Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:12

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Mary Anne Shaffer/ Annie Barrows
NiL éditions



Déterminée à lire quelques nouveautés, je me suis lancée dans ce qui a été le grand succès inattendu de l'été; Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Un titre pareil, avouez-le, ça avait de quoi intriguer.

Sous forme de roman épistolaire, chassés-croisés de diverses correspondances, le récit relate l'histoire de Juliet, une jeune écrivain anglaise qui a connu un certain succès durant la guerre en publiant des chroniques sous un nom d'emprunt. Mais nous sommes en 1946, la guerre est désormais terminée, et Juliet cherche un autre sujet d'inspiration pour son prochain roman, roman qu'elle entend cette fois publier sous son vrai nom. C'est alors que lui parvient la lettre de Dawsey, natif de l'île de Guernesey, qui lui demande un service. Curieuse, Juliet entame une correspondance avec l'inconnu et ne tarde pas à en apprendre plus sur son île et sur un mystérieux club de lecture dont Dawsey fait partie: le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, club créé à l'origine uniquement pour tromper l'occupant allemand. De plus en plus intriguée, l'héroïne décide d'en savoir plus sur ce club et se lie d'amitié avec la plupart de ses membres, jusqu'au jour où elle décide de se rendre elle-même sur l'île. Elle y trouvera plus que ce qu'elle était venue chercher...

Que dire? C'est plutôt mignon. Non, le terme n'a rien de péjoratif, mais c'est faute de trouver un mot plus approprié. Disons que les deux auteurs réussissent le tour de force de parler de la guerre d'une manière grave et légère et à la fois, ce qui est peut-être au fond la meilleure manière d'en montrer toute l'absurdité. L'occupant allemand n'est pas réduit au rôle de nazi tonitruant éclatant d'un rire machiavélique, mais l'humour du style laisse aussi place à des scènes d'une rare violence dans lesquelles tout amusement a disparu (récit des camps de concentration, scènes terribles d'occupation). De ce point de vue là, c'est plutôt une réussite. L'héroïne est également attachante: joyeusement excentrique, toute en forces et en faiblesses, elle permet d'insuffler vie à des personnages tout aussi insolites: Sidney, l'éditeur paternaliste, le taciturne Dawsey, la romantique Isola ou encore l'énigmatique Elizabeth, autre personnage clé de l'histoire qui, paradoxalement n'interviendra jamais directement dans les correspondances.

Une seule petite critique, mais très légère promis: l'idée du roman épistolaire est sans conteste une très bonne idée et fait toute l'originalité de la narration, permettant aux différents personnages de s'exprimer "directement". Néanmoins, j'ai trouvé cette alternance de "voix" justement trop peu marquée: sans les indications, il serait difficile de déterminer qui est l'auteur d'une lettre bien particulière, le style restant sensiblement le même. Mais bon, à part ça, le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates reste une grande réussite, frais sans tomber dans le mièvre, et de la fraîcheur durant cet été étouffant, ce n'était vraiment pas du luxe...

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 11:26

                          Révélations
Stephenie Meyer
 éditions Hachette Jeunesse



Non ce n'est pas une illusion! Je suis de retour, et cette fois pour de bon! Y a encore quelqu'un? Pitié ne soyez pas tous partis! J'ai eu des problèmes plus longs que prévu avec un ordinateur qui finalement n'est jamais revenu... Mais cette fois ça y est j'ai un nouvel ordinateur, et du coup plein de notes d'avance, de quoi vous assommer pour un petit moment...
Reprenons donc le cours normal des événements.

C'est toujours très délicat de choisir un lapin pour illustrer un article. Et encore plus quand il s'agit d'un article sur Stephenie Meyer.
Et bien oui! J'ai été faible, encore, et j'ai décidé d'achever la saga de Twilight avec son ultime volume Révélation. Moi aussi après tout j'ai le droit de quitter le style pamphlétaire de Cyrano de Bergera ou le roman picaresque pour une oeuvre plus légère. Foin des analyses littéraires ou des études psychologiques sur  les personnages, redécouvrons la description de l'amour dans son expression la plus dégoulinante, celle qui vous donne irrémédiablement envie de vomir ou de rire selon votre humeur, sauf si évidemment vos hormones vous travaillent, auquel cas je compatis.

