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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 14:20

La porte des Enfers

Laurent Gaudé


Dans la mythologie gréco-romaine, il existe cet endroit souterrain appelé les Enfers, là où vont les morts après leur passage sur Terre. Hadès y règne, jaloux de ce monde d’ombres. Un jour, il décida de prendre femme et enleva Perséphone, fille de Déméter, déesse de la fertilité. Inconsolable, Déméter cessa de nourrir la terre et les champs pleurant pour que sa fille lui soit rendue. Pris de pitié, Zeus accorda donc à Perséphone le droit de revenir à l’air libre près de sa mère six mois dans l’année ; ainsi, le printemps et l’été, Déméter se réjouit tandis que l’automne et l’hiver elle pleure sa fille cloîtrée auprès de son époux.

C’est sur ce thème des Enfers que s’appuie le dernier roman de Laurent Gaudé : La porte des Enfers. L’histoire se passe à Naples. En 1980, Matteo voit toute sa vie voler en éclats ; son fils Pippo, six ans, est pris dans une fusillade entre deux gangs et meurt dans ses bras. Sa femme Giuliana, inconsolable, exige de son mari qu’il lui ramène son fils ou, tout du moins, qu’il venge sa mort. Matteo se révèle incapable de tuer le meurtrier de son enfant et, demeuré seul, il erre dans les ruelles obscures de la ville la nuit jusqu’à rencontrer un jour un petit groupe d’excentriques. Il y a Grace, un travesti, Garibaldo, un patron de café débonnaire, Don Mazerotti, vieux prêtre farfelu et, enfin, le professeur Provolone. C’est ce dernier qui va révéler à Matteo le moyen de descendre chez les morts par une porte connue de lui seul. Ainsi, si Matteo ne peut venger son fils tout du moins pourra-t-il le ramener des Enfers et tenir ainsi la promesse faite à sa femme…

 

Autant vous le dire, j’ai été un peu déçue. Toutes les personnes qui avaient lu ce livre m’en avait fait une critique élogieuse et je m’attendais donc à une véritable révélation. Au lieu de ça j’ai découvert un honnête roman, un peu pompeux sur les bords (je n’ai pas été plus surprise que ça de découvrir que Gaudé était aussi dramaturge) avec des personnages qui frisent parfois la caricature. Seuls les personnages principaux, le père, la mère et le fils, sont vraiment fouillés et de ce fait ont une véritable épaisseur. Ceci dit, je dois avouer que j’ai pris du plaisir à lire cette histoire sombre, très sombre qui aborde le deuil d’une manière originale et émouvante. Gaudé réussit à merveille à retranscrire la douleur de parents qui perdent leur enfant, révolte pour Giuliana, résignation pour Matteo. Les morts ne partent pas seuls nous dit Gaudé, ils emmènent avec eux une part des vivants qui les ont aimés. Image très forte que l’on retrouvera au moment de la descente aux Enfers quand Matteo verra les morts s’engouffrer dans des buissons, laissant ça et là des morceaux de chair appartenant à ceux d’en haut… A ce message un peu amer, l’auteur apporte cependant une touche d’espoir : l’amour de Matteo pour son fils parvient à ramener ce dernier à la vie, même s’il lui faut en contrepartie sacrifier la sienne. Un sacrifice que le moment venu, le fils, quand viendra son tour, sera incapable de faire.

Oui, me dites-vous, mais qu’en est-il des Enfers à proprement parlé ? Comment Gaudé les imagine-t-il ? C’est sans doute là le moment le plus fort du récit et la descente aux Enfers permet au style de l’auteur de prendre toute sa pleine mesure. Le ton un brin mélodramatique s’accorde parfaitement à ce royaume où les ombres comme malgré elles quittent un à un les attraits de la vie ; il y a le fleuve des âmes où tous les défauts des morts sont grossis et déformés, les dégoûtant ainsi de ce qu’ils étaient de leur vivant, il y a les Buissons Sanglants qui les débarrassent des restes de ceux qui les ont aimés… Dans ce pays gémissant et grisâtre, les morts ne demeurent que grâce aux souvenirs et aux regrets de leurs proches. Oubliés, ils disparaissent rapidement…

C’est une histoire poétique, émouvante, notamment grâce à la figure de ce père aimant qui, résigné à la perte de son fils est de ce fait le plus apte à le récupérer. Laurent Gaudé ne cherche pas à rendre la mort plus légère mais ne la considère pas comme une fin en soi, partant du principe que la mort c’est l’oubli et que tout ce qui n’existe pas ici est vivant « là-bas » La mort de ceux que nous aimons nous fait mourir un petit peu nous-même, mais c’est paradoxalement ce qui nous façonne…

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 12:24

Cellule

Costes et Long

 

 

Il y a quelques semaines, prise de panique lorsqu’une cliente m’a demandée une bande dessinée pour « un homme de trente ans, nouvellement père et fan de football et de pétanque » j’ai réalisé qu’il était temps d’approfondir ma connaissance du dit rayon pour éviter d’autres grands moments de solitude comme celui-ci. Hormis les mangas et les bandes dessinées « classiques » (Astérix, Titeuf, Boule et Bill, Calvin et Hobbes etc.) je ne connais en effet pas grand-chose à cet univers.

Nous allons donc parler aujourd’hui de Cellule. Je précise tout de suite : n’étant pas du tout spécialiste du dessin, j’implore l’indulgence du jury si cette note est courte et vous paraît peu instructive.

Simon, scientifique de laboratoire est un homme fou amoureux de Anne, une musicienne rencontrée dans une animalerie. Mais, après deux ans de vie commune, cette dernière lui annonce qu’elle le plaque. Incompréhension totale de Simon dont l’amour vire alors à l’obsession : il épie la jeune femme dans ses moindres faits et gestes, se remémore chaque moment de leur vie commune… Jusqu’au jour où, suite à une expérience dans son labo, il trouve le moyen de la garder à jamais auprès de lui. Mais à quel prix ?

