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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 19:04

 

 

L06.jpgLove in Excess

Eliza Haywood

éditions Oakleaf

 

 

C'est la période: parlons un peu d'amour, encore, mais cette fois promis, après on arrête, parce que même moi je commence à me lasser.

En tête des best-sellers du XIIIè siècle, avec Robinson Crusoé, il y avait un autre roman anglais, Love in Excess, qui fit pleurer jadis dans les chaumières. Je dis « jadis »car aujourd'hui cet ouvrage d'Eliza Haywwod est tombé dans l'oubli. Personnellement, je l'ai trouvé d'occasion sur Internet chez un bouquiniste anglais: inutile de vous préciser qu'il n'est pas traduit.

Love in Excess pour faire court est un roman sentimental. Ça vous étonne avec un titre pareil? Le comte Delmont, valeureux combattant, revient de guerre et enflamme le cœur de toutes ces dames dont celui de la richissime Alovysa. Mais, à cette époque, sans demande officielle en mariage, une femme ne peut montrer son intérêt à un homme. Alovysa imagine donc d'écrire une lettre anonyme à Delmont en l'incitant à regarder autour de lui pour trouver son admiratrice secrète. Ce que fait le jeune homme, charmé, mais ses yeux se posent sur la jeune Amena, charmante mais de condition modeste. Libertin et peu soucieux d'épouser une femme sans dot, Delmont se contente de poursuivre Amena de ses assiduités, espérant obtenir d'elle des faveurs que cette dernière est bien prête de lui accorder. Alovysa, folle de jalousie, trouve moyen de prévenir le père de sa rivale et fait enfermer Amena au couvent. Delmond comprend qu'Alovysa est amoureux de lui et, flatté, décide d'épouser une personne si fortunée, oubliant totalement la pauvre Amena qu'il a si vilainement compromis. Fin de l'acte I.

Rassurez-vous, Amena sera vengée dans la seconde partie du roman. Delmont, marié à Alovysa, est appelé d'urgence au chevet de son tuteur qui se meurt. Ce dernier lui confie sa fille Melliora. Vous devinez la suite: Delmont et Melliora tombent amoureux l'un de l'autre. Delmont fait installer la jeune fille chez lui et s'emploie à la séduire sous les yeux de son épouse. Melliora, vertueuse, résiste. Une série de quiproquos, la jalousie d'Alovysa, la bêtise d'une amie de Melliora, conduisent à une fin tragique la femme acariâtre de Delmont (que franchement on ne pleure pas plus que ça). Melliora, choquée, s'enferme dans un couvent. Delmont, quant à lui s'exile en Italie. Fin de l'acte II.

La dernière partie du roman n'est pas la plus intéressante, ou alors c'est qu'on commence à se lasser de toutes ces histoires d'amour alambiquées. En Italie, Delmont se fait courtiser par bon nombre d'admiratrices (les italiennes sont de toute évidence plus débauchées que les françaises) mais son cœur est toujours pris par Melliora. Il fait la connaissance du frère de cette dernière qui est lui-même en proie aux tourments de l'amour. Encore des quiproquos, moult péripéties, quelques duels et situations rocambolesques, des déclarations sous la lune et des crises de jalousie. Finalement, rassurez-vous, tout se termine pour le mieux: Delmont retrouve et épouse Melliora, le frère épouse l'élue de son cœur. Happy End.

En gros, c'est du Marivaux sous une forme romanesque. Dans la préface on salue  « Haywood's frankness aboutfemale sexuality » et il faut reconnaître que le désir des héroïnes, même celui de la très prude Melliora n'est en rien dissimulé par l'auteur. On est bien loin des personnages féminins éthérés qui distribuent leurs faveurs d'un air hautain. Bien au contraire, Amena, Melliora, Alovysa ou encore la malheureuse Violetta (une autre amoureuse de Delmont) brûlent d'une passion pour le beau comte qui pourraient paraître excessive aux yeux de certains (d'où le titre). L'amour de Delmont semble presque insignifiant en comparaison et ses manœuvres de séduction apparaissent plus comme un libertinage sans conséquences que comme un véritable sentiment amoureux.

Ceci dit, si la première et la seconde partie du récit se lisent plutôt bien, ce déploiement d'émotions et cet « amour excessif » produisent à la fin un sentiment de saturation. Au bout d'un moment c'est simple, on n'en peut plus! Si c'était à la rigueur du français il serait aisé de sauter quelques lignes l'air de rien, sans que cela nuise à la compréhension du récit; mais l'anglais nous force à lire chaque phrase, chaque exclamation de douleur ou de joie, chaque crise de jalousie d'Alovysa ou chaque déclaration de Delmont. C'est bien simple, on sort du livre un peu déprimé, vaguement nauséeux, et presque surpris de n'entendre personne faire de déclarations ou se mourir d'amour au clair du lune. Au fond c'est peut-être mieux.


