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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 14:00

Princesse des rues

Quinze ans au secours de l’enfance aux Philippines

Laurence Ligier

Editions Tchou

 

 

Bien loin des témoignages larmoyants des femmes battues, assassinées, violées, droguées, prostituées, et parfois tout à la fois, voici le récit d’une jeune française, Laurence Ligier, qui, partie en mission humanitaire aux Philippines à l’âge de dix-huit ans, découvre la misère et le dénuement de son peuple et particulièrement des enfants. En effet, les Philippines ont un très fort taux de natalité et la pauvreté de ses habitants ne suffit pas à élever une famille de six à huit enfants. La plupart se retrouve à la rue, d’autres se prostituent pour gagner de l’argent, certains encore sont victimes d’abus sexuels ou de violences familiales. Forte de ce constat, Laurence Ligier décide de venir en aide à cette tranche de la population et, avec l’aide d’une philippine, Ellien, elle monte un centre baptisé « Caméléon » qui accueille des petites filles et des adolescentes  dont l’environnement familial n’est pas adéquat, les envoie à l’école et tente de les sortir de la spirale infernale qu’est devenue leur vie.

L’auteur raconte le véritable parcours de combattant qu’a nécessité la création de cette association, sa mise en route, ainsi que ses propres expériences vécues aux Philippines, sa difficulté à s’adapter à certaines coutumes locales et à renoncer à tout confort pour une vie rudimentaire : le poisson pêché au début de semaine et conservé dans des conditions plus que douteuses qu’il faut manger le samedi grouillant d’asticots, les bidonvilles insalubres, la mort et la violence à chaque coin de rue… Mais elle parle aussi de la gentillesse des gens qu’elle a pu rencontrer, des sourires d’enfants qu’elle a secourus et d’une grande aventure humaine qui la marquera à vie.

Ce n’est certes pas très bien écrit. Le style est maladroit, le récit souvent interrompu par des considérations économiques et politiques qui s’éternisent, la narration est exclusivement au présent et la structure du livre est très aléatoire. Ceci dit, il se dégage de cet ouvrage, en dépit de certaines pages assez difficiles à « avaler », un optimisme qui réchauffe le cœur. Laurence Ligier est dépourvue de fausse modestie et reconnaît ses mérites ainsi que le travail accompli. Elle sait cependant aussi reconnaître ses échecs et prend pour exemple Baby, une jeune fille qu’elle s’obstine à protéger et à aider envers et contre tout, jusqu’au jour où elle comprend que cette attitude ne sert qu’à conforter davantage sa protégée dans son irresponsabilité. Il faut beaucoup de courage pour admettre ses erreurs et l’auteur n’en manque pas. Plusieurs fois victimes de tentatives de meurtre par la pègre local, décriée par les médias philippins, reniée par sa collaboratrice, Laurence Ligier glisse l’air de rien sur ces événements avec une décontraction qui n’est pas sans forcer notre admiration et notre respect. Certes ce n’est pas une grande écrivain, mais c’est une grande dame. Et à ceux qui objecteraient sur l’utilité de sa démarche, je la laisserai elle-même répondre : « Une question encore plus déconcertante revient à chaque conférence : votre action n’est-elle pas une goutte d’eau dans l’océan ? Que ceux qui pensent cela viennent sur le terrain et ouvrent les yeux. Est-ce que la vie d’un enfant est une goutte d’eau ? » A bon entendeur…

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 21:51

Don Quichotte de la Manche

Miguel de Cervantes Saavedra

Editions du Chêne

 

 

Ce qui est terrible avec les classiques, c’est que, parfois, on en entend tellement parler que, du coup, on peut s’en faire une idée préconçue. Proust et Zola ? « ennuyeux » Céline ? « antisémite » Musil ? « opaque ». Je ne dis pas que ces idées sont fausses, je pense seulement qu’un ouvrage gagnerait toujours à être abordé d’un œil entièrement neuf, sans jugement préconçu et sans arrière-pensée, lire sans partir du principe que par exemple l’on va mortellement s’ennuyer, tout comme un élève qui répugne à lire un livre prescrit par l’école, part du principe qu’un livre étudié en classe est forcément inintéressant.

Parlons de Cervantès et de son célèbre Don Quichotte que je craignais un peu de lire, m’étant déjà forgé mes propres préjugés sur la littérature espagnole en général et le roman picaresque en particulier. Je dois faire aujourd’hui un mea culpa. Car Don Quichotte... et bien c’est vraiment bien.