Le début de la bande dessinée est un peu ennuyeux. On croit se retrouver dans une énième adaptation de « Ma femme m’a plaqué, que faire ? ». Le héros apparaît comme un pleurnicheur, l’héroïne comme une vile gourgandine incapable de reconnaître le grand amour quand elle l’a à portée de main. Mais très vite, les rôles s’inversent. Simon devient plus inquiétant, malsain tandis que l’on comprend mieux les motivations de Anne, désireuse de fuir un homme qui l’étouffe. La suite de l’histoire confirme cette inversion puisque de victime Simon devient bourreau (l’ogre qui avale la femme aimée) et Anne sa proie. La sensation de malaise et d’étouffement est accentuée par un dessin qui privilégie les gros plans des personnages et des couleurs qui tournent au verdâtre. L’histoire de couple se transforme en histoire fantastique…

Bande dessinée centrée sur l’obsession et sur l’amour cannibale, Cellule est pour moi une première expérience plutôt réussie dans le monde de bande dessinée « indépendante » malgré le sentiment de profond malaise qu’elle provoque. Bon, reste que je ne pourrais pas la conseiller à mon « homme de trente ans, nouvellement père et fan de football et de pétanque ». Il ne me reste plus qu’à continuer mes recherches…

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 23:18

Dexter revient !

Jeff Lindsay

 

 

Je connais désormais mon héros parfait de roman policier : ce n’est pas le brillant inspecteur au service de la loi, ce n’est pas la brute épaisse au grand cœur qui jure mais qui enlace gauchement sa promise, ce n’est même pas le loufoque commissaire Adamsberg, héros de la plupart des récits de Fred Vargas (et pourtant qu’est-ce qu’il est bien !) Non, mon héros, je le confesse humblement, est un psychopathe qui se nomme… Dexter.

 

J’ai découvert le personnage de Dexter par le biais de la série du même nom et, séduite par cette dernière, je me suis penchée sur les livres qui ont généré l’adaptation. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici un petit résumé ; Dexter est en apparence un gentil garçon, bien sous tous rapports. Expert judiciaire spécialisé dans le sang, il ramène chaque matin des beignets à ses petits camarades et courtise la gentille Rita, ex femme battue mère de deux chérubins. Ce que tout le monde ignore, c’est que Dexter est un psychopathe, froid et insensible. Incapable de ressentir des émotions (l’amour, la pitié, etc. lui sont des notions étrangères) il passe son temps à feindre et n’éprouve qu’une seule pulsion : le besoin de tuer. Mais, élevé par son père adoptif Harry, policier, Dexter a été éduqué afin de tuer uniquement « ceux qui le méritent ». Ainsi, il passe son temps à traquer des meurtriers comme lui qu’il découpe soigneusement en tranches, assouvissant de la sorte ses besoins coupables en toute bonne conscience. Un ange de la mort un peu particulier si vous préférez…

Dans ce roman (qui est le second de la saga) Dexter se voit réfréné dans ses élans : à la suite de la mort d’une de ses collègues (bon elle il avait été forcé de l’assassiner car elle avait découvert qui il était) il tombe sous la surveillance de l’agent Doakes, le seul de l’équipe qui semble ne pas avoir succombé à son charme et qui est bien déterminé à le démasquer. Hélas pour notre pauvre Dexter condamné à traîner sur le canapé de Rita en sirotant des bières au lieu de se livrer à ses petites activités nocturnes ! Le destin cependant vient à sa rescousse ; un mystérieux individu enlève des personnes qu’il découpe méticuleusement, poussant la perversion jusqu’à les laisser en vie du début à la fin. Peut-on parler de tueur en série quand la victime est encore vivante mais qu’il n’en reste plus que le tronc et la tête ? (mais pas la langue, ni les dents, ni les lèvres. Faut pas pousser non plus ! Ah pas non plus les oreilles) Très vite, par le biais de sa sœur Deborah, elle-même policier, Dexter se retrouve mêlé à l’affaire, une affaire qui, qui sait, pourrait peut-être lui permettre de se débarrasser de l’agent Doakes sans se salir les mains…

Autant vous prévenir : c’est très cynique. Si dans la série Dexter semble être parfois humain, il n’y a rien de cette humanité dans le roman. Ecrit à la première personne, le récit est cependant plein d’humour et de verve, jouant sur le décalage entre les actions du personnage et ses sentiments réels. Dexter est un monstre, il l’admet volontiers, mais un monstre courtois qui est très gêné d’enfreindre les lois de la vie quotidienne et qui a une sainte horreur du sang. Ses efforts pour paraître « normal » donnent lieu à de grands moments de comédie, notamment ce passage où, incapable d’avouer une méprise à Rita, il se retrouve fiancé à cette dernière sur l’heure. L’intrigue a l’avantage d’être originale (vous en connaissez beaucoup vous de romans avec des victimes encore vivantes ?) et le style est vivant, ironique et volontiers corrosif. On pourrait croire que la philosophie de Dexter « Je tue ceux qui le méritent » donnerait lieu à de pompeux discours sur le prix de la vie et à une revendication plus ou moins douteuse de la peine de la mort (en gros : le héros n’est pas vraiment méchant puisqu’il tue les méchants) mais il n’en est rien. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que Dexter est un monstre, ni pire ni meilleur que ceux qu’ils tuent. Dexter d’ailleurs ne justifie absolument pas ses actes : il se contente, comme Harry le lui a appris, à leur trouver un exutoire plus ou moins satisfaisant…

Dénué de bons sentiments larmoyants, captivant tout en étant très drôle, j’invite donc tout le monde à découvrir Dexter, tant en série qu’en roman d’ailleurs, ne serait-ce que pour satisfaire le petit monsieur Hyde que nous avons tous en chacun de nous…. Ames sensibles s’abstenir !

