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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 16:33

L08.jpgSymptômes

Dorothée Letessier

Edition Lucien Souny

 

 

Je considère qu’il y a des critères très simples pour juger un roman policier. Si, après avoir lu la moitié du livre vous n’éprouvez pas l’envie irrépressible de passer une nuit blanche à connaître la suite, alors c’est que ce n’est pas un roman inoubliable.

David Chapman est un ancien policier qui a sombré dans l’alcoolisme suite à une séparation douloureuse. Mis à pied par ses supérieurs, il est envoyé en désintoxication dans une clinique psychiatrique près de Limoges. Mais là, il se retrouve bientôt confronté à une sombre histoire de meurtre au sein même de l’établissement. David s’empresse alors de reprendre son ancien rôle pour mener sa petite enquête avec un groupe de patients…

Au secours ! Le sujet est plutôt intéressant mais le style fait vraiment mal aux yeux. Ce n’est que dialogues avec moult exclamations (je vous ai déjà dit que je détestais ça ?) et vocabulaire familier pour coller au personnage principal, également narrateur. Ce genre de style passe ou casse. Là, ça casse. C’est poussif et vraiment ennuyeux. Je peux en me montrant indulgente reconnaître au livre un intérêt : il offre une vision assez intéressante de la clinique psychiatrique et des relations qui régissent les « habitants » entre eux. Mais après… L’intrigue en soi n’est pas palpitante, le suspens pas franchement insoutenable, la fin bâclée et le rythme du récit trop irrégulier pour susciter autre chose qu’un intérêt poli chez le lecteur. Sur la quatrième de couverture, l’auteur présente cette histoire comme une histoire vraie, expliquant qu’elle a rencontré David Chapman qui, à sa demande lui a racontée cette « histoire douloureuse et tragi-comique ». Je me suis vaguement demandée s’il s’agissait réellement d’une histoire vraie (probable que non) ou d’un artifice littéraire, avant de réaliser que, à vrai dire, je m’en moquais totalement.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 16:03

Maudit KarmaL02.jpg
David Safier
éditions Presses de la Cité


Kim Lange, contrairement à Moll Flanders, notre héroïne de la note précédente, est elle une véritable peste. Animatrice de talk-show, cette femme ambitieuse a marché sur bien des cadavres pour en arriver là, négligeant son mari et sa fille au profit de sa carrière. Aussi, quand un morceau de station spatiale russe s'écrase sur sa tête (vraiment pas de chance), Kim a la désagréable surprise de se réincarner en fourmi! C'est seulement en accumulant du bon karma, autrement dit en faisant le bien, qu'elle parviendra à remonter dans l'échelle des réincarnations et à entrer dans le Nirvana. Mais, Kim a un autre objectif en tête que le Nirvana; elle veut récupérer sa famille et reprendre sa place auprès de sa fille et de son mari, mari qu'une ancienne amie, mais aussi rivale, est tout doucement mais sûrement en train de lui "voler"...
L'auteur n'a pas spécialement envie de s'attarder sur le bouddhisme et, contrairement à Bernard Werber par exemple (un auteur avec qui, personnellement, j'ai beaucoup de mal) ne se prend pas au sérieux. Aussi, ne cherchez pas ici dans l'histoire des réincarnations autre chose qu'un ressort narratif. Ne cherchez pas non plus dans Maudit Karma un style recherché. David Saffier est scénariste et ça se ressent: c'est drôle, écrit avec efficacité, mais pas forcément très littéraire. Qui plus est, l'auteur a la désagréable manie de mettre des points d'exclamation partout. Mais, je le répète, c'est drôle. A dire vrai, j'ai beaucoup aimé lorsque l'héroïne se retrouve dans la peau d'animaux divers et variés, avec mention spéciale pour le cochon d'Inde. En revanche, j'ai très peu goûté la fin du roman que j'ai trouvé convenue et somme toute assez moralisatrice (la palme du cliché revenant à la phrase finale). Dans l'ensemble, je regrette que le cynisme de l'héroïne, très réjouissant, soit contrebalancé par un sentimentalisme un peu gluant qui jure avec la légèreté du récit. J'ai parfois eu le sentiment en lisant Maudit Karma de regarder une de ces comédies sentimentales américaines faussement provocatrices mais dans lesquelles au final la morale est toujours sauve. L'histoire finit sur un happy end et tout le monde est content. Bah, pourquoi pas après tout? Maudit Karma n'est un grand roman mais c'est un bon roman pour se divertir un peu...

