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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 18:55

Oronoko l'esclave royal
Aphra Behn
éditions la Bibliothèque


Plus j'avance dans  la lecture de mes 1001 livres... plus les écrivains femmes se multiplient. Après madame de la Fayette, voici donc une autre femme du XVIIe siècle, Aphra Behn, anglaise. Mais alors que La Fayette était plus une dilettante de la littérature qu'autre chose, femme oisive de la Cour, Aphra Behn, qui fut d'abord rien moins qu'espionne pour le compte de son pays, fut par la suite enfermée en prison pour dettes et n'eut d'autre choix pour s'en tirer que de vivre de la seule manière qu'elle connaissait: l'écriture.
Oronoko, présenté comme une histoire vraie par son auteur qui se place à la fois comme témoin et actrice mineure du récit, raconte la vie d'un prince africain, Oronoko. Ce jeune homme, beau et courageux, tombe amoureux d'une femme tout aussi belle, Imoinda qui, à son tour, succombe à ses charmes. Hélas pour eux, le monarque, grand-père d'Oronoko, tombe aussi amoureux de la belle et, malgré son impuissance et l'engagement des deux jeunes gens l'un envers l'autre, décide de faire d'Imoinda sa femme. Mais, se rendant compte de la passion d'Imoinda pour son petit-fils, il ne tarde pas à s'en débarrasser en la vendant en esclavage aux colonies anglaises des Indes orientales. Oronoko, désespéré, se fait bientôt capturer à son tour et rejoint involontairement l'amour de sa vie. Tous deux connaissent de brefs instants de bonheur. Imoinda tombe enceinte: Oronoko veut offrir à sa famille la liberté et, pour le bien de sa femme, harcelée par un riche blanc, et celui de l'enfant à naître, mène une révolte d'esclaves qui, malheureusement pour lui, va mal tourner...

Le roman d'Aphra Behn, qui est d'ailleurs plus une grosse nouvelle qu'autre chose, est très original. Je suppose qu'il fallait un certain culot à cette époque de colonisation pour mettre en scène un héros noir dont les qualités physiques et morales n'ont rien à envier à celles d'un héros blanc. Qui plus est, l'auteur fait une condamnation sans équivoque de l'esclavage. Oui, maintenant ça paraît évident mais, pareil, à l'époque, cette prise de position était à mon sens plutôt courageuse. Aphra Behn subtilement n'invoque aucune "raison" contre l'esclavage et ne cherche pas à lancer un débat, préférant jouer sur la corde sensible du lecteur et sur ses sentiments pour dénoncer la condition misérable de ses hommes que la malchance a privés de liberté.

Et le style d'Aphra Behn me direz-vous? Et bien là, je suis bien en peine de vous répondre. En effet, je n'ai pas lu le roman dans sa version originale. En temps ordinaire, cela n'aurait certes pas une importance démesurée, mais ici cela joue beaucoup car le texte n'a pas été réellement traduit, mais "imité de l'anglais" par Pierre-Antoine de la Place, érudit du XVIIIe siècle qui fut aussi le traducteur de Shakespeare. Ainsi, la traduction a été faite "à la mode française", dans un style précieux proche de Bernardin de Saint-Pierre, l'auteur de Paul et Virginie, agréable et facile à lire, certes, mais probablement différent du style d'Aphra Behn. Pour information, par exemple, dans "la version originale", Imoinda n'a aucun dialogue au discours direct, ce qui n'est pas le cas dans la version française. De même, La Place change certains personnages et va même jusqu'à réécrire la fin de l'histoire, la jugeant peu conforme au goût français. L'édition pour le coup propose les deux dénouements. Lisez-les et, comme moi vous serez surpris par la différence entre la "happy end" de La Place et la fin expéditive et tragique de Behn qui est sans doute ceci dit la plus réaliste.
Saluée comme une pionnière du féminisme par Virginia Woolf, Aphra Behn a été par la suite critiquée par d'autres féministes dans les années 70 qui lui ont reproché de s'identifier à une esclave et en tant que femme d'avoir ainsi l'attitude d'une colonisée par rapport à l'homme, colonisateur. Vous suivez? N'étant pas moi-même une féministe enragée, je ne reviendrai pas sur un débat qui, pour être franche, ne m'intéresse guère et je me bornerai à apprécier l'ouvrage d'un auteur qui dénonce l'esclavage ainsi qu'un homme blanc dont le sentiment de supériorité a ôté tout sens de l'honneur...

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 18:47

Louis XIII
Pierre Chevallier
éditions Fayard

Si vous vous souvenez bien, nous avons parlé il y a quelques temps sur ce blog de la reine Margot, fille, soeur et épouse de rois. Si vous permettez, repartons donc  quelques années en arrière pour nous intéresser à un autre personnage de l'histoire française: Louis XIII.

Louis XIII, soyons franche, n'a pas l'impact de son père Henri IV (assassiné par Ravaillac) ni de son fils Louis XIV (le roi Soleil aux multiples femmes). En bref, ce malheureux roi aussi gai qu'une porte de prison n'a laissé une empreinte dans l'histoire que grâce à son bras droit, Richelieu, qui fut la véritable tête pensante du pouvoir.

