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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 00:23

SI VOUS TENEZ A LE SAVOIR.COM

Arthur Ténor

 

 

 

En littérature jeunesse vous trouvez une foule d’idées intéressantes au hasard des rayons; et si les hommes ne mourraient plus ? Vous obtenez La déclaration récit dans lequel l’immortalité a conduit l’humanité à la sclérose la plus totale. Et si la chirurgie faisait de nous des êtres parfaits ? Vous obtenez Uglies un roman dans lequel les gens se ressemblent tous. Quid du phénomène de télé réalité ? Bienvenue dans la traque où des adolescents et des enfants criminels se font éliminer un par un lors d’un jeu télévisé par de braves téléspectateurs… Le problème étant que l’élimination est physique et en direct !

C’est ce que j’aime dans cette section ; la diversité, une volonté de traiter un sujet qui n’est pas empêtrée dans un ego surdimensionné. Bref le souci des auteurs de jeunesse de raconter une histoire avant tout. Et la quatrième de couverture du livre dont je vais vous parler avait tout pour plaire : l’histoire ? Une adolescente de quinze ans et un jeune policier enquêtant sur un site Internet mystérieux : sivoustenezalesavoir.com.  Un site de voyance parmi bien d’autres sauf que celui-ci a une particularité ; il répond juste à toutes vos questions ! Votre mort, votre note au prochain contrôle, il vous dit tout ! Sauf que la connaissance de l’avenir peut provoquer des dégâts comme vont s’en rendre vite compte nos deux héros.

N’est-ce pas que le résumé a l’air bien ? Et pour être franche, le début du récit est assez intéressant ; commençant par un suicide et un léger suspens, une enquête qui tourne en rond, l’alliance entre le fantastique et le policier était assez réussi. Las ! La première erreur de l’auteur a été sans conteste d’introduire comme personnage féminin une adolescente tête à claques de quinze ans, Caroline. Présentée comme la super-héroïne, la fille trop intelligente au milieu des lycéens lambda qui ne pensent qu’à fricoter et regarder des vidéos pornos sur Internet, elle est aussi insupportable que Tintin dans la bande dessinée du même nom. C’est le genre d’héroïne qu’on a envie de voir finir poignardée dans sa douche ou la tête coincée dans un four à micro-ondes. Malheureusement ce genre de personnages ne meurt pas. Son acolyte masculin, le commandant, est certes bien plus sympathique mais apparaît bien pâlot, quoique plus crédible.

La seconde erreur de l’auteur a été d’éventer pratiquement immédiatement le suspens. Très vite, le responsable du site Internet est retrouvé. Comment faisait-il pour répondre à tous les messages ? Ne cherchez pas, vous n’aurez pas la réponse. Apparemment, qui dit écrire pour la jeunesse dit éluder toutes les questions embarrassantes. Toujours est-il que, environ à la moitié du livre, le récit change de cap ; pour Caroline et pour Antoine, il ne s’agit plus de découvrir le pourquoi du comment du site, mais de protéger le voyant. Et là on tombe dans le grotesque le plus total jusqu’à la scène finale. Fuite, une ou deux poursuites, quelques affrontements, quelques réflexions métaphysiques… Le roman prend une direction prévisible et c’est avec un réel soulagement qu’on en achève la lecture. Avec en prime la morale : c’est à nous seul de forger notre destin. C’est beau non ?

Ce qui m’a le plus mis en rogne je l’avoue, c’est qu’à un moment donné nos deux héros se retrouvent coincés par la DST qui leur explique quelles conséquences pourrait avoir sur notre société un site qui permettrait aux gens de connaître leur avenir : « Imaginez un instant que l’on puisse lire par avance les résultats financiers des sociétés. Cela signifierait le chaos pour toutes les bourses mondiales. Si un employeur pouvait s’informer avec précision sur le devenir de tel ou tel de ses salariés, on inventerait du même coup la « sélection par le destin ». Et pourquoi ne pas instaurer aussi le « futurogramme » pour évaluer les chances de réussite des candidats politique ? Ce serait la fin de la démocratie. Croyez-moi, on pourrait écrire un thriller d’enfer sur les conséquences d’un tel phénomène. » Mais alors, pourquoi toi tu l’as pas écrit ce foutu thriller ? Pourquoi t’engluer dans cette histoire sans intérêt de gamin doté de pouvoirs mystérieux (parce qu’en plus le voyant est un ado lui aussi) et d’homme au chapeau qui veut le tuer ? Le tout saupoudré avec plein de bons sentiments mielleux (Antoine va se marier et Caroline est amoureuse du frère d’Antoine comme si apparemment devoir protéger un voyant insupportable n’était pas un full-time job) et d’un humour qui tombe à plat.

Après coup, je me suis souvenue que j’avais déjà lu un livre d’Arthur Ténor, toujours pour la jeunesse. Ça s’appelait : Le livre dont vous êtes la victime et je me rappelle avoir éprouvé le même sentiment de frustration ; une bonne idée de base totalement ruinée par un manque d’ambition et de développement. En bref, du gâchis…

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:16

PAS CE SOIR JE DÎNE AVEC MON PERE

 

Marion Ruggieri

 

 

Il est curieux de remarquer que, désormais, au rayon littérature française, vous trouviez toujours le même style de romans. Un récit toujours écrit à la première personne du singulier, empestant à plein nez la bonne dose de vécu et le nombrilisme le plus primaire. L’action est réduite à son expression minimum et l’intrigue se résume aux états d’âme du narrateur ou de la narratrice. Le pire c’est qu’apparemment c’est le comble du chic et je me souviens bien de mon anéantissement quand après avoir lu un navet, Trois jours chez ma mère, j’ai appris que son auteur avait obtenu le prix Goncourt ! Personnellement je préfère mes romans de gare à ces considérations pseudo-philosophiques  et, si je suis loin d’être fan de Gavalda ou de Barbery, je dois reconnaître qu’au moins ces dernières essaient de construire une histoire plutôt que d’assembler des phrases bout à bout et de voir si ça marche ou pas.