Bref, reprenons l'histoire là où nous l'avons laissé. Bella, notre héroïne, toujours raide dingue d'Edward, parvient à convaincre son bellâtre de vampire de la transformer à son tour afin qu'ils puissent jouir ensemble de l'éternité. L'autre capitule, mais à une condition: Bella devra l'épouser au préalable. Les voilà donc unis pour le meilleur et pour le pire et ils consomment gaiement ce mariage à grands renforts d'oreillers crevés et de têtes de lits fracassées. (je sens que ce genre de détail va ravir les scénaristes de l'adaptation cinématographique) Mais un petit souci vient gâcher la lune de miel: Bella, encore humaine, se retrouve enceinte d'un bébé vampire qui se révèle plutôt néfaste pour sa santé et met son existence en péril...
Tout! Vous saurez tout sur la sexualité des vampires dans cet ultime épisode qui, au demeurant, n'est ni pire, ni meilleur que les autres. L'action est efficace, le suspens bon et le style comme je l'ai déjà dit, est tout à fait correct. L'originalité du récit tient aussi au fait que la grossesse de Bella est narrée par Jacob, son meilleur ami. L'intrigue tient la route et traîne moins en longueur que dans Tentation par exemple. Meyer avec application s'essaie à la création d'une mythologie vampiresque et son monde, à défaut d'être détaillé, reste crédible.
Alors me direz-vous, que reprocher à ce roman? J'ai parlé dans une précédente note de l'évolution des personnages de Harry Potter. Là, le personnage de Bella n'évolue pas d'un iota: elle se marie, elle a un enfant, devient vampire, mais, rien à faire, c'est toujours la même gourde du premier volume amoureuse de son vampire. Plus grave, Stephenie Meyer semble se désintéresser d'un certain nombre de débats abordés dans les trois premiers volumes et qui auraient pu faire gagner de la profondeur au récit.  Le triangle amoureux de Jacob/Bella/Edward se dénoue d'une façon proprement bâclée: ça aurait fait tache je présume de laisser Jacob amoureux de Bella et, de ce fait, malheureux. Idem sur la question de ce que Bella perd en devenant vampire. L'héroïne se transforme aussi facilement que si elle subissait une vague opération de chirurgie esthétique et n'a absolument aucun état d'âme. Tout se passe comme si l'auteur était terrifiée à l'idée de faire obstacle d'une quelconque manière à l'amour et au bonheur de ses têtes d'affiche. Chez Meyer, les ennemis ce sont les autres vampires, les humains qui peuvent découvrir le secret du couple, ou des événements extérieurs. Le conflit n'est jamais interne.
Alors oui, c'est efficace. Au fond, c'est tout ce qu'on demande je suppose à ce roman: amour et fantastique sans réflexions métaphysiques. Révélation est à l'image de ces beaux vampires qui déambulent le long des pages. C'est creux, mais c'est agréable. 

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 16:55

Les aventures de Simplicius Simplicissimus

Grimmelshausen

Editions Aubier

 

 

L’histoire de Grimmelshausen est, d’après les témoignages, largement autobiographique. L’auteur allemand du 17ème siècle s’est largement inspiré de son expérience de soldat pour relater certains chapitres de son récit, Les aventures de Simplicius Simplicissimus. Mais, au-delà du simple vécu de l’auteur, ce roman est avant tout l’une des œuvres clés du genre picaresque. Hélas oui ! Encore du picaresque…

Le narrateur, encore enfant, est arraché lors de la guerre de trente ans (1618-1648)  à ses parents. Il assiste au viol de sa mère et de sa sœur ainsi qu’à la mise à la torture de son père, scènes dont il est le témoin curieux, trop jeune pour en comprendre toute l’horreur. Ballotté ça et là, Simplicius Simplicissimus (nom dont on l’affuble) devient tour à tour compagnon d’un ermite, page et fou, change de maître à de nombreuses reprises et finit par devenir soldat, état dans lequel il excellera. Ce changement de statut va de pair avec l’évolution de son caractère. D’abord un peu simple d’esprit (d’où son nom) ce qui lui attire bon nombre de mauvaises plaisanteries, le narrateur fait preuve de sagesse et d’une grande piété précisément au moment où il joue son rôle. Mais c’est au moment où il endosse la fonction de soldat et devient lui-même acteur de son destin que la véritable personnalité de Simplicius se révèle : avide d’argent et de pouvoir, il tombe dans les travers qu’il a jusque là dénoncés : excès, libertinage, avarice… De victime il devient acteur de cette guerre atroce dont l’auteur dénonce avec légèreté toutes les horreurs : les paysans qui meurent de faim, les soldats pouilleux, les jeux de pouvoirs…

