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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 18:43

Pyromane

Romuald Giulivo

Editions Ecole des Loisirs

 

 

Si vous trouvez que le dernier roman dont je vous ai parlé, Fascination était réservé à un public d’adolescents, alors je vous déconseille de lire le livre que nous allons voir aujourd’hui : Pyromane. Encore que je me demande quel genre d’adolescents psychopathes pourrait apprécier cet ouvrage…

Romain a treize ans et c’est un garçon très intelligent qui supporte mal ce monde de manants dans lequel il vit. Il n’a pas d’amis, évidemment (apparemment être très intelligent vous empêche d’avoir des amis au collège) et se fait malmener par Arnaud, la petite brute. Du coup à la récréation il se réfugie au CDI : « J’y avais ma table attitrée, près de K comme Kafka et les M comme Musil » (mais bien sûr, à 13 ans, tous les garçons intelligents lisent Musil ! Quand je pense qu’à 29 ans moi j’ai eu du mal à finir l’un de ses ouvrages, je me sens très mal) et avec son atlas imagine une nouvelle vie, loin de la grisaille de la ville (ça y est je deviens poétique à mon tour) Bref, les adultes ne comprennent rien, sa mère est trop nulle, ses profs sont trop nuls, seule sa sœur gothique fumeuse  de joints peut comprendre (un peu) sa détresse (écrasez une larme s’il vous plaît) Mais rassurez-vous ! Notre héros rencontre Lola, une psychopathe un brin pyromane de son âge qui lui annonce cash qu’elle l’aime et qu’ils vont vivre une semaine magique ensemble puisque, après, Romain déménage. Et donc ensemble nos deux tourtereaux vont donc vivre une semaine magique : ils vont jouer dans les fontaines, sécher les cours, se venger d’Arnaud, courir nus dans les champs (bon là j’exagère un peu) et oublier le temps de quelques jours leurs misérables existences. Parce que l’amour c’est beau, c’est la seule chose qui vaille le coup dans cette vallée de larmes qu’est la vie, surtout quand on est un adolescent plein de fougue. Rassurez-vous, pour les plus pudibonds il n’y aura pas de sexe (la fille a l’air tout disposé mais Romain sorti du latin et de Musil a un peu de mal) parce que c’est pas là l’important, l’important c’est qu’on s’aime, BORDEL VOUS AVEZ PAS ENCORE COMPRIS ?! C’est pas qu’une histoire d’hormones, il faut le croire.

Bref, je pense que vous aurez compris à la lecture de cette note que je n’ai mais pas du tout aimé ce livre qui ferait presque passer Fascination pour un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse. Si encore c’était bien écrit ! Mais non, même le style paraît artificiel. L’auteur raffole des phrases courtes et chocs avec des répétions grossières, on se croirait presque dans une parodie de Duras. Les personnages sont inintéressants au possible, l’histoire ne présente aucun intérêt. C’est un ouvrage faussement provocateur (les deux enfants qui font les 400 coups, mais, rassurez-vous, rien de nature à choquer les âmes sensibles) un concentré de banalités qui accumule les clichés (la surveillante qui n’aime pas ses élèves, les professeurs obtus, la mère étouffante, l’adolescent souffre-douleur, l’adolescente marginale) et tout ça pour quoi ? Mystère… Quelle est la finalité de l’ouvrage ? Je ne suis plus une ado je ne peux sans doute pas comprendre ou alors je suis trop embourgeoisée et je ne peux plus m’enthousiasmer à la lecture d’un Kerouac ou d’un atlas de géographie.

Je pardonnerais à l’auteur s’il a le même âge que son narrateur. Sinon, je suppose qu’il a eu une enfance très difficile….

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 11:07

Fascination

Stephenie Meyer

Editions Hachette

 

 

De temps en temps, il y a des thématiques à nos articles. Restons donc dans la catégorie « best-sellers » avec un ouvrage pour la jeunesse dont vous avez sûrement entendu parler et qui fait actuellement un carton. Fascination ça vous dit quelque chose ? Et si je vous parle de Twilight alors ? ça vous dit déjà plus ? Il s’agit du premier tome d’une série de Stephenie Meyer qui sortira d’ailleurs au cinéma en janvier.

Fascination est effectivement fascinant. Je suis restée perplexe tout au long de ma lecture. J’avais eu deux avis contraires sur cette série : l’un était élogieux, l’autre incendiaire. Quant à moi, en le lisant, j’essayais de me faire ma propre opinion, sans réellement y parvenir… Mais faisons un rapide petit résumé.

Bella (diminutif de Isabella) quitte l’Arizona où elle vivait avec sa mère, pour s’installer avec son père à Forks, une petite ville pluvieuse qui suinte l’ennui. Cette jeune fille de dix-sept ans plutôt mal dans sa peau et assez solitaire est persuadée qu’elle ne s’habituera jamais à sa nouvelle existence. Seulement voilà : le premier jour de classe, son regard croise celui d’un beau rouquin nommé Edward. C’est aussitôt le coup de foudre. Mais Edward est un peu étrange, Bella en a vite la preuve dès l’instant où il lui sauve la vie en déviant une voiture qui menaçait de l’écraser… La jeune fille ne tarde pas à découvrir que son soupirant ainsi que les autres membres de sa famille sont des vampires, une situation qui va la mettre dans une position extrêmement délicate…

Quand j’étais jeune étudiante, j’ai fait un mémoire sur les romans roses et j’ai dû me farcir un nombre incalculable de livres de la série Harlequin. Il y en a un qui m’a particulièrement marqué : je ne sais plus du tout le titre mais l’histoire était assez simple ; une jeune femme tombe amoureuse d’un vampire (oui on était dans la série « Frissons » ou « fantastique ») et après moult pérégrinations et deux scènes érotiques décide de devenir vampire à son tour. Le couple finit sa vie ensemble, heureux, et baguenaudent la nuit en mangeant des steaks saignants (car les vampires d’Harlequin, sauf les méchants, ne mangent pas d’humains). De fait, certains passages de Fascination ne sont pas sans me rappeler ce grand moment littéraire. Dans le roman de Meyer, Edward et sa famille ne se nourrissent pas du sang des humains et vivent parmi eux. Un choix de vie qu’ils comparent à celui d’hommes qui se nourriraient de tofu ou de soja. Je pourrais adhérer au postulat si la difficulté du choix apparaissait clairement, si la tentation du sang était montrée de façon plus explicite. Que nenni ! A part Edward qui paraît avoir du mal à lutter contre son envie de se nourrir de sa douce, les autres semblent vivre leur situation de façon très décontractée, chassant le grizzli et le puma à la nuit tombée sans paraître éprouver la moindre envie de se repaître de quelques ados égarés. Dans ces conditions, je ne m’étonne pas plus que ça que l’héroïne ait elle-même envie de devenir vampire à son tour : devenir super forte, immortelle avec de super pouvoirs et vivre avec un beau jeune homme à jamais, ça semble plutôt tentant non ? ça c’est le point le plus gênant de l’histoire, le second étant sans conteste l’histoire d’amour à deux sous qui ne tarde pas d’agacer. Edward et Bella sont amoureux et pendant les trois quarts du roman vont se déclarer leur flamme à toutes les sauces sur un ton mièvre. Certes, la fascination de l’héroïne pour Edward est extrêmement bien rendue, et la tension érotique entre les deux adolescents assez bien représentée, mais à force de s’attarder sur cette relation : « Edward est merveilleux, il est parfait et ses muscles sont d’acier, oh Bella tu sens divinement bon » le récit s’essouffle. Heureusement, l’auteur a le bon sens d’enchaîner sur un rebondissement inattendu (l’arrivée de nouveaux vampires) qui va dynamiser la fin du roman et finir sur un peu d’action.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne jetons-nous pas ce livre à la poubelle d’entrée de jeu ? A vrai dire je ne sais pas trop. Si le récit m’a agacée, je ne peux le balayer d’un simple revers de la main. Je l’ai dit, dès le moment où l’histoire d’amour entre Edward et Bella est assumée, l’intrigue prend un tour plus intéressant ; qui plus est, le personnage de l’héroïne est très attachant. Il serait de bon ton que Bella soit une adolescente renfermée et mystérieuse qui évolue avec grâce au milieu de la foule, indifférente et méprisante. Or, la jeune fille, renfermée certes, cherche avant tout à s’intégrer et surtout est d’une maladresse sans pareille qui confine à la catastrophe. La narration étant faite de son point de vue, à la première personne, le ton n’est donc pas exempt d’humour et d’un second degré assez agréable au milieu de tout ce rose bonbon. Quant au style, et bien… je ne saurais me prononcer. Pour moi, c’est celui d’un honnête roman de gare, un peu poussif par endroits, mais pas forcément désagréable.

Je suis curieuse je l’avoue de voir ce que le livre donnera au cinéma. Est-ce que l’histoire d’amour paraîtra moins pénible, la duplicité des vampires sera-t-elle mieux rendue ? Difficile à dire. En attendant je donnerai sa chance à la suite de la série très prochainement, histoire de voir si nos vampires se nourrissent toujours de steaks…

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 17:50

Millenium 2

La petite fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

 

Assez confiante après la lecture du premier tome, je me suis décidée à lire le second tome de la trilogie de Millenium. Las ! Je pense que je vais déclencher des commentaires outragés, mais, sincèrement, quel ennui !

Reprenons, pour ceux qui ont suivi le premier épisode. Après avoir résolu le « mystère Harriet » le sémillant journaliste Mikael Blomkvist a réintégré l’équipe de « Millenium » et coule des jours heureux, couchant avec les quelques femmes qu’il n’avait pas encore séduites dans le tome 1. Pendant ce temps, de l’autre côté du monde, Lisbeth Salander après avoir sans vergogne détourné pas mal d’argent, prend quelques vacances (intermède totalement inutile) et revient ensuite en Suède pour s’offrir un nouvel appartement et une nouvelle vie. Ça, c’est le début de l’histoire ; un début qui fait tout de même plus de cent pages… Bref, restez patient car l’action arrive ! Un jeune couple plein d’allant (lui pigiste, elle professeur, aimants, sympathiques, impliqués dans la société, bref le genre de couples que vous avez envie de liquider à la seconde même où vous les voyez)  propose à « Millenium » un sujet sur le trafic de prostituées venues des pays de l’Est. Youhou, de l’action ! Que nenni, il vous faut encore endurer le quotidien de Lisbeth, depuis l’achat de ses meubles jusqu’au choix de sa voiture et les états d’âme de Blomkvist qui ne sait pas ce qu’est devenue ladite Lisbeth et s’en inquiète un peu. Bref, pour résumer, l’action arrive au bout de la 230ème page : enfin un meurtre ! Et même un triple meurtre tant qu’à faire, dont notre couple propre sur lui (ben oui désolée ils meurent c’est pas la peine de vous attacher à eux) Il ne faut pas longtemps à la police pour trouver un suspect potentiel en Lisbeth Salander. Mais notre héros journaliste n’y croit pas une seconde et se met à creuser la fameuse piste des prostituées de l’Est, espérant trouver le rapport entre ses amis et Lisbeth….

Autant vous le dire : il n’y aura pas d’histoires sur les prostituées. L’auteur s’en fout un peu (ou alors n’a pas vraiment étudié le sujet) et se concentre sur son héroïne et sur son passé. Coupable ou pas coupable ? Dans la mesure où la série fait trois tomes, il est logique de supposer que Lisbeth ne peut pas passer le troisième volet en prison et on ne croit pas une seconde à son implication dans les meurtres. Toute l’intrigue se résume donc à essayer de comprendre pourquoi elle se retrouve mêlée à la mort de journalistes sans peur et sans reproche (car les journalistes dans ce roman sont presque tous intègres tandis que la police est presque entièrement corrompue). En soi l’histoire n’est pas trop mal ficelée, mais j’ai du mal à comprendre l’engouement qu’elle engendre. Et, surtout, que c’est lent !!! Je le concède, le rythme s’accélère à partir des premiers meurtres, mais, personnellement, ces deux cent pages d’introduction m’ont un peu dégoûtés de la suite et m’ont rendu insupportable le reste du roman : c’était physique, le style ne passait plus, les personnages devenaient caricaturaux et même la façon qu’avaient les protagonistes de se tutoyer dès leur première rencontre m’agaçaient….

Un peu inquiète de ma réaction, j’ai interrogé une collègue qui me l’a confirmée : oui le style de Larsson est particulier et si elle-même a adoré la trilogie, elle reconnaît avait pris du temps pour les lire, faisant des pauses entre les volets. Tout s’explique, j’ai juste fait une indigestion suédoise… On va se mettre à la diète de notre Don Juan de journaliste et voir dans quelques temps si le dernier tome de la trilogie passe mieux après quelques autres livres. Auquel cas, c’est définitif : je fais une allergie à Larsson et tous les commentaires élogieux n’y feront rien…

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 00:41

Millenium 1

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

Harriet Vanger a disparu il y a quarante ans sur une petite île lors d’une réunion familiale. L’un des membres de sa famille, une dynastie d’industriels aisés et peu scrupuleux, est probablement à l’origine de cette mystérieuse disparition. Meurtre ? En tous cas son oncle Henrik Vanger en est intiment persuadé et cherche toujours à élucider le mystère. Il fait appel à un journaliste économique Mikael Blomkvist qui, sous couvert d’écrire la biographie de l’entrepreneur, doit réexaminer tous les documents de l’enquête et essayer d’apporter un nouvel élément. Une gageure impossible quand on sait que les faits remontent à des dizaines d’années et que la police s’est montrée très scrupuleuse. Mais Mikael Blomkvist dont la crédibilité a été remise en cause lors d’un procès en diffamation est prêt à tout pour se changer les idées, d’autant plus qu’en contrepartie Vanger lui a promis la tête de Wennerström, l’industriel qui l’a attaqué en justice. Notre journaliste emménage donc dans l’île familiale et  se plonge dans un passé peu reluisant, bientôt secondé par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et assistée, mais hacker de génie et dotée d’une mémoire prodigieuse. Ensemble, ils vont découvrir les secrets de la famille Vanger et déterrer de bien vilains cadavres….

