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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 12:06

Le voyage de Gaspard

Eric Pauwels

 

Bon après Dantec on passe à un style radicalement différent avec un livre pour enfants Le voyage de Gaspard. Et si, en lisant Dantec, j’ai beaucoup pensé à mon frère aîné, en lisant ce roman pour adolescents (que personnellement je n’oserai jamais conseiller à un ado) j’ai pensé à mon autre frère en me disant « Mon Dieu je crois qu’il détesterait »

 

Petit résumé ; Gaspard est un gentil garçon de dix ans qui, toujours flanqué de son inséparable compagnon, Puf le chien (et non Paf) accompagne son grand-père aveugle au musée et l’écoute parler de tableaux dont l’homme ne peut plus que se souvenir maintenant qu’il a perdu la vue. Un jour, le grand-père s’arrête devant un tableau La jeune fille à l’oiseau mort et commence à en raconter l’histoire. Le hic c’est qu’il ne voit pas que le tableau est actuellement en prêt et qu’il n’est pas accroché au mur. Gaspard, qui n’ose rien dire à son grand-père, ne peut donc qu’imaginer ce qu’il est advenu du tableau et ce qu’il représente…. A partir de là, le récit met en scène Gaspard et son chien à la recherche du tableau disparu, voyage qui, il faut le comprendre n’a lieu que dans l’imagination du gamin. Bref, Gaspard, par le biais d’un navire, s’embarque dans un royaume enchanté peuplé d’îles de toute sorte (l’île des Mots, l’île du Miel, l’île des chiffres, Elibaniéniébénil le royaume du Désir…) et vit de merveilleuses aventures qui, je vous rassure, finiront toutes bien. