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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:47
L03.jpgL'odyssée du temps
t.1: l'oeil du temps

Arthur C.Clarke/ Stephen Baxter
éditions Bragelonne



En consultant les rubriques de ce blog, je me suis aperçue, oh horreur! qu'il y avait de très nets déséquilibres. Si les romans, la jeunesse et les classiques tiennent le haut du pavé, les autres genres sont quelque peu délaissés. Dans un souci de justice, je me suis donc empressée de lire un peu de science-fiction (oui, je sais, c'est très bizarre comme raisonnement)
Arthur C.Clarke, auteur de la série 2001, L'Odyssée de l'espace et Stephen Baxter ont écrit ensemble un ouvrage récemment traduit, L'Odyssée du temps, qui s'annonce également comme le premier tome d'une série. Ce qui m'étonne un peu, c'est qu'Arthur C.Clarke est mort l'année dernière. La suite est-elle déjà sortie en Angleterre? Possible mais j'ai la flemme de me pencher sur la question. Bref, là n'est pas le sujet.
Le sujet, c'est qu'en 2037, 1885, à l'époque préhistorique, à l'époque antique, des sphères étranges apparaissent dans les cieux. Le monde se transforme, morcelé soudain en plusieurs "bouts" d'époques. Ainsi, le journaliste Kipling en reportage au fort de Jamroud voit débarquer un hélicoptère de casques bleus de 2037... Quelques kilomètres plus loin, la troupe macédonienne dirigée par Alexandre se demande bien ce qui lui arrive, tandis que des cosmonautes russes et américains, de retour sur Terre, se font capturer par Gengis Khan. Que s'est-il passé? Quand? Et pourquoi? Autant de questions sans réponses... Bisea, qui vient de 2037 (la dernière date qui semble représentée) est curieuse d'en savoir plus et de rétablir la situation, notamment pour retrouver sa fille Myra, égarée désormais dans un des puzzles du futur. Malheureusement pour elle, Alexandre le Grand et Gengis Khan, chacun de leur côté, semblent plus soucieux de dominer ce nouveau monde, baptisé Mir, et notamment de prendre le pouvoir sur Babylone, la seule cité d'importance dont proviennent encore des signaux radios...
Je ne suis pas assez calée en science pour vous dire si, oui ou non, les théories avancées dans le roman sont vraisemblables ou non. Probable que oui, les auteurs de SF ne rigolent pas avec ça. L'aspect "quantique" si j'ose dire en tous cas est intéressant mais la dimension psychologique des personnages est beaucoup moins crédible. Imaginez: vous vous retrouvez face à un mammouth ou à un australopithèque, ça vous perturberait peut-être quand même un peu non? Là, ça ne semble déranger personne, pas plus que le fait de fréquenter un Macédonien ou un chef mongol. A noter aussi que tout le monde communique parfaitement car, bien entendu, il y a forcément quelqu'un dans le lot pour pour parler mongol ou en grec ancien (moi qui me demandait l'intérêt de la méthode audio Le grec ancien sans peine j'ai désormais ma réponse) L'explication: le temps s'est emmêlé, on vient tous d'époques différentes, semble convenir à tout le monde. Admettons. Idem, je ne suis pas assez spécialisée en histoire pour juger, mais je doute très sérieusement que ce livre puisse servir un jour de matière à un exposé sur Alexandre le Grand ou Gengis Khan...
Je suis sévère. Le livre est loin d'être mauvais et se lit bien, assez détaillé tout en évitant l'habituel charabia pseudo-scientifique propre au genre. Là où ça me gêne un peu, c'est quand le récit part en considérations métaphysiques vaseuses: Pourquoi? Qui sommes-nous? Où allons-nous? Réponse: On s'en fout! Dites-nous plutôt ce qui s'est passé en 2037  puisque 2037 semble être la date butoir... De même, comme je le soulignais, la psychologie n'est pas le point fort des auteurs. Du coup, les personnages sont plutôt sommaires, manichéens, et leur sort nous indiffère au plus haut point (ah mince, celui-ci s'est fait décapiter c'est dommage) Mais bon... Disons pour conclure que L'oeil du temps n'est pas le chef-d'oeuvre de l'année: en revanche, ne serait-ce que par simple curiosité, je lirai très probablement la suite...
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 19:45
L04.jpgSukkwan Island
David Vann
éditions Gallmeister


