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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 19:05

L’assassin royal

Vol.1 Le bâtard

Gaudin/Sieurac



Un jour, au royaume des Lonvoyant, un jeune garçon est amené au palais. Il s’appelle Fitz et c’est un bâtard du prince héritier (appelé roi servant), le prince Chevalerie. Bien évidemment la nouvelle fait scandale et Chevalerie préfère « démissionner » au profit de son plus jeune frère, le prince Vérité et ce afin d’éviter les éventuelles guerres de succession. Fitz n’a de la sorte aucun espoir (et aucune envie d’ailleurs) d’accéder un jour à la succession, mais son grand-père, le roi Subtil, décide de s’en faire un allié et fait de lui son assassin attitré….

L’histoire vous dit quelque chose n’est-ce pas ? Normal, j’ai déjà parlé de la série  L’assassin royal  de Robin Hobb à deux reprises. Sauf que là, TADAM ! Je vous parle de l’adaptation en bande dessinée. Ben oui, quand on a un best-seller c’est dommage de ne pas jouer sur les dérivés…

J’avoue que l’idée d’adapter  en BD un ouvrage de la sorte à la base me laissait plutôt perplexe. Déjà j’ai beaucoup de mal avec les adaptations d’ouvrages classiques mais là, l’œuvre de Robin Hobb est tout de même un pavé et son intérêt réside essentiellement dans la construction des personnages qui s’étoffent au fil des pages. L’intrigue de même est plutôt sur la durée (certains esprits mesquins vous diraient que parfois elle traîne un peu en longueur comme dans tout cycle de fantasy qui se respecte) et je ne voyais vraiment pas ce qu’on pourrait en tirer à en faire une adaptation dessinée dans la mesure où il n’y a même pas de trolls ou de créatures visuellement « intéressantes » Alors ? Concrètement nous nous retrouvons avec entre les mains un premier album qui doit reprendre environ la moitié du premier tome de la saga (une aubaine éditoriale quand on sait qu’il y en a treize si mes souvenirs sont bons) avec une narration qui reprend scrupuleusement celle du récit. Je ne peux pas dire que ce soit laid. Le dessin est correct, je trouve même les couleurs plutôt jolies, mais ça sonne faux d’un bout à l’autre. J’ai entendu dire un jour que pour faire un bon film d’un livre, il était nécessaire de s’en éloigner, n’en déplaisent aux puristes, et ce afin de créer une œuvre autonome. Je suppose que le principe s’applique à toute adaptation. Pour prendre une comparaison, en lisant L’assassin royal en BD, j’ai ressenti exactement la même chose qu’en regardant Les rois maudits en série télé (juste un épisode, je vous jure, et en plus on m’avait forcée) : les costumes étaient scrupuleusement respectés, Gérard Depardieu criait « Maudits ! » avec beaucoup de conviction, les décors étaient conformes je suppose à la réalité historique, mais vous savez quoi ? ça restait du carton-pâte et au final ne c’était ni palpitant ni sensationnel, c’était au mieux instructif, et au pire, profondément ennuyeux….D’un point de vue marketing, je suppose qu’on peut justifier la sortie de L’assassin royal en bande dessinée. D’un point de vue créatif, je ne suis absolument pas convaincue….

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 14:52

Le passage de la nuit

Haruki Murakami

Le soir tombe sur Tokyo ; tandis que dans sa chambre Eri Assaï dort profondément, comme elle le fait depuis deux mois, sa sœur Mari dans un bar en ville lit en guettant l’aube. C’est le début d’une nuit où plusieurs destins vont se croiser et des liens se tisser. D’heure en heure, la ville se transforme et change de visage. Mari retrouve ainsi une connaissance de sa sœur, Takahashi,  musicien qui répète pour la dernière fois avant d’abandonner la musique et de se consacrer à des études de droit. Cette rencontre fortuite l’amène ensuite à d’autres rencontres : une prostituée chinoise battue à mort, une gérante d’hôtel au grand cœur… Vous croyez qu’une ville ne vit pas la nuit ? Détrompez-vous : voilà un informaticien accroc à son boulot qui fait des heures sup’ pour s’éloigner de sa famille ; une femme de chambre en cavale ; des chinois proxénètes qui course un client indélicat, des chauffeurs de taxi et des employés de supérette… Et au centre de ce tableau hétéroclite, deux visages qui se distinguent, celui des sœurs Assaï l’une qui dort pour oublier, et celle qui s’est jurée de ne plus dormir mais qui essaie d’oublier quand même….