Maintenant, si vous avez déjà lu les notes précédentes, vous devriez être capables de déterminer sans mon aide ce qui permet de définir Les aventures de Simplicius Simplicissimus  de roman picaresque. Non ? Bon allez : déjà le récit qui met en scène un héros « en apprentissage ». Mais, loin d’incarner toutes les vertus de l’héroïsme comme dans un roman de chevalerie, ce héros est tout à fait ordinaire, parfois même un peu demeuré et succombe facilement aux vices. Son quotidien qui plus est reste trivial. Ensuite, le ton la narration est très léger, plutôt humoristique, même si cet humour est relativement grinçant. Enfin, l’auteur n’hésite pas à tourner en dérision son personnage, se désolidarisant de la sorte de la narration et lui ôtant toute crédibilité.

Si vous êtes comme moi, vous commencerez peut-être vous aussi à vous lasser du roman picaresque. Ceci dit, il faut reconnaître à Grimmelshausen une narration efficace dans son découpage (une succession de chapitres courts qui évitent la lassitude) ainsi qu’un fatras de connaissances digérées sur la mythologie et la religion. De plus, l’auteur s’amuse à faire intervenir dans son récit prédictions astrologiques, prophéties diverses et scènes de sorcellerie qui donne au roman une dimension fantastique assez intéressante. D’un point de vue historique, Les aventures de Simplicius Simplicissimus sont sans conteste une mine d’or. D’un point de vue littéraire c’est plus inégal, mais à titre de curiosité…

 

Ps: Le week-end est fini, mon accès à l'ordinateur également. Si tout va bien, je serais de retour d'ici une petite semaine,  peut-être moins. A bientôt!

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 13:13

Harry Potter t.1 à 7

J.K Rowling

Éditions Gallimard Jeunesse

 

 

Profitant de ma coupure du monde magique d’Internet, je me suis décidée à me relancer pour me consoler dans un autre monde tout aussi merveilleux, celui de Harry Potter et j’ai relu à la suite les sept tomes de la saga du petit sorcier.

Rassurez-vous, je ne ferai point une analyse détaillée de chacun des volumes. Je crois qu’à l’heure qu’il est, pratiquement tout le monde connaît l’histoire de Harry, le petit garçon qui, à l’âge de onze ans découvre qu’il a des pouvoirs magiques et entre dans l’école de sorcellerie de Poudlard, dirigé par le vénérable Dumbledore. Durant ses sept années de scolarité, Harry apprendra à  contrôler ses dons mais, surtout, verra avec horreur le retour de Voldemort, le terrible sorcier adepte de magie noire qui a autrefois tué les parents de notre héros.

Que dire ? Harry Potter est devenu au fil du temps un véritable phénomène littéraire et il m’est difficile d’en parler objectivement car je fais partie de ces fans purs et durs, de ceux qui hurlent quand les adaptations cinématographiques omettent le moindre détail et qui peut vous citer le moindre nom des élèves de Gryffondor. Au demeurant, il faut reconnaître que le style de Rowling n’a rien de franchement exceptionnel : c’est simple mais efficace, parfois un peu maladroit. En revanche, il a une caractéristique frappante, celui d’avoir évolué au fil de la saga. Le tome 1 de Harry Potter, L’école des sorciers est un honnête livre pour enfants ; le tome 7, Les reliques de la mort, est beaucoup plus abouti et recèle des passages absolument magnifiques ou au contraire glaçants.

Mais ce qui, à mon avis, a rendu la série célèbre, c’est avant tout cette alliance d’un univers magique (la sorcellerie) avec un quotidien des plus familiers (l’école avec son lot de contrôles, de punitions, d’élèves plus ou moins brillants et de professeurs plus ou moins antipathiques)  Cette alliance se fait de façon si naturelle et non sans une dose d’humour que le lecteur n’a aucun mal à  adhérer à ce monde où les chouettes apportent le courrier, les balais volent, mais où vous pouvez toujours avoir un zéro pour avoir mal préparé votre potion magique…

Et, pour finir, un petit tour d’horizon rapide des sept volumes, en essayant de ne pas commettre trop d’impairs:


L’école des sorciers : Comme je l’ai déjà souligné, le premier volume n’a rien d’exceptionnel. D’un style très enfantin, son intérêt majeur est de mettre en place l’univers de la série et différents personnages : Harry, les Dursley, Ron, Hermione, le professeur Rogue (mon chouchou !) Dumbledore, Neville… pour la petite histoire, quand j’ai commencé la première fois la série, j’ai laissé tomber au bout de trois chapitres ! Il a fallu en fin de compte que je lise par la suite le deuxième tome pour revenir au premier.