Quoi qu'il en soit, c'est Noël, c'est l'amour et tout le toutim alors joyeux Noël à tous! Promis, dès la prochaine note, on parle de livres violents... D'ici là bon réveillon!!

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 19:11
L02.jpgJournal d'un cobaye
A.J Jacobs
éditions Chambon Jacqueline


Il y a certains livres que vous lisez en vous disant: "Franchement, il y a des tarés sur cette terre." Notre gentil auteur du jour, A.J Jacobs, fait partie de ces doux cinglés. A.J Jacobs, c'est ce journaliste qui a décidé pendant un an de suivre les préceptes de la Bible de la la façon la plus littérale possible: il s'est mis des sandales aux pieds, s'est laissé pousser la barbe, a lu la Bible en relevant chacun de ses préceptes jusqu'aux plus fantaisistes et s'est même muni de pierres pour lapider les femmes adultères. ça vous campe le personnage non? (à noter qu'avant cela, il s'était aussi illustré en lisant l'encyclopédie universelle en entier)
Fort de cette expérience il revient à la charge dans Journal d'un cobaye qui, cette fois, est le récit de plusieurs mini expériences menées généralement sur un mois: il se fait passer pour sa jeune baby-sitter sur Internet afin de lui faire rencontrer quelqu'un; il sous-traite sa vie, depuis les appels à son patron jusqu'aux querelles avec son épouse; il décide de dire la vérité, rien que la vérité et de se montrer d'une franchise absolue; il fait le choix de la rationalisation la plus extrême jusqu'à l'achat de son dentifrice: il se plie aux moindres caprices de sa femme pendant un mois...
Rien à dire, c'est drôle. Vraiment très drôle. A.J Jacobs écrit avec une plume pleine d'humour et certaines situations décrites sont franchement cocasses comme le moment où l'auteur, afin de ne pas faillir à sa résolution d'être "monotâche" s'attache à la chaise de son bureau pour se concentrer uniquement sur son travail. Ce qui est un peu dommage, c'est que le journaliste ne se soucie guère de tirer une leçon de toutes les expériences. Il se contente d'appliquer mais la conclusion est, si j'ose dire, rarement concluante, Jacobs se contentant avec une pirouette d'éluder le réel fond du problème. Dommage car certaines expériences sont réellement intéressantes et auraient mérité un traitement plus approfondi: je pense notamment à l'expérience de "la franchise absolue" que le journaliste décrit avec candeur comme "le plus mauvais mois de sa vie". Là, il y a l'esquisse d'une réflexion sur le thème de "Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire?" Jacobs semble clairement penser que non puisque cette expérience est l'une des rares qu'il ne parvient pas à mener à son terme avec un total succès. Dommage, car là encore il ne lance pas le débat, soucieux de ménager les partisans de la vérité absolue...
Ceci dit, il ne faut pas se montrer trop sévère: A.J Jacobs est journaliste, pas sociologue. Journal d'un cobaye est amusant à lire et, à défaut d'être instructif, il nous amène néanmoins à nous poser certaines questions: sommes-nous toujours aussi rationnels que nous le croyons, disons-nous toujours la vérité? Et ça, c'est déjà pas si mal...
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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:50

L03.jpgAu sud de la frontière, à l'Ouest du soleil
Haruki Murakami
éditions 10/18


Hajime, enfant unique, n'a jamais pu oublier son amie d'enfance, Shimamoto-San, elle aussi fille unique. Pourtant le temps et la distance les ont conduits à s'éloigner l'un de l'autre. Quand ils se retrouvent, à l'approche de la quarantaine, leurs vies à tous deux ont pris des directions radicalement opposées: Hajime est marié et heureux en ménage, père de deux petites filles. La vie de Shimamoto-San quant à elle est nimbée de mystère et la jeune femme semble traverser le monde en le fuyant. Pourtant, dès que ces deux-là se retrouvent, c'est comme si la vingtaine d'années derrière eux s'était effacée et les voilà prêts à entamer une histoire qui risque de faire voler leurs existences en éclats...
Pour ne rien vous cacher, j'ai trouvé cet article horriblement difficile à écrire, ne sachant comment aborder l'oeuvre. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil ne fera pas partie de mes ouvrages préférés de Murakami; le roman est très court, si bien que les personnages, esquissés, ne touchent pas vraiment. Or, l'histoire repose essentiellement sur ces amants impossibles que la vie a séparé avant même de leur laisser une chance. En effet, dès le début, le lecteur sait que la relation de ces deux-là est vouée à l'échec. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil est aussi l'histoire d'une obsession. Hajime vit sa vie en rêveur éveillé, cherchant Shimamoto-San dans chacune des femmes qu'il croise. ce n'est qu'en retrouvant son amour d'enfant qu'il revit. De son côté, la jeune femme avoue n'avoir jamais pu oublier Hajime. C'est en revanche ce récit de l'amour obsessionnel que Murakami parvient à rendre avec une extrême justesse et sans lourdeurs: une chanson que le narrateur écoute car elle lui rappelle Shimamoto-San, une femme qu'il suit dans la rue car elle ressemble à son amour perdu... Autant de petits cailloux semés tout au long de l'histoire qui nous montre que Hajime, bien que marié et père de famille ne fait qu'attendre le retour de son âme soeur. C'est la conception d'un amour exclusif, passionné, auquel fait écho un amour conjugal tièdasse mais confortable affectivement et financièrement. Dommage; comme je l'ai déjà dit, le trait est à peine esquissé, les personnages paraissent fantômatiques (ce qui est peut-être d'ailleurs le but recherché) et si le style de Murakami est brillant (comme à son habitude) il ne m'a pas apportée la même émotion que lors de ma lecture de Kafka sur le rivage. C'est encore une fois une jolie tragédie, à la Roméo et Juliette pour le coup, mais trop froide pour me laisser des souvenirs durables...

