Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 19:04

La vie de Lazarillo de Tormès

 


Allez zou ! Un peu de littérature classique ça faisait longtemps… On retourne aux 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie avec le livre d’un anonyme espagnol du 16e siècle : La vie de Lazarillo de Tormès. Oui je vous entends soupirer, mais je me suis un peu ennuyée en lisant ce court roman, alors je ne vois pas pourquoi je serais la seule à souffrir. Déjà un bon conseil, sautez l’introduction. J’avais commencé à la lire consciencieusement avant de m’apercevoir qu’elle faisait presque 90 pages, soit presque autant que le récit à proprement parlé…

 La narration se présente comme la biographie d’un brave garçon espagnol, Lazarillo, qui a la particularité de n’être ni un noble ni un vaillant chevalier sans le sou. Non, c’est un va-nu-pieds  tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Fils d’un meunier escroc, Lazarillo est d’abord vendu à un aveugle qui l’affame et à qui, en représailles, il joue nombres de tours. Notre héros entrera ensuite tour à tour au service d’un prêtre (encore plus avare que l’aveugle), d’un moine (coureur), d’un vendeur de bulles (escroc), d’un écuyer (un brave homme mais qui se laisse mourir de faim pour des questions d’honneur), d’un alguazil (officier de police espagnol) et, finalement, il épouse une femme qui le trompe avec un homme d’Eglise et, grâce à l’influence de ce dernier, devient crieur public. Vous l’avez compris, ces différentes fonctions permettent à l’auteur de dresser un portrait féroce de la société espagnole, notamment du clergé qui apparaît tout sauf très catholique. C’est pourquoi certains ont voulu voir dans l’auteur un disciple d’Erasme, humaniste qui lui-même dénonçait les excès de l’Eglise. Théorie cependant contestée dans l’introduction (vous voyez que j’en ai lu un bout !) car, si la satire est cinglante, elle ne s’accompagne d’aucune réflexion théologique particulière qui pourrait rattacher notre illustre anonyme au grand penseur.

D’un point de vue littéraire, La vie de Lazarillo de Tormès s’inspire d’un certain nombre de folklores puisque, par exemple,  le thème du petit garçon qui mène un aveugle et qui lui joue des tours pendables est un motif récurrent de la tradition orale. Bien plus, ce roman serait le tout premier roman picaresque, c’est-à-dire mettant en scène des picaros, aventuriers espagnols (vous l’avez compris, c’est cours magistral ce soir) Les picaros ne sont ni forcément très braves ni forcément très héroïques. Ils ne sont pas des preux chevaliers qui vont casser les bras et les têtes de centaines d’ennemis pour leur petit déjeuner, ce sont juste des aventuriers terre-à-terre et profondément humains avec leurs forces et leurs faiblesses (Lazarillo est bien souvent tourné en ridicule mais il apparaît aussi comme quelqu’un de touchant, notamment lorsqu’il est torturé par la faim) Je ne vais pas entrer dans les détails car je ne suis pas non plus très calée dans le roman picaresque (pas encore en tous cas) mais disons que le roman picaresque par excellence est celui de Cervantès : Don Quichotte. Voilà. Et j’arrête là mon exposé pour ne pas dire trop de bêtises.

Bon, après, concernant le plaisir de lecture, j’avoue que ça n’a pas été forcément ma meilleure expérience. Il y a des « classiques » dans lesquels on entre comme dans le plus palpitant des romans. Avec ce court ouvrage, je me suis retrouvée comme à l’école à essayer de disséquer le texte pour en repérer la satire, à comparer avec le texte espagnol juste à côté, à repérer les motifs folkloriques soulignés par l’introduction, bref, j’ai joué l’élève studieuse. Mais au final je me suis un tantinet ennuyée et je crains un peu de ne pas être une adepte du roman picaresque. Ce qui est inquiétant dans la mesure où Don Quichotte approche à grands pas et que l’œuvre de Cervantès est, elle, un pavé… Espérons que les moulins à vent m’inspireront plus…

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 11:54

Arlington Park

Rachel Cusk

 

Après les lectures un tant soit peu déprimantes de ces derniers temps, j’ai eu envie de lire quelque chose d’un peu plus, comment dirait-on, léger. Mon choix s’est donc arrêté sur le livre de Rachel Cusk : Arlington park.

 Pour ceux qui ne connaissent pas, Arlington park est un roman dont le contenu m’a irrésistiblement fait penser à la série américaine Desperate Housewives (désolée pour les non initiés). L’histoire se déroule sur une journée, une journée ordinaire en banlieue résidentielle anglaise, Arlington Park, et met en scènes des épouses et mères chacune en proie à leurs propres soucis et leurs propres doutes. Il y a Juliet, la femme que tout destinait à un brillant avenir de journaliste ou de professeur d’université et qui se retrouve coincée comme professeur de lycée dans cet endroit avec deux enfants pour qui elle n’éprouve guère d’affection et un époux à qui elle attribue son échec. Il y a Amanda, la mère au foyer maniaque à l’excès, l’épouse ultra-organisée qui n’arrive malgré tout pas à s’intégrer aux autres femmes ; la caractérielle Maisie qui semble prendre un malin plaisir à saboter sa famille comme pour reproduire l'échec familial de son enfance ; la placide Stephanie qui s’épanouit en toute sérénité dans son rôle d’épouse et de mère sans paraître rechercher d’autres aspirations ; la douce Solly qui loue la chambre d’amis à des étudiantes pour apporter un peu de neuf dans une vie sclérosée ; la volubile Christine qui ne supporte plus son mari et trompe son ennui dans les potins et l’alcool…

 

