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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 21:18

Ulysse

James Joyce

 

 

Non je n’ai pas décidé d’arrêter ce blog, pas plus que je ne suis passée sous un train depuis la dernière fois. Mais c’est seulement depuis hier que je suis venue à bout d’Ulysse, le pavé de 1000 pages de James Joyce.

Ulysse est une référence en matière de littérature. Pourtant, toutes les personnes que j’ai interrogé (et pas des plus bêtes) m’ont avoué qu’ils avaient été incapables de le lire jusqu’au bout, ce qui n’a pas été sans me faire peur. J’ai compris assez vite pourquoi.

L’intrigue ? Assez difficile à expliquer. Pour résumer à l’extrême, une journée à Dublin vécue essentiellement par deux personnages, Dedalus et Bloom. L’un est un jeune professeur honte de son père, l’autre un juif de la quarantaine blasé, tous deux portés sur les femmes et l’alcool. Ceci dit, si la narration tourne autour de ces deux personnages, elle adopte une multitude de points de vue et permet ainsi d’embrasser une foule de protagonistes secondaires, une Pénélope désoeuvrée, des jeunes saintes-nitouches pas si farouches, des prêtres alcooliques, des prostituées, etc.

S’il ne s’agissait que de la profusion de personnages on pourrait s’en sortir (après tout j’ai bien survécu à l’épopée des trois royaumes) mais là où ça se complique, c’est que non content de multiplier les références littéraires (la plus évidente étant évidemment l’Odyssée d’Homère) James Joyce prend un malin plaisir à inventer des mots, à démolir sans cesse la structure de son roman en sautant  indifféremment du récit théâtralisé au texte écrit d’une traite en passant  par la narration standard et à utiliser indifféremment le style épique et le langage parlé. Au final un joyeux mélange sans queue ni tête.

Au début, pleine de bonne volonté, j’avais décidé d’aborder le texte de la meilleure manière qui soit : dans le silence, l’esprit reposé, prête à bondir sur le dictionnaire en cas de besoin. Las ! J’ai failli abandonner puisque dès le premier chapitre, une évidence s’est imposée à mon esprit : Je capte que dalle ! Les personnages sortent d’on ne sait où, font on ne sait quoi, tiennent des propos sans queue ni tête, se remémorent des souvenirs que nous ne connaissons pas… J’ai tenu bon. J’ai essayé toute sorte de lectures tandis que j’avançais péniblement : j’ai déclamé à voix haute (pour ceux qui se gausseraient sachez que la lecture à voix haute entraîne plus le cerveau que la lecture silencieuse) je suis restée en contemplation devant certaines pages pendant dix minutes (que diable veut-il dire par là ?) j’ai essayé de lire tantôt le matin tantôt le soir… Le roman restait pour moi une énigme.

Et finalement j’ai trouvé ! Ce week-end j’ai fait en moyenne douze heures de train. Seule lecture : Joyce. Et curieusement, c’est à moitié malade (début d’insolation) et complètement crevée par des levers extrêmement matinaux que j’ai pu enfin entrer dans le récit. Ça y était, mon esprit embrumé ne trouvait plus étrange les divagations de l’auteur et de ses protagonistes, ma conscience abrutie appréciait le style décousu et les mots-valises… Bref, j’ai lu les 700 pages qui me restaient sans presque m’en apercevoir.

 

Conclusion ? Ulysse, à mon sens et comme le souligne la postface, est un roman qui cherche à imiter la conscience humaine, tout en contradictions, en fouillis et en répétitions. Il est vain de lutter contre le texte en cherchant à se l’approprier. Personnellement, j’avoue humblement ne pas avoir saisi toutes les références culturelles qui fourmillent dans le récit, car Joyce ne se réfère pas seulement au texte d’Homère, mais également à Shakespeare, à l’histoire de son pays, à Aristote, aux textes bibliques… bref, il faudrait être un génie pour pouvoir en saisir toute la trame, ce que je ne suis malheureusement pas. J’ai opté pour une lecture facile ; je me suis laissée porter par un style unique et un humour ravageur, j’ai cherché à établir le parallèle avec l’Odyssée, relevé quelques allusions et je me suis contentée de suivre Joyce dans son délire personnel, tout en jeux de mots et en facéties (à l’instar de Nabokov, Joyce est un des auteurs qui me font regretter de ne pas savoir lire assez bien l’anglais pour pouvoir l’aborder en version originale) Bref, j’ai passé un bon moment, mon chapitre préféré restant incontestablement celui de Circée, chapitre sous forme de pièce de théâtre où réel et imaginaire se lient de façon inextricable si bien qu’il est difficile de dissocier les deux.

Délires d’ivrogne et pleurs d’un enfant, un enterrement et  une naissance, le jeune et le vieux, la prostituée et la jeune vierge, le mari infidèle et l’épouse lassée, crieurs de journaux et chants d’opéra, l’œuvre de James Joyce est le reflet de notre propre vie, à la fois tragique et comique, mesquine et sublime. Et si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à le lire. Euh un petit conseil néanmoins ; sauf si vous êtes un surdoué, buvez un petit coup avant ou faites comme moi, abordez-le avec un bon manque de sommeil. Si j’osais, je dirais presque que Ulysse est un roman surréaliste qu’il faut aborder avec un état d’esprit bien particulier….

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 12:33

La cathédrale de la mer

Ildefonso Falcones

 

 

J’ai fait un rêve bizarre cette nuit. J’ai rêvé que j’étais poursuivie par de grands méchants qui me traquaient dans des campagnes isolées, peuplées ça et là de maisons en attente de logement. Style maisons témoins. Les grands méchants finissent par me rattraper (jamais de chance même dans mes rêves). Au début je ne comprends pas ce qu’ils ont de si terrible et finalement je comprends lorsque lors d’une soirée, mes compagnons de captivité se mettent à débattre le plus sérieusement du monde des méfaits de la cigarette et des colorants ; les méchants nous ont transformé en des êtres totalement aseptisés qui rejettent avec horreur tout ce qui est mal vu aujourd’hui de la société (même les produits comme le lait, qui, il faut l’avouer, ne nécessite pas autant de polémique) pour privilégier une tiédeur et un politiquement correct de bon aloi. Peut-être qu’au fond c’est ça le véritable danger de notre civilisation ; un troupeau de moutons qui organise des manifestations solidaires tout en n’ayant aucun scrupule à voter Sarkozy.