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 11:27

Moll Flanders
L02.jpgDefoe
éditions Gallimard


Moll Flanders n'est pas fondamentalement une mauvaise personne; mais, la vie l'a conduite à des aventures plus ou moins douteuses. Notre héroïne, prédisposée à une existence dissolue, née d'une mère voleuse, est élevée par une femme honnête mais rêve de grandeurs et d'être "une dame de qualité". Prise en affection par une riche famille, elle se fait séduire par le fils aîné qui lui achète plus ou moins son innocence et la force finalement à épouser son plus jeune frère. A partir de là, Moll Flanders se jure de ne plus jamais se fier aux hommes. Bientôt veuve, elle se remariera à de nombreuses reprises, dont une fois involontairement avec son propre frère. Elle aura aussi un nombre incalculable d'enfants, quelques amants qui l'entretiendront, volera, d'abord par nécessité puis par appât du gain et, finalement, après avoir arrêtée et déportée, finira riche, heureuse et repentante avec l'un de ses maris (le quatrième je crois)
Si Daniel Defoe avait été loin de me séduire avec Robinson Crusoe, je reconnais que le récit de Moll Flanders m'a beaucoup amusée. C'est assez drôle de lire les "heurs et malheurs" de cette femme sans guère de moralité qui, à part le meurtre, commet tous les méfaits possibles. Le décalage est particulièrement  comique quand l'héroïne, tout en se désolant de l'inconstance d'un homme "de bien" qui, ayant trop bu, trompe son épouse avec une catin (qui n'est autre que Moll Flanders elle-même) s'emploie consciencieusement à le dépouiller de ses objets de valeur. Même la repentance finale de l'héroïne apparaît artificielle: c'est seulement à l'approche d'une condamnation à mort qu'elle commence à regretter ses actes et, au final, elle ne fera rien pour les réparer.
Ce qui est le plus intéressant dans ce livre et à mon sens le plus malsain, c'est le rapport qu'entretient l'héroïne avec l'argent. Dès la première pièce donnée par son premier amant, Moll Flanders calcule tout. Ses mariages sont avant tout motivés par l'argent, ses vols sont évalués en fonction de leur valeur...Tout se calcule dans le roman: combien faut-il pour accoucher discrètement, ce qu'il faut pour amadouer des gens, ce qu'il faut pour lancer une exploitation... Daniel Defoe tout comme dans Robinson Crusoe n'accorde guère de place à la psychologie des personnages, préférant somme toute une vision matérialiste du monde mais, ici, cela passe mieux dans la mesure où Moll Flanders est présentée comme quelqu'un de peu recommandable et peut donc s'inscrire dans cet univers où c'est le bien qui fait l'homme. Vous comprenez? OK je reconnais, c'est pas très clair. En résumé: Moll Flanders est un personnage qui ne s'intéresse au fond qu'à l'argent et aux biens mais, étant de toute manière femme de peu de vertu, cela peut être interprété justement comme un signe de bassesse.
Moll Flanders est donc un ouvrage agréable à lire, un peu longuet par endroits (je pense notamment aux descriptions fastidieuses des vols) mais dont l'absence de moralité est assez réjouissante et tranche avec le pensum que m'a semblé être Robinson Crusoe. Comme quoi, il ne faut pas juger un auteur sur un seul livre...