La chambre des secrets : Là, c’est purement affectif car c’est comme je le disais, le premier Harry Potter que j’ai lu jusqu’au bout. L’intrigue est plus sombre que dans le premier tome ; le héros lui-même apparaît plein de zones d’ombre et une menace plane sur l’école de Poudlard (des élèves se font mystérieusement attaquer) Certains personnages comme les Weasley prennent de l’ampleur. Paradoxalement, c’est sans doute le volume où l’on trouve le plus de passages comiques : la voiture volante, le jour de la Saint Valentin… et des personnages franchement drôles apparaissent : Mimi Geignarde, l’adolescente fantôme susceptible et l’ineffable professeur Lockhart (qui ne sévira malheureusement que le temps d’un roman) le magicien bellâtre plus soucieux de son apparence que de ses cours.

Le prisonnier d’Azkaban : après l’avoir apprécié sans plus, j’ai appris à aimer ce volume qui, pour la première fois, revient sur les circonstances de la mort des parents de Harry et qui fait intervenir les Détraqueurs, ces personnages maléfiques qui absorbent l’espoir et le bonheur. A noter aussi l’arrivée du professeur Trelawney, le professeur de divination dont les cours permettent également quelques bonnes scènes de comédie.

La coupe de feu : Ce tome marque un tournant dans le cycle. De par sa longueur déjà : on passe de romans courts à un véritable pavé. De par son ton aussi : c’est à partir de cet épisode que les morts s’accumulent. La coupe de feu est je crois l’un des tomes les plus critiqués de la saga : on lui reproche des longueurs, notamment au début, et un rythme relativement paresseux. Cependant, ce tome a le mérite de détruire l’image gentillette de Harry et de ses amis pour en faire des personnages plus complexes (Harry, jaloux de la popularité de Cedric Diggory, Ron jaloux de la notoriété de Harry et Hermione, vexée par le manque d’attentions que lui accorde Ron) bref, des adolescents qui ont parfois envie de faire autre chose que de sauver le monde. La coupe de feu marque également le véritable retour de Voldemort, l’ennemi juré de Harry.

L’ordre du Phénix : C’est, à mon avis, avec le septième tome, le volume le plus dur de la série. Harry, incompris, se fait « persécuter » par le ministère de la Magie, est rejeté par bon nombre de ses camarades et doit faire front au professeur Ombrage, l’horrible nouvelle venue à Poudlard. Dans un style léger, Rowling met en scène des passages très difficiles : les retenues durant lesquelles Harry écrit avec son propre sang, le renvoi d’Hagrid, le procès de Harry… Des personnages jusqu’alors insignifiants comme le parrain ou le père de Harry acquièrent une nouvelle dimension. Notre héros lui-même, en proie à une crise d’adolescence somme toute assez comique est amené à reconsidérer son jugement sur ses parents, ses professeurs, le ministère… Et sur tout ça plane la peur omniprésente de Voldemort qui ne se manifeste jamais aussi clairement que dans l’Epouvantard auquel doit faire face madame Weasley au début du roman.  Si L’ordre du Phénix est aussi un pavé, à la différence de La coupe de feu, aucun chapitre n’est inutile.

Le Prince de Sang-Mêlé : Retour à un Harry Potter plus classique : le héros redevient lisse, sa popularité est de nouveau au beau fixe. Le sixième tome est une parenthèse qui s’intéresse presque davantage aux émois amoureux ou aux rivalités des personnages qu’à Voldemort lui-même. Seul les morts et les disparitions qui ponctuent le récit nous rappellent que le combat est loin d’être terminé. A noter aussi le coup de théâtre final qui a plongé bon nombre de lecteurs dans un grand désarroi…

Les Reliques de la Mort : Après l’image du père de Harry, c’est au tour de celle de Dumbledore, le directeur, de prendre dans cet ultime roman une bonne claque. Plus de quotidien d’écoliers : les morts s’enchaînent à une vitesse accablante, les personnages principaux sont pourchassés… Certaines scènes sont glaçantes : la visite de Harry et Hermione chez une vieille sorcière à Godric’s Hollow, la fuite continuelle de nos trois compères…. D’autres passages sont au contraire très émouvants : le moment où Ron détruit l’un des Horcruxes, celui où Harry a accès aux souvenirs du professeur qu’il déteste, le professeur Rogue…