Don Quixada est un brave gentilhomme espagnol relativement instruit et passionné de livres de chevalerie. Mais son amour pour ce genre de littérature lui coûte la raison. Bientôt il décide de devenir lui-même chevalier errant et de partir en quête d’aventures extraordinaires à travers le vaste monde sur son vieux cheval et accompagné de son fidèle écuyer Sancho Pança, plus ou moins contaminé par la folie de son maître. Rebaptisé Don Quichotte de la Manche pour l’occasion, notre héros prend ainsi des auberges pour des châteaux, des moulins pour des géants, des prostitués pour de nobles princesses, des moines pour de vils enchanteurs… et à la manière des récits d’autrefois clame son amour pour la belle Dulcinée, l’élue de son cœur, une vague paysanne qu’il n’a pour ainsi dire quasi jamais vu. Mais que serait un chevalier sans une dame à servir ?

Personnellement, ma lecture de Don Quichotte m’a inspirée des sentiments assez partagés. Oui, c’est drôle, très drôle même. Car Don Quichotte reprend tous les canons du roman de la chevalerie mais en les parodiant, en les détournant à loisir ou encore en en montrant tout simplement le ridicule. Par exemple, tout comme le chevalier Amadis de Gaule, Don Quichotte, très concentré, décide de ne ni manger ni dormir mais d’utiliser ce temps à penser à Dulcinée, de la même manière qu’Amadis passe son temps à se languir d’Oriane. L’exagération est la même (reportez-vous à la note sur le roman Amadis de Gaule) mais le style est volontairement comique et l’exagération qui pouvait avoir une certaine noblesse dans les romans de chevalerie devient ici tout simplement grotesque.  Pour moi qui n’aime guère le genre de toute manière, imaginez ma joie de le voir tourné en ridicule ! Le comique réside aussi dans le personnage de Sancho, l’écuyer peureux, un tantinet voleur et menteur,  dont les mésaventures, presque aussi nombreuses que celle de son maître, provoquent le rire tout comme le couple improbable qu’il forme avec Don Quichotte, impavide, désintéressé, toujours très franc… et fou.

Mais il faut dire aussi la vérité ; Don Quichotte est une œuvre profondément triste. Et c’est sur cette note que je vais rester, peut-être parce que je suis d’humeur un tantinet mélancolique ce soir. Car, si l’on y songe, de quoi parle le livre ? D’un homme qui vit son rêve, un rêve qui plus est relativement noble : secourir la veuve et l’orphelin, faire cesser l’injustice, glorifier l’amour…. Et en fin de compte, qu’arrive-t-il ? Rien ; Don Quichotte est fou, pour Cervantès c’est une certitude. Seul un fou peut croire à « des lectures insensées » et aux valeurs chevaleresques d’antan. Dans la vie réelle, les aubergistes réclament de l’argent, les damoiselles inaccessibles sont des paysannes rougeaudes qui donnent à manger aux poulets et personne ne vient au secours de personne. A travers le personnage de Don Quichotte, c’est aussi le lecteur qui est pointé du doigt. Car Don Quichotte est moins un chevalier qu’un lecteur malchanceux, coupable d’avoir trop rêvassé sur des récits absurdes, attitude qui s’oppose au « bon sens » de ses amis qui, eux, brûlent les livres (cf. le chapitre VI dans lequel le curé et le barbier, proches de Don Quichotte, brûlent une partie de sa bibliothèque pour que les livres qui ont fait tant de mal à notre héros ne « perdent » plus personne). Un peu schizophrène notre ami Cervantès non ? Car Don Quichotte n’est rien de moins qu’un roman qui condamne le roman… En fin de compte, le bon sens finira par l’emporter. Don Quichotte, emporté par la maladie de la mélancolie, retrouvera la raison sur son lit de mort et choisira la voie de la religion (il demandera les derniers sacrements) comme ultime salut à une vie qui, somme toute perdrait autrement tout son sens : « Il finit par demander pardon des mauvais exemples qu’il avait pu donner  lorsqu’il était privé de sa raison (…) Don Quichotte pria monsieur le curé d’aller chercher les sacrements. Il les reçut avec une piété, une résignation, une ferveur, qui édifièrent tout le monde ; et le soir, étant retombé dans une grande faiblesse, il rendit son âme à Dieu. » Ce final si sérieux contraste avec le burlesque du reste du roman et n’est pas sans nous laisser un goût amer dans la bouche…

Voilà ma propre interprétation du roman de Cervantès. Mais, je l’ai dit au début de cette note et je le répète, chacun a sa propre lecture d’un récit. A vous de faire de Don Quichotte un héros tragique ou un joyeux bouffon, un fou dangereux qui se bat contre des moulins à vent ou un chevalier errant qui est juste né à la mauvaise époque…  
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 15:08

Jack de Newbury/Thomas de Reading

Thomas Deloney

Editions Gallimard

Bon, j’ai de sérieux doutes quant à l’intérêt que va susciter cette note, d’une part parce que le livre en question ne se trouve plus que chez les bouquinistes (j’ai actuellement en main une version de 1926) et, d’autre part parce que Thomas Deloney, écrivain anglais du 16e siècle a peu de chances, malgré ses indéniables qualités littéraires, d’attirer les foules.

