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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 18:56

L08.jpgScriblerus

Alexander Pope

éditions Hesperus


 

A la question que vous vous posiez tous sûrement (ou peut-être pas parce qu'à vrai dire elle n'est pas passionnante) "Mais que deviennent les 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie? Où en est-on maintenant?" je vous apporte aujourd'hui une réponse... Soyez dans la joie.

Vous n'êtes pas sans ignorer que Swift, dont nous avons déjà parlé dans les notes précédentes, faisait partie d'un club, le club Scriblerus, rassemblant plusieurs érudits de son époque notamment Pope ou Gay. Les membres de ce groupe, lettrés, aimaient à se moquer de leurs contemporains par le biais de la satire et de récits réunis sous la forme de mémoires fictives, celle de Martin Scriblerus.

L'ouvrage que je tiens entre les mains Scriblerus est donc le fruit de cette collaboration, mais j'ignore à vrai dire si j'ai la version "intégrale" ou simplement des extraits, d'autant plus que le seul auteur mentionné est Pope. Je vous le dis tout de suite, je n'irai pas approfondir la recherche. D'une part, il m'a fallu déjà creuser pour trouver cette version. Qui plus est, le livre est en anglais. En anglais! Ok, j'avais réussi à lire sans trop de difficultés en version originale: Love in excess de Haywood (les auteurs anglais du XVIIIe ne semblent pas avoir la cote auprès des éditeurs français) mais il s'agissait d'un roman d'amour avec des personnages essentiellement occupés à soupirer après la lune ou à se répandre en discours amoureux. Une fois que vous connaissiez le mot love vous étiez sauvés. Dans Scriblerus rien de tel. Il s'agit donc d'une biographie fictive de Martin Scriblerus. Martin est éduqué par un père fasciné par les grands penseurs de l'Antiquité et qui est déterminé à élever son fils de la même façon. Poussé à l'extrême, évidemment, cela en devient comique. Devenu adulte, Martin marche sur les traces de son père et explore les sciences et les arts de façon assez peu protocolaire, cherchant à trouver où se situe l'âme par exemple en découpant quelques cadavres. Il tombe également amoureux de soeurs siamoises (ou plutôt de l'une d'elles) et les épouse mais son mariage, considéré comme bigamie ou inceste vous avez le choix, donne lieu à un procès cocasse où des avocats plus ridicules les uns que les autres s'affrontent...

Pour faire court, prenez du Rabelais; certes c'est drôle, satirique et tout ça, mais vous avez déjà essayé de lire Gargantua en ancien français? J'ai essayé un jour. J'ai essayé également de lire et d'apprécier Scriblerus en version originale. Je suis sûre que c'est comique et certains passages m'ont fait sourire. Je pense en particulier à l'enlèvement des soeurs siamoises ou encore à l'arrestation de Scriblerus et de son acolyte Crambe alors qu'ils tentent de voler un cadavre pour leurs expériences. La parodie est plaisante, les personnages sont caricaturaux, mais il n'en demeure pas moins que le plus grand intérêt de l'oeuvre réside sans doute dans les théories et les discours avancés par Scriblerus ainsi que dans les dialogues. Or, j'avoue que je ne suis pas assez douée en anglais pour en saisir toutes les subtilités, d'autant plus que l'auteur se fait un malin plaisir de mêler à son texte citations et auteurs antiques qui rendent la lecture quasiment impossible. Ne comptez donc pas sur moi pour vous parler plus en détail de ce roman: je vous sortirais les banalités habituelles: parodie, satire sur les contemporains, humour assez proche de l'esprit rabelaisien... Après, si vous vous voulez en savoir plus, il ne vous reste plus qu'à vous attaquer vous même au problème: vous aurez en tous cas toute mon admiration.

