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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 23:44

Une soupe de diamants

Norma Huidobro

Editions Ecole des Loisirs

 

 

Maléna est une fille incomprise par son père qui a commis l’outrage ultime de plaquer sa mère pour partir avec une femme plus jeune, qui, comme c’est pratique tout de même, se révèle être une véritable marâtre. Du coup, lorsque sa mère doit partir en voyage au Mexique pour son travail, Maléna se refuse catégoriquement à partir en vacances avec son père et préfère aller passer ses congés chez son grand-père. Car son grand-père est TROP génial : il a deux chiens et il adore cuisiner ; il a même ouvert un restaurant dans sa maison le week-end et Maléna est donc TROP contente de passer ses vacances avec lui….

A ce stade du roman, j’avais déjà perdu tout intérêt pour la lecture de Une soupe de diamants, partant du principe qu’un récit de jeunesse écrit à la première personne du singulier mettant en scène une gamine se passionnant pour la soupe aux oignons ne rentrait définitivement pas dans le cadre de mes attributions (moi je fais plutôt dans le registre adolescents psychopathes ou tout du moins dotés de pouvoirs paranormaux) Mais, ayant lu consciencieusement ma quatrième de couverture (ce que je fais toujours lorsqu’un livre commence à m’ennuyer) il m’apparut que le roman était un roman policier et que nous allions avoir une intrigue palpitante dans le village à priori sans intérêt du grand-père. Et c’est ainsi qu’entre deux descriptions culinaires, Maléna enquête sur le meurtre d’une infirmière dont elle a retrouvé le collier près d’une maison abandonnée… En effet un innocent, le brave idiot du village est accusé à tort et notre justicière ne peut laisser passer une telle bavure. Aussi, elle mène sa propre enquête, essentiellement via Internet (hautement réputée pour sa fiabilité et son potentiel d’investigation) et découvre que l’assassinat a un lien avec un vol de diamants… Je vous rassure, Maléna va déjouer l’infâme complot, risquer sa vie, et finalement s’en tirer avec les honneurs, la récompense et tout le toutim pour rentrer la tête haute chez elle, en ayant qui plus est évité l’odieuse belle-mère et procuré de l’argent à son grand-père pour s’acheter un restaurant…

Autant vous dire, si j’ai lu le livre jusqu’à la fin, c’était avec un unique espoir : que le personnage se plante et qu’on apprenne à l’ultime seconde qu’elle s’était trompée du tout au tout. Ça aurait été drôle non ? Et plus crédible que de voir une adolescente réussir là où tous les enquêteurs ont échoué. Qui plus est, je viens de découvrir le personnage le plus antipathique de toute l’histoire de la littérature jeunesse, la sale gosse bouffie d’orgueil qui ne se remet jamais en question, une espèce d’avatar de Claude dans Le club des 5 qui résout toujours toutes les enquêtes et, qui plus est, réveille toujours ses malheureux cousins à des heures défiant toute décence. Bref, vous l’aurez compris, je n’ai guère apprécié le personnage de Maléna, encore moins une intrigue tirée par les cheveux et une happy end frisant le ridicule (encore un peu et l’auteur nous faisait rentrer le père au bercail). Alors là j’attends l’argument choc : « C’est un livre pour enfants, les enfants peuvent s’identifier à l’héroïne un peu mal dans sa peau, qui résout une enquête, c’est libérateur et ça leur fait prendre confiance ». Ouais, encore faut-il que ça soit bien fait. Je ne suis pas contre l’idée dans les romans de l’enfant plus intelligent que les adultes qui fait des choses que ces derniers sont trop obtus pour réaliser. Encore faut-il que ce soit bien écrit et un minimum crédible. Un lecteur, quel que soit son âge, n’est pas un idiot.

Vous remarquerez que j’évite de parler du style. On peut dire que l’auteur a, involontairement peut-être, réussi son coup puisque le roman donne effectivement l’impression d’avoir été écrit par une gamine de douze ans, avec cependant quelques passages assez réussis (je pense notamment au passage où Maléna dit au revoir à sa mère sur le quai de la gare). C’est plat, sans rythme aucun, ce qui vous en conviendrez est plutôt ennuyeux pour un roman policier, et entrecoupé l’air de rien de petites morales (le troisième âge a aussi droit à l’amour, il ne faut pas accuser sans preuves, il ne faut pas quitter sa femme, les vieux sont utiles à la communauté et les chiens n’ont rien à faire dans un restaurant). Vite lu, vite oublié, telle est ma conclusion, et si vraiment vous cherchez une histoire de diamants digne de ce nom dans la littérature jeunesse allez plutôt farfouiller du côté de Horowitz avec son Faucon malté car avec la soupe de ce jour vous ne serez guère rassasiés…

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 15:51

Olav Audunsson

Sigrid Undset

Editions Stock

 

 

Ce n’est pas de la paresse. Ce blog n’est pas non plus fini. Il faut seulement que je me cantonne peut-être à des ouvrages un peu plus courts car le roman dont je vais vous parler aujourd’hui fait plus de mille pages et a nécessité un certain temps.

