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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 12:16

Parasites

Ryu Murakami

Editions Picquier



Et non ! Si vous étiez comme moi, vous ne saviez pas qu’il y avait deux écrivains Murakami. L’un, dont nous avons déjà parlé à deux reprises, et le deuxième, celui dont je vais aujourd’hui vous entretenir. J’avoue donc que c’est un peu par erreur que Parasites m’est tombée entre les mains, mais après lecture, je ne regrette rien.

Uehara est un jeune homme qui vit reclus dans son appartement sans adresser la parole à quiconque. Il méprise sa famille et le reste de la société en général. Sous somnifères et calmants de toute sorte, il se découvre cependant une passion : Internet. En effet, Uehara est persuadé d’abriter en lui un ver parasite et, par le biais du site d’une présentatrice de télévision, il entre en relation avec un groupe nommé Inter Bio qui le conforte dans cette idée. Bien plus, le mouvement le persuade que ce ver est entré en lui dans un but bien précis : anéantir l’espère humaine. Lui, Uehara, a été de ce fait élu pour tuer, massacrer ou se suicider. Le jeune homme persuadé d’être investi d’une mission part donc en quête de ses futures victimes mais c’est auprès d’une vieille femme totalement folle qu’il se découvrira une autre quête…

La quatrième de couverture de Parasites s’extasie sur la notion d’espoir de ce roman, mais j’avoue que j’ai beaucoup de mal personnellement à la percevoir. Certes, Uehara « trouve un sens à son existence » et s’éveille au monde qui l’entoure grâce notamment à Internet. Mais à quel prix ? De reclus marginal le héros vire psychopathe et tous ses rapports aux autres sont complètement faussés ; il croit déceler l’amour chez une serveuse de café, voit sa mère comme une marionnette, idolâtre une présentatrice télé… Sans compter ses instincts meurtriers qu’il assume en toute simplicité. C’est l’éternel débat : vivre caché ou assumer sa folie ? De là à y voir une ode à l’espoir, il ne faut pas pousser.

Sinon, il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, très dense, et qui met profondément mal à l’aise, dans la mesure où nous sommes invités à entrer de force dans la peau du personnage principal. Et là, il ne s’agit pas comme dans Dexter d’un héros cynique et drôle qui pourrait presque attirer notre sympathie. Uehara est un être totalement fou qui parvient presque à communiquer sa folie (l’espace d’un instant nous sommes presque tentés de croire à l’existence du ver meurtrier) et à travers son regard nous avons une vision déformée du monde qui dérange. Les descriptions de personnages, nombreuses, les situations, tout se mêle dans une sorte de brouillard confus, peuplé de marionnettes habillées pareil et vivant les mêmes expériences à leur insu. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les seuls personnages qui émergent soient précisément des marginaux (la vieille folle, le vieux peintre qui peint l’Enfer) et que le passé (la seconde guerre mondiale) soit pour Uehara plus important que le temps présent.

Parasites c’est également un portrait assez saisissant d’Internet. L’outil informatique est loin d’être diabolisé : grâce à lui Uehara reprend contact avec la civilisation, il découvre ce qu’est un abri anti-aérien, apprend tout sur les civilisations aztèques… Mais Internet,  comme Murakami se plaît à le souligner, notamment dans ce chapitre où, à la recherche du mot « abri anti-aérien » le héros tombe sur des dizaines de pages que nous lisons avec lui alors qu’elles n’ont pas forcément ou même  rien à voir avec l’intrigue, Internet donc est avant tout un puzzle, un réseau où des milliers d’histoires se croisent et où au fond tout devient possible. Cependant la connaissance est illusoire : curieusement, si c’est grâce à Internet que le héros reprend confiance en lui, c’est seulement la rencontre avec la vieille folle qui lui permet d’appréhender sa propre réalité, aussi grotesque soit-elle.

Voilà. J’aurais mieux aimé vous parler de cet ouvrage plutôt confus, qui mélange de nombreux thèmes (folie, réclusion, nouvelles technologies, guerres…) mais j’ai peur de m’embrouiller plus qu’autre chose en tentant d’éclaircir mon propos. Je terminerais seulement en évoquant la postface de l’auteur, qui parle justement de la notion d’espoir. Murakami dénonce la société japonaise qui a supprimé tout espoir, partant du principe que seul une société « malade » peut espérer. Le Japon, souligne-t-il, n’a plus que de faux espoirs à offrir et ce sont ce que les reclus d’aujourd’hui refusent. Ils refusent un monde où les gens agissent comme des marionnettes, emmènent leurs chiens et leurs enfants au parc, travaillent jusqu’à l’épuisement, suivent leur vie machinalement comme ils suivent une route  bien tracée, affolés quand elle dévie brutalement. Sans doute une manière pour Murakami d’excuser (voir d’admirer ?) son héros qui, paradoxalement, dès lors qu’il devient un meurtrier, parvient plus facilement à s’intégrer à ce système. Alors, refuser tout en bloc ou jouer la comédie ? Encore une question pour clôturer un livre qui me laissera, et ce malgré une écriture brillante, un sentiment de profond malaise….
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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 19:33

Amadis de Gaule

Garci Rodriguez de Montalvo

Editions Passage du Nord Ouest

 

