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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 15:11
La chaussure sur le toit

Vincent Delecroix

Editions Gallimard

 

 

Me revoilà. Il est temps de remettre un peu d’ordre dans ce blog qui a été squatté honteusement par la famille au complet. Désolée au fait pour les commentaires qui ont sauté : accidentellement j’ai fait une mauvaise manipulation ! Le retour n’est pas définitif mais normalement, d’ici fin septembre tout devrait être rentré dans l’ordre. La bonne nouvelle (ou la mauvaise diront certaines mauvaises langues) c’est que j’ai plein de notes d’avance du coup je risque d’avoir un rythme plus soutenu ces prochains jours et en octobre… (qui dit pas d’ordinateur dit beaucoup plus de lecture) Voilà, voilà, mille excuses à tous !

Reprenons en douceur avec un roman composé en fait de dix nouvelles, chacune ayant pour fil rouge… une chaussure sur un toit. Que fait cette chaussure abandonnée sur le toit de cet immeuble et qui diable a bien pu l’y mettre ? Autour de cette épineuse question, au demeurant totalement inutile, l’auteur, Vincent Delecroix s’amuse à imaginer dix histoires mettant en scène un personnage témoin ou acteur du phénomène, partant du principe, comme il l’explique dans sa neuvième nouvelle que « si l’on voulait dire la vérité de cette chaussure, il faudrait s’y prendre autrement (…) ne pas abolir le principe de raison, mais le saturer c’est évident (…) ne pas fuir l’explication, fournir toute l’explication, toutes les explications possibles. » Ainsi, la chaussure est tour à tour celle d’un amoureux agile, d’un bandit, d’un amant dépité, d’un fou, et même d’un ange !

La chaussure sur le toit est un exercice de style ; il pourrait être le résultat d’un atelier d’écriture : « Une chaussure sur le toit d’un immeuble : imaginez toutes les péripéties possibles qui ont pu aboutir à cette conclusion. » L’auteur d’ailleurs semble beaucoup s’amuser à broder sur le thème de cette chaussure et certaines de ses saynètes sont particulièrement réussies : l’histoire du chien et de son maître dépressif qui, convaincu d’être seul, finit par se retrouver seul pour de bon ; l’homme qui, au lendemain d’une fête n’a de cesse de rechercher une belle inconnue dont il n’a plus que la chaussure ; le présentateur de télévision frappé d’une crise mystique qui le conduit à la folie… Très à l’aise dans le registre léger et cynique, Vincent Delecroix est en revanche beaucoup plus maladroit dès qu’il s’aventure sur un terrain qui ne lui semble pas forcément familier. Ainsi, sa nouvelle sur une jeune fille dont l’amoureux sans papier se fait expulser par la police tombe complètement à plat. Trop larmoyante, l’histoire ne parvient pas à toucher. De même, sa réécriture d’une tragédie grecque dans un style contemporain est profondément ennuyeuse : incapable de s’approprier les personnages mythiques, le récit tourne à la pédanterie et, pour le coup, toutes les ficelles de l’auteur apparaissent avec leurs limites.

Vous l’avez compris : c’est inégal. Mais il est presque plus difficile de faire un recueil de nouvelles parfait qu’un roman parfait, ce qui n’est pas peu dire. Donc, s’il faut noter la prose de Vincent Delecroix, ce sera avec ce commentaire : « Peut mieux faire, mais néanmoins très encourageant. »  

 

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 00:06
Alors tout d'abord, il fait beau dehors, ce n'est donc pas si grave que sur internet, l'ambiance se relâche un peu. Franchement, regardez-moi ce teint que vous avez. Vous seriez mieux dehors à respirer le grand air.

Ensuite, il y a beaucoup d'impondérables, de contingences, de malheureuses coïncidences qui font que parfois, c'est la vie, on ne peut plus mettre en ligne aussi souvent qu'on le voudrait.

Tout ça pour dire que Beux est en vacances, qu'elle a déménagé, que internet est en panne, que son ordinateur ne va pas bien, que jupiter est dans la maison du taureau, qu'elle n'a pas demandé à venir au monde et puis que d'abord voilà.

Elle m'a donc chargé de venir vous passer un petit bonjour, vous les lecteurs qui faites encore de jolies courbes bleues dans son diagramme de statistiques, elle revient dès qu'elle peut, elle est désolée pour cette longue absence, il ne faut pas le prendre mal, ce n'est rien contre vous, c'est elle, elle a besoin de temps. Mais vous pouvez rester amis.

En attendant, si vous regardez dans sa colonne de liens, vous verrez qu'elle a plein de frères plus sexy les uns que les autres et qui n'attendent que votre visite à bras ouverts.

