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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:08
L02.jpgTobie Lolness t.1
Timothée de Fombelle
éditions Gallimard Jeunesse


Les préjugés sont tenaces. Il y a quelques années, j'ai lu un roman pour la jeunesse, La guerre des fées de Brennan. Même si je n'avais pas détesté, j'avais trouvé cette histoire de fées de la taille d'un pouce assez niaise. Quelques mois plus tard, j'essayais de lire Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Jamais style ne fut plus mauvais et j'avoue avoir été prodigieusement agacée par cette publicité autour d'un roman qui, s'il avait été écrit par un autre, n'aurait même pas été accepté par l'éditeur... Toujours est-il que de ces deux lectures, j'ai gardé un certain a priori sur les héros de quelques millimètres qui, en dépit de leur taille ont un coeur "grand comme ça". Mais, aujourd'hui la lecture de Tobie Lolness me réconcilie avec cette vision un brin caricatural.
Tobie est un petit garçon de un millimètre de haut vivant comme les siens sur un arbre. Son père est un inventeur de génie mais, pour avoir refusé de dévoiler le secret d'une invention qui mettrait en péril tout l'écosystème de l'arbre, il est banni des cimes puis traqué avec sa femme et son fils. Seul Tobie parvient à s'enfuir. Trahi par ceux qu'il pensait être ses amis, séparé de ses parents, pourchassé par les pires brutes, le petit garçon parviendra-t-il à se sortir de ce cauchemar?
Il n'y a rien de niais dans cet ouvrage qui, sur un style relativement enfantin et très simple à lire, aborde avec légèreté des thèmes très durs; violence, trahison, souffrance physique et morale... Tobie, bien qu'enfant, n'est pas à l'abri des violences et, ce qui est le plus triste à mon sens (mais aussi le plus réaliste) c'est que cette violence n'est pas le fait de créatures étranges ou monstrueuses mais de ses pairs. L'ennemi est son propre peuple et c'est au contraire les "autres" (les Pelés) qui se révèleront amicaux bien que méfiants. Le roman se double également d'une réflexion écologique qui, sans être trop pesante, est plutôt salutaire. Un brin d'humour, une très légère lichette d'amour et beaucoup d'action et nous voilà donc avec un très honorable livre pour la jeunesse. "Ah c'est comme Arthur'", m'a dit une cliente quand je lui ai présentée le roman, "Ah non lui ai-je dit, c'est beaucoup mieux écrit..." A bon entendeur...
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 18:41
L05.jpgLe premier amour
Véronique Olmi
éditions Grasset