Tant d'injustice n'était pas du goût du biographe Pierre Chevallier qui s'emploie dans une biographie datée de 1979 à rendre justice à ce personnage énigmatique qu'était Louis XIII. Pour cela, il remonte très loin et ne nous épargne aucun détail: tout, vous saurez tout sur la conception et la naissance de Louis XIII, ses premières selles, ses distractions, ses maladies, son mariage, la consommation tardive de ce mariage, ses penchants homosexuels, ses maîtresses platoniques, la conception de ses enfants... Pierre Chevallier s'intéresse également à celui qui fut indissociable du roi tout au long de sa vie, le cardinal Richelieu, et en dresse un portrait presque aussi détaillé que celui de son maître. Enfin, l'auteur fait, année par année, le bilan complet et quasi exhaustif d'un règne marqué par les guerres, notamment avec l'Espagne, et les conspirations au sein même de la famille royale.
Inutile de dire que le travail de Chevallier n'a rien à voir avec celui de Decker quand il écrivait sur la reine Margot. La biographie de Decker était sommaire et se souciait plus des amants de la reine "libertine" que de la politique étrangère de la France à ce moment-là. Question de point de vue me direz vous. Chevallier lui ne s'embarrasse pas d'adopter un angle particulier mais, en toute simplicité, décide de tous les aborder. Il étudie donc avec le plus grand sérieux tous les mots d'enfants du roi, exhume toutes les archives de son médecin, toutes celles des diplomates étrangers, confronte lettres et témoignages afin de déterminer si oui ou non la reine a trahi son mari lors de la guerre contre l'Espagne et comment s'est déroulé "Le Jour des Dupes", ce fameux jour où Richelieu et Louis XIII ont exclu définitivement la reine mère Marie de Médicis du pouvoir. Si c'est plutôt drôle de voir le très sérieux Chevallier s'appesantir sur la question de l'homosexualité de Louis XIII et s'interroger sur la crédibilté ou non du récit de Tallemant, contemporain de l'époque, qui prétend que le favori du roi s'enduisait d'huile de jasmin avant de se mettre au lit avec son suzerain, c'est en revanche beaucoup plus ennuyeux lorsque le même souci du détail se retrouve dans la description des guerres (et Dieu sait qu'il y en a eu) ou des sièges, et un peu vomitif lorsque le biographe nous conte point par point comment l'un des ennemis du roi fut décapité en quatre cinq fois ou comment le roi lui-même mourut en crachant des vers, le ventre gonflé par la pourriture. Charmant non? Le point de vue reste neutre quoi qu'il arrive et à part deux ou trois phrases incongrues au milieu du livre sur les femmes qui parlent trop ou sur les présidents qui malheureusement ne naissent plus au milieu de la foule comme les rois de jadis (????) Pierre Chevallier remplit fidèlement son rôle de biographe en s'interdisant tout subjectivité et en dressant le portrait de Louis XIII de la façon la plus complète possible. Plus de 600 pages, pas moins, pour rendre vie à un homme austère, d'une dévotion qui confinait à la bigoterie, très attaché à son statut de roi mais qui a su pour le bien de son royaume s'effacer derrière son ministre Richelieu, plus apte à gouverner que lui-même; un homme souffreteux, solitaire, parfois capricieux comme un enfant, mais qui n'a jamais laissé ses passions personnelles influer sur ses fonctions: "Cornélien jusqu'à la mort, Louis XIII a tout subordonné, mère, épouse, frère et favoris personnels, à l'accomplissement de son devoir envers l'Etat et la grandeur du royaume." Bref, assez complexe notre Louis XIII. Quelque part, il peut fasciner, voire même susciter l'admiration: reste que je n'aimerais pas le rencontrer au coin d'un bois un soir sombre. Tout comme son biographe d'ailleurs...

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 18:07

Les sentinelles du temps

t.1 l'apprenti

Justin Richards

éditions Milan

 

Encore une fois, un thème qui paraît plutôt sympa sur papier: les voyages dans le temps. Personnellement, j'adore ce genre d'histoires depuis Retour vers le futur  et Dragon Ball (mais si, souvenez-vous, le fils de Végéta, Trunks, qui vient du futur pour sauver le monde, c'était la classe non?) J'ai donc sauté avec enthousiasme sur L'apprenti, premier tome de la série Les sentinelles du temps de Justin Richards.

Jamie, douze ans, est un adolescent lambda qui déplore l'incompréhension de ses parents et une petite soeur pénible. Tout ça cependant va bientôt lui sembler terriblement futile le jour où il rencontre Anna, une mystérieuse jeune fille à peine plus âgée que lui qui le met en garde contre un certain Midnight, un homme tout aussi étrange dont Jamie fait la connaissance le soir même. Le lendemain, l'adolescent découvre avec horreur qu'il est devenu invisible aux yeux de son entourage. Sa mère oublie de lui servir son petit déjeuner, son prof saute son nom lors de l'appel, ses camarades ne le voient plus... A la suite d'un détraquement temporel dont il ignore la cause, Jamie a été exclu du cours normal du temps et condamné tout comme Anna à errer entre les différentes époques, chargé de réparer les "erreurs" temporelles.