Bonne fin de vacances !

-Boulet-

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 15:20

Xanth

t.2: la source de magie

Piers Anthony

éditions Milady

 

Il fait très chaud, beaucoup trop pour se lancer dans des ouvrages complexes et des sentiments exaltés. Il est temps de se plonger dans une lecture rafraîchissante et sans prétention. Retour donc à Piers Anthony et à son deuxième tome de Xanth : la source de magie. Souvenez-vous. Piers Anthony c’est cet auteur de fantasy des années 70 que j’avais cru à tort être un contemporain. Cette fois, pas d’entourloupe : j’aborde le second volume de la série en toute connaissance de cause et sans accuser le malheureux de plagiat ou de manque d’originalité…

Bink notre héros coule donc des jours heureux auprès de sa tendre épouse. Sauf qu’en fait, il est loin d’être heureux, la tendre épouse étant plus qu’acariâtre, d’autant plus qu’elle attend un heureux événement. Qui plus est, son pouvoir magique, en sommeil, lui joue de bien vilains tours. Le roi ne voit alors qu’une solution pour palier à la crise conjugale de son sujet, l’envoyer sur les routes pour découvrir la source de magie à Xanth. Bink est donc envoyé en mission accompagné du centaure Chester, en bisbille également avec son épouse, et du soldat misogyne, Crombie, métamorphosé pour l’occasion en griffon… Les trois compères sont bientôt rejoints par le Bon Magicien Humphrey et par le golem Kandira. Mais le groupe ne tarde pas à se heurter à des obstacles et à rencontrer de nombreux ennemis au cours de leur quête. Pour une mystérieuse raison, un puissant ennemi leur met des bâtons dans les roues pour les empêcher de réussir…


Ça passe nettement mieux que le premier volet. D’une part c’est un peu mieux construit, même si l’auteur reste quand même assez surprenant dans son découpage narratif : il prend 70 pages pour décrire le bal masqué de la reine Iris, et expédie le départ de la quête des héros en une ligne (en gros, les scènes d’adieux doivent le gonfler) De la même façon, il expédie certains passages pour au contraire s’appesantir sur d’autres qui à première vue présentent nettement moins d’intérêt. En revanche, l’intrigue est assez prenante, le style plutôt efficace. Piers Anthony excelle dans le registre léger et un humour quasi-omniprésent ce qui l’empêche du coup de créer des situations réellement dramatiques. A dire vrai, on ne croit pas un seul instant à la mort de certains personnages et les rares scènes touchantes (la nymphe délaissée, le pouvoir magique du centaure) tombent de ce fait complètement à côté. Mais bon, passons… Passons aussi sur une certaine misogynie de Piers Anthony : les femmes sont soit laides et intelligentes, et de ce fait  sont des harpies, soit au contraire  sont des gentilles et jolies douces petites choses, mais qui n’ont pas inventé l’eau tiède. Vous trouvez que j’exagère ? Pourtant, le point de départ de cette quête, à rebours des quêtes chevaleresque, est de fuir l’être aimé. La femme est vécue comme un fardeau : la reine Iris est à demi-folle, Caméléon est insupportable, la nymphe Bijou est un peu simple d’esprit… Bref. N’étant pas une féministe enragée, ces petites piques m’ont plus fait rire qu’autre chose, mais elles pourraient ne pas être appréciées de toutes…  Passons, passons… Restons plutôt sur l’idée d’un roman qui se lit bien et d’une histoire plus développée que dans le premier volume, saluons les multiples créatures fantastiques… Le monde de Xanth n’a pas l’ampleur du monde créé par Tolkien mais peu à peu il prend joliment forme…

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 13:11
Triskellion
Will Peterson
édition Milan