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 12:53

Eloge de l'amour
Alain Badiou/Nicolas Truong
éditions Flammarion



"Parlez-moi d'amour, dites-moi des jolies choses..." Beaucoup de livres parlent d'amour: amour guimauve à la Marc Levy ou à la Stephenie Meyer, amour impossible à la Shakespeare ou à la madame de la Fayette.... "L'amour est enfant de bohème..." chante la dame. Soit. Parlons donc un peu d'amour, je ne suis pas contre, bien au contraire je me sens d'humeur fleur bleue aujourd'hui.
Et, rien à dire, Alain Badiou sait parler d'amour. Badiou n'est pas un romancier pourtant; c'est un philosophe. En tous cas, il se classe ainsi en librairie et la plupart de ses ouvrages sont, paraît-il, illisibles. Eloge de l'amour tout comme De quoi Sarkozy est-il le nom? est une exception puisqu'il est accessible à la plupart. En tous cas, c'est mon ressenti.
Alain Badiou, dans ce court essai qui est la transcription d'un dialogue public avec le journaliste Nicolas Truong en 2008, se présente comme un ardent défenseur de l'amour. Selon lui, ce dernier est menacé: les rencontres via Internet sur des sites spécialisés dont nous tairons le nom ont remplacé les mariages arrangés d'autrefois. Quoi qu'on en dise, les gens ne cherchent plus l'amour; ils recherchent un confort affectif et sexuel, quelqu'un qui partagerait les mêmes goûts et auraient les mêmes objectifs, quelqu'un "pour ne plus être seul" comme chante encore une autre. La passion? La magie du petit déclic quand le regard de l'un croise le regard de l'autre? Foutaises que tout ça, place aux couples solides qui se sont rigoureusement sélectionnés, ont pesé le pour et le contre, depuis la situation professionnelle et l'achat de l'appartement jusqu'à la coupe de cheveux. Badiou s'insurge contre ce mode de pensées qui bannit le hasard et surtout la différence. Pour lui, l'amour se trouve dans deux êtres différents qui essaient d'avancer ensemble malgré tout. Comme vous le voyez, il n'est pas ici question de deux êtres qui se fondent en un seul pour aller danser ensemble sous les étoiles: l'auteur insiste sur la dualité de l'amour qu'il compare parfois à une guerre. De même qu'il n'y a pas de combats sans morts, il est tout aussi illusoire de croire à l'amour sans la souffrance (ce serait bien pratique non?) Badiou insiste aussi sur la durée qui, pour lui, est également une composante essentielle de l'état amoureux: pas de contes de fées, l'amour est une affaire de temps et de constance, un long parcours semé d'embûches et de victimes directes ou collatérales.
Ne craignez rien, le ton de l'essai est très enjoué, c'est mon propre état d'esprit qui le rend un peu sombre. En effet, Badiou aime l'amour et explique également ses relations avec la politique et l'art. "L'amour est le moteur du monde". De qui est-ce déjà ça? Reste que j'aime la conception du philosophe sur l'amour, sujet qu'il parvient à traiter avec légèreté et gravité à la fois. Sur papier, l'amour c'est toujours joli ceci dit, sauf quand c'est dégoulinant. Parlez-moi encore d'amour monsieur Badiou, vous le faites si bien.... 

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 20:04

Robinson Crusoé
Daniel Defoe
éditions Gallimard


Si j'avais dû nommer un classique qui risquait à coup sûr de m'ennuyer, j'aurais sans doute cité les oeuvres de Proust ou de Rousseau. Je n'aurais jamais pensé que le titre sur lequel je m'endormirai tout doucement serait Robinson Crusoé de Defoe.