 

Bref. Pourquoi ce rêve ? C’est peut-être dû au rhum ajouté dans l’eau chaude ingurgité le soir (vous en connaissez des moyens pour combattre le rhume ?) Mais peut-être est-ce dû au livre dont je vais vous parler aujourd’hui. A priori, rien pourtant ne s’apparente moins au politiquement correct que les romans historiques. Bien au contraire, sous couvert d’histoire, généralement les auteurs en profitent pour déballer toutes les thèmes qu’ils n’oseraient pas forcément mettre dans un roman contemporain : viol et sexualité débridée, bon vieux racisme, accès de testostérone primaire (youhou le roi nous appelle à la guerre ! courons massacrer les huguenots/ sarrasins/ sales étrangers) Généralement d’ailleurs c’est ce genre de thématique qui me fait reposer ce type d’ouvrages avec ennui. Lorsque j’avais quinze ans ce genre d’histoires passaient ; l’exaltation et tout ça je suppose. Maintenant je trouve ça un peu suspect. Ceci dit j’ai découvert une chose ce week-end ; c’est qu’un roman historique propret à l’inverse peut être très agaçant aussi.

 

Espagne, Moyen-Age. Au rythme de la construction de la cathédrale Santa Maria à Barcelone se tisse en parallèle l’histoire d’Arno Estanyol. Arno, au départ fils d’un serf en fuite devient peu à peu un personnage important de la ville. D’abord bastaix (il transporte des pierres pour la construction de l’église) à la suite du décès de son père, il vit avec son frère d’adoption, Joan, de la charité des autres. Le temps passe, Joan devient un franciscain puis un inquisiteur tandis qu’Arno se marie une première fois, mais trompe sa femme avec son amour d’enfance. Bourrelée de remords lors du décès de l’épouse dévouée (la peste) il se jure de ne plus être infidèle. (La maîtresse entre-temps est devenue prostituée, moyen commode apparemment pour l’auteur de se débarrasser des personnages féminins encombrants puisqu’il l’avait déjà fait avec la mère du héros). Comme il a sauvé deux enfants juifs lors d’une émeute, le père des petits le récompense en faisant de lui un usurier et en le rendant prodigieusement riche. Arno adopte du coup une petite fille de six ans, Mar, et coule des jours heureux. Accessoirement, il tombe amoureux de sa pupille sans s’en rendre compte. Las ! Trop fort, il sauve Barcelone d’une attaque et le roi le récompense en lui donnant une baronne infecte à épouser. La baronne aigrie et jalouse marie Mar en la faisant violer au préalable et livre son mari à l’Inquisition. Heureusement, comme Arno est très gentil et très fort il est délivré par le peuple de Barcelone et à la fin il épouse Mar et a un fils avec elle (ouais les conjoints respectifs sont morts entre-temps faut pas charrier non plus)

Bref. Je m’attendais à quelque chose d’assez violent, haut en couleurs, misant pour cela sur la nationalité espagnole de l’auteur et les échos positifs entendus. Et en fait, je me suis rarement autant ennuyée devant un roman historique. La seule passion qui se dégage, c’est lorsque le narrateur parle de la fameuse cathédrale de Santa Maria. Le reste est d’une fadeur sans nom : les morceaux historiques plaqués ça et là, les personnages, même la peste ou l’Inquisition, qui devraient pourtant être un des points forts du récit, prend un ton de colonie de vacances. Et ce héros ! Jamais vu un personnage manquer autant de relief. Arno est parfait : il n’a aucun défaut, il aime tout le monde, juifs, esclaves, il prend la défense de la veuve et de l’orphelin et tout le monde l’aime. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut détester esclaves, juifs, etc. seulement que dans le contexte ça n’a pas tellement de sens. C’est comme si j’écrivais un roman sur un camp de concentration et que je créais un personnage de gardien qui amènerait des bonbons aux prisonniers. Non mais franchement faut être réaliste. Le roman, qui plus est, est d’un manichéisme des plus primaires. A ma droite, les gentils : Arno, Mar, les prostituées au grand cœur, les amis d’Arno ; à ma gauche les méchants : l’Inquisition, les nobles. Bien entendu il n’y a aucune chance pour un glissement dans l’une ou l’autre des catégories. Le seul personnage qui du coup est intéressant dans le récit est celui de Joan, le frère Inquisiteur, luttant avec l’amour de son frère et son fanatisme primaire. Bien entendu, il meurt à la fin. Morale de l’histoire : tu as péché, aucune chance de rachat pour toi.


Vous l’avez compris : La cathédrale de la mer ne présente pour moi aucun intérêt. Comparé aux romans de Ken Follet (dont je ne suis pourtant pas fan) il lui manque la dureté et la cruauté de ces derniers. Qui plus est, le roman manque son but principal qui est de nous faire découvrir la grande Histoire à travers la petite car c’est fait de façon tellement didactique que ça ennuie plus qu’autre chose. Mais ce qui m’ennuie le plus dans tout ça c’est que je l’ai offert pour la fête des mères….

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 21:39

L’ÂNE D’OR

Apulée

 

 

C’est difficile à expliquer, mais autant j’ai éprouvé des difficultés de compréhension et, il ne faut pas le cacher, de temps en temps un certain ennui devant mes romans chinois plein de sabres et de dépeçage de femmes adultères (oui je sais je vais avoir du mal à m’en remettre) autant j’ai éprouvé un grand plaisir à redécouvrir une littérature que je n’avais plus approché depuis la fac et les cours de latin : la littérature latine justement ! Plus proche culturellement peut-être, je n’ai eu ainsi aucun mal à entrer dans l’histoire d’Apulée L’âne d’or.