C’était annoncé comme LE roman jeunesse, celui qui allait détrôner Harry Potter et renvoyer Gaiman dans ses pénates, la nouvelle série fantastique, le Da Vinci Code des adolescents mâtiné de X.Files. Pas de chance, je déteste le Da Vinci Code.
Bah, reconnaissons-le, ça commençait pas si mal. Un frère et une sœur, jumeaux, sont envoyés chez leur grand-mère au fin fond de la campagne anglaise. Quasi même incipit que Le Monde de Narnia en somme sauf que là, ce n’est pas la guerre que les enfants fuient mais un divorce difficile. Adam et Rachel débarquent donc à Triskellion, le village de leur origine et ces petits américains découvrent avec angoisse un environnement qui leur est franchement hostile : les adolescents du coin les frappent, les adultes les ignorent, leur grand-mère est énigmatique et, surtout, le village semble receler un lourd secret ésotérique : le vaste dessin d’un symbole dans un champ, de vieilles runes, des hommes en vert qui se livrent à d’étranges rituels, un cercueil dans une église…. Et c’est là que ça se gâte : l’auteur, non content de faire intervenir rites douteux, réincarnations suspectes ou symboles magiques, s’empresse de rajouter en vrac jumeaux télépathes (et oui nos héros communiquent entre eux, pratique non ?) être surnaturel télépathe aussi et sur la même longueur d’ondes que les jumeaux (il s’appelle Gabriel, l’auteur s’est pas foulé niveau symbolique des prénoms) découvertes archéologiques troublantes avec présentateurs escrocs, des amis qui se révèlent des traîtres et des méchants qui se révèlent des gentils. Je passe sur les explosions, les incendies, les violents orages, les enterrés vivants, les détraqués… Oui, on est dans X-Files, mais dans un épisode où Mulder résoudrait toutes ses affaires en une seule fois, Scully ayant tout comme nous laissé tombé ; parce qu’à trop vouloir en faire, le récit sombre dans l’invraisemblance la plus totale. Oh, une carte ! Vite trouvons le trésor ! Oh oui suivons un parfait inconnu qui parle aux abeilles, il va nous expliquer tous les secrets du village. Il manque une triskèle ? Oh ça tombe bien une équipe télévisée arrive pour la déterrer. Manquons nous faire tuer par un malade mental puis revenons comme si de rien n’était déguster un bol de porridge chez mère-grand...
Et le pire dans tout ça c’est qu’au final… on ne comprend rien ! Pourquoi les jumeaux sont élus, quel est leur intérêt, quel est le secret des habitants du village à part se peinturlurer, qui est exactement l’homme enterré sous l’église… Certes il y a une suite à cette merveille qui nous révélera sans doute tous les secrets et bien d’autres encore. Le prochain épisode annonce déjà séquestration, poursuite en hélicoptère, trahison… ça va j’ai l’air assez enthousiaste ? Non, désolée, je suis encore en train d’essayer de comprendre le rôle déterminant de ces foutues abeilles dans l’histoire…
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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:23

Le convoi de l’eau

Akira Yoshimura

Editions Actes Sud

 

 

Japon. Un homme au lourd passé qui est resté de nombreuses années en prison pour le meurtre de sa femme, cherche la paix dans le travail d’ouvrier de chantier. Dans ce but, il s’engage dans une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Cette équipe a aussi un autre objectif : persuader les habitants d’un hameau perdu au fin fond de la vallée, hameau dont il y a encore quelques années personne ne connaissait l’existence, de renoncer à leur vie, de quitter leurs habitations et de laisser leur village se faire engloutir par les eaux. Très vite, un lien étrange va s’établir entre ces mystérieux autochtones condamnés à l’exil et les ouvriers du chantier, notamment avec le narrateur qui, grâce aux habitants du village,  parviendra enfin à retrouver la sérénité…

Récit bref, avec une absence quasi-totale de dialogues, Le convoi de l’eau est un livre étrange, typiquement japonais si j’ose dire, avec des descriptions qui, bien que concises n’en sont pas moins extrêmement parlantes. C’est étonnant la façon dont l’auteur en peu de mots parvient à restituer des images ou d’une grande violence, ou d’une grande beauté. Il lui suffit de peu de choses : la tache blanche que fait la robe d’une jeune fille du village, pendue à un arbre pour avoir été violée par l’un des ouvriers du chantier, la pluie qui tombe sur les tentes des ouvriers, le sons des mousses des toits qui s’écroulent… Tout est rendu avec une grande justesse et donne au roman un aspect fantastique et très déroutant. Les habitants du village deviennent des sortes de créatures oniriques, agissant selon des desseins qui sont connus d’eux seul et cet aspect est renforcé par le fait qu’aucun d’entre eux ne parle durant tout le récit. Un peu troublé, le lecteur avance à tâtons dans cet univers, guidé par le narrateur qui révèle lui-même les aspects troubles de sa personnalité au fur et à mesure du récit. Aveugle guidé par un borgne, nous n’avons qu’une solution : adhérer à notre tour à cette histoire, célébration de la nature et du souvenir, intemporelle et  sans complaisance. Le convoi de l’eau, pourtant parsemé de descriptions assez violentes (l’assassinat de l’épouse, le suicide de la jeune fille du village, la découverte du corps de l’un des ouvriers ou encore le récit des cruautés du narrateur) est un roman paradoxalement apaisant ; dans la mesure où la narration est dépourvue de tout jugement critique (seuls les chefs de chantier chargés d’évacuer les habitants du villages sont clairement blâmés) elle devient avant tout une sorte de refuge, un no man land à l’image du hameau dans lequel ni le bien ni le mal n’existe vraiment et où la rédemption devient possible. « Puissiez vous vivre des jours paisibles… » Pour le narrateur, le chantier est l’occasion de retrouver cette paix auquel il aspire. Pour nous… Et bien c’est juste une parenthèse silencieuse dans une réalité criarde. Mais ça fait du bien quand même…