Dans la lignée des Anna Gavalda et des lectures sentimentales mais pas trop pour jeunes femmes branchées ou quinquagénaires dynamiques, Le premier amour s'impose là. Une femme sur le point de fêter ses vingt-cinq ans de mariage tombe par hasard en déballant une bouteille de vin sur une petite annonce de son premier amour qui l'invite à le rejoindre en Italie. Aussitôt, la voilà qui plaque tout et qui, voiture et cheveux au vent court rejoindre celui qui au fond fut son unique amour, laissant en même temps ses souvenirs d'adolescente refaire surface...
Je ne sais pas pourquoi tout le monde sauf moi semble avoir un premier amour italien. Est-ce pour cela que toutes les mères appellent leur fils Enzo, en souvenir de leurs flirts disparus??? Quoi qu'il en soit, pour en revenir au Premier amour, je ne peux pas franchement dire que j'ai aimé. N'était-ce même ma collègue qui a adoré, j'en dirais beaucoup plus de mal mais, puisqu'elle a aimé, c'est qu'il doit bien y avoir quelque chose... Le personnage d'Emilie Beaulieu, la quinquagénaire qui se rend compte qu'elle n'a rien compris à la vie, n'est pas inintéressant. Mais sinon, que de clichés! Nous avons les parents catholiques, donc forcément intégristes et qui considèrent bien évidemment leur autre fille, trisomique, comme un monstre. A l'inverse,  nous avons la tante libre dans sa tête avec plusieurs amants, mais qui aime donc c'est ça le plus important; le beau Dario, l'Italien insipide, l'amour perdu de l'héroïne; le gentil mari chauffeur de taxi qui ne fait pas de politique ça non monsieur mais qui pareil a une fois viré le bras droit de Le Pen de son taxi (je ne suis pas d'extrême-droite, dieu merci, ne me faites pas dire des horreurs pareils, mais je n'ai pu m'empêcher de trouver ce passage un brin démagogique) . Qui plus est, Véronique Olmi semble avoir une vision assez effrayante de l'amour. En gros, l'amour n'est pas viable sur le long terme car l'amour se doit d'être parfait alors que la vie ne l'est pas. La sagesse consiste alors à s'accommoder d'un vague ersatz sécuritaire. Ainsi, si l'héroïne n'aime pas son mari (c'est dit très clairement) elle aime sa familiarité rassurante et surtout, voit en lui le père de ses filles. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait un peu peur...
Mais ce n'est pas tout! Si encore l'auteur s'était contentée d'un roman sur une quinquagénaire qui s'interroge sur son couple et sur l'amour, bon je ne suis pas forcément d'accord avec sa vision, mais pourquoi pas? Seulement Véronique Olmi, à la fin du récit,  part dans un dénouement rocambolesque en totale rupture avec le reste de l'histoire (et ça, même ma collègue le reconnait)
Mais, une fois n'est pas coutume, finissons par une note positive; le style de l'auteur est fluide, passe bien et, surtout, nous avons le portrait très réussi de la soeur de l'héroïne, Christine, 'la petite grande soeur" trisomique qui chante du Mike Brant devant son miroir et qui, à l'inverse de la plupart des personnages, est décrite avec beaucoup de finesse. Nous avons ausi quelques très jolies scènes: la scène où Emile surprend sa mère dans un supermarché hésitant à acheter des collants couleur chair, la confrontation entre l'héroïne et sa fille aînée, le karakoé d'Emilie et Christine sur Mike Brant... ça ne suffit certes pas à me faire aimer le livre mais ça m'évite de le jeter dans la liste des romans à oublier..
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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 20:14
L01.jpgModeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public suivi de Proposition d'attribution d'insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin
Jonathan Swift
éditions Mille et une nuits



Modeste proposition... n'est pas un roman. Il s'agit d'un pamphlet écrit par Swift, l'un de ses derniers textes et, au demeurant sans doute le plus féroce.
Rappelez-vous: si Swift, lui-même irlandais, est loin d'apprécier un pays majoritairement catholique (lui-même est protestant) il n'en demeure pas moins un homme profondément touché par la misère de ses compatriotes, errant dans la rue et mendiant. L'Angleterre en effet impose un joug sévère à l'Irlande, la considérant comme une colonie et taxant lourdement ses habitants. Quelques riches possèdent les terres, le reste n'a quasiment aucun droit et meurt de faim...
Modeste proposition... est un court libelle (à peine plus de trente pages) mais c'est un texte qui, bien que concis, se révèle plein d'humour noir et d'un cynisme au demeurant assez effrayant. Swift y explique avec le plus grand sérieux que, puisque les pauvres sont devenus un tel fléau en Irlande, il est temps d'y remédier en se débarrassant des enfants. Ainsi, il propose d'en garder une partie pour la reproduction (comme le bétail) et de vendre les autres à partir de un an (âge où il commence à coûter de l'argent) afin d'en faire une viande choix pour les plus riches: "Si l'on reçoit, on pourra faire deux plats d'un enfant et si l'on dîne en famille, on pourra se contenter d'un quartier épaule ou gigot, qui, assaisonné d'un peu de sel et de poivre, sera excellent cuit au pot le quatrième jour, particulièrement en hiver." Swift développe son idée en établissant calculs savants (le prix de revient d'un nourrisson, le coût économisé sur le bétail) et en s'interrogeant sur l'utilité ou non d'appliquer le même traitement aux garçonnets (non, viande trop coriace) ou aux vieillards (pas la peine, ils ne coûteront bientôt plus rien) Bref, il va jusqu'au bout de son raisonnement, en profitant pour glisser l'air de rien quelques remarques assassines sur les riches propriétaires et l'Angleterre: "(...) nous ne courrons pas le moindre risque de mécontenter l'Angleterre. Car ce type de produits ne peut être exporté, la viande d'enfant étant trop tendre pour supporter un long séjour dans le sel, encore que je pourrais nommer un pays qui se ferait un plaisir de dévorer notre nation même sans sel" Les passages soulignés (en italique dans le texte) sont ainsi mis en valeur par l'auteur pour nous révéler sa véritable pensée. C'est un procédé qu'il emploie dans le texte lorsqu'il expose notamment d'autres théories permettant de réduire la pauvreté en Irlande. Ecartées d'emblée sur un ton ironique: "Qu'on ne vienne pas me parler d'autres expédients", ces théories sont à l'inverse de sa modeste proposition pleines de bon sens.
Le texte suivant: Proposition d'attribution d'insignes aux mendiants de toutes les paroisses de Dublin se situe grosso modo dans le même registre. Là encore, il s'agit de "régulariser" cette pauvreté désordonnée. Swift propose ainsi d'attribuer des insignes aux mendiants de la paroisse de Dublin afin d'éviter l'afflux des mendiants étrangers. En gros: chacun s'occupe de ses pauvres, il faut pas pousser. Là encore, il s'appuie sur des chiffres et des statistiques pour démontrer le bien-fondé de sa théorie. Soyons rationnels nous dit-il, poussons la logique jusqu'à l'absurde sans tenir compte d'idées aussi triviales que la dignité humaine. Le rendement économique doit être la seule motivation, et puisque nous sommes arrivés à un tel degré dans l'avilissement, allons jusqu'au bout. C'est noir et ce pamphlet résonne de façon sinistre à nos oreilles. Voltaire admirait l'Angleterre et son système libéral;  avec ironie, Swift en livre l'envers de la médaille...
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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 15:03
L02.jpgLes enfants d'ailleurs
Premier cycle: L'autre Monde.
Bannister et Nyko
éditions Dupuis