 

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26 septembre 2008 5 26 /09 /septembre /2008 00:02

Là où les tigres sont chez eux

Jean-Marie Blas de Roblès

 

 

Bon, puisque vous ne semblez guère goûter le monde merveilleux dans lequel vit Gaspard, laissez-moi vous présenter un autre monde, beaucoup plus trash, celui du roman de Jean-Marie Blas de Roblès,  Là où les tigres sont chez eux (je vais monter une association anti-titres moches) Vous allez voir ; quand je vous en aurais fait le résumé, vous regretterez les gnomes taquins et les gentils chiens de la note précédente.

Le héros de l’histoire, c’est Eléazard, un homme d’âge mûr, correspondant de presse français exilé au Brésil et dont la seule passion est d’étudier la vie d’un jésuite de l’époque baroque, Athanase Kirchner, homme qui le fascine autant qu’il le dégoûte. Chaque chapitre du récit s’ouvre donc sur un chapitre de la biographie du « saint » homme relatée par son disciple, Caspar Schott. Livré à lui-même et à son hobby depuis sa séparation avec son épouse Elaine, Eléazard rencontre par hasard une italienne, Loredana (faut vous y faire, les prénoms sont pas simples là-dedans) et s’éprend plus ou moins d’elle. Ensemble tous deux essaient de déjouer les plans du gouverneur Moreira, vile fripouille qui veut détruire les forêts du Brésil pour construire des hôtels et des bases de lancement américaines. Ça c’est l’histoire numéro 1. Et oui ! Encore une fois c’est un roman qui change de point de vue constamment, toutes mes excuses. Bref, parallèlement à leur histoire, l’ex future épouse du journaliste, elle-même géologue de profession, part étudier quelques vagues roches au fin fond de la jungle avec un petit groupe de chercheurs dont son élève le plus brillant, Mauro, le fils du redoutable ambassadeur, excursion qui va se révéler beaucoup plus difficile que prévu (histoire numéro 2). Pendant ce temps, la fille de ce couple improbable, Moéma, étudiante en ethnologie à l’autre bout du Brésil extorque sans remords de l’argent à son père et se drogue tout en se prenant de passion pour un bel Indien qui la pousse à des actes plus ou moins réfléchis (histoire numéro 3) Le chemin de la belle croisera celui de Nelson, petit brésilien infirme des favelas qui s’est juré de se venger du gouverneur Moreira, responsable de la mort de son père… (histoire numéro 4) ça y est, la boucle est bouclée, le Lost brésilien  est en marche.

Vous pouvez relire si vous avez du mal à comprendre.

Pour résumer : sinistre. Le livre en soi est plutôt bien écrit, le rythme assez enlevé et l’on parvient sans trop de mal au bout des sept cent pages du roman (note pour moi-même : lire pour la prochaine fois une nouvelle de cent pages), mais qu’est-ce que c’est lugubre ! Si vous comptiez offrir Là où les tigres sont chez eux à votre mamie alitée à l’hôpital pour lui remonter le moral, arrêtez tout avant qu’il ne soit trop tard. Tout ici n’est que noirceur. Si vous trouviez le monde trop plaisant, découvrez donc les joyeux favelas brésiliens, monceaux d’ordures et d’autochtones affamés, arrêtez-vous dans ces jungles obscures où de gentils trafiquants de drogue vous tirent dessus à la mitraillette, expérimentez la joie des bordels en tous genres, redécouvrez les vrais valeurs des tribus primitives qui fichent la tête de leurs ennemis au bout d’une pique…

Désolée, je ne pourrais pas, encore une fois faire une critique dithyrambique de l’ouvrage en question : « J’ai adoré ce livre, à lire d’urgence » ; « on en redemande, merci monsieur Roblès de nous faire découvrir une autre culture que la nôtre à travers ce récit enchanteur » ; « quelle intrigue ! J’en pleure d’émotion », etc. A la vérité, il y a beaucoup de choses que je n’ai pas aimé. D’une part, si l’idée de mêler aux récits des protagonistes la biographie de Kirchner est sympathique (bien que le procédé me paraisse un peu usé désormais) l’auteur semble croire qu’en mettant un « & » à la place d’un « et » et en adoptant un style pompeux il parviendra à imiter « jadis » à la perfection ! A dire vrai, les chapitres sur le jésuite baroque sont ceux qui m’ont le plus ennuyés. Vient ensuite l’histoire du héros, Eléazard, qui a autant de charisme qu’un poulpe mort et qui reste agaçant du début à la fin. Le combat contre le gouverneur est tellement manichéen qu’il ne présente aucun intérêt ; d’un côté nous avons le « gentil » occidental prêt à défendre les brésiliens et leurs terres, ami de tous, et de l’autre, le vilain politicien véreux qui n’aime que son argent et qui, en plus, trompe sa femme. Au milieu, caricature, nous avons les américains en vacances, un couple obèse et leur ado boutonneuse, insupportables de suffisance, gros et bêtes. Je suis loin d’être une fan du modèle américain, mais, franchement, là c’est tellement cliché que ça en devient ridicule.

Non non ne partez pas ! On va parler des côtés positifs du roman maintenant et qui sont plutôt à chercher du côté des histoires secondaires, comme celle de la fille d’Eléazard étudiante à la dérive, dont on ne sait trop si elle aime ou déteste son pays d’accueil. Ou mieux encore, le récit de l’expédition d’Elaine, qui à mon sens est la plus réussie des narrations de l’ouvrage. L’auteur loin de s’embourber ici dans des considérations politico-philosopho-religieuses stériles se contente d’une action efficace et plante un décor angoissant à souhait. Certaines situations sont mêmes comiques notamment lorsque le jeune étudiant, Mauro, tente de se faire comprendre d’une tribu primitive… A dire vrai, j’aurais presque préféré que l’auteur se cantonne à ce seul récit…

De Là où les tigres sont chez eux, je retiendrai donc la noirceur (je préviens notamment ceux qui comme ma maman aime les fins heureuses : ça ne finit pas bien du tout !) une avalanche de bons sentiments manifestes de l’auteur (lutte contre la pauvreté, la déforestation et tutti quanti), une avalanche de clichés et trop d’intrigues qui étouffent par ailleurs un style soigné. En bref ; bien mais peut mieux faire. En commençant par raccourcir le titre de ses romans.