Alors, avant tout je vais faire profiter tout le monde d’une récente découverte (merci la préface !) en précisant que « or » ne signifie pas que la bête de somme est recouverte de pierres précieuses, ni que, à l’instar de l’âne de Peau-d’Ane il se soulage en monnaies sonnantes et trébuchantes. Non, seulement que l’adjectif est ici employé pour nous faire comprendre que le récit qu’Apulée va nous narrer est d’une grande qualité, c’est parole « d’or ». Voilà c’était la minute culturelle.

Le récit se déroule du temps de Marc-Aurèle, époque romaine. Lucius jeune aristocrate plus ou moins désoeuvré est accueilli chez des hôtes un peu particuliers. L’épouse notamment se livre à la sorcellerie et à l’art de la métamorphose. Lucius, d’une curiosité mal placée, décide de s’attirer les bonnes grâces de la petite servante de la maisonnée. Une fois celle-ci dans son lit (et plutôt deux fois qu’une), il la supplie de l’initier au talent de sa maîtresse et de le transformer à son tour en oiseau majestueux. L’esclave y consent volontiers (que ne ferait-on pas pour un homme) mais, à la suite d’une erreur de manipulation, voilà notre brave Lucius transformé en âne !! Un seul remède pourrait le sauver, l’ingestion de roses, mais c’est pile au moment où des brigands envahissent la maisonnée et embarquent les biens de la famille, bêtes y compris….

A partir de là, l’histoire prend un ton rocambolesque puisque Lucius se retrouve embarqué dans une série d’aventures qui le mènera de maîtres en maîtres et qu’il manque perdre la vie à plusieurs reprises.  Très drôle parce que décalé, l’auteur nous embarque dans une visite de l’univers des esclaves et des bêtes de somme. Les maîtres n’ont guère d’intérêt dans le roman ; distants, ils ne participent guère au fond à l’histoire, étant vus comme ceux du dessus, ceux à qui ils arrivent des aventures merveilleuses et tragiques que Lucius s’empresse de relater certes. Mais les vrais héros, ceux qui participent activement au récit, ce sont les esclaves, les bergers ou les paysans, ceux que l’âne va côtoyer au quotidien et qui contribuent à la série de mésaventures (bagarres, attaques de brigands, adultères…). Paradoxalement leurs vies à eux semblent ne guère avoir d’intérêt. Frustres, ils meurent ou fuient assez vite et nous ne savons pas grand-chose d’eux, tout comme en y réfléchissant, nous ne savons pas grand-chose de l’âne qui autrefois s’appelait Lucius.

Au final qu’est-ce que ça donne ? Un roman assez hétérogène où le tragique alterne avec le comique, et le mythe (c’est notamment dans L’âne d’or que Apulée fait le récit du mythe de Psyché) avec la farce quotidienne. Quelques passages sont assez licencieux, notamment cette scène où Lucius sous sa forme animale s’accouple avec une jeune femme de bonne naissance. Je vous épargne les détails mais, je vous rassure, Apulée n’a pas mes scrupules ! Ecrit avec légèreté, c’est un récit simple qui fait sourire même si la fin apparaît plutôt en décalage avec le reste du roman (je ne vais pas tout raconter, mais disons qu’on change quasiment de registre) Et pour les latinistes, il y aura toujours cette petite tendance à essayer de retrouver la structure de la phrase originale dans la traduction… Ah là y a que moi ? Bon ok je sors….

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 15:35

IL FAUT SAUVER SAÏD

Brigitte Smadja

 

 

Vous avez peut-être vu un téléfilm hier soir qui s’appelait Il faut sauver Saïd. Pas prête à laisser tomber la soirée spéciale des Simpson pour regarder cette œuvre, je me suis dit que c’était néanmoins une bonne occasion de découvrir le livre de Brigitte Smadja.

L’un de mes frères s’est plaint de l’absence de réalisme de certains romans adolescents. Pour ma part, il n’y a rien tant que je déteste que les romans dits « réalistes » pour les adolescents ou les enfants (ici le livre vise les 9-12 ans). Quelques auteurs du style comme Marie-Aude Murail ou Cassidy trouvent grâce à mes yeux mais dans l’ensemble j’ai beaucoup de mal à trouver du charme à un salmigondis sur le racisme, l’amour, les bons sentiments, la tolérance, l’intolérance, le sexe, etc. mixé dans un ensemble qui cherche moins à distraire qu’à assener à gros coups de pelle sur la tête des marmots des vérités du style : « Les gens intolérants sont mauvais », « Nous sommes tous frères », « la mort c’est terrible ». Bref, non pas que je conteste les dires en question (bien que je déplore généralement l’aspect manichéen de ce style de romans) mais tout simplement que quand j’ouvre un livre de jeunesse j’ai pas forcément envie de retrouver un épisode de L’instit.

Et là, en ouvrant Il faut sauver Saïd, j’ai eu le sentiment tout net d’ouvrir un manuel d’éducation civique, ponctué ça et là de cours de français (l’auteur en effet s’amuse à émailler son récit de définitions de mots un peu difficiles pour les enfants ; avant tout soyons éducatifs !) L’histoire est celle de Saïd, un petit élève de sixième. Ses parents sont algériens mais sont venus en France et Saïd est né ici. Il a deux frères et une sœur. Saïd était un bon élève en primaire mais au collège, la situation est devenue problématique. Dans des classes surpeuplées, avec des élèves issus de la cité, Saïd est sans cesse confronté au bruit, au racket, à la violence, bref, rien qui l’encourage à étudier. Qui plus est, son grand frère et son cousin font du trafic de drogue (la drogue c’est mal), son petit frère est à moitié sourd à cause d’une otite mal soignée (les médicaments c’est bien) et sa sœur Samira, confronté à l’obscurantisme de son frère qui refuse de la voir sortir avec un « français » (l’intolérance c’est mal aussi) s’est enfui avec son amoureux et a trouvé un emploi de serveuse qui lui permet en même temps de poursuivre des études (le travail sauve). Du coup Saïd est un peu désespéré et ne compte plus que sur deux personnes ; son ami Antoine, et son professeur d’histoire géographie. Réussiront-ils à le sauver ?