 

Bonne nouvelle pour une fois ; si le livre Pas ce soir je dîne avec mon père tombe malheureusement dans tous les travers que je viens d’énoncer, tout du moins le fait-il de façon potable et si l’on peut déplorer l’absence d’originalité du livre, tout du moins ne s’ennuie-t-on pas trop à sa lecture. L’intrigue tient en quelques lignes. Marion (comme l’auteur, étrange non ?)  a une relation quasi-fusionnelle avec son père tout en étant en perpétuel conflit avec lui. Le père refuse de vieillir, sortant avec des filles de dix-huit ans, s’habillant comme un adolescent et traitant son enfant comme sa copine en ne lui épargnant aucun de ses ébats sexuels. Marion au contraire s’habille comme un être asexué, refuse de grandir, sort avec un homme qui a le même âge que son père et critique son géniteur tout en en étant dépendante. Lors d’un dîner d’anniversaire de ce dernier, elle réalise, flash back et incidents à l’appui qu’il est temps pour elle de s’affranchir de l’homme qu’elle aime et déteste à la fois.


Ça   fleure le complexe d’Œdipe à plein nez (est-ce qu’on utilise cette expression quand c’est l’inverse et que c’est la petite fille qui veut épouser son père ?) et l’auteur en est d’ailleurs parfaitement consciente, jouant même sur ce registre lors d’un flash-back où Marion, petite fille joue à se faire passer pour la compagne de son papa. Mais, ce qui sauve le roman à mon avis, c’est l’humour. La narratrice joue à fond sur la psychologie de bazar, forçant volontiers le trait et les personnages (du père échangiste à la catholique pratiquante qui cloue des crucifix au-dessus du lit en passant par le vieux fiancé père/amant) et créant des situations comiques par un regard désabusé et cynique. Jamais la narratrice ne cherche à se prendre au sérieux et c’est ce qui à mon humble avis fait la force du livre.

 

Maintenant une petite confession ; je crois que je n’aurais jamais accroché à ce livre quelques années auparavant, le balançant avec la même insouciance que j’ai balancé il y a environ cinq ans Une vie française de Dubois. C’était à l’époque un roman que je trouvais plein de considérations oiseuses, bon pour les trentenaires désabusés. Seulement voilà : maintenant j’ai presque trente ans, le même âge que l’héroïne, et je ne peux que m’identifier à ce personnage qui refuse de vieillir et qui a l’impression de voir passer sa vie devant elle tandis que les autres lui ressassent l’éternelle question des enfants et tout le toutim. Génération à qui l’on reproche son désengagement, portrait de la femme qui sait que l’heure tourne mais qui est incapable de l’admettre. Pas ce soir je dîne avec mon père est un premier roman sans conséquence, le regard ironique sur une société aseptisé d’une narratrice elle-même conditionnée. Les plus jeunes s’ennuieront ; les plus vieux détesteront. Les autres, sans être emballés, ont peut-être une chance d’apprécier….

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 00:17

L’assassin royal tome 5

LA VOIE MAGIQUE

Robin Hobb

 

 

Après le roman fleuve chinois médiéval, place à un tout autre registre ; il s’agit de fantasy cette fois, un genre bien souvent décrié, littérature attribuée à tort à des geeks ou à des gothiques. Ne faisant partie ni de la première catégorie (à part mon goût immodéré pour les Sims, je ne passe pas ma vie devant l’ordinateur) et encore moins de la seconde (une blonde aux yeux bleus ça fait tâche en noir) je me sens obligée de prendre la défense des romans dits de l’imaginaire.

Petit cours pour les non-initiés : la fantasy est un genre qui s’apparente au merveilleux. Lointaine descendante du conte de fées elle puise dans ces derniers la matière principale (rois et reines en tout genre, quête, animaux magiques, merveilleux) pour créer un monde parallèle qui n’a rien à voir avec le nôtre et obéissant à ses propres règles géographiques (les auteurs de fantasy adorent dessiner des cartes de leur univers en début de récit) religieuses et sociales. Le défi est difficile en ce sens que la fantasy s’adresse à un public adulte ; pour que le lecteur adhère donc pleinement à l’univers qui lui est proposé, il faut que ce dernier soit crédible. A l’auteur de fantasy on ne demande pas tant du style que l’art de savoir raconter une histoire. Le roman est réussi dès lors que le lecteur a réussi à rentrer dans le monde qui lui est proposé et à s’attacher aux personnages. Cela demande une bonne dose d’art dramatique et du temps surtout, ce qui explique la longueur des romans de l’imaginaire.

 

Robin Hobb est l’une des auteurs phares de ce genre essentiellement anglo-saxon (personnellement je n’ai pour l’instant pas été convaincu par les prestations françaises mais j’avoue avoir des lacunes en la matière). La série dont je vais vous parler est sa toute première si je ne m’abuse et, pour l’instant, la plus connue. Il s’agit du cycle de L’assassin royal. A l’heure qu’il est je n’en suis qu’au cinquième tome sur les treize, mais pour vous je vais tenter un petit résumé !

Nous sommes dans un pays dirigé par le roi Subtil. Subtil a trois fils ; son fils aîné Chevalerie, son second Vérité, et son petit dernier, Royal, enfant d’un second mariage. Logiquement, Chevalerie était le roi-servant, c’est-à-dire le fils appelé à régner après la mort de son père. Las ! C’était sans compter sur l’arrivée d’un gamin de six ans, le bâtard de Chevalerie,  qui force son père à renoncer à ses prétentions au trône (ça rigole pas la morale là-bas) pour abdiquer en faveur de son frère, Vérité. Le bâtard, Fitz, le héros de l’histoire et celui qui la raconte d’ailleurs, est pris en charge par le roi Subtil, son grand-père qui décide de faire de lui son assassin attitré. Fitz apprend donc le métier de tueur professionnel, tout en développant parallèlement d’étranges pouvoirs qui lui permettent de communiquer avec les animaux et de devenir ainsi lié à un loup, Œil de Nuit. Jusque là tout va bien ? Ok on continue. Donc Chevalerie abandonne la cour et meurt bientôt dans d’étranges circonstances. Les pirates attaquent le royaume et Vérité, le prince-servant, doit user de tous ses pouvoirs magiques (ah je vous avais pas parlé de ça non plus ?) pour les repousser. Mais il ne peut tenir et décide alors de partir à la recherche des Anciens pour tenter d’obtenir leur aide (tome 3). Il laisse une épouse Kettricken, qui se révèle être enceinte mais aussi son gredin de frère Royal qui essaie d’usurper le trône. Faisant assassiner le roi Subtil par ses magiciens, Royal proclame son frère mort et provoque la fuite de la reine. Fitz, lui-même, entièrement dévoué à Vérité, est jeté au cachot, torturé et mis à mort. Il ne doit son salut qu’en se projetant dans le corps de son loup, expérience qui le rendra à moitié fou. Redevenu plus ou moins humain (tome 4) il n’aura de cesse de retrouver Royal pour le tuer, jusqu’à ce qu’un appel (magique cela va de soi) le pousse à retrouver Vérité qu’il devine encore vivant…

