Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 14:51

Twilight t.3

Hésitation

Stephenie Meyer

Editions Hachette

 

 

Allez petites canailles ! Je suis sûre que les histoires de vampires vous manquaient. Vous croyiez vraiment couper à la suite de la saga de Stephenie Meyer ?

 

Reprenons : Nous avons laissé notre héroïne Bella retrouver son beau vampire Edward et lui extorquer la promesse qu’il la transformerait en vampire le moment venu. Le problème c’est que Bella ne peut oublier son ami Jacob, le loup-garou, et qu’elle brave son amoureux pour aller le rejoindre de temps en temps. Assez délicat dans la mesure où Jacob ne tarde pas à lui déclarer sa flamme à son tour. Mais les rivalités interraciales ne sont bientôt plus de mise : en effet une vague de meurtres sévit à Seattle et il semble qu’encore une fois Bella soit la cible d’un complot de vampires. Heureusement ses deux prétendants s’allient pour voler à son secours. Un rapprochement est-il possible ?

C’est décidément une série très agaçante. Il faut dire ce qu’il est, c’est horriblement mal écrit et les personnages sont grotesques. Je ne sais lequel me donne le plus envie de lui taper sur la tête : Edward, le vampire glacial qui susurre des mots doux à l’oreille de sa promise et passe son temps à la porter comme un sac de patates, Jacob le loup-garou au sang chaud qui lui y va franco en embrassant l’héroïne sous n’importe quelle prétexte ou encore Bella, notre narratrice geignarde incapable de la moindre initiative si ce n’est de pleurer et de s’extasier longuement sur Edward. Les personnages secondaires à l’exception peut-être de Charlie, le père de Bella, ou d’Alice et de Rosalie, les sœurs du vampire, sont plutôt creux. Les amis « mortels » sont transparents et les autres loups-garous ne servent pas à grand-chose. Même les ennemis sont sans intérêt !

Alors pourquoi, me direz-vous un tel succès ? Pourquoi est-ce que j’ai lu moi-même Hésitation d’un bout à l’autre sans m’ennuyer ? C’est avant tout une question de rythme : à l’exception peut-être du long chapitre où les loups-garous se réunissent au coin du feu pour raconter leurs légendes, l’action est plutôt bien menée. Qui plus est, l’auteur joue sur un triangle amoureux sans pour autant céder à la facilité : Jacob et Edward sont tout autant amoureux de Bella et il n’y en a pas un qui la « mérite » plus que l’autre. D’un point de vue narratif cette fois, il est intéressant de noter la mauvaise foi de l’héroïne qui, incapable de s’avouer ses sentiments pour Jacob, s’enfonce dans une argumentation destinée à justifier son envie de voir le jeune homme. Meyer ne maîtrise pas le monde du fantastique ; en revanche elle sait parfaitement mettre en scène les premiers troubles de l’adolescent lambda.

Hésitation fait donc partie de ces nombreux romans qu’on lit de la même façon qu’on mange parfois de la nourriture bien grasse. Ce n’est que surenchères et débauches de moyens ; C’est lourd à digérer sur le moment sans vous rassasier pour autant. Ça ne présente strictement aucun intérêt mais on continue quand même. Pourquoi ? Parce que je crois que nous avons tous en nous une part de frivolité. Résignez-vous : vous devrez donc subir un de ces jours le dernier tome de la série…

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 12:02

L’étrange vie de Nobody Owens

Neil Gaiman

Editions Albin Michel



Pour tous ceux qui ne connaissent pas ou redoutent de se plonger dans le fantastique, je ne saurais trop que recommander les œuvres de Neil Gaiman et tout particulièrement le roman dont je vais vous parler aujourd’hui.

Une nuit comme une autre, toute une famille se fait sauvagement assassiner par un mystérieux inconnu. Toute ? Non, car un enfant de deux ans, le dernier-né, alerté par le bruit, parvient à sortir de son berceau et à aller au cimetière voisin. Et là, l’impensable se produit : un couple de fantômes, monsieur et madame Owens, le prend sous sa protection et décide de l’élever comme leur fils. Devenu « citoyen libre du cimetière », Nobody (les fantômes n’ont guère d’imagination en matière de prénoms) grandit comme un enfant normal si ce n’est qu’il peut se déplacer à travers les murs du cimetière et voir parfaitement dans le noir. Confiné dans le cimetière car il est encore pourchassé par le tueur de sa famille, le petit garçon se lie d’amitié avec Silas, son tuteur, ni vivant ni mort, Liza la sorcière brûlée vive ou encore miss Lupescu, la gouvernante intraitable qui, tout comme Silas, ne fait partie d’aucun des deux mondes. Son chemin croisera aussi celui de cette étrange jeune femme montée sur un cheval que certains appellent la Faucheuse…