J’espère que vous voudrez bien me pardonner, je n’ai rien à vous apprendre sur l’auteur qui semble aujourd’hui tombé dans un relatif oubli, du moins en France. C’est peut-être dommage d’ailleurs car j’ai apprécié la lecture de deux de ses œuvres : Jack de Newbury et Thomas de Reading. Ces deux petits romans (car malgré leur taille qui pourrait évoquer des nouvelles, leur structure narrative appartient bel à bien à celle du genre romanesque) sont en effet brillamment écrits et pleins d’une légèreté dépourvue de suffisance.

Dans Jack de Newbury Thomas Deloney nous conte l’histoire de John Winchcomb, alias Jack de Newbury, « célèbre clothier » de l’époque de Henri VIII. Les clothiers sont les fabricants de draps et l’ambition de l’écrivain est de conter la vie (réelle ? Imaginaire ?) des plus réputés. L’ouvrage est d’ailleurs dédié aux artisans en général et aux clothiers en particulier. Nous voilà donc  suivant les aventures de notre brave Jack : comment ce dernier, simple tisseur mais travailleur acharné, parvint à se faire aimer de sa maîtresse, veuve, et comment cette dernière l’épousa et fit de lui le maître de l’affaire ; comment veuf à son tour il se remaria avec l’une de ses jeunes servantes;  comment il porta secours au roi et s’en fit un allié… Bref, rien d’exceptionnel, juste le destin d’un homme humble qui parvint à force de travail à acquérir richesse et estime.

Thomas de Reading part du même principe, célébrer des personnages de drapiers issus des traditions locales et des récits oraux tout en les inscrivant dans l’histoire de l’Angleterre, cette fois sous le règne de Henri Ier. Ceci dit, si l’intention est la même, le roman Thomas de Reading se démarque nettement de Jack de Newbury. Jack de Newbury avait un seul héros, Jack, et quelques personnages secondaires, ses femmes, sa maisonnée et le roi Henri VIII. Thomas de Reading a plusieurs héros dont les histoires se mêlent avec un réel savoir-faire narratif : Il y a le malheureux Cole, assassiné par des aubergistes peu scrupuleux, la belle Margaret, la belle de haute naissance que la ruine de son père a contrainte à la servitude, et son amour malheureux pour Robert, le frère du roi. Il y a Tom Dove, le drapier malchanceux ruiné par sa générosité mais qui sera sauvé grâce à son ami Cole. Il y a le galant Cuthbert qui séduit la femme de l’aubergiste… Autant de narrations qui s’imbriquent les unes dans les autres avec une parfaite maîtrise et un mélange des genres plutôt réussi.. L’histoire d’amour impossible entre Robert, prisonnier de son frère, et la jolie Margaret, tragédie touchante, s’oppose au chapitre sur Ferris, proche de la farce. Quant au meurtre de Cole de Reading (le protagoniste qui d’ailleurs donne son nom à l’histoire) il est décrit avec une simplicité et une tension dramatique sans pareille. Les accents de désespoir de Cole, qui sans savoir le pourquoi du comment, est persuadé de sa mort imminente, m’ont d’ailleurs fait penser par certains côtés à la tragédie shakespearienne.

Une lecture édifiante, voilà ce que je retiendrai de l’œuvre de Thomas Deloney. C’est très sage, voire parfois moralisateur (commères et oisifs sont punis, le travail est tôt ou tard récompensé) mais on trouve aussi des chapitres plus égrillards et des propos plus profonds ; la solitude de Tom Dove, abandonné par ses amis car il est devenu pauvre, souligne l’ingratitude des hommes et le poids de la fortune. A l’inverse, les scènes de beuverie et de bavardage apporte la légèreté voulue à l’ensemble et témoigne aussi des bienfaits de la bonne chère et de l’amusement. Je ne vous dirais pas de vous ruer sur tous les sites d’occasion ou d’écumer la ville pour trouver Jack de Newbury et Thomas de Reading. Mais, si en flânant un jour chez les bouquinistes vous mettez la main dessus, tâchez au moins d’y jeter un coup d’œil…
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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 22:26