Toujours et encore dans la BD... Mais on reste chez Dupuis si vous le voulez bien...

 

Trois garçons un rien désoeuvrés, Noé, Théo et Maxime, assistent à l'enterrement du père Gab, un vieux monsieur énigmatique au passé mystérieux... Ils se lient d'amitié avec Rebecca, sa petite fille adoptive et ensemble décident d'explorer la maison du défunt, que beaucoup considèrent comme hantés. Involontairelent, ils ouvrent une porte donnant sur un autre monde et se retrouvent piégés. L'ennui c'est que ce nouveau monde est loin d'être idyllique. Des ombres rôdent, prêtes à tuer quiconque s'aventure dans le noir, et les habitants vivent dans la terreur. Pris au piège, les enfants vont devoir cependant traverser cette contrée hostile pour retrouver un passage jusqu'à chez eux, ,aidés par la jolie Ilvanna et par une mystérieuse jeune fille à dos de dragon...

 

Je m'aperçois que ce n'est pas si évident que ça de lire de la bande dessinée. Je ne parle pas de séries du type Les Blondes ou Le guide de (complètez au choix par du jeune père, du trentenaire, du retraité, etc.) Ce type de BD demande effectivement un neurone et demi pour la lecture (pour tourner les pages) En revanche, une bande dessinée avec un scénario un peu plus fouillé réclame un minimum de concentration et c'est très déroutant quand on ne lit quasiment que des romans. Pourquoi me direz-vous? Et bien, quand vous lisez un roman, votre esprit peut se permettre de s'égarer un peu, de sauter un détail et ce sans gêner trop la lecture. Mais, omettez une case, sautez un dialogue dans une BD et vous êtes fichus. C'est trop dense pour se permettre ce genre d'errance mentale.

Les Enfants d'Ailleurs est intéressant, visuellement très joli mais sa lecture s'est donc révélée relativement épuisante. Le dessin est "complexe" (je ne sais pas si ça se dit mais tant pis), le scénario ambitieux et pour couronner le tout, j'ai eu entre les mains l'intégrale regroupant les trois premiers volumes de la saga,,autrement dit près de 150 pages pour  m'immerger dans un monde qui ne m'est pas familier. Reste que j'ai aimé l'ambiance très "narnienne" de la série et le décalage entre les deux mondes. Dans la "réalité", les enfants sont un peu considérés comme des voyous; ils sèchent, fuguent, traînent dans la rue... Dans le monde des ombres, loin du regard critique de leurs proches, ils ont toute latitude pour s'affirmer.  Certaines scènes sont assez dures et, comme je l'ai déjà dit, il faut un minimum de concentration mais globalement, la série vaut le coup d'oeil, et la suite fait d'ores et déjà partie de mes prochaines lectures...