Vous avez compris, l’auteur s’est amusé à prendre tous les thèmes d’actualité et à en faire un roman politiquement correct. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un naufrage total. L’idée de prendre Saïd comme narrateur est bonne en ce sens qu’elle rend le lecteur plus impliqué dans l’histoire. Qui plus est il y a une ou deux « jolies » scènes si j’ose dire, notamment ce passage où la toute jeune prof de français change en silence les pneus que ses élèves lui ont crevés tandis que ces derniers la regardent faire en ricanant. Mais dans l’ensemble c’est poussif. De plus, je n’ai pu m’empêcher de me sentir mal à l’aise devant certaines idées qui se dégagent derrière l’aspect lisse du récit. Ainsi, les parents de Saïd apparaissent comme des arriérés qui ne comprennent rien aux problèmes de leur fils, qui n’ont pas fait l’effort d’apprendre le français, qui ne se sont pas « intégrés » (ils regrettent toujours l’Algérie) et qui ne sont d’aucun secours pour le petit Saïd. Le grand frère Abdelkrim lui est présenté comme l’intolérant, celui qui crève les pneus de ses profs, qui vole, qui fait du trafic de drogue et qui veut cloîtrer sa sœur avec un foulard sur la tête. Maintenant qui sont les gentils à votre avis ? Antoine, l’ami de Saïd et son père, bien propre sur lui, qui a divorcé à l’amiable (Attention, modernité par rapport à l’obscurantisme des parents de Saïd qui restent ensemble : « Chez nous, on se marie et c’est tout, il n’y a pas toutes ces nuances. Mes parents se disputent, ils sont tristes et ils regardent la télé. Est-ce qu’ils s’aiment ? Peut-être qu’ils feraient mieux de divorcer j’ai pensé. ») Tous les deux sont cultivés et aiment les études et le travail. Nous avons aussi le fabuleux professeur d’histoire Monsieur Théophile (même le nom est connoté) qui cite la Bible et ressemble à l’acteur de Mission Impossible. Enfin n’oublions pas le jeune amoureux de Samira, Kevin !!!! Vous voyez où je veux en venir ?  Sous couvert de tolérance, Smadja montre nettement sa préférence pour un monde aseptisé où les valeurs de référence sont le travail et les films américains tandis que la culture musulmane ou même arabe est présentée comme obscurantiste et dépassée. Il y a notamment ce moment à hurler de rire (ou de désespoir) où Saïd regrette l’époque où son frère et lui parlaient de Zidane. Foin des considérations métaphysiques ou spirituelles ; OK pour l’intégration mais faites-le à la manière de bons français en regardant du foot.

Que dire de plus? Je suis peut-être un peu trop critique, mais je n’ai vraiment pas aimé le fond pernicieux de Il faut sauver Saïd et ce manichéisme sans appel. J’espère seulement que le téléfilm s’est montré plus subtil. Quant à moi, ce roman fera partie des livres à ne pas sauver.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 13:08

L’ASSASSIN ROYAL tome 6

La reine solitaire

Robin Hobb

 

 

On reste dans la dimension onirique en retournant voir notre petit assassin chez Robin Hobb. Nous sommes à présent au tome 6 de la saga de L’assassin royal. Fitz et sa bande sont toujours à la recherche du roi Vérité. Bonne nouvelle, ils parviennent à le retrouver ; hélas, c’est une fausse victoire car Vérité n’est plus que l’ombre de lui-même. Contraint de se sacrifier pour le bien de son peuple en sculptant un dragon qui devrait chasser les ennemis loin des côtes de son royaume, il doit faire don de tous ses souvenirs et de toute sa personnalité s’il veut faire prendre vie à la créature de légende. Parallèlement, Fitz réalise que, même si la paix revient, jamais il ne pourra retrouver son « épouse » et sa petite fille.

Vous l’avez compris, ce tome est celui des sacrifices, ce qui donne au récit une dimension amère qui ne se retrouvait guère dans les épisodes précédents. Plus mélancolique, Robin Hobb s’autorise quelques entorses au genre en effectuant le temps d’un chapitre un récit presque entièrement descriptif où notre héros se retrouve  le temps d’une nuit et d’une journée projeté dans une ville fantôme. Errant au milieu des ombres, il manque lui-même de devenir irréel. Mélancolie qui se retrouve aussi dans le personnage de la reine Kettrichen, la reine solitaire, (si vous vous interrogiez sur le titre) contrainte de dire adieu à un époux qui la reconnaît à peine. Un épisode sombre à peine allégé par des personnages comme le loup ou la ménestrelle.

L’action peine à décoller au début du livre et ce n’est que dès l’instant où la bande remet la main sur le roi qu’elle s’accélère. En revanche l’histoire finit sur un ordre restauré car, comme tout bon conte de fées (car qu’est-ce que la fantasy sinon un conte de fées pour adultes ?) elle ne peut pas finir mal, du moins pas totalement. Ainsi, si Vérité « meurt », il parvient à sauver son royaume et donne à sa femme un héritier qui permettra d’assurer sa descendance sur le trône. De la sorte, Fitz n’est pas contraint de sacrifier sa fille au royaume et si, effectivement, il ne rejoint pas la mère de cette dernière, tout au moins retrouve-t-il la paix dans une vie d’ermite. (Pour la petite histoire Fitz découvre que sa compagne Molly, qui le croyait mort, a refait sa vie avec celui qui était son père d’adoption à lui. Dur à avaler tout de même je trouve mais il y arrive avec panache) Les « méchants », Royal (le frère de Vérité si vous suivez bien), et tous ses sbires sont punis et le monde peut retrouver sa tranquillité. Question subsidiaire, jusqu’à quand ??? Car le cycle compte treize volumes tout de même…

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 11:35

 

PEDRO PARAMO

Juan Rulfo

 

 

Si je parle d’un livre dont l’action se situe au Mexique dans les années 20-30, je risque déjà de perdre la moitié du lectorat. Surréalisme ? ça y est il n’y a pas plus personne. Bon ben je continue pour les plus motivés.

