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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:39

Millénium 3

La reine dans le palais des courants d’air

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

Bonne année ! Je vous souhaite tout ce que vous désirez et plus encore, beaucoup de joie et un minimum de chagrin (car il ne faut pas se leurrer, il y en aura toujours un peu quand même) En bref : bonne année !

Et pour commencer l’année 2009, nous allons en finir une bonne fois pour toutes avec la trilogie de Stieg Larsson, Millénium. Que ceux qui souhaitent la lire et  qui n’ont pas commencé s’abstiennent donc de consulter cet article pour éviter les révélations indélicates...

Le troisième et ultime tome de la saga, La reine dans le palais des courants d’air, est en fait un prolongement direct du deuxième tome et met un point final à l’intrigue de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Autant vous dire, je me creuse toujours la tête pour essayer de comprendre le rapport entre le titre de l’ouvrage et son contenu. C’est sans doute une métaphore obscure de l’auteur en rapport aussi avec ses digressions en début de chaque partie sur les Amazones et les femmes guerrières. L’héroïne, Lisbeth Salander, est une reine guerrière enfermée… Bref, au final on s’en fout un peu.

Sorti du titre à rallonge et des petits documentaires admiratifs sur les femmes guerrières à travers les âges (personnellement moi ça m’attriste plutôt de savoir que mon sexe est aussi stupide et belliqueux que le sexe masculin), le roman se laisse lire assez facilement. Certes, le héros masculin, Mikael Blomkvist, est toujours aussi énervant (rassurez-vous, il trouve encore moyen de mettre une belle dans son lit ce tome-ci mais, merveille ! Celle-ci serait peut-être la bonne) et je n’ai éprouvé guère de sympathie non plus pour Lisbeth Salander, dont le comportement asocial est si poussé qu’il en devient caricatural. En revanche, l’intrigue est faite de telle manière qu’elle se lit assez facilement ; Larsson a déjà mis en place dans le second volet  les éléments déclencheurs (la mort d’un reporter et de sa compagne, la confrontation de Lisbeth avec son père…) si bien qu’il ne lui reste plus qu’à démêler les écheveaux de tout ça, ce qu’il fait en louvoyant d’un personnage à un autre. Il n’y a pas vraiment de suspens, on sait déjà dès le début que Lisbeth Salander sera innocenté, mais plutôt un intérêt purement scientifique. C’est comme pour un épisode de Columbo (pardon pour la référence) : on connaît déjà l’assassin, on sait qu’à la fin l’inspecteur gagnera quoi qu’il arrive, mais ce qui fait l’intérêt de l’intrigue, c’est la façon dont, justement, il va résoudre l’enquête.

Bon, c’est un peu obscur mais je pense que vous avez compris.

Pour conclure sur la saga, je dois dire qu’en dépit de tout, je n’en garderai pas un souvenir inoubliable ; si je veux bien admettre que la forme de la trilogie et ses personnages sont assez originaux, je n’ai pas été emballée plus que ça par l’écriture (beaucoup, beaucoup trop de longueurs) et par une histoire volontiers manichéenne, d’un côté les « gentils » (Blomkvist et sa bande) et de l’autre les « méchants » (l’espion russe, sa grosse brute de fils, les policiers véreux…) le tout sans demi-mesure, Lisbeth Salander représentant apparemment la seule alternative entre les deux extrêmes (une « gentille » mais que la société a rendu « méchante » c’est pourquoi il ne faut pas la tuer tout de suite mais s’employer à la soigner) Vu le succès qu’a rencontré la série, je suppose que les lecteurs à travers le monde ont apprécié mais, pour moi, c’est catégorique : la Suède n’est décidément pas ma tasse de thé….

Ps : Rien à voir, mais mon gentil frère, le docteur Orlof (dont je vous invite à cliquer sur le lien) m’a offert suite à la note précédente le DVD de Virgin Suicides. Je pourrais donc vous dire ce que j’en ai pensé prochainement !

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 17:22

Virgin suicides

Jeffrey Eugenides

Editions J’ai Lu



Bon, assez ri maintenant et fini les histoires de vampires. Retour à la case réalité et penchons-nous sur l’histoire d’autres adolescentes mais qui n’ont rien de franchement joyeux.

Elles sont cinq, les cinq sœur Lisbon, âgés de treize à dix-sept ans. Il y a Therese, Mary, Bonnie la pieuse, Lux la dévergondée et Cecilia la plus jeune. Cecilia âgée de treize ans se promène toujours en robe de mariée et semble pour le moins un peu perturbée. Après une tentative de suicide ratée, elle réussit enfin à mourir en se jetant sur une grille. A partir de là, les événements vont s’enchaîner de telle sorte que, treize mois plus tard, toutes ses sœurs l’auront  imitée. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a poussé les cinq filles à en finir avec la vie ? L’éducation trop rigide de parents ultra-conservateurs ? Le déséquilibre de Cecilia qui a entraîné ses sœurs vers l’abîme ? Ou tout simplement une malédiction, un « gène du suicide » qui leur était commun ? C’est ce que des adolescents amoureux des filles Lisbon (mais nous ne saurons jamais rien précisément d’eux) tentent de découvrir en analysant des années plus tard des photographies, en interrogeant les professeurs et les médecins et en décryptant chacun des derniers gestes des sœurs…. En vain ; le mystère demeure.