Imaginez une île perdue au sud de l'Alaska, coupée de toute civilisation. Une cabane dépourvue de tout confort avec pour seule distraction un paysage magnifique et une végétation luxuriante et avec pour seule compagnie les ours... C'est dans cette île que Jim, homme au caractère instable, propose à son fils Roy (treize ans) de passer l'année tous les deux. Au programme: chasse, pêche, construction d'un abri à bois... C'est une aventure supposée les rapprocher tous les deux et pour Jim, l'occasion de mieux connaître Roy et vice-versa. Le problème, c'est que Jim vit un divorce difficile avec une seconde épouse et qu'il est naturellement perturbé. L'isolement et les conditions de vie difficiles ne vont rien arranger. La belle aventure tourne vite au cauchemar et précipite père et fils dans une situation que sans doute ni l'un ni l'autre (et pas davantage le lecteur) n'avaient prévue...
Me voilà un peu ennuyée. J'avance en effet en terrain mouvant car il m'est impossible de vous parler librement de Sukkwan Island sans trop vous en dire. Or, le suspens est l'un des élément-clés de cet ouvrage. Ne vous leurrez pas: le lecteur sait dès le début que l'histoire se terminera mal. Comment pourrait-il en être autrement? L'isolement, le caractère imprévisible de Jim... On se croirait dans Shining, l'aspect fantastique en moins. Seulement, le récit prend un tour inattendu auquel personne n'avait songé et la descente aux Enfers n'en est que plus terrifiante...
Si l'on veut parler du style de l'auteur, sachez que David Vann ne nous épargne rien, avec un souci du détail qui, dans la seconde partie du roman, se révèle assez glaçant. C'est bien la première fois que j'ai eu envie de me cacher les yeux en lisant un livre! Du coup, nous sommes plongés au coeur de l'île avec le père et le fils et, tout comme Roy, bien que nous ayons nous aussi envie de fuir, nous sommes pris au piège de Sukkwan Island. L'absence de respiration dans les phrases (le discours direct est pris au milieu du récit, sans guillemets) accentue cette sensation d'étouffement.
Au niveau des personnages, il y aurait beaucoup à dire mais, pareil, c'est un peu délicat ... Disons tout simplement que l'auteur nous offre un magnifique face-à-face et le portrait poignant de deux personnages que tout semble opposer: à gauche, le père geignard, qui s'apitoie volontiers sur lui-même, volubile et volage; à gauche, le fils taciturne, réservé, débrouillard et qui n'a qu'une crainte, celle de ressembler un jour à son père justement. Roy et Jim ont un point commun cependant: ils s'aiment et ne se comprennent pas. C'est d'ailleurs ce qui fait basculer le roman dans le tragique.
Voilà tout ce que je peux en dire sans trop dévoiler l'intrigue. Sukkwan Island est un livre fort et ignoble diraient certains, ignoble dans le sens où l'amour n'arrange rien et où ce sont les personnages eux-mêmes qui creusent leurs tombes, chacun se renvoyant à l'autre une image qu'il est incapable de supporter. David Vann nous livre ainsi une leçon simple mais efficace: que ce sont ceux que nous aimons le plus qui nous font toujours le plus de mal...
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 18:44
L02.jpgVoyages de Gulliver
Jonathan Swift
éditions Gallimard