Partons faire un petit tour en Norvège faire la connaissance de Olav Andunsson. Olav, fils adoptif de Steifinn, a été promis dès son plus jeune âge à Ingunn, la fille de son protecteur. Elevés comme frère et sœur, les deux enfants sont finalement tombés amoureux et ne conçoivent pas leur avenir séparés. Mais Steifinn meurt et le mariage est annulé par les oncles. Olav, qui par ailleurs a consommé son union avec sa belle, se met en colère et se brouille avec la famille de sa fiancée. Il tue l’un des cousins et est donc contraint de s’exiler. Restée seule, Ingunn, d’une nature passionnée mais pas forcément réfléchie, n’a plus qu’à attendre. Mais, malgré la promesse du retour de Olav, elle cède à la tentation et tombe dans les bras d’un jeune clerc dont elle a un enfant. Olav revient finalement, réconcilié avec sa belle-famille pour apprendre la trahison de sa promise. Grand seigneur, il accepte néanmoins d’épouser Ingunn et de reconnaître son enfant, Eirik. En revanche, il tue le père. Un acte qui va peser lourd sur sa conscience et attirer une malédiction sur sa descendance…

Bienvenu dans le roman fleuve, ou plutôt dans le roman « fjord » ah ah (Ok c’était pas drôle). Lire Olav Audunsson m’a irrésistiblement fait penser à l’époque où je lisais Autant en emporte le Vent ou Jalna. C’est l’histoire d’une famille à qui il arrive toutes les catastrophes possibles, d’une noirceur joyeuse, et qui réussit le tour de force de conjuguer cynisme et sentimentalisme. A ma connaissance, seules des femmes sont capables d’écrire ce genre d’ouvrages. Et je connais peu d’hommes qui aiment les lire.

Ceci dit, ce serait faire une grossière erreur que de classer Olav Audunsson dans la catégorie « roman à l’eau de rose pour femmes au foyer désoeuvrées ou vieilles filles frustrées » Sigrid Undset en effet brosse un portrait saisissant d’une Norvège schizophrène, partagée entre la foi catholique et les notions de pénitence, de pardon et de charité, et son héritage païen, tout en violence et en vengeance. Le livre mêle ainsi toute la thématique chrétienne (moines, prêtre, confessions, messes, culpabilité, pénitence) avec la mythologie nordique, les haches qui chantent, les meurtres d’honneur, les chants guerriers (je songe à ce très beau passage où lors d’une fête les convives chantent et dansent sur le chant de l’épée) . Olav est de ce fait un héros contradictoire. Violent de nature, porté à la vengeance, c’est un fervent catholique qui de ce fait ne trouve pas sa place et n’arrive pas à assumer le meurtre de son rival. Tout au long de sa vie il se punira pour son acte, sans avoir néanmoins le courage de l’assumer par une confession. A ses côtés, Ingunn, personnage plus pâle et qui par ailleurs, autant vous prévenir, ne survivra pas à la moitié de la saga subit plus ou moins le même châtiment : vivant au gré de ses passions et de ses sentiments (elle songe même à se débarrasser de son premier-né) incapable d’assumer à la fois le poids de son infidélité et son amour maternel pour Eirik, elle subit un destin qui la conduira à la mort…

Que dire de plus ? Le style est aisé, l’intrigue plutôt prenante malgré certaines longueurs ou au contraire des ellipses parfois un peu perturbantes dans le cours du récit. Il faut parfois suivre entre les noms norvégiens qui se ressemblent tous, les lignées familiales, les gens qui meurent ou qui naissent et les cousins qu’on a oublié et qui reviennent tout à coup. Ceci dit, nous avons là une œuvre majeure de la littérature nordique alors  ça vaut le coup d’oublier un peu ses préjugés et de se plonger dans la saga…

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 23:44

Trames

Iain M.Banks

Editions Robert Laffont

 

 

Le prince Ferbin n’était pas appelé à régner. Normalement, c’est son frère Elime qui aurait dû prendre la succession de son père. Seulement voilà, Elime s’est fait tuer à la guerre et le roi lui-même est victime de la plus odieuse des trahisons et se fait assassiner par son bras droit, Tyl Loesp… Ferbin, en fuite, présumé mort, ne sait vers qui se tourner… ah si, peut-être vers ces peuples extraterrestres plus intelligents que son peuple et qui contrôlent sa planète avec bienveillance…

C’est là qu’est, à mon avis, toute la saveur de l’histoire. Les premières pages nous laissent entrevoir une énième histoire de royaumes à reconquérir et de princes bafoués. Seulement il s’avère bien vite que Ferbin et les siens sont considérés comme des barbares au sein du monde décrit par l’auteur, du menu fretin semblable au peuple des hobbits dans la trilogie de Tolkien et que leur destinée personnelle n’a pas grande importance. Nous ne sommes pas dans de la fantasy ni tout à fait dans de la science-fiction mais dans un savant mélange des deux, à la manière de Dune. Plusieurs histoires s’enchevêtrent : nous avons l’histoire de Ferbin, bien décidé à venger la mort de son père, celle de sa sœur Anaplian qui elle a été élevée par une unité spéciale extraterrestre pour veiller à l’équilibre des différents monde et qui, au fait des technologies les plus pointues et les plus sophistiqués, a une perspective de la situation radicalement différente et, enfin l’histoire d’Oramen, le plus jeune frère qui, resté sous la régence de Tyl Loesp découvre un étrange objet qui pourrait détruire sa planète à jamais…. Au programme ; vaisseaux parlants et extraterrestres à l’allure d’insectes, objets magiques non identifiés et drones sentimentaux, vengeances et convois diplomatiques…