C’est assez amusant, il faut le reconnaître, essentiellement pour les femmes (je doute que la gent masculine goûte du plaisir à la lecture de ce roman) mais plutôt frustrant. Car, depuis le réveil de Juliet au dîner final chez Christine, au fond, il ne se passe rien. Pas d’action ni réellement de situation de crise ; les femmes vaquent à leurs activités, font du shopping, parlent beaucoup, pensent encore plus et puis c’est tout. Je ne dis pas que tout récit doit être ancré dans l’action, mais à ce moment-là, l’auteur aurait dû se concentrer sur un seul personnage si elle voulait vraiment développer sa thématique de l’ennui. Car c’est bien ce dont il s’agit, d’ennui, ennui de toutes ces femmes qui songent sans parfois l’avouer qu’elles auraient préféré une vie un peu moins terne. Mais finalement, cet ennui est tellement distillé dans ces différents portraits de femmes qu’il en perd de l’intérêt. Et puis, il faut bien avouer que le féminisme du roman est trop réducteur pour être chose que lassant : à ma droite nous avons toutes ces épouses brillantes, victimes de la société, condamnées pour l’éternité à changer des couches et écouter des braillements d’enfants (l’amour maternel est totalement absent du roman c’est assez impressionnant) ; à ma gauche leurs époux, pas méchants mais bourreaux quand même (Juliet emploiera même le terme d’ « assassin » pour parler de son conjoint) qui condamnent les femmes à une existence de serpillières et de papotages autour d’un café sur le prix de la tomate. Je suppose que dans les années cinquante ce genre de considérations avait son importance mais là j’avoue que j’ai du mal à croire qu’il y ait encore certaines femmes qui se plient à ce genre de servitude autrement que volontairement. Le pire je pense, c’est que l’auteur ne voulait sûrement pas se montrer aussi tranchée. Mais, faute de développement, elle réduit ses personnages à des stéréotypes (la cruche contente de son sort car apparemment être une femme au foyer heureuse fait nécessairement de vous une dinde sans aspirations, la brillante jeune femme bridé dans ses élans par son époux et qui se console en faisant découvrir à ses élèves les grands romans féministes, la mauvaise langue qui boit pour oublier qu’elle n’aime pas son mari raciste et stupide) et ce qui aurait pu être un récit réussi  devient une galerie de portraits amusants parfois, déprimants le plus souvent (oui je sais, encore une mauvaise pioche !). ça n’est pas désagréable à lire, mais ça ne changera pas le cours de l’histoire et ça fera surtout sourire quelques quadragénaires entre deux  tasse de café et leurs cours d’encadrements…..

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 10:59

La vie secrète

Fredman


 

 

Retour dans le monde merveilleux de la bande dessinée avec le premier tome d’une nouvelle série : La vie secrète, mettant en scène trois générations. Armand, le grand-père, agonise dans un hôpital suite à une attaque cérébrale. Son petit-fils, Simon, est très affecté par cet événement mais ce n’est pas le cas du fils Grégoire, qui, détaché de son père depuis près de vingt-cinq ans, a lui-même plus ou moins fui le domicile conjugal et cherche une issue à son existence futile. Il en veut terriblement à Armand qu’il rend responsable de ses égarements, mais Armand lui-même n’est pas tout blanc puisque, autrefois, il a participé aux combats sur les fronts de l’Est en tant que volontaire SS…

Pas grand-chose à dire sur cette BD. Certes, la « morale » est louable puisqu’il s’agit avant tout de pardonner, tant à soi-même qu’aux autres. Je n’ai pas grand-chose à dire non plus sur le dessin puisque je ne suis absolument pas une spécialiste. Mais… Bon allez je vais encore une fois passer pour une méchante sans cœur et sans goût, mais j’ai jamais vu des dialogues aussi pompeux ! Le fils Grégoire tout particulièrement parle comme dans un livre et même pas un roman, non, comme dans une pièce de théâtre grandiloquente. Vous me trouvez dure ? Alors voilà un extrait : (note : les personnages sont en train de se quereller au téléphone) « Greg ! Ecoute-moi, je sais que c’est pas simple mais que tu le veuilles ou non, il détient une part de toi qu’il veut probablement te rendre, ce sera trop tard une fois mort/ Eh bien j’ai changé d’avis, fidèle à ma réputation de cyclothymique instable, j’ai finalement décidé de ne pas porter ses valises, les miennes me suffisent !/ Je confirme, t’es vraiment lourd mon pauvre Greg, j’ai surtout l’impression que t’as une trouille bleue de découvrir ce que tu es vraiment et t’es bien incapable d’envisager ta vie autrement que sur un champ de bataille. » Voilà, c’est-y pas joli ? Phrases bien tournées, métaphores…. Et ça cadre pas du tout ! Enfin ça me paraît déplacé, je ne trouve pas d’autres mots. D’autres s’extasieront peut-être, moi du coup ça m’a tout foutu en l’air. L’histoire a beau être intéressante, elle m’a paru de ce fait creuse et plaquée. En un mot, je n’ai pas été touchée par une bande dessinée qui semble vouloir réunir tous les ingrédients nécessaires à faire pleurer dans les chaumières : le père et le fils ennemis, la seconde guerre mondiale et le génocide, la mort, etc. Manqueraient plus que le racisme et le Sida dis donc (gardons espoir, il reste encore deux tomes)! C’est civique et profondément ennuyeux mais je suppose que ça plaira à ceux qui veulent des bandes dessinées « sérieuses » c’est-à-dire ceux qui confondent sujet et qualité… Moi j’avoue que je trouve les petits poissons de Poupon ou les dragons de Boulet (regarde grand frère, je te cite !) beaucoup plus à mon goût que le histoires larmoyantes mal traitées.