Ok, ce n’est pas franchement très joyeux en cette période de fêtes et j’espère de tout cœur que vous n’êtes pas seul et déprimé. Si c’est le cas, je vous invite à ne lire ni Virgin suicides ni ce commentaire et à revenir ici quand je parlerais de livres avec de joyeux elfes des bois. Pour les autres, je dirais simplement que le roman de Jeffrey Eugenide est assez perturbant. Au niveau de l’intrigue, il se passe si peu de choses que le livre, pourtant court, paraît traîner en longueur à certains endroits. La narration est étouffante car elle emploie un « nous », celui des adolescents amoureux, qui reste anonyme et ne nous permet qu’une identification partielle. En gros, vous entrez dans l’histoire comme malgré vous, mené par un narrateur dont vous ne connaissez pas l’identité, ceci pour observer cinq héroïnes que vous savez de toute façon condamnées et qui reste tout du long énigmatiques. Contraint de deviner, à l’instar du narrateur, vous ne pouvez qu’interpréter les réactions des jeunes filles et observer leur comportement. Et c’est sans conteste tout l’intérêt du livre, ce huis-clos quasi-irrespirable dans une banlieue anonyme où la proximité et l’ennui donnent à chaque événement un caractère troublant. Aux yeux du narrateur, les filles Lisbon acquièrent un caractère sacré et prennent l’allure de déesses païennes qui se livrent à des rituels étranges : elles sèment des images de la Vierge Marie partout, elles dressent un autel à la mémoire de leur sœur disparue… L’une fait l’amour sur le toit de la maison de ses parents avec tous les hommes de passage, l’autre au contraire récite son chapelet dans le jardin… Est-ce la fascination du narrateur pour leurs idoles qui les rend uniques ou est-ce vraiment la personnalité unique des sœurs Lisbon qui les rendent fascinantes ? Difficile à dire. Nous avançons à tâtons dans ce roman qui stigmatise tout autant le comportement morbide de Cecilia et de ses sœurs qu’une société où tout le monde s’épie mutuellement et dont le comportement est presque aussi absurde que celui des jeunes héroïnes  (le père des filles qui se fait renvoyer après le suicide de sa fille car il est tenu pour responsable, le « Jour de douleur » institué en mémoire de Cecilia, les adolescents amoureux qui versent dans l’idolâtrie, la vieille qui attend la mort dans sa cave…) Bref, ce n’est pas une apologie du suicide mais Virgin Suicides joue avec complaisance sur l’opposition entre les sœurs Lisbon, belles et fragiles, et un monde qui ne les a tout simplement pas compris et qui, en essayant encore de les comprendre vingt ans après les faits, n’y arrive toujours pas : « ‘Qu’est-ce que tu fais là, ma petite ? Tu n’as même pas l’âge de savoir à quel point la vie peut devenir moche.’ Et c’est alors que Cecilia délivra oralement ce qui devait être la seule forme que prendrait son ultime message, inutile d’ailleurs, puisqu’elle allait vivre : ‘on voit bien docteur, dit-elle, que vous n’avez jamais été une fille de treize ans.’ » C’est noir et cru, désenchanté et plutôt cynique. Mais ça interpelle et, personnellement, je serais curieuse de connaître l’adaptation cinématographique qu’en a fait Sofia Coppola….

 


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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 14:07

Tentation

Stephenie Meyer

Editions Hachette



Joyeux Noël ! J’espère que vous en avez tous bien profité. Et comme je suis extrêmement gentille aujourd’hui, après deux jours de bombance, je vous épargne les romans impossibles nécessitant plus d’un demi-cerveau et je vais vous parler du second tome de la série de Stephenie Meyer.

Retournons donc à nos histoires de vampires végétariens et retrouvons notre héroïne Bella qui, à son grand dam, franchit le cap des 18 ans et s’éloigne ainsi de la jeunesse éternelle de son amoureux Edward Cullen, le vampire. Bella en effet ne désire qu’une chose : devenir vampire à son tour pour pouvoir vivre à jamais sans soucis avec son promis. Mais Edward ne l’entend pas de cette oreille et refuse d’en faire une immortelle. Les choses se gâtent quand la jeune fille blessée involontairement manque de se faire mordre. Le jeune homme se rend compte qu’il est une menace et décide de partir avec toute sa famille pour la protéger de leur malédiction. Restée seule, Bella sombre dans une obsession qui la pousse à rechercher le danger : en effet, dans les moments où elle risque sa vie elle peut entendre la voix d’Edward et ainsi vivre l’illusion qu’il ne l’a jamais abandonnée…