 

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 11:33

Les travaux de Persiles

Miguel Cervantès

Editions Stock

 

Habituellement, il m’est plutôt facile de reconnaître la « patte » d’un auteur. Chaque écrivain a un style qui lui est propre, une façon de manier la phrase ou une tournure d’esprit qui se retrouve dans ses écrits. Pourtant, si je n’avais pas su qu’il s’agissait bien de Miguel Cervantès, je n’aurais sans doute jamais réussi à reconnaître l’auteur de Don Quichotte dans le roman Les travaux de Persiles et Sigismonde.

Si Don Quichotte est désormais universellement reconnu, Les travaux de Persiles sont en revanche presque totalement tombés dans l’oubli : pour vous donner une idée, j’ai récupéré mon exemplaire d’occasion : il datait de 1947 et j’ai dû couper les pages moi-même ! C’est un peu triste de se dire qu’en plus de soixante ans, personne n’avait lu l’ouvrage que je tiens entre les mains. Encore plus triste quand on sait que Cervantès a fini le livre sur son lit de mort dans l’espoir que celui-ci lui apporterait la reconnaissance éternelle.

L’histoire débute sur mer. Une femme d’une grande beauté, qui se fait appeler Auristèle, est capturée par des corsaires. Son frère Périandre, ou prétendu tel, vole à son secours. Ces deux-là, bientôt rejoints par un petit groupe hétéroclite de personnages (le prince de Danemark, amoureux d’Auristèle, un espagnol « barbarisé » et sa famille, d’autres prisonniers…) ont un objectif bien précis en tête : atteindre Rome pour exaucer un vœu dont personne ne sait exactement la teneur car le frère et la sœur sont nimbés de mystère. Tous s’empressent de les aider et traversent ainsi successivement la mer, l’Espagne, la France et l’Italie, vivant ainsi toutes sortes d’aventures, tantôt gaies tantôt dramatiques, et écoutant les histoires de chacune de leurs rencontres sur le chemin : enlèvements et mariages forcées, sorcellerie, duels, amours passionnés, vengeances… A la fin, il apparaît que Périandre et Auristèle ne sont pas frère et sœur mais amoureux et qu’ils veulent atteindre Rome pour unir leurs vies par le mariage.

Le résumé vous paraît plutôt sympathique non ? A moi aussi ça me paraissait alléchant, surtout connaissant l’auteur. Hélas ! Trois fois hélas ! J’ai cherché en vain la simplicité et la verve qui caractérisait Don Quichotte. Seulement, là n’était pas le but de Cervantès qui au contraire voulait renouer avec le roman grec : deux jeunes amoureux qui au terme de tribulations insensées se retrouvent, style du genre épique… Bref une œuvre qui est basée sur l’imitation, ce qui à l’époque de Cervantès n’a rien de honteux. Mais, de nos jours, le style ampoulé, à cent lieues des bouffonneries de Sancho a bien du mal à fonctionner. Qui plus est, Cervantès, qui n’hésitait pas dans Don Quichotte à railler tous les canons du roman de chevalerie, fait marche arrière en employant deux trois techniques que n’aurait pas désavoué l’auteur d’Amadis par exemple : extrême beauté des personnages principaux, amour excessif qui se traduit par des manifestations physiques (évanouissement, mort). Comme dirait l’auteur de la préface de l’ouvrage : « En ce sens, il n’est pas exagéré de dire que Persiles est la revanche d’Amadis sur Don Quichotte ». Le chevalier à la triste figure avait un côté résolument moderne : Persiles et Sigismonde ont tous deux les caractéristiques d’un passé figé, prisonniers d’une rhétorique usée et paraissent fades. D’ailleurs, il apparaît assez évident que l’auteur lui-même au bout d’un moment se lasse de l’écriture stéréotypée et ronflante de son ouvrage. Ainsi, lors d’une narration de Périandre, contant ses aventures, il n’hésite pas à tourner en dérision ce procédé archaïque : « Il me semble que si la patience n’eût été soutenue du plaisir qu’avaient Arnaldo et Policarpe de voir Auristèle, et de celui que prenait Synforosa à regarder Périandre, ils l’eussent déjà perdue en écoutant son discours, que Maurice et Ladislas trouvèrent un peu long, et non guère à propos, puisque pour conter ses propres disgrâces, il n’avait que faire de réciter les plaisirs des autres. ». Nous retrouvons ici l’une des trop rares touches d’humour de l’auteur qui cette fois se moque indirectement de son personnage principal. Il y en a d’autres, rassurez-vous : je pense par exemple à ce moment unique où le jeune barbare Antoine, sollicité par une magicienne amoureuse, répond à ses avances… en lui tirant une flèche dessus ! Au grand désespoir de son père qui lui fait par la suite un petit discours dans lequel il apparaît qu’on ne traite pas ainsi ses prétendantes… Mais les notes légères ne réussissent pas malheureusement à sauver un ensemble trop chargé, un bric-à-brac de genres littéraires agencés à la hâte et sans véritable implication…