La fenêtre panoramique

Richard Yates

Editions Robert Laffont

 

 

Promis, ça restera entre nous mais ne vous êtes-vous jamais dit quelquefois que vous valiez tellement mieux que tous ces ploucs autour de vous, tous ces abrutis dont la seule ambition se résume à avoir une jolie maison, deux enfants trois quart et la télé par câble ? Tous ces gens sans curiosité intellectuelle qui se contente d’une vie étriquée, sans soif d’absolu, sans idéaux, sans but ? C’est humain d’avoir ce genre de pensées fugaces… mais c’est très probablement faux, du moins si l’on en croit Richard Yates et son livre La fenêtre panoramique.

Etats-Unis, années 50. April et Frank Wheeler sont des jeunes gens cultivés et avides d’expérience. Ils s’aiment, tout du moins le croient-ils et chacun se renvoie une image qui les ravit, celle d’un être exceptionnel, au-dessus des petits-bourgeois bien pensants. Nous valons tellement mieux ! Seulement voilà : April tombe enceinte « trop tôt » et le couple se voit « contraint » d’emménager dans une maison  dans la banlieue new-yorkaise, tandis que Frank trouve un travail dans l’entreprise de son père. Une situation que nos tourtereaux vivent plutôt mal. Naissance d’un deuxième enfant. La routine s’installe ; les voisins gentils mais un peu bêtes, la voisine collante, les enfants bruyants, la tondeuse qu’on doit passer les jours de congé, la vie ordinaire dans une banlieue américaine… Les disputes entre April et Frank Wheeler se multiplient mais leur couple continue à se réfugier derrière leur propre sentiment de supériorité jusqu’au jour où April décide qu’il est temps pour eux de larguer les amarres et de partir en Europe, à Paris, pour « trouver » un sens à leur vie. Une solution qui va bientôt les mettre face à une réalité des plus désagréables…

On s’y tromperait presque en voyant la jaquette du livre présentant Leonardo Di Caprio et Kate Winslet tendrement enlacés, tout comme certains ont dû avoir un choc en allant voir Noces rebelles, l’adaptation cinématographique de La fenêtre panoramique, croyant assister à une séance de Titanic II, le retour. De l’amour il n’y en a absolument pas dans ce roman d’une noirceur et d’un cynisme absolu. Les personnages sont plutôt antipathiques. Richard Yates décrit avec un style brillant et un absolu manque de compassion le parcours d’un couple gonflé d’orgueil qui se révèle aussi vide que leurs voisins. Ce n’est pas non plus une apologie du modèle banlieusard : l’auteur se montre tout aussi impitoyable avec le personnage de Mrs Givings, la vieille voisine  confortablement installée dans son existence et qui délaisse un fils devenu fou, le point noir d’une vie bien rangée, ou encore avec Milly, la voisine un peu cruche qui se contente de se calquer sur son mari, à l’exact opposé d’April. Quant à son époux Shep, qui a rejeté une famille d’intellectuels pour une vie de petits bourgeois, il représente le double inversé de Frank, qui lui essaie au contraire de se démarquer d’une famille modeste et bien rangée.  Bref, quoi que les gens tentent de faire, ils se retrouvent d’une façon ou d’une autre pris au piège.

Le ton du récit est donné dès le premier chapitre. April fait partie de la troupe de théâtre amateur du quartier. Seule bonne actrice, elle joue au début très bien dans la pièce mais la médiocrité de ses compagnons a raison d’elle et son jeu devient de plus en plus faux et de plus en plus compassé. Le constat de Yates est sans appel ; aspirer à l’absolu est illusoire. On peut lutter contre son environnement, pas contre ses propres faiblesses…

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 22:55

Ouvrages de dames

Françoise Frontisi-Ducroux

Editions Seuil

 

 

Nous avons tous en tête cette image de Pénélope filant en attendant le retour d’Ulysse. Mais que cache cette scène devenue quasiment un stéréotype ? De façon plus générale, quel rapport entretient le mythe gréco-romain avec les travaux d’aiguille et de laine ?