Il n’y aura pas beaucoup de vampires dans cet épisode, enfin, en quantité limitée, et les amatrices du beau Edward Cullen en seront pour leurs frais car il apparaît peu (comment vont-ils faire pour le film ? Ce sont les fans qui ne vont pas être contentes) En revanche, l’intrigue est, il faut l’avouer, nettement plus intéressante. Bella, délaissée, se tourne vers un personnage secondaire du tome 1, Jacob, qui s’avère être un loup-garou (oui dit comme ça ça paraît idiot mais rappelez-vous que vous êtes dans du fantastique) et se retrouve tiraillée entre deux modes de vie radicalement opposés. Il faut être clair : Jacob présente autant d’intérêt que Edward, c’est-à-dire quasiment aucun, mais le personnage de Bella est intéressant car il rend bien compte de l’obsession amoureuse et d’un désir qui va à contre-courant de la raison. Mais qu’est-ce que la raison ? Jacob qui paraissait la solution la plus confortable apparaît lui-même comme un monstre. L’une des forces de l’ouvrage est sans conteste l’absence de compromis propre à la littérature jeunesse et une peinture des sentiments plutôt bien rendue. Pas de gentil vampire et de méchant loup-garou qui essaie de ravir la belle, seulement des conflits d’intérêt qui se résoudront au détriment de l’un des protagonistes (mais je vous dis pas lequel pour ménager le suspens)

En gros, pour résumer : niveau psychologique c’est plutôt bien rendu. Après l’intrigue reste assez mince (Edward part, Bella pleure, Jacob vient la consoler, Jacob découvre qu’il est un loup-garou, et à la fin, comme d’habitude l’action s’accélère un peu) et le style est tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Ceci dit, ce sont les vacances, nous sommes tous un peu fatigués  alors pour aujourd’hui ça suffira non ? Il sera toujours temps dans quelques jours de reprendre des lectures plus sérieuses….

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 18:43

Pyromane

Romuald Giulivo

Editions Ecole des Loisirs

 

 

Si vous trouvez que le dernier roman dont je vous ai parlé, Fascination était réservé à un public d’adolescents, alors je vous déconseille de lire le livre que nous allons voir aujourd’hui : Pyromane. Encore que je me demande quel genre d’adolescents psychopathes pourrait apprécier cet ouvrage…

Romain a treize ans et c’est un garçon très intelligent qui supporte mal ce monde de manants dans lequel il vit. Il n’a pas d’amis, évidemment (apparemment être très intelligent vous empêche d’avoir des amis au collège) et se fait malmener par Arnaud, la petite brute. Du coup à la récréation il se réfugie au CDI : « J’y avais ma table attitrée, près de K comme Kafka et les M comme Musil » (mais bien sûr, à 13 ans, tous les garçons intelligents lisent Musil ! Quand je pense qu’à 29 ans moi j’ai eu du mal à finir l’un de ses ouvrages, je me sens très mal) et avec son atlas imagine une nouvelle vie, loin de la grisaille de la ville (ça y est je deviens poétique à mon tour) Bref, les adultes ne comprennent rien, sa mère est trop nulle, ses profs sont trop nuls, seule sa sœur gothique fumeuse  de joints peut comprendre (un peu) sa détresse (écrasez une larme s’il vous plaît) Mais rassurez-vous ! Notre héros rencontre Lola, une psychopathe un brin pyromane de son âge qui lui annonce cash qu’elle l’aime et qu’ils vont vivre une semaine magique ensemble puisque, après, Romain déménage. Et donc ensemble nos deux tourtereaux vont donc vivre une semaine magique : ils vont jouer dans les fontaines, sécher les cours, se venger d’Arnaud, courir nus dans les champs (bon là j’exagère un peu) et oublier le temps de quelques jours leurs misérables existences. Parce que l’amour c’est beau, c’est la seule chose qui vaille le coup dans cette vallée de larmes qu’est la vie, surtout quand on est un adolescent plein de fougue. Rassurez-vous, pour les plus pudibonds il n’y aura pas de sexe (la fille a l’air tout disposé mais Romain sorti du latin et de Musil a un peu de mal) parce que c’est pas là l’important, l’important c’est qu’on s’aime, BORDEL VOUS AVEZ PAS ENCORE COMPRIS ?! C’est pas qu’une histoire d’hormones, il faut le croire.

Bref, je pense que vous aurez compris à la lecture de cette note que je n’ai mais pas du tout aimé ce livre qui ferait presque passer Fascination pour un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse. Si encore c’était bien écrit ! Mais non, même le style paraît artificiel. L’auteur raffole des phrases courtes et chocs avec des répétions grossières, on se croirait presque dans une parodie de Duras. Les personnages sont inintéressants au possible, l’histoire ne présente aucun intérêt. C’est un ouvrage faussement provocateur (les deux enfants qui font les 400 coups, mais, rassurez-vous, rien de nature à choquer les âmes sensibles) un concentré de banalités qui accumule les clichés (la surveillante qui n’aime pas ses élèves, les professeurs obtus, la mère étouffante, l’adolescent souffre-douleur, l’adolescente marginale) et tout ça pour quoi ? Mystère… Quelle est la finalité de l’ouvrage ? Je ne suis plus une ado je ne peux sans doute pas comprendre ou alors je suis trop embourgeoisée et je ne peux plus m’enthousiasmer à la lecture d’un Kerouac ou d’un atlas de géographie.