Alors me direz-vous, pourquoi lire ce livre ? Parce que des fois nous avons quelques jolis passages, des éclairs touchants. Personnellement je ne suis pas d’accord avec l’auteur de la préface (mort sans doute depuis longtemps le malheureux) qui dit que Cervantès était médiocre en poésie car j’ai apprécié le sonnet inséré en plein milieu du roman, notamment ces vers :

« La généreuse ardeur que tu ne peux éteindre,

Allumant ton Amour éteindra ta beauté,

Et contraignant un mal qui ne se peut contraindre,

Tu mourras en visant à l’immortalité. »

Mais je l’avoue, ce qui m’a le plus touchée dans ce roman, et ce n’est certes pas une bonne raison, c’est justement ce côté vieillissant, testamentaire. Cervantès n’a même pas vécu assez longtemps pour assister à la publication de ce qui était supposé être son chef-d’œuvre et qui ne se révélera qu’un roman parmi d’autres, roman qu’on aurait sans doute totalement oublié s’il n’avait pas été celui de l’auteur de Don Quichotte

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 20:11

 

 

Xanth

t.1 : Lunes pour Caméléon

Piers Anthony

Editions Milady

 

 

Je savais que ça vous manquait terriblement ; nous allons parler aujourd’hui gros monstres, monarchies fantastiques, gentils magiciens, méchants magiciens, filles stupides avec de gros seins et thons très intelligents.

Etape numéro 1 : Bink gentil garçon fort, intelligent mais malheureusement incapable de réaliser le moindre tour de magie, ce qui dans Xanth, son monde, est impensable, se met en quête du bon magicien, Humphrey, le seul à pouvoir lui révéler si oui ou non il possède un don quelconque, et ce afin d’éviter le bannissement en Vulgarie (en gros notre monde) et de pouvoir épouser sa promise, Sabrina. En chemin il rencontre des êtres monstrueux, une multitude de pièges magiques, des bombes sexuelles, des gens peu recommandables… Bref les ingrédients nécessaires à de la fantasy. Pourquoi pas ? Le style est loin d’être génial, voire même très mauvais à certains endroits, mais ne manque pas d’humour, et le ton de l’auteur est léger : « Je sais c’est du réchauffé mais faites comme si vous découvriez ce genre d’univers pour la première fois… » Allons-y. Mais peu à peu l’agacement commence à pointer devant ce périple qui n’en finit pas. Il va finir par y arriver à son magicien oui ou non ?

Etape numéro 2 : Merveille ! 170 pages plus tard, Bink arrive auprès d’Humphrey qui lui révèle qu’il dispose apparemment d’un incroyable pouvoir, mais est incapable de lui en dire la teneur. Un peu décevant. Un héros looser et sans pouvoirs magiques aurait été nettement plus original qu’un de ces innombrables élus qui à la fin de la saga sauvent le monde sans même le vouloir.

Etape numéro 3 : En dix pages, Bink revient chez lui et se fait bannir, incapable de prouver ses pouvoirs. Son histoire d’amour avec Sabrina prend brutalement fin, le jeune homme se rendant compte finalement qu’elle n’est qu’une égoïste et qu’elle ne l’aime pas. A ce stade, je lâche mon dessert et je feuillette rapidement le livre pour être sûre de n’avoir pas loupé quelques pages et de découvrir où Sabrina a fauté et comment l’auteur après nous avoir  fait lanterner durant toute la première partie du livre décide soudain qu’il faut accélérer l’intrigue (sauf que là ça s’appelle bâcler) si on veut pas y passer la nuit. Bon faisons comme si de rien n’était.

Etape numéro 4 : Bink se fait exiler en Vulgarie, tombe sur le terrible et maléfique magicien Trent (pas de chance) qui essaie de lui extorquer le moyen de revenir à Xanth. Il est fait prisonnier avec Fanchon, une jeune fille absolument atroce qui refuse de lui révéler ses propres pouvoirs, mais qui se révèle au demeurant brillante et parvient à les faire évader.