Ah, Robinson Crusoé! Nous en avons tous entendu parler un jour ou l'autre, le mythe de l'homme échoué sur une île déserte et qui à lui tout seul, parvient non seulement à survivre mais également à recréer l'agriculture et la civilisation (fortiche le gars non? Personnellement, je pense que je n'aurais pas réussi à dépasser le stade de simple survie) Bref, une sorte de surhomme ce Robinson qui a créé toute une légende ainsi que la fameuse question que l'on vous a tous posé un jour ou l'autre: "Que prendriez-vous avec vous si vous deviez échouer sur une île?"

Alléchée par l'image d'un héros survivant courageux à l'image de Jack dans Lost (eh oui, toujours cette foutue "culture" télévisuelle) et par le très bon souvenir que j'avais gardé de ma lecture de jeunesse de Vendredi et la vie sauvage de Tournier, j'ai débuté ma lecture de Robinson Crusoé avec beaucoup d'espoir. Las! L'ennui n'a pas tardé à prendre le dessus. Déjà, Robinson met des plombes à s'échouer sur son île et, durant toute une partie, nous avons droit au récit de sa jeunesse tumultueuse: Robinson n'écoute pas son père qui le pousse à s'établir mais préfère courir les mers. Résultat: naufrage. Je me réveille un peu. Ah? Mais non, fausse alerte, le héros arrive sur une terre étrangère et fait fortune. Il pourrait s'en contenter mais non! Il préfère repartir à l'aventure et, enfin! après un second naufrage, atterrit sur une île déserte.

Bien. Nous voilà dans la partie la plus intéressante du roman. Sauf que là encore ça n'a rien à voir avec ce que j'attendais. Déjà, l'auteur, loin d'adopter une narration linéaire, se plaît à faire un va-et-vient dans le cours du récit, passant indifféremment du premier jour de Robinson à sa première année, pour revenir au quatrième jour ou à sa dixième année. Difficile d'entrer dans le récit de la survie de cette façon, même si au demeurant celui-ci est intéressant. Echoué sur une plage sans nourriture, Robinson parvient en récupérant des objets sur l'épave du bateau à se nourrir, s'habiller, se construire un abri... Par la suite, de chasseur il devient agriculteur et fermier, symbolisant ainsi l'évolution de l'humanité. Ce serait bien, si, comme je l'ai déjà dit, le récit n'était pas aussi décousu et si le héros à tout bout de champs ne citait pas la Bible et le nom du Seigneur en prenant son exil comme le signe de Dieu, une sorte de "punition" divine visant à lui faire redécouvrir les joies d'une vie simple (oui, Daniel Defoe était un bon protestant pur et dur, de ceux qui feraient passer les personnages de La petite maison dans la prairie pour de dangereux dépravés) Du coup, ça fait un peu catéchisme par endroits et ça ne s'arrange pas quand Robinson rencontre le fameux Vendredi, le fameux sauvage cannibale qu'il sauve d'un clan ennemi et qu'il entreprend de christianiser. Ce dernier devient vite son humble serviteur dévoué et Robinson parvient enfin avec lui au stade ultime: l'édification d'une société, aussi réduite soit-elle.

Allez, je conclus avant que vous ne vous endormiez à votre tour. Je ne dénie pas tout mérite à l'oeuvre de Defoe. Un livre du 18e siècle ne dure pas ainsi et n'a pas un tel impact s'il n'est pas digne de figurer dans les annales. D'autres gens infiniment plus intelligents que moi lui ont trouvé nombre de qualités. Quant à moi, j'ai apprécié l'histoire et l'humour un brin ironique de l'auteur. Il n'hésite pas, par exemple, à railler le narrateur qui, entouré d'animaux et vêtu comme un épouvantail, se gonfle d'orgueil comme un roi entouré de sa Cour. La réflexion sur la naissance de la civilisation et des rapports entre les hommes est également loin d'être inintéressante. Mais, disons seulement que si je devais amener un roman sur une île déserte, ce ne serait pas celui-là...