 

Ça va toujours ? On passe donc à ce fameux tome 5, celui que j’ai lu ce début de semaine et, je l’avoue, avec beaucoup plus d’entrain qu’Au bord de l’eau. Non pas qu’il se passe beaucoup de choses dans ce volume, il faut bien le reconnaître. Retour à la fantasy traditionnelle avec le thème de la quête usé et abusé. Fitz, en cherchant à rejoindre Vérité, retrouve sur son chemin une ménestrelle facétieuse, Astérie (il faut toujours un personnage un peu fantasque dans ce genre de récit) déjà croisée dans le précédent volet, la reine Kettricken, le fou du roi Subtil (homme ou femme ?) et une vieille énigmatique. Les personnages forment une communauté qui ont tous en tête le but de retrouver Vérité. Pour Fitz l’enjeu est double ; en effet, la reine a perdu son bébé et si le couple royal ne se reforme pas alors il sera obligé de céder sa propre fille au trône et de lui voler ainsi sa vie (oui il y a aussi une histoire d’amour entre Fitz et une fabricante de bougies mais je peux pas rentrer dans tous les détails non plus) Bref : récit d’une longue route ponctuée de pas mal d’imprévus et de quelques traîtrises. Je ne sais pourquoi les auteurs de fantasy prennent un malin plaisir à faire voyager ainsi leurs personnages mais personnellement je souffre pour eux. Il ne se passe pas d’événements majeurs dans ce tome qui est avant tout un intermède  visant à développer le caractère de certains protagonistes et à en créer de nouveaux. On est un peu dans la série télévisée ! Le rythme est assez lent mais les incidents de parcours permettent aux lecteurs d’oublier que l’action principale n’avance pas tellement. En gros, lire La voie magique c’est comme chausser de bonnes pantoufles confortables ou regarder un épisode de X Files tout en sachant pertinemment qu’il ne se passera rien puisque la fin de saison est encore loin. Attention ceci dit on arrive bientôt à la moitié de la saga et ça risque de redémarrer…  

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 20:16

AU BORD DE L’EAU

Shi Nai-an

 

 

Ouf ! Quinze jours plus tard, me voici enfin au bout de Au bord de l’eau, modeste roman chinois de près de 2000 pages, récit d’aventures remanié par tant d’auteurs au fil des siècles qu’il est difficile de déterminer de quand date l’œuvre originelle. Ma traduction m’indique complaisamment que ma version est celle Jin Sheng Tan (prenez un air entendu) auteur du XVIIe siècle qui a tranché dans le vif, supprimé des passages et adapté certains, évitant de ce fait une noyade assurée dans un roman si dense qu’il implique une lecture consciencieuse que rien ne peut parasiter.

 

L’histoire met en scène une multitude de personnages dont nous suivons le parcours en sautant de l’un à l’autre. Ça pourrait s’intituler « comment devient-on un brigand sans même le vouloir ». Au départ un sujet chinois lambda, fidèle à son empereur et à sa patrie. Hélas, ces braves commettent des impairs qui les forcent à s’enfuir et à devenir des hors-la-loi. Si l’auteur semble considérer avec bienveillance ces manquements de conduite, allant bien souvent jusqu’à les justifier, le bête lecteur occidental que nous sommes restera un peu plus sceptique sur l’honorabilité des dits personnages. Au sommaire une grosse brute qui massacre tout le monde, de braves aubergistes qui se contentent de manger les voyageurs de passage, des assassins… Bien souvent, ce sont les meurtres de femmes adultères ou vénales qui provoquent l’exil de nos preux. D’où la réputation de misogynie du récit, selon les normes actuelles bien entendu. Environ à la moitié du récit, les brigands, tous ensemble, commencent alors à former une vrai communauté dans leur repaire, et entre deux festins, pillent les villages alentours en se complimentant mutuellement. Hélas, les fonctionnaires corrompus leur en veulent et ne cessent de les poursuivre…

 

Personnellement j’ai toujours éprouvé un profond ennui devant les récits de Chrétien de Troyes, ces romans où le héros massacre à tour de bras tout en faisant de temps en temps quelques galipettes avec la dame. Je trouve ça un tantinet répétitif et trop manichéen pour moi. J’ai éprouvé le même sentiment d’ennui en lisant Au bord de l’eau. Certes ça ne discute pas d’amour (la femme chinoise se marchande assez facilement dans le récit et se remplace plutôt bien) mais ce n’est que dépeçage, arrachage de cœur, décapitation avec entre-temps quelques discours sur la corruption de l’Empire et multitudes de beuverie et d’hécatombes de bœufs et de chevaux pour les repas. Rien de bien subtil. Je ne remettrais pas en cause la qualité du récit, empreint d’un style alerte et non dénué d’humour. Ainsi, un des personnages dont le seul souci dans la vie est de massacrer à tour de bras est brossé volontairement de manière exagérée et devient de ce fait un personnage comique. Quelques situations également sont assez humoristiques. La composition du roman est originale ; comme je l’ai dit, on saute d’un personnage à un autre, divisant l’histoire en multitude de petits récits qui finissent par se regrouper. Non franchement rien à redire et je serais franchement culottée si je me permettais de critiquer une œuvre qui a franchi les siècles et qui a été unanimement reconnue. Ceci dit, je mentirais en disant que j’ai adoré. Je crains qu’il ne s’agisse simplement d’un choc culturel trop grand pour moi ; impossible de rester neutre devant  cette scène où l’un des brigands (sensé être une brute au grand cœur)  tue un enfant de trois ans pour contraindre un personnage à le suivre dans les montagnes. Idem cette scène où la femme adultère se fait dépecer méthodiquement et arracher le cœur. Je sais, c’était sans doute la même approche en occident médiéval et j’aurais beau jeu de critiquer la barbarie chinoise (nos femmes adultères à nous elles se faisaient brûler ou lapider ? Je ne sais plus) mais ça n’empêche que j’ai eu du mal ensuite à considérer d’un œil bienveillant ces « gentils » brigands et à les voir comme des victimes, ce qui ne m’a pas empêché d’éprouver pour eux quelque sympathie.