Repost 0
Published by beux - dans B.D.
commenter cet article
7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 19:35

Le tireur de pousse

Lao She

 

 

Dans la série « Voulez-vous déprimer avec moi pendant ces longues soirées d’automne ? » on passe à un grand classique de la littérature chinoise : Le tireur de pousse. Ce sympathique roman publié dans les années 30 sous forme de feuilleton relate les aventures du « Veinard », un héros assez pathétique. Le Veinard est un brave gars venu de sa campagne qui, arrivé en ville, décide de devenir tireur de pousse-pousse. Au début, la chance lui sourit. Honnête, travailleur et tout le toutim, un brin avare cependant, il gagne bientôt de quoi acheter son propre pousse plutôt que de le louer. Hélas ! Première mésaventure, la guerre lui fait tout perdre en quelques jours. En effet, fait prisonnier par des soldats, le Veinard perd ses vêtements et son véhicule mais, dans son malheur parvient à s’échapper avec trois chameaux qui lui permettent de remonter la pente… Cependant le mécanisme est enclenché. En dépit de tous ses efforts et malgré toute sa bonne volonté, le héros ne parvient pas à échapper à son destin de tireur de pousse qui le condamne tôt ou tard à la misère…. Entre-t-il dans une maison chez des maîtres bons que ces derniers sont poursuivis par la police, récupère-t-il un brin d’indépendance qu’une femme jette son dévolu sur lui et parvient à se faire épouser, se résigne-t-il à une vie paisible avec sa famille que cette dernière vole en éclats… Un constat amer de l’auteur qui, il le confessera une vingtaine d’années plus tard, ne voyait pas d’issue possible à une classe sociale que lui-même avait dans son enfance bien connue..

 

Ce qui est déprimant dans ce livre, ce n’est pas tant la série de malheurs qui s’abattent sur le personnage qui, somme tout, ne sont pas si graves. C’est assez affreux à dire mais le Veinard a presque toujours de la chance dans son malheur : il trouve quasiment à chaque fois une main tendue pour le secourir et, il faut bien le dire, parfois il fait des erreurs qui lui coûtent cher. Notre héros n’est pas tout blanc : âpre au gain comme nous l’avons déjà souligné, il n’est pas forcément toujours très courageux et, surtout est assez dur. Cependant il apparaît bien vite que c’est un brave homme dont le seul défaut est de croire qu’il peut sortir de sa condition sociale, égale à celle d’un domestique, à peine mieux traité qu’un animal. Là réside toute la tragédie de cette œuvre qui, point par point, s’applique à nous démontrer qu’il n’y a pas d’issue possible pour les hommes qui n’ont pas eu la chance de naître riches. Le Veinard c’est la destruction du mythe du Self Made Men ; il est d’ailleurs assez symbolique de constater que la fin du récit (pardon de la dévoiler mais en même temps c’est pas un roman à suspens) s’achève par, non pas la mort du personnage, mais par sa résignation, qui apparaît alors presque pire que la mort. Le Veinard jette l’éponge.

Autour de ce personnage un peu énervant mais au demeurant attachant, gravitent d’autres personnages tout aussi tragiques : La Tigresse, la vieille fille qui jette son dévolu sur notre héros et parvient à s’en faire épouser. Ogresse possessive, sa propre paresse est cause de son malheur ; maître Liu, le riche propriétaire du garage de pousses et père de la Tigresse, son orgueil et son égocentrisme le condamne à la solitude ; enfin la jolie petite Joie (suprême ironie de l’auteur) qui vendue par son père pour subvenir aux besoins de sa famille, devient prostituée et pour fuir sa condition finit par se pendre. Autant de figures qui permettent à Lao She, l’auteur, de remettre en cause indirectement (censure oblige) un système qu’il condamne.

 

Le Tireur de pousse est donc, vous l’avez compris, un roman pas forcément très gai. Le style est plutôt frais, direct, aucunement fait pour susciter les larmes, mais le fond est particulièrement sinistre. On pardonnera cependant à l’auteur de nous mettre le moral en vrac ainsi que la tendance moraliste de l’histoire (les honnêtes travailleurs ne sont pas récompensés et les vrais méchants ce sont les paresseux comme la Tigresse ou les concubines des riches propriétaires) et, surtout, sa postface de propagande, dix-neuf ans plus tard, opposant à la société d’avant le nouveau et radieux communisme « La présente édition de mon livre n’a vraiment qu’un seul but : rappeler au peuple les affreuses ténèbres de l’ancienne société et lui montrer combien il doit apprécier le bonheur et la vie radieuse d’aujourd’hui ». Pourquoi ? Parce que Lao She est un sans conteste un grand écrivain, que son roman se lit d’une traite, et qu’il a raison sur un point : la révolution vaut mieux que la résignation….

Repost 0
Published by beux - dans Classiques
commenter cet article
6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 14:20

La porte des Enfers

Laurent Gaudé


Dans la mythologie gréco-romaine, il existe cet endroit souterrain appelé les Enfers, là où vont les morts après leur passage sur Terre. Hadès y règne, jaloux de ce monde d’ombres. Un jour, il décida de prendre femme et enleva Perséphone, fille de Déméter, déesse de la fertilité. Inconsolable, Déméter cessa de nourrir la terre et les champs pleurant pour que sa fille lui soit rendue. Pris de pitié, Zeus accorda donc à Perséphone le droit de revenir à l’air libre près de sa mère six mois dans l’année ; ainsi, le printemps et l’été, Déméter se réjouit tandis que l’automne et l’hiver elle pleure sa fille cloîtrée auprès de son époux.