Je sais, il était temps. Millenium, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, est l’un des plus gros succès en librairie depuis près de un an et à ma grande honte, je ne l’avais pas encore lu. Ce n’est pas sa renommée qui m’a poussé à m’y atteler mais plutôt les critiques autour de moi, émanant de personnes variées, et qui étaient toutes très élogieuses. Du coup, comme souvent dans ces cas-là, j’ai été un peu déçue, mais je dois avouer que, globalement, le roman tient ses promesses.

Commençons par les reproches ; il y a pas mal de longueurs. L’intrigue se joue sur deux tableaux. D’une part, nous avons « le cas Harriet », l’énigme principale ; en parallèle, l’affaire Wennerström et, pour le coup, je trouve cette partie traitée trop longuement et sans réel intérêt. Qui plus est, l’auteur tombe souvent dans des digressions plus ou moins bienvenues. Les statistiques sur les femmes battues en début de chaque chapitre sont dans le contexte mais que penser de ce petit exposé sur la mise sous tutelle dont l’auteur nous gratifie pendant plus d’une page ? Déformation professionnelle je suppose (Stieg Larsson était journaliste) avec un style qui pour le coup ne s’accorde pas à l’ensemble de l’œuvre. Enfin, mais ce dernier point est purement subjectif, je n’ai guère éprouvé de sympathie pour le personnage de Blomkvist, image lisse et parfaite du journaliste sans peur et sans reproches qui fait tomber toutes les femmes à ses pieds (en un volume il réussit quand même à mettre trois femmes dans son lit et ce au fond d’une île perdue) Sa partenaire, Lisbeth, bien que légèrement caricaturale, est beaucoup plus attachante, notamment vers la fin du récit.

Allez j’arrête là les critiques pour vous parler des qualités du roman. Car il y en a beaucoup je suppose, sinon je ne l’aurais pas fini à deux heures du matin hier soir. Je suis assez fière je le reconnais d’avoir percé assez vite le mystère et trouvé le ou la coupable mais il faut reconnaître à Millénium 1 un bon suspens et un sens du détail assez intéressant. Il était difficile de partir d’une histoire pareille : comment un journaliste sans réelle formation peut-il résoudre une enquête close depuis des dizaines d’années et réussir là où la police a échoué ? Un auteur moins doué aurait sorti la grosse cavalerie au mépris de toute vraisemblance (personnages qui se mettent soudain à parler de la disparition, objets qui réapparaissent comme par magie) mais Stieg Larsson préfère se concentrer sur des éléments moins « tapageurs » qui de ce fait sont plus crédibles. Tout ça pour dire que l’intrigue « Harriet » est bien ficelée et tient en haleine ; nous avons un huis clos sur l’île qui est extrêmement bien rendu, une famille Vanger glaçante à souhait et un final étonnant. Le style sans être merveilleux est très agréable à lire et, hormis les quelques longueurs dont je viens de parler, on ne s’ennuie pas une seconde. Pour moi, ce n’est pas le chef d’œuvre de l’année ; mais assurément, un agréable roman à lire bien au chaud sous sa couette lors de longues soirées d’hiver…. Ça tombe bien : il me reste encore deux tomes à lire et les soirées d’hiver ne font que commencer…

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 10:54

Kafka sur le rivage

Haruki Murakami

Editions 10/18

 

 

Un jeune garçon de quinze ans, frappé d’une malédiction, décide de quitter la maison de son père et atterrit dans une bibliothèque privée. Parallèlement, un vieillard un peu simple d’esprit suite à un coma dans son enfance, spécialisé dans la recherche des chats, se retrouve impliqué dans un meurtre… Chacun d’eux se lance dans un voyage qui les conduit tous les deux à une même personne, le fantôme d’une adolescente qui contemple par la fenêtre la mer et guette le retour de l’être chéri qui, malheureusement, ne reviendra jamais… Deux êtres vides qui grâce à leur quête parviendront à redonner sens à leur existence.

 