 

J’ai lu dans la préface de mon édition que l’auteur voulait stigmatiser les hors-la-loi et les condamner. J’ai eu du mal à voir la condamnation tellement elle est implicite, ceci dit elle réside dans la scène finale. Apparemment dans d’autres versions les brigands redevenaient de fidèles sujets de l’empereur au terme d’une bataille. Ici, pas d’amnistie ; tout à la fin, l’un des héros fait un cauchemar prémonitoire dans lequel il voit les 108 membres de leur groupe se faire juger et décapiter. Cette vision est à mon sens l’une des plus belles du roman car, effrayante, elle tranche avec l’aspect désinvolte du reste de l’histoire. La mort redevient une affaire sérieuse, la vie ne prend plus l’aspect d’un jeu et de la sorte le monde retrouve l’ordre initial : « Paix sous le ciel » ainsi s’achève l’histoire. Avec un petit pincement au cœur tout de même ; après tout, on avait fini par s’y attacher à ces brigands…

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 20:52

Lyra et les oiseaux

Philip Pullman

 

 

 

Non, je n’ai pas décidé de renoncer au blog, mais je suis coincée au milieu de Au bord de l’eau, sympathique roman chinois de près de 2000 pages, et il va me falloir encore quelques temps avant d’en voir le bout.  En attendant, pour couper un peu, parlons d’un autre livre, histoire de mettre à jour le site.

Si je vous dis Philip Pullman, vous allez peut-être avoir une hésitation. Si je vous parle en revanche de la trilogie des Royaumes du Nord, nul doute que vous verrez tout de suite l’auteur. Sa série A la croisée des monde a eu un vif succès, encore plus depuis qu’elle a été adaptée au cinéma. Personnellement, j’ai apprécié le premier tome de la saga, adoré le deuxième, et franchement détesté le troisième. C’est donc avec une certaine curiosité que je me suis attelée à la lecture d’un roman (si tant est qu’on puisse qualifier ainsi un livre qui fait une quarantaine de pages écrit très gros) intitulé Lyra et les oiseaux et qui fait suite à la trilogie. « Retrouvez l’audacieuse Lyra, l’héroïne de A la croisée des mondes, et l’univers magique de Philip Pullman » proclamait fièrement la quatrième de couverture. Mouais. Rien qu’avec ça j’aurais dû me méfier.

 

J’aimerais vous parler de ce roman, sincèrement. Vous dire ce que j’ai apprécié, ce que j’ai détesté. Le problème c’est qu’il n’y a absolument rien à en dire. L’histoire tient en quelques lignes ; Lyra, l’héroïne super intelligente de la trilogie, est accompagné de son super daemon (pour les non initiés de la série, il faut prononcer démon. Le daemon est dans le monde de Pullman un être animal rattaché à la personne, une âme extérieure en quelque sorte. Dans l’enfance il adopte différentes formes animales et ne prend une forme fixe qu’à l’adolescence. Profond non ?) Mais ciel ! Lyra trouve un daemon abandonné, ce qui est impensable. Le daemon lui apprend que son maître, une sorcière, est malade et la presse de venir à son secours. N’écoutant que son courage et sa grandeur d’âme, Lyra fonce au secours de la sorcière mais tombe dans un traquenard. Je vous rassure ; Lyra s’en sortira et pourra se rendre compte que le monde est perfide mais qu’heureusement les oiseaux sont là pour l’aider.

 

Ça vous paraît confus ? Tant mieux, c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture ; une impression de confusion mêlée d’un sentiment de néant absolu. Le style de Pullman, la seule chose que je lui reconnaissais volontiers, a totalement disparu pour laisser place à une copie digne d’une rédaction d’un élève de collège. Rien à sauver. L’auteur aurait pu essayer d’avoir un scénario un brin construit, au lieu de ça il s’enfonce avec complaisance dans la description de son monde et dans des clins d’œil appuyés aux fans probables (en tous cas au début de la lecture) N’essayez même pas de lire Lyra et les oiseaux si vous n’avez pas lu la trilogie avant. Même moi en l’ayant lu, j’ai eu du mal à m’y retrouver. Pullman a peut-être un univers magique mais là il tombe à plat. Ok, je vous rassure. Le livre que j’ai entre les mains est un gratuit, offert pour l’achat de 3 livres dans la même collection. Mais j’ai souvenir qu’il est sorti en belle édition et je m’interroge sérieusement sur les motifs de cette sortie. A quoi bon faire payer des gens pour un récit aussi bref, indissociable des précédents et aussi inintéressant ? Pourquoi ne pas l’avoir plutôt inclus en sorte d’annexe à la fin du tome 3 ? Je suppose que ça s’appelle un coup marketing (ou de la malhonnêteté)…

 

Voilà donc tout ce que j’ai à dire sur ce simili livre qui m’a fait perdre vingt minutes de mon existence, vingt minutes que j’aurais pu employer plus utilement à faire le ménage ou jouer à l’ordinateur. Au moins vous voilà prévenus.

 

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 19:48

Le dernier orc

Silvana de Mari

 

 

J’ai compris mon erreur dès la première page en m’apercevant que l’auteur avait déjà écrit un premier roman auparavant, intitulé Le dernier elfe. Si Le dernier orc peut se lire séparément de ce dernier (la preuve en est, c’est que cela ne m’a posé nul souci existentiel de compréhension) certains personnages reprennent leur histoire là où ils l’avaient laissé, et cela peut quelque peu perturber un lecteur non averti.