Pour ceux qui ne sont pas adeptes du genre, c’est confus. Très. Passé le premier amusement du décalage (le héros Ferbin n’a pas de réelles qualités ni même une grande profondeur. Assez frivole, il apparaît comme un gamin capricieux) et certaines situations incongrues (le prince aux allures médiévales qui s’embarque dans un vaisseau spatial) il faut s’accrocher à cette histoire qui énumère différents noms d’aliens et de vaisseaux avec un plaisir sadique, perdant le malheureux lecteur néophyte dans un dédale de planètes et de galaxies : Nariscenes, Heisp, Sursamen, Chyme… En même temps croyez-en mon expérience personnelle, c’est toujours mauvais signe quand il y a un index des noms et des lieux à la fin d’un ouvrage. Au final, personnellement je n’ai retenu que l’histoire de Ferbin et de sa famille. Mais le problème, si vous avez bien suivi, c’est qu’en gros cette histoire n’a pas vraiment d’importance ! Il s’agit essentiellement de menaces antiques, de relations diplomatiques avec de gros insectes qui exhalent des odeurs apaisantes, un vague conflit d’intérêt entre les Octes et les Aultridias (étaient-ce bien leurs noms déjà ?) et d’une organisation appelée Culture et qui plane au-dessus de l’univers à la manière d’une gigantesque ONU. A la fin on comprend tout de même que le danger s’étend à la planète entière de Ferbin et on récupère de justesse le fil, mais ça n’empêche pas d’achever le roman avec le sentiment d’être une parfaite imbécile qui ne saisit pas les subtilités des mondes Gigognes…

A part ça, c’est bien écrit, le style est fluide et Banks a le talent rare de manier aussi bien l’ironie et la légèreté qu’un registre plus dramatique, sans jamais tomber dans les excès, le bon gros comique ou le pathétique flamboyant. Je pense très sérieusement qu’il a des adeptes, des lecteurs assidus qui ont dressé des cartes, peuvent parler de la culture nariscène avec passion (l’auteur en parlait sans doute d’ailleurs dans ses appendices mais j’avoue que c’est trop pour moi) et dresser l’historique de la Culture à travers les âges. Je ne fais pas partie malheureusement de cette catégorie et peut-être me faudra-t-il d’autres romans de Banks pour mieux appréhender son monde (car vu la richesse de ce dernier, je pense que Trames doit faire partie d’un ensemble plus vaste). Pour l’instant, je suis comme Ferbin, un tantinet larguée…

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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 19:47

Gargantua

François Rabelais

Editions Pocket (bilingue)

 

 

Devant le succès de son Pantagruel, Rabelais décida, non pas de lui donner une suite, mais de narrer les aventures du père de ce dernier, Gargantua. Il faut savoir que Gargantua est le personnage issu d’une tradition populaire et qu’en écrivant son premier roman, Rabelais l’avait à l’origine rattaché aux Grandes et inestimables chroniques du géant Gargantua, un ouvrage de 1532 dont il n’était pas l’auteur. Voilà donc, après lui avoir inventé un fils, Pantagruel, qu’il s’empare du géant pour en narrer les aventures à son tour.

Pantagruel et Gargantua sont sans conteste des œuvres indissociables l’une de l’autre. On y retrouve les mêmes thématiques, les mêmes jeux de langages, et des personnages assez voisins. Gargantua est grosso modo le pendant de son fils tandis que frère Jean, le moine ripailleur et à la morale plutôt douteuse ressemble fort à Panurge, si ce n’est qu’on n’y retrouve pas la « méchanceté » de ce dernier. Le même duo comique pour une histoire qui ressemble assez à la précédente : Rabelais narre l’enfance de Gargantua, son éducation, ses voyages et finalement la guerre qu’il doit mener contre le roi Picrochole, finalité de tout roman d’apprentissage et de chevalerie (le jeune homme doit se battre pour prouver qu’il a atteint l’âge adulte) guerre qu’il remportera évidemment avec éclat.

Personnellement je préfère Gargantua. Tout d’abord, le récit est plus fouillé et l’auteur s’attarde plus sur l’enfance du héros. Qui plus est, Rabelais met clairement en avant ses convictions personnelles ; ainsi il oppose à la première éducation de Gargantua, une éducation de théologiens de la Sorbonne (que l’auteur déteste cordialement) basée sur des récitations sans queue ni tête, des prières bâclées et un mode de vie douteux, une éducation éclairée, faisant la part belle à la réflexion et surtout à la liberté. Attention ! N’y voyez pas une incitation à la débauche, bien au contraire. Pour l’auteur, les « gens de bien » ont une inclination naturelle à la droiture et la liberté leur permet de suivre cette inclination tandis que les règles ne peuvent que les inciter à la corruption. Cette théorie est longuement développée à la fin du roman lorsque Rabelais entreprend de décrire la vie dans l’abbaye de Thélème, modèle social qui se rapproche fort d’une utopie.

Moins satirique que Pantagruel (certes, on y trouve des attaques mais moins virulentes et essentiellement dirigés contre le clergé et contre les théologiens de la Sorbonne) Gargantua joue davantage avec le langage, énumérations farfelues contre discours posés, énigme dans les fondations de l’abbaye, joyeux propos de Frère Jean en opposition avec la gravité de Gargantua… et surtout fourmille de situations absurdes. Ainsi, Gargantua avale des pèlerins, sa jument noie l’ennemi de son urine, le géant fait de même avec le peuple de Paris, il vole les cloches de Notre Dame… Même la guerre part d’une querelle absurde puisqu’elle débute à cause de fouaces (sortes de brioches) ; les bergers de Grandgousier, le père de Gargantua, ayant pris de force des fouaces aux fouaciers de Picrochole, ce dernier décide de déclarer la guerre à son voisin, profitant ainsi de l’occasion pour étendre son empire. Son attitude expansionniste et immature contraste avec la sagesse du prince éclairé, Grandgousier qui, lui, cherche à rétablir le dialogue avant de se résigner au combat. Rabelais oppose ainsi deux « modèles de rois », François 1er l’éclairé contre Charles Quint.