Bon, d’accord, ce n’est peut-être pas une question qui vous empêche de dormir la nuit mais qui a semblé assez importante à Françoise Frontisi-Ducroux pour en faire un essai intitulé Ouvrages de dames et qui se penche sur quelques mythes du féminin « liés à la quenouille et au métier à tisser ». On commence par Ariane qui, par amour pour Thésée, donne à son héros le fil qui lui permettra de s’orienter dans le labyrinthe et de tuer le Minotaure. Ariane est une mauvaise fileuse : trop amoureuse pour être maîtresse de son ouvrage qui en fin de compte est essentiellement « tissé » par Thésée, sa punition est sans appel : elle est abandonnée par Thésée sur une île pour finalement être recueillie par Dionysos, l’ennemi par excellence des femmes au travail. En contrepoint d’Ariane, si j’ose dire, une autre figure féminine, celle de la fille du potier qui trace le contour de l’ombre de son bien-aimé endormi. Là encore, l’ouvrage reste inachevé ; c’est le père qui, grâce au tracé de sa fille, modèle un visage d’argile. A l’opposé de ces « mauvaises » ouvrières, Françoise Frontisi-Ducroux oppose les vraies « dames » des mythes : Hélène la femme aux époux multiples, celle qui tisse et file le drame de la guerre de Troie, Pénélope, Andromaque, Philomèle et Procné et, pour finir, Arachné, la tisseuse qui surpasse les dieux, celle dont la dimension érotique et sexuelle de l’ouvrage dépasse le simple vécu personnel pour devenir une œuvre d’art à part entière. Tout un programme non ?

Je vous ferai grâce de toutes les théories de l’essai, au demeurant fort intéressantes, qui nécessitent plus de temps et plus de courage de ma part. Un peu de pitié c’est lundi aujourd’hui ! Disons que pour tous ceux qui aiment la mythologie gréco-romaine (et c’est mon cas) c’est extrêmement instructif et que le livre, plutôt court, se lit  bien. Après, si vous n’avez pas de passion pour la bouillante Ariane ou la sage (mais pas infaillible comme je le croyais) Pénélope, alors peut-être que cet ouvrage là n’est pas pour vous…

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 22:48
 

Dans la brume électrique

James Lee Burke

éditions Rivages

 

 

Une petite ville de Louisiane. Bienvenu dans le Sud profond des Etats-Unis! Ici le temps semble comme suspendu et le fantôme de la guerre de Sécession plane sur le bayou dans une chaleur moite. Un fantôme, c'est d'ailleurs ce que prétend avoir vu Elrod Sykes, un acteur actuellement en tournage à New Iberia: arrêté un soir en état d'ébriété par Dave Robichaux, la vedette de cinéma jure avoir vu dans les marais le corps d'un noir enchaîné. Un récit que l'assistant du shérif est tenté de croire dans la mesure où il a assisté lui-même à l'exécution trente-cinq auparavant. Mais Dave a d'autres soucis en tête: il lui faut résoudre le meurtre d'une jeune prostituée, victime probable d'un psychopathe, et faire face au retour du caïd local, « Baby Feet Balboni » , revenu depuis peu de la Nouvelle Orléans. Cependant, notre héros ne tarde pas à découvrir que toutes ses affaires sont intiment liées entre elles...

Dave Robichaux est un héros intéressant, une sorte de Eliott Ness des temps modernes qui, luttant contre la corruption de son milieu (le bureau du shérif, le FBI, les hauts bonnets de la ville) tâche de résoudre une enquête complexe de manière plus ou moins légale: il casse les dents des malfrats, fait appel à des gens peu recommandables et va même jusqu'à créer de fausses preuves... Ce qui me gêne un peu je l'avoue, c'est justement ce côté flic intègre viril, bourré de testostérone et de bonnes intentions et qui, à certains moments, sent un peu trop l'Amérique profonde à mon goût (le bon policier bien loin des magouilles des bureaucrates qui casse la figure des méchants et envoie les criminels à la chaise électrique) C'est dommage dans la mesure où l'atmosphère créé dans le livre est une réussite; les marais, les orages, le clivage racial, la chaleur écrasante, l'opposition entre la population locale et les acteurs présents en ville pour le tournage du film, tout est représenté et décrit avec une grande précision, même les moustiques. On s'y croirait! Ceci dit, ce souci de description nuit parfois à l'intrigue qui, en plus d'être un rien alambiquée, est extrêmement lente. On ne s'ennuie pas vraiment non, mais on arrive à la fin de l'histoire légèrement frustrés. A mon sens, la petite touche « fantastique » (le fantôme du général de la guerre de Sécession qui vient parler à Dave) n'apporte pas grand-chose à une histoire qui aurait gagné à plus de simplicité. Ceci dit, pour ceux qui aiment les romans policiers tortueux et qui ont vu en boucle Les Incorruptibles, n'hésitez pas! Ah et si quelqu'un a vu l'adaptation qui passe actuellement au cinéma merci de me dire ce qu'il en a pensé; je serais curieuse de voir ce que ce livre complexe donne sur grand écran....