 

Le roman commence par l’histoire de Rankstrail qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, s’est engagé chez les mercenaires. Nous sommes bien entendu dans un pays imaginaire (ah l’éternelle carte géographique du début, la marque du livre de fantasy !) dirigé par un homme à moitié fou qui se fait appeler le grand Juge Administrateur. Rankstrail, doté d’étranges capacités, devient rapidement capitaine de ses hommes et se met en devoir de chasser les orcs de la région. Mais c’est sans compter sur le grand Juge Administrateur qui, lui, ne convoite qu’un seul ennemi ; Yorsh, le dernier des elfes. Manque de chance, Rankstrail n’est pas bête et, lors de la confrontation avec Yorsh, il ne peut se résoudre à l’éliminer et laisse ce dernier filer avec un groupe de réfugiés.

 

Puis, l’histoire bifurque et revient sur Yorsh justement et sur les huit années qu’il va vivre dans sa cachette (normal car pendant ce temps-là, le brave capitaine croupit en prison pour avoir désobéi aux ordres) Arrivé à ce stade, le lecteur regrette de ne pas avoir lu le premier tome car le récit fait allusion à des événements passés qu’il aimerait pouvoir comprendre. Ceci dit c’est un détail mineur. L’action reprend. Yorsh, mais surtout sa femme et sa fille, sont contraints de retrouver le monde pour l’aider à se débarrasser une bonne fois pour toutes des orcs. Heureusement, Rankstrail sera vite là pour leur filer un coup de main. Beaucoup de bagarres, quelques longueurs dans des discours parfois un peu mièvres et un suspens assez redoutable…

 

Je pourrais dévoiler toute l’intrigue. Je ne le ferais pas pour une seule raison, ’est que le roman m’a beaucoup plue. J’étais très réticente en commençant, car les histoires d’elfes et d’orcs me paraissaient assez réchauffées. Il n’en est rien ! L’auteur s’empare de tous les stéréotypes de la fantasy pour se les approprier sans pour autant les déformer. Les elfes ne sont pas si merveilleux ni les orcs si redoutables ; même les hommes paraissent capables d’humanité ! La violence est présente mais elle n’est jamais gratuite ; il ne s’agit pas de faire une apologie de la baston mais plutôt d’en montrer les effets pervers tout en reconnaissant parfois son inévitabilité. Enfin, on appréciera la touche d’humour qui fait que le glorieux héros, le capitaine, a un cheval tout juste bon pour la casserole et brise près d’une demi-douzaine d’épées pendant tout le roman, ou encore que la légendaire créature, le Phénix, se révèle être un poulet braillard qui manque de finir dans une marmite. Le style est fluide, agréable, bien que parfois un peu pompeux. Il y a bien une touche de mièvrerie, surtout sur la fin mais elle passe très facilement.

 

Les romans doivent avoir plusieurs fonctions de mon point de vue, et ce selon leur genre. Un roman de fantasy a pour objectif principal de nous faire échapper de la réalité. Donc, puisque qu’en lisant Le dernier Orc, je me suis prise tour à tour pour une elfe, une reine sorcière ou même un guerrier barbare, je suppose que le livre a parfaitement rempli ses objectifs. Un pur moment de plaisir et je n’ai qu’un regret ; ne pas avoir lu le premier tome ! Oubli qui je le gage sera vite réparé…

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 13:26

Morsures

Kelley Armstrong

 

 

 

Il y a des livres dont tous s’accordent à reconnaître le mérite et dont la qualité n’est plus à prouver. Il y a les livres universellement mauvais, ronflants et prétentieux. Et il y a cette catégorie de romans que j’aime à qualifier de « romans téléfilms de la 6 ».

 

Alors, ceux qui ont déjà connu un après-midi de désoeuvrement devant la télévision comprendront tout de suite. A la base, vous n’aviez pas choisi de lire ce livre, tout comme vous n’aviez jamais envisagé de perdre votre temps devant le téléfilm allemand ou canadien qui passe après Docteur Quinn ou Malcolm. Mais c’est l’heure de la sieste, il fait moche dehors et puis vous êtes curieux de savoir ce qui va arriver à la jeune femme qui se fait poursuivre par un mystérieux inconnu à qui elle a accordé ses faveurs le temps d’une nuit… Bref, vous restez jusqu’au bout du navet, conscient que c’est pas de la haute fiction, parfois anéanti par les clichés en pagaille et l’étalage de bons sentiments, mais vous restez tout de même parce que l’intrigue est prenante et que vous voulez connaître la fin.

 

Morsures fait partie de ces innombrables romans qui surfent sur la vogue que connaît la littérature de l’imaginaire. Pour être franche jamais je n’aurais acheté ce livre de mon propre chef ; il fait partie de ces livres gratuits que je récupère de temps  à autre. Celui-ci prenait la poussière chez moi depuis six mois quand, en panne temporaire, je me suis enfin décidée à l’ouvrir. Non pas que je n’aime pas le fantastique et la fantasy, bien au contraire. Disons que rien qu’à lire la quatrième de couverture, je savais déjà presque tout du contenu.

 

Premier bon point ; le livre parle de loups-garous, thème bienvenu au milieu des histoires de vampires. L’intrigue maintenant n’est pas exceptionnelle ; Elena est une jeune canadienne à priori ordinaire, qui vit avec son merveilleux petit ami à Toronto et qui a juste l’inconvénient de se transformer de temps à autre en loup-garou ce qui l’oblige à s’éclipser au milieu de la nuit pour aller gambader dans les quartiers glauques de la ville. Elle ne tue pas  d’humains (un mythe s’effondre) car elle fait partie des « gentils » loups-garous, ceux de la Meute, à l’opposé des « cabots », ceux qui tuent et qui refusent de se rallier au clan (mouais vous avez raison, l’idéologie en y réfléchissant n’est pas terrible). Bref : Elena vit une vie paisible tout en sucre rose et en belles-mères douces jusqu’au jour où sa Meute la contacte pour qu’elle l’aide à résoudre une série de meurtres inexpliqués qui mettent en péril leur existence. Voilà donc notre héroïne obligée de retrouver un clan avec qui elle a volontairement coupé les ponts. Réintégrée au groupe ceci dit et après moult péripéties, Elena se rendra compte que sa place est avec les siens, en particulier avec Clay, l’homme qui l’a mordue à l’origine et dont elle est amoureuse.