Conseillé par l’un de mes gentils lecteurs (que je remercie au passage pour m’avoir fait découvrir Murakami) Le passage de la nuit est sans conteste un roman à lire. D’un point de vue formel, l’auteur adopte un style qu’à défaut de meilleure expression je qualifierais de « cinématographique » : Murakami nous invite à nous placer d’un point de vue extérieur à la narration, à la manière d’une caméra, et d’observer les personnages. Incapables ainsi d’accéder à leurs sentiments et leurs émotions, nous ne pouvons que les interpréter à partir de leurs actions (l’informaticien qui fait ses exercices de musculation sur fond de musique classique, Mari qui lit un ouvrage volumineux dont ne nous saurons pas le titre, Takahashi qui achète du lait deux fois dans la nuit pour on ne sait quelle obscure raison) L’aspect filmique se retrouve aussi dans les dialogues, très nombreux, et dans un décor décrit avec sobriété et toujours avec justesse. Mais la beauté du roman réside aussi dans justement tout ce non-dit, cette esquisse de personnages qui au fil des dialogues se dévoilent peu à peu. C’est assez remarquable qu’un auteur parvienne à donner du relief à un personnage, Eri, qui tout au long du livre ou presque, se contente de dormir ! Ajoutez à cela une dimension un peu fantastique, propice à la nuit et à ses mystères et vous obtenez un roman plein de finesse…

Le passage de la nuit m’a touchée par son apparente simplicité qui cache un réel talent d’écriture et par sa faculté de restituer l’émotion de gestes simples. Qui plus est, il restitue à merveille l’ambiance d’une nuit que tout insomniaque a un jour connu. J’ignore si sa lecture vous fera autant d’effet qu’à moi mais je ne saurais trop vous conseiller d’essayer et de tenter la nuit blanche…

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 00:02

La couleur de la peur

Malorie Blackman



Les cauchemars ne sont pas toujours peuplés de créatures fantastiques, d’incendies ou d’amphis où tout le monde vous voit nu. Les cauchemars varient selon les gens et les humeurs, la situation familiale, les peurs, le passé du dormeur ou tout simplement de ce qu’il a mangé le soir avant de se coucher. Certains se contentent de rêver qu’ils se font virer, d’autres qu’ils se font plaquer lors de la cérémonie de leur mariage et d’autres encore qu’ils se font écraser par des chaises ou poursuivre par des chiens enragés. Il y même certains petits veinards qui ne cauchemardent pas du tout.

Alors ce soir, comme d’ailleurs c’est bientôt l’heure d’aller dormir, parlons cauchemars puisque c’est le thème du roman d’aujourd’hui.

Ça commence de façon tout à fait ordinaire. Kyle, jeune garçon un brin perturbé par une situation familiale qu’il se refuse à reconnaître, part en voyage de classe avec ses camarades et son professeur. Seulement voilà que le train a un accident. Suspendu au-dessus du vide dans ce qui pourrait devenir son tombeau, Kyle est le seul à rester conscient dans le wagon. Sentant qu’un danger rôde dans le véhicule, il ne lui reste plus qu’une solution pour y échapper en attendant les secours, c’est de se plonger dans les cauchemars et les rêves de chacun de ses compagnons blessés. Mais la Mort se promène dans toutes les têtes et, pour la fuir, le jeune garçon n’aura d’autre choix que d’affronter son propre cauchemar….

C’est sans conteste l’une de mes meilleures surprises au rayon jeunesse depuis longtemps. On peut reprocher quelques petites bricoles à ce roman, entre autres son aspect décousu ; il s’agit en effet moins d’un récit que de plusieurs nouvelles (les cauchemars de chacun) avec un fil rouge (l’accident de train et l’histoire de Kyle). D’ailleurs, l’auteur confesse à la fin avoir déjà publié plusieurs de ces historiettes dans des revues. Cependant, toutes ont été retravaillées et au final, ce bric-à-brac hétéroclite forme un roman tout à fait réussi. De la matière même des rêves, le contenu des récits varie et nous passons ainsi d’un chapitre où le fantastique pur prédomine (l’un des élèves affronte Méduse le personnage mythologique ou encore le professeur signe un pacte avec le Diable) à des histoires beaucoup plus vraisemblables (l’une des élèves auraient tué ses amis, l’ami de Kyle rêve de ce que pourrait être son avenir) Difficile de savoir dans cette promenade la part de réel et de mensonge et l’auteur se soucie peu de trouver une réponse. Lily, l’une des passagères du train a-t-elle vraiment des petits-enfants psychotiques, Kendra se fera-t-elle harceler plus tard par son compagnon, nous n’en savons rien et au fond nous nous en moquons. Pour Kyle, cette promenade dans l’univers bleu gris des rêves est avant tout une quête initiatique, le moyen de puiser des forces afin de faire face à son propre cauchemar qui, comme tous ceux des autres, est unique et n’appartient qu’à lui.

