophe (ça sonne classe non?) Precht: Qui suis-je et, si je suis, combien? Le livre, best-seller en Allemagne et gros succès en France, se veut comme un voyage en philosophie, sorte d'initiation à la manière du Monde de Sophie de Gaardner. Bon, ça tombe bien, j'avais apprécié ce dernier. L'ouvrage est construit à la manière d'une dissertation, soigneusement découpé en trois chapitres basés chacun sur les interrogations kantiennes: qui suis-je? Que dois-je faire? Que suis-je en droit d'espérer? Dans la première partie, Precht essaie de définir plus ou moins l'homme: qu'est-ce qui le caractérise? A-t-il une âme? Il traite ainsi du conscient et de l'inconscient, de la psychanalyse et des neurosciences... Dans un second temps, que dois-je faire? l'auteur s'interroge sur les grands débats contemporains: faut-il manger de la viande? Quid de l'euthanasie et de l'avortement? Du clonage ou de l'écologie? Enfin Precht conclut son livre par des thèmes plus métaphysiques si j'ose dire (que suis-je en droit d'espérer?) : l'amour et la mort, Dieu et la nature, le sens de la vie et l'art du bonheur...

Impossible de trouver livre de philosophie plus clair et plus structuré et, si certains pourraient trouver la présentation quelque peu scolaire, j'ai apprécié ce côté didactique ainsi que la présentation d'idées comme l'existentialisme ou l'utilitarisme qui jusque là étaient pour moi des données assez floues. Si Precht est professeur, il doit être plutôt intéressant, assurément plus que le vieil homme que j'avais en terminale. J'ai apprécié également  le style, l'analyse historique ainsi que les petites histoires dont Precht nous gratifie pour introduire à chaque fois son argumentation. Sur le fond, je suis beaucoup moins enthousiaste. L'auteur s'appuie énormément sur les neurosciences, un peu trop, et ne présente guère lui-même d'idées innovantes, se contentant d'enfoncer des portes ouvertes et de rester toujours dans un politiquement correct assez confortable. Certains chapitres sont extrêmement intéressants: la bioéthique ou le végétarisme. D'autres sont à l'inverse ratées: celui sur l'amour est une catastrophe et celui intitulé "Peut-on apprendre à être heureux? " est uniquement une transcription de la pensée d'Epicure. C'est un peu dommage car cette inégalité nuit à l'ensemble. Pour résumer, ce voyage en philosophie est plutôt sympathique mais pas inoubliable et je pense que pour ceux qui aiment vraiment la discipline et qui sont calés là-dessus, il ne présente strictement aucun intérêt... Heureusement, je ne fais pas partie de cette catégorie...

 

 

PS: Je profite de cette note pour relayer une opération: le centre de recherche de lutte contre le cancer de Lorraine organise un concours ouvert à tous les artistes en herbe: il s'agit de réaliser des oeuvres (peinture, sculpture...) qui seront ensuite vendus aux enchères au profit de l'association. Vous trouverez tous les détails sur ce lien: http://www.alexisvautrin.fr/cav/images/local/skin/pdf/pla_artistescontrecancer_100319.pdf

Oui je sais la pub c'est mal mais une fois n'est pas coutume et c'est pour la bonne cause.

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:00

L01.jpgGone t.2 La faim

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Cela fait maintenant près de trois mois que les adultes ont disparu de la ville de Perdido et que les enfants de moins de quinze ans se retrouvent livrés à eux-mêmes, prisonniers d'une bulle qui entoure la ville et qu'ils nomment "La Zone". Sam Temple dirige cette petite communauté mais cette tâche se révèle beaucoup plus délicate que prévu. Les enfants manquent de nourriture et commencent à souffrir de la famine. Les champs donnent encore quelques récoltes certes, mais allez persuader des gamins de travailler au lieu de jouer à l'ordinateur surtout lorsque des vers mutants grouillent au milieu des choux... Il y a aussi ce clivage qui se crée peu à peu entre les "normaux" et les "mutants" ceux qui, comme Sam, développent des pouvoirs; la querelle gronde et pourrait bien dégénérer. Mais il y a aussi, encore plus inquiétant, Caine et sa bande qui préparent un sale coup et, surtout, cette ombre menaçante tapie au fond d'une mine qui exige qu'on la nourrisse...