Que dire de plus ? Il y a des millions de choses à rajouter : la vision évangélique de la foi de Rabelais, vision proche de celle d’Erasme, et qui prône une foi plus sincère et un libre-arbitre capable de corriger lui-même ses erreurs, la critique virulente contre un système éducatif dépassé et un clergé corrompu (paradoxal non ? Rabelais fut lui-même moine un certain temps…) l’éloge d’une éducation moderne qui s’appuierait sur la connaissance des Anciens sans pour autant les imiter… Bref, pour tous les amateurs de la Renaissance, Rabelais représente une véritable mine d’or, tant les thèmes abordés sont variés. Après, je m’en excuse encore, c’est une partie de la littérature française qui ne m’intéresse que moyennement aussi je vous encourage, si vous êtes intéressés, à vous plonger vous-mêmes dans la lecture de Gargantua et des œuvres de Rabelais en général pour en tirer « la substantificque mouelle » (eh oui ! Cette expression est dans Gargantua). Je vous rassure : à défaut d’apprécier, vous ne vous ennuierez pas.

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:13

Pantagruel

François Rabelais

Editions Pocket (version bilingue)

Dans la série « Redécouvrons nos classiques » place aujourd’hui à l’auteur classique par excellence, François Rabelais.

Toujours dans mon optique des « 1001 livres… » j’ai exhumé de ma bibliothèque Pantagruel avec un enthousiasme peu flagrant et je me suis replongée dans l’histoire de ce géant, fils du roi Gargantua, dont nous reparlerons bientôt (aucune raison que je ne vous inflige pas ça) Pantagruel, dont la naissance provoque la mort de sa mère, fait preuve dès son plus jeune âge d’une force peu commune, manquant dévorer totalement la vache qui le nourrit, ce qui ne l’empêche pas également de développer une intelligence hors du commun. Envoyé à l’université par son père, il devient vite réputé pour sa sagesse, ce qui lui permet d’arbitrer des querelles auxquelles personne ne comprend rien. Son chemin croise celui de Panurge, gueux sans scrupules qui n’hésite pas à jouer de mauvais tours, essentiellement aux sots et aux orgueilleux. Les deux compagnons vont ainsi tour à tour tenir la vedette dans un roman qui parodie aussi bien la Bible que l’épopée ou le roman de chevalerie. Souvent grivois, le récit à travers la satire et l’obscène laisse refléter cependant les préoccupations humanistes de l’auteur. Rabelais est en effet loin d’être un paillard sans cervelle. Erudit, il dénonce essentiellement une société bancale, un clergé qui achète les pardons et de fausses dévotes (sans être adepte de la Réforme, Rabelais faisait partie de ceux qui pensaient que la religion catholique devait revenir au plus près des textes sacrés) tout aussi bien que les faux savants, qui, jargonnant  de façon incompréhensible pour se donner une contenance illustre à merveille la maxime triviale : « La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale »

Concrètement me direz-vous, comment cela se passe-t-il ? Comment un homme comme Rabelais peut-il se permettre de critiquer ses contemporains sans crainte des représailles ? C’est là qu’intervient le comique ; rien de plus efficace pour dénigrer une situation ou une personne que de la tourner en ridicule. Prenons un exemple : Pantagruel rencontre un étudiant parisien qui, pour se donner l’air cultivé, parle en mélangeant latin (langue précieuse par excellence) et français, ce qui au final donne un jargon incompréhensible. Notre géant, adepte de la clarté d’expression, frappe le malheureux qui revient alors à son patois natal. Manière pour Rabelais de souligner son mépris pour ceux qui cachent leur bêtise sous un vernis. L’auteur lui-même est adepte d’un langage clair, qui va directement à l’essentiel. D’un point de vue technique, Pantagruel est loin d’être compliqué à lire : le style est direct, le vocabulaire aussi, et Rabelais ne s’embarrasse guère d’expressions compliquées, si ce n’est justement dans le cadre de la satire. D’un point de vue thématique, la simplicité est en revanche trompeuse. A première vue, on ne pourrait voir dans le récit qu’une suite de situations graveleuses, qu’un comique de langage et des séries de farces d’un goût plus ou moins douteux toujours orienté alcool ou sexe. Las ! Derrière ce comique se cache pareillement la parodie (par exemple ce chapitre où Gargantua pleure la mort de sa femme et où alternent lyrisme et trivialité) la satire (En faisant des mauvais tours à une femme qui s’est refusée à lui, Panurge tourne en ridicule les dévotes précieuses qui ont une haute opinion d’elle-même) ou tout simplement le souci de faire rire le lecteur. Voir en Rabelais un joyeux inculte serait cependant une grossière erreur tant son œuvre fait preuve d’érudition (pour se moquer de quelque chose, il faut avant tout le connaître) et, paradoxalement de finesse…Ainsi je terminerai en évoquant le chapitre où Gargantua fait ses recommandations à son fils dans une lettre et où, pour le coup, tout comique a disparu et où les préoccupations humanistes de Rabelais sont exposées sans fard (chapitre qui, si je m’en souviens bien, fait contrepoint à un chapitre dans Gargantua dans lequel Rabelais évoque le monastère idéal)