La couleur de la peur est un savant mélange entre fantastique et suspens (qui se promène dans le wagon ? Les secours arriveront-ils à temps pour sauver tout le monde ?) avec un personnage attachant. Kyle est un adolescent tout ce qu’il y a de plus ordinaire : il ne sait pas comment secourir ses camarades, il fuit son passé… Qui plus est, il n’intervient pas du tout dans les rêves de ses amis (certaines des histoires sont racontées du point de vue de la personne inconsciente) mais son rôle de « passeur » de rêves fait que le lecteur s’identifie volontiers à lui. Bon, un petit bémol, le côté un peu moralisateur de la fin, mais ça n’ôte en rien les qualités d’un roman  bien écrit et qui remue le somnambule qui cauchemarde en chacun de nous.

Sur ce je vous souhaite une bonne nuit et rappelez-vous que si tout songe est mensonge c’est aussi parce que nous nous cachons en chacun de nos rêves…

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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 20:29

Crossfire

Miyabe Miyuki



Aori Junko est une jeune fille japonaise de vingt-cinq ans  à priori tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle a un petit boulot mal payé, vit seul tout en rêvant d’amour et de maisons en bois. C’est une solitaire un peu mal dans sa peau. Son seul souci c’est qu’elle déclenche des feux, ce qui l’oblige à vivre en recluse près d’un point d’eau et à se contrôler en permanence. Jusqu’au jour où elle décide de faire usage de ses pouvoirs à des fins justicières et de débarrasser la société des meurtriers en tous genres…. Ces pouvoirs ne passent pas inaperçus et Junko est bientôt repérée à la fois par la brigade des incendies criminelles et à la fois par une organisation secrète nommée les Anges Gardiens qui cherchent à l’enrôler pour en faire une des leurs.

Vous l’avez compris, contrairement aux apparences, Crossfire n’est pas un roman fantastique. Si  l’auteur se réclame clairement du livre de Stephen King Charlie, les pouvoirs parapsychologiques sont le seul élément surnaturel d’un ouvrage qui se veut avant tout roman policier. Policier puisqu’il s’agit d’un jeu du chat et de la souris entre deux personnages, d’un côté Aori Junko la justicière pyrokinésiste, de l’autre la paisible Ishizu Chikako, une femme policier proche de la cinquantaine et qui n’a rien à voir avec le personnage « type » du polar : elle n’est ni particulièrement brillante, ni dotée d’intuitions fulgurantes, c’est seulement une femme travailleuse qui doit avant tout son statut à des quotas ! Ces deux figures féminines qui ne se croiseront qu’à la fin du roman sont attachantes et tiennent à tour de rôle une intrigue au demeurant assez mince. L’auteur ne brille pas particulièrement dans les scènes d’action, le rythme du livre est souvent lent et le suspens quasi-inexistant (même si le final est plutôt inattendu). En revanche, là où Miyabe Miyuki excelle c’est dans la psychologie des protagonistes notamment de Junko. De prime abord plutôt antipathique, la jeune fille prend au fil des pages de plus en plus d’épaisseur et on finit par s’attacher à ce portrait d’une femme que ses pouvoirs et son obsession de « justice » ont condamné à la solitude : « Je suis le pompier veuf, dit-il en entonnant l’air d’une chanson drôle. Je sauve du feu une jolie fille. Eperdue de reconnaissance, elle me dit qu’elle me doit la vie, mais son amoureux se pointe au pas de course, ils s’embrassent, versant des larmes de joie et puis s’envolent. Et moi, le devoir accompli, je rentre au travail, ma maison est dans le noir, le poêle est éteint, il fait froid et mon chat miaule après la nourriture. ». Ishishu Chikako est également intéressante car, comme je l’ai déjà dit, elle ne correspond pas à l’inspecteur « type » (la brillante jeune femme sexy qui finira immanquablement dans les bras de son acolyte le moment venu). En revanche, les personnages secondaires sont un peu moins bien traités et j’ai déploré à certains endroits l’aspect manichéen de l’ouvrage comme la description sommaire des « méchants », ceux que Junko tue et qui semblent toujours mériter leur sort…

De ce livre à mi-chemin entre fantastique et roman noir se dégagent plusieurs réflexions sur des thèmes divers. Réflexion sur la peine de mort notamment qui s’articule autour de plusieurs personnages : nous avons Junko qui tue ceux qu’elle juge « coupables » , nous avons les Anges Gardiens, qui, plus discrets, partagent les mêmes convictions, mais nous avons aussi Ishizu Chikako qui se refuse à céder à la facilité du « œil pour œil dent pour dent » ou encore cet homme qui, acceptant d’abord le concours de Junko pour se débarrasser du meurtrier de sa sœur, recule au moment de passer à l’acte. Vengeance et justice, le débat est ouvert… Mais cette réflexion se double aussi d’un état des lieux sur la place de la femme dans la société japonaise : entre la femme battue à mort par son mari, la fougueuse Junko qui se fait délaisser pour une autre par celui qu’elle aime en silence, Ishizu qui ne doit son augmentation que parce qu’elle est une femme, qui plus est relativement placide, on ne peut pas dire que la condition féminine soit extrêmement enviable ! Crossfire est enfin avant tout un roman sur la solitude : les amitiés décrites sont rares, les amours illusoires et chacun des protagonistes se débat avec ses propres démons, de l’Ange Gardien Koichi qui, tout comme Junko, dispose de pouvoirs au collègue de Ishizu, Makihara, que la mort de son petit frère a conduit à l’obsession. Mélancolique, l’auteur a cependant l’extrême mérite de ne jamais verser dans un sentimentalisme niais et préfère toujours suggérer plutôt que de dire clairement (ainsi seul un regard de Junko sur l’homme dont elle a vengé la sœur permet de comprendre qu’elle a été amoureuse de lui et qu’elle l’aime peut-être encore)