Il y a beaucoup de noirceur dans ce roman étrange et un univers qui fait irrésistiblement penser à celui de Tim Burton. Ce qui devrait être inquiétant (le cimetière, les fantômes) n’apparaît pas comme tel mais c’est au contraire le monde au quotidien (les vivants, l’école) qui devient dangereux et qui se révèle comme un immense piège pour notre héros. Le récit se présente en lui-même moins comme un roman que comme une succession de petites saynètes, permettant à l’auteur de mettre en scène justement plusieurs personnages intéressants (la sorcière enterrée en dehors de l’enceinte du cimetière, les goules, la vouivre qui garde le trésor de son maître mais aussi les camarades de classe de Nobody ou le vendeur qui veut le piéger) On retiendra notamment le très joli chapitre dans lequel vivants et morts se retrouvent lors d’une nuit pour danser ensemble la « Danse Macabre » expérience qui permettra à notre héros de comprendre à quel point la frontière entre les deux monde est ténue. Je vous rassure également, le récit est plein d’humour, humour qui naît justement du décalage entre ce qu’est dans notre imaginaire un fantôme (inquiétant, triste) et la façon dont il réagit dans le récit (la sorcière lanceuse de malédictions qui boude parce qu’elle n’a pas droit à sa pierre tombale ou encore la brave madame Owens qui apparaît comme une gentille matrone). Il y a certaines situations qui ne sont pas sans faire penser à Harry Potter, l’orphelin pourchassé à cause d’une prophétie, mais Gaiman se réclame avant tout du Livre de la Jungle (par pitié que personne n’évoque la piètre adaptation de Walt Disney) dans lequel le héros Mowgli est recueilli par des loups alors qu’il est encore bébé et se retrouve tiraillé entre ses véritables origines et son peuple d’adoption…

Bref, je n’en dirais pas plus et ne vous révélerai pas la fin du roman, qui est d’ailleurs à mon humble avis un peu frustrante et apparaît comme ma seule critique à l’endroit d’un récit par ailleurs très bien écrit et bien construit. Ils sont rares ceux qui comme Neil Gaiman peuvent nous faire adhérer aussi facilement à leur monde !  Vous êtes prêts pour une petite excursion au cimetière ?

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 16:22

L’art du haïku

Vincent Brochard/ Pascale Senk

Editions Belfond

Si comme moi vous êtes allergiques à la pompe de Ronsard ou aux larmoiements de Verlaine, vous serez en revanche peut-être séduits par le haïku, une forme de poésie japonaise.

Qu’est-ce qu’un haïku ? C’est ce que les auteurs de L’art du haïku vont tenter de nous expliquer dans cet essai clair, concis et illustré d’exemples. Poésie en trois vers chez nous (au Japon, le haïku s’écrit sur une seule ligne) le haïku « traditionnel » (car évidemment, il existe des variantes et des écoles pour un haïku débarrassé de toutes contraintes) se compose de dix-sept syllabes, répartis ainsi : 5/7/5. Il doit comporter un mot-saison (coucou pour l’été par exemple, les feuilles mortes pour l’automne, etc.) et retranscrire une expérience directe du monde, un instant présent dont l’auteur essaie au mieux de figer le caractère éphémère. Je vais essayer de mieux me faire comprendre : vous vous promenez dans votre jardin, c’est le printemps (pour une fois il fait beau) et vous voyez perché sur un muret un oiseau. C’est tout. C’est juste une image, un peu kitch me direz-vous, mais c’est un instant qui vous paraît unique (qui l’est d’ailleurs) et qui ne reviendra pas. N’avez-vous pas envie de l’immortaliser, de faire en sorte que ce moment ne meurt jamais ? Tel est, d’après ce que j’ai compris, le but premier du haïku. A l’inverse de nos poèmes occidentaux, notamment les romantiques, le haïku ne met pas en valeur son auteur. Ce dernier, loin de l’exaltation du moi et de ses sentiments doit au contraire s’effacer derrière son sujet. C’est la nature qui est célébrée mais, de façon plus générale, un quotidien que nous avons depuis longtemps désappris à regarder. Il s’agit d’ouvrir les yeux et de voir, tout simplement. Le haïku prône aussi la simplicité : pas de langage fleuri, pas de surenchères, pas d’adjectifs superflus. Plus c’est simple et spontané, mieux c’est.

L’art du haïku ne satisfera sans doute pas les amateurs de haïkus, les vrais purs et durs qui ne trouveront rien dans cet ouvrage qu’ils ne savaient déjà (je m’excuse d’ailleurs par avance auprès de ces derniers si cet article leur paraît incomplet ou erroné) Pour les néophytes en revanche, c’est une excellente initiation. Personnellement, je ne connaissais jusque là du haïku que le principe de la forme brève et d’une idée directrice ainsi qu’une vague notion de la structure. J’ai donc apprécié les éclairages historiques, les éléments de biographies de trois auteurs réputés : Bashô, Issa et Shiki et surtout la courte anthologie de haïkus. Cette forme de poésie a ceci de réconfortant qu’elle est tout de suite évocatrice et parle directement à notre cœur et notre imaginaire. Qui plus est, comme se plaisent à souligner les auteurs, le haïku suscite en nous l’envie d’en écrire de par sa trompeuse simplicité. Tiens ! pense le lecteur émerveillé, ça m’a pas l’air trop difficile, si j’essayais de faire de même ? (bon pour avoir essayé au cours de ma lecture, je confirme que ce n’est pas si simple)

Philosophie de l’instant, éloge de la simplicité et célébration de la nature. Tout un art de vivre en somme ! Je n’adhère pas aux doctrines zens et je ne vais pas aller me réfugier au fond des bois pour écrire des haïkus et fuir le monde de la ville (encore que bon nombre de haïkus jouent justement sur le monde urbain) Mais j’apprécie ce style oriental teinté de mélancolie ou au contraire plein d’un discret humour qui nous rappelle seulement de faire ce que nous oublions souvent : regarder autour de nous.