Bon il y aurait beaucoup d’autres choses à dire mais je vais m’arrêter là car je vais vous faire un aveu : je n’aime pas du tout les romans de Rabelais. Comprenez-moi bien : je reconnais sans mal ses qualités d’écriture et son talent, mais c’est un auteur qui ne m’inspire absolument pas. De lui je n’avais gardé que l’image de longues soirées de commentaires composés loupés et d’heures de cours ennuyeuses, alors que mon professeur de français était pourtant un professeur très intéressant avec qui l’année d’après j’ai passé de très bons moments sur le roman d’apprentissage ou la tragédie racinienne. Je ne sais pas à quoi c’est dû mais c’est un fait. De la même façon que certains calent sur Zola, Duras ou Maupassant, je cale sur notre joyeux moine. C’est purement subjectif et j’espérais que le temps me rendrait plus ami avec lui mais, presque quinze ans plus tard c’est définitif, je n’y arrive pas. Donc, arrêtons-nous là pour Pantagruel en attendant de retrouver son père dans un prochain épisode…
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 12:16

Parasites

Ryu Murakami

Editions Picquier



Et non ! Si vous étiez comme moi, vous ne saviez pas qu’il y avait deux écrivains Murakami. L’un, dont nous avons déjà parlé à deux reprises, et le deuxième, celui dont je vais aujourd’hui vous entretenir. J’avoue donc que c’est un peu par erreur que Parasites m’est tombée entre les mains, mais après lecture, je ne regrette rien.

Uehara est un jeune homme qui vit reclus dans son appartement sans adresser la parole à quiconque. Il méprise sa famille et le reste de la société en général. Sous somnifères et calmants de toute sorte, il se découvre cependant une passion : Internet. En effet, Uehara est persuadé d’abriter en lui un ver parasite et, par le biais du site d’une présentatrice de télévision, il entre en relation avec un groupe nommé Inter Bio qui le conforte dans cette idée. Bien plus, le mouvement le persuade que ce ver est entré en lui dans un but bien précis : anéantir l’espère humaine. Lui, Uehara, a été de ce fait élu pour tuer, massacrer ou se suicider. Le jeune homme persuadé d’être investi d’une mission part donc en quête de ses futures victimes mais c’est auprès d’une vieille femme totalement folle qu’il se découvrira une autre quête…

La quatrième de couverture de Parasites s’extasie sur la notion d’espoir de ce roman, mais j’avoue que j’ai beaucoup de mal personnellement à la percevoir. Certes, Uehara « trouve un sens à son existence » et s’éveille au monde qui l’entoure grâce notamment à Internet. Mais à quel prix ? De reclus marginal le héros vire psychopathe et tous ses rapports aux autres sont complètement faussés ; il croit déceler l’amour chez une serveuse de café, voit sa mère comme une marionnette, idolâtre une présentatrice télé… Sans compter ses instincts meurtriers qu’il assume en toute simplicité. C’est l’éternel débat : vivre caché ou assumer sa folie ? De là à y voir une ode à l’espoir, il ne faut pas pousser.

Sinon, il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, très dense, et qui met profondément mal à l’aise, dans la mesure où nous sommes invités à entrer de force dans la peau du personnage principal. Et là, il ne s’agit pas comme dans Dexter d’un héros cynique et drôle qui pourrait presque attirer notre sympathie. Uehara est un être totalement fou qui parvient presque à communiquer sa folie (l’espace d’un instant nous sommes presque tentés de croire à l’existence du ver meurtrier) et à travers son regard nous avons une vision déformée du monde qui dérange. Les descriptions de personnages, nombreuses, les situations, tout se mêle dans une sorte de brouillard confus, peuplé de marionnettes habillées pareil et vivant les mêmes expériences à leur insu. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les seuls personnages qui émergent soient précisément des marginaux (la vieille folle, le vieux peintre qui peint l’Enfer) et que le passé (la seconde guerre mondiale) soit pour Uehara plus important que le temps présent.

Parasites c’est également un portrait assez saisissant d’Internet. L’outil informatique est loin d’être diabolisé : grâce à lui Uehara reprend contact avec la civilisation, il découvre ce qu’est un abri anti-aérien, apprend tout sur les civilisations aztèques… Mais Internet,  comme Murakami se plaît à le souligner, notamment dans ce chapitre où, à la recherche du mot « abri anti-aérien » le héros tombe sur des dizaines de pages que nous lisons avec lui alors qu’elles n’ont pas forcément ou même  rien à voir avec l’intrigue, Internet donc est avant tout un puzzle, un réseau où des milliers d’histoires se croisent et où au fond tout devient possible. Cependant la connaissance est illusoire : curieusement, si c’est grâce à Internet que le héros reprend confiance en lui, c’est seulement la rencontre avec la vieille folle qui lui permet d’appréhender sa propre réalité, aussi grotesque soit-elle.