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 10:24

L02.jpgQuand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

éditions Grasset

 

 

Pour moi, l'amour se résume à deux chansons: la chanson de Brassens Gastibelza l'homme à la carabine, elle-même tirée d'un poème de Victor Hugo, et celle Thomas Fersen: Pégase, chanson dans laquelle le héros (Pégase) en dépit du bon sens, des conseils de sa mère et de la nuit étoilée, court se jeter sur l'ampoule brillante si attirante, semblable au papillon de nuit qui se grille sur un néon. Bien loin des visions idylliques de couples se promenant pieds nus sur une plage avec un chien et un enfant au milieu, cette vision de l'amour me semble exemplaire: une chose brillante qui généralement vous rend fou et ridicule (avouez que vous méprisez ces pauvres insectes morts au matin devant votre porte ou ces crapauds qui traversent la route au printemps et que vous écrasez sans scrupules...) mais que paradoxalement je trouve plus touchante que cet amour "raisonnable", sélectionné avec le bon sens près de chez vous, choisi et dûment approuvé qui fera que vous aurez une vie magnifiquement ennuyeuse. Mais revenons à notre lecture du jour.

Emma Rothner n'aime pas le vent du Nord qui souffle par sa fenêtre. ça l'empêche de dormir. C'est ce qu'elle explique à Léo Leike, son correspondant à qui un jour elle a envoyé un mail par erreur. Le ton lui a plu, un dialogue s'est engagé entre ces deux personnes qui ne se sont jamais vus. Rien de bien méchant n'est-ce pas? Elle, elle est mariée et "heureuse en ménage" comme elle ne cesse de le scander avec une énergie qui tient parfois du désespoir. Lui se remet d'un chagrin d'amour. Leur échange au début tient plus du jeu, jusqu'à ce que le ton devienne de plus en plus complice. Quand souffle le vent du nord la nuit, ils débouchent ensemble et séparés une bouteille de vin et boivent à la santé l'un de l'autre. Peu à peu le ton dérape. Lui se contrôle moins, l'appelle "son Emmi", lui demande de lui parler de sa famille. Elle, elle s'oblige à préserver ce cocon familial (factice?) mais lui demande un compte-rendu de ses aventures amoureuses, le harcèle de mails, lui signifie clairement son attirance... Incapables l'un comme l'autre de cesser cette correspondance empoisonnée, il faudrait probablement qu'ils se rencontrent, mais cette rencontre est sans cesse différée: cela signifierait en effet la fin d'une relation... et le début d'une autre?

Quand souffle le vent du nord nous a été conseillés par deux collègues lors d'une réunion librairie, de celle où l'on s'installe pour parler des livres qu'on a aimés. Elles en ont si bien parlé qu'elles m'ont donnée envie à mon tour de le lire (preuve que ce sont de bonnes libraires) L'une d'elle cependant m'avait prévenue: "Tu n'aimeras pas: c'est trop sentimental pour toi". J'avoue que, effectivement, j'ai trouvé parfois que ça versait un peu dans le rose bonbon. Néanmoins, ça n'a rien à voir avec du Pancol, du Musso ou du Levy, ni même du Gavalda. L'histoire d'amour entre les deux protagonistes est à tout prendre assez dure: un jeu du chat et de la souris dans lequel chacun s'engage sans en prendre conscience et qui les prend peu à peu au piège. Le principe du roman "épistolaire" est sympathique et la joute verbale entre Léo et Emmi extrêmement intéressante, dans le style "Je t'aime moi non plus", avec beaucoup de tendresse et quelques vacheries. Je regrette juste que le style ne soit pas plus développé, et ne permette pas toujours de faire la distinction entre les mails de Emmi et ceux de Léo. Je regrette aussi quelques longueurs du roman, surtout vers la fin, quand le jeu devient lassant et que l'intrigue commence à s'enliser. Mais, dans l'ensemble je garderai un bon souvenir d'un livre qui pourra en aider plus d'un à trouver le sommeil en écoutant le vent souffler... en espérant qu'il ne le rende pas fou à son tour.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 18:01

L02.jpgQui suis-je et, si je suis, combien?

Richard David Precht

éditions Belfond

 

A la question qu'un professeur nous avait posés lors d'un cours d'initiation: "Selon vous à quoi sert la philosophie?" je me rappelle avoir répondu: "A rien: c'est un exercice qui consiste à se taper la tête contre un mur." Je le pense toujours: un philosophe avance une chose, douze autres avancent aussitôt douze contre-arguments. C'est un domaine qui me déprime plus qu'il ne m'intéresse; je suppose que la discipline a le mérite de pousser à la réflexion, ce qui n'est assurément pas du luxe de nos jours, mais la réflexion est sans arrêt détournée, nuancée, argumentée puis contre-argumentée. En bref, ça me rend folle.