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 12:06

Le voyage de Gaspard

Eric Pauwels

 

Bon après Dantec on passe à un style radicalement différent avec un livre pour enfants Le voyage de Gaspard. Et si, en lisant Dantec, j’ai beaucoup pensé à mon frère aîné, en lisant ce roman pour adolescents (que personnellement je n’oserai jamais conseiller à un ado) j’ai pensé à mon autre frère en me disant « Mon Dieu je crois qu’il détesterait »

 

Petit résumé ; Gaspard est un gentil garçon de dix ans qui, toujours flanqué de son inséparable compagnon, Puf le chien (et non Paf) accompagne son grand-père aveugle au musée et l’écoute parler de tableaux dont l’homme ne peut plus que se souvenir maintenant qu’il a perdu la vue. Un jour, le grand-père s’arrête devant un tableau La jeune fille à l’oiseau mort et commence à en raconter l’histoire. Le hic c’est qu’il ne voit pas que le tableau est actuellement en prêt et qu’il n’est pas accroché au mur. Gaspard, qui n’ose rien dire à son grand-père, ne peut donc qu’imaginer ce qu’il est advenu du tableau et ce qu’il représente…. A partir de là, le récit met en scène Gaspard et son chien à la recherche du tableau disparu, voyage qui, il faut le comprendre n’a lieu que dans l’imagination du gamin. Bref, Gaspard, par le biais d’un navire, s’embarque dans un royaume enchanté peuplé d’îles de toute sorte (l’île des Mots, l’île du Miel, l’île des chiffres, Elibaniéniébénil le royaume du Désir…) et vit de merveilleuses aventures qui, je vous rassure, finiront toutes bien. Il croisera différents personnages (un parfumeur un peu filou, un sorcier sur son tapis volant, un peintre voleur, un cartographe maniaque, des gnomes) qui l’aideront dans sa quête et, surtout, lui raconteront un grand nombre d’histoires. Au terme de ce voyage initiatique, Gaspard trouvera le tableau et comprendra ce que le peintre a voulu expliquer…

 

D’une chose d’abord ; je trouve que dans ses remerciements finaux, qui pourtant vont de Platon à Bettelheim, l’auteur aurait pu mentionner Michael Ende, le génial créateur de L’histoire sans fin, car il me semble douteux qu’il ne s’en soit pas inspiré, ne serait-ce qu’un petit peu. Même construction narrative avec un personnage qui par le biais d’un objet (une peinture ici) se retrouve « propulsé » dans un monde merveilleux où tout est possible, même façon de procéder (des histoires à l’intérieur d’une histoire) et une série de personnages fantastiques. Plus explicitement Eric Pauwels s’inspire des contes des Milles et une nuits et met volontiers en scène un décor de déserts et d’oasis ; qui plus est, il s’approprie sans aucun remords les histoires des autres et nous relate le mythe de l’Hermaphrodite (merci Platon) et l’histoire des pas dans le sable que j’ai entendu à de nombreuses reprises au cours de catéchisme ! Ceci dit, l’ensemble est plutôt bien construit, les histoires sympathiques à lire et, pour peu qu’on adhère un minimum à l’univers merveilleux, on pardonne volontiers ces plagiats avoués (plagiats non, plutôt réappropriations) qui ressemblent avant tout à des hommages.

 

Ce n’est pas donc l’aspect Mille et une nuits ou L’histoire sans fin qui me gêne ici (il faut dire que, petite, L’histoire sans fin était mon livre de chevet). Non, ce qui me gêne dans Le voyage de Gaspard c’est plutôt l’aspect Petit prince. Le ton du récit est naïf, à la limite du supportable. Dans le roman de Michael Ende, Bastien, le héros, était un petit garçon boudiné, bien loin de l’image sucrée qu’en a fait plus tard Wolfgang Petersen dans son adaptation cinématographique, et qui, d’abord plein de complexes, évoluait pour devenir même à un moment donné mauvais ! C’était un personnage réaliste et, au demeurant, attachant. Gaspard n’est pas crédible une seconde ; c’est un enfant idéal (le genre à manger gentiment ses légumes) qui accompagne aimablement son grand-père aveugle au musée (dites, à dix ans, sincèrement, vous aimiez vous taper les musées avec vos grands-parents ou vos parents vous ?) et qui tout le long des six cent pages du récit n’évoluera pas d’un iota. Il sera toujours égal à lui-même, sympathique, à la recherche de son tableau, et tous ceux qui le rencontreront l’aimeront beaucoup. Pareil au niveau des situations ; dans L’histoire sans fin, il y avait vraiment des passages horribles, des moments où l’on craignait pour la vie des personnages. Ici rien de tel. Tout est figé, rien ne semble troubler le cours paisible des événements car tout est « écrit » (idéologie douteuse mais bon on va pas en faire un fromage) et le seul événement « grave » du roman c’est lorsque Gaspard perd son chien ! Plus soucieux d’aligner ses histoires que de construire véritablement un récit, Pauwels cède à ce que je nommerai « le syndrôme Petit prince ». En gros, il s’agit par le biais de récits  merveilleux d’aligner quelques réalités essentielles sur la vie l’amour, la mort etc., le but étant que l’enfant ouvre de grands yeux émerveillés et que le parent verse sa petite larme d’émotion. C’est très mignon je l’accorde mais ça verse parfois dans le mièvrerie (oui je sais mais ça fait longtemps que je n’avais pas utilisé ce terme) et dans la morale des bons sentiments où tout le monde est beau et gentil (note : Pauwels qui a écrit ce roman pour son fils Gaspard a tout de même intérêt à le prévenir qu’il ne doit pas faire comme le héros et suivre de parfaits inconnus qui lui proposent l’hospitalité)

 