C’est sur ce thème des Enfers que s’appuie le dernier roman de Laurent Gaudé : La porte des Enfers. L’histoire se passe à Naples. En 1980, Matteo voit toute sa vie voler en éclats ; son fils Pippo, six ans, est pris dans une fusillade entre deux gangs et meurt dans ses bras. Sa femme Giuliana, inconsolable, exige de son mari qu’il lui ramène son fils ou, tout du moins, qu’il venge sa mort. Matteo se révèle incapable de tuer le meurtrier de son enfant et, demeuré seul, il erre dans les ruelles obscures de la ville la nuit jusqu’à rencontrer un jour un petit groupe d’excentriques. Il y a Grace, un travesti, Garibaldo, un patron de café débonnaire, Don Mazerotti, vieux prêtre farfelu et, enfin, le professeur Provolone. C’est ce dernier qui va révéler à Matteo le moyen de descendre chez les morts par une porte connue de lui seul. Ainsi, si Matteo ne peut venger son fils tout du moins pourra-t-il le ramener des Enfers et tenir ainsi la promesse faite à sa femme…

 

Autant vous le dire, j’ai été un peu déçue. Toutes les personnes qui avaient lu ce livre m’en avait fait une critique élogieuse et je m’attendais donc à une véritable révélation. Au lieu de ça j’ai découvert un honnête roman, un peu pompeux sur les bords (je n’ai pas été plus surprise que ça de découvrir que Gaudé était aussi dramaturge) avec des personnages qui frisent parfois la caricature. Seuls les personnages principaux, le père, la mère et le fils, sont vraiment fouillés et de ce fait ont une véritable épaisseur. Ceci dit, je dois avouer que j’ai pris du plaisir à lire cette histoire sombre, très sombre qui aborde le deuil d’une manière originale et émouvante. Gaudé réussit à merveille à retranscrire la douleur de parents qui perdent leur enfant, révolte pour Giuliana, résignation pour Matteo. Les morts ne partent pas seuls nous dit Gaudé, ils emmènent avec eux une part des vivants qui les ont aimés. Image très forte que l’on retrouvera au moment de la descente aux Enfers quand Matteo verra les morts s’engouffrer dans des buissons, laissant ça et là des morceaux de chair appartenant à ceux d’en haut… A ce message un peu amer, l’auteur apporte cependant une touche d’espoir : l’amour de Matteo pour son fils parvient à ramener ce dernier à la vie, même s’il lui faut en contrepartie sacrifier la sienne. Un sacrifice que le moment venu, le fils, quand viendra son tour, sera incapable de faire.

Oui, me dites-vous, mais qu’en est-il des Enfers à proprement parlé ? Comment Gaudé les imagine-t-il ? C’est sans doute là le moment le plus fort du récit et la descente aux Enfers permet au style de l’auteur de prendre toute sa pleine mesure. Le ton un brin mélodramatique s’accorde parfaitement à ce royaume où les ombres comme malgré elles quittent un à un les attraits de la vie ; il y a le fleuve des âmes où tous les défauts des morts sont grossis et déformés, les dégoûtant ainsi de ce qu’ils étaient de leur vivant, il y a les Buissons Sanglants qui les débarrassent des restes de ceux qui les ont aimés… Dans ce pays gémissant et grisâtre, les morts ne demeurent que grâce aux souvenirs et aux regrets de leurs proches. Oubliés, ils disparaissent rapidement…

C’est une histoire poétique, émouvante, notamment grâce à la figure de ce père aimant qui, résigné à la perte de son fils est de ce fait le plus apte à le récupérer. Laurent Gaudé ne cherche pas à rendre la mort plus légère mais ne la considère pas comme une fin en soi, partant du principe que la mort c’est l’oubli et que tout ce qui n’existe pas ici est vivant « là-bas » La mort de ceux que nous aimons nous fait mourir un petit peu nous-même, mais c’est paradoxalement ce qui nous façonne…

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 12:24

Cellule

Costes et Long

 

 

Il y a quelques semaines, prise de panique lorsqu’une cliente m’a demandée une bande dessinée pour « un homme de trente ans, nouvellement père et fan de football et de pétanque » j’ai réalisé qu’il était temps d’approfondir ma connaissance du dit rayon pour éviter d’autres grands moments de solitude comme celui-ci. Hormis les mangas et les bandes dessinées « classiques » (Astérix, Titeuf, Boule et Bill, Calvin et Hobbes etc.) je ne connais en effet pas grand-chose à cet univers.

Nous allons donc parler aujourd’hui de Cellule. Je précise tout de suite : n’étant pas du tout spécialiste du dessin, j’implore l’indulgence du jury si cette note est courte et vous paraît peu instructive.

Simon, scientifique de laboratoire est un homme fou amoureux de Anne, une musicienne rencontrée dans une animalerie. Mais, après deux ans de vie commune, cette dernière lui annonce qu’elle le plaque. Incompréhension totale de Simon dont l’amour vire alors à l’obsession : il épie la jeune femme dans ses moindres faits et gestes, se remémore chaque moment de leur vie commune… Jusqu’au jour où, suite à une expérience dans son labo, il trouve le moyen de la garder à jamais auprès de lui. Mais à quel prix ?

Le début de la bande dessinée est un peu ennuyeux. On croit se retrouver dans une énième adaptation de « Ma femme m’a plaqué, que faire ? ». Le héros apparaît comme un pleurnicheur, l’héroïne comme une vile gourgandine incapable de reconnaître le grand amour quand elle l’a à portée de main. Mais très vite, les rôles s’inversent. Simon devient plus inquiétant, malsain tandis que l’on comprend mieux les motivations de Anne, désireuse de fuir un homme qui l’étouffe. La suite de l’histoire confirme cette inversion puisque de victime Simon devient bourreau (l’ogre qui avale la femme aimée) et Anne sa proie. La sensation de malaise et d’étouffement est accentuée par un dessin qui privilégie les gros plans des personnages et des couleurs qui tournent au verdâtre. L’histoire de couple se transforme en histoire fantastique…

Bande dessinée centrée sur l’obsession et sur l’amour cannibale, Cellule est pour moi une première expérience plutôt réussie dans le monde de bande dessinée « indépendante » malgré le sentiment de profond malaise qu’elle provoque. Bon, reste que je ne pourrais pas la conseiller à mon « homme de trente ans, nouvellement père et fan de football et de pétanque ». Il ne me reste plus qu’à continuer mes recherches…

Repost 0
Published by beux - dans B.D.
commenter cet article
30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 23:18

Dexter revient !