Dans un souci cependant de ne pas mourir totalement idiote, je me suis plongée dans l'ouvrage du philosophe (ça sonne classe non?) Precht: Qui suis-je et, si je suis, combien? Le livre, best-seller en Allemagne et gros succès en France, se veut comme un voyage en philosophie, sorte d'initiation à la manière du Monde de Sophie de Gaardner. Bon, ça tombe bien, j'avais apprécié ce dernier. L'ouvrage est construit à la manière d'une dissertation, soigneusement découpé en trois chapitres basés chacun sur les interrogations kantiennes: qui suis-je? Que dois-je faire? Que suis-je en droit d'espérer? Dans la première partie, Precht essaie de définir plus ou moins l'homme: qu'est-ce qui le caractérise? A-t-il une âme? Il traite ainsi du conscient et de l'inconscient, de la psychanalyse et des neurosciences... Dans un second temps, que dois-je faire? l'auteur s'interroge sur les grands débats contemporains: faut-il manger de la viande? Quid de l'euthanasie et de l'avortement? Du clonage ou de l'écologie? Enfin Precht conclut son livre par des thèmes plus métaphysiques si j'ose dire (que suis-je en droit d'espérer?) : l'amour et la mort, Dieu et la nature, le sens de la vie et l'art du bonheur...

Impossible de trouver livre de philosophie plus clair et plus structuré et, si certains pourraient trouver la présentation quelque peu scolaire, j'ai apprécié ce côté didactique ainsi que la présentation d'idées comme l'existentialisme ou l'utilitarisme qui jusque là étaient pour moi des données assez floues. Si Precht est professeur, il doit être plutôt intéressant, assurément plus que le vieil homme que j'avais en terminale. J'ai apprécié également  le style, l'analyse historique ainsi que les petites histoires dont Precht nous gratifie pour introduire à chaque fois son argumentation. Sur le fond, je suis beaucoup moins enthousiaste. L'auteur s'appuie énormément sur les neurosciences, un peu trop, et ne présente guère lui-même d'idées innovantes, se contentant d'enfoncer des portes ouvertes et de rester toujours dans un politiquement correct assez confortable. Certains chapitres sont extrêmement intéressants: la bioéthique ou le végétarisme. D'autres sont à l'inverse ratées: celui sur l'amour est une catastrophe et celui intitulé "Peut-on apprendre à être heureux? " est uniquement une transcription de la pensée d'Epicure. C'est un peu dommage car cette inégalité nuit à l'ensemble. Pour résumer, ce voyage en philosophie est plutôt sympathique mais pas inoubliable et je pense que pour ceux qui aiment vraiment la discipline et qui sont calés là-dessus, il ne présente strictement aucun intérêt... Heureusement, je ne fais pas partie de cette catégorie...

 

 

PS: Je profite de cette note pour relayer une opération: le centre de recherche de lutte contre le cancer de Lorraine organise un concours ouvert à tous les artistes en herbe: il s'agit de réaliser des oeuvres (peinture, sculpture...) qui seront ensuite vendus aux enchères au profit de l'association. Vous trouverez tous les détails sur ce lien: http://www.alexisvautrin.fr/cav/images/local/skin/pdf/pla_artistescontrecancer_100319.pdf

Oui je sais la pub c'est mal mais une fois n'est pas coutume et c'est pour la bonne cause.