 

Me revoilà ! Désolée pour ce long silence, mais, comme je vous l’avais déjà dit dans ma note précédente, je viens seulement d’achever un ouvrage qui m’aura pris en tout près de trois semaines…

Je crois l’avoir déjà souligné, je ne suis pas une fanatique des romans de chevalerie. Déjà au lycée je m’endormais sur Chrétien de Troyes et à la fac j’ai glissé sur la prise d’Orange en ancien français. Bref, je me suis attelée  sans grand enthousiasme à l’un des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie, le pavé de De Montalvo, Amadis de Gaule, le roman de chevalerie par excellence ou un antidote garantie pour les nuits blanches. J’adresse à cette occasion un message particulier à l’éditeur : par pitié, ne faites plus jamais des couvertures de livres pareilles ! Je n’étais déjà pas emballée par mon achat mais j’ai failli carrément y renoncer en voyant un chevalier borgne brandir une épée sur fond de flammes. Sincèrement ça ne faisait pas envie…

Bon, je vous fais un rapide résumé de l’histoire : la princesse Elisène, jeune femme chaste et vertueuse tombe amoureuse d’un chevalier en promenade, Périon. Tout aussitôt ils décident de consommer leur amour (Les demoiselles de l’ancien temps sont loin d’être farouches) et se quittent après mutuelles promesses. Las ! Elisène tombe enceinte. Pour sauver son honneur et préserver sa vie, sa servante la fait accoucher en secret et confie le nouveau-né, Amadis, aux flots (ça vous rappelle rien ?) Amadis est recueilli et, de mains en mains, atterrit bientôt à la cour du roi Lisuart où il grandit avec la belle Oriane dont il tombe, bien évidemment, fort amoureux. Mais comme c’est un homme de valeur, beau, fort, la totale quoi, il se fait fort de mériter cet amour, comme dans tout roman courtois qui se respecte. Le voilà donc fait chevalier par son propre père (qui le reconnaîtra après coup) et c’est parti pour 800 pages d’aventures en tous genres, de demoiselles en détresse essentiellement, de combats merveilleux que Amadis remporte toujours haut la main (sauf traîtrise évidemment) et de hauts faits d’armes qui vaudront à notre héros l’amour de sa belle (qui de toute façon l’aimait déjà à la base). Le roman s’inspire de la trame arthurienne puisqu’elle fait notamment appel au merveilleux en faisant intervenir un enchanteur, le maléfique Arcalaüs, et une magicienne, Urgande la Déconnue (c’est sympa, moi aussi j’aimerais bien avoir des appellations dans ce genre) qui prédit l’avenir et donne de temps en temps un petit coup de main à notre chevalier. On y retrouve également une épée magique qui ne peut être sortie de son fourreau que par l’homme qui aime suffisamment et, dans une moindre mesure, une notion de rivalité entre deux preux, Amadis, le sujet, et Lisuart, le roi. Amadis est champion du déguisement ; il se fait nommer tantôt « Le beau ténébreux », tantôt « Le chevalier au nain » tantôt « Le chevalier à la Verte Epée » ou encore « Le chevalier grec » ; c’est un héros parfait et, à mon sens, profondément ennuyeux. Accompagné de ses deux frères, Florestan et Galaor, un peu plus intéressants, il ne fait que se battre et verser larmes abondantes quand sa promise est loin de lui. Le roi Lisuart, plus complexe, plus faible, paraît de ce fait plus humain.

Je ne parlerais pas de la qualité de l’ouvrage, seulement de mon ressenti car je suis loin d’être une spécialiste du roman de chevalerie et si Amadis de Gaule a été encensé depuis des générations, il y a sûrement une raison. Disons que c’est une écriture qui ne me parle tout simplement pas ; lire sur des pages et des pages les combats de chevaliers « merveilleusement roides » (je précise qu’il se tiennent droit sur leurs chevaux pour les esprits pervers) ou les plaintes de demoiselles outragées m’ennuient mortellement. Tout y est exagéré, les émotions se manifestent de façon physique : aujourd’hui, quand on a un chagrin d’amour on pleure en silence, les demoiselles de Montalvo s’évanouissent et « cuident mourir ». Il faut reconnaître ceci dit que l’auteur n’est pas macho puisque les hommes pleurent autant que les femmes et que notre indestructible Amadis frôle pourtant la mort, uniquement parce que sa belle lui a signifié son congé. Autant de traits propres au roman de chevalerie, exaltation, amour courtois, duels d’honneur… qui déclenchent en moi une irrésistible envie de dormir.

Mais bon, ça y est j’ai fini Amadis du moins les quatre premiers tomes (la suite pour l’instant n’existe plus) et si j’en crois mes 1001 livres… j’en ai fini aussi avec les romans de chevalerie. Ça tombe bien, je crois que j’aurais été incapable d’en lire un autre avant très très longtemps…

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 12:29

Erik le viking

Terry Jones

Editions Bragelonne

 

 

Désolée de ce long silence. Je ne fais pas la grève de la lecture, mais je rencontre quelques difficultés sur un roman de chevalerie de 800 pages. En attendant de vous en parler dans ma prochaine note (si j’arrive au bout de ce pavé) penchons-nous sur une œuvre plus légère.