 


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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 12:07
L02.jpgSeuls
t.1 La disparition

Gazzoti/Vehlmann
éditions Dupuis



Dans la série "rattrapons un peu notre retard dans les rubriques délaissées", parlons aujourd'hui de BD tiens. ça fera de mal à personne.
Sur les conseils de lecteurs, j'ai donc commencé la série Seuls de Gazzoti et Vehlmann. Un beau matin, cinq enfants de quartiers divers se réveillent seuls chez eux dans une ville désertée. Il y a Yvan, le geek précoce, amateur de jeux vidéos et de télévision, il y a Leila, la bricoleuse, Camille, la bonne élève un peu coincée, Terry, le plus petit, un gamin capricieux mais attachant et, enfin, Dodji, l'orphelin qui vit dans un centre. Livrés à eux-mêmes dans une ville soudain en proie à des animaux effrayants, les enfants décident de rester ensemble et de se mettre à l'abri...
C'est une série de toute évidence à l'usage des plus jeunes, évidemment pas pour les plus petits car il y a quelques scènes pas forcément agréables. De plus, l'histoire en soi est assez effrayante. Mais, le dessin est sobre et "facile à lire" si j'ose dire. J'avoue que j'apprécie assez mais, n'étant pas une spécialiste, je n'ose pas trop m'attarder sur le sujet, ayant peur de me faire décapiter par les professionnels. Les héros sont ici les enfants; il semble que les adultes ne présentent aucun intérêt puisqu'il n'apparaissent que dans le préambule (à noter d'ailleurs que déjà à ce moment-là ils sont présentés au mieux comme transparents, au pire comme importuns). Comme le dit Dodji "On ne peut jamais compter sur eux". Lecteurs, vous voilà prévenus... L'histoire est plutôt sympa (on a hâte de savoir ce qui s'est passé cette nuit-là) et la situation des enfants livrés à eux-même donne lieu à des scènes cocasses: Camille et Yvan qui, jugeant qu'un verre de riz par personne ne suffit pas mettent tout le paquet dans la casserole (rigolez pas, ça vous est jamais arrivé vous?) ou encore les enfants qui, au moment de se coucher, se mettent tous à pleurer en songeant à leurs parents disparus...Je suis pas fan des deux personnages qui semblent amenés à devenir les héros principaux, Leila et Dodji, trop débrouillards pour être vraiment amusants, mais ils restent quand même attachants. Affaire à suivre donc...
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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:47
L03.jpgL'odyssée du temps
t.1: l'oeil du temps