Si comme moi vous avez lu une version enfantine des Voyages de Gulliver dans votre prime jeunesse, vous serez à coup sûr surpris si vous décidez de vous lancer dans la version intégrale et ce, dès la lecture de la quatrième de couverture. L'oeuvre de Swift, chanoine irlandais du XVIIIe siècle, n'a en effet rien à voir avec le conte pour enfants auquel notre imaginaine collectif le réduit trop souvent.
Marié et père de famille, Gulliver, homme curieux et érudit, n'aime rien tant que parcourir les mers pour gagner sa vie et faire le récit de ses voyages. Echoué sur une île, il est d'abord capturé par les Lilliputiens, un peuple de 15 cm de haut dont il devient vite l'invité de prestige, en les aidant entre autres à combattre leurs ennemis. En dépit de leur taille, les Lilliputiens sont assez semblables aux contemporains de Swift. Ils sont englués dans des guerres futiles (par quel bout faut-il manger l'oeuf?) et dominés par une Cour malveillante et frivole. Ce voyage est l'occasion pour l'auteur de faire une joyeuse satire de l'Angleterre: vus à travers les yeux du narrateur, les soucis de ces petits êtres semblent encore plus ridicules.
Dans la seconde partie du roman, l'auteur joue encore une fois sur ce "décalage" mais, cette fois, dans l'autre sens: le narrateur est capturé par des géants. Ces derniers sont des êtres pacifiques qui ne s'embarrassent ni de guerres ni de raisonnements compliqués. La science leur sert uniquement de façon pratique et les préoccupations de Gulliver et la description de son pays leur paraissent pour le moins dérisoires. Le roi se moque du royaume d'Angleterre et de ses petits habitants qui se prennent tant au sérieux. Gulliver pour lui n'est qu'un gentil animal de compagnie à qui il espère un jour trouver une femelle pour la reproduction.  Ce voyage est marqué par un humour un peu potache et assez proche de l'humour rabelaisien.
Dans la troisième partie de ses voyages, le narrateur échoue sur un royaume pour le moins particulier. La classe dirigeante, si absorbée par ses réflexions que des valets doivent régulièrement frapper les nobles pour leur permettre d'avoir une conversation suivie, vit sur une île flottante et domine le royaume d'en-dessous. En cas de rébellion, ils peuvent ainsi soumettre leurs sujets en se mettant juste au-dessus d'eux, les privant ainsi de soleil, ou, pire, descendre l'île jusqu'à raser des villes entières. Belle satire encore une fois de Swift qui dénonce les rapports entre l'Angleterre et l'Irlande ainsi qu'une société de "philosophes" qu'il semble mépriser.
La dernière partie des voyages clôt magnifiquement le récit. Gulliver atterrit cete fois sur une île où ce sont les chevaux qui dominent, les Houyhnhnms, et où les hommes, les Yahoo, sont des animaux. A l'état sauvage si j'ose dire, les Yahoo apparaissent comme des bêtes aux instincts mauvais (ils se battent entre eux), lubriques (ils s'accouplent n'importe quand et avec n'importe qui) et futiles (ils se querellent pour des pierres). A l'opposé leurs maîtres,  les Houyhnhnms, apparaissent comme un modèle de société idéale et le narrateur est résolu à vivre avec eux pour toujours. Mais les Houyhnhnms, peut-être pas si parfaits que ça, ne veulent pas et l'exilent. Gulliver, désespéré, est ainsi condamné à retourner vivre avec "ses" Yahoo en Angleterre...
A vrai dire, il m'est difficile de vous parler des Voyages de Gulliver de façon concise. Il faudrait parler de la situation politique à l'époque de Swift, des conflits entre l'Angleterre et la France, des rapports catholiques/protestants,  des tories et des whigs... Il faudrait évoquer les relations entre l'Angleterre et l'Irlande et les propres rapports de Swift avec l'Irlande, un  pays qu'il n'aimait pas mais dans lequel il vivait, ce qui lui permettait d'observer la souffrance et le sentiment d'oppression des habitants... Il faudrait parler de Swift lui-même, de sa personnalité, de ses  rapports ambigus avec sa nièce Stella ou de sa maîtresse Vanessa... Oui il y aurait beaucoup à dire mais, pour le coup, je vous inviterai plus volontiers à lire l'appareil critique de l'édition (qui, une fois n'est pas coutume, se lit très bien) et je me contenterai de dire que le livre m'a interpellée. Drôle parfois, souvent ironique, Swift frappe toujours juste quand il vise la satire politique. En revanche, son texte met plus mal à l'aise quand il s'attaque à la médecine, à la science ou à la philosophie. De toute évidence, l'auteur était en désaccord avec certaines idées de son époque et sa critique paraît quelquefois injustifiée. De même, sa vision de la société utopique, les Houyhnhnms, est loin de me convaincre. Comme le soulignent d'ailleurs les notes, les Houyhnhnms sont certes intelligents et cultivés mais sans aucune passion: ils ne pleurent pas la mort de leurs proches, ne s'accouplent que pour la reproduction de l'espèce, n'ont pas de préférence... En bref, ils n'ont pas de coeur et sont très raisonnables. Beaucoup trop à mon goût. Après, peut-être faut-il encore y voir une entourloupe de l'auteur mais, pour le coup, j'ai vraiment un doute.
Les voyages de Gulliver s'inspirent largement des écrits de Cyrano de Bergerac (un narrateur qui découvre différents royaumes étranges, chacun persuadés d'avoir le meilleur gouvernement), de ceux de Defoe (un aventurier qui échoue sur des îles et doit parfois improviser pour survivre) et de ceux de Rabelais (des situations comiques et un humour scatologique qui, sur la fin de vie de l'auteur, deviendra une obsession) . Ces auteurs, nous les avons déjà vu précédemment et, de tous, je crois que Swift est mon préféré. En effet, il n'a pas la froideur ou le cynisme des trois autres et son texte brillant laisse transparaître aussi bien son indignation que, parfois, sa mauvaise foi! De toute évidence notre chanoine n'était pas encore prêt pour le monde des Houyhnhnms lui non plus...
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:07