Je pense que vous connaissez  les films des Monty Python et que le nom de Terry Jones vous est tous sauf inconnu. En revanche, personnellement, j’ignorais qu’en plus d’être scénariste et réalisateur, il était également écrivain. Erik le Viking vous connaissez ? J’avais vu le film certes, mais ce que je ne savais pas c’est que ce film est l’adaptation d’un livre écrit par Terry Jones lui-même.

A priori, étant donné que le film et le roman sont l’œuvre d’une seule et même personne, on pourrait s’attendre à ce qu’ils soient tous les deux globalement identiques, du moins dans la mesure du possible (humour, scénario de base). Or, jamais deux œuvres ne furent plus éloignées l’une de l’autre. Le film Erik le viking met en scène un jeune homme un peu naïf qui, las des pillages et de la barbarie de son peuple, décide d’entreprendre un voyage avec ses compagnons pour mettre un terme au règne des armes et de la terreur. C’est drôle, cynique, déjanté, bref, une comédie des Monty Python. Le livre n’a rien à voir : le héros est un viking tout sauf naïf, marié, posé et réfléchi qui décide de découvrir le monde « où le soleil se couche le soir venu » et qui emmène avec lui des hommes braves et déterminés, bien loin des phénomènes de foire du film. Rien d’humoristique dans ce conte initiatique qui se présente sous la forme de courts chapitres mettant en scène les diverses aventures de nos héros. Inspiré à la fois des contes traditionnels et vraisemblablement de l’Odyssée d’Homère (géants furieux, sirènes ensorcelantes…) Erik le Viking pourrait presque plus s’adresser à des enfants qu’à des adultes. On retrouve les mêmes procédés que dans les contes, les multiples répétitions, les nombreux dialogues et les courts morceaux « chantés » (comptines, ritournelles) qui s’intercalent dans le récit.

Un seul mot qualifie le livre : déroutant. Je ne cacherais pas que j’ai eu beaucoup de mal de ce fait à m’adapter à un style assez « enfantin » et à un récit qui d’emblée s’inscrit dans le merveilleux. Passé cependant la surprise, je me suis laissée peu à peu entraîner dans une histoire pas forcément désagréable à lire. L’écriture n’est pas d’une qualité exceptionnelle et l’auteur se laisse parfois aller à des raccourcis et des ellipses qui sèment la confusion et qui ne peuvent pas se justifier uniquement par le principe du conte. Ceci dit, Erik le viking est empreint d’une poésie assez agréable (j’ai beaucoup apprécié notamment ce passage où les guerriers comprennent le langage des fleurs et des animaux et sont pris au piège d’une vallée, occupés à l’écouter) et d’un imaginaire qui, sans être d’une originalité renversante, est tout à fait plaisant. Ainsi, oubliez le film et l’auteur le temps de la lecture ; si vous ne vous attendez à rien de précis, vous apprécierez le livre. Sinon, vous risquez je le crains d’être un peu déçu.

 

Ps : Rien à voir, mais toujours dans le thème adaptation livre/film, j’ai enfin vu Virgin suicides. J’ai plutôt aimé mais j’ai été pour le coup un peu déçu. Si l’ambiance du livre est très bien rendue (cette sensation d’oppression, le caractère énigmatique des fillettes) l’histoire est en quelque sorte « simplifiée » la réalisatrice ne semblant attribuer le suicide des filles qu’à  l’éducation rigide de la mère et faisant du geste des jeunes Lisbon une simple réaction « hormonale » (j’exagère volontairement) Bref, le roman d’Eugenides était beaucoup plus complexe, l’auteur insistant justement sur le fait que les sœurs ne se suicidaient pas uniquement à cause de la sévérité de leurs parents mais pour un ensemble de raisons mystérieuses qui échappent à leurs admirateurs secrets.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 19:15

Le premier qui pleure a perdu

Sherman Alexie

Editions Albin Michel

 

 

Arnold Spirit alias « Junior » est un Indien de la réserve de Spokane. Il est né avec un problème au cerveau qui l’a rendu myope, avec une tête énorme et des tics de langage. Brillant il l’est certes, mais son intelligence ne lui sert pas à grand-chose dans une communauté qui privilégie la force. Pauvre, Junior sait que s’il reste parmi les siens, il finira comme la plupart des Indiens de la réserve. Il survivra plutôt qu’il ne vivra, épousera une fille à côté de chez lui et finira alcoolique. Alors lorsqu’une occasion se présente, il postule pour le lycée de Reardan, un lycée de Blancs. Une décision qui lui coûte l’amitié de son meilleur copain Rowdy, qui prend cet acte comme une trahison, mais qui lui attire aussi l’inimité des Indiens de la réserve et la méfiance de ses nouveaux camarades. Fort heureusement, notre héros est doté d’un solide sens de l’humour et d’une capacité d’autodérision qui va lui être très utile…