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 20:33

Le voyageur malchanceux

Thomas Nashe

Editions Phébus

 

Vous avez déjà eu votre petit cours sur le roman picaresque lors d’un précédent article (cf. la note sur Lazarillo de Tormes),  je ne reviendrais donc pas sur sa définition et m’attaquerais directement au vif du sujet en vous parlant de notre prochain livre sur la liste des Mille et un livres… : Le voyageur malchanceux qui, comme vous pouvez vous en douter, fait partie du genre.

Le voyageur malchanceux qui est d’ailleurs plus une grosse nouvelle qu’un véritable roman, met en scène Jack, un valet anglais qui escorte son maître, le comte de Surrey lors d’un périple en Europe. Le comte de Surrey est un chevalier dans la plus noble tradition, idéaliste et amoureux fou de sa Géraldine dont il défend les couleurs lors de tournois épiques. Jack est en revanche une canaille sans scrupules qui usurpe volontiers le titre de son maître et traîne à sa suite sa concubine, une femme qu’il a séduite et enlevée à son mari. Ces voyageurs assistent à bien des événements marquants, Marignan ou encore à Münster avec la destruction d’une communauté anabaptiste. L’action cependant se situe essentiellement en Italie où Jack se fait jeter en prison à maintes reprises, manque se faire exécuter à de plus nombreuses reprises encore et où finalement, après avoir vu la torture et l’exécution d’un criminel, arrive à la conclusion… qu’il vaut mieux ne pas voyager et rester chez soi !

Les éléments picaresques ? Il réside avant tout dans l’esprit frondeur de notre héros qui ridiculise ses ennemis et dupe plus d’un crédule. Il réside aussi dans le ton volontairement moqueur du narrateur qui tourne en dérision aussi bien les protestants puritains que le pape avec ses concubines. Les événements les plus tragiques, la peste, les exécutions, sont décrits de telle sorte qu’on ne peut s’empêcher de sourire ; ainsi la mort du criminel Cutwolfe est absolument abominable, point d’orgue du récit, mais décrite sur le ton le plus badin qui soit « Quel joli spectacle que de le voir tambouriner sur la carcasse de ce Cutwolfe sans les briser tout à fait, plutôt à la manière du bourrelier qui fait entrer sa rangée de pointes, en les tapotant de son mail le temps qu’il faut ! (…) il ne lui laissa point de membre sans le pulvériser avec méthode en mile esquilles » A en croire le narrateur, le bourreau pourrait tout aussi bien être un artisan en train de faire un poterie ! Bref, rien ne semble vraiment pris au sérieux dans ce récit et c’est justement ce qui en fait tout le sérieux. L’auteur, Thomas Nashe, contemporain et ami de Shakespeare, qui par ailleurs avait souvent maille avec la justice, se rapproche sans doute beaucoup de son personnage principal. Autre personnage important, bien que moins présent, celui du comte de Surrey, le maître de Jack. Le comte de Surrey pourrait représenter tout l’esprit de la chevalerie : il est beau, grand, fort et se meurt d’amour pour une belle demoiselle. Seulement voilà, le trait est tellement exagéré qu’il en devient grotesque. Ainsi s’il est coutume dans le roman de chevalerie de s’extasier sur les vertus de sa dame, le comte en fait tant qu’il reste en adoration et se perd en palabres… dans la chambre où la dame a été conçu ! De même, les tournois virent au ridicule, la description des chevalier devient une suite d’énumérations sur des détails vestimentaires qui plus est loufoques. Bref, rien n’est à prendre au sérieux et même la mort d’une noble dame lors de la peste tourne à la farce : déshonorée par des vandales, elle se donne la mort à côté de son mari, supposé mort lui aussi. Le mari se réveille brutalement, parodie de Roméo et Juliette ? (à vérifier avec les dates par contre, je ne voudrais pas faire d’anachronismes) découvre sa femme morte et accuse notre pauvre Jack qui, pour le coup, n’a rien  à voir avec l’affaire… Le geste de l’épouse n’est plus alors prétexte qu’à un nouveau rebondissement.

Je crois vous l’avoir déjà dit je ne suis pas fan de roman picaresque mais celui-ci après un début sans intérêt, est plutôt une bonne surprise. D’une part il est court, d’autre part le style est vraiment très drôle (le traducteur avoue parfois son impuissance devant certains jeux de mots intraduisibles en français) A découvrir avant de s’attaquer directement à Cervantès….