C’est ce que je peux faire de mieux en matière de résumé, désolée. Car Kafka sur le rivage est une œuvre inracontable. Récit quasi onirique, à la frontière du réel et du fantastique, tout se mêle : la mythologie grecque résonne avec l’œuvre de Schubert tandis que le folklore japonais fait écho aux œuvres plus modernes de Soseki. Esprits fantômes, musique classique, amours impossibles et prédictions funestes… Il y a de tout ça et plus dans ce roman où une narration crue alterne avec le lyrique. Vous pouvez penser que ce mélange doit être quelque peu indigeste : il n’en est rien. Certes le style est parfois maladroit, le récit parfois décousu. Mais, pour reprendre une expression que Murakami lui-même emploie à propos de la musique de Schubert, c’est de ces petites imperfections que naît la beauté de l’ensemble. Entrer dans Kafka sur le rivage c’est comme entrer dans l’eau. Vous marchez peu à peu, conscient que le sol se dérobe et que la réalité perd doucement de sa substance. Le récit devient de plus en plus étrange, le mystère s’épaissit. Mais c’est si bien écrit, si convaincant que, sans s’en rendre compte vous vous laissez aspirer dans ce rêve étrange où les fantômes conversent avec les  vivants et dans lequel le temps s’est arrêté. A la lisière du conte, le livre de Murakami est avant tout, comme je l’ai déjà dit, le récit d’une quête ; pour Kafka Tamura, le héros, il s’agit de se construire sa propre identité et de se libérer de l’emprise que son père fait peser sur lui. De cesser d’être un personnage de tragédie grecque pour devenir un être de chair. Pour Nakana, le vieillard, il s’agit de retrouver la part de personnalité qui lui a été volée lors de son enfance et de traverser le royaume des ombres pour retrouver la sienne…

 

Je suis sortie de ce livre plutôt perturbée. Si j’adore lire, il est en revanche très rare que je me laisse déconnecter à ce point par un roman, au point d’oublier toute réalité autour de moi. Kafka sur le rivage est sans doute moins facile à appréhender que Passage de nuit et il est possible qu’il y ait même des personnes qui y soient totalement allergique. Mais je ne saurais que trop engager les lecteurs qui sont sur le rivage à s’approcher des flots. Rassurez-vous, tôt ou tard, la réalité reviendra frapper à votre porte, mais, en attendant, c’est assez réconfortant de pouvoir envisager la vie ne serait-ce qu’un instant, comme une tragédie grecque et ainsi de nous persuader que nous ne sommes pour rien dans notre destinée…

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:37

Kaboul disco

2- Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan

Nicolas Wild

Editions la Boîte à bulles

 

 

Retournons un peu à la bande dessinée, d’autant plus que je ne suis pas sûre d’y revenir avant un petit bout de temps après (ben oui, tandis que je progresse en BD, je néglige du coup la littérature jeunesse ; pourquoi, pourquoi y a-t-il autant de titres à lire ?) et envolons-nous à bord d’un avion déglingué direction Kaboul.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, tout ce que je connaissais de l’Afghanistan il y a peu ce sont des connaissances assez sommaires : talibans, Ben Laden, attentats, guerres et autres joyeusetés. Ensuite, j’ai eu une copine qui est partie là-bas dans une ONG et qui a tenté pendant deux ans environ de me faire croire que le pays était un havre de paix et que je devrais venir la voir en vacances. J’avoue que lâchement je n’y suis pas allée, mais tout du moins j’ai pu réviser certains préjugés et avoir en tête autre chose que l’image d’un pays violent peuplé de terroristes sanguinaires.

Nicolas Wild, tout comme l’amie dont je viens de vous parler, est partie dans une ONG en Afghanistan pendant quelques années et nous raconte cette expérience dans une série intitulée Kaboul Disco. Dans ce deuxième volet : Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan, Nicolas nous parle de la guerre menée par son organisation contre la production d’opium. Car, le savez-vous ? L’Afghanistan est un gros exportateur d’opium, d’où la nécessité d’enrayer le processus. « L’opium c’est mal » tel est le slogan adopté, un slogan qui peut paraître un peu puéril et un objectif qui peut paraître un brin irréaliste dans un pays en plein chaos : présence militaire étrangère, élections qui se font dans la violence, attentats suicides, manifestations… Nicolas et son groupe sont bien conscients de leur faible influence, mais à choisir entre faire un peu et ne rien faire, la première solution n’est-elle pas la meilleure ?

Il y a beaucoup d’humour dans cet album qui raconte la vie d’expatrié avec justesse et sans fards. Oubliez tout ce que vous croyez savoir de ces hommes et femmes dévoués qui partent à l’autre bout du monde. Les expatriés sont des gens comme vous et moi (bon Ok, beaucoup plus courageux que moi) avec leurs forces certes mais aussi leurs faiblesses et leurs petites mesquineries : des ONG qui se chamaillent entre elles, des hommes bougons, des femmes stressées et beaucoup d’alcool et de chocolat. Il y a également énormément de tendresse : Nicolas nous parle ainsi des Afghans avec qui il a travaillé ainsi que les voisins qui les ont protégés lors de manifestations anti-étrangères et ce au péril de leur propre vie. L’occasion pour nous de revoir certains préjugés (« tous des terroristes ») et de nous rappeler qu’une population peut être fichée rapidement à cause d’un petit nombre d’extrémistes.