Le début du roman est intéressant; c'est assez terrible de voir ce jeune garçon exclu  de sa propre vie, ignoré de sa famille et qui comprend confusément qu'il ne pourra jamais retrouver une existence normale. Après, on retombe dans un schéma plus classique de roman fantastique pour la jeunesse; l'ado un peu inutile se découvre de supers pouvoirs et fait équipe avec une fille qui deviendra sa meilleure amie. C'est plutôt gentillet, sans violence et sans réel suspens. Reste le thème du voyage dans le temps qui pour un écrivain un peu négligent peut se révéler casse-gueule. Soyons franche, Justin Richards s'en tire honorablement, évitant les chausses-trappes divers; paradoxes temporels, incohérence, ou tout simplement ridicule. L'univers créé est crédible et le dénouement de ce premier tome assez inattendu. Les personnages manquent pour l'instant de consistance mais on peut supposer que ce défaut sera corrigé dans les prochains volumes. En fait, ce que je reproche surtout à ce roman, c'est sa longueur: il est trop court! L'histoire méritait un traitement plus long et de ce fait semble légèrement bâclée, l'auteur privilégiant une ou deux scènes d'action sans grand intérêt à la réelle construction du monde et de ses personnages. C'est dommage, mais espérons que ce défaut sera corrigé par la suite: les voyages dans le temps méritent mieux que ça.

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 17:52

Acacia 2 Terres étrangères
David Anthony Durham
éditions le Pré au Clerc



Souvenez-vous: nous avions parlé du premier volume d'Acacia il n'y a pas si longtemps, cet honnête roman de fantasy mettant en scène deux princes et deux princesses livrés à eux-mêmes et obligés de se battre pour reconquérir un royaume que l'assassinat de leur père et un coup d'état leur avaient ôtés. ça vous revient? Débrouillez-vous, j'ai la flemme de fouiller dans les archives.
Nous retrouvons donc nos héros neuf ans plus tard. Corinn, devenue reine après avoir reconquis l'empire des Akarans le dirige d'une main de fer. Plus grave, elle a repris le commerce avec les énigmatiques Ligueurs, loin des rêves de justice de son père ou de son frère aîné et ferme les yeux sur le trafic d'enfants ou la Brume, cette drogue d'autrefois qu'elle cherche à réintroduire dans le royaume et qui lui permettra ainsi d'asseoir sa puissance. Pendant ce temps, son frère Dariel et sa soeur Mena oeuvrent chacun à la reconstruction de l'empire, encore marqué par les blessures de la guerre. C'est dans ce contexte que Dagon, un des Ligueurs, vient faire une offre à Corinn en lui proposant une rencontre avec les Audelks, le peuple mystérieux au-delà des mers qu'aucun acacien n'a encore jamais rencontré. Méfiante, Corinn envoie son jeune frère à sa place, une décision qui va très rapidement se révéler lourde de conséquences...

Oui, je sais, c'est déjà pas évident de lire une notre consacrée à de la fantasy, alors encore moins une note sur le deuxième volet de ce qui sera une trilogie. Si vous n'avez pas lu le premier tome et ne souhaitez pas le lire, je vous autorise à passer votre chemin. Pour les autres, amateurs du premier tome d'Acacia, vous serez peut-être un peu déçus par ce second volume qui, comme tout second volume d'une trilogie ne semble être là que pour la transition. Indispensable certes mais lent, si lent! Qui plus est, le mode de narration de l'auteur, déjà utilisée dans le premier ouvrage et qui consiste à sauter du point de vue d'un personnage à un autre commence à lasser. Ceci dit, soyons juste: l'intrigue est intéressante, bien qu'un peu lente comme je l'ai déjà souligné, et la psychologie des personnages est une réelle réussite. Pas de vrais méchants ni de vrais gentils. Corinn est certes impitoyable mais sa façon d'agir est tout à fait justifiable. Son frère et sa soeur sont certes plus humains, mais ils apparaissent avec leurs limites: lâcheté, soumission à une soeur trop autoritaire... Les situations évoquées dans le roman n'ont rien d'abracadabrantes et l'univers d'Acacia obéit à une logique interne ce qui, rappelons-le, est le premier critère de réussite d'une oeuvre de fantasy pour ne pas tomber dans le ridicule. Durham se permet également d'ajouter des éléments de magie dans son monde mais, là encore, le justifie. C'est bien construit et correctement écrit. Bref, ça se tient et on attend juste le troisième et ultime volume de la saga pour enfin découvrir comment toute l'histoire va se terminer...

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:05

Trois femmes puissantes
Marie Ndiaye
éditions Gallimard




Le titre paraît curieux et en lisant la quatrième de couverture, on peut même prendre peur: "Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible". Horreur! Va-t-on encore se plonger dans les témoignages bouleversants de femmes fortes et déterminées à changer le monde? Va-t'on se sentir coupable de ne pas lutter nous-même à chaque instant pour notre dignité et nos principes?