Arthur C.Clarke/ Stephen Baxter
éditions Bragelonne



En consultant les rubriques de ce blog, je me suis aperçue, oh horreur! qu'il y avait de très nets déséquilibres. Si les romans, la jeunesse et les classiques tiennent le haut du pavé, les autres genres sont quelque peu délaissés. Dans un souci de justice, je me suis donc empressée de lire un peu de science-fiction (oui, je sais, c'est très bizarre comme raisonnement)
Arthur C.Clarke, auteur de la série 2001, L'Odyssée de l'espace et Stephen Baxter ont écrit ensemble un ouvrage récemment traduit, L'Odyssée du temps, qui s'annonce également comme le premier tome d'une série. Ce qui m'étonne un peu, c'est qu'Arthur C.Clarke est mort l'année dernière. La suite est-elle déjà sortie en Angleterre? Possible mais j'ai la flemme de me pencher sur la question. Bref, là n'est pas le sujet.
Le sujet, c'est qu'en 2037, 1885, à l'époque préhistorique, à l'époque antique, des sphères étranges apparaissent dans les cieux. Le monde se transforme, morcelé soudain en plusieurs "bouts" d'époques. Ainsi, le journaliste Kipling en reportage au fort de Jamroud voit débarquer un hélicoptère de casques bleus de 2037... Quelques kilomètres plus loin, la troupe macédonienne dirigée par Alexandre se demande bien ce qui lui arrive, tandis que des cosmonautes russes et américains, de retour sur Terre, se font capturer par Gengis Khan. Que s'est-il passé? Quand? Et pourquoi? Autant de questions sans réponses... Bisea, qui vient de 2037 (la dernière date qui semble représentée) est curieuse d'en savoir plus et de rétablir la situation, notamment pour retrouver sa fille Myra, égarée désormais dans un des puzzles du futur. Malheureusement pour elle, Alexandre le Grand et Gengis Khan, chacun de leur côté, semblent plus soucieux de dominer ce nouveau monde, baptisé Mir, et notamment de prendre le pouvoir sur Babylone, la seule cité d'importance dont proviennent encore des signaux radios...
Je ne suis pas assez calée en science pour vous dire si, oui ou non, les théories avancées dans le roman sont vraisemblables ou non. Probable que oui, les auteurs de SF ne rigolent pas avec ça. L'aspect "quantique" si j'ose dire en tous cas est intéressant mais la dimension psychologique des personnages est beaucoup moins crédible. Imaginez: vous vous retrouvez face à un mammouth ou à un australopithèque, ça vous perturberait peut-être quand même un peu non? Là, ça ne semble déranger personne, pas plus que le fait de fréquenter un Macédonien ou un chef mongol. A noter aussi que tout le monde communique parfaitement car, bien entendu, il y a forcément quelqu'un dans le lot pour pour parler mongol ou en grec ancien (moi qui me demandait l'intérêt de la méthode audio Le grec ancien sans peine j'ai désormais ma réponse) L'explication: le temps s'est emmêlé, on vient tous d'époques différentes, semble convenir à tout le monde. Admettons. Idem, je ne suis pas assez spécialisée en histoire pour juger, mais je doute très sérieusement que ce livre puisse servir un jour de matière à un exposé sur Alexandre le Grand ou Gengis Khan...
Je suis sévère. Le livre est loin d'être mauvais et se lit bien, assez détaillé tout en évitant l'habituel charabia pseudo-scientifique propre au genre. Là où ça me gêne un peu, c'est quand le récit part en considérations métaphysiques vaseuses: Pourquoi? Qui sommes-nous? Où allons-nous? Réponse: On s'en fout! Dites-nous plutôt ce qui s'est passé en 2037  puisque 2037 semble être la date butoir... De même, comme je le soulignais, la psychologie n'est pas le point fort des auteurs. Du coup, les personnages sont plutôt sommaires, manichéens, et leur sort nous indiffère au plus haut point (ah mince, celui-ci s'est fait décapiter c'est dommage) Mais bon... Disons pour conclure que L'oeil du temps n'est pas le chef-d'oeuvre de l'année: en revanche, ne serait-ce que par simple curiosité, je lirai très probablement la suite...
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 19:45
L04.jpgSukkwan Island
David Vann
éditions Gallmeister


Imaginez une île perdue au sud de l'Alaska, coupée de toute civilisation. Une cabane dépourvue de tout confort avec pour seule distraction un paysage magnifique et une végétation luxuriante et avec pour seule compagnie les ours... C'est dans cette île que Jim, homme au caractère instable, propose à son fils Roy (treize ans) de passer l'année tous les deux. Au programme: chasse, pêche, construction d'un abri à bois... C'est une aventure supposée les rapprocher tous les deux et pour Jim, l'occasion de mieux connaître Roy et vice-versa. Le problème, c'est que Jim vit un divorce difficile avec une seconde épouse et qu'il est naturellement perturbé. L'isolement et les conditions de vie difficiles ne vont rien arranger. La belle aventure tourne vite au cauchemar et précipite père et fils dans une situation que sans doute ni l'un ni l'autre (et pas davantage le lecteur) n'avaient prévue...
Me voilà un peu ennuyée. J'avance en effet en terrain mouvant car il m'est impossible de vous parler librement de Sukkwan Island sans trop vous en dire. Or, le suspens est l'un des élément-clés de cet ouvrage. Ne vous leurrez pas: le lecteur sait dès le début que l'histoire se terminera mal. Comment pourrait-il en être autrement? L'isolement, le caractère imprévisible de Jim... On se croirait dans Shining, l'aspect fantastique en moins. Seulement, le récit prend un tour inattendu auquel personne n'avait songé et la descente aux Enfers n'en est que plus terrifiante...
Si l'on veut parler du style de l'auteur, sachez que David Vann ne nous épargne rien, avec un souci du détail qui, dans la seconde partie du roman, se révèle assez glaçant. C'est bien la première fois que j'ai eu envie de me cacher les yeux en lisant un livre! Du coup, nous sommes plongés au coeur de l'île avec le père et le fils et, tout comme Roy, bien que nous ayons nous aussi envie de fuir, nous sommes pris au piège de Sukkwan Island. L'absence de respiration dans les phrases (le discours direct est pris au milieu du récit, sans guillemets) accentue cette sensation d'étouffement.
Au niveau des personnages, il y aurait beaucoup à dire mais, pareil, c'est un peu délicat ... Disons tout simplement que l'auteur nous offre un magnifique face-à-face et le portrait poignant de deux personnages que tout semble opposer: à gauche, le père geignard, qui s'apitoie volontiers sur lui-même, volubile et volage; à gauche, le fils taciturne, réservé, débrouillard et qui n'a qu'une crainte, celle de ressembler un jour à son père justement. Roy et Jim ont un point commun cependant: ils s'aiment et ne se comprennent pas. C'est d'ailleurs ce qui fait basculer le roman dans le tragique.
Voilà tout ce que je peux en dire sans trop dévoiler l'intrigue. Sukkwan Island est un livre fort et ignoble diraient certains, ignoble dans le sens où l'amour n'arrange rien et où ce sont les personnages eux-mêmes qui creusent leurs tombes, chacun se renvoyant à l'autre une image qu'il est incapable de supporter. David Vann nous livre ainsi une leçon simple mais efficace: que ce sont ceux que nous aimons le plus qui nous font toujours le plus de mal...
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 18:44
L02.jpgVoyages de Gulliver
Jonathan Swift
éditions Gallimard