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 12:47

Robe de marié

Pierre Lemaître

Editions Calmann-Lévy

 

 

J’ai plutôt de la chance en ce moment dans mes choix de lecture et je vais aujourd’hui encore vous parler d’un livre qui vaut le détour. Cette fois il s’agit d’un roman policier : idéal pour ceux qui partent en vacances non ?

Sophie, jeune femme d’une trentaine d’années, fuyant un passé douloureux dont nous savons peu de choses, est engagée chez un haut fonctionnaire pour s’occuper de son fils, Léo, un enfant qui s’attache très vite à elle. Mais un matin Sophie retrouve le petit mort, étranglé vraisemblablement durant la nuit. La porte était fermée à double tour, personne n’aurait pu le tuer si ce n’est elle-même… La jeune femme est contrainte de fuir et sur sa route les morts s’accumulent. Pourtant Sophie ne désespère pas de retrouver sa tranquillité et de mettre fin à sa folie….

Ce n’est pas tout. Mais c’est tout ce que je peux vous dire histoire de ménager un peu le suspens, car, personnellement, tout au long du roman, je n’ai rien vu venir. Le personnage principal est extrêmement complexe et le récit, surtout durant la première partie, est construit sur un rythme très rapide qui ne permet à l’action aucun temps mort. Les phrases sont courtes, volontiers hachées, et, à plusieurs reprises, on se surprend à s’arrêter dans la lecture pour reprendre son souffle. Le thème dominant du récit est bien entendu la folie qui nous entraîne dans une logique à laquelle nous adhérons jusqu’à ce qu’un nouvel élément du puzzle fasse de nouveau voler tout en éclats. De la même manière que Sophie tout au long du récit ou presque agit comme un pion dans un jeu d’échecs, l’auteur s’amuse également à manipuler son lecteur et le rend perplexe. Mon seul bémol porte sur le dénouement du récit. C’est une fin brillamment pensée, assez atypique, mais que j’ai trouvé expédiée un peu rapidement et qui m’a laissée sur ma faim sans mauvais jeux de mots. Ceci dit, c’est vraiment le seul petit détail qui m’a chagrinée. Paraît-il que le premier livre de Pierre Lemaître Travail soigné est encore mieux. Je n’en sais rien mais j’ai hâte de le découvrir…

 

Ps : Et pour les mordus de la langue française, non il ne s’agit pas d’une coquille dans le titre. Il n’y a pas de « e » final dans le « marié » mais c’est seulement en lisant le livre que vous découvrirez pourquoi…

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:04

Une partie du tout

Steve Toltz

Editions Belfond

 

 

Il y a des livres qui font partie de ce que je nommerai les inclassables comme La maison des feuilles un roman expérimental, fantastique sans vraiment l’être, qui mélange les narrations, les styles et pousse l’écriture à un niveau extrême. Il y a les romans de mon chouchou Murakami, voyage entre onirisme et réalité la plus crue. Et, aujourd’hui, j’ai découvert un autre inclassable : Une partie du tout de Steve Toltz.

L’histoire est difficile à raconter et ce n’est pas pour rien que la couverture représente un labyrinthe ! Le livre met en scène le personnage de Jasper Dean et de son père, Martin. Martin est un misanthrope, un philosophe aigri que la vie a condamné à rester dans l’ombre de son frère, Terry, criminel auréolé de gloire pour avoir tué des tricheurs et des escrocs. Mais comment lutter contre une légende ? Martin a essayé d’inculquer à son fils ses propres valeurs, sa haine du système, son admiration pour les penseurs et son mépris pour ses pairs. De son côté Jasper cherche en vain à se construire sa propre identité, dans la recherche de sa mère disparue, dans ses propres expériences amoureuses et dans ses choix. Mais, de la même manière que les personnages voyagent pour finalement revenir à leur point de départ, l’Australie, tout semble le ramener à ce père tant aimé et tant haï à la fois….