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:00

L01.jpgGone t.2 La faim

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Cela fait maintenant près de trois mois que les adultes ont disparu de la ville de Perdido et que les enfants de moins de quinze ans se retrouvent livrés à eux-mêmes, prisonniers d'une bulle qui entoure la ville et qu'ils nomment "La Zone". Sam Temple dirige cette petite communauté mais cette tâche se révèle beaucoup plus délicate que prévu. Les enfants manquent de nourriture et commencent à souffrir de la famine. Les champs donnent encore quelques récoltes certes, mais allez persuader des gamins de travailler au lieu de jouer à l'ordinateur surtout lorsque des vers mutants grouillent au milieu des choux... Il y a aussi ce clivage qui se crée peu à peu entre les "normaux" et les "mutants" ceux qui, comme Sam, développent des pouvoirs; la querelle gronde et pourrait bien dégénérer. Mais il y a aussi, encore plus inquiétant, Caine et sa bande qui préparent un sale coup et, surtout, cette ombre menaçante tapie au fond d'une mine qui exige qu'on la nourrisse...

En temps ordinaire, un deuxième tome est généralement moins bon que le premier. Gone la faim est une exception. On aurait pu craindre une action ralentie, mais l'auteur au contraire prend le parti comme dans son premier volet de lancer un compte à rebours au début du volume et de la sorte crée un rythme qui ne faiblira pas tout au long du récit. Les personnages sont beaucoup plus aboutis, plus subtils: Sam Temple apparaît comme un leader somme tout assez bancal mais, de ce fait réaliste et plus attachant. Les habitants de la ville eux-mêmes sont ce qu'ils sont supposés être: de sales gosses privés de leurs parents qui peuvent se montrer tout aussi irritants que vulnérables et prêts à toutes les dérives. Quant aux "méchants", à l'exception du monstrueux Drake (il en faut toujours un), ils sont beaucoup plus crédibles que dans le premier volet. Michael Grant, comme à son habitude, nous gratifie également de quelques scènes particulièrement atroces mais aussi très réussies qui donne au récit un ton apocalyptique et très noir. Rien à dire, c'est une réussite, on suit ce second volet qui enchaîne morts et coups de théâtre sans s'ennuyer un instant et avec un seul regret: ne pas avoir déjà la suite (prévue en novembre) entre les mains. En attendant, pour ceux qui ne l'ont pas fait, je leur conseille de découvrir sans attendre cette série...

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:57

L02.jpgNo Impact Man

Colin Beavan

éditions Fleuve Noir

 

"Peut-on sauver la planète sans rendre dingue sa famille?"

 

Après Florence Aubenas, on reste dans les livres "expérimentaux" avec No Impact Man de Beavan, ouvrage qui a connu un certain succès grâce notamment au blog. De quoi s'agit-il cette fois? D'un historien new-yorkais qui aimait beaucoup se montrer alarmiste sur l'environnement, le réchauffement climatique et tutti quanti et, accessoirement, blâmer sa femme qui regardait beaucoup de niaiseries à la télévision. Jusqu'au jour où il se rend compte que, lui-même, en matière de protection de la planète, ne se foule pas des masses. En guise de mea culpa, il décide donc de mener une expérience pour le moins insolite en essayant de limiter pendant un an son "empreinte écologique" au minimum. Facile me direz-vous? Pas tant que ça puisqu'il s'agit pour ce new-yorkais branché vivant en plein coeur de Manhattan de renoncer à la climatisation, au métro et au traiteur. L'expérience se fait par étapes: d'abord limiter les déchets: plus de sacs, plus de gobelets pour le café, plus de traiteurs ni de pizzas à emporter mais également plus de couches plastiques pour la petite... C'est terminé églament pour le métro, l'ascenseur ou l'avion... Ensuite, il s'agit de se nourrir de façon "écologiquement responsable" en se cantonnant à des produits (essentiellement des légumes) qui viennent des environs et de ne plus rien acheter de neuf (adieu café et shopping). Enfin, Beavan termine en coupant carrément l'électricité dans son appartement et en s'éclairant à la lampe solaire et à la bougie (fabriquée avec une cire près de chez lui bien sûr).