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 15:35

L04.jpgUn homme

Philip Roth

Editions Gallimard

 

 

Je m’excuse par avance : c’est la période des fêtes, vous êtes plein de bonnes résolutions, encore euphoriques, et moi je vous balance un livre bien déprimant dès le 2 janvier. Encore une fois, mille pardons.

Il faut dire ce qu’il est, l’ouvrage de Philip Roth, un homme, est loin d’être une bonne tranche de rigolade. Le ton est donné dès le début du récit puisque le livre s’ouvre sur l’enterrement du personnage principal. Ça, c’est fait me direz-vous. Après cet enterrement, le narrateur s’attarde sur le cercueil de l’homme et revient sur la vie de ce dernier, adoptant son point de vue, même si le « il » est toujours de rigueur, faisant du défunt un homme parmi les autres, un anonyme comme il en existe des milliers. Et que savons-nous de cet homme ? Que c’est un artiste contrarié, un peintre qui, pour faire plaisir à ses parents, s’est lancé dans la publicité ; qu’il s’est marié trois fois, dont deux presque contre son gré ; qu’il a eu trois enfants, deux fils qui le méprisent, une fille qui l’adore. Surtout, nous savons tout de ses maladies, depuis la hernie de son enfance jusqu’aux problèmes cardiaques qui finissent par l’emporter… Comme le dit si bien la quatrième de couverture, il s’agit surtout d’un roman centré sur le corps, un corps que le héros voit vieillir avec horreur sans pouvoir rien y faire et qui lui inspire des réflexions plutôt amères…

Voilà, les thèmes sont posés : solitude (notre héros, malgré sa hantise de la solitude, finit pourtant par vivre et mourir seul), maladie, vieillesse et mort. Happy new year ! La réflexion est cependant assez juste et a ceci de particulier de rester plutôt clinique si j’ose dire. Le personnage n’est pas particulièrement attachant mais sa condition inspire un réel sentiment de pitié et de malaise, sentiment que la plupart d’entre nous éprouvent devant la vieillesse et la mort. Ce n’est pas tant sur le personnage que nous pleurons que sur nous-mêmes et sur notre condition humaine. Là où Philip Roth pêche surtout, c’est dans le dialogue et le discours direct (l’adieu de sa fille Nancy devant son cercueil ou encore sa scène de rupture avec sa seconde épouse sont artificiels) mais, sagement, il limite au maximum ce genre de narration, se cantonnant la plupart du temps dans un registre qu’il semble maîtriser, la réflexion intérieure et le discours indirect. Ceci dit, heureusement que le texte est court car un peu étouffant, trop replié sur le héros, le roman conduit vite à un effet de saturation. Quant aux thèmes abordés, ils sont loin d’être gais et le pessimisme de l’auteur est pour le moins contagieux. Heureusement, dans toute cette grisaille, on notera le personnage de Howie, le frère du héros, qui apparaît comme une figure positive : plus âgé que notre homme, il n’est pas atteint par la maladie ou la solitude et sa vie semble exactement correspondre à ses attentes ; comme quoi, il ne faut jamais désespérer ! Ceci dit, ne vous inquiétez pas : je comprendrais tout à fait que vous ne fassiez pas de un homme une lecture prioritaire. Inutile de commencer 2010 en déprimant, mangez plutôt des chocolats, c’est bon pour le moral…

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 16:39

L01.jpgHunger Games

Suzanne Collins

Editions Pocket Junior

 

 

Bonne année à tous! Avez-vous tous pris plein de bonnes résolutions ou, encore étourdis par les vapeurs d’alcool, vous contentez-vous de traîner devant votre ordinateur en pyjama ? (Ce qui, permettez-moi de vous le dire, ne va pas améliorer votre mal de crâne) Quoi qu’il en soit, je vous souhaite une très bonne année 2010 et, pour bien la démarrer, je vais vous parler aujourd’hui d’un roman qui vaut le détour…