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 15:57

La plus belle fille du monde
Agnès Desarthe
éditions Ecole des Loisirs


Sandra est une adolescente comme une autre, ni plus belle, ni plus intelligente. Elle ne fait pas partie des premières de sa classe, ni des dernières. Elle aimerait être écrivain mais ne dépasse pas onze de moyenne en français ce qui, au demeurant, ne la traumatise pas plus que ça. Elle vit seule avec sa mère, son père les ayant abandonnées, et a pour amis Fleur, Etienne et Allison. Voilà ce qu'il faut retenir de Sandra, la narratrice de l'histoire et l'héroïne. l'héroïne? Non, car Sandra ne se considère pas comme une héroïne et préfère commencer son récit au moment où une nouvelle arrive dans la classe: Liouba Gogol. Car Liouba Gogol a, elle, tout de l'héroïne; c'est "la plus belle fille du monde" selon les critères de Sandra. Comment cette dernière pourrait-elle rivaliser avec un titre pareil?  Pourtant, tout au long de l'histoire, c'est ce que Sandra fait à son insu, livrant ses propres réflexions sur la vie, la perfection, la famille, les amis, et Liouba, dont elle apercevra vite les limites mais, aussi,  paradoxalement, les richesses...
Rarement un auteur de jeunesse m'a autant fait rire qu'Agnès Desarthe. J'avais déjà beaucoup apprécié un autre de ses romans Je ne t'aime pas Paulus et le style de  La plus belle fille du monde est tout aussi drôle. L'humour de la narration est plein de fraîcheur et des scènes sont vraiment comiques; par exemple le moment où Sandra déjeune avec son père et lui déverse ses sentiments sur l'absence de figure masculine dans sa vie et celle de sa mère tandis que son père se contente d'écouter en souriant bêtement et en lançant des onomatopées, ou encore cette scène où Sandra voit un adulte sur un banc donner un croche-pied à un enfant prénommé Enzo et le laisse faire. Il y a aussi cette réplique inoubliable, lancé par Etienne, l'ami de la narratrice: "Mais on est amis depuis qu'on a quatre ans. Pour moi, vous n'êtes pas des filles; vous êtes comme, je sais pas, moi, des Playmobil." Bref, la narration est brillante, c'est vraiment très bien écrit et ça se lit d'une traite.
Alors, me direz-vous, pourquoi ce petit lapin seulement souriant et non pas extatique? Et bien parce que pour moi le style ne fait pas tout. Agnès Desarthe lance certes des thèmes intéressants, aborde beaucoup de sujets délicats mais, perdue dans la peau de son héroïne, en oublie de faire une intrigue construite. C'est très probablement volontaire; Sandra à plusieurs reprises s'interroge sur le métier d'écrivain et dénonce les artifices employés par ses "confrères" pour rendre une réalité plus passionnante qu'elle ne l'est en réalité: "C'est un problème. Un problème auquel je n'avais jamais réfléchi mais qui est assez grave: le temps de la vie n'a rien à voir avec le temps des romans (...) La rencontre magique, l'échange de regards qui bouleverse le cours des choses, la conversation géniale, les événements clés qui font le tissu des livres sont éparpillés au hasard dans la vraie vie. On passe en fait le plus clair de notre temps à fonctionner, à mettre un pied devant un autre en espérant qu'il se passe quelque chose, alors qu'en réalité il ne se passe presque jamais rien." Le livre d'Agnès Desarthe a-t-il pour ambition d'imiter cette réalité? C'est plus que probable. Mais, du coup, peut-être aurait-il mieux valu opter pour le style journal intime plutôt que celui du roman traditionnel. Là, on s'y perd un peu et on pourrait résumer par ceci: il n'y a pas vraiment d'histoire. Tout se passe comme si Desarthe avait eu un point de départ, l'arrivée de Liouba Gogol, mais n'avais trouvé aucune réelle intrigue à en faire découler. Le style et l'humour aidant, elle s'en tire par une pirouette élégante. La plus belle fille du monde n'est certes pas un livre parfait, mais n'est-ce pas justement la morale de l'histoire? La perfection n'est pas de ce monde... et, de vous à moi, c'est tant mieux.

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 12:05

Genesis
Bernard Becket
éditions Gallimard Jeunesse


Pour Anaximandre, c'est aujourd'hui un grand jour: afin d'entrer dans la prestigieuse académie de ceux qui "décident", elle doit passer un oral devant un jury. Pendant cinq heures, elle va parler d'Adam Forde, son sujet d'études, un homme dont nous devinons qu'il a joué un rôle crucial dans le monde futuriste d'Anax et dont nous découvrons tout au long de l'exposé de l'héroïne la personnalité complexe. Mais, l'examen d'Anax risque d'avoir des conséquences plus importantes qu'elle ne se l'imagine...
Je ne peux pas en dire plus sur ce roman, de crainte de révéler tous les tenants et aboutissants de l'histoire. Disons que, dès le début du récit, l'auteur distille un profond sentiment de malaise qui ne fait que s'accroître tout au long de l'exposé d'Anax jusqu'à son dénouement, inattendu et pourtant inévitable. Construite sous la forme d'un dialogue, la narration s'inscrit ainsi dans une démarche socratique où le jury en posant des questions à l'héroïne, la force à s'interroger sur des sujets qu'elle croyait indiscutables et à argumenter pour défendre ses opinions. Non,  je vous assure, je ne fais pas de la surinterprétation: vous noterez par exemple que beaucoup de personnages ont des noms de philosophes antiques: Platon, Socrate, mais aussi Anaximandre (en feuilletant dans mon encyclopédie, j'ai découvert qu'il s'agissait d'un philosophe grec de l'époque ionienne mais ne m'en demandez pas plus) ou Périclès. Bien plus, les thèmes abordés par Anax à travers le destin d'Adam Forde (le choix du prénom n'a rien d'anodin là non plus) sont plutôt costauds: la société, le libre-arbitre, l'éthique... et surtout, la question que vous retrouverez sur la quatrième de couverture de Genesis : "Que signifie être un humain?".