La démonstration est simple: il s'agit de prouver que, chacun de nous à sa manière agit sur l'environnement. Vous croyez être "écologiquement responsable" pour reprendre cette expression un peu ridicule ? Je croyais l'être aussi. Sauf que je vais dans les fast-foods, que j'achète des plats à emporter et que je consomme peut-être un peu trop d'eau. Beavan, en se remettant lui-même en question nous amène également à nous interroger sur nous-mêmes et cela met extrêmement mal à l'aise. Pour autant, l'auteur ne minimise pas le rôle des industries, des commerces et de son propre gouvernement. Il décrit également avec beaucoup d'humour son année expérimentale qui est faite de beaucoup de petites privations, de frustrations, de quelques tricheries (impossible pour son épouse et lui-même de se priver de café) mais aussi de plaisirs (la redécouverte du vélo, un rythme de vie plus sain et plus serein...)

Après, il faut dire ce qu'il est, No Impact Man tombe parfois dans un sentimentalisme un peu agaçant. L'auteur joue volontiers sur la corde sensible du lecteur (les pauvres ours polaires, les enfants ashmatiques..) La cause est juste certes mais à vouloir en faire trop, ça agace plus qu'autre chose. Qui plus est, je ne suis pas une fanatique des considérations philosophiques de Beavan et de ses contes orientaux insérés ça et là dans le récit qui brodent invariablement sur le même thème: soyons tous frères et communions avec Mère Nature. Le livre pour le coup, s'il avait été plus "neutre" aurait gagné en crédibilité.

Au final, que retenir de l'expérience de No Impact Man? Je vous rassure, l'auteur n'a pas poursuivi l'expérience au-delà de l'année fatidique mais il a apporté quelques ajustements à son mode de vie. Le but n'est pas de prôner un retour en arrière ni un ascétisme forcé mais de simplement faire prendre conscience que, chacun à notre manière, nous pouvons contribuer à la sauvegarde de la planète... sans pour autant renoncer à l'électricité.

 

Et sur cette note un peu moralisatrice, je vais aller me gaver de chocolats dont j'ignore la provenance et je vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes de Pâques!

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:28

L01.jpgShutter Island

Dennis Lehane

éditions Rivages

 

Je comptais aller voir Shutter Island au cinéma mais, très vite, un dilemme s'est posé: fallait-il oui ou non lire le livre avant? Dans un cas comme dans l'autre, je me privais de l'effet de surprise. Finalement, je suis partie du principe (totalement injustifié je le reconnais) qu'un livre est toujours meilleur que son adaptation et j'ai décidé de commencer par le roman.

1954 au large de Boston: le marshall Teddy Daniels, assisté par un nouvel équipier, est envoyé sur Shutter Island, une île sur laquelle se dresse un hôpital pour les fous criminels. Il est chargé de retrouver une patiente, Rachel Solando, mystérieusement disparue. Mais comment cette femme a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur et tromper la vigilance des gardiens ? Le mystère s'épaissit lorsque Teddy retrouve dans la chambre de Rachel sur une feuille de papier une suite de lettres et de chiffres. Qui plus est, le personnel hospitalier de Shutter Island semble mettre des bâtons dans les roues des deux hommes et la tempête qui fait rage les contraint bientôt à vivre dans un huis-clos des plus angoissants et à basculer dans un monde où la barrière entre raison et folie semble totalement abolie...

Bon, que cela soit clair, je n'ai pas eu de réel effet de surprise car j'avais plus ou moins compris le pourquoi du comment. Ceci dit Shutter Island est un bon roman policier à tous points de vue. Les dialogues et la narration sont efficaces. Certaines échanges notamment entre les docteurs et Teddy sont particulièrement réussis: ils sont surréalistes et basculent parfois dans le grotesque et dans un humour noir totalement en accord avec le côté tragi-comique des patients de Shutter Island. L'intrigue est sans défaut, tenue de bout en bout, avec un final soigné qui ménage quelques jolis retournements de situation. Mais, le plus intéressant dans ce roman, c'est avant tout la thématique de la folie, qui paraît presque contagieuse: les malades déambulent avec leur propre raisonnement, qui semble tellement logique! Les belles tueuses de mari font du charme aux marshalls et le marshall lui-même plonge dans des rêves étranges, englué dans le deuil d'une épouse défunte. C'est plutôt angoissant et le récit laisse un profond sentiment de malaise au lecteur en lui rappelant que raison et folie ne sont jamais très loin l'une de l'autre et font parfois même très bon ménage. En attendant, j'ai plutôt bien fait de commencer par le roman car je suis maintenant curieuse de découvrir ce que donne l'adaptation cinématographique...