Voilà. J’aurais mieux aimé vous parler de cet ouvrage plutôt confus, qui mélange de nombreux thèmes (folie, réclusion, nouvelles technologies, guerres…) mais j’ai peur de m’embrouiller plus qu’autre chose en tentant d’éclaircir mon propos. Je terminerais seulement en évoquant la postface de l’auteur, qui parle justement de la notion d’espoir. Murakami dénonce la société japonaise qui a supprimé tout espoir, partant du principe que seul une société « malade » peut espérer. Le Japon, souligne-t-il, n’a plus que de faux espoirs à offrir et ce sont ce que les reclus d’aujourd’hui refusent. Ils refusent un monde où les gens agissent comme des marionnettes, emmènent leurs chiens et leurs enfants au parc, travaillent jusqu’à l’épuisement, suivent leur vie machinalement comme ils suivent une route  bien tracée, affolés quand elle dévie brutalement. Sans doute une manière pour Murakami d’excuser (voir d’admirer ?) son héros qui, paradoxalement, dès lors qu’il devient un meurtrier, parvient plus facilement à s’intégrer à ce système. Alors, refuser tout en bloc ou jouer la comédie ? Encore une question pour clôturer un livre qui me laissera, et ce malgré une écriture brillante, un sentiment de profond malaise….
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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 19:33

Amadis de Gaule

Garci Rodriguez de Montalvo

Editions Passage du Nord Ouest

 

 

Me revoilà ! Désolée pour ce long silence, mais, comme je vous l’avais déjà dit dans ma note précédente, je viens seulement d’achever un ouvrage qui m’aura pris en tout près de trois semaines…

Je crois l’avoir déjà souligné, je ne suis pas une fanatique des romans de chevalerie. Déjà au lycée je m’endormais sur Chrétien de Troyes et à la fac j’ai glissé sur la prise d’Orange en ancien français. Bref, je me suis attelée  sans grand enthousiasme à l’un des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie, le pavé de De Montalvo, Amadis de Gaule, le roman de chevalerie par excellence ou un antidote garantie pour les nuits blanches. J’adresse à cette occasion un message particulier à l’éditeur : par pitié, ne faites plus jamais des couvertures de livres pareilles ! Je n’étais déjà pas emballée par mon achat mais j’ai failli carrément y renoncer en voyant un chevalier borgne brandir une épée sur fond de flammes. Sincèrement ça ne faisait pas envie…

Bon, je vous fais un rapide résumé de l’histoire : la princesse Elisène, jeune femme chaste et vertueuse tombe amoureuse d’un chevalier en promenade, Périon. Tout aussitôt ils décident de consommer leur amour (Les demoiselles de l’ancien temps sont loin d’être farouches) et se quittent après mutuelles promesses. Las ! Elisène tombe enceinte. Pour sauver son honneur et préserver sa vie, sa servante la fait accoucher en secret et confie le nouveau-né, Amadis, aux flots (ça vous rappelle rien ?) Amadis est recueilli et, de mains en mains, atterrit bientôt à la cour du roi Lisuart où il grandit avec la belle Oriane dont il tombe, bien évidemment, fort amoureux. Mais comme c’est un homme de valeur, beau, fort, la totale quoi, il se fait fort de mériter cet amour, comme dans tout roman courtois qui se respecte. Le voilà donc fait chevalier par son propre père (qui le reconnaîtra après coup) et c’est parti pour 800 pages d’aventures en tous genres, de demoiselles en détresse essentiellement, de combats merveilleux que Amadis remporte toujours haut la main (sauf traîtrise évidemment) et de hauts faits d’armes qui vaudront à notre héros l’amour de sa belle (qui de toute façon l’aimait déjà à la base). Le roman s’inspire de la trame arthurienne puisqu’elle fait notamment appel au merveilleux en faisant intervenir un enchanteur, le maléfique Arcalaüs, et une magicienne, Urgande la Déconnue (c’est sympa, moi aussi j’aimerais bien avoir des appellations dans ce genre) qui prédit l’avenir et donne de temps en temps un petit coup de main à notre chevalier. On y retrouve également une épée magique qui ne peut être sortie de son fourreau que par l’homme qui aime suffisamment et, dans une moindre mesure, une notion de rivalité entre deux preux, Amadis, le sujet, et Lisuart, le roi. Amadis est champion du déguisement ; il se fait nommer tantôt « Le beau ténébreux », tantôt « Le chevalier au nain » tantôt « Le chevalier à la Verte Epée » ou encore « Le chevalier grec » ; c’est un héros parfait et, à mon sens, profondément ennuyeux. Accompagné de ses deux frères, Florestan et Galaor, un peu plus intéressants, il ne fait que se battre et verser larmes abondantes quand sa promise est loin de lui. Le roi Lisuart, plus complexe, plus faible, paraît de ce fait plus humain.

Je ne parlerais pas de la qualité de l’ouvrage, seulement de mon ressenti car je suis loin d’être une spécialiste du roman de chevalerie et si Amadis de Gaule a été encensé depuis des générations, il y a sûrement une raison. Disons que c’est une écriture qui ne me parle tout simplement pas ; lire sur des pages et des pages les combats de chevaliers « merveilleusement roides » (je précise qu’il se tiennent droit sur leurs chevaux pour les esprits pervers) ou les plaintes de demoiselles outragées m’ennuient mortellement. Tout y est exagéré, les émotions se manifestent de façon physique : aujourd’hui, quand on a un chagrin d’amour on pleure en silence, les demoiselles de Montalvo s’évanouissent et « cuident mourir ». Il faut reconnaître ceci dit que l’auteur n’est pas macho puisque les hommes pleurent autant que les femmes et que notre indestructible Amadis frôle pourtant la mort, uniquement parce que sa belle lui a signifié son congé. Autant de traits propres au roman de chevalerie, exaltation, amour courtois, duels d’honneur… qui déclenchent en moi une irrésistible envie de dormir.