L01.jpgTreize petites enveloppes bleues

Maureen Johnson

Editions Gallimard Jeunesse

 

 

Pour oublier rapidement le livre précédent qui, il faut bien l’avouer, n’était pas fantastique, rien de tel qu’un bon roman derrière. Et, sans réelle surprise, il s’agit d’un livre pour la jeunesse. Treize petites enveloppes bleues n’est pas tout récent : voilà déjà plus de trois ans qu’il a été traduit et, à ma grande honte, je n’avais jamais pensé à le lire jusqu’à aujourd’hui. Grand tort s’il en est.

Ginny, américaine, a dix-sept ans et vient de perdre sa tante, Peg, une jeune femme artiste et excentrique, décédée brutalement d’une tumeur au cerveau. En guise d’héritage, sa nièce reçoit un paquet contenant treize enveloppes bleues avec des consignes très strictes : Ginny doit les ouvrir au fur et à mesure au moment qui lui sera indiqué ; elle ne peut emporter qu’un sac à dos et n’a droit ni aux appareils électroniques, ni aux guides de conversations, ni à son argent… Ainsi équipée, l’adolescente se retrouve bientôt embarquée dans une gigantesque chasse au trésor à travers toute l’Europe qui lui permettra non seulement d’en savoir plus sur sa tante chérie, mais également d’en apprendre plus sur elle-même et de transformer ainsi sa vie de jeune fille un peu trop sage…

Je m’attendais, je l’avoue, à quelque chose d’assez convenu ; à l’histoire d’une héroïne un peu nunuche qui, au terme d’un voyage époustouflant et plein de clichés, danse nue sur des tables à Paris (puisque c’est bien connu que l’Europe est un lieu de débauches) et bénit une tante qui, elle, a tout compris à la vie. Il n’en est absolument rien. Conçu comme un roman d’apprentissage, Treize petites enveloppes bleues a une vision assez réaliste du voyage. Le périple de Ginny est marqué par des fiascos : un contact à Amsterdam qu’elle ne trouvera pas puisqu’il a déménagé, des pickpockets qui tenteront de la voler, un décalage horaire fatiguant, des moments de solitude et de doute… La personnalité de Ginny n’évolue pas fondamentalement : si elle apprend à surmonter sa timidité, elle reste toujours quelqu’un de réservée après son expérience. Peg, la tante excentrique, n’est pas idéalisée non plus : elle reste quelqu’un de très humain et ses faiblesses, notamment sa peur de l’engagement, sont montrées avec beaucoup de sensibilité, ce qui fait d’elle, paradoxalement, un personnage très attachant.

Ceci dit, malgré tout, Treize petites enveloppes bleues est une invitation au voyage. Dès qu’on ouvre le livre, on n’a qu’une seule envie, c’est de faire comme l’héroïne et de partir. Car le voyage est décrit avec ses inconvénients certes (les heures interminables de train, les hôtels plus ou moins douteux, les inquiétudes d’être loin de chez soi), mais aussi avec ses avantages ; l’excitation de voir « autre chose » un sentiment de liberté difficile à exprimer… Et puis, il faut avouer que les destinations choisies par la tante Peg font rêver ; Londres, Paris (bon, Ok un peu moins pour nous français, mais c’est normal) Rome (ah la la Rome) Amsterdam, Copenhague et Corfou… De quoi faire non ? Là encore Maureen Johnson ne tombe pas dans le cliché et évite de nous faire un catalogue d’œuvres art « à voir », préférant jouer sur une ambiance, un sentiment…et nous rappelant que les plus belles découvertes, nous les faisons toujours par nous-mêmes. Ainsi, si sa tante Peg est émue devant les statues des Vestales à Rome, Ginny n’y voit « qu’un tas de statues cassées » ; de même l’adolescente ratera le portrait de la Joconde au Louvre. Invitation à mépriser l’art ? Nullement. L’art occupe au contraire une place prépondérante dans le roman, mais si l’auteur nous disait tout, quel intérêt y aurait-il à aller nous faire notre propre opinion ?