Heureusement, le roman de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes est beaucoup plus subtil que son résumé ne le laisse supposer. Découpé en trois parties, chacune s'intéressant à trois femmes différentes, Norah, Fanta et Khady Demba, le livre adopte à chaque fois un point de vue narratif différent: l'histoire de Norah est racontée de son point de vue, celle de Fanta par le truchement de son mari Rudy et, enfin, celle de Khady Demba est narrée de nouveau du point de vue de la jeune femme, chacune de ses narrations s'effaçant à la fin de chaque partie pour laisser place au "contrepoint" c'est-à-dire à la voix d'un autre personnage qui donne ainsi au chapitre une interprétation "externe". C'est clair? Pas très? Tant pis, vous comprendrez si vous lisez le roman.

Norah est une femme métisse, de mère française et de père africain. Ce dernier, qui l'a abandonnée avec sa soeur quand elle était petite, lui demande un jour de venir la voir de toute urgence. Norah, pleine de sentiments ambivalents envers cet homme qu'elle déteste mais dont pourtant elle n'arrive pas à se détacher, ne tarde pas à découvrir que ce dernier n'a fait appel à elle que pour aider son frère, le seul de ses enfants que son père ait jamais aimé. L'occasion pour Norah de se remémorer sa jeunesse et son échec dans sa vie de couple et de famille. Narration glaciale, sentiments livrés à l'état brut, Marie Ndiaye joue ici la carte amour/haine (car la haine ne se rapproche-t-elle pas parfois de l'amour?) et le contraste entre la jolie métis attachée aux valeurs occidentales et à un certain "ordre" (une vie familiale organisée, un travail routinier) et la peur et la fascination que lui inspire un mode de vie radicalement opposé à la sienne, celle de son père (nourriture excessive, désordre, insalubrité) mais aussi celle d'un compagnon envahissant dont elle n'arrive pas à se défaire. Prise au piège entre deux modes de vie pour simplifier à l'extrême, le personnage ne parvient à trouver la paix qu'en acceptant cette dualité qui est le fondement de son existence.
Beaucoup plus sombre, mais à mon avis beaucoup plus intéressante, la seconde partie du roman se penche sur Rudy. Rudy est ce qu'on pourrait qualifier de raté. Professeur blanc en Afrique, il a été renvoyé du lycée où il enseignait et est rentré en France avec sa femme Fanta et son fils. Il leur avait promis une vie meilleure mais Fanta n'a pas pu trouver de travail et Rudy lui-même a été engagé pour vendre des cuisines par un homme qu'il déteste. Son patron d'ailleurs ne tarde pas à coucher avec sa femme. Trahi, se sentant abandonné, Rudy est rejetté par Fanta et son propre fils, méprisé et craint de ses collègues, et ignoré de sa propre mère qui consacre tout son temps à distribuer des prospectus sur les anges gardiens. La force de l'histoire tient à ce que, narration oblige, nous adoptons le point de vue de Rudy. De ce fait, nous compatissons à la solitude du personnage et ne comprenons pas forcément le regard que porte sur lui son entourage. Seul quelques fêlures soigneusement distillées dans le récit nous montrent la folie latente d'un homme tiraillé entre un passé douloureux, incarné par une mère sans chaleur, et un présent incertain, l'épouse Fanta dont les sentiments demeurent pour nous un mystère: à aucun moment, sa voix n'interviendra dans la narration, même lors du fameux contrepoint.
L'histoire de Khady Demba conclut tragiquement le roman. Jeune veuve, Khady Demba est rejettée par sa belle-famille qui l'engage à quitter l'Afrique pour l'Europe. Clandestine, Khady Demba ne parvient pas au terme de son voyage et est contrainte de se prostituer, trahie par son compagnon de route. Je ne vous dirai pas comment tout cela se termine mais ne vous attendez pas à une fin heureuse. Le récit est sombre. Ici l'Europe apparaît comme un mirage que nous savons factice (le lecteur sait d'emblée que l'héroïne ne trouvera pas le bonheur, ne serait-ce que parce qu'elle doit rejoindre sa cousine Fanta dont nous connaissons les propres difficultés) et Khady Demba apparaît comme un personnage balloté par les événements. Elle les subit sans une plainte, se réfugiant dans la conscience de sa propre valeur.
Au final, il est difficile de distinguer la "puissance" des femmes de Marie Ndiaye dans ces trois récits qui mettent en scène deux cultures différentes, celle de l'Afrique et celle de la France. Ici, pas de roman gentillet qui dit "Au fond nous sommes tous pareils, donnons-nous la main et faisons une ronde". C'est un constat plus amer qui met en avant les défauts des deux mondes et renvoie dos à dos la belle-famille africaine qui rejette la veuve sans enfants et la mère française plus préoccupée des anges gardiens que de la souffrance de son propre fils. Deux mentalités différentes, certes, mais les même préjugés et les mêmes bassesses. Alliance impossible? Marie Ndiaye elle-même semble hésiter. Cependant, au-delà du choc des cultures, il s'agit essentiellement de voir dans le roman une peinture des sentiments et des contradictions qui agitent chacun des êtres que nous sommes. C'est fait sans fioritures et avec une sécheresse même qui peut parfois déconcerter. Enfin, penchons-nous de nouveau sur le titre et demandons-nous en quoi les femmes de ce roman sont puissantes. Il s'agit ici je suppose de résistance passive: les héroïnes, soyons franche, ne jouent si l'on y réfléchit bien aucun rôle actif, se laissant porter par ce que faute de mieux on peut nommer "le destin" (même si personnellement je n'y crois pas, mais je ne suis pas l'auteur du livre) Leur puissance se résume alors à résister au mieux à ce destin. Norah ne peut lutter contre son père mais elle peut aider son frère; Fanta ne peut pas changer sa vie lamentable en France mais elle peut lui faire face par son silence méprisant et glacial; enfin, Khady Demba ne peut changer sa condition misérable mais elle peut la supporter en se souvenant chaque jour de qui elle est et de ce qu'elle vaut.
Trois femmes puissantes est un récit profondément pessimiste et plutôt désenchanté: ceci dit, les contrepoints de chacune des histoire apportent un éclairage différent qui incite le lecteur à y voir une lueur d'espoir: le père et la fille qui se retrouvent, une étoile, le sourire de Fanta... Une façon pour l'auteur de nous dire que, malgré tout, rien n'est jamais perdu...