Ce n’est pas le meilleur livre du siècle, loin s’en faut, mais Le premier qui pleure a perdu est un roman pour adolescents assez sympathique à lire. Les bons sentiments passent mieux grâce à un style drôle et direct. On pouvait s’attendre à un manichéisme assez prononcé, soit dans un sens soit dans l’autre, mais l’auteur évite les écueils. Certes, les Indiens sont le plus souvent présentés comme alcooliques et brutaux, mais cette condition apparaît surtout comme une conséquence de leur misère et leur pauvreté. Le père du narrateur a beau être alcoolique il n’en apparaît pas moins comme un père aimant, bien supérieur en cela aux pères des camarades blancs que Arnold fréquente. A l’opposé, les Blancs, prospères et pour la plupart d’entre eux racistes ne semblent pas non plus être considérés comme des suppôts de Satan par le narrateur. En bref, personne n’est vraiment mauvais dans ce roman ou plus exactement tout le monde l’est un peu, y compris le héros qui se réjouit d’avoir battu lors d’un match de basket l’équipe de son ancien lycée, avant de se rappeler que la plupart des élèves de la réserve vivent dans des conditions précaires et que sa victoire n’a rien de bien glorieux. L’auteur ne cherche pas à minimiser non plus les conditions dans lesquelles les Indiens vivent et la pauvreté de la famille de Arnold est d’autant plus poignante qu’elle est décrite sans larmoiements inutiles et sans fioritures. Bref, c’est une jolie histoire, relativement courte (plus longue le style finirait par lasser) pleine d’optimisme, avec en prime des dessins amusants et quelques passages très émouvants. Car chez les Indiens, nous dit le narrateur, tout est mêlé et le rire les larmes ne font qu’un…

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 12:48

Où on va, papa ?

Jean-Louis Fournier

Editions Stock

 

 

J’ai longtemps hésité sur le classement de cet ouvrage. Roman ou témoignage ? Finalement, j’ai opté pour le classement adopté en librairie ; dommage pour ma catégorie témoignage qui ne se remplit pas beaucoup.

L’auteur, Jean-Louis Fournier, plus connu pour ses ouvrages humoristiques (personnellement je me souvenais surtout de ses livres Mon dernier cheveu noir…  et de Je vais t’apprendre la politesse p’tit con) se lance dans un registre assez différent. Après avoir évoqué l’histoire de son père dans Il n’a jamais tué personne mon papa, il parle cette fois de ses deux enfants, Mathieu et Thomas, qui sont tous les deux handicapés physiques et mentaux.

Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en lisant Où on va papa ? Je crois que je m’attendais à l’une ou l’autre des attitudes « traditionnelles » ; l’une qui affirme que les enfants handicapés sont un don du Ciel et qu’ils font la joie de leurs parents, l’autre qui tombe au contraire dans le larmoyant et qui réclame à grands cris l’euthanasie pour mettre fin aux souffrances de leurs chérubins. Je vous rassure, Jean-Louis Fournier ne choisit aucune de ses attitudes. Son livre, construit sous forme de courts chapitres (une à deux pages) se présente sous forme d’anecdotes, et le ton est, si j’ose le qualifier, plutôt féroce. L’auteur se présente d’emblée comme un père médiocre, qui vit le handicap de ses enfants comme un poids : « Si un enfant qui naît, c’est un miracle, un enfant handicapé, c’est un miracle à l’envers » et qui n’a absolument aucune patience. Pire ! Il se moque lui-même de ses enfants, raille le « Où on va papa ? » que son fils Thomas répète inlassablement, se montre sans pitié sur leur aspect physique et leurs capacités mentales, rit de leurs bêtises, bref fait preuve d’un cynisme qui peut déranger, voire choquer. Cruel ? Non, car cette apparente cruauté n’est que le masque d’une souffrance vécue au quotidien, souffrance qui transparaît lorsque l’auteur réalise que ses enfants n’auront jamais une vie normale : « Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie » Qui plus est, se dégage une réelle tendresse pour ceux que Jean-Louis Fournier surnomme ces « deux petits oiseaux » tendresse qui apparaît notamment à la mort de Mathieu ; l’auteur explique que cette mort n’est pas moins dure que celle d’un enfant « normal » et ce décès n’apparaît pas du tout comme une délivrance.

Je ne crois pas qu’il y ait de leçons à tirer de ce roman ; peut-être est-ce pour ça que ce n’est pas un témoignage. Pour témoigner, il faut rendre compte, mais l’auteur ne rend compte au fond de pas grand-chose, se contentant de faire vivre ses deux enfants à travers ces pages « pour qu’on ne les oublie pas ». Il prend le parti de rire de leur handicap et de se moquer d’eux mais aussi de lui-même, antithèse absolue du père dévoué. Je l’ai déjà dit, c’est plutôt dérangeant, mais c’est aussi très drôle et le contraste entre le sujet traité et le style de l’auteur est si violent qu’on ne peut s’empêcher de sourire, voire même de rire à certains passages. Je pense que certains détesteront, et je ne peux que citer l’auteur : « Tu n’as pas honte, Jean-Louis, toi, leur père, de te moquer de deux petits mioches qui ne peuvent même pas se défendre ? Non. Ça n’empêche pas les sentiments » Après, c’est toujours l’éternel débat : Peut-on rire de tout ? Mais ça c’est une autre histoire…

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:39

Millénium 3

La reine dans le palais des courants d’air

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

Bonne année ! Je vous souhaite tout ce que vous désirez et plus encore, beaucoup de joie et un minimum de chagrin (car il ne faut pas se leurrer, il y en aura toujours un peu quand même) En bref : bonne année !