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 16:33

L08.jpgSymptômes

Dorothée Letessier

Edition Lucien Souny

 

 

Je considère qu’il y a des critères très simples pour juger un roman policier. Si, après avoir lu la moitié du livre vous n’éprouvez pas l’envie irrépressible de passer une nuit blanche à connaître la suite, alors c’est que ce n’est pas un roman inoubliable.

David Chapman est un ancien policier qui a sombré dans l’alcoolisme suite à une séparation douloureuse. Mis à pied par ses supérieurs, il est envoyé en désintoxication dans une clinique psychiatrique près de Limoges. Mais là, il se retrouve bientôt confronté à une sombre histoire de meurtre au sein même de l’établissement. David s’empresse alors de reprendre son ancien rôle pour mener sa petite enquête avec un groupe de patients…

Au secours ! Le sujet est plutôt intéressant mais le style fait vraiment mal aux yeux. Ce n’est que dialogues avec moult exclamations (je vous ai déjà dit que je détestais ça ?) et vocabulaire familier pour coller au personnage principal, également narrateur. Ce genre de style passe ou casse. Là, ça casse. C’est poussif et vraiment ennuyeux. Je peux en me montrant indulgente reconnaître au livre un intérêt : il offre une vision assez intéressante de la clinique psychiatrique et des relations qui régissent les « habitants » entre eux. Mais après… L’intrigue en soi n’est pas palpitante, le suspens pas franchement insoutenable, la fin bâclée et le rythme du récit trop irrégulier pour susciter autre chose qu’un intérêt poli chez le lecteur. Sur la quatrième de couverture, l’auteur présente cette histoire comme une histoire vraie, expliquant qu’elle a rencontré David Chapman qui, à sa demande lui a racontée cette « histoire douloureuse et tragi-comique ». Je me suis vaguement demandée s’il s’agissait réellement d’une histoire vraie (probable que non) ou d’un artifice littéraire, avant de réaliser que, à vrai dire, je m’en moquais totalement.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 16:03

Maudit KarmaL02.jpg
David Safier
éditions Presses de la Cité


Kim Lange, contrairement à Moll Flanders, notre héroïne de la note précédente, est elle une véritable peste. Animatrice de talk-show, cette femme ambitieuse a marché sur bien des cadavres pour en arriver là, négligeant son mari et sa fille au profit de sa carrière. Aussi, quand un morceau de station spatiale russe s'écrase sur sa tête (vraiment pas de chance), Kim a la désagréable surprise de se réincarner en fourmi! C'est seulement en accumulant du bon karma, autrement dit en faisant le bien, qu'elle parviendra à remonter dans l'échelle des réincarnations et à entrer dans le Nirvana. Mais, Kim a un autre objectif en tête que le Nirvana; elle veut récupérer sa famille et reprendre sa place auprès de sa fille et de son mari, mari qu'une ancienne amie, mais aussi rivale, est tout doucement mais sûrement en train de lui "voler"...
L'auteur n'a pas spécialement envie de s'attarder sur le bouddhisme et, contrairement à Bernard Werber par exemple (un auteur avec qui, personnellement, j'ai beaucoup de mal) ne se prend pas au sérieux. Aussi, ne cherchez pas ici dans l'histoire des réincarnations autre chose qu'un ressort narratif. Ne cherchez pas non plus dans Maudit Karma un style recherché. David Saffier est scénariste et ça se ressent: c'est drôle, écrit avec efficacité, mais pas forcément très littéraire. Qui plus est, l'auteur a la désagréable manie de mettre des points d'exclamation partout. Mais, je le répète, c'est drôle. A dire vrai, j'ai beaucoup aimé lorsque l'héroïne se retrouve dans la peau d'animaux divers et variés, avec mention spéciale pour le cochon d'Inde. En revanche, j'ai très peu goûté la fin du roman que j'ai trouvé convenue et somme toute assez moralisatrice (la palme du cliché revenant à la phrase finale). Dans l'ensemble, je regrette que le cynisme de l'héroïne, très réjouissant, soit contrebalancé par un sentimentalisme un peu gluant qui jure avec la légèreté du récit. J'ai parfois eu le sentiment en lisant Maudit Karma de regarder une de ces comédies sentimentales américaines faussement provocatrices mais dans lesquelles au final la morale est toujours sauve. L'histoire finit sur un happy end et tout le monde est content. Bah, pourquoi pas après tout? Maudit Karma n'est un grand roman mais c'est un bon roman pour se divertir un peu...