Juan Rulfo est un écrivain renommé. L’ironie, c’est qu’il n’a en tout et pour tout écrit qu’un recueil de nouvelles, et le roman dont je vais à présent vous parler : Pedro Paramo. L’histoire est à la fois simple et extrêmement compliqué : Juan Preciado à la mort de sa mère et pour obéir à ses dernières volontés se rend au village de Comala, à la recherche de son père, Pedro Paramo. C’est le seul élément tangible de l’histoire. Arrivé au village, Juan Preciado se rend compte qu’il n’y a plus personne de vivant. Dans Comala, seuls des fantômes errent le long des rues pleines de poussières, prenant à tour de rôle la parole pour raconter leur histoire.

Mélange des voix, confusion entre les différentes époques, abolition entre les vivants et les morts, changement de narration, tel est à mon sens ce qui fait de ce court roman un roman surréaliste. Inutile de chercher la logique dans le récit. Le fil directeur n’est même pas Juan Preciado le fils prodigue qui s’efface progressivement au fil de l’histoire pour rejoindre à son tour les fantômes du village (à supposer qu’il aie jamais existé) ; non, le lien c’est Pedro Paramo, celui autour de qui toute la vie des autres personnages s’articulent. Sorte de tyran local de son vivant, l’homme a eu une influence telle que même mort les autres continuent à le redouter lui et sa famille. L’ironie de la situation est que c’est le seul fantôme que Juan Preciado ne parviendra pas à rencontrer. Quête inutile du père qui s’achèvera sous terre dans les bras d’une morte.

C’est un récit déroutant, construit à la manière d’un rêve ou plutôt d’un cauchemar (d’ailleurs le champs lexical du sommeil est abondamment employé). Le lecteur adhère à un voyage dans le temps, de l’avènement du « règne » de Pedro Paramo au retour de son fils et à un voyage le long des rues de Comala dans lequel Juan Preciado va rencontrer successivement des amies de sa mère, un couple de frère et sœur incestueux, une femme qui rêve qu’elle berce un enfant tout en se donnant à tous les hommes, la dernière épouse de Pedro Paramo enfin, une douce folle et, paradoxalement la seule à qui Pedro Paramo indiffère, l’ironie étant que c’est la seule personne pour qui Pedro éprouve de l’amour. Autour de ces figures essentiellement féminines tournent les personnages masculins ; Miguel Paramo, le fils maudit, le prêtre Renteria qui ne peut que pardonner à ses ouailles alors qu’il n’arrive même pas à se pardonner à lui-même et encore moins à Pedro et son fils ; le régisseur Fulgor, l’avocat… Mélange de temps et de lieux, le « je » de la narration change continuellement au gré des protagonistes. Les descriptions sont rares, courtes et efficaces, confortant le lecteur dans ce sentiment général de désolation et d’abandon. Les dialogues et les monologues constituent l’essentiel du récit, dialogues qui sont généralement des dialogues de sourds et monologues qui résonnent comme les plaintes d’hommes abandonnées par le Ciel. Si Dieu existe, il a oublié le village de Comala qui apparaît comme une sorte de purgatoire, si isolé que même les événements politiques de l’époque (la révolution des cristeros et les répressions du gouvernement) apparaissent comme mineurs et viennent s’échouer devant l’indifférence de Pedro Paramo l’opportuniste.

Si vous aviez encore des doutes, c’est un récit plutôt triste, très mélancolique qui résonne comme un chant de deuil. Poétique dans son dépouillement, Pedro Paramo interpelle par sa dimension onirique et laisse à la fin un étrange goût de regret.

 

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 00:23

SI VOUS TENEZ A LE SAVOIR.COM

Arthur Ténor

 

 

 

En littérature jeunesse vous trouvez une foule d’idées intéressantes au hasard des rayons; et si les hommes ne mourraient plus ? Vous obtenez La déclaration récit dans lequel l’immortalité a conduit l’humanité à la sclérose la plus totale. Et si la chirurgie faisait de nous des êtres parfaits ? Vous obtenez Uglies un roman dans lequel les gens se ressemblent tous. Quid du phénomène de télé réalité ? Bienvenue dans la traque où des adolescents et des enfants criminels se font éliminer un par un lors d’un jeu télévisé par de braves téléspectateurs… Le problème étant que l’élimination est physique et en direct !

C’est ce que j’aime dans cette section ; la diversité, une volonté de traiter un sujet qui n’est pas empêtrée dans un ego surdimensionné. Bref le souci des auteurs de jeunesse de raconter une histoire avant tout. Et la quatrième de couverture du livre dont je vais vous parler avait tout pour plaire : l’histoire ? Une adolescente de quinze ans et un jeune policier enquêtant sur un site Internet mystérieux : sivoustenezalesavoir.com.  Un site de voyance parmi bien d’autres sauf que celui-ci a une particularité ; il répond juste à toutes vos questions ! Votre mort, votre note au prochain contrôle, il vous dit tout ! Sauf que la connaissance de l’avenir peut provoquer des dégâts comme vont s’en rendre vite compte nos deux héros.

N’est-ce pas que le résumé a l’air bien ? Et pour être franche, le début du récit est assez intéressant ; commençant par un suicide et un léger suspens, une enquête qui tourne en rond, l’alliance entre le fantastique et le policier était assez réussi. Las ! La première erreur de l’auteur a été sans conteste d’introduire comme personnage féminin une adolescente tête à claques de quinze ans, Caroline. Présentée comme la super-héroïne, la fille trop intelligente au milieu des lycéens lambda qui ne pensent qu’à fricoter et regarder des vidéos pornos sur Internet, elle est aussi insupportable que Tintin dans la bande dessinée du même nom. C’est le genre d’héroïne qu’on a envie de voir finir poignardée dans sa douche ou la tête coincée dans un four à micro-ondes. Malheureusement ce genre de personnages ne meurt pas. Son acolyte masculin, le commandant, est certes bien plus sympathique mais apparaît bien pâlot, quoique plus crédible.