Kaboul Disco présente deux avantages : d’une part, c’est très drôle et tout est narré avec beaucoup d’humour, y compris les situations les plus dramatiques (la fuite des expatriés pour échapper aux émeutes) et d’autre part nous avons un regard d’occidental sur l’Afghanistan volontairement naïf et très clair qui nous permet de découvrir un pays que les médias ont quelque peu diabolisé. Alors, ne soyons pas comme ce soldat de l’Otan que rencontre Nicolas et qui n’est jamais sorti de sa caserne en six mois, prenons le temps de flâner avec notre dessinateur dans les rues de Kaboul…

 

Ps : Ah Nicolas, si tu lis ceci par miracle, je te rappelle par contre que tu nous dois une revanche à Catéchic.

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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 13:10

Comment voyager avec un saumon

Umberto Eco

Editions Le Livre de Poche

 

 

Je continue dans les livres que vous m’avez conseillée en vous parlant aujourd’hui du livre Comment voyager avec un saumon du très célèbre Umberto Eco dont c’est à ce jour ma seule lecture.

Cet ouvrage est en fait un recueil de petites historiettes relatant sur un mode humoristique et cynique les mésaventures (imaginaires ou réelles qui s’en soucie ?) du narrateur/auteur, Eco : ses déboires sur Internet ou avec le fax, ses démêlés avec l’administration, ses petits tracas de la vie quotidienne… Il parodie également sur la fin de l’ouvrage les essais scientifiques en écrivant la Cacopédie, une « nouvelle » construite à la manière d’une encyclopédie et qui sur le ton le plus sérieux du monde met en scène des théories absurdes et insensées : vouloir créer une carte à la véritable échelle, estimer les romans en fonction des frais dépensés par les personnages…Toutes ces histoires n’ont au fond qu’un seul but : nous démontrer que notre société actuelle sous couvert de politiquement correct flirte parfois, voire même drague ouvertement la stupidité. Ainsi il parle des reality-show (la télé-réalité n’était pas encore de ce monde à l’époque) dans lesquels sous couvert d’entendre des gens s’exprimer, on se fout en toute bonne conscience de ce qu’il nomme « l’idiot du village » ravi de pouvoir déballer son linge sale en public (dans ma tête j’ai eu l’image très net de Jean-Luc Delarue ou de Mireille Dumas). Il parle également  de la manie du politiquement correct qui, poussé à l’extrême, pourrait bientôt nous amener à réécrire les contes de notre enfance trop violents et discriminatoires. Exagéré ? Huum… J’ai pensé cela d’abord avant de me rappeler que Lucky Luke fumait il n’y a pas si longtemps avant d’abandonner sa cigarette pour son brin de paille…

Eco, même s’il précise dans sa préface que ces histoires avaient pour fonction première le divertissement, a donc pour objectif de pointer du doigt les travers de notre époque et par le rire et la parodie d’amener son lecteur à en prendre conscience. Je trouve l’effort louable, mais j’avoue que certains récits n’ont pas été sans me gêner. Ce n’est pas tellement le propos de l’auteur que le ton employé. Il y a parfois un certain mépris d’Eco pour la « populace » (employés, administration, chauffeurs de taxis) qui, s’il s’en défend, est plutôt flagrant. De façon générale, il semblerait que le monde soit divisé en deux catégories : le narrateur et ses amis cultivés et de l’autre, les « gens », ceux qui suivent le mouvement comme des moutons et ne réfléchissent pas. Ainsi, j’avoue que les nouvelles qui m’ont fait le plus rire sont sans conteste celles où le héros en prend pour son grade également, comme dans la nouvelle « comment chercher du sexe sur Internet » où le narrateur, désireux de trouver du « bon » porno sur Internet, se retrouve non seulement dans l’incapacité de trouver ce qu’il cherche mais encore se fait remonter les bretelles par un moraliste en ligne ! Mais j’avoue que je n’ai pu m’empêcher aussi de sourire au récit : « Comment ne pas parler de foot » où Eco se moque de tous ces supporters qui vous parlent de football avec passion alors même que vous avez clairement montré que vous vous en moquiez.

De façon générale, quelques récits d’Eco ont plutôt mal vieilli : les histoires sur la nouvelle technologie notamment ne présentent plus guère d’intérêt (à l’exception faite de celle sur le téléphone portable que plus d’un aurait intérêt à lire !) en revanche certaines histoires, plus virulentes et plus intemporelles valent toujours le coup. « Comment voir une pendaison en direct à la télé » dérangeante, prend violemment à parti les défenseurs de la peine de mort en les incitant à aller jusqu’au bout de leur raisonnement et à assister à l’exécution de ceux qu’ils condamnent ; plus drôle et plus légère : « Comment voir un film porno » définit de façon logique ce qui différencie un film lambda d’un film porno ; Enfin, mélancolique, le récit « Alexandrie » met en scène la ville natale de l’auteur et en présente sur un ton tendre et critique à la fois les habitants.