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 11:27

Moll Flanders
L02.jpgDefoe
éditions Gallimard


Moll Flanders n'est pas fondamentalement une mauvaise personne; mais, la vie l'a conduite à des aventures plus ou moins douteuses. Notre héroïne, prédisposée à une existence dissolue, née d'une mère voleuse, est élevée par une femme honnête mais rêve de grandeurs et d'être "une dame de qualité". Prise en affection par une riche famille, elle se fait séduire par le fils aîné qui lui achète plus ou moins son innocence et la force finalement à épouser son plus jeune frère. A partir de là, Moll Flanders se jure de ne plus jamais se fier aux hommes. Bientôt veuve, elle se remariera à de nombreuses reprises, dont une fois involontairement avec son propre frère. Elle aura aussi un nombre incalculable d'enfants, quelques amants qui l'entretiendront, volera, d'abord par nécessité puis par appât du gain et, finalement, après avoir arrêtée et déportée, finira riche, heureuse et repentante avec l'un de ses maris (le quatrième je crois)
Si Daniel Defoe avait été loin de me séduire avec Robinson Crusoe, je reconnais que le récit de Moll Flanders m'a beaucoup amusée. C'est assez drôle de lire les "heurs et malheurs" de cette femme sans guère de moralité qui, à part le meurtre, commet tous les méfaits possibles. Le décalage est particulièrement  comique quand l'héroïne, tout en se désolant de l'inconstance d'un homme "de bien" qui, ayant trop bu, trompe son épouse avec une catin (qui n'est autre que Moll Flanders elle-même) s'emploie consciencieusement à le dépouiller de ses objets de valeur. Même la repentance finale de l'héroïne apparaît artificielle: c'est seulement à l'approche d'une condamnation à mort qu'elle commence à regretter ses actes et, au final, elle ne fera rien pour les réparer.
Ce qui est le plus intéressant dans ce livre et à mon sens le plus malsain, c'est le rapport qu'entretient l'héroïne avec l'argent. Dès la première pièce donnée par son premier amant, Moll Flanders calcule tout. Ses mariages sont avant tout motivés par l'argent, ses vols sont évalués en fonction de leur valeur...Tout se calcule dans le roman: combien faut-il pour accoucher discrètement, ce qu'il faut pour amadouer des gens, ce qu'il faut pour lancer une exploitation... Daniel Defoe tout comme dans Robinson Crusoe n'accorde guère de place à la psychologie des personnages, préférant somme toute une vision matérialiste du monde mais, ici, cela passe mieux dans la mesure où Moll Flanders est présentée comme quelqu'un de peu recommandable et peut donc s'inscrire dans cet univers où c'est le bien qui fait l'homme. Vous comprenez? OK je reconnais, c'est pas très clair. En résumé: Moll Flanders est un personnage qui ne s'intéresse au fond qu'à l'argent et aux biens mais, étant de toute manière femme de peu de vertu, cela peut être interprété justement comme un signe de bassesse.
Moll Flanders est donc un ouvrage agréable à lire, un peu longuet par endroits (je pense notamment aux descriptions fastidieuses des vols) mais dont l'absence de moralité est assez réjouissante et tranche avec le pensum que m'a semblé être Robinson Crusoe. Comme quoi, il ne faut pas juger un auteur sur un seul livre...

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 15:35

L04.jpgUn homme

Philip Roth

Editions Gallimard

 

 

Je m’excuse par avance : c’est la période des fêtes, vous êtes plein de bonnes résolutions, encore euphoriques, et moi je vous balance un livre bien déprimant dès le 2 janvier. Encore une fois, mille pardons.