Repost 0
Published by beux - dans Poésie
commenter cet article
13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 14:42

Les Lusiades

Camoes

Editions Robert Laffont



Oyez oyez ! Ce n’est pas vraiment de la littérature, pas vraiment de la poésie. Je vous présente Les Lusiades (Os Lusiadas en version originale) long récit en vers plus proche de l’épopée que du roman, qui raconte la découverte des Indes par le navigateur Vasco da Gama. C‘est l’occasion également pour son auteur, Camoes, de faire des digressions et de narrer l’histoire de son pays, le Portugal tout en y mêlant hauts faits guerriers, légendes mythologiques et religion chrétienne. Le but de l’auteur semble relativement simple : créer sa propre Odyssée du Portugal et, d’un point de vue pratique, s’assurer le mécénat d’un riche protecteur qui lui permettrait de vivre de son art.

Les Lusiades je le confesse, réussit à réunir en un seul ouvrage tout ce que je déteste : les batailles et les hauts faits qu’on retrouve dans le roman de chevalerie, les généalogies à rallonge qu’on saute discrètement dans la Bible, un style maniéré et la bonne vieille dichotomie entre les méchants sarrasins et les sympathiques chrétiens qui, à la loyale, remportent tous les combats. Après, autres temps autres mœurs… Tâchons donc de faire abstraction de mon peu de goût pour cet ouvrage (j’ai pourtant adoré L’Odyssée ou L’Enéide mais cette épopée là me semble, si j’ose dire, trop tardive…) et d’en tirer quelques enseignements.

Calqué sur le modèle des anciennes épopées, Les Lusiades sont donc écrits en vers, qui plus est rimés (sagement la traduction choisira d’abandonner la rime) et met en scène un héros, le navigateur Vasco da Gama. Notre protagoniste veut atteindre les Indes mais c’est sans compter sur Bacchus, le dieu du Vin dans la mythologie romaine, qui, ayant su par les Parques que cette découverte contribuerait à sa déchéance, va tout faire pour contrer ses projets. Fort heureusement, la belle Vénus, déesse de l’Amour, vole au secours de Vasco et lui permet de vivre son aventure jusqu’au bout. Vasco da Gama va donc échapper aux adorateurs du faux dieu (les musulmans) vaincre des périls de la mer commandités par Bacchus, et faire des rencontres au fil du chemin qui lui permettront à la fois de retracer les débuts de son voyage et à la fois de raconter l’histoire de son pays, le Portugal dont il glorifie les hommes illustres et la grande piété. Oui, je sais, ça peut vous paraître curieux mais rappelez-vous qu’à cette époque, le Portugal, tout comme l’Espagne, est dans son âge d’or et que si le pays est loin d’atteindre la splendeur de l’ancien empire romain comme Camoes aimerait à le penser, il n’en demeure pas moins un peuple de navigateurs qui a joué un rôle majeur lors des premières découvertes…

Maintenant si vous êtes comme moi, vous serez un peu perplexes : voilà un récit singulier qui, fustigeant les musulmans et les « païens » fait intervenir sans vergogne les dieux romains, dieux qui, il faut l’avouer, prennent plus de place dans Les Lusiades que le Dieu des portugais. Camoes trouvera une parade, notamment contre l’Inquisition elle-même plutôt soupçonneuse en reprenant l’idée que les dieux païens sont des anges, mauvais ou bons selon les circonstances (Vénus est un ange de Dieu, Bacchus un ange du Démon) J’y verrais bien quant à moi je le reconnais uniquement un ressort dramatique. Difficile d’écrire une épopée sans reprendre des figures mythologiques qui y jouent en temps ordinaire un rôle prépondérant. Ceci dit, cette confusion, ce mélange mythologico-chrétien  est très curieux et donnent un ensemble hétéroclite dans lequel les amours de Jupiter côtoient sans gêne aucune les exploits de David ou le martyr de saint Thomas.

Le narrateur dans l’histoire joue un rôle prépondérant : loin de s’abriter derrière la fiction, il prend volontiers parti, fustigeant par exemple les Anglais ou les Français qui ont plus souci d’acquérir des richesses que de propager la foi catholique, et faisant en quelque sorte sa publicité auprès des puissants, espérant ainsi trouver un riche mécène qui lui permettrait de vivre de son art. Pour Camoes, point d’hommes illustres sans conteur. Les exploits d’Achille seraient-ils connus si Homère n’avait pas existé ? Il y a quelque chose de terriblement émouvant dans cette prise à parti parfois amère : l’auteur est conscient de son peu de crédit et a un œil assez critique sur ses pairs qui convoitent plus la richesse que le prestige et le sens moral. Camoes n’est pas un écrivain maudit : s’il meurt de la peste dans des circonstances atroces, il touchera une rente régulière jusqu’à la fin de sa vie. Néanmoins, il ne deviendra jamais un poète de Cour comme il l’espérait et sa vie sera loin de prendre la direction qu’il souhaitait. D’où peut-être la désillusion qui se perçoit nettement dans son écrit.