Si comme moi vous avez lu une version enfantine des Voyages de Gulliver dans votre prime jeunesse, vous serez à coup sûr surpris si vous décidez de vous lancer dans la version intégrale et ce, dès la lecture de la quatrième de couverture. L'oeuvre de Swift, chanoine irlandais du XVIIIe siècle, n'a en effet rien à voir avec le conte pour enfants auquel notre imaginaine collectif le réduit trop souvent.
Marié et père de famille, Gulliver, homme curieux et érudit, n'aime rien tant que parcourir les mers pour gagner sa vie et faire le récit de ses voyages. Echoué sur une île, il est d'abord capturé par les Lilliputiens, un peuple de 15 cm de haut dont il devient vite l'invité de prestige, en les aidant entre autres à combattre leurs ennemis. En dépit de leur taille, les Lilliputiens sont assez semblables aux contemporains de Swift. Ils sont englués dans des guerres futiles (par quel bout faut-il manger l'oeuf?) et dominés par une Cour malveillante et frivole. Ce voyage est l'occasion pour l'auteur de faire une joyeuse satire de l'Angleterre: vus à travers les yeux du narrateur, les soucis de ces petits êtres semblent encore plus ridicules.
Dans la seconde partie du roman, l'auteur joue encore une fois sur ce "décalage" mais, cette fois, dans l'autre sens: le narrateur est capturé par des géants. Ces derniers sont des êtres pacifiques qui ne s'embarrassent ni de guerres ni de raisonnements compliqués. La science leur sert uniquement de façon pratique et les préoccupations de Gulliver et la description de son pays leur paraissent pour le moins dérisoires. Le roi se moque du royaume d'Angleterre et de ses petits habitants qui se prennent tant au sérieux. Gulliver pour lui n'est qu'un gentil animal de compagnie à qui il espère un jour trouver une femelle pour la reproduction.  Ce voyage est marqué par un humour un peu potache et assez proche de l'humour rabelaisien.
Dans la troisième partie de ses voyages, le narrateur échoue sur un royaume pour le moins particulier. La classe dirigeante, si absorbée par ses réflexions que des valets doivent régulièrement frapper les nobles pour leur permettre d'avoir une conversation suivie, vit sur une île flottante et domine le royaume d'en-dessous. En cas de rébellion, ils peuvent ainsi soumettre leurs sujets en se mettant juste au-dessus d'eux, les privant ainsi de soleil, ou, pire, descendre l'île jusqu'à raser des villes entières. Belle satire encore une fois de Swift qui dénonce les rapports entre l'Angleterre et l'Irlande ainsi qu'une société de "philosophes" qu'il semble mépriser.
La dernière partie des voyages clôt magnifiquement le récit. Gulliver atterrit cete fois sur une île où ce sont les chevaux qui dominent, les Houyhnhnms, et où les hommes, les Yahoo, sont des animaux. A l'état sauvage si j'ose dire, les Yahoo apparaissent comme des bêtes aux instincts mauvais (ils se battent entre eux), lubriques (ils s'accouplent n'importe quand et avec n'importe qui) et futiles (ils se querellent pour des pierres). A l'opposé leurs maîtres,  les Houyhnhnms, apparaissent comme un modèle de société idéale et le narrateur est résolu à vivre avec eux pour toujours. Mais les Houyhnhnms, peut-être pas si parfaits que ça, ne veulent pas et l'exilent. Gulliver, désespéré, est ainsi condamné à retourner vivre avec "ses" Yahoo en Angleterre...
A vrai dire, il m'est difficile de vous parler des Voyages de Gulliver de façon concise. Il faudrait parler de la situation politique à l'époque de Swift, des conflits entre l'Angleterre et la France, des rapports catholiques/protestants,  des tories et des whigs... Il faudrait évoquer les relations entre l'Angleterre et l'Irlande et les propres rapports de Swift avec l'Irlande, un  pays qu'il n'aimait pas mais dans lequel il vivait, ce qui lui permettait d'observer la souffrance et le sentiment d'oppression des habitants... Il faudrait parler de Swift lui-même, de sa personnalité, de ses  rapports ambigus avec sa nièce Stella ou de sa maîtresse Vanessa... Oui il y aurait beaucoup à dire mais, pour le coup, je vous inviterai plus volontiers à lire l'appareil critique de l'édition (qui, une fois n'est pas coutume, se lit très bien) et je me contenterai de dire que le livre m'a interpellée. Drôle parfois, souvent ironique, Swift frappe toujours juste quand il vise la satire politique. En revanche, son texte met plus mal à l'aise quand il s'attaque à la médecine, à la science ou à la philosophie. De toute évidence, l'auteur était en désaccord avec certaines idées de son époque et sa critique paraît quelquefois injustifiée. De même, sa vision de la société utopique, les Houyhnhnms, est loin de me convaincre. Comme le soulignent d'ailleurs les notes, les Houyhnhnms sont certes intelligents et cultivés mais sans aucune passion: ils ne pleurent pas la mort de leurs proches, ne s'accouplent que pour la reproduction de l'espèce, n'ont pas de préférence... En bref, ils n'ont pas de coeur et sont très raisonnables. Beaucoup trop à mon goût. Après, peut-être faut-il encore y voir une entourloupe de l'auteur mais, pour le coup, j'ai vraiment un doute.
Les voyages de Gulliver s'inspirent largement des écrits de Cyrano de Bergerac (un narrateur qui découvre différents royaumes étranges, chacun persuadés d'avoir le meilleur gouvernement), de ceux de Defoe (un aventurier qui échoue sur des îles et doit parfois improviser pour survivre) et de ceux de Rabelais (des situations comiques et un humour scatologique qui, sur la fin de vie de l'auteur, deviendra une obsession) . Ces auteurs, nous les avons déjà vu précédemment et, de tous, je crois que Swift est mon préféré. En effet, il n'a pas la froideur ou le cynisme des trois autres et son texte brillant laisse transparaître aussi bien son indignation que, parfois, sa mauvaise foi! De toute évidence notre chanoine n'était pas encore prêt pour le monde des Houyhnhnms lui non plus...
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:07