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 11:13

Gone

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse



"Qui n'a jamais rêvé d'un monde sans adultes?" telle est l'accroche du roman fantastique pour adolescents Gone en français littéral "partis" et qui résume assez bien, quoique énigmatiquement l'histoire. Un beau jour, en plein cours, Sam, quatorze ans, voit soudain son professeur se volatiliser! Il n'est pas le seul: tous les adultes de la ville de Perdido, passés quinze ans, ont disparu de la même façon. Que faire? Il faut s'occuper des bébés et des enfants en bas âge, livrés à eux-même; il faut éteindre les incendies provoquées par les accidents de voitures et les fours laissés allumés; il faut trouver de la nourriture... Sam aurait pu se charger de la direction des opérations, mais d'autres adolescents, plus sombres et plus étranges, décident de prendre les rênes de la ville. Une décision qui inquiète Sam, d'autant plus que des phénomènes étranges se multiplient et que certains enfants dont notre héros semblent développer des pouvoirs surnaturels. Est-ce que toute cette affaire a un lien avec le centre nucléaire de Perdido et avec la mystérieuse paroi qui s'est formée tout autour de la ville? Où sont partis les adultes et qu'arrivera-t-il à ceux qui comme Sam passeront bientôt la barre fatidique des quinze ans?


Voilà un roman plutôt prometteur, dont l'intrigue a tout d'une série américaine fantastique. D'un point de vue littéraire, ça n'a pas un intérêt majeur: c'est écrit sans maladresses mais sans génie non plus. En revanche, l'action est extrêmement efficace: pas de temps mort et on ne s'ennuie pas une seconde, si ce n'est lorsque, roman ado oblige, l'auteur se croit obligé de nous gratifier d'une belle histoire d'amour entre Sam, le héros timide, et Astrid, le petit génie jolie fille de surcroît avec qui jusque là il n'avait jamais osé converser mais qui, situation de crise oblige, va obligatoirement tomber dans ses bras. Sorti de cette romance un peu pâlotte, le héros est intéressant: au début de l'histoire on s'attend à ce qu'il prenne la situation en main mais il se détourne de lui-même des responsabilités, agissant de la sorte exactement comme un adolescent lambda qui n'a pas forcément envie de s'encombrer de la gestion d'une ville et de ses habitants. Une galerie de personnages l'entoure, plus ou moins réussis: le petit frère autiste d'Astrid, Quinn l'ami lâche, Caine le dictateur miniature, la grosse brute, la rebelle qui se révèle guérisseuse... Autant de figures qui vont faire évoluer une intrigue qui tourne toujours autour de la même question: où sont passés les adultes et qu'est-il arrivé à la ville? Bon, comme il s'agit d'un premier tome, désolée, vous n'aurez qu'une partie des réponses, à charge d'attendre le deuxième tome, prévu Dieu sait quand.
Certains pourront s'agacer de ce livre un tantinet trop lisse, très "américain" (à Perdido les ados parlent de surf et les enfants pour se nourrir rouvrent le Mc Do) mais des lecteurs moins exigeants apprécieront l'ambiance très sombre du roman qui a le mérite de ne pas occulter les descriptions difficiles (morts de bébés dans leurs berceaux faute de soins, scènes de tortures et de pillages...) allant de la sorte jusqu'au bout de l'idée de départ. Un curieux mélange du roman de Stephen King Le Fléau et de la série fantastique Lost qui ravira les amateurs...