Que dire de plus ? Les Lusiades est un bric-à-brac d’antique et de moderne, un curieux mélange de tout. A mon sens, Camoes a manqué sa voie : mes passages préférés du roman ne sont pas les exploits de Gama ou ceux des rois portugais. En revanche j’ai apprécié les passages plus « lyriques » le passage où les marins s’unissent avec les nymphes, celui où Vénus implore la pitié de son père ou encore celui où les navigateurs se font interpeller par un mystérieux vieillard qui prédit leur ruine à tous. Le style un peu précieux s’accorde parfaitement aux circonstances et n’a pas la morgue de la narration épique, lorsque Camoes vante le courage des marins portugais ou les exploits des rois passés et assaisonne le tout de références mythologiques et bibliques parfaitement indigestes. Après, tout est question de point de vue mais je pense qu’il vaut mieux laisser l’épopée aux antiques. Ceci dit, les admirateurs de Camoes ne seront sûrement pas de cet avis…
Repost 0
Published by beux - dans Poésie
commenter cet article
9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 22:14

Acacia

t.1 La guerre du Mein

David Anthony Durham

Editions Le Pré aux Clercs

 


Il y a toujours un certain risque à commencer une nouvelle série en fantasy : il faut accepter de découvrir de nouveaux personnages, adhérer à une nouvelle intrigue faite de monstres, de royaumes merveilleux et de belles princesses. Plus que tout, pour ceux qui comme moi haïssent la géographie réelle ou imaginaire, il faut immanquablement se farcir la carte  obligatoire du début du roman et se repérer dans la géopolitique du dit univers : « Alors les Acaciens ce sont les héros, les Meins leurs ennemis, les Numrek les gros monstres moches qu’on arrive pas à tuer… » Bref, c’est toujours un casse-tête qui nécessite une grande concentration et une belle ouverture d’esprit.

Ceci dit, le premier tome de la série Acacia est une bonne surprise, à défaut d’être renversant d’originalité. L’intrigue est assez simple : à ma droite les Acaciens, le peuple suprême qui règne sur l’ensemble des nations, mené par le sage roi Leodan. Les Acaciens sont un peuple indolent, plutôt pacifiste, mais dont la grandeur cache une infamie : asservissant des  gens dans les mines, ils livrent également leurs propres enfants en esclavage à un peuple au-delà des mers. A ma gauche, les Meins, dirigés par Hanish, un peuple nordique habitué aux rudes climats et bouillonnant d’une vengeance jamais éteinte à l’endroit des Acaciens. La suite est facile à deviner : Hanish avec l’aide de ses frères entre en guerre et prend le pouvoir. Le roi Leodan est assassiné, son rival monte sur le trône. Mais Hanish a d’autres projets : il souhaite rendre à la vie les ancêtres de son peuple et, pour cela, il lui faut du sang de la lignée royale. Le hic c’est qu’avant sa mort Leodan a pris soin d’éloigner ses quatre héritiers, quatre enfants bien décidés neuf ans plus tard à venger l’assassinat de leur père et à récupérer le trône. Hanish n’a plus sous la main que la seconde de la famille, Corinn, la jolie princesse. Le hic c’est qu’il en est amoureux…

Non, vous vous en doutez, ce n’est pas tout ; c’est une série appelée à faire je ne sais combien de volumes et bien évidement, l’histoire du peuple mein n’occupe que ce premier tome. De fait, la réelle intrigue repose sans doute sur le trafic d’esclaves et le Lothan Aklun, le peuple dont nous ne saurons toujours rien à la fin du roman. Donc soyons bêtes et méchants et concentrons-nous sur l’intrigue de La guerre du Mein : Hanish, occupant mein + Aliver, Corinn, Mena et Dariel, héritiers acaciens déterminés à venger la mort de leur père = grandes batailles, trahisons, amours interdits et hauts faits d’armes avec une touche de sorcellerie. Nous revoilà dans un basique de la fantasy. Après, c’est plutôt bien écrit, les personnages sont convaincants et nous sommes loin du manichéisme de certaines séries du même acabit. Ainsi, Hanish et Corinn sont renvoyés dos à dos et Dariel et sa sœur Mena sont présentés comme de redoutables assassins. Les traîtres n’agissent pas par amour du pouvoir et ne se frottent pas les mains en ricanant sournoisement, les guerriers n’agissent pas toujours avec noblesse. Plus important, les gentils ne gagnent pas toujours et des personnages qu’on croyait appelés à survivre disparaissent dans des circonstances absolument atroces et de façon quasi anodine. J’ai relu trois fois une page relatant la mort d’un personnage pour être sûr que je ne m’étais pas trompée : le personnage semblait important, noble et sa mort se résume à une phrase lapidaire. C’est absolument horrible. Mais, au fond plutôt réaliste. C’est Lost version fantasy : qui va mourir aujourd’hui ? Je ne suis pas sûre d’avoir envie de lire le tome deux…

Bref. Voilà une nouvelle série à ne pas rater : bien loin de la sucrerie complaisante de L’épée de vérité (je me demande comment une série aussi mal écrite peut connaître un tel succès) Acacia se rapproche plus de la série L’arcane des épées de Williams : c’est sombre, inattendu et souvent déstabilisant dans ce petit univers d’habitude si douillet qu’est la fantasy. Ames sensibles s’abstenir ! Moi je guette la suite… 


Repost 0
4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 23:44

Une soupe de diamants

Norma Huidobro

Editions Ecole des Loisirs

 

 

Maléna est une fille incomprise par son père qui a commis l’outrage ultime de plaquer sa mère pour partir avec une femme plus jeune, qui, comme c’est pratique tout de même, se révèle être une véritable marâtre. Du coup, lorsque sa mère doit partir en voyage au Mexique pour son travail, Maléna se refuse catégoriquement à partir en vacances avec son père et préfère aller passer ses congés chez son grand-père. Car son grand-père est TROP génial : il a deux chiens et il adore cuisiner ; il a même ouvert un restaurant dans sa maison le week-end et Maléna est donc TROP contente de passer ses vacances avec lui….