Les Etats-Unis dans un futur indéterminé : le territoire est à présent divisé en douze districts, contrôlé par une cité toute puissante : le Capitole. Les districts sont pauvres et soumis à la tyrannie du Capitole qui, pour les punir d’une rébellion passée, leur impose chaque année les « Hunger Games ». Une fois par ans, deux enfants entre douze et dix-huit ans sont tirés au sort dans chaque district. Ils participent alors à un jeu de télé réalité des plus particuliers : filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils sont lâchés dans une arène qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Leur but est simple ; résister au froid et à la faim et tuer les vingt-trois autres candidats. Le dernier survivant est le vainqueur. Katniss, notre héroïne, n’a pas été tiré au sort. Mais, par amour pour sa jeune sœur, elle décide de prendre la place de cette dernière. Débrouillarde, elle ne peut cependant s’en sortir sans stratégie, stratégie que son compagnon d’infortune du district, Petra, va l’aider à mettre au point. Mais, quoi qu’il arrive, il ne doit en rester qu’un…

Je suis d’accord avec Stephenie Meyer malgré toutes mes réticences concernant ses propres ouvrages : Hunger Games est un livre qu’on ne peut pas lâcher ! Un peu lent au tout début, le récit s’accélère dès le tirage au sort et nous livre un fascinant portrait de la télé réalité, à peine déformé. Certes, on ne tue pas encore à la télévision mais à part ça… Tout y est : les paillettes, la mise en scène du candidat qui devient un stéréotype, la nécessité d’élaborer des alliances et des stratégies… C’est la violence déguisée en divertissement. Ce qui est intéressant c’est que la narratrice est l’héroïne et nous adoptons donc son point de vue. Du coup, c’est comme si nous participions nous-mêmes au jeu, et, de ce fait, tous les autres candidats nous paraissent suspects. Petra est-il réellement un gentil garçon ou joue-t-il un rôle pour mieux manipuler Katniss et le public ? Faut-il faire confiance à la gamine de douze ans que Katniss a pris sous son aile ? Notre vision est totalement déformée. Ajoutez à cela une action qui ne ralentit pas, des rebondissements multiples et des personnages attachants, et vous aboutissez à un roman qui vous tient en haleine jusqu’au bout avec une seule frustration ; il s’agit d’un premier tome !

Après, on peut émettre des réserves, comme pour tout : un style efficace mais sans réelle surprise, un certain penchant au manichéisme… De bien piètres imperfections face au plaisir de la lecture, sans oublier la critique féroce et juste d’une télé réalité qui masque sous les paillettes les pires instincts de l’homme… à ne pas manquer ! J’espère juste que la suite sera à la hauteur de ce premier volet…

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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:13
L02.jpgLe retour de l'aube
Malorie Blackman
éditions Milan