Je pardonnerais à l’auteur s’il a le même âge que son narrateur. Sinon, je suppose qu’il a eu une enfance très difficile….

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 11:07

Fascination

Stephenie Meyer

Editions Hachette

 

 

De temps en temps, il y a des thématiques à nos articles. Restons donc dans la catégorie « best-sellers » avec un ouvrage pour la jeunesse dont vous avez sûrement entendu parler et qui fait actuellement un carton. Fascination ça vous dit quelque chose ? Et si je vous parle de Twilight alors ? ça vous dit déjà plus ? Il s’agit du premier tome d’une série de Stephenie Meyer qui sortira d’ailleurs au cinéma en janvier.

Fascination est effectivement fascinant. Je suis restée perplexe tout au long de ma lecture. J’avais eu deux avis contraires sur cette série : l’un était élogieux, l’autre incendiaire. Quant à moi, en le lisant, j’essayais de me faire ma propre opinion, sans réellement y parvenir… Mais faisons un rapide petit résumé.

Bella (diminutif de Isabella) quitte l’Arizona où elle vivait avec sa mère, pour s’installer avec son père à Forks, une petite ville pluvieuse qui suinte l’ennui. Cette jeune fille de dix-sept ans plutôt mal dans sa peau et assez solitaire est persuadée qu’elle ne s’habituera jamais à sa nouvelle existence. Seulement voilà : le premier jour de classe, son regard croise celui d’un beau rouquin nommé Edward. C’est aussitôt le coup de foudre. Mais Edward est un peu étrange, Bella en a vite la preuve dès l’instant où il lui sauve la vie en déviant une voiture qui menaçait de l’écraser… La jeune fille ne tarde pas à découvrir que son soupirant ainsi que les autres membres de sa famille sont des vampires, une situation qui va la mettre dans une position extrêmement délicate…

Quand j’étais jeune étudiante, j’ai fait un mémoire sur les romans roses et j’ai dû me farcir un nombre incalculable de livres de la série Harlequin. Il y en a un qui m’a particulièrement marqué : je ne sais plus du tout le titre mais l’histoire était assez simple ; une jeune femme tombe amoureuse d’un vampire (oui on était dans la série « Frissons » ou « fantastique ») et après moult pérégrinations et deux scènes érotiques décide de devenir vampire à son tour. Le couple finit sa vie ensemble, heureux, et baguenaudent la nuit en mangeant des steaks saignants (car les vampires d’Harlequin, sauf les méchants, ne mangent pas d’humains). De fait, certains passages de Fascination ne sont pas sans me rappeler ce grand moment littéraire. Dans le roman de Meyer, Edward et sa famille ne se nourrissent pas du sang des humains et vivent parmi eux. Un choix de vie qu’ils comparent à celui d’hommes qui se nourriraient de tofu ou de soja. Je pourrais adhérer au postulat si la difficulté du choix apparaissait clairement, si la tentation du sang était montrée de façon plus explicite. Que nenni ! A part Edward qui paraît avoir du mal à lutter contre son envie de se nourrir de sa douce, les autres semblent vivre leur situation de façon très décontractée, chassant le grizzli et le puma à la nuit tombée sans paraître éprouver la moindre envie de se repaître de quelques ados égarés. Dans ces conditions, je ne m’étonne pas plus que ça que l’héroïne ait elle-même envie de devenir vampire à son tour : devenir super forte, immortelle avec de super pouvoirs et vivre avec un beau jeune homme à jamais, ça semble plutôt tentant non ? ça c’est le point le plus gênant de l’histoire, le second étant sans conteste l’histoire d’amour à deux sous qui ne tarde pas d’agacer. Edward et Bella sont amoureux et pendant les trois quarts du roman vont se déclarer leur flamme à toutes les sauces sur un ton mièvre. Certes, la fascination de l’héroïne pour Edward est extrêmement bien rendue, et la tension érotique entre les deux adolescents assez bien représentée, mais à force de s’attarder sur cette relation : « Edward est merveilleux, il est parfait et ses muscles sont d’acier, oh Bella tu sens divinement bon » le récit s’essouffle. Heureusement, l’auteur a le bon sens d’enchaîner sur un rebondissement inattendu (l’arrivée de nouveaux vampires) qui va dynamiser la fin du roman et finir sur un peu d’action.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne jetons-nous pas ce livre à la poubelle d’entrée de jeu ? A vrai dire je ne sais pas trop. Si le récit m’a agacée, je ne peux le balayer d’un simple revers de la main. Je l’ai dit, dès le moment où l’histoire d’amour entre Edward et Bella est assumée, l’intrigue prend un tour plus intéressant ; qui plus est, le personnage de l’héroïne est très attachant. Il serait de bon ton que Bella soit une adolescente renfermée et mystérieuse qui évolue avec grâce au milieu de la foule, indifférente et méprisante. Or, la jeune fille, renfermée certes, cherche avant tout à s’intégrer et surtout est d’une maladresse sans pareille qui confine à la catastrophe. La narration étant faite de son point de vue, à la première personne, le ton n’est donc pas exempt d’humour et d’un second degré assez agréable au milieu de tout ce rose bonbon. Quant au style, et bien… je ne saurais me prononcer. Pour moi, c’est celui d’un honnête roman de gare, un peu poussif par endroits, mais pas forcément désagréable.