A ce stade du roman, j’avais déjà perdu tout intérêt pour la lecture de Une soupe de diamants, partant du principe qu’un récit de jeunesse écrit à la première personne du singulier mettant en scène une gamine se passionnant pour la soupe aux oignons ne rentrait définitivement pas dans le cadre de mes attributions (moi je fais plutôt dans le registre adolescents psychopathes ou tout du moins dotés de pouvoirs paranormaux) Mais, ayant lu consciencieusement ma quatrième de couverture (ce que je fais toujours lorsqu’un livre commence à m’ennuyer) il m’apparut que le roman était un roman policier et que nous allions avoir une intrigue palpitante dans le village à priori sans intérêt du grand-père. Et c’est ainsi qu’entre deux descriptions culinaires, Maléna enquête sur le meurtre d’une infirmière dont elle a retrouvé le collier près d’une maison abandonnée… En effet un innocent, le brave idiot du village est accusé à tort et notre justicière ne peut laisser passer une telle bavure. Aussi, elle mène sa propre enquête, essentiellement via Internet (hautement réputée pour sa fiabilité et son potentiel d’investigation) et découvre que l’assassinat a un lien avec un vol de diamants… Je vous rassure, Maléna va déjouer l’infâme complot, risquer sa vie, et finalement s’en tirer avec les honneurs, la récompense et tout le toutim pour rentrer la tête haute chez elle, en ayant qui plus est évité l’odieuse belle-mère et procuré de l’argent à son grand-père pour s’acheter un restaurant…

Autant vous dire, si j’ai lu le livre jusqu’à la fin, c’était avec un unique espoir : que le personnage se plante et qu’on apprenne à l’ultime seconde qu’elle s’était trompée du tout au tout. Ça aurait été drôle non ? Et plus crédible que de voir une adolescente réussir là où tous les enquêteurs ont échoué. Qui plus est, je viens de découvrir le personnage le plus antipathique de toute l’histoire de la littérature jeunesse, la sale gosse bouffie d’orgueil qui ne se remet jamais en question, une espèce d’avatar de Claude dans Le club des 5 qui résout toujours toutes les enquêtes et, qui plus est, réveille toujours ses malheureux cousins à des heures défiant toute décence. Bref, vous l’aurez compris, je n’ai guère apprécié le personnage de Maléna, encore moins une intrigue tirée par les cheveux et une happy end frisant le ridicule (encore un peu et l’auteur nous faisait rentrer le père au bercail). Alors là j’attends l’argument choc : « C’est un livre pour enfants, les enfants peuvent s’identifier à l’héroïne un peu mal dans sa peau, qui résout une enquête, c’est libérateur et ça leur fait prendre confiance ». Ouais, encore faut-il que ça soit bien fait. Je ne suis pas contre l’idée dans les romans de l’enfant plus intelligent que les adultes qui fait des choses que ces derniers sont trop obtus pour réaliser. Encore faut-il que ce soit bien écrit et un minimum crédible. Un lecteur, quel que soit son âge, n’est pas un idiot.

Vous remarquerez que j’évite de parler du style. On peut dire que l’auteur a, involontairement peut-être, réussi son coup puisque le roman donne effectivement l’impression d’avoir été écrit par une gamine de douze ans, avec cependant quelques passages assez réussis (je pense notamment au passage où Maléna dit au revoir à sa mère sur le quai de la gare). C’est plat, sans rythme aucun, ce qui vous en conviendrez est plutôt ennuyeux pour un roman policier, et entrecoupé l’air de rien de petites morales (le troisième âge a aussi droit à l’amour, il ne faut pas accuser sans preuves, il ne faut pas quitter sa femme, les vieux sont utiles à la communauté et les chiens n’ont rien à faire dans un restaurant). Vite lu, vite oublié, telle est ma conclusion, et si vraiment vous cherchez une histoire de diamants digne de ce nom dans la littérature jeunesse allez plutôt farfouiller du côté de Horowitz avec son Faucon malté car avec la soupe de ce jour vous ne serez guère rassasiés…

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 15:51

Olav Audunsson

Sigrid Undset

Editions Stock

 

 

Ce n’est pas de la paresse. Ce blog n’est pas non plus fini. Il faut seulement que je me cantonne peut-être à des ouvrages un peu plus courts car le roman dont je vais vous parler aujourd’hui fait plus de mille pages et a nécessité un certain temps.

Partons faire un petit tour en Norvège faire la connaissance de Olav Andunsson. Olav, fils adoptif de Steifinn, a été promis dès son plus jeune âge à Ingunn, la fille de son protecteur. Elevés comme frère et sœur, les deux enfants sont finalement tombés amoureux et ne conçoivent pas leur avenir séparés. Mais Steifinn meurt et le mariage est annulé par les oncles. Olav, qui par ailleurs a consommé son union avec sa belle, se met en colère et se brouille avec la famille de sa fiancée. Il tue l’un des cousins et est donc contraint de s’exiler. Restée seule, Ingunn, d’une nature passionnée mais pas forcément réfléchie, n’a plus qu’à attendre. Mais, malgré la promesse du retour de Olav, elle cède à la tentation et tombe dans les bras d’un jeune clerc dont elle a un enfant. Olav revient finalement, réconcilié avec sa belle-famille pour apprendre la trahison de sa promise. Grand seigneur, il accepte néanmoins d’épouser Ingunn et de reconnaître son enfant, Eirik. En revanche, il tue le père. Un acte qui va peser lourd sur sa conscience et attirer une malédiction sur sa descendance…

Bienvenu dans le roman fleuve, ou plutôt dans le roman « fjord » ah ah (Ok c’était pas drôle). Lire Olav Audunsson m’a irrésistiblement fait penser à l’époque où je lisais Autant en emporte le Vent ou Jalna. C’est l’histoire d’une famille à qui il arrive toutes les catastrophes possibles, d’une noirceur joyeuse, et qui réussit le tour de force de conjuguer cynisme et sentimentalisme. A ma connaissance, seules des femmes sont capables d’écrire ce genre d’ouvrages. Et je connais peu d’hommes qui aiment les lire.