Il faut dire ce qu’il est, l’ouvrage de Philip Roth, un homme, est loin d’être une bonne tranche de rigolade. Le ton est donné dès le début du récit puisque le livre s’ouvre sur l’enterrement du personnage principal. Ça, c’est fait me direz-vous. Après cet enterrement, le narrateur s’attarde sur le cercueil de l’homme et revient sur la vie de ce dernier, adoptant son point de vue, même si le « il » est toujours de rigueur, faisant du défunt un homme parmi les autres, un anonyme comme il en existe des milliers. Et que savons-nous de cet homme ? Que c’est un artiste contrarié, un peintre qui, pour faire plaisir à ses parents, s’est lancé dans la publicité ; qu’il s’est marié trois fois, dont deux presque contre son gré ; qu’il a eu trois enfants, deux fils qui le méprisent, une fille qui l’adore. Surtout, nous savons tout de ses maladies, depuis la hernie de son enfance jusqu’aux problèmes cardiaques qui finissent par l’emporter… Comme le dit si bien la quatrième de couverture, il s’agit surtout d’un roman centré sur le corps, un corps que le héros voit vieillir avec horreur sans pouvoir rien y faire et qui lui inspire des réflexions plutôt amères…

Voilà, les thèmes sont posés : solitude (notre héros, malgré sa hantise de la solitude, finit pourtant par vivre et mourir seul), maladie, vieillesse et mort. Happy new year ! La réflexion est cependant assez juste et a ceci de particulier de rester plutôt clinique si j’ose dire. Le personnage n’est pas particulièrement attachant mais sa condition inspire un réel sentiment de pitié et de malaise, sentiment que la plupart d’entre nous éprouvent devant la vieillesse et la mort. Ce n’est pas tant sur le personnage que nous pleurons que sur nous-mêmes et sur notre condition humaine. Là où Philip Roth pêche surtout, c’est dans le dialogue et le discours direct (l’adieu de sa fille Nancy devant son cercueil ou encore sa scène de rupture avec sa seconde épouse sont artificiels) mais, sagement, il limite au maximum ce genre de narration, se cantonnant la plupart du temps dans un registre qu’il semble maîtriser, la réflexion intérieure et le discours indirect. Ceci dit, heureusement que le texte est court car un peu étouffant, trop replié sur le héros, le roman conduit vite à un effet de saturation. Quant aux thèmes abordés, ils sont loin d’être gais et le pessimisme de l’auteur est pour le moins contagieux. Heureusement, dans toute cette grisaille, on notera le personnage de Howie, le frère du héros, qui apparaît comme une figure positive : plus âgé que notre homme, il n’est pas atteint par la maladie ou la solitude et sa vie semble exactement correspondre à ses attentes ; comme quoi, il ne faut jamais désespérer ! Ceci dit, ne vous inquiétez pas : je comprendrais tout à fait que vous ne fassiez pas de un homme une lecture prioritaire. Inutile de commencer 2010 en déprimant, mangez plutôt des chocolats, c’est bon pour le moral…

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 16:39

L01.jpgHunger Games

Suzanne Collins

Editions Pocket Junior

 

 

Bonne année à tous! Avez-vous tous pris plein de bonnes résolutions ou, encore étourdis par les vapeurs d’alcool, vous contentez-vous de traîner devant votre ordinateur en pyjama ? (Ce qui, permettez-moi de vous le dire, ne va pas améliorer votre mal de crâne) Quoi qu’il en soit, je vous souhaite une très bonne année 2010 et, pour bien la démarrer, je vais vous parler aujourd’hui d’un roman qui vaut le détour…

Les Etats-Unis dans un futur indéterminé : le territoire est à présent divisé en douze districts, contrôlé par une cité toute puissante : le Capitole. Les districts sont pauvres et soumis à la tyrannie du Capitole qui, pour les punir d’une rébellion passée, leur impose chaque année les « Hunger Games ». Une fois par ans, deux enfants entre douze et dix-huit ans sont tirés au sort dans chaque district. Ils participent alors à un jeu de télé réalité des plus particuliers : filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils sont lâchés dans une arène qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Leur but est simple ; résister au froid et à la faim et tuer les vingt-trois autres candidats. Le dernier survivant est le vainqueur. Katniss, notre héroïne, n’a pas été tiré au sort. Mais, par amour pour sa jeune sœur, elle décide de prendre la place de cette dernière. Débrouillarde, elle ne peut cependant s’en sortir sans stratégie, stratégie que son compagnon d’infortune du district, Petra, va l’aider à mettre au point. Mais, quoi qu’il arrive, il ne doit en rester qu’un…