Bref, le temps de quinze jours j’ai replongé dans Harry Potter comme on plonge avec délice dans un bon bain. Certains détestent relire : je fais partie  de ceux qui apprécient, assurée de ne pas avoir de mauvaises surprises et peut-être même de découvrir des détails qui m’auraient échappée lors d’une première lecture… Le danger étant surtout de ne pas chercher machinalement sa baguette magique au moment de partir travailler.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 11:14

Etats et Empires de la Lune

Etats et Empires du Soleil

Cyrano de Bergerac

Editions Gallimard

 

 

Nous connaissons tous Cyrano de Bergerac en tant que personnage d’Edmond Rostand et ses tirades ont bercé des générations de collégiens et lycéens. Mais quid du vrai Cyrano, l’écrivain français du 17ème siècle délicieusement scandaleux ?

Premier constat qui va en décevoir une ou deux : Cyrano était très probablement homosexuel : point d’amour exalté pour sa jolie cousine ; si Rostand avait voulu coller à la réalité historique, il l’aurait fait fondre pour le beau et timide Christian. Second constat : Cyrano de Bergerac était un auteur novateur.

Dans Les Etats et Empires de la Lune et Les Etats et Empires du Soleil, l’écrivain se plaît à imaginer un voyageur terrien qui découvre successivement la civilisation lunaire puis la civilisation solaire. Description d’une utopie à la manière d’un More ? Que nenni ! La Lune comme le Soleil sont en apparence totalement différentes de notre bonne vieille Terre : l’une est peuplée par des quadrupèdes, l’autre par des oiseaux. Celle-ci est gouvernée par ses représentants les plus stupides, celle-là par les plus doux. Sur la Lune les plus jeunes uniquement sont écoutés, sur le Soleil ce sont des philosophes décédés qui font profiter de leur expérience ceux qui le souhaitent. Mais, au final, les mêmes « défauts » de la Terre se retrouvent : sentiment de mépris pour les autres espèces (le narrateur sur la Lune est traité comme un animal savant tandis que sur le Soleil il manque carrément être mis à mort, coupable d’être « un homme »), intolérance, suffisance, xénophobie…. Poursuivi sur la Terre pour hérésie, le narrateur est tout aussi mal traité sur les autres planètes. Voulant faire profiter des différentes cultures, il n’est au final à sa place nulle part et n’apprend rien de ses voyages, le récit inachevé des Etats et Empires du Soleil se terminant, comble de l’ironie, au moment pile où le voyageur va rencontrer Descartes et avoir enfin avec lui une conversation philosophique ! Cyrano de Bergerac conclut ainsi magnifiquement, bien qu’involontairement, deux romans ancrés dans le courant libertin. Non pas libertin dans le sens sexuel mais dans son sens premier : affranchissement par rapport aux règles établies, que ce soit celles  de la société ou de la religion, pour laisser place à un questionnement ouvert. Le style d’ailleurs est à l’image de l’esprit. Les discours philosophiques sont brutalement interrompus par des plaisanteries graveleuses, les descriptions sont tantôt minutieuses, tantôt expédiées… Le narrateur lui-même apparaît tantôt comme un sage, tantôt comme un fat. Le but de Cyrano est ainsi de plonger son lecteur dans la plus grande confusion et, le privant de repères rassurants, (une narration structurée, un cadre familier) de le forcer à abandonner tous « préjugés » pour aborder le récit d’un œil neuf. Après, on aime ou on n’aime pas. L’œuvre de Cyrano de Bergerac, plus ironique que franchement hilarante, a au moins le mérite de renvoyer à la société du 17ème siècle une image peu flatteuse d’elle-même… Mais ne rions pas trop : car nous risquons nous aussi au détour d’une phrase de retrouver quelques-uns de nos bons vieux défauts…

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 15:11
La chaussure sur le toit

Vincent Delecroix

Editions Gallimard

 

 

Me revoilà. Il est temps de remettre un peu d’ordre dans ce blog qui a été squatté honteusement par la famille au complet. Désolée au fait pour les commentaires qui ont sauté : accidentellement j’ai fait une mauvaise manipulation ! Le retour n’est pas définitif mais normalement, d’ici fin septembre tout devrait être rentré dans l’ordre. La bonne nouvelle (ou la mauvaise diront certaines mauvaises langues) c’est que j’ai plein de notes d’avance du coup je risque d’avoir un rythme plus soutenu ces prochains jours et en octobre… (qui dit pas d’ordinateur dit beaucoup plus de lecture) Voilà, voilà, mille excuses à tous !