Ceci dit, ce serait faire une grossière erreur que de classer Olav Audunsson dans la catégorie « roman à l’eau de rose pour femmes au foyer désoeuvrées ou vieilles filles frustrées » Sigrid Undset en effet brosse un portrait saisissant d’une Norvège schizophrène, partagée entre la foi catholique et les notions de pénitence, de pardon et de charité, et son héritage païen, tout en violence et en vengeance. Le livre mêle ainsi toute la thématique chrétienne (moines, prêtre, confessions, messes, culpabilité, pénitence) avec la mythologie nordique, les haches qui chantent, les meurtres d’honneur, les chants guerriers (je songe à ce très beau passage où lors d’une fête les convives chantent et dansent sur le chant de l’épée) . Olav est de ce fait un héros contradictoire. Violent de nature, porté à la vengeance, c’est un fervent catholique qui de ce fait ne trouve pas sa place et n’arrive pas à assumer le meurtre de son rival. Tout au long de sa vie il se punira pour son acte, sans avoir néanmoins le courage de l’assumer par une confession. A ses côtés, Ingunn, personnage plus pâle et qui par ailleurs, autant vous prévenir, ne survivra pas à la moitié de la saga subit plus ou moins le même châtiment : vivant au gré de ses passions et de ses sentiments (elle songe même à se débarrasser de son premier-né) incapable d’assumer à la fois le poids de son infidélité et son amour maternel pour Eirik, elle subit un destin qui la conduira à la mort…

Que dire de plus ? Le style est aisé, l’intrigue plutôt prenante malgré certaines longueurs ou au contraire des ellipses parfois un peu perturbantes dans le cours du récit. Il faut parfois suivre entre les noms norvégiens qui se ressemblent tous, les lignées familiales, les gens qui meurent ou qui naissent et les cousins qu’on a oublié et qui reviennent tout à coup. Ceci dit, nous avons là une œuvre majeure de la littérature nordique alors  ça vaut le coup d’oublier un peu ses préjugés et de se plonger dans la saga…

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 23:44

Trames

Iain M.Banks

Editions Robert Laffont

 

 

Le prince Ferbin n’était pas appelé à régner. Normalement, c’est son frère Elime qui aurait dû prendre la succession de son père. Seulement voilà, Elime s’est fait tuer à la guerre et le roi lui-même est victime de la plus odieuse des trahisons et se fait assassiner par son bras droit, Tyl Loesp… Ferbin, en fuite, présumé mort, ne sait vers qui se tourner… ah si, peut-être vers ces peuples extraterrestres plus intelligents que son peuple et qui contrôlent sa planète avec bienveillance…

C’est là qu’est, à mon avis, toute la saveur de l’histoire. Les premières pages nous laissent entrevoir une énième histoire de royaumes à reconquérir et de princes bafoués. Seulement il s’avère bien vite que Ferbin et les siens sont considérés comme des barbares au sein du monde décrit par l’auteur, du menu fretin semblable au peuple des hobbits dans la trilogie de Tolkien et que leur destinée personnelle n’a pas grande importance. Nous ne sommes pas dans de la fantasy ni tout à fait dans de la science-fiction mais dans un savant mélange des deux, à la manière de Dune. Plusieurs histoires s’enchevêtrent : nous avons l’histoire de Ferbin, bien décidé à venger la mort de son père, celle de sa sœur Anaplian qui elle a été élevée par une unité spéciale extraterrestre pour veiller à l’équilibre des différents monde et qui, au fait des technologies les plus pointues et les plus sophistiqués, a une perspective de la situation radicalement différente et, enfin l’histoire d’Oramen, le plus jeune frère qui, resté sous la régence de Tyl Loesp découvre un étrange objet qui pourrait détruire sa planète à jamais…. Au programme ; vaisseaux parlants et extraterrestres à l’allure d’insectes, objets magiques non identifiés et drones sentimentaux, vengeances et convois diplomatiques…

Pour ceux qui ne sont pas adeptes du genre, c’est confus. Très. Passé le premier amusement du décalage (le héros Ferbin n’a pas de réelles qualités ni même une grande profondeur. Assez frivole, il apparaît comme un gamin capricieux) et certaines situations incongrues (le prince aux allures médiévales qui s’embarque dans un vaisseau spatial) il faut s’accrocher à cette histoire qui énumère différents noms d’aliens et de vaisseaux avec un plaisir sadique, perdant le malheureux lecteur néophyte dans un dédale de planètes et de galaxies : Nariscenes, Heisp, Sursamen, Chyme… En même temps croyez-en mon expérience personnelle, c’est toujours mauvais signe quand il y a un index des noms et des lieux à la fin d’un ouvrage. Au final, personnellement je n’ai retenu que l’histoire de Ferbin et de sa famille. Mais le problème, si vous avez bien suivi, c’est qu’en gros cette histoire n’a pas vraiment d’importance ! Il s’agit essentiellement de menaces antiques, de relations diplomatiques avec de gros insectes qui exhalent des odeurs apaisantes, un vague conflit d’intérêt entre les Octes et les Aultridias (étaient-ce bien leurs noms déjà ?) et d’une organisation appelée Culture et qui plane au-dessus de l’univers à la manière d’une gigantesque ONU. A la fin on comprend tout de même que le danger s’étend à la planète entière de Ferbin et on récupère de justesse le fil, mais ça n’empêche pas d’achever le roman avec le sentiment d’être une parfaite imbécile qui ne saisit pas les subtilités des mondes Gigognes…