Mais bon, ça y est j’ai fini Amadis du moins les quatre premiers tomes (la suite pour l’instant n’existe plus) et si j’en crois mes 1001 livres… j’en ai fini aussi avec les romans de chevalerie. Ça tombe bien, je crois que j’aurais été incapable d’en lire un autre avant très très longtemps…

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 12:29

Erik le viking

Terry Jones

Editions Bragelonne

 

 

Désolée de ce long silence. Je ne fais pas la grève de la lecture, mais je rencontre quelques difficultés sur un roman de chevalerie de 800 pages. En attendant de vous en parler dans ma prochaine note (si j’arrive au bout de ce pavé) penchons-nous sur une œuvre plus légère.

Je pense que vous connaissez  les films des Monty Python et que le nom de Terry Jones vous est tous sauf inconnu. En revanche, personnellement, j’ignorais qu’en plus d’être scénariste et réalisateur, il était également écrivain. Erik le Viking vous connaissez ? J’avais vu le film certes, mais ce que je ne savais pas c’est que ce film est l’adaptation d’un livre écrit par Terry Jones lui-même.

A priori, étant donné que le film et le roman sont l’œuvre d’une seule et même personne, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient tous les deux globalement identiques, du moins dans la mesure du possible (humour, scénario de base). Or, jamais deux œuvres ne furent plus éloignées l’une de l’autre. Le film Erik le viking met en scène un jeune homme un peu naïf qui, las des pillages et de la barbarie de son peuple, décide d’entreprendre un voyage avec ses compagnons pour mettre un terme au règne des armes et de la terreur. C’est drôle, cynique, déjanté, bref, une comédie des Monty Python. Le livre n’a rien à voir : le héros est un viking tout sauf naïf, marié, posé et réfléchi qui décide de découvrir le monde « où le soleil se couche le soir venu » et qui emmène avec lui des hommes braves et déterminés, bien loin des phénomènes de foire du film. Rien d’humoristique dans ce conte initiatique qui se présente sous la forme de courts chapitres mettant en scène les diverses aventures de nos héros. Inspiré à la fois des contes traditionnels et vraisemblablement de l’Odyssée d’Homère (géants furieux, sirènes ensorcelantes…) Erik le Viking pourrait presque plus s’adresser à des enfants qu’à des adultes. On retrouve les mêmes procédés que dans les contes, les multiples répétitions, les nombreux dialogues et les courts morceaux « chantés » (comptines, ritournelles) qui s’intercalent dans le récit.

Un seul mot qualifie le livre : déroutant. Je ne cacherais pas que j’ai eu beaucoup de mal de ce fait à m’adapter à un style assez « enfantin » et à un récit qui d’emblée s’inscrit dans le merveilleux. Passé cependant la surprise, je me suis laissée peu à peu entraîner dans une histoire pas forcément désagréable à lire. L’écriture n’est pas d’une qualité exceptionnelle et l’auteur se laisse parfois aller à des raccourcis et des ellipses qui sèment la confusion et qui ne peuvent pas se justifier uniquement par le principe du conte. Ceci dit, Erik le viking est empreint d’une poésie assez agréable (j’ai beaucoup apprécié notamment ce passage où les guerriers comprennent le langage des fleurs et des animaux et sont pris au piège d’une vallée, occupés à l’écouter) et d’un imaginaire qui, sans être d’une originalité renversante, est tout à fait plaisant. Ainsi, oubliez le film et l’auteur le temps de la lecture ; si vous ne vous attendez à rien de précis, vous apprécierez le livre. Sinon, vous risquez je le crains d’être un peu déçu.

 

Ps : Rien à voir, mais toujours dans le thème adaptation livre/film, j’ai enfin vu Virgin suicides. J’ai plutôt aimé mais j’ai été pour le coup un peu déçu. Si l’ambiance du livre est très bien rendue (cette sensation d’oppression, le caractère énigmatique des fillettes) l’histoire est en quelque sorte « simplifiée » la réalisatrice ne semblant attribuer le suicide des filles qu’à  l’éducation rigide de la mère et faisant du geste des jeunes Lisbon une simple réaction « hormonale » (j’exagère volontairement) Bref, le roman d’Eugenides était beaucoup plus complexe, l’auteur insistant justement sur le fait que les sœurs ne se suicidaient pas uniquement à cause de la sévérité de leurs parents mais pour un ensemble de raisons mystérieuses qui échappent à leurs admirateurs secrets.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 19:15

Le premier qui pleure a perdu

Sherman Alexie

Editions Albin Michel

 

 

Arnold Spirit alias « Junior » est un Indien de la réserve de Spokane. Il est né avec un problème au cerveau qui l’a rendu myope, avec une tête énorme et des tics de langage. Brillant il l’est certes, mais son intelligence ne lui sert pas à grand-chose dans une communauté qui privilégie la force. Pauvre, Junior sait que s’il reste parmi les siens, il finira comme la plupart des Indiens de la réserve. Il survivra plutôt qu’il ne vivra, épousera une fille à côté de chez lui et finira alcoolique. Alors lorsqu’une occasion se présente, il postule pour le lycée de Reardan, un lycée de Blancs. Une décision qui lui coûte l’amitié de son meilleur copain Rowdy, qui prend cet acte comme une trahison, mais qui lui attire aussi l’inimité des Indiens de la réserve et la méfiance de ses nouveaux camarades. Fort heureusement, notre héros est doté d’un solide sens de l’humour et d’une capacité d’autodérision qui va lui être très utile…