Je suis curieuse je l’avoue de voir ce que le livre donnera au cinéma. Est-ce que l’histoire d’amour paraîtra moins pénible, la duplicité des vampires sera-t-elle mieux rendue ? Difficile à dire. En attendant je donnerai sa chance à la suite de la série très prochainement, histoire de voir si nos vampires se nourrissent toujours de steaks…

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 17:50

Millenium 2

La petite fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

 

Assez confiante après la lecture du premier tome, je me suis décidée à lire le second tome de la trilogie de Millenium. Las ! Je pense que je vais déclencher des commentaires outragés, mais, sincèrement, quel ennui !

Reprenons, pour ceux qui ont suivi le premier épisode. Après avoir résolu le « mystère Harriet » le sémillant journaliste Mikael Blomkvist a réintégré l’équipe de « Millenium » et coule des jours heureux, couchant avec les quelques femmes qu’il n’avait pas encore séduites dans le tome 1. Pendant ce temps, de l’autre côté du monde, Lisbeth Salander après avoir sans vergogne détourné pas mal d’argent, prend quelques vacances (intermède totalement inutile) et revient ensuite en Suède pour s’offrir un nouvel appartement et une nouvelle vie. Ça, c’est le début de l’histoire ; un début qui fait tout de même plus de cent pages… Bref, restez patient car l’action arrive ! Un jeune couple plein d’allant (lui pigiste, elle professeur, aimants, sympathiques, impliqués dans la société, bref le genre de couples que vous avez envie de liquider à la seconde même où vous les voyez)  propose à « Millenium » un sujet sur le trafic de prostituées venues des pays de l’Est. Youhou, de l’action ! Que nenni, il vous faut encore endurer le quotidien de Lisbeth, depuis l’achat de ses meubles jusqu’au choix de sa voiture et les états d’âme de Blomkvist qui ne sait pas ce qu’est devenue ladite Lisbeth et s’en inquiète un peu. Bref, pour résumer, l’action arrive au bout de la 230ème page : enfin un meurtre ! Et même un triple meurtre tant qu’à faire, dont notre couple propre sur lui (ben oui désolée ils meurent c’est pas la peine de vous attacher à eux) Il ne faut pas longtemps à la police pour trouver un suspect potentiel en Lisbeth Salander. Mais notre héros journaliste n’y croit pas une seconde et se met à creuser la fameuse piste des prostituées de l’Est, espérant trouver le rapport entre ses amis et Lisbeth….

Autant vous le dire : il n’y aura pas d’histoires sur les prostituées. L’auteur s’en fout un peu (ou alors n’a pas vraiment étudié le sujet) et se concentre sur son héroïne et sur son passé. Coupable ou pas coupable ? Dans la mesure où la série fait trois tomes, il est logique de supposer que Lisbeth ne peut pas passer le troisième volet en prison et on ne croit pas une seconde à son implication dans les meurtres. Toute l’intrigue se résume donc à essayer de comprendre pourquoi elle se retrouve mêlée à la mort de journalistes sans peur et sans reproche (car les journalistes dans ce roman sont presque tous intègres tandis que la police est presque entièrement corrompue). En soi l’histoire n’est pas trop mal ficelée, mais j’ai du mal à comprendre l’engouement qu’elle engendre. Et, surtout, que c’est lent !!! Je le concède, le rythme s’accélère à partir des premiers meurtres, mais, personnellement, ces deux cent pages d’introduction m’ont un peu dégoûtés de la suite et m’ont rendu insupportable le reste du roman : c’était physique, le style ne passait plus, les personnages devenaient caricaturaux et même la façon qu’avaient les protagonistes de se tutoyer dès leur première rencontre m’agaçaient….

Un peu inquiète de ma réaction, j’ai interrogé une collègue qui me l’a confirmée : oui le style de Larsson est particulier et si elle-même a adoré la trilogie, elle reconnaît avait pris du temps pour les lire, faisant des pauses entre les volets. Tout s’explique, j’ai juste fait une indigestion suédoise… On va se mettre à la diète de notre Don Juan de journaliste et voir dans quelques temps si le dernier tome de la trilogie passe mieux après quelques autres livres. Auquel cas, c’est définitif : je fais une allergie à Larsson et tous les commentaires élogieux n’y feront rien…

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 00:41

Millenium 1

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

Harriet Vanger a disparu il y a quarante ans sur une petite île lors d’une réunion familiale. L’un des membres de sa famille, une dynastie d’industriels aisés et peu scrupuleux, est probablement à l’origine de cette mystérieuse disparition. Meurtre ? En tous cas son oncle Henrik Vanger en est intiment persuadé et cherche toujours à élucider le mystère. Il fait appel à un journaliste économique Mikael Blomkvist qui, sous couvert d’écrire la biographie de l’entrepreneur, doit réexaminer tous les documents de l’enquête et essayer d’apporter un nouvel élément. Une gageure impossible quand on sait que les faits remontent à des dizaines d’années et que la police s’est montrée très scrupuleuse. Mais Mikael Blomkvist dont la crédibilité a été remise en cause lors d’un procès en diffamation est prêt à tout pour se changer les idées, d’autant plus qu’en contrepartie Vanger lui a promis la tête de Wennerström, l’industriel qui l’a attaqué en justice. Notre journaliste emménage donc dans l’île familiale et  se plonge dans un passé peu reluisant, bientôt secondé par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et assistée, mais hacker de génie et dotée d’une mémoire prodigieuse. Ensemble, ils vont découvrir les secrets de la famille Vanger et déterrer de bien vilains cadavres….