Je l'avais promis: après la guimauve et les soupirs languissants de Love in excess, passons donc à un peu plus d'action, d'autant plus que je viens de regarder Les 4 filles du docteur March  et qu'il faut un peu de sang et de violence pour rattraper tout ça...
Pourtant, Le retour de l'aube, à priori, commence aussi par une histoire d'amour. Tobey, notre héros, vit dans un monde marqué par le clivage riches noirs/pauvres blancs et un racisme qui s'exprime dans chacune des communautés. Tobey lui-même est blanc, un nihil donc (en latin "rien"), et il vit dans un quartier difficile dont il essaie de partir. Pour cela il étudie dans l'espoir d'entrer un jour à l'université. Il est amoureux de Callie, sa jolie voisine métisse mais n'arrive pas à lui avouer ses sentiments. Bon, jusque là, c'est très gnangnan. Heureusement Tobey, ambitieux, commet une erreur et accepte en échange d'un peu d'argent de faire une livraison pour le compte d'un gang, le gang de Mac Auley. Cette livraison va l'entraîner dans une série d'événements désagréables et le forcer lui-même à devenir quelqu'un de peu recommandable....
Si vous avez une excellente mémoire et que vous suivez ce blog depuis longtemps, vous vous souviendrez peut-être que j'ai déjà parlé de Malorie Blackman et d'un autre de ses livres, La couleur de la peur,  livre que par ailleurs j'avais beaucoup apprécié. J'ai moins accroché au Retour de l'aube. Il y a déjà une raison simple: Le retour de l'aube fait partie d'une série. Certes, le roman peut se lire tout seul, mais il est plus difficile d'entrer dans un monde déjà expliqué et construit, avec des personnages qui sont supposés nous être familiers mais qui ne le sont pas et des allusions à des événements antérieurs qui nous inconnus. C'est un peu comme arriver au milieu d'une série télé: on arrive à suivre mais avec le sentiment désagréable d'avoir loupé des trucs.
La seconde raison est plus triviale: j'avoue que la touchante histoire d'amour entre Tobey et Callie m'a laissée totalement de marbre. Peut-être est-ce l'overdose ou, plus crédible, je pense tout simplement que j'ai passé l'âge des romances adolescentes et des premiers émois sentimentaux. Toujours est-il que les personnages m'ont paru assez creux au début, notamment celui de Callie.
Heureusement, en milieu de récit, l'auteur se décide enfin à troquer scènes d'amour contre action et scènes de violence. Et, il faut dire ce qu'il est, Blackman est beaucoup plus crédible dans ce registre. Règlements de comptes, trahisons, histoires de gang et d'infiltration... Le personnage de Tobey acquiert une autre dimension et devient beaucoup plus intéressant en espion manipulateur qu'il ne l'était en amoureux transi ou en gentil lycéen... Le rythme s'accélère et le dénouement est efficace, sauvant ainsi un roman qui met tout de même plus de cent cinquante pages à démarrer. Je serais curieuse ceci dit de lire les trois premiers volumes de la saga, histoire de voir si ces derniers sont bâtis sur le même modèle...
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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 19:04

 

 

L06.jpgLove in Excess

Eliza Haywood

éditions Oakleaf

 

 

C'est la période: parlons un peu d'amour, encore, mais cette fois promis, après on arrête, parce que même moi je commence à me lasser.

En tête des best-sellers du XIIIè siècle, avec Robinson Crusoé, il y avait un autre roman anglais, Love in Excess, qui fit pleurer jadis dans les chaumières. Je dis « jadis »car aujourd'hui cet ouvrage d'Eliza Haywwod est tombé dans l'oubli. Personnellement, je l'ai trouvé d'occasion sur Internet chez un bouquiniste anglais: inutile de vous préciser qu'il n'est pas traduit.

Love in Excess pour faire court est un roman sentimental. Ça vous étonne avec un titre pareil? Le comte Delmont, valeureux combattant, revient de guerre et enflamme le cœur de toutes ces dames dont celui de la richissime Alovysa. Mais, à cette époque, sans demande officielle en mariage, une femme ne peut montrer son intérêt à un homme. Alovysa imagine donc d'écrire une lettre anonyme à Delmont en l'incitant à regarder autour de lui pour trouver son admiratrice secrète. Ce que fait le jeune homme, charmé, mais ses yeux se posent sur la jeune Amena, charmante mais de condition modeste. Libertin et peu soucieux d'épouser une femme sans dot, Delmont se contente de poursuivre Amena de ses assiduités, espérant obtenir d'elle des faveurs que cette dernière est bien prête de lui accorder. Alovysa, folle de jalousie, trouve moyen de prévenir le père de sa rivale et fait enfermer Amena au couvent. Delmond comprend qu'Alovysa est amoureux de lui et, flatté, décide d'épouser une personne si fortunée, oubliant totalement la pauvre Amena qu'il a si vilainement compromis. Fin de l'acte I.