 

Pour résumer : si vous voulez un bon polar plein d’action, de sexe et de violence, passez votre chemin. Mais si vous cherchez quelque chose d’original (personnellement c’est la première fois que je lis un roman policier japonais !) et de plutôt bien écrit, alors essayez de vous frotter à Crossfire et dites-moi ce que vous en avez pensé…


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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 18:12

Sinbad

t.1 Le cratère d’Alexandrie

Arleston/Alary

 

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Moi aussi je voulais connaître les séries de bandes dessinées à succès comme Lanfeust ou Troll de Troy. Moi aussi je voulais être capable de prendre un air entendu quand on m’en parlait. Alors j’ai décidé de tenter une nouvelle série chez Soleil ; Sinbad.

Tout commence au légendaire royaume des Milles et Nuits. Jadis Al-A-Din devint khalife grâce aux pouvoirs du génie de la lampe magique. Mais son bienfaiteur lui révèle une terrible nouvelle : il mourra de la main de l’un de ses fils. Terriblement angoissé (en même temps on peut comprendre) notre khalife décide du coup de tuer tous ses garçons. Le génie en profite pour liquider les épouses par la même occasion, sauf une Daïna qui parvient également à mettre à l’abri son fils Sinbad en le mettant dans un panier qu’elle jette dans la rivière (ça vous rappelle rien ?) Bref, Sinbad grandit, ignorant tout de son passé jusqu'au jour où, devenu un homme, il décide de découvrir qui étaient ses parents. Mais pour cela il lui faudra notamment l’aide d’une magicienne capricieuse…

Bah au début, j’étais vraiment prête à mettre mes préjugés au placard. Certes, je ne suis pas une fan du dessin, ce qui est d’ailleurs totalement subjectif (je vous rappelle que de ce côté-là j’y connais rien) mais le scénario partait plutôt bien. L’ennui c’est que je soupçonne une série à rallonge. Du coup, si le début est construit (mise en place de l’intrigue, etc.) après il s’agit en gros de meubler le reste de l’album (tome 1 voyons, il faut que ça dure cette histoire) dès le moment où Sinbad entre en scène. Alors on place ça et là quelques petites batailles pour montrer que le héros est un gros dur, un marchand filou un peu coureur (il a engrossé une femme) mais un cœur tendre (quand une demoiselle est en détresse il vient la sauver), on lui fait dire quelques blagues (c’est un comique faut pas croire) et on lui donne un but, retrouver ses parents (blessure secrète de l’abandon à panser). Bref, c’est pas sensationnel. On suit ça d’un œil distrait en se disant « sacré Sinbad va », parfois on revient à la page d’avant parce qu’on s’aperçoit qu’on a peut-être loupé quelque chose (il y a là un côté fouillis) et on achève ainsi une bande dessinée vouée assez rapidement à l’oubli, du moins en ce qui me concerne… Mais au moins maintenant je peux dire que je connais une BD d’Arleston ! (peut-être pas la meilleure je suppose)

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 19:04

La vie de Lazarillo de Tormès

 


Allez zou ! Un peu de littérature classique ça faisait longtemps… On retourne aux 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie avec le livre d’un anonyme espagnol du 16e siècle : La vie de Lazarillo de Tormès. Oui je vous entends soupirer, mais je me suis un peu ennuyée en lisant ce court roman, alors je ne vois pas pourquoi je serais la seule à souffrir. Déjà un bon conseil, sautez l’introduction. J’avais commencé à la lire consciencieusement avant de m’apercevoir qu’elle faisait presque 90 pages, soit presque autant que le récit à proprement parlé…