Je sais, il était temps. Millenium, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, est l’un des plus gros succès en librairie depuis près de un an et à ma grande honte, je ne l’avais pas encore lu. Ce n’est pas sa renommée qui m’a poussé à m’y atteler mais plutôt les critiques autour de moi, émanant de personnes variées, et qui étaient toutes très élogieuses. Du coup, comme souvent dans ces cas-là, j’ai été un peu déçue, mais je dois avouer que, globalement, le roman tient ses promesses.

Commençons par les reproches ; il y a pas mal de longueurs. L’intrigue se joue sur deux tableaux. D’une part, nous avons « le cas Harriet », l’énigme principale ; en parallèle, l’affaire Wennerström et, pour le coup, je trouve cette partie traitée trop longuement et sans réel intérêt. Qui plus est, l’auteur tombe souvent dans des digressions plus ou moins bienvenues. Les statistiques sur les femmes battues en début de chaque chapitre sont dans le contexte mais que penser de ce petit exposé sur la mise sous tutelle dont l’auteur nous gratifie pendant plus d’une page ? Déformation professionnelle je suppose (Stieg Larsson était journaliste) avec un style qui pour le coup ne s’accorde pas à l’ensemble de l’œuvre. Enfin, mais ce dernier point est purement subjectif, je n’ai guère éprouvé de sympathie pour le personnage de Blomkvist, image lisse et parfaite du journaliste sans peur et sans reproches qui fait tomber toutes les femmes à ses pieds (en un volume il réussit quand même à mettre trois femmes dans son lit et ce au fond d’une île perdue) Sa partenaire, Lisbeth, bien que légèrement caricaturale, est beaucoup plus attachante, notamment vers la fin du récit.

Allez j’arrête là les critiques pour vous parler des qualités du roman. Car il y en a beaucoup je suppose, sinon je ne l’aurais pas fini à deux heures du matin hier soir. Je suis assez fière je le reconnais d’avoir percé assez vite le mystère et trouvé le ou la coupable mais il faut reconnaître à Millénium 1 un bon suspens et un sens du détail assez intéressant. Il était difficile de partir d’une histoire pareille : comment un journaliste sans réelle formation peut-il résoudre une enquête close depuis des dizaines d’années et réussir là où la police a échoué ? Un auteur moins doué aurait sorti la grosse cavalerie au mépris de toute vraisemblance (personnages qui se mettent soudain à parler de la disparition, objets qui réapparaissent comme par magie) mais Stieg Larsson préfère se concentrer sur des éléments moins « tapageurs » qui de ce fait sont plus crédibles. Tout ça pour dire que l’intrigue « Harriet » est bien ficelée et tient en haleine ; nous avons un huis clos sur l’île qui est extrêmement bien rendu, une famille Vanger glaçante à souhait et un final étonnant. Le style sans être merveilleux est très agréable à lire et, hormis les quelques longueurs dont je viens de parler, on ne s’ennuie pas une seconde. Pour moi, ce n’est pas le chef d’œuvre de l’année ; mais assurément, un agréable roman à lire bien au chaud sous sa couette lors de longues soirées d’hiver…. Ça tombe bien : il me reste encore deux tomes à lire et les soirées d’hiver ne font que commencer…

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 10:54

Kafka sur le rivage

Haruki Murakami

Editions 10/18

 

 

Un jeune garçon de quinze ans, frappé d’une malédiction, décide de quitter la maison de son père et atterrit dans une bibliothèque privée. Parallèlement, un vieillard un peu simple d’esprit suite à un coma dans son enfance, spécialisé dans la recherche des chats, se retrouve impliqué dans un meurtre… Chacun d’eux se lance dans un voyage qui les conduit tous les deux à une même personne, le fantôme d’une adolescente qui contemple par la fenêtre la mer et guette le retour de l’être chéri qui, malheureusement, ne reviendra jamais… Deux êtres vides qui grâce à leur quête parviendront à redonner sens à leur existence.