En temps ordinaire, un deuxième tome est généralement moins bon que le premier. Gone la faim est une exception. On aurait pu craindre une action ralentie, mais l'auteur au contraire prend le parti comme dans son premier volet de lancer un compte à rebours au début du volume et de la sorte crée un rythme qui ne faiblira pas tout au long du récit. Les personnages sont beaucoup plus aboutis, plus subtils: Sam Temple apparaît comme un leader somme tout assez bancal mais, de ce fait réaliste et plus attachant. Les habitants de la ville eux-mêmes sont ce qu'ils sont supposés être: de sales gosses privés de leurs parents qui peuvent se montrer tout aussi irritants que vulnérables et prêts à toutes les dérives. Quant aux "méchants", à l'exception du monstrueux Drake (il en faut toujours un), ils sont beaucoup plus crédibles que dans le premier volet. Michael Grant, comme à son habitude, nous gratifie également de quelques scènes particulièrement atroces mais aussi très réussies qui donne au récit un ton apocalyptique et très noir. Rien à dire, c'est une réussite, on suit ce second volet qui enchaîne morts et coups de théâtre sans s'ennuyer un instant et avec un seul regret: ne pas avoir déjà la suite (prévue en novembre) entre les mains. En attendant, pour ceux qui ne l'ont pas fait, je leur conseille de découvrir sans attendre cette série...

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:57

L02.jpgNo Impact Man

Colin Beavan

éditions Fleuve Noir

 

"Peut-on sauver la planète sans rendre dingue sa famille?"

 

Après Florence Aubenas, on reste dans les livres "expérimentaux" avec No Impact Man de Beavan, ouvrage qui a connu un certain succès grâce notamment au blog. De quoi s'agit-il cette fois? D'un historien new-yorkais qui aimait beaucoup se montrer alarmiste sur l'environnement, le réchauffement climatique et tutti quanti et, accessoirement, blâmer sa femme qui regardait beaucoup de niaiseries à la télévision. Jusqu'au jour où il se rend compte que, lui-même, en matière de protection de la planète, ne se foule pas des masses. En guise de mea culpa, il décide donc de mener une expérience pour le moins insolite en essayant de limiter pendant un an son "empreinte écologique" au minimum. Facile me direz-vous? Pas tant que ça puisqu'il s'agit pour ce new-yorkais branché vivant en plein coeur de Manhattan de renoncer à la climatisation, au métro et au traiteur. L'expérience se fait par étapes: d'abord limiter les déchets: plus de sacs, plus de gobelets pour le café, plus de traiteurs ni de pizzas à emporter mais également plus de couches plastiques pour la petite... C'est terminé églament pour le métro, l'ascenseur ou l'avion... Ensuite, il s'agit de se nourrir de façon "écologiquement responsable" en se cantonnant à des produits (essentiellement des légumes) qui viennent des environs et de ne plus rien acheter de neuf (adieu café et shopping). Enfin, Beavan termine en coupant carrément l'électricité dans son appartement et en s'éclairant à la lampe solaire et à la bougie (fabriquée avec une cire près de chez lui bien sûr).

La démonstration est simple: il s'agit de prouver que, chacun de nous à sa manière agit sur l'environnement. Vous croyez être "écologiquement responsable" pour reprendre cette expression un peu ridicule ? Je croyais l'être aussi. Sauf que je vais dans les fast-foods, que j'achète des plats à emporter et que je consomme peut-être un peu trop d'eau. Beavan, en se remettant lui-même en question nous amène également à nous interroger sur nous-mêmes et cela met extrêmement mal à l'aise. Pour autant, l'auteur ne minimise pas le rôle des industries, des commerces et de son propre gouvernement. Il décrit également avec beaucoup d'humour son année expérimentale qui est faite de beaucoup de petites privations, de frustrations, de quelques tricheries (impossible pour son épouse et lui-même de se priver de café) mais aussi de plaisirs (la redécouverte du vélo, un rythme de vie plus sain et plus serein...)

Après, il faut dire ce qu'il est, No Impact Man tombe parfois dans un sentimentalisme un peu agaçant. L'auteur joue volontiers sur la corde sensible du lecteur (les pauvres ours polaires, les enfants ashmatiques..) La cause est juste certes mais à vouloir en faire trop, ça agace plus qu'autre chose. Qui plus est, je ne suis pas une fanatique des considérations philosophiques de Beavan et de ses contes orientaux insérés ça et là dans le récit qui brodent invariablement sur le même thème: soyons tous frères et communions avec Mère Nature. Le livre pour le coup, s'il avait été plus "neutre" aurait gagné en crédibilité.

Au final, que retenir de l'expérience de No Impact Man? Je vous rassure, l'auteur n'a pas poursuivi l'expérience au-delà de l'année fatidique mais il a apporté quelques ajustements à son mode de vie. Le but n'est pas de prôner un retour en arrière ni un ascétisme forcé mais de simplement faire prendre conscience que, chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à la sauvegarde de la planète... sans pour autant renoncer à l'électricité.

 

Et sur cette note un peu moralisatrice, je vais aller me gaver de chocolats dont j'ignore la provenance et je vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes de Pâques!

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:28

L01.jpgShutter Island

Dennis Lehane

éditions Rivages

 

Je comptais aller voir Shutter Island au cinéma mais, très vite, un dilemme s'est posé: fallait-il oui ou non lire le livre avant? Dans un cas comme dans l'autre, je me privais de l'effet de surprise. Finalement, je suis partie du principe (totalement injustifié je le reconnais) qu'un livre est toujours meilleur que son adaptation et j'ai décidé de commencer par le roman.