 La narration se présente comme la biographie d’un brave garçon espagnol, Lazarillo, qui a la particularité de n’être ni un noble ni un vaillant chevalier sans le sou. Non, c’est un va-nu-pieds  tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Fils d’un meunier escroc, Lazarillo est d’abord vendu à un aveugle qui l’affame et à qui, en représailles, il joue nombres de tours. Notre héros entrera ensuite tour à tour au service d’un prêtre (encore plus avare que l’aveugle), d’un moine (coureur), d’un vendeur de bulles (escroc), d’un écuyer (un brave homme mais qui se laisse mourir de faim pour des questions d’honneur), d’un alguazil (officier de police espagnol) et, finalement, il épouse une femme qui le trompe avec un homme d’Eglise et, grâce à l’influence de ce dernier, devient crieur public. Vous l’avez compris, ces différentes fonctions permettent à l’auteur de dresser un portrait féroce de la société espagnole, notamment du clergé qui apparaît tout sauf très catholique. C’est pourquoi certains ont voulu voir dans l’auteur un disciple d’Erasme, humaniste qui lui-même dénonçait les excès de l’Eglise. Théorie cependant contestée dans l’introduction (vous voyez que j’en ai lu un bout !) car, si la satire est cinglante, elle ne s’accompagne d’aucune réflexion théologique particulière qui pourrait rattacher notre illustre anonyme au grand penseur.

D’un point de vue littéraire, La vie de Lazarillo de Tormès s’inspire d’un certain nombre de folklores puisque, par exemple,  le thème du petit garçon qui mène un aveugle et qui lui joue des tours pendables est un motif récurrent de la tradition orale. Bien plus, ce roman serait le tout premier roman picaresque, c’est-à-dire mettant en scène des picaros, aventuriers espagnols (vous l’avez compris, c’est cours magistral ce soir) Les picaros ne sont ni forcément très braves ni forcément très héroïques. Ils ne sont pas des preux chevaliers qui vont casser les bras et les têtes de centaines d’ennemis pour leur petit déjeuner, ce sont juste des aventuriers terre-à-terre et profondément humains avec leurs forces et leurs faiblesses (Lazarillo est bien souvent tourné en ridicule mais il apparaît aussi comme quelqu’un de touchant, notamment lorsqu’il est torturé par la faim) Je ne vais pas entrer dans les détails car je ne suis pas non plus très calée dans le roman picaresque (pas encore en tous cas) mais disons que le roman picaresque par excellence est celui de Cervantès : Don Quichotte. Voilà. Et j’arrête là mon exposé pour ne pas dire trop de bêtises.

Bon, après, concernant le plaisir de lecture, j’avoue que ça n’a pas été forcément ma meilleure expérience. Il y a des « classiques » dans lesquels on entre comme dans le plus palpitant des romans. Avec ce court ouvrage, je me suis retrouvée comme à l’école à essayer de disséquer le texte pour en repérer la satire, à comparer avec le texte espagnol juste à côté, à repérer les motifs folkloriques soulignés par l’introduction, bref, j’ai joué l’élève studieuse. Mais au final je me suis un tantinet ennuyée et je crains un peu de ne pas être une adepte du roman picaresque. Ce qui est inquiétant dans la mesure où Don Quichotte approche à grands pas et que l’œuvre de Cervantès est, elle, un pavé… Espérons que les moulins à vent m’inspireront plus…

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 11:54

Arlington Park

Rachel Cusk

 

Après les lectures un tant soit peu déprimantes de ces derniers temps, j’ai eu envie de lire quelque chose d’un peu plus, comment dirait-on, léger. Mon choix s’est donc arrêté sur le livre de Rachel Cusk : Arlington park.

 Pour ceux qui ne connaissent pas, Arlington park est un roman dont le contenu m’a irrésistiblement fait penser à la série américaine Desperate Housewives (désolée pour les non initiés). L’histoire se déroule sur une journée, une journée ordinaire en banlieue résidentielle anglaise, Arlington Park, et met en scènes des épouses et mères chacune en proie à leurs propres soucis et leurs propres doutes. Il y a Juliet, la femme que tout destinait à un brillant avenir de journaliste ou de professeur d’université et qui se retrouve coincée comme professeur de lycée dans cet endroit avec deux enfants pour qui elle n’éprouve guère d’affection et un époux à qui elle attribue son échec. Il y a Amanda, la mère au foyer maniaque à l’excès, l’épouse ultra-organisée qui n’arrive malgré tout pas à s’intégrer aux autres femmes ; la caractérielle Maisie qui semble prendre un malin plaisir à saboter sa famille comme pour reproduire l'échec familial de son enfance ; la placide Stephanie qui s’épanouit en toute sérénité dans son rôle d’épouse et de mère sans paraître rechercher d’autres aspirations ; la douce Solly qui loue la chambre d’amis à des étudiantes pour apporter un peu de neuf dans une vie sclérosée ; la volubile Christine qui ne supporte plus son mari et trompe son ennui dans les potins et l’alcool…

 