Jeff Lindsay

 

 

Je connais désormais mon héros parfait de roman policier : ce n’est pas le brillant inspecteur au service de la loi, ce n’est pas la brute épaisse au grand cœur qui jure mais qui enlace gauchement sa promise, ce n’est même pas le loufoque commissaire Adamsberg, héros de la plupart des récits de Fred Vargas (et pourtant qu’est-ce qu’il est bien !) Non, mon héros, je le confesse humblement, est un psychopathe qui se nomme… Dexter.

 

J’ai découvert le personnage de Dexter par le biais de la série du même nom et, séduite par cette dernière, je me suis penchée sur les livres qui ont généré l’adaptation. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici un petit résumé ; Dexter est en apparence un gentil garçon, bien sous tous rapports. Expert judiciaire spécialisé dans le sang, il ramène chaque matin des beignets à ses petits camarades et courtise la gentille Rita, ex femme battue mère de deux chérubins. Ce que tout le monde ignore, c’est que Dexter est un psychopathe, froid et insensible. Incapable de ressentir des émotions (l’amour, la pitié, etc. lui sont des notions étrangères) il passe son temps à feindre et n’éprouve qu’une seule pulsion : le besoin de tuer. Mais, élevé par son père adoptif Harry, policier, Dexter a été éduqué afin de tuer uniquement « ceux qui le méritent ». Ainsi, il passe son temps à traquer des meurtriers comme lui qu’il découpe soigneusement en tranches, assouvissant de la sorte ses besoins coupables en toute bonne conscience. Un ange de la mort un peu particulier si vous préférez…

Dans ce roman (qui est le second de la saga) Dexter se voit réfréné dans ses élans : à la suite de la mort d’une de ses collègues (bon elle il avait été forcé de l’assassiner car elle avait découvert qui il était) il tombe sous la surveillance de l’agent Doakes, le seul de l’équipe qui semble ne pas avoir succombé à son charme et qui est bien déterminé à le démasquer. Hélas pour notre pauvre Dexter condamné à traîner sur le canapé de Rita en sirotant des bières au lieu de se livrer à ses petites activités nocturnes ! Le destin cependant vient à sa rescousse ; un mystérieux individu enlève des personnes qu’il découpe méticuleusement, poussant la perversion jusqu’à les laisser en vie du début à la fin. Peut-on parler de tueur en série quand la victime est encore vivante mais qu’il n’en reste plus que le tronc et la tête ? (mais pas la langue, ni les dents, ni les lèvres. Faut pas pousser non plus ! Ah pas non plus les oreilles) Très vite, par le biais de sa sœur Deborah, elle-même policier, Dexter se retrouve mêlé à l’affaire, une affaire qui, qui sait, pourrait peut-être lui permettre de se débarrasser de l’agent Doakes sans se salir les mains…

Autant vous prévenir : c’est très cynique. Si dans la série Dexter semble être parfois humain, il n’y a rien de cette humanité dans le roman. Ecrit à la première personne, le récit est cependant plein d’humour et de verve, jouant sur le décalage entre les actions du personnage et ses sentiments réels. Dexter est un monstre, il l’admet volontiers, mais un monstre courtois qui est très gêné d’enfreindre les lois de la vie quotidienne et qui a une sainte horreur du sang. Ses efforts pour paraître « normal » donnent lieu à de grands moments de comédie, notamment ce passage où, incapable d’avouer une méprise à Rita, il se retrouve fiancé à cette dernière sur l’heure. L’intrigue a l’avantage d’être originale (vous en connaissez beaucoup vous de romans avec des victimes encore vivantes ?) et le style est vivant, ironique et volontiers corrosif. On pourrait croire que la philosophie de Dexter « Je tue ceux qui le méritent » donnerait lieu à de pompeux discours sur le prix de la vie et à une revendication plus ou moins douteuse de la peine de la mort (en gros : le héros n’est pas vraiment méchant puisqu’il tue les méchants) mais il n’en est rien. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que Dexter est un monstre, ni pire ni meilleur que ceux qu’ils tuent. Dexter d’ailleurs ne justifie absolument pas ses actes : il se contente, comme Harry le lui a appris, à leur trouver un exutoire plus ou moins satisfaisant…

Dénué de bons sentiments larmoyants, captivant tout en étant très drôle, j’invite donc tout le monde à découvrir Dexter, tant en série qu’en roman d’ailleurs, ne serait-ce que pour satisfaire le petit monsieur Hyde que nous avons tous en chacun de nous…. Ames sensibles s’abstenir !

 

Repost 0
Published by beux - dans Polar
commenter cet article
26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 00:02

Là où les tigres sont chez eux

Jean-Marie Blas de Roblès

 

 

Bon, puisque vous ne semblez guère goûter le monde merveilleux dans lequel vit Gaspard, laissez-moi vous présenter un autre monde, beaucoup plus trash, celui du roman de Jean-Marie Blas de Roblès,  Là où les tigres sont chez eux (je vais monter une association anti-titres moches) Vous allez voir ; quand je vous en aurais fait le résumé, vous regretterez les gnomes taquins et les gentils chiens de la note précédente.