Et pour commencer l’année 2009, nous allons en finir une bonne fois pour toutes avec la trilogie de Stieg Larsson, Millénium. Que ceux qui souhaitent la lire et  qui n’ont pas commencé s’abstiennent donc de consulter cet article pour éviter les révélations indélicates...

Le troisième et ultime tome de la saga, La reine dans le palais des courants d’air, est en fait un prolongement direct du deuxième tome et met un point final à l’intrigue de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Autant vous dire, je me creuse toujours la tête pour essayer de comprendre le rapport entre le titre de l’ouvrage et son contenu. C’est sans doute une métaphore obscure de l’auteur en rapport aussi avec ses digressions en début de chaque partie sur les Amazones et les femmes guerrières. L’héroïne, Lisbeth Salander, est une reine guerrière enfermée… Bref, au final on s’en fout un peu.

Sorti du titre à rallonge et des petits documentaires admiratifs sur les femmes guerrières à travers les âges (personnellement moi ça m’attriste plutôt de savoir que mon sexe est aussi stupide et belliqueux que le sexe masculin), le roman se laisse lire assez facilement. Certes, le héros masculin, Mikael Blomkvist, est toujours aussi énervant (rassurez-vous, il trouve encore moyen de mettre une belle dans son lit ce tome-ci mais, merveille ! Celle-ci serait peut-être la bonne) et je n’ai éprouvé guère de sympathie non plus pour Lisbeth Salander, dont le comportement asocial est si poussé qu’il en devient caricatural. En revanche, l’intrigue est faite de telle manière qu’elle se lit assez facilement ; Larsson a déjà mis en place dans le second volet  les éléments déclencheurs (la mort d’un reporter et de sa compagne, la confrontation de Lisbeth avec son père…) si bien qu’il ne lui reste plus qu’à démêler les écheveaux de tout ça, ce qu’il fait en louvoyant d’un personnage à un autre. Il n’y a pas vraiment de suspens, on sait déjà dès le début que Lisbeth Salander sera innocenté, mais plutôt un intérêt purement scientifique. C’est comme pour un épisode de Columbo (pardon pour la référence) : on connaît déjà l’assassin, on sait qu’à la fin l’inspecteur gagnera quoi qu’il arrive, mais ce qui fait l’intérêt de l’intrigue, c’est la façon dont, justement, il va résoudre l’enquête.

Bon, c’est un peu obscur mais je pense que vous avez compris.

Pour conclure sur la saga, je dois dire qu’en dépit de tout, je n’en garderai pas un souvenir inoubliable ; si je veux bien admettre que la forme de la trilogie et ses personnages sont assez originaux, je n’ai pas été emballée plus que ça par l’écriture (beaucoup, beaucoup trop de longueurs) et par une histoire volontiers manichéenne, d’un côté les « gentils » (Blomkvist et sa bande) et de l’autre les « méchants » (l’espion russe, sa grosse brute de fils, les policiers véreux…) le tout sans demi-mesure, Lisbeth Salander représentant apparemment la seule alternative entre les deux extrêmes (une « gentille » mais que la société a rendu « méchante » c’est pourquoi il ne faut pas la tuer tout de suite mais s’employer à la soigner) Vu le succès qu’a rencontré la série, je suppose que les lecteurs à travers le monde ont apprécié mais, pour moi, c’est catégorique : la Suède n’est décidément pas ma tasse de thé….

Ps : Rien à voir, mais mon gentil frère, le docteur Orlof (dont je vous invite à cliquer sur le lien) m’a offert suite à la note précédente le DVD de Virgin Suicides. Je pourrais donc vous dire ce que j’en ai pensé prochainement !

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 17:22

Virgin suicides

Jeffrey Eugenides

Editions J’ai Lu



Bon, assez ri maintenant et fini les histoires de vampires. Retour à la case réalité et penchons-nous sur l’histoire d’autres adolescentes mais qui n’ont rien de franchement joyeux.

Elles sont cinq, les cinq sœur Lisbon, âgés de treize à dix-sept ans. Il y a Therese, Mary, Bonnie la pieuse, Lux la dévergondée et Cecilia la plus jeune. Cecilia âgée de treize ans se promène toujours en robe de mariée et semble pour le moins un peu perturbée. Après une tentative de suicide ratée, elle réussit enfin à mourir en se jetant sur une grille. A partir de là, les événements vont s’enchaîner de telle sorte que, treize mois plus tard, toutes ses sœurs l’auront  imitée. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a poussé les cinq filles à en finir avec la vie ? L’éducation trop rigide de parents ultra-conservateurs ? Le déséquilibre de Cecilia qui a entraîné ses sœurs vers l’abîme ? Ou tout simplement une malédiction, un « gène du suicide » qui leur était commun ? C’est ce que des adolescents amoureux des filles Lisbon (mais nous ne saurons jamais rien précisément d’eux) tentent de découvrir en analysant des années plus tard des photographies, en interrogeant les professeurs et les médecins et en décryptant chacun des derniers gestes des sœurs…. En vain ; le mystère demeure.