Rassurez-vous, Amena sera vengée dans la seconde partie du roman. Delmont, marié à Alovysa, est appelé d'urgence au chevet de son tuteur qui se meurt. Ce dernier lui confie sa fille Melliora. Vous devinez la suite: Delmont et Melliora tombent amoureux l'un de l'autre. Delmont fait installer la jeune fille chez lui et s'emploie à la séduire sous les yeux de son épouse. Melliora, vertueuse, résiste. Une série de quiproquos, la jalousie d'Alovysa, la bêtise d'une amie de Melliora, conduisent à une fin tragique la femme acariâtre de Delmont (que franchement on ne pleure pas plus que ça). Melliora, choquée, s'enferme dans un couvent. Delmont, quant à lui s'exile en Italie. Fin de l'acte II.

La dernière partie du roman n'est pas la plus intéressante, ou alors c'est qu'on commence à se lasser de toutes ces histoires d'amour alambiquées. En Italie, Delmont se fait courtiser par bon nombre d'admiratrices (les italiennes sont de toute évidence plus débauchées que les françaises) mais son cœur est toujours pris par Melliora. Il fait la connaissance du frère de cette dernière qui est lui-même en proie aux tourments de l'amour. Encore des quiproquos, moult péripéties, quelques duels et situations rocambolesques, des déclarations sous la lune et des crises de jalousie. Finalement, rassurez-vous, tout se termine pour le mieux: Delmont retrouve et épouse Melliora, le frère épouse l'élue de son cœur. Happy End.

En gros, c'est du Marivaux sous une forme romanesque. Dans la préface on salue  « Haywood's frankness aboutfemale sexuality » et il faut reconnaître que le désir des héroïnes, même celui de la très prude Melliora n'est en rien dissimulé par l'auteur. On est bien loin des personnages féminins éthérés qui distribuent leurs faveurs d'un air hautain. Bien au contraire, Amena, Melliora, Alovysa ou encore la malheureuse Violetta (une autre amoureuse de Delmont) brûlent d'une passion pour le beau comte qui pourraient paraître excessive aux yeux de certains (d'où le titre). L'amour de Delmont semble presque insignifiant en comparaison et ses manœuvres de séduction apparaissent plus comme un libertinage sans conséquences que comme un véritable sentiment amoureux.

Ceci dit, si la première et la seconde partie du récit se lisent plutôt bien, ce déploiement d'émotions et cet « amour excessif » produisent à la fin un sentiment de saturation. Au bout d'un moment c'est simple, on n'en peut plus! Si c'était à la rigueur du français il serait aisé de sauter quelques lignes l'air de rien, sans que cela nuise à la compréhension du récit; mais l'anglais nous force à lire chaque phrase, chaque exclamation de douleur ou de joie, chaque crise de jalousie d'Alovysa ou chaque déclaration de Delmont. C'est bien simple, on sort du livre un peu déprimé, vaguement nauséeux, et presque surpris de n'entendre personne faire de déclarations ou se mourir d'amour au clair du lune. Au fond c'est peut-être mieux.


Quoi qu'il en soit, c'est Noël, c'est l'amour et tout le toutim alors joyeux Noël à tous! Promis, dès la prochaine note, on parle de livres violents... D'ici là bon réveillon!!

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 19:11
L02.jpgJournal d'un cobaye
A.J Jacobs
éditions Chambon Jacqueline