 

Le début est franchement ennuyeux. On ne croit pas une seconde à la vie merveilleuse que vit Elena et la réunion avec la belle-famille nous fait nous demander pourquoi elle ne préfère pas plutôt courir nue dans les bois. Le passage avec la Meute est plus intéressant, quand l’intrigue se met en place. Ça retombe un peu à plat dès le moment où Elena revient en ville. Il est difficile de concilier surnaturel avec ambiance urbaine et l’auteur semble peiner à trouver son style, manifestement plus à l’aise avec les décors sauvages et la maison isolée de la Meute. Les personnages principaux sont trop caricaturaux pour être attachants, tant l’héroïne que l’amant loup-garou ou son gentil (et insipide) petit copain. En revanche les personnages plus en retrait sont très réussis, comme le chef du clan, Jérémy, ou encore le « cabot » Marsten, le seul rénégat qui ne tue pas d’humains, non pas par conviction mais par mépris.

 

Je viens de m’apercevoir que je suis un peu dure avec l’ouvrage, comme si je l’avais détesté. Ce n’est pas le cas. Un seul mot pourrait le décrire : prévisible, avec tous les ingrédients que recherche le lecteur lambda ; de l’humour (le style de l’auteur, assez lourdaud, a parfois des petites traces d’autodérision qui ne sont pas désagréables) du sexe (l’héroïne se fait déchirer un certain nombre de petites culottes dans les bois par son amant impulsif) quelques morts soigneusement dosées, pas de personnages principaux (quelle horreur !) mais des personnages si gentils et si édulcorés qu’on s’aperçoit à peine de leur disparition ; enfin, une fin heureuse avec une psychologie de bazar (l’héroïne s’aperçoit qu’elle n’aime son petit ami que pour la vie qu’il peut lui offrir tandis qu’elle aime Clay pour ce qu’il est). Bref, un roman qui ne restera pas dans les annales, mais qui fait passer le temps les jours de pluie…

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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 13:20

Le vieil homme et la mer

Ernest Hemingway

 

 

L’histoire tient en quelques lignes. Un vieux pêcheur n’a rien pêché depuis presque trois mois. Un gamin l’aide de temps en temps, mais ses parents, inquiets pour l’avenir de leur fils (un pêcheur doit quand même ramener des poissons de temps en temps) finissent par lui ordonner d’aller sur un autre bateau. Le vieil homme part donc un jour tout seul et attrape un énorme poisson. Celui-ci va lutter pendant trois jours mais le pêcheur va finir par avoir le dessus dans ce combat. Mais, en rentrant au port, l’homme va se faire attaquer par les requins qui, bout par bout et malgré ses efforts, vont dévorer entièrement son poisson. Rentré chez lui, il ne restera plus qu’un squelette pour témoigner de son exploit.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ? Pour la bonne raison que l’édition que j’ai eue en main fait exactement la même chose, livrant un résumé détaillé avant même que le récit débute. J’ignore si j’aurais préféré ne pas connaître la fin du roman. Peut-être que du coup le combat entre le vieil homme et le poisson aurait pris une toute autre dimension, beaucoup moins tragique. Connaissant la fin, je ne pouvais que me sentir un peu triste en sachant que le pêcheur aurait beau faire, sa victoire ne serait que de courte durée. Ça n’ôte rien à la saveur du roman qui dégage une certaine mélancolie sans jamais tomber dans le pathétique larmoyant. Le vieil homme, touchant, est un homme simple qui ne s’embarrasse pas de phrases compliquées ni d’introspections inutiles. Sa solitude s’exprime uniquement par sa façon de parler tout haut, sa vieillesse et sa fragilité par ses mains blessées. Même la douleur physique de l’homme est éclipsée par sa volonté farouche de vaincre le poisson qui est moins un animal qu’un égal à ses yeux. Son poisson il l’aime et c’est lui le second rôle de l’histoire (son combat avec le vieil homme occupe près de 70 pages soit près de la moitié du récit, contre seulement 30 pages pour le combat entre le vieil homme et les requins) Par le biais de la narration, l’auteur lui prête des sentiments humains, si bien que le pêcheur établira un parallèle entre la bête et un homme qu’il a autrefois vaincu  au bras de fer à l’issue d’un match qui avait duré deux jours. Il est très difficile de définir la relation entre le pêcheur et le poisson, c’est  pourquoi je préfère laisser parler la narration elle-même :

 

« C’est pas parce que tu crevais de faim que t’as tué ce poisson-là, se dit-il. Ni pour le vendre. Tu l’as tué par orgueil. Tu l’as tué parce que t’es né pêcheur. Ce poisson-là tu l’aimais quand il était en vie, et tu l’as aimé aussi après. Si tu l’aimes, c’est pas un péché de l’avoir tué. Ou c’est-y encore plus mal ? »

 

Une histoire d’amour et de compétition, voilà à quoi pourrait se résumer le lien. Par extension cela résume également la relation du pêcheur avec la mer. Né pour la dominer, il ne peut y avoir entre lui et elle qu’une relation conflictuelle où chacun cherche à prendre le dessus sur l’autre, relation qui tranche avec celle du vieil homme et du gamin puisque tous deux se placent sur un pied d’égalité (le vieil homme fait partager son savoir à l’enfant, celui-ci prend soin de lui).

 

C’est d’ailleurs ce qui fait que le roman, contrairement aux apparences, n’est ni tragique ni désespéré. Il n’est pas dans l’intention de l’auteur de démontrer l’inutilité de l’existence et de la lutte. Le vieil homme a perdu certes, ses efforts ont peut-être été vains, mais cette expérience est présentée comme un jeu entre la mer et lui. Il a cru pouvoir la vaincre, cette dernière a répliqué, ce que le vieux prend d’ailleurs avec philosophie :

 

 « Ce que ça peut être facile, les choses, quand on a perdu, pensa-t-il. J’aurais jamais cru que c’était si facile. Et qu’est-ce que c’est qui t’a fait perdre » pensa-t’il.