Ok, ce n’est pas franchement très joyeux en cette période de fêtes et j’espère de tout cœur que vous n’êtes pas seul et déprimé. Si c’est le cas, je vous invite à ne lire ni Virgin suicides ni ce commentaire et à revenir ici quand je parlerais de livres avec de joyeux elfes des bois. Pour les autres, je dirais simplement que le roman de Jeffrey Eugenide est assez perturbant. Au niveau de l’intrigue, il se passe si peu de choses que le livre, pourtant court, paraît traîner en longueur à certains endroits. La narration est étouffante car elle emploie un « nous », celui des adolescents amoureux, qui reste anonyme et ne nous permet qu’une identification partielle. En gros, vous entrez dans l’histoire comme malgré vous, mené par un narrateur dont vous ne connaissez pas l’identité, ceci pour observer cinq héroïnes que vous savez de toute façon condamnées et qui reste tout du long énigmatiques. Contraint de deviner, à l’instar du narrateur, vous ne pouvez qu’interpréter les réactions des jeunes filles et observer leur comportement. Et c’est sans conteste tout l’intérêt du livre, ce huis-clos quasi-irrespirable dans une banlieue anonyme où la proximité et l’ennui donnent à chaque événement un caractère troublant. Aux yeux du narrateur, les filles Lisbon acquièrent un caractère sacré et prennent l’allure de déesses païennes qui se livrent à des rituels étranges : elles sèment des images de la Vierge Marie partout, elles dressent un autel à la mémoire de leur sœur disparue… L’une fait l’amour sur le toit de la maison de ses parents avec tous les hommes de passage, l’autre au contraire récite son chapelet dans le jardin… Est-ce la fascination du narrateur pour leurs idoles qui les rend uniques ou est-ce vraiment la personnalité unique des sœurs Lisbon qui les rendent fascinantes ? Difficile à dire. Nous avançons à tâtons dans ce roman qui stigmatise tout autant le comportement morbide de Cecilia et de ses sœurs qu’une société où tout le monde s’épie mutuellement et dont le comportement est presque aussi absurde que celui des jeunes héroïnes  (le père des filles qui se fait renvoyer après le suicide de sa fille car il est tenu pour responsable, le « Jour de douleur » institué en mémoire de Cecilia, les adolescents amoureux qui versent dans l’idolâtrie, la vieille qui attend la mort dans sa cave…) Bref, ce n’est pas une apologie du suicide mais Virgin Suicides joue avec complaisance sur l’opposition entre les sœurs Lisbon, belles et fragiles, et un monde qui ne les a tout simplement pas compris et qui, en essayant encore de les comprendre vingt ans après les faits, n’y arrive toujours pas : « ‘Qu’est-ce que tu fais là, ma petite ? Tu n’as même pas l’âge de savoir à quel point la vie peut devenir moche.’ Et c’est alors que Cecilia délivra oralement ce qui devait être la seule forme que prendrait son ultime message, inutile d’ailleurs, puisqu’elle allait vivre : ‘on voit bien docteur, dit-elle, que vous n’avez jamais été une fille de treize ans.’ » C’est noir et cru, désenchanté et plutôt cynique. Mais ça interpelle et, personnellement, je serais curieuse de connaître l’adaptation cinématographique qu’en a fait Sofia Coppola….

 


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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 14:07

Tentation

Stephenie Meyer

Editions Hachette



Joyeux Noël ! J’espère que vous en avez tous bien profité. Et comme je suis extrêmement gentille aujourd’hui, après deux jours de bombance, je vous épargne les romans impossibles nécessitant plus d’un demi-cerveau et je vais vous parler du second tome de la série de Stephenie Meyer.

Retournons donc à nos histoires de vampires végétariens et retrouvons notre héroïne Bella qui, à son grand dam, franchit le cap des 18 ans et s’éloigne ainsi de la jeunesse éternelle de son amoureux Edward Cullen, le vampire. Bella en effet ne désire qu’une chose : devenir vampire à son tour pour pouvoir vivre à jamais sans soucis avec son promis. Mais Edward ne l’entend pas de cette oreille et refuse d’en faire une immortelle. Les choses se gâtent quand la jeune fille blessée involontairement manque de se faire mordre. Le jeune homme se rend compte qu’il est une menace et décide de partir avec toute sa famille pour la protéger de leur malédiction. Restée seule, Bella sombre dans une obsession qui la pousse à rechercher le danger : en effet, dans les moments où elle risque sa vie elle peut entendre la voix d’Edward et ainsi vivre l’illusion qu’il ne l’a jamais abandonnée…