Il y a certains livres que vous lisez en vous disant: "Franchement, il y a des tarés sur cette terre." Notre gentil auteur du jour, A.J Jacobs, fait partie de ces doux cinglés. A.J Jacobs, c'est ce journaliste qui a décidé pendant un an de suivre les préceptes de la Bible de la la façon la plus littérale possible: il s'est mis des sandales aux pieds, s'est laissé pousser la barbe, a lu la Bible en relevant chacun de ses préceptes jusqu'aux plus fantaisistes et s'est même muni de pierres pour lapider les femmes adultères. ça vous campe le personnage non? (à noter qu'avant cela, il s'était aussi illustré en lisant l'encyclopédie universelle en entier)
Fort de cette expérience il revient à la charge dans Journal d'un cobaye qui, cette fois, est le récit de plusieurs mini expériences menées généralement sur un mois: il se fait passer pour sa jeune baby-sitter sur Internet afin de lui faire rencontrer quelqu'un; il sous-traite sa vie, depuis les appels à son patron jusqu'aux querelles avec son épouse; il décide de dire la vérité, rien que la vérité et de se montrer d'une franchise absolue; il fait le choix de la rationalisation la plus extrême jusqu'à l'achat de son dentifrice: il se plie aux moindres caprices de sa femme pendant un mois...
Rien à dire, c'est drôle. Vraiment très drôle. A.J Jacobs écrit avec une plume pleine d'humour et certaines situations décrites sont franchement cocasses comme le moment où l'auteur, afin de ne pas faillir à sa résolution d'être "monotâche" s'attache à la chaise de son bureau pour se concentrer uniquement sur son travail. Ce qui est un peu dommage, c'est que le journaliste ne se soucie guère de tirer une leçon de toutes les expériences. Il se contente d'appliquer mais la conclusion est, si j'ose dire, rarement concluante, Jacobs se contentant avec une pirouette d'éluder le réel fond du problème. Dommage car certaines expériences sont réellement intéressantes et auraient mérité un traitement plus approfondi: je pense notamment à l'expérience de "la franchise absolue" que le journaliste décrit avec candeur comme "le plus mauvais mois de sa vie". Là, il y a l'esquisse d'une réflexion sur le thème de "Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire?" Jacobs semble clairement penser que non puisque cette expérience est l'une des rares qu'il ne parvient pas à mener à son terme avec un total succès. Dommage, car là encore il ne lance pas le débat, soucieux de ménager les partisans de la vérité absolue...
Ceci dit, il ne faut pas se montrer trop sévère: A.J Jacobs est journaliste, pas sociologue. Journal d'un cobaye est amusant à lire et, à défaut d'être instructif, il nous amène néanmoins à nous poser certaines questions: sommes-nous toujours aussi rationnels que nous le croyons, disons-nous toujours la vérité? Et ça, c'est déjà pas si mal...
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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:50

L03.jpgAu sud de la frontière, à l'Ouest du soleil
Haruki Murakami
éditions 10/18


Hajime, enfant unique, n'a jamais pu oublier son amie d'enfance, Shimamoto-San, elle aussi fille unique. Pourtant le temps et la distance les ont conduits à s'éloigner l'un de l'autre. Quand ils se retrouvent, à l'approche de la quarantaine, leurs vies à tous deux ont pris des directions radicalement opposées: Hajime est marié et heureux en ménage, père de deux petites filles. La vie de Shimamoto-San quant à elle est nimbée de mystère et la jeune femme semble traverser le monde en le fuyant. Pourtant, dès que ces deux-là se retrouvent, c'est comme si la vingtaine d'années derrière eux s'était effacée et les voilà prêts à entamer une histoire qui risque de faire voler leurs existences en éclats...
Pour ne rien vous cacher, j'ai trouvé cet article horriblement difficile à écrire, ne sachant comment aborder l'oeuvre. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil ne fera pas partie de mes ouvrages préférés de Murakami; le roman est très court, si bien que les personnages, esquissés, ne touchent pas vraiment. Or, l'histoire repose essentiellement sur ces amants impossibles que la vie a séparé avant même de leur laisser une chance. En effet, dès le début, le lecteur sait que la relation de ces deux-là est vouée à l'échec. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil est aussi l'histoire d'une obsession. Hajime vit sa vie en rêveur éveillé, cherchant Shimamoto-San dans chacune des femmes qu'il croise. ce n'est qu'en retrouvant son amour d'enfant qu'il revit. De son côté, la jeune femme avoue n'avoir jamais pu oublier Hajime. C'est en revanche ce récit de l'amour obsessionnel que Murakami parvient à rendre avec une extrême justesse et sans lourdeurs: une chanson que le narrateur écoute car elle lui rappelle Shimamoto-San, une femme qu'il suit dans la rue car elle ressemble à son amour perdu... Autant de petits cailloux semés tout au long de l'histoire qui nous montre que Hajime, bien que marié et père de famille ne fait qu'attendre le retour de son âme soeur. C'est la conception d'un amour exclusif, passionné, auquel fait écho un amour conjugal tièdasse mais confortable affectivement et financièrement. Dommage; comme je l'ai déjà dit, le trait est à peine esquissé, les personnages paraissent fantômatiques (ce qui est peut-être d'ailleurs le but recherché) et si le style de Murakami est brillant (comme à son habitude) il ne m'a pas apportée la même émotion que lors de ma lecture de Kafka sur le rivage. C'est encore une fois une jolie tragédie, à la Roméo et Juliette pour le coup, mais trop froide pour me laisser des souvenirs durables...