Etape numéro 5 : Après une course-poursuite, Fanchon et Bink reviennent à Xanth et sont obligés de faire alliance avec Trent, le magicien qui les a suivsi... De nouveau, dangers sur la route, des châteaux hantés, des maléfices de charme… On s’attendrait presque à voir surgir Harry Potter au détour du chemin… sauf que, soyons honnêtes, Harry Potter date de bien après.

Bon je ne dévoile pas l’étape numéro 6 mais sachez en gros que ça finit bien, avec des mariages, des couronnements et tout et tout… Fin typique de la fantasy mais qui me laisse après la lecture profondément perplexe. Car, voyez-vous, j’ai commis une erreur : centaures, harpies, élus… tout ça m’apparaissait si conventionnel que j’ai relégué injustement le malheureux Piers Anthony, l’auteur, au rang des écrivains en mal d’inspiration qui pompe allégrement sur ses ancêtres. Or, Piers Anthony est né en… 1934 ! Et l’ouvrage dont je fais la critique aujourd’hui date très exactement de 1977. L’ancêtre c’est lui. Ce qui après coup expliquerait bien des petits détails : l’infime part de misogynie de l’ouvrage, l’humour pas toujours léger léger et le manque d’originalité… car, à son époque, nulle doute qu’il était original… Ceci dit cette erreur historique n’excuse pas le style bâclé et un monde qui est loin d’être construit avec la rigueur de celui de Tolkien. Xanth en tous cas me semble avoir bien mal vieilli mais pour rendre justice au malheureux auteur que j’ai maudit durant toute la lecture pour sa fantasy réchauffée, je vais faire un effort et poursuivre la saga… La prochaine étape n’est pas loin !

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 11:45

Papa et maman sont dans un bateau

Marie-Aude Murail

Editions Ecole des Loisirs

 

 

C’est une famille comme les autres, les Doinel : le père dirige une entreprise dont le rachat provoque des restructurations sauvages, la mère éprouve une certaine lassitude dans son métier d’institutrice en maternelle, la fille dévore des mangas sur des amours impossibles et le fils se fait tabasser sans broncher par les plus grands de sa classe. Ils s’aiment beaucoup, mais n’ont pas le temps de se le dire : le père n’arrive plus à communiquer avec son adolescente de fille, la mère est un peu perturbée devant l’intelligence de son fils, et entre les soucis professionnels de chacun, le couple a du mal à se retrouver,  chacun d’eux gérant un univers que l’autre ne connaît pas… Cependant, les quatre membres de cette famille ont un point commun : ils se sont tous arrêté sur la même photo d’un magazine, celle d’une yourte mongole en plein cœur de la Bretagne profonde. Manière pour eux d’échapper à une vie qui les ronge.

Marie-Aude Murail est un auteur pour adolescents comme je les apprécie : son style est plein d’humour, sans effets, et d’une simplicité qui colle toujours à son sujet. L’histoire de Papa et maman sont dans un bateau n’a en soi rien d’extraordinaire, seulement le quotidien de quatre membres d’une même famille, mais elle est décrite avec exactitude depuis la restructuration de l’entreprise du père (ah les réunions pompeuses de management et les petits chefs ! ah les formations informatiques hâtives et la sous-traitance !) jusqu’aux états d’âme de l’adolescente accroc aux mangas sur des amours bisexuels et des hommes qui se transforment en femme et vice-versa. C’est très drôle mais le trait n’est jamais forcé, si ce n’est peut-être dans le portrait caricatural que dresse l’auteur des parents de la mère, seuls personnages réellement antipathiques de l’histoire. Rassurez-vous, il ne s’agit pas non plus de faire une apologie de la vie en yourte et d’un mode de consommation 100% écolo (non pas que je désapprouve ce genre d’idées mais je rappelle que les cours d’éducation civique dans un roman me gonflent royalement) : la photo de la yourte mongole n’est ici que le symbole pour chacun des Doisnel de l’évasion. « Nous vivons au milieu des robots », c’est le credo d’Esteban, le petit garçon fasciné par ce monde qui l’entoure et qui lui fait peur principalement parce qu’il craint « la panne géante ». Devenus des robots chacun à leur manière, les quatre membres de la famille ne pourront s’en sortir qu’en changeant leur mode de vie… sans aller à vivre jusque dans une yourte ! Marie-Aude Murail a, à mon sens, une qualité primordiale : elle porte un regard dépourvu de jugement sur ses personnages et si elle en montre aussi bien les forces que les faiblesses, elle le fait avec une infinie tendresse que j’apprécie. C’est pourquoi, malgré des sujets qui en soi ne sont pas faciles : crise économique, crise familiales, crise existentielle… Papa et maman sont dans un bateau reste un livre étonnement optimiste qui ne délivre qu’un seul message : tant qu’on n’est pas seul dans la vie, rien n’est jamais perdu….