Au final, ce roman me fait penser aux albums jeunesse soigneusement léchés, le genre qui plaît plus aux parents qu’aux enfants (les traîtres se sont déjà précipités sur Dora ou Bob l’éponge) C’est très éducatif, très moral, très instructif. Personnellement, si je devais l’acheter pour mes enfants, ce serait plus pour leur lire le soir (le roman joue beaucoup sur l’oralité des contes, avec les répétitions et un style direct) avant qu’ils s’endorment. Si vous êtes d’humeur cynique, vous ne pourrez que détester, mais si vous aussi vous êtes atteint du syndrome Petit Prince et du complexe du Petit Poney, alors pourquoi pas ? Moi, si vous permettez, je vais passer encore quelques temps à déterminer si j’ai aimé ou pas…

 

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 12:28

Babylon babies

Maurice G.Dantec

 

 

Un jour mon grand frère m’a dit : « Tiens, plutôt que de lire des histoires débiles où des trolls s’entretuent, avec des intrigues moyenâgeuses, pourquoi ne pas lire de vrais ouvrages de science-fiction comme Dantec ? Il paraît que c’est bien. »

 

A noter le « il paraît ».

 

Donc du coup pris d’une bonne volonté sans pareille, je me décide à lire un ouvrage de ce fameux Dantec. Bonnes critiques, bonne réputation… Va pour Babylon babies, le titre a l’air sympa et surtout c’est le premier que je trouve en pile.

L’histoire commence de façon confuse par un mercenaire, Toorop, amateur de Sun Tzu, en train de tuer gaiement d’autres soldats dans le désert (on s’éclate comme on peut) Pour qui travaille-t-il, j’ai déjà oublié, pour les terroristes ou pour les autres ? Bref, ça change rien au fait qu’il récite des prières en assassinant ses ennemis et médite sur la stratégie en les regardant se faire bouffer par les charognards. Suit une longue tirade géopolitique confuse mêlant technique militaire et philosophie à trois sous. A ce stade la stupide femelle que je suis et qui n’éprouve absolument aucune once d’intérêt pour cette vaste boucherie que l’on nomme guerre et tactique (y a vraiment que les hommes pour se passionner pour Sun Tzu ou Jules César) regarde par la fenêtre et se demande 1) si ce livre est réellement de la science-fiction 2) ce qu’il y a à la télé ce soir.

Mauvais départ. Mais soyons opiniâtre. Passons l’entrée en scène d’autres personnages aussi ennuyeux que le premier (des mafieux sibériens, c’est fou d’avoir l’impression de lire de la SF qui se déroule en pleine guerre froide) pour arriver au cœur du récit. Notre soldat, Toorop, est chargé d’une mission par les mafieux en question : emmener et garder au Canada pendant quelques mois une jeune femme énigmatique, Marie Zorn, et ce jusqu’à ce que des « clients » viennent la récupérer. Ne loupez pas ce passage, c’est assurément la partie la plus réussie du livre, celui qui se passe quasiment en huis clos avec Toorop, Marie et deux acolytes chargés eux aussi de surveiller la jeune femme. La question est : que représente Marie, qui plus est schizophrène, pour qu’elle soit si précieuse ? Ou plutôt : que transporte-t-elle ? Rassurez-vous ceci dit, l’intrigue est vite éventée, des fois qu’on pourrait y trouver un intérêt. Notre seule personnage féminin à peu près attachant de l’histoire (toutes les autres sont soit des bombes sexuelles soit au contraire de vilaines frigides dominatrices et castratrices) se révèle être enceinte de jumelles clonées pour le compte d’une secte qui espère conquérir l’espace avec une nouvelle race d’êtres supérieurs.

Huuum… Vous êtes toujours là ? C’est beau. Bref, suite à de nombreuses crises de schizophrénie, les employeurs de Marie décident de la supprimer, mais elle, grâce à ses jumelles en contact avec l’ordinateur-mère et le logiciel tout puissant, ou alors grâce à ses multiples personnalités, bref, on ne sait comment, elle parvient à rendre ses gardes du corps fous et à s’enfuir. Et après…Ben comme c’est une faible femme enceinte forcément, elle se fracasse le crâne dès qu’elle en a l’occasion mais, heureusement se fait récupérer par une autre secte (ou la même peut-être ?) qui la soigne pour qu’elle accouche. Toorop lui aussi atterrit dans cette secte et fait connaissance avec un écrivain de SF Dantzig (monsieur Dantec, ne seriez-vous pas un brin mégalo ?) qui prédit le futur dans ses livres et l’avènement d’une nouvelle race clonée supérieure. Suit une passionnante conversation entre les deux personnages sur le clonage, l’informatique et la stratégie militaire, passionnante conversation que je ne serais malheureusement pas en mesure de vous retranscrire car elle se mêle bizarrement à celle de mon petit écran où l’agent Gibbs explique à sa supérieure que le corps qu’il a retrouvé n’est peut-être pas celui de leur présumée victime.

Fin du supplice littéraire. Marie accouche mais meurt (il faut bien un sacrifice… Ah tiens, mince je viens réaliser la connotation biblique du prénom du personnage, pourtant pas subtile. Décidément ce livre m’a touchée) et donne naissance à ses jumelles. Toorop se sent aussitôt l’âme d’un père car il est entré en contact avec le cerveau de la mère via un logiciel super puissant et du coup se sent en communion spirituelle. Il prend en charge les deux enfants tandis que le monde commence à s’écrouler autour de lui. Mais on s’en fout, tout ce qui importe c’est que ce foutu roman se termine.