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 09:37

La princesse de Clèves

Madame de La Fayette

éditions Imprimerie Nationale


Ce n'était pas la première fois que je lisais La princesse de Clèves. La première fois, j'avais treize ou quatorze ans et je me souviens avoir éprouvé de la compassion pour l'héroïne du récit. La seconde fois, je le relisais pour les besoins de mon bac de français et j'ai éprouvé de la compassion pour monsieur de Clèves, le mari qui voit son épouse en aimer un autre. J'étais donc très curieuse de ma réaction lors de cette troisième lecture.
Tout le monde ou presque connaît l'histoire du roman de madame de la Fayette, néanmoins, il est toujours bon de faire une petite piqure de rappel. Mademoiselle de Chartres, jeune ingénue, fait ses premiers pas à la cour de François II et Catherine de Médicis sous l'oeil vigileant de sa mère. Sa beauté et sa "modestie" enflamment le coeur de bon nombre d'hommes en particulier celui de monsieur de Clèves qui, malgré le désaccord de sa famille, parvient à obtenir sa main. Hélas pour lui, la jeune fille ne partage pas ses sentiments. Hélas pour elle, son chemin croise bientôt celui du duc de Nemours. Entre eux c'est un véritable coup de foudre. Hélas pour eux deux, la princesse de Clèves, conditionnée par sa mère et son éducation, se refuse à tromper un mari pour qui elle éprouve une sincère affection et révèle à ce dernier son attirance pour un autre. Un geste noble certes, surtout au milieu d'une Cour qui se livre à de nombreux jeux galants et marivaudages sans aucun état d'âme, mais un geste qui provoquera le malheur de chacun des membres du trio amoureux: un mari qui se sait mal-aimé, un amant qui ne peut rien espérer, même pas un aveu, de celle qu'il aime, et une femme tiraillée entre son amour et son honneur.
Qualifié de roman psychologique, La princesse de Clèves est un récit écrit de façon très sèche et très froide. On imagine assez bien madame de la Fayette en vieille femme austère, observant les moeurs de ses contemporains pour les transposer quelques années en arrière, assez semblable au personnage de madame de Chartres, entre parenthèses sans doute le personnage le plus détestable du roman. Ce style d'écriture est en totale contraste avec la description des sentiments violents exprimés dans le récit: le désespoir de monsieur de Clèves qui comprend que sa femme en aime un autre, celui de la princesse quand elle ne parvient pas à contrôler ses émotions face à celui qu'elle aime (jalousie, plaisir de sa présence) ou celui du duc de Nemours qui se voit privé du droit même d'avouer son amour et réduit au silence. Mais, là où le roman prend pleinement toute sa puissance, c'est justement quand les personnages prennent eux-mêmes la parole dans la narration et la brise pour exprimer toutes les passions qui les habitent.

La princesse de Clèves n'est pas un roman d'amour; c'en est même l'antithèse. L'amour dans le récit est soit jeu galant, soit manoeuvre politique, soit, quand il est sincère, passion destructrice. Le couple la princesse de Clèves/ Le duc de Nemours me fait irrésistiblement penser à la chanson d'Edith Piaf: "Emportés par la foule..." (vous connaissez la suite). Ils se rencontrent par le biais de la Cour, mais cette Cour même qui les sépare: le prince de Clèves, les anciennes galantes du Duc et, paradoxalement, c'est le relâchement moral de la Cour et ses intrigues qui, en réaction, pousse la princesse plus étroitement dans les bras de son mari. Le message de l'auteur est clair: il n'y a pas de bonheur dans l'amour, rien que du désir et du désespoir. D'ailleurs, libérée de son mariage, la princesse de Clèves ne consentira pas à épouser le duc, invoquant certes la mémoire de son mari mais surtout sa tranquillité d'esprit: comment pourrait-elle enfin vivre sa passion sans en affronter tous les revers: la jalousie, la peur de perdre l'être aimé ou de voir sa passion s'éteindre?  Madame de la Fayette analyse certes subtilement tous les mécanismes de l'amour mais elle n'en fait pas pour autant l'apologie et son discours de femme mûre désabusée transparaît derrière le visage juvénile de son héroïne. La princesse de Clèves est le roman du renoncement. Je ne suis pas assez vieille pour avoir envie de renoncer, alors j'avoue que, même si littérairement parlant, l'histoire ne pouvait finir de façon satisfaisante, j'aurais aimé que la princesse de Clèves cède à sa passion même si c'était mal, contraire à l'honneur et tout le toutim. Oui je sais, si ça avait été le cas, le roman ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Là, c'est juste la lectrice primaire qui parle.

Ah oui, et si vous me posez la question, à la troisième lecture, toute ma sympathie est allée au duc de Nemours: même si c'est le seul personnage du triangle amoureux à échapper au tragique (il est le seul à ne pas mourir directement de sa passion) c'est au final celui qui a le plus mauvais rôle...

 

 

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:12

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Mary Anne Shaffer/ Annie Barrows
NiL éditions



Déterminée à lire quelques nouveautés, je me suis lancée dans ce qui a été le grand succès inattendu de l'été; Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Un titre pareil, avouez-le, ça avait de quoi intriguer.