Le héros de l’histoire, c’est Eléazard, un homme d’âge mûr, correspondant de presse français exilé au Brésil et dont la seule passion est d’étudier la vie d’un jésuite de l’époque baroque, Athanase Kirchner, homme qui le fascine autant qu’il le dégoûte. Chaque chapitre du récit s’ouvre donc sur un chapitre de la biographie du « saint » homme relatée par son disciple, Caspar Schott. Livré à lui-même et à son hobby depuis sa séparation avec son épouse Elaine, Eléazard rencontre par hasard une italienne, Loredana (faut vous y faire, les prénoms sont pas simples là-dedans) et s’éprend plus ou moins d’elle. Ensemble tous deux essaient de déjouer les plans du gouverneur Moreira, vile fripouille qui veut détruire les forêts du Brésil pour construire des hôtels et des bases de lancement américaines. Ça c’est l’histoire numéro 1. Et oui ! Encore une fois c’est un roman qui change de point de vue constamment, toutes mes excuses. Bref, parallèlement à leur histoire, l’ex future épouse du journaliste, elle-même géologue de profession, part étudier quelques vagues roches au fin fond de la jungle avec un petit groupe de chercheurs dont son élève le plus brillant, Mauro, le fils du redoutable ambassadeur, excursion qui va se révéler beaucoup plus difficile que prévu (histoire numéro 2). Pendant ce temps, la fille de ce couple improbable, Moéma, étudiante en ethnologie à l’autre bout du Brésil extorque sans remords de l’argent à son père et se drogue tout en se prenant de passion pour un bel Indien qui la pousse à des actes plus ou moins réfléchis (histoire numéro 3) Le chemin de la belle croisera celui de Nelson, petit brésilien infirme des favelas qui s’est juré de se venger du gouverneur Moreira, responsable de la mort de son père… (histoire numéro 4) ça y est, la boucle est bouclée, le Lost brésilien  est en marche.

Vous pouvez relire si vous avez du mal à comprendre.

Pour résumer : sinistre. Le livre en soi est plutôt bien écrit, le rythme assez enlevé et l’on parvient sans trop de mal au bout des sept cent pages du roman (note pour moi-même : lire pour la prochaine fois une nouvelle de cent pages), mais qu’est-ce que c’est lugubre ! Si vous comptiez offrir Là où les tigres sont chez eux à votre mamie alitée à l’hôpital pour lui remonter le moral, arrêtez tout avant qu’il ne soit trop tard. Tout ici n’est que noirceur. Si vous trouviez le monde trop plaisant, découvrez donc les joyeux favelas brésiliens, monceaux d’ordures et d’autochtones affamés, arrêtez-vous dans ces jungles obscures où de gentils trafiquants de drogue vous tirent dessus à la mitraillette, expérimentez la joie des bordels en tous genres, redécouvrez les vrais valeurs des tribus primitives qui fichent la tête de leurs ennemis au bout d’une pique…

Désolée, je ne pourrais pas, encore une fois faire une critique dithyrambique de l’ouvrage en question : « J’ai adoré ce livre, à lire d’urgence » ; « on en redemande, merci monsieur Roblès de nous faire découvrir une autre culture que la nôtre à travers ce récit enchanteur » ; « quelle intrigue ! J’en pleure d’émotion », etc. A la vérité, il y a beaucoup de choses que je n’ai pas aimé. D’une part, si l’idée de mêler aux récits des protagonistes la biographie de Kirchner est sympathique (bien que le procédé me paraisse un peu usé désormais) l’auteur semble croire qu’en mettant un « & » à la place d’un « et » et en adoptant un style pompeux il parviendra à imiter « jadis » à la perfection ! A dire vrai, les chapitres sur le jésuite baroque sont ceux qui m’ont le plus ennuyés. Vient ensuite l’histoire du héros, Eléazard, qui a autant de charisme qu’un poulpe mort et qui reste agaçant du début à la fin. Le combat contre le gouverneur est tellement manichéen qu’il ne présente aucun intérêt ; d’un côté nous avons le « gentil » occidental prêt à défendre les brésiliens et leurs terres, ami de tous, et de l’autre, le vilain politicien véreux qui n’aime que son argent et qui, en plus, trompe sa femme. Au milieu, caricature, nous avons les américains en vacances, un couple obèse et leur ado boutonneuse, insupportables de suffisance, gros et bêtes. Je suis loin d’être une fan du modèle américain, mais, franchement, là c’est tellement cliché que ça en devient ridicule.

Non non ne partez pas ! On va parler des côtés positifs du roman maintenant et qui sont plutôt à chercher du côté des histoires secondaires, comme celle de la fille d’Eléazard étudiante à la dérive, dont on ne sait trop si elle aime ou déteste son pays d’accueil. Ou mieux encore, le récit de l’expédition d’Elaine, qui à mon sens est la plus réussie des narrations de l’ouvrage. L’auteur loin de s’embourber ici dans des considérations politico-philosopho-religieuses stériles se contente d’une action efficace et plante un décor angoissant à souhait. Certaines situations sont mêmes comiques notamment lorsque le jeune étudiant, Mauro, tente de se faire comprendre d’une tribu primitive… A dire vrai, j’aurais presque préféré que l’auteur se cantonne à ce seul récit…

De Là où les tigres sont chez eux, je retiendrai donc la noirceur (je préviens notamment ceux qui comme ma maman aime les fins heureuses : ça ne finit pas bien du tout !) une avalanche de bons sentiments manifestes de l’auteur (lutte contre la pauvreté, la déforestation et tutti quanti), une avalanche de clichés et trop d’intrigues qui étouffent par ailleurs un style soigné. En bref ; bien mais peut mieux faire. En commençant par raccourcir le titre de ses romans.