 

C’est super non ? Un délire informatico-stratégigo-scientifique saupoudré d’une bonne dose de new age. Un ouvrage de science-fiction qui sent déjà le rance et d’un ennui mortel. J’aurais peut-être dû lire autre chose de Dantec, peut-être Les racines du mal. En attendant, mon frère peut râler tant qu’il veut : je retourne à mes trolls tueurs et mes auteurs de fantasy qui eux, au moins, ont l’avantage de ne pas se prendre au sérieux…

 

 

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:01

La chambre des échos

Richard Powers

 

 

Une nuit d’automne 2002, Karin Schluter est appelée en urgence dans le Nebraska et court au chevet de son frère, Mark, dont le camion a vidé dans le fossé. Accident, suicide ? Personne n’est en mesure de répondre et encore moins Mark qui, en se réveillant, n’a aucun souvenir de l’accident. Plus grave, il ne reconnaît pas sa sœur et suite à une lésion cérébrale, reste persuadé que la femme devant lui joue un rôle et a enlevé la « bonne » Karin. Commence alors pour la jeune femme un  véritable parcours du combattant pour faire admettre à son frère la réalité. Elle fait appel aux amis de Mark, à l’aide-soignante dévouée Barbara, et même à un célèbre neurologue, Gerald Weber. Tous n’ont qu’un objectif ; faire redevenir Mark comme avant. Mais cette mission prend vite un double tranchant car elle renvoie chacun des protagonistes à eux-mêmes. Karin est vite confrontée à un passé douloureux, à une enfance qu’elle a toujours essayée d’occulter en fuyant tandis que Gerald Weber, la célébrité, se retrouve en prise avec ses propres limites et sa suffisance. En fin de compte, qui est le vrai malade ?

 

Original, troublant, La chambre des échos est sans conteste un livre fort. Construit sous forme de canevas, c’est un récit très lent qui réussit l’exploit de nous faire peu à peu « entrer » si j’ose dire dans la maladie de Mark D’abord sceptique on se retrouve à douter de la réalité même de la lésion cérébrale pour adhérer au délire du jeune homme persuadé qu’il s’agit d’un complot gouvernemental. L’auteur nous invite également à un voyage fascinant dans le cerveau humain, et par le biais de Gerald Weber nous fait découvrir les mystères de ce qui nous fait rire, pleurer, aimer. Mais c’est un voyage cruel : Karin se heurte à l’indifférence d’un frère autrefois chéri et Gerald Weber découvre que lui-même n’est pas à l’abri des bizarreries de ce cerveau auquel il a consacré toute son existence. Dans ce « huis clos » étouffant (car l’action au final quitte rarement le Nebraska) où rien ne semble se passer si ce n’est le retour des grues chaque année, la folie guette les personnages et un lecteur perplexe : en fin de compte que s’est-t-il vraiment passée cette nuit-là, le soir de l’accident ? Pourquoi l’aide-soignante Barbara semble-t-elle si familière à tous ceux qui la croisent ? Qui est l’auteur du fameux billet que Mark a retrouvé à côté de son lit d’hôpital ? Pourquoi Karin craint-elle tant de revenir chez elle ? Beaucoup de questions qui tournent et retournent tout le long du récit dans un ballet mimé par les oiseaux de passage. Richard Powers réussit ainsi l’exploit de construire une intrigue bien ficelée, pas très loin de la fiction policière tout en mettant en scène une galerie de personnages qui, chacun à leur manière, s’interrogent sur leur identité : fausse ou vraie sœur, vrai ou faux amant, professeur respectable ou voyeur sans scrupules, amis fidèles ou profiteurs, aide-soignante ou ? De là naît un curieux sentiment d’irréalité qui baigne l’ensemble du roman et qui nous fait comprendre, quelque part, la position de Mark, persuadé qu’il est le centre d’une vaste supercherie…

 

N’espérez pas trouver de questions à vos réponses dans ce roman : Richard Powers n’explique pas plus le fonctionnement du cerveau humain qu’il ne cherche à établir des certitudes sur la vie. Dans La chambre des échos l’amour est bâti sur le sable et la religion sur des émotions. Ne restent que des personnages qui se renvoient mutuellement  leurs doutes aux visages et des oiseaux qui dansent le soir venu pour le plaisir d’une humanité qu’ils détestent. Mais n’est-ce pas cela qu’on appelle la liberté, continuer à avancer alors que tout glisse sous vos pas ?

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 19:40

Extras

Scott Westerfeld

 

Imaginez…

Un monde où le physique grâce à la chirurgie est devenu si malléable que la laideur n’existe plus.

Un monde où les villes sont devenues immenses et tentaculaires et où la nature n’est plus qu’une randonnée éducative pour les plus jeunes.

Un monde où tout ou presque est permis mais un monde paradoxalement policé et lisse où seul compte le mérite ou la célébrité.

C’est dans ce monde que Scott Westerfeld nous invite aujourd’hui à pénétrer avec son livre Extras.

Petite précision : Extras est en fait le quatrième tome d’une série qui en comptera cinq. Aussi je me permets de faire un rapide résumé des trois volumes précédents, Uglies, Pretties et Specials.

Le monde est devenu un ensemble de villes gigantesques qui a banni toute nature de sa politique. Anti-écologique ? Pas du tout puisque le déboisement n’existe plus, pas plus que la chasse ou la cueillette. Les hommes se nourrissent de plats synthétiques (qui ressemblent assez à des bolinos pour les initiés) et se contentent de profiter de la vie sur leurs planches volantes et d’organiser des fêtes grandioses. Dans ces villes, la vie commence à seize ans puisque c’est à seize ans, rite de passage, que vous avez les droit de subir une opération chirurgicale qui vous transformera en Pretty, en être magnifique et symétrique (rien de pire qu’un visage dissymétrique !), vous permettra d’habiter dans le quartier de Prettyville et de participer vous aussi à toutes sortes de réjouissances. Avant les seize ans, vous êtes Ugly, un être tout ce qu’il y a de plus normal et confiné dans les quartiers appropriés.

Tally Youngblood aurait dû elle aussi subir l’opération et l’attendait avec impatience. Mais entraînée par son amie Shay elle est malgré elle entraînée dans un camp de rebelles qui se révolte contre le système Pretty/Ugly. Tally découvre ainsi que l’opération chirurgicale a aussi comme conséquence d’ôter aux sujets une partie de leurs cerveaux et d’en faire des « têtes vides ». Elle décide alors de se rebeller à son tour et, après avoir elle-même subi plusieurs opérations et plusieurs re-programmations, elle parvient à renverser le système. Désormais, les gens ne deviendront plus idiots en devenant Pretty et ils auront la possibilité de choisir ce qu’ils veulent ou non faire de leurs corps.