Rien, prononça t-il. C’est que j’ai été trop loin. »

 

Rentré au port, le pêcheur retrouvera ce qui fait sa vie. Il retrouvera une identité (Son nom, Santiago, n’est jamais mentionné quand il se trouve en mer), son village et l’enfant qui s’occupera de lui. Tout n’est pas perdu. On sait qu’il retournera en mer tôt ou tard, dès que ses mains auront guéri et que sa barque sera réparée et qu’il reprendra, encore une fois, son combat… Sans nier la dimension mélancolique de l’histoire, il faut donc plutôt la considérer comme une fable (l’un de mes collègues a employé le mot de « conte ») Une fable très bien écrite, pleine de tendresse et qui peut certes nous rendre le cœur lourd, mais sans jamais nous abattre complètement…

 

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 12:05

L’épopée des trois royaumes (II)

Luo Guan-Zhong

éditions You Feng (2007)

 

Il y a plus de six mois, prise d’une frénésie de lecture et désireuse de nouer avec des « classiques » que j’avais alors jusque là éludé plus ou moins volontairement, je me suis achetée le livre les 1001 livres qu’il faut avoir lu dans sa vie, l’objectif étant de lire les romans cités un par un. Objectif irréalisable me direz-vous car, à moins de me cantonner strictement à la liste et de ne faire que ça le reste de ma vie, je risque malheureusement de mourir avant d’arriver au bout. De fait, j’en suis à l’heure actuelle au quatrième de la liste. Mais bon tant pis, j’aime bien les défis.

 

J’ai hésité à faire une fiche sur L’épopée des trois royaumes pour une raison toute bête. Après maintes recherches, je suis tombée sur une seule traduction disponible, celle éditée par la librairie You Feng et actuellement en deux volumes. Le problème c’est qu’à peine au début du deuxième tome, je me suis rendue compte que le cycle était loin d’être achevé et qu’il fallait sans doute compter avec plusieurs autres tomes pas encore parus (vraisemblablement deux) Du coup, me voilà à vous parler d’une histoire dont je ne connais pas encore la fin mais encore une fois tant pis et rassurez-vous, dès que la suite sera sortie, je vous tiendrai informée !

 

Finissons-en avec les préambules et entrons dans le vif du sujet. Qu’est-ce que l’Epopée des trois royaumes ? Si j’en crois la quatrième de couverture et mes 1001 livres… c’est en Chine l’équivalent de notre Iliade, un mélange de traditions orales et un récit personnel compilé par Luo Guan-Zhong, auteur du XIVe siècle et qui met en scène l’histoire de la Chine au début du premier millénaire. Essentiellement il s’agit de guerres civils et de leçons de stratégie inspirés par Sun Zu. Malgré ce qu’on pourrait croire, le merveilleux n’est pas la pierre angulaire du récit, tout au plus le retrouve-t-on dans les prouesses des héros et les signes qu’envoie de temps en temps le Ciel. C’est pourquoi la traduction française a sans doute préféré le terme d’ « épopée » à « contes ». Il y a une multitude de personnages, mais, rassurez-vous la plupart se font décapiter, donc si vous voulez aborder ce roman sans avoir une furieuse envie de prendre de l’aspirine, retenez quelques membres de chacun des « trois royaumes » (j’en parle entre guillemets car à la fin de ce second volume les trois royaumes en question ne sont pas encore définitivement établis) :

Premier clan : Le clan du Big boss, le grand méchant premier ministre Cao Cao. Cao Cao est officiellement celui qui sert l’empereur, sauf qu’il séquestre ce dernier et se sert de lui pour ses propres intérêts. Cao Cao amateur de femmes est par ailleurs un génial stratège qui sait s’entourer et qui est sur le point de dominer tout l’Empire.

Deuxième clan : celui des « gentils » nos héros, tout du moins dans le premier et deuxième volume. A leur tête Xuan-de, un héros profondément humain, le seul qui répugne à trahir qui que ce soit et qui fait passer le bien-être de son peuple avant le sien. Il est entouré de ses deux frères de cœur, Yun-Chang, sorte de Lancelot chinois qui voue un amour sans bornes à son maître, au point qu’il repousse plusieurs fois Cao Cao qui veut lui-même se l’attacher, et de Zhang Fei, une grosse brute totalement dépourvue de stratégie et de finesse mais qui est capable de tabasser un nombre non négligeable de guerriers. Qui plus est, Xuan-de bénéficie du soutien de son stratège Kong-Ming ; ce dernier, rusé comme Ulysse, met au point des attaques qui vont lui permettre de remporter bon nombre de victoires.

Troisième clan : celui de Sun Quan, le plus effacé. Pour le moment, il est allié à Xuan-de contre Cao Cao. Sun Quan est assisté de Lu Zu et de Zhou Yu. Zhou Yu est également un stratège redoutable et un guerrier de premier ordre, mais jaloux de l’intelligence de Kong-Ming et inquiet pour son maître de l’ascension de Xuan-de, il n’est pas dit qu’il reste leur allié bien longtemps. A la fin du deuxième volume, il s’écroule brutalement lors d’une bataille et il nous est difficile de dire s’il est mort ou non…

 