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 18:37
L01.jpgCoeur cousu
Carole Martinez
éditions Gallimard



Soledad, dernière née d'une famille nombreuse, relate l'histoire de sa mère Frasquita. Fille unique, cette dernière, née dans un village au sud de l'Espagne, est initiée à la sorcellerie par sa propre mère et reçoit une boîte lors de son passage à l'âge adulte. Dans cette boîte, Frasquita trouve fils et aiguillles. A partir de là, son don inné pour la couture tient de la magie puisqu'elle est capable de coudre les plus belles robes du monde mais également de "réparer" hommes et bêtes de façon miraculeuse... Cependant, son pouvoir suscite vite rumeurs et médisances dans le village et sa réputation ne s'arrange pas avec son mariage: son mari se comporte de façon inquiétante, ses enfants naissent tous plus étranges les uns que les autres: une fille muette, une autre née avec des plumes, un garçon aux cheveux rouges (maudit!) une fille qui brille dans la nuit et une autre qui parle avec les morts...
En bref, Carole Martinez nous raconte l'histoire de Frasquita et de sa famille. C'est un roman qui prend le parti du conte avec un style faussement naïf, parfois agaçant il faut le reconnaître. Ce genre de narration me paraît un peu anachronique, mais c'est un choix audacieux de l'auteur qui parvient de ce fait à introduire dans son récit un merveilleux qui paraît totalement naturel: miracles, sorcellerie, fantômes... tout cela se fond de façon harmonieuse et sans paraître ridicule. Carole Martinez se construit un univers bien à elle, un monde où la Mort apparait pour donner son ultime baiser et où les mots ont un véritable pouvoir. Ses personnages, à peine esquissés, sont comme ceux des contes: ils n'ont pas de psychologie, mais sont plutôt des images, des représentations. Anita n'est qu'une voix de conteuse, Clara et Perdirio sont le Jour et la Nuit., Soledad une image de la solitude. Coeur cousu est véritablement un hymne d'amour au conte, mais au conte dans son sens premier: transmission orale des histoires et des légendes. L'écrit n'apparaît que comme pis-aller (d'où le dépouillement volontaire du texte), substitut au langage. C'est assez étonnant pour une romancière d'adopter ce point de vue mais c'est original. Carole Martinez, loin des romans nombrilistes français actuels (vous savez, là où il y a douze "je" par page et les traces d'un narcissisme exacerbé qu'une thérapie plutôt qu'un livre serait plus apte à guérir) nous offre un joli récit, pas parfait certes, un peu longuet parfois, mais qui offre quelques belles émotions et laisse un sentiment doux-amer qui n'est pas des plus désagréables...
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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 10:22
L02.jpgPremier sang
La Première Loi, livre 1
Joe Abercrombie
éditions Pygmalion