La seconde erreur de l’auteur a été d’éventer pratiquement immédiatement le suspens. Très vite, le responsable du site Internet est retrouvé. Comment faisait-il pour répondre à tous les messages ? Ne cherchez pas, vous n’aurez pas la réponse. Apparemment, qui dit écrire pour la jeunesse dit éluder toutes les questions embarrassantes. Toujours est-il que, environ à la moitié du livre, le récit change de cap ; pour Caroline et pour Antoine, il ne s’agit plus de découvrir le pourquoi du comment du site, mais de protéger le voyant. Et là on tombe dans le grotesque le plus total jusqu’à la scène finale. Fuite, une ou deux poursuites, quelques affrontements, quelques réflexions métaphysiques… Le roman prend une direction prévisible et c’est avec un réel soulagement qu’on en achève la lecture. Avec en prime la morale : c’est à nous seul de forger notre destin. C’est beau non ?

Ce qui m’a le plus mis en rogne je l’avoue, c’est qu’à un moment donné nos deux héros se retrouvent coincés par la DST qui leur explique quelles conséquences pourrait avoir sur notre société un site qui permettrait aux gens de connaître leur avenir : « Imaginez un instant que l’on puisse lire par avance les résultats financiers des sociétés. Cela signifierait le chaos pour toutes les bourses mondiales. Si un employeur pouvait s’informer avec précision sur le devenir de tel ou tel de ses salariés, on inventerait du même coup la « sélection par le destin ». Et pourquoi ne pas instaurer aussi le « futurogramme » pour évaluer les chances de réussite des candidats politique ? Ce serait la fin de la démocratie. Croyez-moi, on pourrait écrire un thriller d’enfer sur les conséquences d’un tel phénomène. » Mais alors, pourquoi toi tu l’as pas écrit ce foutu thriller ? Pourquoi t’engluer dans cette histoire sans intérêt de gamin doté de pouvoirs mystérieux (parce qu’en plus le voyant est un ado lui aussi) et d’homme au chapeau qui veut le tuer ? Le tout saupoudré avec plein de bons sentiments mielleux (Antoine va se marier et Caroline est amoureuse du frère d’Antoine comme si apparemment devoir protéger un voyant insupportable n’était pas un full-time job) et d’un humour qui tombe à plat.

Après coup, je me suis souvenue que j’avais déjà lu un livre d’Arthur Ténor, toujours pour la jeunesse. Ça s’appelait : Le livre dont vous êtes la victime et je me rappelle avoir éprouvé le même sentiment de frustration ; une bonne idée de base totalement ruinée par un manque d’ambition et de développement. En bref, du gâchis…

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:16

PAS CE SOIR JE DÎNE AVEC MON PERE

 

Marion Ruggieri

 

 

Il est curieux de remarquer que, désormais, au rayon littérature française, vous trouviez toujours le même style de romans. Un récit toujours écrit à la première personne du singulier, empestant à plein nez la bonne dose de vécu et le nombrilisme le plus primaire. L’action est réduite à son expression minimum et l’intrigue se résume aux états d’âme du narrateur ou de la narratrice. Le pire c’est qu’apparemment c’est le comble du chic et je me souviens bien de mon anéantissement quand après avoir lu un navet, Trois jours chez ma mère, j’ai appris que son auteur avait obtenu le prix Goncourt ! Personnellement je préfère mes romans de gare à ces considérations pseudo-philosophiques  et, si je suis loin d’être fan de Gavalda ou de Barbery, je dois reconnaître qu’au moins ces dernières essaient de construire une histoire plutôt que d’assembler des phrases bout à bout et de voir si ça marche ou pas.

 

Bonne nouvelle pour une fois ; si le livre Pas ce soir je dîne avec mon père tombe malheureusement dans tous les travers que je viens d’énoncer, tout du moins le fait-il de façon potable et si l’on peut déplorer l’absence d’originalité du livre, tout du moins ne s’ennuie-t-on pas trop à sa lecture. L’intrigue tient en quelques lignes. Marion (comme l’auteur, étrange non ?)  a une relation quasi-fusionnelle avec son père tout en étant en perpétuel conflit avec lui. Le père refuse de vieillir, sortant avec des filles de dix-huit ans, s’habillant comme un adolescent et traitant son enfant comme sa copine en ne lui épargnant aucun de ses ébats sexuels. Marion au contraire s’habille comme un être asexué, refuse de grandir, sort avec un homme qui a le même âge que son père et critique son géniteur tout en en étant dépendante. Lors d’un dîner d’anniversaire de ce dernier, elle réalise, flash back et incidents à l’appui qu’il est temps pour elle de s’affranchir de l’homme qu’elle aime et déteste à la fois.


Ça   fleure le complexe d’Œdipe à plein nez (est-ce qu’on utilise cette expression quand c’est l’inverse et que c’est la petite fille qui veut épouser son père ?) et l’auteur en est d’ailleurs parfaitement consciente, jouant même sur ce registre lors d’un flash-back où Marion, petite fille joue à se faire passer pour la compagne de son papa. Mais, ce qui sauve le roman à mon avis, c’est l’humour. La narratrice joue à fond sur la psychologie de bazar, forçant volontiers le trait et les personnages (du père échangiste à la catholique pratiquante qui cloue des crucifix au-dessus du lit en passant par le vieux fiancé père/amant) et créant des situations comiques par un regard désabusé et cynique. Jamais la narratrice ne cherche à se prendre au sérieux et c’est ce qui à mon humble avis fait la force du livre.