Reprenons en douceur avec un roman composé en fait de dix nouvelles, chacune ayant pour fil rouge… une chaussure sur un toit. Que fait cette chaussure abandonnée sur le toit de cet immeuble et qui diable a bien pu l’y mettre ? Autour de cette épineuse question, au demeurant totalement inutile, l’auteur, Vincent Delecroix s’amuse à imaginer dix histoires mettant en scène un personnage témoin ou acteur du phénomène, partant du principe, comme il l’explique dans sa neuvième nouvelle que « si l’on voulait dire la vérité de cette chaussure, il faudrait s’y prendre autrement (…) ne pas abolir le principe de raison, mais le saturer c’est évident (…) ne pas fuir l’explication, fournir toute l’explication, toutes les explications possibles. » Ainsi, la chaussure est tour à tour celle d’un amoureux agile, d’un bandit, d’un amant dépité, d’un fou, et même d’un ange !

La chaussure sur le toit est un exercice de style ; il pourrait être le résultat d’un atelier d’écriture : « Une chaussure sur le toit d’un immeuble : imaginez toutes les péripéties possibles qui ont pu aboutir à cette conclusion. » L’auteur d’ailleurs semble beaucoup s’amuser à broder sur le thème de cette chaussure et certaines de ses saynètes sont particulièrement réussies : l’histoire du chien et de son maître dépressif qui, convaincu d’être seul, finit par se retrouver seul pour de bon ; l’homme qui, au lendemain d’une fête n’a de cesse de rechercher une belle inconnue dont il n’a plus que la chaussure ; le présentateur de télévision frappé d’une crise mystique qui le conduit à la folie… Très à l’aise dans le registre léger et cynique, Vincent Delecroix est en revanche beaucoup plus maladroit dès qu’il s’aventure sur un terrain qui ne lui semble pas forcément familier. Ainsi, sa nouvelle sur une jeune fille dont l’amoureux sans papier se fait expulser par la police tombe complètement à plat. Trop larmoyante, l’histoire ne parvient pas à toucher. De même, sa réécriture d’une tragédie grecque dans un style contemporain est profondément ennuyeuse : incapable de s’approprier les personnages mythiques, le récit tourne à la pédanterie et, pour le coup, toutes les ficelles de l’auteur apparaissent avec leurs limites.

Vous l’avez compris : c’est inégal. Mais il est presque plus difficile de faire un recueil de nouvelles parfait qu’un roman parfait, ce qui n’est pas peu dire. Donc, s’il faut noter la prose de Vincent Delecroix, ce sera avec ce commentaire : « Peut mieux faire, mais néanmoins très encourageant. »  

 

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 00:06
Alors tout d'abord, il fait beau dehors, ce n'est donc pas si grave que sur internet, l'ambiance se relâche un peu. Franchement, regardez-moi ce teint que vous avez. Vous seriez mieux dehors à respirer le grand air.

Ensuite, il y a beaucoup d'impondérables, de contingences, de malheureuses coïncidences qui font que parfois, c'est la vie, on ne peut plus mettre en ligne aussi souvent qu'on le voudrait.

Tout ça pour dire que Beux est en vacances, qu'elle a déménagé, que internet est en panne, que son ordinateur ne va pas bien, que jupiter est dans la maison du taureau, qu'elle n'a pas demandé à venir au monde et puis que d'abord voilà.

Elle m'a donc chargé de venir vous passer un petit bonjour, vous les lecteurs qui faites encore de jolies courbes bleues dans son diagramme de statistiques, elle revient dès qu'elle peut, elle est désolée pour cette longue absence, il ne faut pas le prendre mal, ce n'est rien contre vous, c'est elle, elle a besoin de temps. Mais vous pouvez rester amis.

En attendant, si vous regardez dans sa colonne de liens, vous verrez qu'elle a plein de frères plus sexy les uns que les autres et qui n'attendent que votre visite à bras ouverts.

Bonne fin de vacances !

-Boulet-

Repost 0
Published by beux
commenter cet article
2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 15:20

Xanth

t.2: la source de magie

Piers Anthony

éditions Milady

 

Il fait très chaud, beaucoup trop pour se lancer dans des ouvrages complexes et des sentiments exaltés. Il est temps de se plonger dans une lecture rafraîchissante et sans prétention. Retour donc à Piers Anthony et à son deuxième tome de Xanth : la source de magie. Souvenez-vous. Piers Anthony c’est cet auteur de fantasy des années 70 que j’avais cru à tort être un contemporain. Cette fois, pas d’entourloupe : j’aborde le second volume de la série en toute connaissance de cause et sans accuser le malheureux de plagiat ou de manque d’originalité…