L01.jpgTreize petites enveloppes bleues

Maureen Johnson

Editions Gallimard Jeunesse

 

 

Pour oublier rapidement le livre précédent qui, il faut bien l’avouer, n’était pas fantastique, rien de tel qu’un bon roman derrière. Et, sans réelle surprise, il s’agit d’un livre pour la jeunesse. Treize petites enveloppes bleues n’est pas tout récent : voilà déjà plus de trois ans qu’il a été traduit et, à ma grande honte, je n’avais jamais pensé à le lire jusqu’à aujourd’hui. Grand tort s’il en est.

Ginny, américaine, a dix-sept ans et vient de perdre sa tante, Peg, une jeune femme artiste et excentrique, décédée brutalement d’une tumeur au cerveau. En guise d’héritage, sa nièce reçoit un paquet contenant treize enveloppes bleues avec des consignes très strictes : Ginny doit les ouvrir au fur et à mesure au moment qui lui sera indiqué ; elle ne peut emporter qu’un sac à dos et n’a droit ni aux appareils électroniques, ni aux guides de conversations, ni à son argent… Ainsi équipée, l’adolescente se retrouve bientôt embarquée dans une gigantesque chasse au trésor à travers toute l’Europe qui lui permettra non seulement d’en savoir plus sur sa tante chérie, mais également d’en apprendre plus sur elle-même et de transformer ainsi sa vie de jeune fille un peu trop sage…