Sous forme de roman épistolaire, chassés-croisés de diverses correspondances, le récit relate l'histoire de Juliet, une jeune écrivain anglaise qui a connu un certain succès durant la guerre en publiant des chroniques sous un nom d'emprunt. Mais nous sommes en 1946, la guerre est désormais terminée, et Juliet cherche un autre sujet d'inspiration pour son prochain roman, roman qu'elle entend cette fois publier sous son vrai nom. C'est alors que lui parvient la lettre de Dawsey, natif de l'île de Guernesey, qui lui demande un service. Curieuse, Juliet entame une correspondance avec l'inconnu et ne tarde pas à en apprendre plus sur son île et sur un mystérieux club de lecture dont Dawsey fait partie: le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, club créé à l'origine uniquement pour tromper l'occupant allemand. De plus en plus intriguée, l'héroïne décide d'en savoir plus sur ce club et se lie d'amitié avec la plupart de ses membres, jusqu'au jour où elle décide de se rendre elle-même sur l'île. Elle y trouvera plus que ce qu'elle était venue chercher...

Que dire? C'est plutôt mignon. Non, le terme n'a rien de péjoratif, mais c'est faute de trouver un mot plus approprié. Disons que les deux auteurs réussissent le tour de force de parler de la guerre d'une manière grave et légère et à la fois, ce qui est peut-être au fond la meilleure manière d'en montrer toute l'absurdité. L'occupant allemand n'est pas réduit au rôle de nazi tonitruant éclatant d'un rire machiavélique, mais l'humour du style laisse aussi place à des scènes d'une rare violence dans lesquelles tout amusement a disparu (récit des camps de concentration, scènes terribles d'occupation). De ce point de vue là, c'est plutôt une réussite. L'héroïne est également attachante: joyeusement excentrique, toute en forces et en faiblesses, elle permet d'insuffler vie à des personnages tout aussi insolites: Sidney, l'éditeur paternaliste, le taciturne Dawsey, la romantique Isola ou encore l'énigmatique Elizabeth, autre personnage clé de l'histoire qui, paradoxalement n'interviendra jamais directement dans les correspondances.

Une seule petite critique, mais très légère promis: l'idée du roman épistolaire est sans conteste une très bonne idée et fait toute l'originalité de la narration, permettant aux différents personnages de s'exprimer "directement". Néanmoins, j'ai trouvé cette alternance de "voix" justement trop peu marquée: sans les indications, il serait difficile de déterminer qui est l'auteur d'une lettre bien particulière, le style restant sensiblement le même. Mais bon, à part ça, le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates reste une grande réussite, frais sans tomber dans le mièvre, et de la fraîcheur durant cet été étouffant, ce n'était vraiment pas du luxe...

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 11:26

                          Révélations
Stephenie Meyer
 éditions Hachette Jeunesse



Non ce n'est pas une illusion! Je suis de retour, et cette fois pour de bon! Y a encore quelqu'un? Pitié ne soyez pas tous partis! J'ai eu des problèmes plus longs que prévu avec un ordinateur qui finalement n'est jamais revenu... Mais cette fois ça y est j'ai un nouvel ordinateur, et du coup plein de notes d'avance, de quoi vous assommer pour un petit moment...
Reprenons donc le cours normal des événements.

C'est toujours très délicat de choisir un lapin pour illustrer un article. Et encore plus quand il s'agit d'un article sur Stephenie Meyer.
Et bien oui! J'ai été faible, encore, et j'ai décidé d'achever la saga de Twilight avec son ultime volume Révélation. Moi aussi après tout j'ai le droit de quitter le style pamphlétaire de Cyrano de Bergera ou le roman picaresque pour une oeuvre plus légère. Foin des analyses littéraires ou des études psychologiques sur  les personnages, redécouvrons la description de l'amour dans son expression la plus dégoulinante, celle qui vous donne irrémédiablement envie de vomir ou de rire selon votre humeur, sauf si évidemment vos hormones vous travaillent, auquel cas je compatis.