 

C’est ce que je peux faire de mieux en matière de résumé, désolée. Car Kafka sur le rivage est une œuvre inracontable. Récit quasi onirique, à la frontière du réel et du fantastique, tout se mêle : la mythologie grecque résonne avec l’œuvre de Schubert tandis que le folklore japonais fait écho aux œuvres plus modernes de Soseki. Esprits fantômes, musique classique, amours impossibles et prédictions funestes… Il y a de tout ça et plus dans ce roman où une narration crue alterne avec le lyrique. Vous pouvez penser que ce mélange doit être quelque peu indigeste : il n’en est rien. Certes le style est parfois maladroit, le récit parfois décousu. Mais, pour reprendre une expression que Murakami lui-même emploie à propos de la musique de Schubert, c’est de ces petites imperfections que naît la beauté de l’ensemble. Entrer dans Kafka sur le rivage c’est comme entrer dans l’eau. Vous marchez peu à peu, conscient que le sol se dérobe et que la réalité perd doucement de sa substance. Le récit devient de plus en plus étrange, le mystère s’épaissit. Mais c’est si bien écrit, si convaincant que, sans s’en rendre compte vous vous laissez aspirer dans ce rêve étrange où les fantômes conversent avec les  vivants et dans lequel le temps s’est arrêté. A la lisière du conte, le livre de Murakami est avant tout, comme je l’ai déjà dit, le récit d’une quête ; pour Kafka Tamura, le héros, il s’agit de se construire sa propre identité et de se libérer de l’emprise que son père fait peser sur lui. De cesser d’être un personnage de tragédie grecque pour devenir un être de chair. Pour Nakana, le vieillard, il s’agit de retrouver la part de personnalité qui lui a été volée lors de son enfance et de traverser le royaume des ombres pour retrouver la sienne…

 

Je suis sortie de ce livre plutôt perturbée. Si j’adore lire, il est en revanche très rare que je me laisse déconnecter à ce point par un roman, au point d’oublier toute réalité autour de moi. Kafka sur le rivage est sans doute moins facile à appréhender que Passage de nuit et il est possible qu’il y ait même des personnes qui y soient totalement allergique. Mais je ne saurais que trop engager les lecteurs qui sont sur le rivage à s’approcher des flots. Rassurez-vous, tôt ou tard, la réalité reviendra frapper à votre porte, mais, en attendant, c’est assez réconfortant de pouvoir envisager la vie ne serait-ce qu’un instant, comme une tragédie grecque et ainsi de nous persuader que nous ne sommes pour rien dans notre destinée…

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:37

Kaboul disco

2- Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan

Nicolas Wild

Editions la Boîte à bulles

 

 

Retournons un peu à la bande dessinée, d’autant plus que je ne suis pas sûre d’y revenir avant un petit bout de temps après (ben oui, tandis que je progresse en BD, je néglige du coup la littérature jeunesse ; pourquoi, pourquoi y a-t-il autant de titres à lire ?) et envolons-nous à bord d’un avion déglingué direction Kaboul.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, tout ce que je connaissais de l’Afghanistan il y a peu ce sont des connaissances assez sommaires : talibans, Ben Laden, attentats, guerres et autres joyeusetés. Ensuite, j’ai eu une copine qui est partie là-bas dans une ONG et qui a tenté pendant deux ans environ de me faire croire que le pays était un havre de paix et que je devrais venir la voir en vacances. J’avoue que lâchement je n’y suis pas allée, mais tout du moins j’ai pu réviser certains préjugés et avoir en tête autre chose que l’image d’un pays violent peuplé de terroristes sanguinaires.

Nicolas Wild, tout comme l’amie dont je viens de vous parler, est partie dans une ONG en Afghanistan pendant quelques années et nous raconte cette expérience dans une série intitulée Kaboul Disco. Dans ce deuxième volet : Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan, Nicolas nous parle de la guerre menée par son organisation contre la production d’opium. Car, le savez-vous ? L’Afghanistan est un gros exportateur d’opium, d’où la nécessité d’enrayer le processus. « L’opium c’est mal » tel est le slogan adopté, un slogan qui peut paraître un peu puéril et un objectif qui peut paraître un brin irréaliste dans un pays en plein chaos : présence militaire étrangère, élections qui se font dans la violence, attentats suicides, manifestations… Nicolas et son groupe sont bien conscients de leur faible influence, mais à choisir entre faire un peu et ne rien faire, la première solution n’est-elle pas la meilleure ?

Il y a beaucoup d’humour dans cet album qui raconte la vie d’expatrié avec justesse et sans fards. Oubliez tout ce que vous croyez savoir de ces hommes et femmes dévoués qui partent à l’autre bout du monde. Les expatriés sont des gens comme vous et moi (bon Ok, beaucoup plus courageux que moi) avec leurs forces certes mais aussi leurs faiblesses et leurs petites mesquineries : des ONG qui se chamaillent entre elles, des hommes bougons, des femmes stressées et beaucoup d’alcool et de chocolat. Il y a également énormément de tendresse : Nicolas nous parle ainsi des Afghans avec qui il a travaillé ainsi que les voisins qui les ont protégés lors de manifestations anti-étrangères et ce au péril de leur propre vie. L’occasion pour nous de revoir certains préjugés (« tous des terroristes ») et de nous rappeler qu’une population peut être fichée rapidement à cause d’un petit nombre d’extrémistes.