 

Maintenant une petite confession ; je crois que je n’aurais jamais accroché à ce livre quelques années auparavant, le balançant avec la même insouciance que j’ai balancé il y a environ cinq ans Une vie française de Dubois. C’était à l’époque un roman que je trouvais plein de considérations oiseuses, bon pour les trentenaires désabusés. Seulement voilà : maintenant j’ai presque trente ans, le même âge que l’héroïne, et je ne peux que m’identifier à ce personnage qui refuse de vieillir et qui a l’impression de voir passer sa vie devant elle tandis que les autres lui ressassent l’éternelle question des enfants et tout le toutim. Génération à qui l’on reproche son désengagement, portrait de la femme qui sait que l’heure tourne mais qui est incapable de l’admettre. Pas ce soir je dîne avec mon père est un premier roman sans conséquence, le regard ironique sur une société aseptisé d’une narratrice elle-même conditionnée. Les plus jeunes s’ennuieront ; les plus vieux détesteront. Les autres, sans être emballés, ont peut-être une chance d’apprécier….

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 00:17

L’assassin royal tome 5

LA VOIE MAGIQUE

Robin Hobb

 

 

Après le roman fleuve chinois médiéval, place à un tout autre registre ; il s’agit de fantasy cette fois, un genre bien souvent décrié, littérature attribuée à tort à des geeks ou à des gothiques. Ne faisant partie ni de la première catégorie (à part mon goût immodéré pour les Sims, je ne passe pas ma vie devant l’ordinateur) et encore moins de la seconde (une blonde aux yeux bleus ça fait tâche en noir) je me sens obligée de prendre la défense des romans dits de l’imaginaire.

Petit cours pour les non-initiés : la fantasy est un genre qui s’apparente au merveilleux. Lointaine descendante du conte de fées elle puise dans ces derniers la matière principale (rois et reines en tout genre, quête, animaux magiques, merveilleux) pour créer un monde parallèle qui n’a rien à voir avec le nôtre et obéissant à ses propres règles géographiques (les auteurs de fantasy adorent dessiner des cartes de leur univers en début de récit) religieuses et sociales. Le défi est difficile en ce sens que la fantasy s’adresse à un public adulte ; pour que le lecteur adhère donc pleinement à l’univers qui lui est proposé, il faut que ce dernier soit crédible. A l’auteur de fantasy on ne demande pas tant du style que l’art de savoir raconter une histoire. Le roman est réussi dès lors que le lecteur a réussi à rentrer dans le monde qui lui est proposé et à s’attacher aux personnages. Cela demande une bonne dose d’art dramatique et du temps surtout, ce qui explique la longueur des romans de l’imaginaire.

 

Robin Hobb est l’une des auteurs phares de ce genre essentiellement anglo-saxon (personnellement je n’ai pour l’instant pas été convaincu par les prestations françaises mais j’avoue avoir des lacunes en la matière). La série dont je vais vous parler est sa toute première si je ne m’abuse et, pour l’instant, la plus connue. Il s’agit du cycle de L’assassin royal. A l’heure qu’il est je n’en suis qu’au cinquième tome sur les treize, mais pour vous je vais tenter un petit résumé !

Nous sommes dans un pays dirigé par le roi Subtil. Subtil a trois fils ; son fils aîné Chevalerie, son second Vérité, et son petit dernier, Royal, enfant d’un second mariage. Logiquement, Chevalerie était le roi-servant, c’est-à-dire le fils appelé à régner après la mort de son père. Las ! C’était sans compter sur l’arrivée d’un gamin de six ans, le bâtard de Chevalerie,  qui force son père à renoncer à ses prétentions au trône (ça rigole pas la morale là-bas) pour abdiquer en faveur de son frère, Vérité. Le bâtard, Fitz, le héros de l’histoire et celui qui la raconte d’ailleurs, est pris en charge par le roi Subtil, son grand-père qui décide de faire de lui son assassin attitré. Fitz apprend donc le métier de tueur professionnel, tout en développant parallèlement d’étranges pouvoirs qui lui permettent de communiquer avec les animaux et de devenir ainsi lié à un loup, Œil de Nuit. Jusque là tout va bien ? Ok on continue. Donc Chevalerie abandonne la cour et meurt bientôt dans d’étranges circonstances. Les pirates attaquent le royaume et Vérité, le prince-servant, doit user de tous ses pouvoirs magiques (ah je vous avais pas parlé de ça non plus ?) pour les repousser. Mais il ne peut tenir et décide alors de partir à la recherche des Anciens pour tenter d’obtenir leur aide (tome 3). Il laisse une épouse Kettricken, qui se révèle être enceinte mais aussi son gredin de frère Royal qui essaie d’usurper le trône. Faisant assassiner le roi Subtil par ses magiciens, Royal proclame son frère mort et provoque la fuite de la reine. Fitz, lui-même, entièrement dévoué à Vérité, est jeté au cachot, torturé et mis à mort. Il ne doit son salut qu’en se projetant dans le corps de son loup, expérience qui le rendra à moitié fou. Redevenu plus ou moins humain (tome 4) il n’aura de cesse de retrouver Royal pour le tuer, jusqu’à ce qu’un appel (magique cela va de soi) le pousse à retrouver Vérité qu’il devine encore vivant…

 

Ça va toujours ? On passe donc à ce fameux tome 5, celui que j’ai lu ce début de semaine et, je l’avoue, avec beaucoup plus d’entrain qu’Au bord de l’eau. Non pas qu’il se passe beaucoup de choses dans ce volume, il faut bien le reconnaître. Retour à la fantasy traditionnelle avec le thème de la quête usé et abusé. Fitz, en cherchant à rejoindre Vérité, retrouve sur son chemin une ménestrelle facétieuse, Astérie (il faut toujours un personnage un peu fantasque dans ce genre de récit) déjà croisée dans le précédent volet, la reine Kettricken, le fou du roi Subtil (homme ou femme ?) et une vieille énigmatique. Les personnages forment une communauté qui ont tous en tête le but de retrouver Vérité. Pour Fitz l’enjeu est double ; en effet, la reine a perdu son bébé et si le couple royal ne se reforme pas alors il sera obligé de céder sa propre fille au trône et de lui voler ainsi sa vie (oui il y a aussi une histoire d’amour entre Fitz et une fabricante de bougies mais je peux pas rentrer dans tous les détails non plus) Bref : récit d’une longue route ponctuée de pas mal d’imprévus et de quelques traîtrises. Je ne sais pourquoi les auteurs de fantasy prennent un malin plaisir à faire voyager ainsi leurs personnages mais personnellement je souffre pour eux. Il ne se passe pas d’événements majeurs dans ce tome qui est avant tout un intermède  visant à développer le caractère de certains protagonistes et à en créer de nouveaux. On est un peu dans la série télévisée ! Le rythme est assez lent mais les incidents de parcours permettent aux lecteurs d’oublier que l’action principale n’avance pas tellement. En gros, lire La voie magique c’est comme chausser de bonnes pantoufles confortables ou regarder un épisode de X Files tout en sachant pertinemment qu’il ne se passera rien puisque la fin de saison est encore loin. Attention ceci dit on arrive bientôt à la moitié de la saga et ça risque de redémarrer…  