C’est assez amusant, il faut le reconnaître, essentiellement pour les femmes (je doute que la gent masculine goûte du plaisir à la lecture de ce roman) mais plutôt frustrant. Car, depuis le réveil de Juliet au dîner final chez Christine, au fond, il ne se passe rien. Pas d’action ni réellement de situation de crise ; les femmes vaquent à leurs activités, font du shopping, parlent beaucoup, pensent encore plus et puis c’est tout. Je ne dis pas que tout récit doit être ancré dans l’action, mais à ce moment-là, l’auteur aurait dû se concentrer sur un seul personnage si elle voulait vraiment développer sa thématique de l’ennui. Car c’est bien ce dont il s’agit, d’ennui, ennui de toutes ces femmes qui songent sans parfois l’avouer qu’elles auraient préféré une vie un peu moins terne. Mais finalement, cet ennui est tellement distillé dans ces différents portraits de femmes qu’il en perd de l’intérêt. Et puis, il faut bien avouer que le féminisme du roman est trop réducteur pour être chose que lassant : à ma droite nous avons toutes ces épouses brillantes, victimes de la société, condamnées pour l’éternité à changer des couches et écouter des braillements d’enfants (l’amour maternel est totalement absent du roman c’est assez impressionnant) ; à ma gauche leurs époux, pas méchants mais bourreaux quand même (Juliet emploiera même le terme d’ « assassin » pour parler de son conjoint) qui condamnent les femmes à une existence de serpillières et de papotages autour d’un café sur le prix de la tomate. Je suppose que dans les années cinquante ce genre de considérations avait son importance mais là j’avoue que j’ai du mal à croire qu’il y ait encore certaines femmes qui se plient à ce genre de servitude autrement que volontairement. Le pire je pense, c’est que l’auteur ne voulait sûrement pas se montrer aussi tranchée. Mais, faute de développement, elle réduit ses personnages à des stéréotypes (la cruche contente de son sort car apparemment être une femme au foyer heureuse fait nécessairement de vous une dinde sans aspirations, la brillante jeune femme bridé dans ses élans par son époux et qui se console en faisant découvrir à ses élèves les grands romans féministes, la mauvaise langue qui boit pour oublier qu’elle n’aime pas son mari raciste et stupide) et ce qui aurait pu être un récit réussi  devient une galerie de portraits amusants parfois, déprimants le plus souvent (oui je sais, encore une mauvaise pioche !). ça n’est pas désagréable à lire, mais ça ne changera pas le cours de l’histoire et ça fera surtout sourire quelques quadragénaires entre deux  tasse de café et leurs cours d’encadrements…..

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 10:59

La vie secrète

Fredman


 

 

Retour dans le monde merveilleux de la bande dessinée avec le premier tome d’une nouvelle série : La vie secrète, mettant en scène trois générations. Armand, le grand-père, agonise dans un hôpital suite à une attaque cérébrale. Son petit-fils, Simon, est très affecté par cet événement mais ce n’est pas le cas du fils Grégoire, qui, détaché de son père depuis près de vingt-cinq ans, a lui-même plus ou moins fui le domicile conjugal et cherche une issue à son existence futile. Il en veut terriblement à Armand qu’il rend responsable de ses égarements, mais Armand lui-même n’est pas tout blanc puisque, autrefois, il a participé aux combats sur les fronts de l’Est en tant que volontaire SS…

Pas grand-chose à dire sur cette BD. Certes, la « morale » est louable puisqu’il s’agit avant tout de pardonner, tant à soi-même qu’aux autres. Je n’ai pas grand-chose à dire non plus sur le dessin puisque je ne suis absolument pas une spécialiste. Mais… Bon allez je vais encore une fois passer pour une méchante sans cœur et sans goût, mais j’ai jamais vu des dialogues aussi pompeux ! Le fils Grégoire tout particulièrement parle comme dans un livre et même pas un roman, non, comme dans une pièce de théâtre grandiloquente. Vous me trouvez dure ? Alors voilà un extrait : (note : les personnages sont en train de se quereller au téléphone) « Greg ! Ecoute-moi, je sais que c’est pas simple mais que tu le veuilles ou non, il détient une part de toi qu’il veut probablement te rendre, ce sera trop tard une fois mort/ Eh bien j’ai changé d’avis, fidèle à ma réputation de cyclothymique instable, j’ai finalement décidé de ne pas porter ses valises, les miennes me suffisent !/ Je confirme, t’es vraiment lourd mon pauvre Greg, j’ai surtout l’impression que t’as une trouille bleue de découvrir ce que tu es vraiment et t’es bien incapable d’envisager ta vie autrement que sur un champ de bataille. » Voilà, c’est-y pas joli ? Phrases bien tournées, métaphores…. Et ça cadre pas du tout ! Enfin ça me paraît déplacé, je ne trouve pas d’autres mots. D’autres s’extasieront peut-être, moi du coup ça m’a tout foutu en l’air. L’histoire a beau être intéressante, elle m’a paru de ce fait creuse et plaquée. En un mot, je n’ai pas été touchée par une bande dessinée qui semble vouloir réunir tous les ingrédients nécessaires à faire pleurer dans les chaumières : le père et le fils ennemis, la seconde guerre mondiale et le génocide, la mort, etc. Manqueraient plus que le racisme et le Sida dis donc (gardons espoir, il reste encore deux tomes)! C’est civique et profondément ennuyeux mais je suppose que ça plaira à ceux qui veulent des bandes dessinées « sérieuses » c’est-à-dire ceux qui confondent sujet et qualité… Moi j’avoue que je trouve les petits poissons de Poupon ou les dragons de Boulet (regarde grand frère, je te cite !) beaucoup plus à mon goût que le histoires larmoyantes mal traitées.