Bref, reprenons l'histoire là où nous l'avons laissé. Bella, notre héroïne, toujours raide dingue d'Edward, parvient à convaincre son bellâtre de vampire de la transformer à son tour afin qu'ils puissent jouir ensemble de l'éternité. L'autre capitule, mais à une condition: Bella devra l'épouser au préalable. Les voilà donc unis pour le meilleur et pour le pire et ils consomment gaiement ce mariage à grands renforts d'oreillers crevés et de têtes de lits fracassées. (je sens que ce genre de détail va ravir les scénaristes de l'adaptation cinématographique) Mais un petit souci vient gâcher la lune de miel: Bella, encore humaine, se retrouve enceinte d'un bébé vampire qui se révèle plutôt néfaste pour sa santé et met son existence en péril...
Tout! Vous saurez tout sur la sexualité des vampires dans cet ultime épisode qui, au demeurant, n'est ni pire, ni meilleur que les autres. L'action est efficace, le suspens bon et le style comme je l'ai déjà dit, est tout à fait correct. L'originalité du récit tient aussi au fait que la grossesse de Bella est narrée par Jacob, son meilleur ami. L'intrigue tient la route et traîne moins en longueur que dans Tentation par exemple. Meyer avec application s'essaie à la création d'une mythologie vampiresque et son monde, à défaut d'être détaillé, reste crédible.
Alors me direz-vous, que reprocher à ce roman? J'ai parlé dans une précédente note de l'évolution des personnages de Harry Potter. Là, le personnage de Bella n'évolue pas d'un iota: elle se marie, elle a un enfant, devient vampire, mais, rien à faire, c'est toujours la même gourde du premier volume amoureuse de son vampire. Plus grave, Stephenie Meyer semble se désintéresser d'un certain nombre de débats abordés dans les trois premiers volumes et qui auraient pu faire gagner de la profondeur au récit.  Le triangle amoureux de Jacob/Bella/Edward se dénoue d'une façon proprement bâclée: ça aurait fait tache je présume de laisser Jacob amoureux de Bella et, de ce fait, malheureux. Idem sur la question de ce que Bella perd en devenant vampire. L'héroïne se transforme aussi facilement que si elle subissait une vague opération de chirurgie esthétique et n'a absolument aucun état d'âme. Tout se passe comme si l'auteur était terrifiée à l'idée de faire obstacle d'une quelconque manière à l'amour et au bonheur de ses têtes d'affiche. Chez Meyer, les ennemis ce sont les autres vampires, les humains qui peuvent découvrir le secret du couple, ou des événements extérieurs. Le conflit n'est jamais interne.
Alors oui, c'est efficace. Au fond, c'est tout ce qu'on demande je suppose à ce roman: amour et fantastique sans réflexions métaphysiques. Révélation est à l'image de ces beaux vampires qui déambulent le long des pages. C'est creux, mais c'est agréable. 

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 16:55

Les aventures de Simplicius Simplicissimus

Grimmelshausen

Editions Aubier

 

 

L’histoire de Grimmelshausen est, d’après les témoignages, largement autobiographique. L’auteur allemand du 17ème siècle s’est largement inspiré de son expérience de soldat pour relater certains chapitres de son récit, Les aventures de Simplicius Simplicissimus. Mais, au-delà du simple vécu de l’auteur, ce roman est avant tout l’une des œuvres clés du genre picaresque. Hélas oui ! Encore du picaresque…

Le narrateur, encore enfant, est arraché lors de la guerre de trente ans (1618-1648)  à ses parents. Il assiste au viol de sa mère et de sa sœur ainsi qu’à la mise à la torture de son père, scènes dont il est le témoin curieux, trop jeune pour en comprendre toute l’horreur. Ballotté ça et là, Simplicius Simplicissimus (nom dont on l’affuble) devient tour à tour compagnon d’un ermite, page et fou, change de maître à de nombreuses reprises et finit par devenir soldat, état dans lequel il excellera. Ce changement de statut va de pair avec l’évolution de son caractère. D’abord un peu simple d’esprit (d’où son nom) ce qui lui attire bon nombre de mauvaises plaisanteries, le narrateur fait preuve de sagesse et d’une grande piété précisément au moment où il joue son rôle. Mais c’est au moment où il endosse la fonction de soldat et devient lui-même acteur de son destin que la véritable personnalité de Simplicius se révèle : avide d’argent et de pouvoir, il tombe dans les travers qu’il a jusque là dénoncés : excès, libertinage, avarice… De victime il devient acteur de cette guerre atroce dont l’auteur dénonce avec légèreté toutes les horreurs : les paysans qui meurent de faim, les soldats pouilleux, les jeux de pouvoirs…

Maintenant, si vous avez déjà lu les notes précédentes, vous devriez être capables de déterminer sans mon aide ce qui permet de définir Les aventures de Simplicius Simplicissimus  de roman picaresque. Non ? Bon allez : déjà le récit qui met en scène un héros « en apprentissage ». Mais, loin d’incarner toutes les vertus de l’héroïsme comme dans un roman de chevalerie, ce héros est tout à fait ordinaire, parfois même un peu demeuré et succombe facilement aux vices. Son quotidien qui plus est reste trivial. Ensuite, le ton la narration est très léger, plutôt humoristique, même si cet humour est relativement grinçant. Enfin, l’auteur n’hésite pas à tourner en dérision son personnage, se désolidarisant de la sorte de la narration et lui ôtant toute crédibilité.

Si vous êtes comme moi, vous commencerez peut-être vous aussi à vous lasser du roman picaresque. Ceci dit, il faut reconnaître à Grimmelshausen une narration efficace dans son découpage (une succession de chapitres courts qui évitent la lassitude) ainsi qu’un fatras de connaissances digérées sur la mythologie et la religion. De plus, l’auteur s’amuse à faire intervenir dans son récit prédictions astrologiques, prophéties diverses et scènes de sorcellerie qui donne au roman une dimension fantastique assez intéressante. D’un point de vue historique, Les aventures de Simplicius Simplicissimus sont sans conteste une mine d’or. D’un point de vue littéraire c’est plus inégal, mais à titre de curiosité…

 

Ps: Le week-end est fini, mon accès à l'ordinateur également. Si tout va bien, je serais de retour d'ici une petite semaine,  peut-être moins. A bientôt!

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