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 20:16

AU BORD DE L’EAU

Shi Nai-an

 

 

Ouf ! Quinze jours plus tard, me voici enfin au bout de Au bord de l’eau, modeste roman chinois de près de 2000 pages, récit d’aventures remanié par tant d’auteurs au fil des siècles qu’il est difficile de déterminer de quand date l’œuvre originelle. Ma traduction m’indique complaisamment que ma version est celle Jin Sheng Tan (prenez un air entendu) auteur du XVIIe siècle qui a tranché dans le vif, supprimé des passages et adapté certains, évitant de ce fait une noyade assurée dans un roman si dense qu’il implique une lecture consciencieuse que rien ne peut parasiter.

 

L’histoire met en scène une multitude de personnages dont nous suivons le parcours en sautant de l’un à l’autre. Ça pourrait s’intituler « comment devient-on un brigand sans même le vouloir ». Au départ un sujet chinois lambda, fidèle à son empereur et à sa patrie. Hélas, ces braves commettent des impairs qui les forcent à s’enfuir et à devenir des hors-la-loi. Si l’auteur semble considérer avec bienveillance ces manquements de conduite, allant bien souvent jusqu’à les justifier, le bête lecteur occidental que nous sommes restera un peu plus sceptique sur l’honorabilité des dits personnages. Au sommaire une grosse brute qui massacre tout le monde, de braves aubergistes qui se contentent de manger les voyageurs de passage, des assassins… Bien souvent, ce sont les meurtres de femmes adultères ou vénales qui provoquent l’exil de nos preux. D’où la réputation de misogynie du récit, selon les normes actuelles bien entendu. Environ à la moitié du récit, les brigands, tous ensemble, commencent alors à former une vrai communauté dans leur repaire, et entre deux festins, pillent les villages alentours en se complimentant mutuellement. Hélas, les fonctionnaires corrompus leur en veulent et ne cessent de les poursuivre…

 

Personnellement j’ai toujours éprouvé un profond ennui devant les récits de Chrétien de Troyes, ces romans où le héros massacre à tour de bras tout en faisant de temps en temps quelques galipettes avec la dame. Je trouve ça un tantinet répétitif et trop manichéen pour moi. J’ai éprouvé le même sentiment d’ennui en lisant Au bord de l’eau. Certes ça ne discute pas d’amour (la femme chinoise se marchande assez facilement dans le récit et se remplace plutôt bien) mais ce n’est que dépeçage, arrachage de cœur, décapitation avec entre-temps quelques discours sur la corruption de l’Empire et multitudes de beuverie et d’hécatombes de bœufs et de chevaux pour les repas. Rien de bien subtil. Je ne remettrais pas en cause la qualité du récit, empreint d’un style alerte et non dénué d’humour. Ainsi, un des personnages dont le seul souci dans la vie est de massacrer à tour de bras est brossé volontairement de manière exagérée et devient de ce fait un personnage comique. Quelques situations également sont assez humoristiques. La composition du roman est originale ; comme je l’ai dit, on saute d’un personnage à un autre, divisant l’histoire en multitude de petits récits qui finissent par se regrouper. Non franchement rien à redire et je serais franchement culottée si je me permettais de critiquer une œuvre qui a franchi les siècles et qui a été unanimement reconnue. Ceci dit, je mentirais en disant que j’ai adoré. Je crains qu’il ne s’agisse simplement d’un choc culturel trop grand pour moi ; impossible de rester neutre devant  cette scène où l’un des brigands (sensé être une brute au grand cœur)  tue un enfant de trois ans pour contraindre un personnage à le suivre dans les montagnes. Idem cette scène où la femme adultère se fait dépecer méthodiquement et arracher le cœur. Je sais, c’était sans doute la même approche en occident médiéval et j’aurais beau jeu de critiquer la barbarie chinoise (nos femmes adultères à nous elles se faisaient brûler ou lapider ? Je ne sais plus) mais ça n’empêche que j’ai eu du mal ensuite à considérer d’un œil bienveillant ces « gentils » brigands et à les voir comme des victimes, ce qui ne m’a pas empêché d’éprouver pour eux quelque sympathie.

 

J’ai lu dans la préface de mon édition que l’auteur voulait stigmatiser les hors-la-loi et les condamner. J’ai eu du mal à voir la condamnation tellement elle est implicite, ceci dit elle réside dans la scène finale. Apparemment dans d’autres versions les brigands redevenaient de fidèles sujets de l’empereur au terme d’une bataille. Ici, pas d’amnistie ; tout à la fin, l’un des héros fait un cauchemar prémonitoire dans lequel il voit les 108 membres de leur groupe se faire juger et décapiter. Cette vision est à mon sens l’une des plus belles du roman car, effrayante, elle tranche avec l’aspect désinvolte du reste de l’histoire. La mort redevient une affaire sérieuse, la vie ne prend plus l’aspect d’un jeu et de la sorte le monde retrouve l’ordre initial : « Paix sous le ciel » ainsi s’achève l’histoire. Avec un petit pincement au cœur tout de même ; après tout, on avait fini par s’y attacher à ces brigands…

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