Il s'agit grosso-modo du même principe que Le monde de Sophie de Gaardner: faire découvrir la philosophie aux plus jeunes, sauf que l'approche est totalement différente. Becket ne cite pas d'auteurs et ne fait pas davantage de cours magistraux. Mais, à travers l'héroïne, le lecteur est amené à s'interroger lui-même sur les sujets abordés. En clair: ne pas lire ce roman si vous êtes un tant soit peu fatigué. Ceci dit, Genesis est très intéressant, de par cette spécificité mais aussi grâce à un suspens qui va crescendo et qui nous plonge dans ce "thriller futuriste" avec une seule hâte: en connaître la fin. C'est très bien écrit. Ce qui est dommage à mon avis, c'est que ce roman va très certainement manquer son public: coincé entre les Twilight et les Chevaliers d'émeraude, il n'a guère de chances de se faire remarquer et aurait peut-être été plus à sa place dans la SF pour adultes...

 

 

Et, exceptionnellement, deux petits PS:

 

Le premier, c'est pour signaler la mort de Pierre Bottero, l'auteur notamment de la série du Pacte des Marchombres et de La quête d'Ewilan. Sa tragique disparition dans un accident de la route est passé quasi-inaperçue et cela me semble profondément injuste car il occupait une grande place dans la littérature pour la jeunesse. Qui plus est, j'ai eu l'occasion de le croiser lors des Imaginales d'Epinal et j'ai rarement vu un auteur aussi gentil et aussi disponible non seulement avec ses jeunes lecteurs mais aussi avec les libraires. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.

Le second c'est pour faire un peu de pub. Promis ça ne se renouvellera pas mais là c'est pour une bonne cause! Nancéiens, vous êtes invités les 3 week-ends du  28 novembre au 13 décembre de 9h00 à 18h00 sur le parking de l'hôpital à Vandoeuvre pour un marché de Noël organisé au profit des enfants atteints de maladies graves. Et comme je ne suis pas assez doué pour insérer des images sur ce blog, je vous renvoie au site de mon gentil frère, Pierrot:
http://yap-yap-yap-yap.blogspot.com/ qui lui a pu ajouter l'affiche. (on est doué en informatique ou on l'est pas) Venez nombreux!

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 13:51

Les vies privées de Pippa Lee
Rebecca Miller
éditions du Seuil


Si jamais vous vous sentez trop euphorique, rien de tel qu'un bon roman bien glauque pour vous faire chuter le moral. En route donc pour une petite lecture de Les vies privées de Pippa Lee.

Pippa Lee, cinquante ans, est une épouse dévouée à son mari Herb, un éditeur de trente ans plus âgé qu'elle. Lorsque celui-ci décide de tout vendre pour aller s'installer dans une banlieue pour retraités, elle le suit sans hésiter. Mais l'approche de la vieillesse et de la mort de son mari réveille en elle des pulsions qu'elle croyait avoir oubliées et un passé trouble dont elle avait fait table rase pour se consacrer à époux et enfants...
A vrai dire, je ne sais trop que penser de ce livre. C'est sans conteste très bien écrit et ça se lit d'une traite mais, misère, qu'est-ce que c'est déprimant! Il ne s'agit pas ici, rassurez-vous, d'une énième ingénue qui, prisonnière de son éducation et de ses préjugés, découvre la passion sauvage sur le tard et se vautre avec bonheur dans le stupre et la luxure. Dieu merci, le personnage de Pippa est plus complexe: elle a connu une jeunesse pour le moins tumultueuse et c'est uniquement par amour (et non pas par besoin de sécurité ou désir de se poser) qu'elle a décidé de mener une existence plus sage de mère et d'épouse. Cette existence d'ailleurs n'est pas forcément critiquée par l'auteur, qui en montre seulement les limites: matérialisme poussé à l'extrême, une femme qui s'efface totalement devant son mari et ses enfants, une enfilade de jours rythmée par le ménage et les courses... Ceci dit, la vie que Rebecca Miller oppose à ce rythme domestique est tout aussi décriée: la jeunesse de Pippa se déroule essentiellement dans les brumes de la drogue, se caractérise uniquement par du sexe débridé certes mais sans aucun plaisir, et une quête de soi qui a depuis longtemps perdu tout sens. En bref, quoi qu'elle fasse, Pippa n'arrive pas à se trouver, écartelée entre deux modes de vie, tiraillée entre culpabilité (épouse modèle elle a l'impression d'avoir usurpé sa place), peur (plus jeune que son mari, elle doit accepter la vieillesse et la mort de celui qu'elle aime tant) besoin d'amour et désir de liberté... Le dénouement, inattendu, ne permet pas de déterminer quel sera son choix final. Rebecca Miller ne se soucie guère d'apporter une réponse, pas plus qu'elle ne se soucie de construire une narration organisée ou d'avoir une intrigue ficelée. Tout l'intérêt du roman repose sur la psychologie des personnages en particulier des personnages féminins: Pippa bien évidemment, mais aussi sa mère et sa fille qui lui renvoient toutes deux une image d'elle-même qui la gêne profondément. En comparaison, les personnages masculins sont un peu ternes: le mari toujours très sûr de lui, refusant de se voir vieillir, le gentil fils studieux ou le père, brave pasteur un peu transparent... Autant de figures qui vont soutenir l'histoire et lui donner son cachet. Il faut juste résister à la tentation de s'ouvrir les veines après la lecture....