A part ça, c’est bien écrit, le style est fluide et Banks a le talent rare de manier aussi bien l’ironie et la légèreté qu’un registre plus dramatique, sans jamais tomber dans les excès, le bon gros comique ou le pathétique flamboyant. Je pense très sérieusement qu’il a des adeptes, des lecteurs assidus qui ont dressé des cartes, peuvent parler de la culture nariscène avec passion (l’auteur en parlait sans doute d’ailleurs dans ses appendices mais j’avoue que c’est trop pour moi) et dresser l’historique de la Culture à travers les âges. Je ne fais pas partie malheureusement de cette catégorie et peut-être me faudra-t-il d’autres romans de Banks pour mieux appréhender son monde (car vu la richesse de ce dernier, je pense que Trames doit faire partie d’un ensemble plus vaste). Pour l’instant, je suis comme Ferbin, un tantinet larguée…

Repost 0
9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 19:47

Gargantua

François Rabelais

Editions Pocket (bilingue)

 

 

Devant le succès de son Pantagruel, Rabelais décida, non pas de lui donner une suite, mais de narrer les aventures du père de ce dernier, Gargantua. Il faut savoir que Gargantua est le personnage issu d’une tradition populaire et qu’en écrivant son premier roman, Rabelais l’avait à l’origine rattaché aux Grandes et inestimables chroniques du géant Gargantua, un ouvrage de 1532 dont il n’était pas l’auteur. Voilà donc, après lui avoir inventé un fils, Pantagruel, qu’il s’empare du géant pour en narrer les aventures à son tour.

Pantagruel et Gargantua sont sans conteste des œuvres indissociables l’une de l’autre. On y retrouve les mêmes thématiques, les mêmes jeux de langages, et des personnages assez voisins. Gargantua est grosso modo le pendant de son fils tandis que frère Jean, le moine ripailleur et à la morale plutôt douteuse ressemble fort à Panurge, si ce n’est qu’on n’y retrouve pas la « méchanceté » de ce dernier. Le même duo comique pour une histoire qui ressemble assez à la précédente : Rabelais narre l’enfance de Gargantua, son éducation, ses voyages et finalement la guerre qu’il doit mener contre le roi Picrochole, finalité de tout roman d’apprentissage et de chevalerie (le jeune homme doit se battre pour prouver qu’il a atteint l’âge adulte) guerre qu’il remportera évidemment avec éclat.

Personnellement je préfère Gargantua. Tout d’abord, le récit est plus fouillé et l’auteur s’attarde plus sur l’enfance du héros. Qui plus est, Rabelais met clairement en avant ses convictions personnelles ; ainsi il oppose à la première éducation de Gargantua, une éducation de théologiens de la Sorbonne (que l’auteur déteste cordialement) basée sur des récitations sans queue ni tête, des prières bâclées et un mode de vie douteux, une éducation éclairée, faisant la part belle à la réflexion et surtout à la liberté. Attention ! N’y voyez pas une incitation à la débauche, bien au contraire. Pour l’auteur, les « gens de bien » ont une inclination naturelle à la droiture et la liberté leur permet de suivre cette inclination tandis que les règles ne peuvent que les inciter à la corruption. Cette théorie est longuement développée à la fin du roman lorsque Rabelais entreprend de décrire la vie dans l’abbaye de Thélème, modèle social qui se rapproche fort d’une utopie.

Moins satirique que Pantagruel (certes, on y trouve des attaques mais moins virulentes et essentiellement dirigés contre le clergé et contre les théologiens de la Sorbonne) Gargantua joue davantage avec le langage, énumérations farfelues contre discours posés, énigme dans les fondations de l’abbaye, joyeux propos de Frère Jean en opposition avec la gravité de Gargantua… et surtout fourmille de situations absurdes. Ainsi, Gargantua avale des pèlerins, sa jument noie l’ennemi de son urine, le géant fait de même avec le peuple de Paris, il vole les cloches de Notre Dame… Même la guerre part d’une querelle absurde puisqu’elle débute à cause de fouaces (sortes de brioches) ; les bergers de Grandgousier, le père de Gargantua, ayant pris de force des fouaces aux fouaciers de Picrochole, ce dernier décide de déclarer la guerre à son voisin, profitant ainsi de l’occasion pour étendre son empire. Son attitude expansionniste et immature contraste avec la sagesse du prince éclairé, Grandgousier qui, lui, cherche à rétablir le dialogue avant de se résigner au combat. Rabelais oppose ainsi deux « modèles de rois », François 1er l’éclairé contre Charles Quint.

Que dire de plus ? Il y a des millions de choses à rajouter : la vision évangélique de la foi de Rabelais, vision proche de celle d’Erasme, et qui prône une foi plus sincère et un libre-arbitre capable de corriger lui-même ses erreurs, la critique virulente contre un système éducatif dépassé et un clergé corrompu (paradoxal non ? Rabelais fut lui-même moine un certain temps…) l’éloge d’une éducation moderne qui s’appuierait sur la connaissance des Anciens sans pour autant les imiter… Bref, pour tous les amateurs de la Renaissance, Rabelais représente une véritable mine d’or, tant les thèmes abordés sont variés. Après, je m’en excuse encore, c’est une partie de la littérature française qui ne m’intéresse que moyennement aussi je vous encourage, si vous êtes intéressés, à vous plonger vous-mêmes dans la lecture de Gargantua et des œuvres de Rabelais en général pour en tirer « la substantificque mouelle » (eh oui ! Cette expression est dans Gargantua). Je vous rassure : à défaut d’apprécier, vous ne vous ennuierez pas.