Avouez-le: ça vous manquait les histoires de guerriers aux noms impossibles, de magiciens aux pouvoirs tape-à-l'oeil et de mondes magiques avec des contrées dont vous oubliez les noms au fur et à mesure de votre lecture. Comme je suis quelqu'un de fondamentalement gentille (si, si), j'ai donc décidé aujourd'hui de vous parler d'un roman de fantasy. Cachez votre enthousiasme.
Premier sang, premier tome d'une trilogie La première loi, n'est pas un inédit. Il est déjà paru en 2008 aux éditions J'ai Lu sous un autre titre: L'éloquence de l'épée. Il n'a de toute évidence pas marché mais, fait rare, bénéficie aujourd'hui d'une seconde chance: son éditeur y croit dur comme fer. Saluons la tenacité du directeur de collection...
L'histoire est simple. Logen le barbare du Nord, poursuivi à la fois par ses anciens alliés et par un peuple carnivore qu'il surnomme "les Têtes Plates" décide de s'allier au mage Bayaz. Ils rejoignent l'Union et sa capitale, là où vit Glotka, un Inquisiteur plutôt malveillant et Jezal dan Luthar, un capitaine futile dont le seul objectif à long terme est de gagner un tournoi pour faire plaisir à son père. Bayaz en revanche a d'autres desseins pour le jeune homme....
Alors, me direz-vous, y a t'il quelque chose dans ce roman qui justifie un tel acharnement éditorial? A ceci je répondrais oui et non. Il faut dire ce qu'il est: pour un premier tome, je n'ai jamais vu une intrigue aussi lente. Les personnages sont présentés ainsi que l'univers, il y a quelques escarmouches, quelques scènes d'action, mais la quête en elle-même se met en place seulement à la fin du livre. 500 pages pour un introduction, ça fait long et, si un lecteur de fantasy est généralement bienveillant, admettant quelques tomes inutiles ça et là dans une série, il n'en demeure pas moins qu'un premier volume ne peut se permettre ce genre de luxe. En même temps, il est vrai qu'il s'agit d'une très jolie introduction: bien loin des personnages fadasses de Goodkind par exemple, Abercrombie excelle à créer des personnages assez peu engageants à la base (un inquisiteur impotent, un barbare défiguré, un bellâtre snob) et à nous les rendre attachants. Qui plus est, nous n'évoluons pas dans un univers manichéen, hélas si courant dans ce genre de littérature: dans le monde d'Abercrombie, le vaillant soldat (au demeurant assez sympathique) frappe sa soeur sous le coup de la colère. La jolie soeur elle-même jure et se compromet assez facilement; le barbare taciturne perd parfois ses moyens pour se transformer en tueur sanguinaire; la belle guerrière pue l'urine et la crasse... Alors oui, il ne se passe pas grand-chose dans ce premier volet: Logen décide de s'allier à Bayaz, Jezal le bretteur vaniteux participe à un tournoi et s'amourache d'une femme de basse condition, Ardee, les menaces de guerre grondent pendant que Glotka, l'inquisiteur, s'emploie à démanteler un gouvernement plus ou moins corrompu... Rien qu'un préambule, certes très long, mais qui donne envie d'aller voir plus loin. Du coup, j'ai envie d'être comme l'éditeur et de croire en une série qui a un potentiel certain et qui peut prendre toute sa puissance dans le second volume...
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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04
L04.jpgTreize raisons
Jay Asher
éditions Albin Michel



"Elle est morte
Pour treize raisons.
Tu es l'une d'elles."

Hannah Baker est morte. Elle a avalé des cachets et s'est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Pourtant, quelques temps après son suicide, un garçon de sa classe nommé Clay reçoit un colis contenant sept cassettes. Sur ces cassettes, la voix d'Hannah explique pourquoi elle a décidé d'en finir et comment treize raisons l'ont poussée à se suicider. Plus précisément, les personnes qui ont reçu les cassettes sont ceux qui l'ont conduite à cet acte final. Avec horreur, Clay écoute ainsi l'histoire d'Hannah dans l'attente d'entendre son nom et d'apprendre quel a été son rôle dans le drame...

C'est pas franchement une histoire gaie et il vaut mieux éviter de la mettre entre les mains d'une adolescente suicidaire. En revanche, Treize raisons est un roman original, tant au point de vue du fond que de la forme. D'un point de vue formel pour commencer, nous alternons la narration de Clay (écrite à la première personne) avec la narration "enregistrée" de l'héroïne, ce qui donne au récit un rythme hâché, un peu perturbant au début, mais qui établit de la sorte une dynamique à l'intérieur du roman et permet tout autant à Clay qu'à Hannah d'être les héros de l'histoire. Quant au contenu, j'ai apprécié la sobriété du livre sur un sujet aussi casse-gueule que le suicide. Il aurait été facile de sombrer dans le larmoyant. Jay Asher ne tombe pas dans le piège. Tout comme Eugenides dans Virgin Suicides, il ne voit pas le suicide comme le résultat d'un traumatisme, mais comme celui de petites fissures qui, à force de se multiplier, entraîne la destruction de l'édifice. C'est un effet boule de neige que l'auteur traite avec simplicité en évoquant sans mièvrerie inutile (bon de temps en temps ça glisse très légèrement vers le sentimental mais c'est un roman pour ados en même temps) le quotidien d'une adolescente que la trahison, les petites mesquineries et, surtout, le poids des rumeurs ont détruite.  Au demeurant, il n'y a pas vraiment de morale (et c'est tant mieux), l'auteur invitant seulement le lecteur à se souvenir qu'une décision ne tient quelquefois qu'à un fil; un sourire, un geste un regard (c'est beau ce que je dis là) ... Le tout étant de se souvenir qu'il vaut mieux réagir avant qu'il ne soit trop tard et que le bruit des pas que vous entendez devant vous ne s'éloignent à jamais...
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 11:42
L07.jpgLe Maître des dragons
Fabrice Colin
éditions Albin Michel