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 18:55

Oronoko l'esclave royal
Aphra Behn
éditions la Bibliothèque


Plus j'avance dans  la lecture de mes 1001 livres... plus les écrivains femmes se multiplient. Après madame de la Fayette, voici donc une autre femme du XVIIe siècle, Aphra Behn, anglaise. Mais alors que La Fayette était plus une dilettante de la littérature qu'autre chose, femme oisive de la Cour, Aphra Behn, qui fut d'abord rien moins qu'espionne pour le compte de son pays, fut par la suite enfermée en prison pour dettes et n'eut d'autre choix pour s'en tirer que de vivre de la seule manière qu'elle connaissait: l'écriture.
Oronoko, présenté comme une histoire vraie par son auteur qui se place à la fois comme témoin et actrice mineure du récit, raconte la vie d'un prince africain, Oronoko. Ce jeune homme, beau et courageux, tombe amoureux d'une femme tout aussi belle, Imoinda qui, à son tour, succombe à ses charmes. Hélas pour eux, le monarque, grand-père d'Oronoko, tombe aussi amoureux de la belle et, malgré son impuissance et l'engagement des deux jeunes gens l'un envers l'autre, décide de faire d'Imoinda sa femme. Mais, se rendant compte de la passion d'Imoinda pour son petit-fils, il ne tarde pas à s'en débarrasser en la vendant en esclavage aux colonies anglaises des Indes orientales. Oronoko, désespéré, se fait bientôt capturer à son tour et rejoint involontairement l'amour de sa vie. Tous deux connaissent de brefs instants de bonheur. Imoinda tombe enceinte: Oronoko veut offrir à sa famille la liberté et, pour le bien de sa femme, harcelée par un riche blanc, et celui de l'enfant à naître, mène une révolte d'esclaves qui, malheureusement pour lui, va mal tourner...

Le roman d'Aphra Behn, qui est d'ailleurs plus une grosse nouvelle qu'autre chose, est très original. Je suppose qu'il fallait un certain culot à cette époque de colonisation pour mettre en scène un héros noir dont les qualités physiques et morales n'ont rien à envier à celles d'un héros blanc. Qui plus est, l'auteur fait une condamnation sans équivoque de l'esclavage. Oui, maintenant ça paraît évident mais, pareil, à l'époque, cette prise de position était à mon sens plutôt courageuse. Aphra Behn subtilement n'invoque aucune "raison" contre l'esclavage et ne cherche pas à lancer un débat, préférant jouer sur la corde sensible du lecteur et sur ses sentiments pour dénoncer la condition misérable de ses hommes que la malchance a privés de liberté.

Et le style d'Aphra Behn me direz-vous? Et bien là, je suis bien en peine de vous répondre. En effet, je n'ai pas lu le roman dans sa version originale. En temps ordinaire, cela n'aurait certes pas une importance démesurée, mais ici cela joue beaucoup car le texte n'a pas été réellement traduit, mais "imité de l'anglais" par Pierre-Antoine de la Place, érudit du XVIIIe siècle qui fut aussi le traducteur de Shakespeare. Ainsi, la traduction a été faite "à la mode française", dans un style précieux proche de Bernardin de Saint-Pierre, l'auteur de Paul et Virginie, agréable et facile à lire, certes, mais probablement différent du style d'Aphra Behn. Pour information, par exemple, dans "la version originale", Imoinda n'a aucun dialogue au discours direct, ce qui n'est pas le cas dans la version française. De même, La Place change certains personnages et va même jusqu'à réécrire la fin de l'histoire, la jugeant peu conforme au goût français. L'édition pour le coup propose les deux dénouements. Lisez-les et, comme moi vous serez surpris par la différence entre la "happy end" de La Place et la fin expéditive et tragique de Behn qui est sans doute ceci dit la plus réaliste.
Saluée comme une pionnière du féminisme par Virginia Woolf, Aphra Behn a été par la suite critiquée par d'autres féministes dans les années 70 qui lui ont reproché de s'identifier à une esclave et en tant que femme d'avoir ainsi l'attitude d'une colonisée par rapport à l'homme, colonisateur. Vous suivez? N'étant pas moi-même une féministe enragée, je ne reviendrai pas sur un débat qui, pour être franche, ne m'intéresse guère et je me bornerai à apprécier l'ouvrage d'un auteur qui dénonce l'esclavage ainsi qu'un homme blanc dont le sentiment de supériorité a ôté tout sens de l'honneur...