Je m’attendais, je l’avoue, à quelque chose d’assez convenu ; à l’histoire d’une héroïne un peu nunuche qui, au terme d’un voyage époustouflant et plein de clichés, danse nue sur des tables à Paris (puisque c’est bien connu que l’Europe est un lieu de débauches) et bénit une tante qui, elle, a tout compris à la vie. Il n’en est absolument rien. Conçu comme un roman d’apprentissage, Treize petites enveloppes bleues a une vision assez réaliste du voyage. Le périple de Ginny est marqué par des fiascos : un contact à Amsterdam qu’elle ne trouvera pas puisqu’il a déménagé, des pickpockets qui tenteront de la voler, un décalage horaire fatiguant, des moments de solitude et de doute… La personnalité de Ginny n’évolue pas fondamentalement : si elle apprend à surmonter sa timidité, elle reste toujours quelqu’un de réservée après son expérience. Peg, la tante excentrique, n’est pas idéalisée non plus : elle reste quelqu’un de très humain et ses faiblesses, notamment sa peur de l’engagement, sont montrées avec beaucoup de sensibilité, ce qui fait d’elle, paradoxalement, un personnage très attachant.

Ceci dit, malgré tout, Treize petites enveloppes bleues est une invitation au voyage. Dès qu’on ouvre le livre, on n’a qu’une seule envie, c’est de faire comme l’héroïne et de partir. Car le voyage est décrit avec ses inconvénients certes (les heures interminables de train, les hôtels plus ou moins douteux, les inquiétudes d’être loin de chez soi), mais aussi avec ses avantages ; l’excitation de voir « autre chose » un sentiment de liberté difficile à exprimer… Et puis, il faut avouer que les destinations choisies par la tante Peg font rêver ; Londres, Paris (bon, Ok un peu moins pour nous français, mais c’est normal) Rome (ah la la Rome) Amsterdam, Copenhague et Corfou… De quoi faire non ? Là encore Maureen Johnson ne tombe pas dans le cliché et évite de nous faire un catalogue d’œuvres art « à voir », préférant jouer sur une ambiance, un sentiment…et nous rappelant que les plus belles découvertes, nous les faisons toujours par nous-mêmes. Ainsi, si sa tante Peg est émue devant les statues des Vestales à Rome, Ginny n’y voit « qu’un tas de statues cassées » ; de même l’adolescente ratera le portrait de la Joconde au Louvre. Invitation à mépriser l’art ? Nullement. L’art occupe au contraire une place prépondérante dans le roman, mais si l’auteur nous disait tout, quel intérêt y aurait-il à aller nous faire notre propre opinion ?

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 16:33

L08.jpgSymptômes

Dorothée Letessier

Edition Lucien Souny

 

 

Je considère qu’il y a des critères très simples pour juger un roman policier. Si, après avoir lu la moitié du livre vous n’éprouvez pas l’envie irrépressible de passer une nuit blanche à connaître la suite, alors c’est que ce n’est pas un roman inoubliable.

David Chapman est un ancien policier qui a sombré dans l’alcoolisme suite à une séparation douloureuse. Mis à pied par ses supérieurs, il est envoyé en désintoxication dans une clinique psychiatrique près de Limoges. Mais là, il se retrouve bientôt confronté à une sombre histoire de meurtre au sein même de l’établissement. David s’empresse alors de reprendre son ancien rôle pour mener sa petite enquête avec un groupe de patients…

Au secours ! Le sujet est plutôt intéressant mais le style fait vraiment mal aux yeux. Ce n’est que dialogues avec moult exclamations (je vous ai déjà dit que je détestais ça ?) et vocabulaire familier pour coller au personnage principal, également narrateur. Ce genre de style passe ou casse. Là, ça casse. C’est poussif et vraiment ennuyeux. Je peux en me montrant indulgente reconnaître au livre un intérêt : il offre une vision assez intéressante de la clinique psychiatrique et des relations qui régissent les « habitants » entre eux. Mais après… L’intrigue en soi n’est pas palpitante, le suspens pas franchement insoutenable, la fin bâclée et le rythme du récit trop irrégulier pour susciter autre chose qu’un intérêt poli chez le lecteur. Sur la quatrième de couverture, l’auteur présente cette histoire comme une histoire vraie, expliquant qu’elle a rencontré David Chapman qui, à sa demande lui a racontée cette « histoire douloureuse et tragi-comique ». Je me suis vaguement demandée s’il s’agissait réellement d’une histoire vraie (probable que non) ou d’un artifice littéraire, avant de réaliser que, à vrai dire, je m’en moquais totalement.

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