 

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:13

Pantagruel

François Rabelais

Editions Pocket (version bilingue)

Dans la série « Redécouvrons nos classiques » place aujourd’hui à l’auteur classique par excellence, François Rabelais.

Toujours dans mon optique des « 1001 livres… » j’ai exhumé de ma bibliothèque Pantagruel avec un enthousiasme peu flagrant et je me suis replongée dans l’histoire de ce géant, fils du roi Gargantua, dont nous reparlerons bientôt (aucune raison que je ne vous inflige pas ça) Pantagruel, dont la naissance provoque la mort de sa mère, fait preuve dès son plus jeune âge d’une force peu commune, manquant dévorer totalement la vache qui le nourrit, ce qui ne l’empêche pas également de développer une intelligence hors du commun. Envoyé à l’université par son père, il devient vite réputé pour sa sagesse, ce qui lui permet d’arbitrer des querelles auxquelles personne ne comprend rien. Son chemin croise celui de Panurge, gueux sans scrupules qui n’hésite pas à jouer de mauvais tours, essentiellement aux sots et aux orgueilleux. Les deux compagnons vont ainsi tour à tour tenir la vedette dans un roman qui parodie aussi bien la Bible que l’épopée ou le roman de chevalerie. Souvent grivois, le récit à travers la satire et l’obscène laisse refléter cependant les préoccupations humanistes de l’auteur. Rabelais est en effet loin d’être un paillard sans cervelle. Erudit, il dénonce essentiellement une société bancale, un clergé qui achète les pardons et de fausses dévotes (sans être adepte de la Réforme, Rabelais faisait partie de ceux qui pensaient que la religion catholique devait revenir au plus près des textes sacrés) tout aussi bien que les faux savants, qui, jargonnant  de façon incompréhensible pour se donner une contenance illustre à merveille la maxime triviale : « La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale »

Concrètement me direz-vous, comment cela se passe-t-il ? Comment un homme comme Rabelais peut-il se permettre de critiquer ses contemporains sans crainte des représailles ? C’est là qu’intervient le comique ; rien de plus efficace pour dénigrer une situation ou une personne que de la tourner en ridicule. Prenons un exemple : Pantagruel rencontre un étudiant parisien qui, pour se donner l’air cultivé, parle en mélangeant latin (langue précieuse par excellence) et français, ce qui au final donne un jargon incompréhensible. Notre géant, adepte de la clarté d’expression, frappe le malheureux qui revient alors à son patois natal. Manière pour Rabelais de souligner son mépris pour ceux qui cachent leur bêtise sous un vernis. L’auteur lui-même est adepte d’un langage clair, qui va directement à l’essentiel. D’un point de vue technique, Pantagruel est loin d’être compliqué à lire : le style est direct, le vocabulaire aussi, et Rabelais ne s’embarrasse guère d’expressions compliquées, si ce n’est justement dans le cadre de la satire. D’un point de vue thématique, la simplicité est en revanche trompeuse. A première vue, on ne pourrait voir dans le récit qu’une suite de situations graveleuses, qu’un comique de langage et des séries de farces d’un goût plus ou moins douteux toujours orienté alcool ou sexe. Las ! Derrière ce comique se cache pareillement la parodie (par exemple ce chapitre où Gargantua pleure la mort de sa femme et où alternent lyrisme et trivialité) la satire (En faisant des mauvais tours à une femme qui s’est refusée à lui, Panurge tourne en ridicule les dévotes précieuses qui ont une haute opinion d’elle-même) ou tout simplement le souci de faire rire le lecteur. Voir en Rabelais un joyeux inculte serait cependant une grossière erreur tant son œuvre fait preuve d’érudition (pour se moquer de quelque chose, il faut avant tout le connaître) et, paradoxalement de finesse…Ainsi je terminerai en évoquant le chapitre où Gargantua fait ses recommandations à son fils dans une lettre et où, pour le coup, tout comique a disparu et où les préoccupations humanistes de Rabelais sont exposées sans fard (chapitre qui, si je m’en souviens bien, fait contrepoint à un chapitre dans Gargantua dans lequel Rabelais évoque le monastère idéal)

Bon il y aurait beaucoup d’autres choses à dire mais je vais m’arrêter là car je vais vous faire un aveu : je n’aime pas du tout les romans de Rabelais. Comprenez-moi bien : je reconnais sans mal ses qualités d’écriture et son talent, mais c’est un auteur qui ne m’inspire absolument pas. De lui je n’avais gardé que l’image de longues soirées de commentaires composés loupés et d’heures de cours ennuyeuses, alors que mon professeur de français était pourtant un professeur très intéressant avec qui l’année d’après j’ai passé de très bons moments sur le roman d’apprentissage ou la tragédie racinienne. Je ne sais pas à quoi c’est dû mais c’est un fait. De la même façon que certains calent sur Zola, Duras ou Maupassant, je cale sur notre joyeux moine. C’est purement subjectif et j’espérais que le temps me rendrait plus ami avec lui mais, presque quinze ans plus tard c’est définitif, je n’y arrive pas. Donc, arrêtons-nous là pour Pantagruel en attendant de retrouver son père dans un prochain épisode…
Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article