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 18:47

Louis XIII
Pierre Chevallier
éditions Fayard

Si vous vous souvenez bien, nous avons parlé il y a quelques temps sur ce blog de la reine Margot, fille, soeur et épouse de rois. Si vous permettez, repartons donc  quelques années en arrière pour nous intéresser à un autre personnage de l'histoire française: Louis XIII.

Louis XIII, soyons franche, n'a pas l'impact de son père Henri IV (assassiné par Ravaillac) ni de son fils Louis XIV (le roi Soleil aux multiples femmes). En bref, ce malheureux roi aussi gai qu'une porte de prison n'a laissé une empreinte dans l'histoire que grâce à son bras droit, Richelieu, qui fut la véritable tête pensante du pouvoir.

Tant d'injustice n'était pas du goût du biographe Pierre Chevallier qui s'emploie dans une biographie datée de 1979 à rendre justice à ce personnage énigmatique qu'était Louis XIII. Pour cela, il remonte très loin et ne nous épargne aucun détail: tout, vous saurez tout sur la conception et la naissance de Louis XIII, ses premières selles, ses distractions, ses maladies, son mariage, la consommation tardive de ce mariage, ses penchants homosexuels, ses maîtresses platoniques, la conception de ses enfants... Pierre Chevallier s'intéresse également à celui qui fut indissociable du roi tout au long de sa vie, le cardinal Richelieu, et en dresse un portrait presque aussi détaillé que celui de son maître. Enfin, l'auteur fait, année par année, le bilan complet et quasi exhaustif d'un règne marqué par les guerres, notamment avec l'Espagne, et les conspirations au sein même de la famille royale.
Inutile de dire que le travail de Chevallier n'a rien à voir avec celui de Decker quand il écrivait sur la reine Margot. La biographie de Decker était sommaire et se souciait plus des amants de la reine "libertine" que de la politique étrangère de la France à ce moment-là. Question de point de vue me direz vous. Chevallier lui ne s'embarrasse pas d'adopter un angle particulier mais, en toute simplicité, décide de tous les aborder. Il étudie donc avec le plus grand sérieux tous les mots d'enfants du roi, exhume toutes les archives de son médecin, toutes celles des diplomates étrangers, confronte lettres et témoignages afin de déterminer si oui ou non la reine a trahi son mari lors de la guerre contre l'Espagne et comment s'est déroulé "Le Jour des Dupes", ce fameux jour où Richelieu et Louis XIII ont exclu définitivement la reine mère Marie de Médicis du pouvoir. Si c'est plutôt drôle de voir le très sérieux Chevallier s'appesantir sur la question de l'homosexualité de Louis XIII et s'interroger sur la crédibilté ou non du récit de Tallemant, contemporain de l'époque, qui prétend que le favori du roi s'enduisait d'huile de jasmin avant de se mettre au lit avec son suzerain, c'est en revanche beaucoup plus ennuyeux lorsque le même souci du détail se retrouve dans la description des guerres (et Dieu sait qu'il y en a eu) ou des sièges, et un peu vomitif lorsque le biographe nous conte point par point comment l'un des ennemis du roi fut décapité en quatre cinq fois ou comment le roi lui-même mourut en crachant des vers, le ventre gonflé par la pourriture. Charmant non? Le point de vue reste neutre quoi qu'il arrive et à part deux ou trois phrases incongrues au milieu du livre sur les femmes qui parlent trop ou sur les présidents qui malheureusement ne naissent plus au milieu de la foule comme les rois de jadis (????) Pierre Chevallier remplit fidèlement son rôle de biographe en s'interdisant tout subjectivité et en dressant le portrait de Louis XIII de la façon la plus complète possible. Plus de 600 pages, pas moins, pour rendre vie à un homme austère, d'une dévotion qui confinait à la bigoterie, très attaché à son statut de roi mais qui a su pour le bien de son royaume s'effacer derrière son ministre Richelieu, plus apte à gouverner que lui-même; un homme souffreteux, solitaire, parfois capricieux comme un enfant, mais qui n'a jamais laissé ses passions personnelles influer sur ses fonctions: "Cornélien jusqu'à la mort, Louis XIII a tout subordonné, mère, épouse, frère et favoris personnels, à l'accomplissement de son devoir envers l'Etat et la grandeur du royaume." Bref, assez complexe notre Louis XIII. Quelque part, il peut fasciner, voire même susciter l'admiration: reste que je n'aimerais pas le rencontrer au coin d'un bois un soir sombre. Tout comme son biographe d'ailleurs...

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