A boire et à manger, telle est la conclusion que je tire au final de cette lecture. L’écriture est brillante, de temps en temps un peu précieuse et peu trop méprisante à mon goût mais les histoires dans l’ensemble valent le coup et, si on peut parfois déplorer le cynisme facile de l’auteur on lui reconnaîtra au moins la qualité d’être sans équivoque et sans souci de ménager les susceptibilités. Et au milieu des bons sentiments hypocrites de notre époque, ça fait du bien…

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 19:52

Seul le silence

R.J Ellory

Editions Sonatine

 

Joseph Vaughan n’a pas beaucoup de chance dans la vie ; à l’âge de douze ans, son père meurt, le laissant seul avec sa mère. Nous sommes en 1939, en Europe c’est la guerre mais Joseph ne suit les événements que de loin comme la plupart de ses compatriotes. Dans sa petite ville du sud des Etats-Unis tout ce qui le préoccupe ce sont ses amis, rares, et les cours de sa jolie institutrice, Alexandra Webber. C’est alors qu’une de ses camarades est retrouvée morte, puis une deuxième, puis une troisième… La liste des meurtres s’allonge tandis que les corps sont de plus en plus mutilés. Qui est le responsable d’une horreur pareille ? Un étranger, un habitant de la ville ? Joseph après avoir lui-même découvert le corps de l’une des petites filles jure de tout faire pour protéger les autres, en particulier la petite Elena Kruger, son amie d’enfance. De ce fait il se retrouve embarqué dans une histoire qui va le hanter pendant plusieurs années. Qu’il le veuille ou non, son destin et celui de sa mère semble à jamais liés à celui de ce meurtrier fantôme et ce jusqu’au face-à-face final.

C’est un roman policier extrêmement déroutant et très sombre. Si vous trouviez de l’attrait aux tueurs en série, l’auteur vous rappelle aimablement la réalité de la chose : le meurtre n’est jamais une affaire raffinée et les scènes décrites (viols et meurtres des fillettes, découverte des corps) sans verser dans le gore ou dans le spectaculaire n’en sont pas moins glaçantes. Mais au-delà de l’aspect policier, nous avons un roman que je qualifierai presque d’ « anti-apprentissage » : Ellory nous raconte en gros l’histoire d’un petit garçon qui va devenir un homme et même partir pour New-York et qui pourtant n’évolue pas : il reste amoureux de son institutrice, il est obsédé par le tueur en série de son enfance, obsédé par la promesse qu’il a faite à Elena…. Un personnage complexe au milieu d’une galerie de portraits brossés avec justesse : l’Allemand de la ville, soupçonné aussitôt car c’est lui « l’étranger », le shérif qui tente bien que mal de faire régner la loi dans un monde encore un peu frustre plus adepte de la chasse aux sorcières qu’autre chose, la mère solitaire, le vieil ami bourru… Et parmi eux, le meurtrier.

 

Seul le silence n’est pas vraiment un roman à suspens : si vous êtes relativement perspicace, vous trouverez facilement le tueur. En revanche je n’ai jamais lu un roman policier aussi bien écrit et aussi bien construit. Le style est poignant et l’on ne peut que compatir aux malheurs de Joseph Vaughan à qui en près de 500 pages il arrive plus de déboires qu’à tous les héros du genre réunis. Ça pourrait vite tomber dans la surenchère (et pour être totalement franche, quelquefois ça la frôle) mais Ellory l’évite en jouant sur une sobriété d’écriture qui n’en contraste que plus avec le sujet traité. De ce fait c’est émouvant et plutôt prenant. C’est la première fois que l’auteur est traduit en France mais gageons que ce ne sera pas la dernière. Le tout, si ses autres romans sont du même acabit, c’est de prévoir les kleenex…

 

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 22:47

Sky Doll

t.1 la ville jaune

Barbucci/Canepa

Editions Soleil


 

Joanna. Dans ce monde futuriste dirigé par la papesse Ludovique, il y a deux catégories de personnes : les êtres humains (enfin façon de parler car certains ressemblent plus à des mutants) et les poupées, des êtres mécaniques (elles se remontent avec une clé) conçues semble-t-il avant tout  pour satisfaire les désirs sexuels des fidèles. Il faut dire que la théocratie de Ludovique repose sur un mélange de puritanisme et de sensualité assez cocasse et que la papesse elle-même semble plus portée aux ébats amoureux qu’au bien de son peuple. La légende prétend que jadis, la planète était dirigée par deux papesses, Ludovique et Agape, chacune représentant les deux aspects de la religion, le côté spirituel et charnel. Mais l’expérience a échoué et la papesse Agape est devenue hérétique, adorée seulement d’une poignée de fidèles qui espère son retour… En vain ? Peut-être pas. Car un beau jour, des diplomates de la papesse officielle, Roy et Jahu, croisent sur leur chemin une poupée, Noa, qui semble d’un genre un peu particulier. Incapable d’être heureuse comme ses congénères, en proie à d’étranges visions, il se pourrait qu’elle ne soit pas qu’une simple machine…