Repost 0
Published by beux - dans Roman
commenter cet article
23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 12:06

Le voyage de Gaspard

Eric Pauwels

 

Bon après Dantec on passe à un style radicalement différent avec un livre pour enfants Le voyage de Gaspard. Et si, en lisant Dantec, j’ai beaucoup pensé à mon frère aîné, en lisant ce roman pour adolescents (que personnellement je n’oserai jamais conseiller à un ado) j’ai pensé à mon autre frère en me disant « Mon Dieu je crois qu’il détesterait »

 

Petit résumé ; Gaspard est un gentil garçon de dix ans qui, toujours flanqué de son inséparable compagnon, Puf le chien (et non Paf) accompagne son grand-père aveugle au musée et l’écoute parler de tableaux dont l’homme ne peut plus que se souvenir maintenant qu’il a perdu la vue. Un jour, le grand-père s’arrête devant un tableau La jeune fille à l’oiseau mort et commence à en raconter l’histoire. Le hic c’est qu’il ne voit pas que le tableau est actuellement en prêt et qu’il n’est pas accroché au mur. Gaspard, qui n’ose rien dire à son grand-père, ne peut donc qu’imaginer ce qu’il est advenu du tableau et ce qu’il représente…. A partir de là, le récit met en scène Gaspard et son chien à la recherche du tableau disparu, voyage qui, il faut le comprendre n’a lieu que dans l’imagination du gamin. Bref, Gaspard, par le biais d’un navire, s’embarque dans un royaume enchanté peuplé d’îles de toute sorte (l’île des Mots, l’île du Miel, l’île des chiffres, Elibaniéniébénil le royaume du Désir…) et vit de merveilleuses aventures qui, je vous rassure, finiront toutes bien. Il croisera différents personnages (un parfumeur un peu filou, un sorcier sur son tapis volant, un peintre voleur, un cartographe maniaque, des gnomes) qui l’aideront dans sa quête et, surtout, lui raconteront un grand nombre d’histoires. Au terme de ce voyage initiatique, Gaspard trouvera le tableau et comprendra ce que le peintre a voulu expliquer…

 

D’une chose d’abord ; je trouve que dans ses remerciements finaux, qui pourtant vont de Platon à Bettelheim, l’auteur aurait pu mentionner Michael Ende, le génial créateur de L’histoire sans fin, car il me semble douteux qu’il ne s’en soit pas inspiré, ne serait-ce qu’un petit peu. Même construction narrative avec un personnage qui par le biais d’un objet (une peinture ici) se retrouve « propulsé » dans un monde merveilleux où tout est possible, même façon de procéder (des histoires à l’intérieur d’une histoire) et une série de personnages fantastiques. Plus explicitement Eric Pauwels s’inspire des contes des Milles et une nuits et met volontiers en scène un décor de déserts et d’oasis ; qui plus est, il s’approprie sans aucun remords les histoires des autres et nous relate le mythe de l’Hermaphrodite (merci Platon) et l’histoire des pas dans le sable que j’ai entendu à de nombreuses reprises au cours de catéchisme ! Ceci dit, l’ensemble est plutôt bien construit, les histoires sympathiques à lire et, pour peu qu’on adhère un minimum à l’univers merveilleux, on pardonne volontiers ces plagiats avoués (plagiats non, plutôt réappropriations) qui ressemblent avant tout à des hommages.

 

Ce n’est pas donc l’aspect Mille et une nuits ou L’histoire sans fin qui me gêne ici (il faut dire que, petite, L’histoire sans fin était mon livre de chevet). Non, ce qui me gêne dans Le voyage de Gaspard c’est plutôt l’aspect Petit prince. Le ton du récit est naïf, à la limite du supportable. Dans le roman de Michael Ende, Bastien, le héros, était un petit garçon boudiné, bien loin de l’image sucrée qu’en a fait plus tard Wolfgang Petersen dans son adaptation cinématographique, et qui, d’abord plein de complexes, évoluait pour devenir même à un moment donné mauvais ! C’était un personnage réaliste et, au demeurant, attachant. Gaspard n’est pas crédible une seconde ; c’est un enfant idéal (le genre à manger gentiment ses légumes) qui accompagne aimablement son grand-père aveugle au musée (dites, à dix ans, sincèrement, vous aimiez vous taper les musées avec vos grands-parents ou vos parents vous ?) et qui tout le long des six cent pages du récit n’évoluera pas d’un iota. Il sera toujours égal à lui-même, sympathique, à la recherche de son tableau, et tous ceux qui le rencontreront l’aimeront beaucoup. Pareil au niveau des situations ; dans L’histoire sans fin, il y avait vraiment des passages horribles, des moments où l’on craignait pour la vie des personnages. Ici rien de tel. Tout est figé, rien ne semble troubler le cours paisible des événements car tout est « écrit » (idéologie douteuse mais bon on va pas en faire un fromage) et le seul événement « grave » du roman c’est lorsque Gaspard perd son chien ! Plus soucieux d’aligner ses histoires que de construire véritablement un récit, Pauwels cède à ce que je nommerai « le syndrôme Petit prince ». En gros, il s’agit par le biais de récits  merveilleux d’aligner quelques réalités essentielles sur la vie l’amour, la mort etc., le but étant que l’enfant ouvre de grands yeux émerveillés et que le parent verse sa petite larme d’émotion. C’est très mignon je l’accorde mais ça verse parfois dans le mièvrerie (oui je sais mais ça fait longtemps que je n’avais pas utilisé ce terme) et dans la morale des bons sentiments où tout le monde est beau et gentil (note : Pauwels qui a écrit ce roman pour son fils Gaspard a tout de même intérêt à le prévenir qu’il ne doit pas faire comme le héros et suivre de parfaits inconnus qui lui proposent l’hospitalité)

 