Voilà. Avec ça vous avez quelques pistes pour vous en sortir. Bien entendu, il n’est pas dans mon intention de faire une critique d’un livre dont la qualité n’est plus à prouver. Ce serait aussi présomptueux que de se lancer dans une critique de la Bible ou de l’Illiade. Je me permettrai juste donc de commenter mes impressions. Autant il m’avait été relativement facile d’entrer dans le monde arabe des 1001 nuits, autant la culture chinoise m’a paru plus difficile à appréhender. Sans doute est-ce dû au fait que je suis une femme et que la femme occupe une place quasi-inexistante dans l’œuvre. Dans l’épopée des trois royaumes, elle n’a que trois fonctions ; ou elle est utilisée comme stratégie, efficace au demeurant (surtout sur Cao Cao) ou c’est une mère ou une femme dévouée qui se sacrifie pour le bien du royaume (on pensera à cette mère qui se suicide pour que son fils ne trahisse pas la cause de Xuan-de ou encore la femme de Xuan-de qui se laisse mourir pour ne pas entraîner son fils et le général de son mari dans sa mort) , ou au contraire c’est une femme acariâtre qui convoite le pouvoir pour son enfant, outrepasse sa fonction d’épouse et mène sa famille à la ruine. Le reste du temps, la femme ne sert à rien, même pas comme objet de décoration, puisqu’on est en temps de guerre et que les hommes n’ont pas le temps de conter fleurette ni de soupirer après une belle. S’indigner ceci dit est ridicule puisque c’est le contexte et la culture qui veulent ça. Mais je préfère prévenir les occidentaux qui en ouvrant le livre s’attendent peut-être à une sorte de contes de Grimm sauce chinoise. Le faible n’a pas forcément la part la plus belle contrairement aux récits de notre enfance et les bons sentiments n’y ont guère de place. Dans le livre on se trahit à tour de bras, tout en trouvant ceci parfaitement normal : ce n’est qu’alliances rompues et refaites, promesses trahies, tentatives de meurtres plus ou moins réussies, décapitations, stratégies aux noms exotiques et défaites et victoires qui s’alternent. Certains passages peuvent même paraître choquants pour les Occidentaux que nous sommes : ainsi ce passage où un chasseur, rentré bredouille, décide de tuer sa femme pour l’offrir à manger à Xuan-de. Ce dernier, découvrant la supercherie le lendemain, pleure et récompense généreusement son hôte ! On est bien loin de Tantale qui, pour ce même acte avait été puni par les dieux… (ok j’extrapole) Un autre passage aussi m’a interloqué, celui où Xuan-de jette son fils par terre (un bébé) parce qu’à cause de lui, son général a failli perdre la vie. Un petit dernier ? Ce moment où Xuan-de déclare à ses frères que les femmes sont comme des vêtements et les frères comme des membres de son corps ; on peut recoudre les vêtements mais on ne peut remplacer un bras ou une jambe arrachés…

 

Vous l’avez compris ; L’épopée des trois royaumes est à aborder avec une absence totale de préjugés. Une fois la mise à distance nécessaire établie, vous pourrez entrer dans un monde totalement dépaysant, plein d’amitiés fraternelles et de prouesses guerrières. C’est riche, dense, et ça ne se lit pas à la va-vite mais avec concentration. Alors bonne lecture et à bientôt pour la suite dès qu’elle sortira !

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 11:20

Tunnels

Roderick Gordon et Brian Williams (2007)

 

 

Quand j’ai emprunté ce livre, je craignais le pire : Par l’éditeur d’Harry Potter ! clamait la 4ème de couverture. Encore un de ces innombrables romans fantastiques pour la jeunesse fabriqués en chaîne depuis le succès du petit sorcier ? Une pâle copie de Rowling ou un monde volé à Tolkien ? Il y en a eu beaucoup ces dernières années.

 

Mais bonne surprise ; pas d’orques dans Tunnels pas plus que d’école de sorcellerie. Ça commence même de la façon la plus banale qui soit : l’histoire d’une famille sans problèmes bien que légèrement excentrique. Il y a le père, archéologue raté qui gâche sa vie dans le musée local que personne ne visite et qui s’amuse à creuser des tunnels dans des terrains vagues dans l’espoir de faire un jour LA découverte qui changera sa vie. Il y a Will l’adolescent albinos de quatorze ans qui partage la passion de son père pour les fouilles et qui creuse également des tunnels avec son ami Chester. Il y a la mère, adepte de la télévision et des petits gâteaux, et, enfin, il y a la sœur, Rebecca, qui veille sur tout ce petit monde, paie les factures et s’assure que chacun mange bien son plat surgelé chaque soir.

Et puis le récit s’accélère : Mr Burrows disparaît dans l’un de ses tunnels après avoir rencontré à diverses reprises des hommes étranges. Son fils se lance aussitôt à sa poursuite avec Chester et tous les deux découvrent alors un monde souterrain, régi par les Styx, des êtres aux pouvoirs terrifiants qui vont les faire prisonnier. L’occasion pour Will d’apprendre des choses sur son passé et sur celui de sa famille….

 

C’est loin d’être un chef-d’œuvre. Le récit est plutôt convenu, le style assez banal, voire maladroit par certains endroits. On peut presque sentir les auteurs hésiter entre l’ironie mordante (le personnage de Mr Burrows, croqué sans aucune complaisance, est indéniablement le plus réussi) et un ton plus conventionnel. L’histoire commence bien mais, dès le moment où les héros descendent dans la colonie souterraine, elle s’enlise pour adopter un désagréable air de déjà-vu : poursuites, péripéties, grands méchants et hommes au grand cœur, héritage familial et passé qui rattrape… Bref, les ingrédients habituels.

 

Cependant, la sauce prend.  Essentiellement parce que le monde créé est une réussite. La colonie souterraine avec sa hiérarchie bien structurée et ses êtres étranges est imaginée de façon juste et réussit l’exploit de paraître réaliste tout en introduisant des éléments merveilleux comme les pouvoirs des Styx ou l’animal de compagnie mi-chat mi-chien. Encore plus remarquable, les auteurs ne prennent pas le lecteur pour un idiot et ne lui épargnent pas les petits cours sur les roches et la spéléologie. Et si le héros Will paraît un peu trop lisse à la fin, il reste tout de même un garçon de quatorze ans qui commet beaucoup d’erreurs, ce qui donne au roman une dimension imprévisible et évite le schéma habituel de l’adolescent boutonneux qui a toujours des idées géniales et qui sauve le monde. Enfin saluons le personnage de la petite sœur, Rebecca, qui pour l’instant demeure mon préféré…

 

L’histoire se finissant en queue de poisson, il est quasiment certain que le roman aura une suite. Espérons que cette dernière soit à la hauteur des promesses du premier volume. En attendant, à vos pioches et bonne lecture !

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