Fin du résumé.

Le début d’Extras se situe plusieurs années après ce qui reste connu sous le terme de « déferlement  d’intelligence ». L’action a lieu dans une ville du Japon cette fois et met en scène une jeune adolescente, Aya. Le déferlement d’intelligence n’a pas provoqué l’arrêt des opérations pas plus que le système de castes. L’intelligence a besoin de plus de ressources que la bêtise c’est pourquoi désormais pour obtenir certaines faveurs, dans la ville d’Aya, il vous faut soit le mériter par une contribution au bien public, soit en devenant célèbre, et ce quel que soient les moyens employés. Aya est donc une Extra, l’une de ces milliers de personnes anonymes qui rêvent de devenir connus pour obtenir la reconnaissance et la gloire. Aya n’a qu’une idée en tête : « claquer » sur son site une histoire inouïe. A force de persévérance elle parvient à mettre la main sur un scoop : la découverte d’un amoncellement de métal qui pourrait signifier une opération terroriste de grande envergure. Le hic c’est que cette révélation n’est pas sans conséquences et que la jeune fille met bientôt sa vie en danger…

Un peu décevant, le quatrième opus de la série n’a pas l’aspect froid, si j’ose dire métallique, des trois volumes précédents. Uglies, Pretties ou Specials avaient un certain côté amoral, une certaine cruauté dans l’écriture et le personnage de Tally était plutôt complexe. Extras est nettement plus gentillet. Le principe de la ville comme une gigantesque émission de télé-réalité est bien trouvé mais reste peu exploitée tandis que l’auteur préfère s’engouffrer dans une intrigue alambiquée qui, au final, se révèle décevante (bon je vais pas révéler la fin mais sachez qu’en fait notre brave héroïne à aucun moment n’est réellement en danger) Le personnage d’Aya est trop lisse et n’évolue guère au long des pages, restant la petite adolescente qui veut devenir célèbre quoi qu’il arrive. Quant au retour de Tally il ne présente pas vraiment d’intérêt si ce n’est pour les amateurs de la série…

Alors me direz-vous, que reste-t-il ? Et bien il reste l’univers créé par Scott Westerfeld et qui vaut assurément le coup : ce décor tout de buildings et d’acier où se pressent des multitudes de personnages tous différents : les beaux et les laids, ceux qui s’implantent des infrarouges sous les paupières, ceux fascinés par la technologie et ceux qui préfèrent les soirées à paillettes, les scarificateurs et les personnages de mangas (les bienfaits de la chirurgie !) ceux qui vouent un culte aux religions anciennes et ceux qui vouent un culte aux logiciels, ceux qui ont subi une opération pour toujours dire la vérité et ceux qui prennent parti de se fondre dans l’anonymat le plus complet… Ajoutez à cela tous les bons vieux gadgets du futur qui nous font rêver : les planches volantes et les bracelets anticrash, les aérocams (caméras volantes pour simplifier) et les fentes murales qui vous servent en médicaments et vêtements selon les besoins. Bref, un univers résolument moderne (quand j’ai lu le livre, j’avais l’impression très nette d’écouter en même temps de la musique techno) qui peut séduire ou repousser mais qui a le mérite d’être fouillé et relativement crédible. Alors, rien que pour ça, ça vaut le coup de continuer la série et d’attendre le dernier volume qui sortira en novembre…

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:52

Le désosseur

Jeffery Deaver

 

 

Conseillée par une lectrice, je me suis lancée avec confiance dans le roman de Jeffery Deaver Le désosseur. De cet auteur de récits policiers je n’avais jusque là rien lu et j’ai été agréablement surprise. Merci donc à Un ange passe pour m’avoir fait découvrir l’écrivain !

 

Tout commence lors d’un week-end à New York. C’est l’effervescence car une conférence de paix de l’ONU doit avoir lieu. Manque de chance c’est ce week-end là qu’un mystérieux tueur en série décide de sévir. Son mode opératoire est relativement simple : il kidnappe des gens, laissant sur place des indices pour les retrouver, et les fait mourir sans jamais lui-même porter directement la main sur eux…La police, un peu déboussolée, décide de faire appel à un de ses anciens criminologues, Lincoln Rhyme, blessé lors d’une enquête et condamné à rester paralysé pour la fin de ses jours dans sa chambre. Ce dernier, secondé par une équipe d’enquêteurs dont la jolie Amelia Sachs, va tenter d’identifier le tueur tout en collectant les indices qui lui permettront de sauver au fur et à mesure les différentes futures victimes… Mais il doit faire vite comprenez-vous : lundi, en effet, il a décidé de mourir.

 

Ne cherchez pas de profiler les yeux fermés en pleine extase ou de gros bras musclés qui vous terrasse le tueur en moins de deux tout en faisant les yeux doux à son alter ego féminin. L’originalité du roman tient essentiellement au personnage principal, Lincoln Rhyme, infirme, qui mène son enquête du fond de son lit et qui procède avec méthode et efficacité. Lincoln Rhyme est un personnage plutôt froid, assez obsessionnel, suicidaire, mais son handicap et surtout son caractère volontaire et cynique en font quelqu’un d’attachant. Le personnage d’Amelia, les yeux et les oreilles de Lincoln sur le terrain, est plutôt bien réussie aussi : cette jeune fille à priori parfaite physiquement, cliché parfait, est en fait affublée de gros défauts (un mauvais caractère, des ongles écorchés, une arthrite naissante, une conduite au volant plus que sportive) qui la rendent plus humaine et plus sympathique. Enfin, le portrait du tueur est réussi en ce sens qu’il n’est pas représenté comme un grand méchant inhumain inaccessible, mais comme un être à demi fou qui commet des erreurs.