Au final, ce roman me fait penser aux albums jeunesse soigneusement léchés, le genre qui plaît plus aux parents qu’aux enfants (les traîtres se sont déjà précipités sur Dora ou Bob l’éponge) C’est très éducatif, très moral, très instructif. Personnellement, si je devais l’acheter pour mes enfants, ce serait plus pour leur lire le soir (le roman joue beaucoup sur l’oralité des contes, avec les répétitions et un style direct) avant qu’ils s’endorment. Si vous êtes d’humeur cynique, vous ne pourrez que détester, mais si vous aussi vous êtes atteint du syndrome Petit Prince et du complexe du Petit Poney, alors pourquoi pas ? Moi, si vous permettez, je vais passer encore quelques temps à déterminer si j’ai aimé ou pas…

 

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 12:28

Babylon babies

Maurice G.Dantec

 

 

Un jour mon grand frère m’a dit : « Tiens, plutôt que de lire des histoires débiles où des trolls s’entretuent, avec des intrigues moyenâgeuses, pourquoi ne pas lire de vrais ouvrages de science-fiction comme Dantec ? Il paraît que c’est bien. »

 

A noter le « il paraît ».

 

Donc du coup pris d’une bonne volonté sans pareille, je me décide à lire un ouvrage de ce fameux Dantec. Bonnes critiques, bonne réputation… Va pour Babylon babies, le titre a l’air sympa et surtout c’est le premier que je trouve en pile.

L’histoire commence de façon confuse par un mercenaire, Toorop, amateur de Sun Tzu, en train de tuer gaiement d’autres soldats dans le désert (on s’éclate comme on peut) Pour qui travaille-t-il, j’ai déjà oublié, pour les terroristes ou pour les autres ? Bref, ça change rien au fait qu’il récite des prières en assassinant ses ennemis et médite sur la stratégie en les regardant se faire bouffer par les charognards. Suit une longue tirade géopolitique confuse mêlant technique militaire et philosophie à trois sous. A ce stade la stupide femelle que je suis et qui n’éprouve absolument aucune once d’intérêt pour cette vaste boucherie que l’on nomme guerre et tactique (y a vraiment que les hommes pour se passionner pour Sun Tzu ou Jules César) regarde par la fenêtre et se demande 1) si ce livre est réellement de la science-fiction 2) ce qu’il y a à la télé ce soir.

Mauvais départ. Mais soyons opiniâtre. Passons l’entrée en scène d’autres personnages aussi ennuyeux que le premier (des mafieux sibériens, c’est fou d’avoir l’impression de lire de la SF qui se déroule en pleine guerre froide) pour arriver au cœur du récit. Notre soldat, Toorop, est chargé d’une mission par les mafieux en question : emmener et garder au Canada pendant quelques mois une jeune femme énigmatique, Marie Zorn, et ce jusqu’à ce que des « clients » viennent la récupérer. Ne loupez pas ce passage, c’est assurément la partie la plus réussie du livre, celui qui se passe quasiment en huis clos avec Toorop, Marie et deux acolytes chargés eux aussi de surveiller la jeune femme. La question est : que représente Marie, qui plus est schizophrène, pour qu’elle soit si précieuse ? Ou plutôt : que transporte-t-elle ? Rassurez-vous ceci dit, l’intrigue est vite éventée, des fois qu’on pourrait y trouver un intérêt. Notre seule personnage féminin à peu près attachant de l’histoire (toutes les autres sont soit des bombes sexuelles soit au contraire de vilaines frigides dominatrices et castratrices) se révèle être enceinte de jumelles clonées pour le compte d’une secte qui espère conquérir l’espace avec une nouvelle race d’êtres supérieurs.

Huuum… Vous êtes toujours là ? C’est beau. Bref, suite à de nombreuses crises de schizophrénie, les employeurs de Marie décident de la supprimer, mais elle, grâce à ses jumelles en contact avec l’ordinateur-mère et le logiciel tout puissant, ou alors grâce à ses multiples personnalités, bref, on ne sait comment, elle parvient à rendre ses gardes du corps fous et à s’enfuir. Et après…Ben comme c’est une faible femme enceinte forcément, elle se fracasse le crâne dès qu’elle en a l’occasion mais, heureusement se fait récupérer par une autre secte (ou la même peut-être ?) qui la soigne pour qu’elle accouche. Toorop lui aussi atterrit dans cette secte et fait connaissance avec un écrivain de SF Dantzig (monsieur Dantec, ne seriez-vous pas un brin mégalo ?) qui prédit le futur dans ses livres et l’avènement d’une nouvelle race clonée supérieure. Suit une passionnante conversation entre les deux personnages sur le clonage, l’informatique et la stratégie militaire, passionnante conversation que je ne serais malheureusement pas en mesure de vous retranscrire car elle se mêle bizarrement à celle de mon petit écran où l’agent Gibbs explique à sa supérieure que le corps qu’il a retrouvé n’est peut-être pas celui de leur présumée victime.

Fin du supplice littéraire. Marie accouche mais meurt (il faut bien un sacrifice… Ah tiens, mince je viens réaliser la connotation biblique du prénom du personnage, pourtant pas subtile. Décidément ce livre m’a touchée) et donne naissance à ses jumelles. Toorop se sent aussitôt l’âme d’un père car il est entré en contact avec le cerveau de la mère via un logiciel super puissant et du coup se sent en communion spirituelle. Il prend en charge les deux enfants tandis que le monde commence à s’écrouler autour de lui. Mais on s’en fout, tout ce qui importe c’est que ce foutu roman se termine.

 

C’est super non ? Un délire informatico-stratégigo-scientifique saupoudré d’une bonne dose de new age. Un ouvrage de science-fiction qui sent déjà le rance et d’un ennui mortel. J’aurais peut-être dû lire autre chose de Dantec, peut-être Les racines du mal. En attendant, mon frère peut râler tant qu’il veut : je retourne à mes trolls tueurs et mes auteurs de fantasy qui eux, au moins, ont l’avantage de ne pas se prendre au sérieux…

 

 

Repost 0