Difficile de dire qui est le héros de l’histoire. Le récit est celui du fils mais entrecoupé par le témoignage du père sous forme de discours, de souvenirs racontés ou encore de carnets de voyage, si bien qu’en fin de compte, c’est plutôt la figure du père qui prédomine. Autour de ces deux personnages forts gravitent une kyrielle de rôles secondaires, mais non moindres : Eddy, le thaïlandais, l’unique ami de Martin, Caroline l’amie d’enfance amoureuse de Terry et aimée de Martin, Astrid, la mère mystérieuse tragiquement disparue, Anouk, la jeune femme de ménage dynamique accroc à la méditation et aux bonnes ondes… Difficile aussi de déterminer la tonalité du roman, qui oscille sans cesse entre franche tragédie (le suicide de l’ami de Jasper, la folie d’Astrid) et humour absurde : Martin qui perd la tête et décide de se construire une maison au milieu d’un labyrinthe, la rencontre entre Anouk et nos deux héros, le père et le fils qui chacun à leur tour feignent de construire une cabane, embauchant en vérité des ouvriers pour le faire… Une partie du tout est plutôt déconcertant et je ne parle pas que du style : chaque page présente des idées et des théories qui sont mis à mal à la page suivante et embrouille d’autant plus le lecteur. En fin de compte, on reste toujours sur des questions sans réponse : Martin est-il un génie ou un fou ? Amoureux de la vie ou au contraire aigri ? Jasper ressemble-t-il à son père ? L’aime-t-il ou le déteste-il ? C’est je pense ce qui fait tout le charme du livre mais qui pourrait peut-être rebuter certains lecteurs. Car si le livre est féroce, il l’est avant tout pour ses personnages et il faut tout le génie de l’auteur pour rendre crédible Martin et Jasper sans tomber dans la caricature. Le plus fort c’est que ça marche ! On adhère totalement à cet univers un peu déphasé où le père et le fils sèment leurs invités dans le bush australien, où Martin propose de rendre millionnaire ses pairs et où Terry tue allégrement les sportifs véreux. Certains dialogues sont tout simplement irrésistibles de drôlerie et la narration évite tout aussi bien le pathétique larmoyant que la morale sentencieuse. Dire que j’ai adoré ce livre serait un peu exagéré car il comporte quelques longueurs, surtout sur la fin. Mais ne serait-ce que d’un point de vue stylistique, il serait vraiment dommage de passer à côté….quitte à se perdre un peu dedans !

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 18:41

Mirai Nikki

Sakae Esuno

Editions Casterman

 

 

Le beau temps est revenu ! Allez, entre deux terrasses, plongeons-nous dans une lecture facile, pré-estivale. Aujourd’hui nous allons parler mangas avec une nouvelle série : Mirai Nikki,  qui ne sortira à priori qu’en juin (pour information, elle est sortie en 2006 au Japon).

 

Yukiteru est un jeune collégien taciturne dont la seule occupation consiste à écrire son journal intime sur son portable. Silencieux, il ne se mêle pas aux autres et se contente d’observer la vie en spectateur. Ce garçon légèrement perturbé a même des amis imaginaires ! L’histoire se complique quand ses amis imaginaires (finalement pas si imaginaires que ça) lui annonce que les règles ont changé. Désormais, avec son portable, Yukiteru peut voir ce qui va arriver dans le futur. Un joli cadeau ? Pas vraiment. Car ils sont plusieurs à avoir ce que Deus (leur généreux donateur) a nommé un « chronographe ». Et la règle du jeu est simple : chacun de leurs propriétaires est tenu de tuer les autres. Le survivant accédera à l’immortalité et deviendra le nouveau dieu. Yuki n’étant pas ce qu’on appelle un valeureux guerrier il est plutôt mal parti mais heureusement il dispose d’une alliée de taille : sa camarade de classe Yuno. Celle-ci, également pourvu d’un chronographe, est une amoureuse obsessionnelle qui fait tout pour protéger le garçon de ses rêves. Ensemble, ils vont parvenir à contrer les autres « participants » et tenter de survivre à cette course contre la mort.

 

Avec une ambiance relativement sombre qui n’est pas sans rappeler la célèbre série Death Note, il est encore difficile de déterminer comment va évoluer Mirai Nikki, si le manga va rester dans cette veine ou « s’alléger » au fil des numéros. En tous cas ce premier tome est plutôt réussi. On ne s’ennuie pas un instant, les personnages sont attachants, Yuno dans son rôle d’amoureuse transie un brin déjantée, Yuki dans celui de l’adolescent un peu je-m’en-foutiste qui, du jour au lendemain, se retrouve malgré lui contraint de lutter pour sa survie. L’idée de base est originale et mêle avec habileté fantastique et éthique : Yuki acceptera-t-il de jouer le jeu et de tuer volontairement les autres concurrents ? Yuno sera-t-elle capable un jour elle-même d’assassiner Yuki ? Bref, les amateurs de mangas auront à cœur de découvrir Mirai Nikki très prochainement. En attendant j’incite ceux qui ne l’ont pas encore fait à aller lire Death Note

 

Et c’est tout pour aujourd’hui : il fait trop beau pour rester devant l’ordinateur ! Ne vous inquiétez pas, la prochaine note sera je pense plus conséquente….

 

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