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 14:00

Princesse des rues

Quinze ans au secours de l’enfance aux Philippines

Laurence Ligier

Editions Tchou

 

 

Bien loin des témoignages larmoyants des femmes battues, assassinées, violées, droguées, prostituées, et parfois tout à la fois, voici le récit d’une jeune française, Laurence Ligier, qui, partie en mission humanitaire aux Philippines à l’âge de dix-huit ans, découvre la misère et le dénuement de son peuple et particulièrement des enfants. En effet, les Philippines ont un très fort taux de natalité et la pauvreté de ses habitants ne suffit pas à élever une famille de six à huit enfants. La plupart se retrouve à la rue, d’autres se prostituent pour gagner de l’argent, certains encore sont victimes d’abus sexuels ou de violences familiales. Forte de ce constat, Laurence Ligier décide de venir en aide à cette tranche de la population et, avec l’aide d’une philippine, Ellien, elle monte un centre baptisé « Caméléon » qui accueille des petites filles et des adolescentes  dont l’environnement familial n’est pas adéquat, les envoie à l’école et tente de les sortir de la spirale infernale qu’est devenue leur vie.

L’auteur raconte le véritable parcours de combattant qu’a nécessité la création de cette association, sa mise en route, ainsi que ses propres expériences vécues aux Philippines, sa difficulté à s’adapter à certaines coutumes locales et à renoncer à tout confort pour une vie rudimentaire : le poisson pêché au début de semaine et conservé dans des conditions plus que douteuses qu’il faut manger le samedi grouillant d’asticots, les bidonvilles insalubres, la mort et la violence à chaque coin de rue… Mais elle parle aussi de la gentillesse des gens qu’elle a pu rencontrer, des sourires d’enfants qu’elle a secourus et d’une grande aventure humaine qui la marquera à vie.

Ce n’est certes pas très bien écrit. Le style est maladroit, le récit souvent interrompu par des considérations économiques et politiques qui s’éternisent, la narration est exclusivement au présent et la structure du livre est très aléatoire. Ceci dit, il se dégage de cet ouvrage, en dépit de certaines pages assez difficiles à « avaler », un optimisme qui réchauffe le cœur. Laurence Ligier est dépourvue de fausse modestie et reconnaît ses mérites ainsi que le travail accompli. Elle sait cependant aussi reconnaître ses échecs et prend pour exemple Baby, une jeune fille qu’elle s’obstine à protéger et à aider envers et contre tout, jusqu’au jour où elle comprend que cette attitude ne sert qu’à conforter davantage sa protégée dans son irresponsabilité. Il faut beaucoup de courage pour admettre ses erreurs et l’auteur n’en manque pas. Plusieurs fois victimes de tentatives de meurtre par la pègre local, décriée par les médias philippins, reniée par sa collaboratrice, Laurence Ligier glisse l’air de rien sur ces événements avec une décontraction qui n’est pas sans forcer notre admiration et notre respect. Certes ce n’est pas une grande écrivain, mais c’est une grande dame. Et à ceux qui objecteraient sur l’utilité de sa démarche, je la laisserai elle-même répondre : « Une question encore plus déconcertante revient à chaque conférence : votre action n’est-elle pas une goutte d’eau dans l’océan ? Que ceux qui pensent cela viennent sur le terrain et ouvrent les yeux. Est-ce que la vie d’un enfant est une goutte d’eau ? » A bon entendeur…

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 21:51

Don Quichotte de la Manche

Miguel de Cervantes Saavedra

Editions du Chêne

 

 

Ce qui est terrible avec les classiques, c’est que, parfois, on en entend tellement parler que, du coup, on peut s’en faire une idée préconçue. Proust et Zola ? « ennuyeux » Céline ? « antisémite » Musil ? « opaque ». Je ne dis pas que ces idées sont fausses, je pense seulement qu’un ouvrage gagnerait toujours à être abordé d’un œil entièrement neuf, sans jugement préconçu et sans arrière-pensée, lire sans partir du principe que par exemple l’on va mortellement s’ennuyer, tout comme un élève qui répugne à lire un livre prescrit par l’école, part du principe qu’un livre étudié en classe est forcément inintéressant.

Parlons de Cervantès et de son célèbre Don Quichotte que je craignais un peu de lire, m’étant déjà forgé mes propres préjugés sur la littérature espagnole en général et le roman picaresque en particulier. Je dois faire aujourd’hui un mea culpa. Car Don Quichotte... et bien c’est vraiment bien.