Je suis d’accord avec Stephenie Meyer malgré toutes mes réticences concernant ses propres ouvrages : Hunger Games est un livre qu’on ne peut pas lâcher ! Un peu lent au tout début, le récit s’accélère dès le tirage au sort et nous livre un fascinant portrait de la télé réalité, à peine déformé. Certes, on ne tue pas encore à la télévision mais à part ça… Tout y est : les paillettes, la mise en scène du candidat qui devient un stéréotype, la nécessité d’élaborer des alliances et des stratégies… C’est la violence déguisée en divertissement. Ce qui est intéressant c’est que la narratrice est l’héroïne et nous adoptons donc son point de vue. Du coup, c’est comme si nous participions nous-mêmes au jeu, et, de ce fait, tous les autres candidats nous paraissent suspects. Petra est-il réellement un gentil garçon ou joue-t-il un rôle pour mieux manipuler Katniss et le public ? Faut-il faire confiance à la gamine de douze ans que Katniss a pris sous son aile ? Notre vision est totalement déformée. Ajoutez à cela une action qui ne ralentit pas, des rebondissements multiples et des personnages attachants, et vous aboutissez à un roman qui vous tient en haleine jusqu’au bout avec une seule frustration ; il s’agit d’un premier tome !

Après, on peut émettre des réserves, comme pour tout : un style efficace mais sans réelle surprise, un certain penchant au manichéisme… De bien piètres imperfections face au plaisir de la lecture, sans oublier la critique féroce et juste d’une télé réalité qui masque sous les paillettes les pires instincts de l’homme… à ne pas manquer ! J’espère juste que la suite sera à la hauteur de ce premier volet…

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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:13
L02.jpgLe retour de l'aube
Malorie Blackman
éditions Milan



Je l'avais promis: après la guimauve et les soupirs languissants de Love in excess, passons donc à un peu plus d'action, d'autant plus que je viens de regarder Les 4 filles du docteur March  et qu'il faut un peu de sang et de violence pour rattraper tout ça...
Pourtant, Le retour de l'aube, à priori, commence aussi par une histoire d'amour. Tobey, notre héros, vit dans un monde marqué par le clivage riches noirs/pauvres blancs et un racisme qui s'exprime dans chacune des communautés. Tobey lui-même est blanc, un nihil donc (en latin "rien"), et il vit dans un quartier difficile dont il essaie de partir. Pour cela il étudie dans l'espoir d'entrer un jour à l'université. Il est amoureux de Callie, sa jolie voisine métisse mais n'arrive pas à lui avouer ses sentiments. Bon, jusque là, c'est très gnangnan. Heureusement Tobey, ambitieux, commet une erreur et accepte en échange d'un peu d'argent de faire une livraison pour le compte d'un gang, le gang de Mac Auley. Cette livraison va l'entraîner dans une série d'événements désagréables et le forcer lui-même à devenir quelqu'un de peu recommandable....
Si vous avez une excellente mémoire et que vous suivez ce blog depuis longtemps, vous vous souviendrez peut-être que j'ai déjà parlé de Malorie Blackman et d'un autre de ses livres, La couleur de la peur,  livre que par ailleurs j'avais beaucoup apprécié. J'ai moins accroché au Retour de l'aube. Il y a déjà une raison simple: Le retour de l'aube fait partie d'une série. Certes, le roman peut se lire tout seul, mais il est plus difficile d'entrer dans un monde déjà expliqué et construit, avec des personnages qui sont supposés nous être familiers mais qui ne le sont pas et des allusions à des événements antérieurs qui nous inconnus. C'est un peu comme arriver au milieu d'une série télé: on arrive à suivre mais avec le sentiment désagréable d'avoir loupé des trucs.
La seconde raison est plus triviale: j'avoue que la touchante histoire d'amour entre Tobey et Callie m'a laissée totalement de marbre. Peut-être est-ce l'overdose ou, plus crédible, je pense tout simplement que j'ai passé l'âge des romances adolescentes et des premiers émois sentimentaux. Toujours est-il que les personnages m'ont paru assez creux au début, notamment celui de Callie.
Heureusement, en milieu de récit, l'auteur se décide enfin à troquer scènes d'amour contre action et scènes de violence. Et, il faut dire ce qu'il est, Blackman est beaucoup plus crédible dans ce registre. Règlements de comptes, trahisons, histoires de gang et d'infiltration... Le personnage de Tobey acquiert une autre dimension et devient beaucoup plus intéressant en espion manipulateur qu'il ne l'était en amoureux transi ou en gentil lycéen... Le rythme s'accélère et le dénouement est efficace, sauvant ainsi un roman qui met tout de même plus de cent cinquante pages à démarrer. Je serais curieuse ceci dit de lire les trois premiers volumes de la saga, histoire de voir si ces derniers sont bâtis sur le même modèle...
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