L’enquête est bien menée. Concentrée sur deux jours, l’action gagne en intensité et produit un véritable sentiment d’urgence : il s’agit non pas tant de coincer un meurtrier que de sauver des gens avant qu’il ne soit trop tard. Avec toujours en tête cette interrogation : Lincoln va-t-il finalement oui ou non se tuer au terme de ce week-end ? Pas non plus de miracles : l’enquête apparaît comme logique, le portrait du tueur s’ébauche peu à peu et Deaver nous donne une foule d’informations sur la médecine légale qui sont des plus intéressantes. Le style est soigné et la fin de l’ouvrage surprenante. Personnellement je me suis trompée sur l’identité du coupable !

 

Un petit regret cependant : que l’auteur n’ait pas développé le côté « désosseur » du tueur. Nous comprenons vite que l’assassin est fasciné par les os mais cette fascination je trouve n’est pas assez explicitée et le titre du livre ne se justifie guère que dans les derniers chapitres. Mais peut-être était-ce pour rester dans la sobriété de l’ouvrage, sobriété qui tranche d’autant plus dans une littérature policière qui généralement joue sur la surenchère. Alors si vous aimez les intrigues bien ficelées et réalistes n’hésitez plus et faufilez-vous dans les souterrains remplis de rats du Désosseur

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 10:26

Tsubasa reservoir chronicle

Clamp

 

 

 

A ce stade de notre relation, j’ai un aveu à vous faire : j’aime les mangas. Et quand je dis que j’aime les mangas, je n’aime pas seulement les dessins si beaux et les histoires si poétiques de Taniguchi, je ne verse pas seulement ma petite larme devant Le tombeau des lucioles ou je ne me passionne pas seulement devant Akira, non j’aime aussi les mangas que vous liriez ou regarderiez avec un froncement de sourcil éloquent : je ris devant les exploits des personnages de One Piece, je me sens émue en lisant le manga pour filles par excellence, Fruit Basket, moi qui déteste les histoires d’amour teintées de rose bonbon ; je me penche avec attention sur la relation sentimentale que nouent les personnages de Akané et Ranma dans la série éponyme et, enfin, pour aller jusqu’au bout de mon aveu, j’ai même éprouvé un profond béguin pour Végéta dans Dragon Ball au point d’avoir encore aujourd’hui une petite figurine de lui quelque part dans ma chambre d’enfant. Bref, même si j’éprouve souvent une profonde lassitude en regardant chaque jour les lecteurs de mangas éparpillés en vrac sur le sol de la librairie, doublée parfois d’une envie de meurtre lorsque je dois les enjamber pour parvenir à ranger des rayons ou chercher un livre au milieu d’une odeur de pieds (car par un mystérieux effet de la nature, le lecteur de mangas pue des pieds) oui, quelque part, je crois que je les comprends.

Passons maintenant au manga dont je veux vous parler et dont une amie m’a gracieusement prêtée les six premiers tomes. Il s’agit de Tsubasa Reservoir Chronicle (ah si quelqu’un peut m’expliquer le titre, je suis preneuse) de Clamp. L’histoire commence dans le pays du Clown où la gentille Sakura, la princesse, est amoureuse de son ami d’enfance Shaolan qui l’aime en secret également. Leur amour est contrarié par la différence sociale car le jeune garçon, plus ou moins archéologue, ne peut guère prétendre à la main de la royale enfant. C’est dans ce contexte que le royaume est attaqué par des forces venues d’ailleurs et qui repartent aussi brusquement qu’elles sont arrivées grâce à une intervention de Sakura. Mais cette intervention n’est pas sans prix : la jeune fille perd son âme et sa mémoire. Celles-ci se sont éparpillées sous forme de plumes (pour une raison que j’ignore, les japonais aiment beaucoup les plumes) dans des mondes parallèles. Pour les rendre à Sakura, Shaolan n’a d’autre choix que d’escorter la jeune fille à travers les différents mondes à la recherche de ces fameuses plumes. Ils sont escortés par Mokona, une sorte de Pikachu rigolo et par deux compagnons, eux aussi « visiteurs » pour des raisons personnelles, l’affable magicien Fye, et le ninja neurasthénique et caractériel Kurogané. Cependant tous ont un prix à payer pour voyager ainsi et Shaolan doit sacrifier ce qui lui tient le plus à cœur ; sa relation avec Sakura. Même si la jeune fille retrouvait un jour toute sa mémoire, jamais elle ne se souviendra de Shaolan.

Nous sommes donc dans le schéma classique du voyage initiatique avec un ensemble de compagnons disparates, le grand rigolo qui boit volontiers et ne semble rien prendre au sérieux, le grand ténébreux qui s’énerve pour un rien, la petite boule de poils qui énerve le grand ténébreux, la jeune fille confuse et le jeune homme mystérieux doué d’une force qui se révèle au fil des pages. Les situations sont classiques mais plaisantes et l’idée de voyage entre les mondes plutôt intéressante car elle permet à l’auteur d’intégrer plusieurs petites histoires à son récit. Cela donne de jolies trouvailles comme ce monde où les enfants disparaissent, enlevés par une princesse de légende morte depuis longtemps. De Clamp je ne connais pas grand-chose, seulement le manga animé XXX holic mais cela m’a permis néanmoins de reconnaître dans l’un des mondes des personnages du manga en question avec une histoire différente cependant. Je pense de ce fait qu’il doit y avoir de nombreux clins d’œil dans le récit. Un bémol cependant ; le personnage principal Shaolan qui est vraiment trop. Trop parfait, trop gentil, trop hésitant, il agace plus qu’autre chose. Le voir ivre lors d’une soirée est l’un de ses rares moments comiques.

Sorti de ça on se retrouve avec un gentil manga rempli de plumes et d’amour, de grands méchants qui surveillent et de combats épiques où nos héros gagnent toujours. Ça manque un peu d’originalité, c’est gentillet mais c’est distrayant et rien que pour les personnages secondaires, ça vaut le détour….

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Published by beux - dans B.D.
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