Kaboul Disco présente deux avantages : d’une part, c’est très drôle et tout est narré avec beaucoup d’humour, y compris les situations les plus dramatiques (la fuite des expatriés pour échapper aux émeutes) et d’autre part nous avons un regard d’occidental sur l’Afghanistan volontairement naïf et très clair qui nous permet de découvrir un pays que les médias ont quelque peu diabolisé. Alors, ne soyons pas comme ce soldat de l’Otan que rencontre Nicolas et qui n’est jamais sorti de sa caserne en six mois, prenons le temps de flâner avec notre dessinateur dans les rues de Kaboul…

 

Ps : Ah Nicolas, si tu lis ceci par miracle, je te rappelle par contre que tu nous dois une revanche à Catéchic.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:10

Comment voyager avec un saumon

Umberto Eco

Editions Le Livre de Poche

 

 

Je continue dans les livres que vous m’avez conseillée en vous parlant aujourd’hui du livre Comment voyager avec un saumon du très célèbre Umberto Eco dont c’est à ce jour ma seule lecture.

Cet ouvrage est en fait un recueil de petites historiettes relatant sur un mode humoristique et cynique les mésaventures (imaginaires ou réelles qui s’en soucie ?) du narrateur/auteur, Eco : ses déboires sur Internet ou avec le fax, ses démêlés avec l’administration, ses petits tracas de la vie quotidienne… Il parodie également sur la fin de l’ouvrage les essais scientifiques en écrivant la Cacopédie, une « nouvelle » construite à la manière d’une encyclopédie et qui sur le ton le plus sérieux du monde met en scène des théories absurdes et insensées : vouloir créer une carte à la véritable échelle, estimer les romans en fonction des frais dépensés par les personnages…Toutes ces histoires n’ont au fond qu’un seul but : nous démontrer que notre société actuelle sous couvert de politiquement correct flirte parfois, voire même drague ouvertement la stupidité. Ainsi il parle des reality-show (la télé-réalité n’était pas encore de ce monde à l’époque) dans lesquels sous couvert d’entendre des gens s’exprimer, on se fout en toute bonne conscience de ce qu’il nomme « l’idiot du village » ravi de pouvoir déballer son linge sale en public (dans ma tête j’ai eu l’image très net de Jean-Luc Delarue ou de Mireille Dumas). Il parle également  de la manie du politiquement correct qui, poussé à l’extrême, pourrait bientôt nous amener à réécrire les contes de notre enfance trop violents et discriminatoires. Exagéré ? Huum… J’ai pensé cela d’abord avant de me rappeler que Lucky Luke fumait il n’y a pas si longtemps avant d’abandonner sa cigarette pour son brin de paille…

Eco, même s’il précise dans sa préface que ces histoires avaient pour fonction première le divertissement, a donc pour objectif de pointer du doigt les travers de notre époque et par le rire et la parodie d’amener son lecteur à en prendre conscience. Je trouve l’effort louable, mais j’avoue que certains récits n’ont pas été sans me gêner. Ce n’est pas tellement le propos de l’auteur que le ton employé. Il y a parfois un certain mépris d’Eco pour la « populace » (employés, administration, chauffeurs de taxis) qui, s’il s’en défend, est plutôt flagrant. De façon générale, il semblerait que le monde soit divisé en deux catégories : le narrateur et ses amis cultivés et de l’autre, les « gens », ceux qui suivent le mouvement comme des moutons et ne réfléchissent pas. Ainsi, j’avoue que les nouvelles qui m’ont fait le plus rire sont sans conteste celles où le héros en prend pour son grade également, comme dans la nouvelle « comment chercher du sexe sur Internet » où le narrateur, désireux de trouver du « bon » porno sur Internet, se retrouve non seulement dans l’incapacité de trouver ce qu’il cherche mais encore se fait remonter les bretelles par un moraliste en ligne ! Mais j’avoue que je n’ai pu m’empêcher aussi de sourire au récit : « Comment ne pas parler de foot » où Eco se moque de tous ces supporters qui vous parlent de football avec passion alors même que vous avez clairement montré que vous vous en moquiez.

De façon générale, quelques récits d’Eco ont plutôt mal vieilli : les histoires sur la nouvelle technologie notamment ne présentent plus guère d’intérêt (à l’exception faite de celle sur le téléphone portable que plus d’un aurait intérêt à lire !) en revanche certaines histoires, plus virulentes et plus intemporelles valent toujours le coup. « Comment voir une pendaison en direct à la télé » dérangeante, prend violemment à parti les défenseurs de la peine de mort en les incitant à aller jusqu’au bout de leur raisonnement et à assister à l’exécution de ceux qu’ils condamnent ; plus drôle et plus légère : « Comment voir un film porno » définit de façon logique ce qui différencie un film lambda d’un film porno ; Enfin, mélancolique, le récit « Alexandrie » met en scène la ville natale de l’auteur et en présente sur un ton tendre et critique à la fois les habitants.

A boire et à manger, telle est la conclusion que je tire au final de cette lecture. L’écriture est brillante, de temps en temps un peu précieuse et peu trop méprisante à mon goût mais les histoires dans l’ensemble valent le coup et, si on peut parfois déplorer le cynisme facile de l’auteur on lui reconnaîtra au moins la qualité d’être sans équivoque et sans souci de ménager les susceptibilités. Et au milieu des bons sentiments hypocrites de notre époque, ça fait du bien…

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Published by beux - dans Classiques
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