Don Quixada est un brave gentilhomme espagnol relativement instruit et passionné de livres de chevalerie. Mais son amour pour ce genre de littérature lui coûte la raison. Bientôt il décide de devenir lui-même chevalier errant et de partir en quête d’aventures extraordinaires à travers le vaste monde sur son vieux cheval et accompagné de son fidèle écuyer Sancho Pança, plus ou moins contaminé par la folie de son maître. Rebaptisé Don Quichotte de la Manche pour l’occasion, notre héros prend ainsi des auberges pour des châteaux, des moulins pour des géants, des prostitués pour de nobles princesses, des moines pour de vils enchanteurs… et à la manière des récits d’autrefois clame son amour pour la belle Dulcinée, l’élue de son cœur, une vague paysanne qu’il n’a pour ainsi dire quasi jamais vu. Mais que serait un chevalier sans une dame à servir ?

Personnellement, ma lecture de Don Quichotte m’a inspirée des sentiments assez partagés. Oui, c’est drôle, très drôle même. Car Don Quichotte reprend tous les canons du roman de la chevalerie mais en les parodiant, en les détournant à loisir ou encore en en montrant tout simplement le ridicule. Par exemple, tout comme le chevalier Amadis de Gaule, Don Quichotte, très concentré, décide de ne ni manger ni dormir mais d’utiliser ce temps à penser à Dulcinée, de la même manière qu’Amadis passe son temps à se languir d’Oriane. L’exagération est la même (reportez-vous à la note sur le roman Amadis de Gaule) mais le style est volontairement comique et l’exagération qui pouvait avoir une certaine noblesse dans les romans de chevalerie devient ici tout simplement grotesque.  Pour moi qui n’aime guère le genre de toute manière, imaginez ma joie de le voir tourné en ridicule ! Le comique réside aussi dans le personnage de Sancho, l’écuyer peureux, un tantinet voleur et menteur,  dont les mésaventures, presque aussi nombreuses que celle de son maître, provoquent le rire tout comme le couple improbable qu’il forme avec Don Quichotte, impavide, désintéressé, toujours très franc… et fou.

Mais il faut dire aussi la vérité ; Don Quichotte est une œuvre profondément triste. Et c’est sur cette note que je vais rester, peut-être parce que je suis d’humeur un tantinet mélancolique ce soir. Car, si l’on y songe, de quoi parle le livre ? D’un homme qui vit son rêve, un rêve qui plus est relativement noble : secourir la veuve et l’orphelin, faire cesser l’injustice, glorifier l’amour…. Et en fin de compte, qu’arrive-t-il ? Rien ; Don Quichotte est fou, pour Cervantès c’est une certitude. Seul un fou peut croire à « des lectures insensées » et aux valeurs chevaleresques d’antan. Dans la vie réelle, les aubergistes réclament de l’argent, les damoiselles inaccessibles sont des paysannes rougeaudes qui donnent à manger aux poulets et personne ne vient au secours de personne. A travers le personnage de Don Quichotte, c’est aussi le lecteur qui est pointé du doigt. Car Don Quichotte est moins un chevalier qu’un lecteur malchanceux, coupable d’avoir trop rêvassé sur des récits absurdes, attitude qui s’oppose au « bon sens » de ses amis qui, eux, brûlent les livres (cf. le chapitre VI dans lequel le curé et le barbier, proches de Don Quichotte, brûlent une partie de sa bibliothèque pour que les livres qui ont fait tant de mal à notre héros ne « perdent » plus personne). Un peu schizophrène notre ami Cervantès non ? Car Don Quichotte n’est rien de moins qu’un roman qui condamne le roman… En fin de compte, le bon sens finira par l’emporter. Don Quichotte, emporté par la maladie de la mélancolie, retrouvera la raison sur son lit de mort et choisira la voie de la religion (il demandera les derniers sacrements) comme ultime salut à une vie qui, somme toute perdrait autrement tout son sens : « Il finit par demander pardon des mauvais exemples qu’il avait pu donner  lorsqu’il était privé de sa raison (…) Don Quichotte pria monsieur le curé d’aller chercher les sacrements. Il les reçut avec une piété, une résignation, une ferveur, qui édifièrent tout le monde ; et le soir, étant retombé dans une grande faiblesse, il rendit son âme à Dieu. » Ce final si sérieux contraste avec le burlesque du reste du roman et n’est pas sans nous laisser un goût amer dans la bouche…

Voilà ma propre interprétation du roman de Cervantès. Mais, je l’ai dit au début de cette note et je le répète, chacun a sa propre lecture d’un récit. A vous de faire de Don Quichotte un héros tragique ou un joyeux bouffon, un fou dangereux qui se bat contre des moulins à vent ou un chevalier errant qui est juste né à la mauvaise époque…  
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Published by beux - dans Classiques
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