Bink notre héros coule donc des jours heureux auprès de sa tendre épouse. Sauf qu’en fait, il est loin d’être heureux, la tendre épouse étant plus qu’acariâtre, d’autant plus qu’elle attend un heureux événement. Qui plus est, son pouvoir magique, en sommeil, lui joue de bien vilains tours. Le roi ne voit alors qu’une solution pour palier à la crise conjugale de son sujet, l’envoyer sur les routes pour découvrir la source de magie à Xanth. Bink est donc envoyé en mission accompagné du centaure Chester, en bisbille également avec son épouse, et du soldat misogyne, Crombie, métamorphosé pour l’occasion en griffon… Les trois compères sont bientôt rejoints par le Bon Magicien Humphrey et par le golem Kandira. Mais le groupe ne tarde pas à se heurter à des obstacles et à rencontrer de nombreux ennemis au cours de leur quête. Pour une mystérieuse raison, un puissant ennemi leur met des bâtons dans les roues pour les empêcher de réussir…


Ça passe nettement mieux que le premier volet. D’une part c’est un peu mieux construit, même si l’auteur reste quand même assez surprenant dans son découpage narratif : il prend 70 pages pour décrire le bal masqué de la reine Iris, et expédie le départ de la quête des héros en une ligne (en gros, les scènes d’adieux doivent le gonfler) De la même façon, il expédie certains passages pour au contraire s’appesantir sur d’autres qui à première vue présentent nettement moins d’intérêt. En revanche, l’intrigue est assez prenante, le style plutôt efficace. Piers Anthony excelle dans le registre léger et un humour quasi-omniprésent ce qui l’empêche du coup de créer des situations réellement dramatiques. A dire vrai, on ne croit pas un seul instant à la mort de certains personnages et les rares scènes touchantes (la nymphe délaissée, le pouvoir magique du centaure) tombent de ce fait complètement à côté. Mais bon, passons… Passons aussi sur une certaine misogynie de Piers Anthony : les femmes sont soit laides et intelligentes, et de ce fait  sont des harpies, soit au contraire  sont des gentilles et jolies douces petites choses, mais qui n’ont pas inventé l’eau tiède. Vous trouvez que j’exagère ? Pourtant, le point de départ de cette quête, à rebours des quêtes chevaleresque, est de fuir l’être aimé. La femme est vécue comme un fardeau : la reine Iris est à demi-folle, Caméléon est insupportable, la nymphe Bijou est un peu simple d’esprit… Bref. N’étant pas une féministe enragée, ces petites piques m’ont plus fait rire qu’autre chose, mais elles pourraient ne pas être appréciées de toutes…  Passons, passons… Restons plutôt sur l’idée d’un roman qui se lit bien et d’une histoire plus développée que dans le premier volume, saluons les multiples créatures fantastiques… Le monde de Xanth n’a pas l’ampleur du monde créé par Tolkien mais peu à peu il prend joliment forme…

Repost 0
26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 13:11
Triskellion
Will Peterson
édition Milan