Il n’y aura pas beaucoup de vampires dans cet épisode, enfin, en quantité limitée, et les amatrices du beau Edward Cullen en seront pour leurs frais car il apparaît peu (comment vont-ils faire pour le film ? Ce sont les fans qui ne vont pas être contentes) En revanche, l’intrigue est, il faut l’avouer, nettement plus intéressante. Bella, délaissée, se tourne vers un personnage secondaire du tome 1, Jacob, qui s’avère être un loup-garou (oui dit comme ça ça paraît idiot mais rappelez-vous que vous êtes dans du fantastique) et se retrouve tiraillée entre deux modes de vie radicalement opposés. Il faut être clair : Jacob présente autant d’intérêt que Edward, c’est-à-dire quasiment aucun, mais le personnage de Bella est intéressant car il rend bien compte de l’obsession amoureuse et d’un désir qui va à contre-courant de la raison. Mais qu’est-ce que la raison ? Jacob qui paraissait la solution la plus confortable apparaît lui-même comme un monstre. L’une des forces de l’ouvrage est sans conteste l’absence de compromis propre à la littérature jeunesse et une peinture des sentiments plutôt bien rendue. Pas de gentil vampire et de méchant loup-garou qui essaie de ravir la belle, seulement des conflits d’intérêt qui se résoudront au détriment de l’un des protagonistes (mais je vous dis pas lequel pour ménager le suspens)

En gros, pour résumer : niveau psychologique c’est plutôt bien rendu. Après l’intrigue reste assez mince (Edward part, Bella pleure, Jacob vient la consoler, Jacob découvre qu’il est un loup-garou, et à la fin, comme d’habitude l’action s’accélère un peu) et le style est tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Ceci dit, ce sont les vacances, nous sommes tous un peu fatigués  alors pour aujourd’hui ça suffira non ? Il sera toujours temps dans quelques jours de reprendre des lectures plus sérieuses….

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 18:43

Pyromane

Romuald Giulivo

Editions Ecole des Loisirs

 

 

Si vous trouvez que le dernier roman dont je vous ai parlé, Fascination était réservé à un public d’adolescents, alors je vous déconseille de lire le livre que nous allons voir aujourd’hui : Pyromane. Encore que je me demande quel genre d’adolescents psychopathes pourrait apprécier cet ouvrage…

Romain a treize ans et c’est un garçon très intelligent qui supporte mal ce monde de manants dans lequel il vit. Il n’a pas d’amis, évidemment (apparemment être très intelligent vous empêche d’avoir des amis au collège) et se fait malmener par Arnaud, la petite brute. Du coup à la récréation il se réfugie au CDI : « J’y avais ma table attitrée, près de K comme Kafka et les M comme Musil » (mais bien sûr, à 13 ans, tous les garçons intelligents lisent Musil ! Quand je pense qu’à 29 ans moi j’ai eu du mal à finir l’un de ses ouvrages, je me sens très mal) et avec son atlas imagine une nouvelle vie, loin de la grisaille de la ville (ça y est je deviens poétique à mon tour) Bref, les adultes ne comprennent rien, sa mère est trop nulle, ses profs sont trop nuls, seule sa sœur gothique fumeuse  de joints peut comprendre (un peu) sa détresse (écrasez une larme s’il vous plaît) Mais rassurez-vous ! Notre héros rencontre Lola, une psychopathe un brin pyromane de son âge qui lui annonce cash qu’elle l’aime et qu’ils vont vivre une semaine magique ensemble puisque, après, Romain déménage. Et donc ensemble nos deux tourtereaux vont donc vivre une semaine magique : ils vont jouer dans les fontaines, sécher les cours, se venger d’Arnaud, courir nus dans les champs (bon là j’exagère un peu) et oublier le temps de quelques jours leurs misérables existences. Parce que l’amour c’est beau, c’est la seule chose qui vaille le coup dans cette vallée de larmes qu’est la vie, surtout quand on est un adolescent plein de fougue. Rassurez-vous, pour les plus pudibonds il n’y aura pas de sexe (la fille a l’air tout disposé mais Romain sorti du latin et de Musil a un peu de mal) parce que c’est pas là l’important, l’important c’est qu’on s’aime, BORDEL VOUS AVEZ PAS ENCORE COMPRIS ?! C’est pas qu’une histoire d’hormones, il faut le croire.

Bref, je pense que vous aurez compris à la lecture de cette note que je n’ai mais pas du tout aimé ce livre qui ferait presque passer Fascination pour un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse. Si encore c’était bien écrit ! Mais non, même le style paraît artificiel. L’auteur raffole des phrases courtes et chocs avec des répétions grossières, on se croirait presque dans une parodie de Duras. Les personnages sont inintéressants au possible, l’histoire ne présente aucun intérêt. C’est un ouvrage faussement provocateur (les deux enfants qui font les 400 coups, mais, rassurez-vous, rien de nature à choquer les âmes sensibles) un concentré de banalités qui accumule les clichés (la surveillante qui n’aime pas ses élèves, les professeurs obtus, la mère étouffante, l’adolescent souffre-douleur, l’adolescente marginale) et tout ça pour quoi ? Mystère… Quelle est la finalité de l’ouvrage ? Je ne suis plus une ado je ne peux sans doute pas comprendre ou alors je suis trop embourgeoisée et je ne peux plus m’enthousiasmer à la lecture d’un Kerouac ou d’un atlas de géographie.

Je pardonnerais à l’auteur s’il a le même âge que son narrateur. Sinon, je suppose qu’il a eu une enfance très difficile….

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 11:07

Fascination

Stephenie Meyer

Editions Hachette

 

 

De temps en temps, il y a des thématiques à nos articles. Restons donc dans la catégorie « best-sellers » avec un ouvrage pour la jeunesse dont vous avez sûrement entendu parler et qui fait actuellement un carton. Fascination ça vous dit quelque chose ? Et si je vous parle de Twilight alors ? ça vous dit déjà plus ? Il s’agit du premier tome d’une série de Stephenie Meyer qui sortira d’ailleurs au cinéma en janvier.