Ce n’est pas le meilleur livre du siècle, loin s’en faut, mais Le premier qui pleure a perdu est un roman pour adolescents assez sympathique à lire. Les bons sentiments passent mieux grâce à un style drôle et direct. On pouvait s’attendre à un manichéisme assez prononcé, soit dans un sens soit dans l’autre, mais l’auteur évite les écueils. Certes, les Indiens sont le plus souvent présentés comme alcooliques et brutaux, mais cette condition apparaît surtout comme une conséquence de leur misère et leur pauvreté. Le père du narrateur a beau être alcoolique il n’en apparaît pas moins comme un père aimant, bien supérieur en cela aux pères des camarades blancs que Arnold fréquente. A l’opposé, les Blancs, prospères et pour la plupart d’entre eux racistes ne semblent pas non plus être considérés comme des suppôts de Satan par le narrateur. En bref, personne n’est vraiment mauvais dans ce roman ou plus exactement tout le monde l’est un peu, y compris le héros qui se réjouit d’avoir battu lors d’un match de basket l’équipe de son ancien lycée, avant de se rappeler que la plupart des élèves de la réserve vivent dans des conditions précaires et que sa victoire n’a rien de bien glorieux. L’auteur ne cherche pas à minimiser non plus les conditions dans lesquelles les Indiens vivent et la pauvreté de la famille de Arnold est d’autant plus poignante qu’elle est décrite sans larmoiements inutiles et sans fioritures. Bref, c’est une jolie histoire, relativement courte (plus longue le style finirait par lasser) pleine d’optimisme, avec en prime des dessins amusants et quelques passages très émouvants. Car chez les Indiens, nous dit le narrateur, tout est mêlé et le rire les larmes ne font qu’un…

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:48

Où on va, papa ?

Jean-Louis Fournier

Editions Stock

 

 

J’ai longtemps hésité sur le classement de cet ouvrage. Roman ou témoignage ? Finalement, j’ai opté pour le classement adopté en librairie ; dommage pour ma catégorie témoignage qui ne se remplit pas beaucoup.

L’auteur, Jean-Louis Fournier, plus connu pour ses ouvrages humoristiques (personnellement je me souvenais surtout de ses livres Mon dernier cheveu noir…  et de Je vais t’apprendre la politesse p’tit con) se lance dans un registre assez différent. Après avoir évoqué l’histoire de son père dans Il n’a jamais tué personne mon papa, il parle cette fois de ses deux enfants, Mathieu et Thomas, qui sont tous les deux handicapés physiques et mentaux.

Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en lisant Où on va papa ? Je crois que je m’attendais à l’une ou l’autre des attitudes « traditionnelles » ; l’une qui affirme que les enfants handicapés sont un don du Ciel et qu’ils font la joie de leurs parents, l’autre qui tombe au contraire dans le larmoyant et qui réclame à grands cris l’euthanasie pour mettre fin aux souffrances de leurs chérubins. Je vous rassure, Jean-Louis Fournier ne choisit aucune de ses attitudes. Son livre, construit sous forme de courts chapitres (une à deux pages) se présente sous forme d’anecdotes, et le ton est, si j’ose le qualifier, plutôt féroce. L’auteur se présente d’emblée comme un père médiocre, qui vit le handicap de ses enfants comme un poids : « Si un enfant qui naît, c’est un miracle, un enfant handicapé, c’est un miracle à l’envers » et qui n’a absolument aucune patience. Pire ! Il se moque lui-même de ses enfants, raille le « Où on va papa ? » que son fils Thomas répète inlassablement, se montre sans pitié sur leur aspect physique et leurs capacités mentales, rit de leurs bêtises, bref fait preuve d’un cynisme qui peut déranger, voire choquer. Cruel ? Non, car cette apparente cruauté n’est que le masque d’une souffrance vécue au quotidien, souffrance qui transparaît lorsque l’auteur réalise que ses enfants n’auront jamais une vie normale : « Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie » Qui plus est, se dégage une réelle tendresse pour ceux que Jean-Louis Fournier surnomme ces « deux petits oiseaux » tendresse qui apparaît notamment à la mort de Mathieu ; l’auteur explique que cette mort n’est pas moins dure que celle d’un enfant « normal » et ce décès n’apparaît pas du tout comme une délivrance.

Je ne crois pas qu’il y ait de leçons à tirer de ce roman ; peut-être est-ce pour ça que ce n’est pas un témoignage. Pour témoigner, il faut rendre compte, mais l’auteur ne rend compte au fond de pas grand-chose, se contentant de faire vivre ses deux enfants à travers ces pages « pour qu’on ne les oublie pas ». Il prend le parti de rire de leur handicap et de se moquer d’eux mais aussi de lui-même, antithèse absolue du père dévoué. Je l’ai déjà dit, c’est plutôt dérangeant, mais c’est aussi très drôle et le contraste entre le sujet traité et le style de l’auteur est si violent qu’on ne peut s’empêcher de sourire, voire même de rire à certains passages. Je pense que certains détesteront, et je ne peux que citer l’auteur : « Tu n’as pas honte, Jean-Louis, toi, leur père, de te moquer de deux petits mioches qui ne peuvent même pas se défendre ? Non. Ça n’empêche pas les sentiments » Après, c’est toujours l’éternel débat : Peut-on rire de tout ? Mais ça c’est une autre histoire…

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