 

Il n’y a pas à dire, c’est une bande dessinée originale. Et oui ça y est nous avons un scénario intéressant avec des personnages à peu près consistants, bien loin de notre Sinbad de la dernière fois ! L’originalité réside aussi dans le fait que les auteurs aient choisi de faire d’Agape, « la spirituelle » la papesse hérétique au lieu de choisir naturellement Ludovique la charnelle. Bon, des fois ça donne lieu du coup à des scènes pas forcément très fines (grivoiseries, poupées dessinées de façon très suggestives) mais on pardonne car les personnages sont au final plutôt attachants, surtout notre héroïne-poupée Noa et les situations plutôt comiques (je pense notamment à ce passage où Noa essaie de pleurer jusqu’à ce que Jahu lui rappelle aimablement que son modèle n’est pas conçu avec des glandes lacrymales…) Qui plus est, le scénario est intéressant ; qui est réellement Noa ? De quelle mission Jahu et Roy sont-ils chargés ? Qu’est devenue Agape ? Enfin, j’ai plutôt bien accroché avec le dessin et les couleurs (je dois avoir un faible pour les ambiances vert bleutés)

 

Bref. Voilà une bande dessinée qui me réconcilie avec les séries (merci Lilly !) et qui devrait me pousser à voir ce que notre petite poupée va devenir. Affaire à suivre…

 

Ps : Suite à une demande, je mets désormais les éditeurs des livres ou bandes dessinées dont je parle. J’espère que ça conviendra à tout le monde…

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 19:05

L’assassin royal

Vol.1 Le bâtard

Gaudin/Sieurac



Un jour, au royaume des Lonvoyant, un jeune garçon est amené au palais. Il s’appelle Fitz et c’est un bâtard du prince héritier (appelé roi servant), le prince Chevalerie. Bien évidemment la nouvelle fait scandale et Chevalerie préfère « démissionner » au profit de son plus jeune frère, le prince Vérité et ce afin d’éviter les éventuelles guerres de succession. Fitz n’a de la sorte aucun espoir (et aucune envie d’ailleurs) d’accéder un jour à la succession, mais son grand-père, le roi Subtil, décide de s’en faire un allié et fait de lui son assassin attitré….

L’histoire vous dit quelque chose n’est-ce pas ? Normal, j’ai déjà parlé de la série  L’assassin royal  de Robin Hobb à deux reprises. Sauf que là, TADAM ! Je vous parle de l’adaptation en bande dessinée. Ben oui, quand on a un best-seller c’est dommage de ne pas jouer sur les dérivés…

J’avoue que l’idée d’adapter  en BD un ouvrage de la sorte à la base me laissait plutôt perplexe. Déjà j’ai beaucoup de mal avec les adaptations d’ouvrages classiques mais là, l’œuvre de Robin Hobb est tout de même un pavé et son intérêt réside essentiellement dans la construction des personnages qui s’étoffent au fil des pages. L’intrigue de même est plutôt sur la durée (certains esprits mesquins vous diraient que parfois elle traîne un peu en longueur comme dans tout cycle de fantasy qui se respecte) et je ne voyais vraiment pas ce qu’on pourrait en tirer à en faire une adaptation dessinée dans la mesure où il n’y a même pas de trolls ou de créatures visuellement « intéressantes » Alors ? Concrètement nous nous retrouvons avec entre les mains un premier album qui doit reprendre environ la moitié du premier tome de la saga (une aubaine éditoriale quand on sait qu’il y en a treize si mes souvenirs sont bons) avec une narration qui reprend scrupuleusement celle du récit. Je ne peux pas dire que ce soit laid. Le dessin est correct, je trouve même les couleurs plutôt jolies, mais ça sonne faux d’un bout à l’autre. J’ai entendu dire un jour que pour faire un bon film d’un livre, il était nécessaire de s’en éloigner, n’en déplaisent aux puristes, et ce afin de créer une œuvre autonome. Je suppose que le principe s’applique à toute adaptation. Pour prendre une comparaison, en lisant L’assassin royal en BD, j’ai ressenti exactement la même chose qu’en regardant Les rois maudits en série télé (juste un épisode, je vous jure, et en plus on m’avait forcée) : les costumes étaient scrupuleusement respectés, Gérard Depardieu criait « Maudits ! » avec beaucoup de conviction, les décors étaient conformes je suppose à la réalité historique, mais vous savez quoi ? ça restait du carton-pâte et au final ne c’était ni palpitant ni sensationnel, c’était au mieux instructif, et au pire, profondément ennuyeux….D’un point de vue marketing, je suppose qu’on peut justifier la sortie de L’assassin royal en bande dessinée. D’un point de vue créatif, je ne suis absolument pas convaincue….

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