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 12:53

Eloge de l'amour
Alain Badiou/Nicolas Truong
éditions Flammarion



"Parlez-moi d'amour, dites-moi des jolies choses..." Beaucoup de livres parlent d'amour: amour guimauve à la Marc Levy ou à la Stephenie Meyer, amour impossible à la Shakespeare ou à la madame de la Fayette.... "L'amour est enfant de bohème..." chante la dame. Soit. Parlons donc un peu d'amour, je ne suis pas contre, bien au contraire je me sens d'humeur fleur bleue aujourd'hui.
Et, rien à dire, Alain Badiou sait parler d'amour. Badiou n'est pas un romancier pourtant; c'est un philosophe. En tous cas, il se classe ainsi en librairie et la plupart de ses ouvrages sont, paraît-il, illisibles. Eloge de l'amour tout comme De quoi Sarkozy est-il le nom? est une exception puisqu'il est accessible à la plupart. En tous cas, c'est mon ressenti.
Alain Badiou, dans ce court essai qui est la transcription d'un dialogue public avec le journaliste Nicolas Truong en 2008, se présente comme un ardent défenseur de l'amour. Selon lui, ce dernier est menacé: les rencontres via Internet sur des sites spécialisés dont nous tairons le nom ont remplacé les mariages arrangés d'autrefois. Quoi qu'on en dise, les gens ne cherchent plus l'amour; ils recherchent un confort affectif et sexuel, quelqu'un qui partagerait les mêmes goûts et auraient les mêmes objectifs, quelqu'un "pour ne plus être seul" comme chante encore une autre. La passion? La magie du petit déclic quand le regard de l'un croise le regard de l'autre? Foutaises que tout ça, place aux couples solides qui se sont rigoureusement sélectionnés, ont pesé le pour et le contre, depuis la situation professionnelle et l'achat de l'appartement jusqu'à la coupe de cheveux. Badiou s'insurge contre ce mode de pensées qui bannit le hasard et surtout la différence. Pour lui, l'amour se trouve dans deux êtres différents qui essaient d'avancer ensemble malgré tout. Comme vous le voyez, il n'est pas ici question de deux êtres qui se fondent en un seul pour aller danser ensemble sous les étoiles: l'auteur insiste sur la dualité de l'amour qu'il compare parfois à une guerre. De même qu'il n'y a pas de combats sans morts, il est tout aussi illusoire de croire à l'amour sans la souffrance (ce serait bien pratique non?) Badiou insiste aussi sur la durée qui, pour lui, est également une composante essentielle de l'état amoureux: pas de contes de fées, l'amour est une affaire de temps et de constance, un long parcours semé d'embûches et de victimes directes ou collatérales.
Ne craignez rien, le ton de l'essai est très enjoué, c'est mon propre état d'esprit qui le rend un peu sombre. En effet, Badiou aime l'amour et explique également ses relations avec la politique et l'art. "L'amour est le moteur du monde". De qui est-ce déjà ça? Reste que j'aime la conception du philosophe sur l'amour, sujet qu'il parvient à traiter avec légèreté et gravité à la fois. Sur papier, l'amour c'est toujours joli ceci dit, sauf quand c'est dégoulinant. Parlez-moi encore d'amour monsieur Badiou, vous le faites si bien.... 

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Published by beux - dans Essais
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