C’était annoncé comme LE roman jeunesse, celui qui allait détrôner Harry Potter et renvoyer Gaiman dans ses pénates, la nouvelle série fantastique, le Da Vinci Code des adolescents mâtiné de X.Files. Pas de chance, je déteste le Da Vinci Code.
Bah, reconnaissons-le, ça commençait pas si mal. Un frère et une sœur, jumeaux, sont envoyés chez leur grand-mère au fin fond de la campagne anglaise. Quasi même incipit que Le Monde de Narnia en somme sauf que là, ce n’est pas la guerre que les enfants fuient mais un divorce difficile. Adam et Rachel débarquent donc à Triskellion, le village de leur origine et ces petits américains découvrent avec angoisse un environnement qui leur est franchement hostile : les adolescents du coin les frappent, les adultes les ignorent, leur grand-mère est énigmatique et, surtout, le village semble receler un lourd secret ésotérique : le vaste dessin d’un symbole dans un champ, de vieilles runes, des hommes en vert qui se livrent à d’étranges rituels, un cercueil dans une église…. Et c’est là que ça se gâte : l’auteur, non content de faire intervenir rites douteux, réincarnations suspectes ou symboles magiques, s’empresse de rajouter en vrac jumeaux télépathes (et oui nos héros communiquent entre eux, pratique non ?) être surnaturel télépathe aussi et sur la même longueur d’ondes que les jumeaux (il s’appelle Gabriel, l’auteur s’est pas foulé niveau symbolique des prénoms) découvertes archéologiques troublantes avec présentateurs escrocs, des amis qui se révèlent des traîtres et des méchants qui se révèlent des gentils. Je passe sur les explosions, les incendies, les violents orages, les enterrés vivants, les détraqués… Oui, on est dans X-Files, mais dans un épisode où Mulder résoudrait toutes ses affaires en une seule fois, Scully ayant tout comme nous laissé tombé ; parce qu’à trop vouloir en faire, le récit sombre dans l’invraisemblance la plus totale. Oh, une carte ! Vite trouvons le trésor ! Oh oui suivons un parfait inconnu qui parle aux abeilles, il va nous expliquer tous les secrets du village. Il manque une triskèle ? Oh ça tombe bien une équipe télévisée arrive pour la déterrer. Manquons nous faire tuer par un malade mental puis revenons comme si de rien n’était déguster un bol de porridge chez mère-grand...
Et le pire dans tout ça c’est qu’au final… on ne comprend rien ! Pourquoi les jumeaux sont élus, quel est leur intérêt, quel est le secret des habitants du village à part se peinturlurer, qui est exactement l’homme enterré sous l’église… Certes il y a une suite à cette merveille qui nous révélera sans doute tous les secrets et bien d’autres encore. Le prochain épisode annonce déjà séquestration, poursuite en hélicoptère, trahison… ça va j’ai l’air assez enthousiaste ? Non, désolée, je suis encore en train d’essayer de comprendre le rôle déterminant de ces foutues abeilles dans l’histoire…
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:23

Le convoi de l’eau

Akira Yoshimura

Editions Actes Sud

 

 

Japon. Un homme au lourd passé qui est resté de nombreuses années en prison pour le meurtre de sa femme, cherche la paix dans le travail d’ouvrier de chantier. Dans ce but, il s’engage dans une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Cette équipe a aussi un autre objectif : persuader les habitants d’un hameau perdu au fin fond de la vallée, hameau dont il y a encore quelques années personne ne connaissait l’existence, de renoncer à leur vie, de quitter leurs habitations et de laisser leur village se faire engloutir par les eaux. Très vite, un lien étrange va s’établir entre ces mystérieux autochtones condamnés à l’exil et les ouvriers du chantier, notamment avec le narrateur qui, grâce aux habitants du village,  parviendra enfin à retrouver la sérénité…

Récit bref, avec une absence quasi-totale de dialogues, Le convoi de l’eau est un livre étrange, typiquement japonais si j’ose dire, avec des descriptions qui, bien que concises n’en sont pas moins extrêmement parlantes. C’est étonnant la façon dont l’auteur en peu de mots parvient à restituer des images ou d’une grande violence, ou d’une grande beauté. Il lui suffit de peu de choses : la tache blanche que fait la robe d’une jeune fille du village, pendue à un arbre pour avoir été violée par l’un des ouvriers du chantier, la pluie qui tombe sur les tentes des ouvriers, le sons des mousses des toits qui s’écroulent… Tout est rendu avec une grande justesse et donne au roman un aspect fantastique et très déroutant. Les habitants du village deviennent des sortes de créatures oniriques, agissant selon des desseins qui sont connus d’eux seul et cet aspect est renforcé par le fait qu’aucun d’entre eux ne parle durant tout le récit. Un peu troublé, le lecteur avance à tâtons dans cet univers, guidé par le narrateur qui révèle lui-même les aspects troubles de sa personnalité au fur et à mesure du récit. Aveugle guidé par un borgne, nous n’avons qu’une solution : adhérer à notre tour à cette histoire, célébration de la nature et du souvenir, intemporelle et  sans complaisance. Le convoi de l’eau, pourtant parsemé de descriptions assez violentes (l’assassinat de l’épouse, le suicide de la jeune fille du village, la découverte du corps de l’un des ouvriers ou encore le récit des cruautés du narrateur) est un roman paradoxalement apaisant ; dans la mesure où la narration est dépourvue de tout jugement critique (seuls les chefs de chantier chargés d’évacuer les habitants du villages sont clairement blâmés) elle devient avant tout une sorte de refuge, un no man land à l’image du hameau dans lequel ni le bien ni le mal n’existe vraiment et où la rédemption devient possible. « Puissiez vous vivre des jours paisibles… » Pour le narrateur, le chantier est l’occasion de retrouver cette paix auquel il aspire. Pour nous… Et bien c’est juste une parenthèse silencieuse dans une réalité criarde. Mais ça fait du bien quand même…

 

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article