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 19:35

Le tireur de pousse

Lao She

 

 

Dans la série « Voulez-vous déprimer avec moi pendant ces longues soirées d’automne ? » on passe à un grand classique de la littérature chinoise : Le tireur de pousse. Ce sympathique roman publié dans les années 30 sous forme de feuilleton relate les aventures du « Veinard », un héros assez pathétique. Le Veinard est un brave gars venu de sa campagne qui, arrivé en ville, décide de devenir tireur de pousse-pousse. Au début, la chance lui sourit. Honnête, travailleur et tout le toutim, un brin avare cependant, il gagne bientôt de quoi acheter son propre pousse plutôt que de le louer. Hélas ! Première mésaventure, la guerre lui fait tout perdre en quelques jours. En effet, fait prisonnier par des soldats, le Veinard perd ses vêtements et son véhicule mais, dans son malheur parvient à s’échapper avec trois chameaux qui lui permettent de remonter la pente… Cependant le mécanisme est enclenché. En dépit de tous ses efforts et malgré toute sa bonne volonté, le héros ne parvient pas à échapper à son destin de tireur de pousse qui le condamne tôt ou tard à la misère…. Entre-t-il dans une maison chez des maîtres bons que ces derniers sont poursuivis par la police, récupère-t-il un brin d’indépendance qu’une femme jette son dévolu sur lui et parvient à se faire épouser, se résigne-t-il à une vie paisible avec sa famille que cette dernière vole en éclats… Un constat amer de l’auteur qui, il le confessera une vingtaine d’années plus tard, ne voyait pas d’issue possible à une classe sociale que lui-même avait dans son enfance bien connue..

 

Ce qui est déprimant dans ce livre, ce n’est pas tant la série de malheurs qui s’abattent sur le personnage qui, somme tout, ne sont pas si graves. C’est assez affreux à dire mais le Veinard a presque toujours de la chance dans son malheur : il trouve quasiment à chaque fois une main tendue pour le secourir et, il faut bien le dire, parfois il fait des erreurs qui lui coûtent cher. Notre héros n’est pas tout blanc : âpre au gain comme nous l’avons déjà souligné, il n’est pas forcément toujours très courageux et, surtout est assez dur. Cependant il apparaît bien vite que c’est un brave homme dont le seul défaut est de croire qu’il peut sortir de sa condition sociale, égale à celle d’un domestique, à peine mieux traité qu’un animal. Là réside toute la tragédie de cette œuvre qui, point par point, s’applique à nous démontrer qu’il n’y a pas d’issue possible pour les hommes qui n’ont pas eu la chance de naître riches. Le Veinard c’est la destruction du mythe du Self Made Men ; il est d’ailleurs assez symbolique de constater que la fin du récit (pardon de la dévoiler mais en même temps c’est pas un roman à suspens) s’achève par, non pas la mort du personnage, mais par sa résignation, qui apparaît alors presque pire que la mort. Le Veinard jette l’éponge.

Autour de ce personnage un peu énervant mais au demeurant attachant, gravitent d’autres personnages tout aussi tragiques : La Tigresse, la vieille fille qui jette son dévolu sur notre héros et parvient à s’en faire épouser. Ogresse possessive, sa propre paresse est cause de son malheur ; maître Liu, le riche propriétaire du garage de pousses et père de la Tigresse, son orgueil et son égocentrisme le condamne à la solitude ; enfin la jolie petite Joie (suprême ironie de l’auteur) qui vendue par son père pour subvenir aux besoins de sa famille, devient prostituée et pour fuir sa condition finit par se pendre. Autant de figures qui permettent à Lao She, l’auteur, de remettre en cause indirectement (censure oblige) un système qu’il condamne.

 

Le Tireur de pousse est donc, vous l’avez compris, un roman pas forcément très gai. Le style est plutôt frais, direct, aucunement fait pour susciter les larmes, mais le fond est particulièrement sinistre. On pardonnera cependant à l’auteur de nous mettre le moral en vrac ainsi que la tendance moraliste de l’histoire (les honnêtes travailleurs ne sont pas récompensés et les vrais méchants ce sont les paresseux comme la Tigresse ou les concubines des riches propriétaires) et, surtout, sa postface de propagande, dix-neuf ans plus tard, opposant à la société d’avant le nouveau et radieux communisme « La présente édition de mon livre n’a vraiment qu’un seul but : rappeler au peuple les affreuses ténèbres de l’ancienne société et lui montrer combien il doit apprécier le bonheur et la vie radieuse d’aujourd’hui ». Pourquoi ? Parce que Lao She est un sans conteste un grand écrivain, que son roman se lit d’une traite, et qu’il a raison sur un point : la révolution vaut mieux que la résignation….