Fascination est effectivement fascinant. Je suis restée perplexe tout au long de ma lecture. J’avais eu deux avis contraires sur cette série : l’un était élogieux, l’autre incendiaire. Quant à moi, en le lisant, j’essayais de me faire ma propre opinion, sans réellement y parvenir… Mais faisons un rapide petit résumé.

Bella (diminutif de Isabella) quitte l’Arizona où elle vivait avec sa mère, pour s’installer avec son père à Forks, une petite ville pluvieuse qui suinte l’ennui. Cette jeune fille de dix-sept ans plutôt mal dans sa peau et assez solitaire est persuadée qu’elle ne s’habituera jamais à sa nouvelle existence. Seulement voilà : le premier jour de classe, son regard croise celui d’un beau rouquin nommé Edward. C’est aussitôt le coup de foudre. Mais Edward est un peu étrange, Bella en a vite la preuve dès l’instant où il lui sauve la vie en déviant une voiture qui menaçait de l’écraser… La jeune fille ne tarde pas à découvrir que son soupirant ainsi que les autres membres de sa famille sont des vampires, une situation qui va la mettre dans une position extrêmement délicate…

Quand j’étais jeune étudiante, j’ai fait un mémoire sur les romans roses et j’ai dû me farcir un nombre incalculable de livres de la série Harlequin. Il y en a un qui m’a particulièrement marqué : je ne sais plus du tout le titre mais l’histoire était assez simple ; une jeune femme tombe amoureuse d’un vampire (oui on était dans la série « Frissons » ou « fantastique ») et après moult pérégrinations et deux scènes érotiques décide de devenir vampire à son tour. Le couple finit sa vie ensemble, heureux, et baguenaudent la nuit en mangeant des steaks saignants (car les vampires d’Harlequin, sauf les méchants, ne mangent pas d’humains). De fait, certains passages de Fascination ne sont pas sans me rappeler ce grand moment littéraire. Dans le roman de Meyer, Edward et sa famille ne se nourrissent pas du sang des humains et vivent parmi eux. Un choix de vie qu’ils comparent à celui d’hommes qui se nourriraient de tofu ou de soja. Je pourrais adhérer au postulat si la difficulté du choix apparaissait clairement, si la tentation du sang était montrée de façon plus explicite. Que nenni ! A part Edward qui paraît avoir du mal à lutter contre son envie de se nourrir de sa douce, les autres semblent vivre leur situation de façon très décontractée, chassant le grizzli et le puma à la nuit tombée sans paraître éprouver la moindre envie de se repaître de quelques ados égarés. Dans ces conditions, je ne m’étonne pas plus que ça que l’héroïne ait elle-même envie de devenir vampire à son tour : devenir super forte, immortelle avec de super pouvoirs et vivre avec un beau jeune homme à jamais, ça semble plutôt tentant non ? ça c’est le point le plus gênant de l’histoire, le second étant sans conteste l’histoire d’amour à deux sous qui ne tarde pas d’agacer. Edward et Bella sont amoureux et pendant les trois quarts du roman vont se déclarer leur flamme à toutes les sauces sur un ton mièvre. Certes, la fascination de l’héroïne pour Edward est extrêmement bien rendue, et la tension érotique entre les deux adolescents assez bien représentée, mais à force de s’attarder sur cette relation : « Edward est merveilleux, il est parfait et ses muscles sont d’acier, oh Bella tu sens divinement bon » le récit s’essouffle. Heureusement, l’auteur a le bon sens d’enchaîner sur un rebondissement inattendu (l’arrivée de nouveaux vampires) qui va dynamiser la fin du roman et finir sur un peu d’action.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne jetons-nous pas ce livre à la poubelle d’entrée de jeu ? A vrai dire je ne sais pas trop. Si le récit m’a agacée, je ne peux le balayer d’un simple revers de la main. Je l’ai dit, dès le moment où l’histoire d’amour entre Edward et Bella est assumée, l’intrigue prend un tour plus intéressant ; qui plus est, le personnage de l’héroïne est très attachant. Il serait de bon ton que Bella soit une adolescente renfermée et mystérieuse qui évolue avec grâce au milieu de la foule, indifférente et méprisante. Or, la jeune fille, renfermée certes, cherche avant tout à s’intégrer et surtout est d’une maladresse sans pareille qui confine à la catastrophe. La narration étant faite de son point de vue, à la première personne, le ton n’est donc pas exempt d’humour et d’un second degré assez agréable au milieu de tout ce rose bonbon. Quant au style, et bien… je ne saurais me prononcer. Pour moi, c’est celui d’un honnête roman de gare, un peu poussif par endroits, mais pas forcément désagréable.

Je suis curieuse je l’avoue de voir ce que le livre donnera au cinéma. Est-ce que l’histoire d’amour paraîtra moins pénible, la duplicité des vampires sera-t-elle mieux rendue ? Difficile à dire. En attendant je donnerai sa chance à la suite de la série très prochainement, histoire de voir si nos vampires se nourrissent toujours de steaks…

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