Je n'avais jamais réussi à m'ennuyer en lisant un roman destiné à la jeunesse. Grande nouvelle: ça y est, c'est fait! Notre auteur gagnant du jour est Fabrice Colin. On applaudit bien fort s'il vous plaît.
Oui, je sais; on m'a toujours dit beaucoup de bien de Fabrice Colin. Un jour, promis, j'essaierai de lire ses ouvrages destinés aux adultes. Ceci dit, rien ne me fera changer d'avis concernant Le Maître des dragons: c'est tout simplement ennuyeux et très mauvais.
Le Maître des dragons est plus ou moins la suite du livre La malédiction d'Old Haven. A vrai dire je n'avais déjà pas plus apprécié que ça ce dernier mais il avait le mérite d'être assez original avec une histoire de sorcière et une intrigue tout à fait convenable. La fausse bonne idée de Fabrice Colin c'est de partir du personnage secondaire du premier volume, Thomas Goodwill, le pirate amoureux de Mary Wickford (l'héroïne de La malédiction d'Old Haven) et d'en faire le personnage principal du second volume en narrant l'histoire en parallèle, de son point de vue à lui. Donc, vous n'y coupez pas, vous avez droit à des scènes déjà décrites dans le premier tome (heureusement je l'avais lu il il y a relativement longtemps) mais, surtout, vous n'avez absolument plus aucun effet de surprise puisque vous savez déjà que l'histoire se termine bien, que le Méchant Empereur Tyrannique des Amériques qui invoque les démons va être tué et que Mary, la gentille sorcière et Thomas, le pirate repenti, vont se marier, avoir des enfants et vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Après effectivement, l'histoire de Thomas est très différente de celle de son homologue féminin... et absolument sans intérêt. Le jeune homme vit pourtant des aventures extraordinaires. Né d'un pirate, il est élevé pour en devenir un à son tour, il frôle la mort à de nombreuses reprises, se bat contre l'Empereur (son ennemi juré,) dirige un bateau, fréquente des indiens et des fantômes qui lui enseignent la sagesse et l'amour de son prochain... Vous voyez le hic? C'est une accumulation de lieux communs avec un vague fil rouge (tuer l'Empereur) qu'on finit presque par oublier sous le poids de l'ennui et d'un rythme qui, pourtant sans cesse relancé, ne parvient pas à s'imposer de lui-même. Vous ne voyez pas ce que je veux dire? Et bien, figurez-vous Fabrice Colin en train de souffler sur un feu qui refuse de prendre parce qu'il a mis trop de bois. Je ne parle même pas du style, tantôt emphatique, tantôt enfantin, des invectives grotesques au lecteur ou des considérations métaphysiques sur l'amour (c'est bien), la religion (c'est mal, sauf celle des sages indiens) la mort (c'est difficile) ou la trahison (pas bien!) En bref, beaucoup de manichéisme et de platitudes. Mais, le pire, c'est que Le Maître des dragons fait plus de 600 pages! Essayez de vous farcir ces 600 pages alors que vous en avez déjà marre au bout de la centième. Fabrice Colin était-il payé à la page? Je demande parce que ce second volume sent bon le livre "de commande", le boulot alimentaire bâclé. Il n'y a rien de mal à cela. Il paraît que Balzac cherchait certains matins l'inspiration au fond de sa tasse. Je pense juste que Fabrice Colin devrait peut-être changer de marque de café...
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Published by beux - dans Jeunesse
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