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 14:20

La porte des Enfers

Laurent Gaudé


Dans la mythologie gréco-romaine, il existe cet endroit souterrain appelé les Enfers, là où vont les morts après leur passage sur Terre. Hadès y règne, jaloux de ce monde d’ombres. Un jour, il décida de prendre femme et enleva Perséphone, fille de Déméter, déesse de la fertilité. Inconsolable, Déméter cessa de nourrir la terre et les champs pleurant pour que sa fille lui soit rendue. Pris de pitié, Zeus accorda donc à Perséphone le droit de revenir à l’air libre près de sa mère six mois dans l’année ; ainsi, le printemps et l’été, Déméter se réjouit tandis que l’automne et l’hiver elle pleure sa fille cloîtrée auprès de son époux.

C’est sur ce thème des Enfers que s’appuie le dernier roman de Laurent Gaudé : La porte des Enfers. L’histoire se passe à Naples. En 1980, Matteo voit toute sa vie voler en éclats ; son fils Pippo, six ans, est pris dans une fusillade entre deux gangs et meurt dans ses bras. Sa femme Giuliana, inconsolable, exige de son mari qu’il lui ramène son fils ou, tout du moins, qu’il venge sa mort. Matteo se révèle incapable de tuer le meurtrier de son enfant et, demeuré seul, il erre dans les ruelles obscures de la ville la nuit jusqu’à rencontrer un jour un petit groupe d’excentriques. Il y a Grace, un travesti, Garibaldo, un patron de café débonnaire, Don Mazerotti, vieux prêtre farfelu et, enfin, le professeur Provolone. C’est ce dernier qui va révéler à Matteo le moyen de descendre chez les morts par une porte connue de lui seul. Ainsi, si Matteo ne peut venger son fils tout du moins pourra-t-il le ramener des Enfers et tenir ainsi la promesse faite à sa femme…

 

Autant vous le dire, j’ai été un peu déçue. Toutes les personnes qui avaient lu ce livre m’en avait fait une critique élogieuse et je m’attendais donc à une véritable révélation. Au lieu de ça j’ai découvert un honnête roman, un peu pompeux sur les bords (je n’ai pas été plus surprise que ça de découvrir que Gaudé était aussi dramaturge) avec des personnages qui frisent parfois la caricature. Seuls les personnages principaux, le père, la mère et le fils, sont vraiment fouillés et de ce fait ont une véritable épaisseur. Ceci dit, je dois avouer que j’ai pris du plaisir à lire cette histoire sombre, très sombre qui aborde le deuil d’une manière originale et émouvante. Gaudé réussit à merveille à retranscrire la douleur de parents qui perdent leur enfant, révolte pour Giuliana, résignation pour Matteo. Les morts ne partent pas seuls nous dit Gaudé, ils emmènent avec eux une part des vivants qui les ont aimés. Image très forte que l’on retrouvera au moment de la descente aux Enfers quand Matteo verra les morts s’engouffrer dans des buissons, laissant ça et là des morceaux de chair appartenant à ceux d’en haut… A ce message un peu amer, l’auteur apporte cependant une touche d’espoir : l’amour de Matteo pour son fils parvient à ramener ce dernier à la vie, même s’il lui faut en contrepartie sacrifier la sienne. Un sacrifice que le moment venu, le fils, quand viendra son tour, sera incapable de faire.

Oui, me dites-vous, mais qu’en est-il des Enfers à proprement parlé ? Comment Gaudé les imagine-t-il ? C’est sans doute là le moment le plus fort du récit et la descente aux Enfers permet au style de l’auteur de prendre toute sa pleine mesure. Le ton un brin mélodramatique s’accorde parfaitement à ce royaume où les ombres comme malgré elles quittent un à un les attraits de la vie ; il y a le fleuve des âmes où tous les défauts des morts sont grossis et déformés, les dégoûtant ainsi de ce qu’ils étaient de leur vivant, il y a les Buissons Sanglants qui les débarrassent des restes de ceux qui les ont aimés… Dans ce pays gémissant et grisâtre, les morts ne demeurent que grâce aux souvenirs et aux regrets de leurs proches. Oubliés, ils disparaissent rapidement…

C’est une histoire poétique, émouvante, notamment grâce à la figure de ce père aimant qui, résigné à la perte de son fils est de ce fait le plus apte à le récupérer. Laurent Gaudé ne cherche pas à rendre la mort plus légère mais ne la considère pas comme une fin en soi, partant du principe que la mort c’est l’oubli et que tout ce qui n’existe pas ici est vivant « là-bas » La mort de ceux que nous aimons nous fait mourir un petit peu nous-même, mais c’est paradoxalement ce qui nous façonne…

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