1954 au large de Boston: le marshall Teddy Daniels, assisté par un nouvel équipier, est envoyé sur Shutter Island, une île sur laquelle se dresse un hôpital pour les fous criminels. Il est chargé de retrouver une patiente, Rachel Solando, mystérieusement disparue. Mais comment cette femme a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur et tromper la vigilance des gardiens ? Le mystère s'épaissit lorsque Teddy retrouve dans la chambre de Rachel sur une feuille de papier une suite de lettres et de chiffres. Qui plus est, le personnel hospitalier de Shutter Island semble mettre des bâtons dans les roues des deux hommes et la tempête qui fait rage les contraint bientôt à vivre dans un huis-clos des plus angoissants et à basculer dans un monde où la barrière entre raison et folie semble totalement abolie...

Bon, que cela soit clair, je n'ai pas eu de réel effet de surprise car j'avais plus ou moins compris le pourquoi du comment. Ceci dit Shutter Island est un bon roman policier à tous points de vue. Les dialogues et la narration sont efficaces. Certaines échanges notamment entre les docteurs et Teddy sont particulièrement réussis: ils sont surréalistes et basculent parfois dans le grotesque et dans un humour noir totalement en accord avec le côté tragi-comique des patients de Shutter Island. L'intrigue est sans défaut, tenue de bout en bout, avec un final soigné qui ménage quelques jolis retournements de situation. Mais, le plus intéressant dans ce roman, c'est avant tout la thématique de la folie, qui paraît presque contagieuse: les malades déambulent avec leur propre raisonnement, qui semble tellement logique! Les belles tueuses de mari font du charme aux marshalls et le marshall lui-même plonge dans des rêves étranges, englué dans le deuil d'une épouse défunte. C'est plutôt angoissant et le récit laisse un profond sentiment de malaise au lecteur en lui rappelant que raison et folie ne sont jamais très loin l'une de l'autre et font parfois même très bon ménage. En attendant, j'ai plutôt bien fait de commencer par le roman car je suis maintenant curieuse de découvrir ce que donne l'adaptation cinématographique...

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 18:37
L01.jpgCoeur cousu
Carole Martinez
éditions Gallimard



Soledad, dernière née d'une famille nombreuse, relate l'histoire de sa mère Frasquita. Fille unique, cette dernière, née dans un village au sud de l'Espagne, est initiée à la sorcellerie par sa propre mère et reçoit une boîte lors de son passage à l'âge adulte. Dans cette boîte, Frasquita trouve fils et aiguillles. A partir de là, son don inné pour la couture tient de la magie puisqu'elle est capable de coudre les plus belles robes du monde mais également de "réparer" hommes et bêtes de façon miraculeuse... Cependant, son pouvoir suscite vite rumeurs et médisances dans le village et sa réputation ne s'arrange pas avec son mariage: son mari se comporte de façon inquiétante, ses enfants naissent tous plus étranges les uns que les autres: une fille muette, une autre née avec des plumes, un garçon aux cheveux rouges (maudit!) une fille qui brille dans la nuit et une autre qui parle avec les morts...
En bref, Carole Martinez nous raconte l'histoire de Frasquita et de sa famille. C'est un roman qui prend le parti du conte avec un style faussement naïf, parfois agaçant il faut le reconnaître. Ce genre de narration me paraît un peu anachronique, mais c'est un choix audacieux de l'auteur qui parvient de ce fait à introduire dans son récit un merveilleux qui paraît totalement naturel: miracles, sorcellerie, fantômes... tout cela se fond de façon harmonieuse et sans paraître ridicule. Carole Martinez se construit un univers bien à elle, un monde où la Mort apparait pour donner son ultime baiser et où les mots ont un véritable pouvoir. Ses personnages, à peine esquissés, sont comme ceux des contes: ils n'ont pas de psychologie, mais sont plutôt des images, des représentations. Anita n'est qu'une voix de conteuse, Clara et Perdirio sont le Jour et la Nuit., Soledad une image de la solitude. Coeur cousu est véritablement un hymne d'amour au conte, mais au conte dans son sens premier: transmission orale des histoires et des légendes. L'écrit n'apparaît que comme pis-aller (d'où le dépouillement volontaire du texte), substitut au langage. C'est assez étonnant pour une romancière d'adopter ce point de vue mais c'est original. Carole Martinez, loin des romans nombrilistes français actuels (vous savez, là où il y a douze "je" par page et les traces d'un narcissisme exacerbé qu'une thérapie plutôt qu'un livre serait plus apte à guérir) nous offre un joli récit, pas parfait certes, un peu longuet parfois, mais qui offre quelques belles émotions et laisse un sentiment doux-amer qui n'est pas des plus désagréables...
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Published by beux - dans Roman
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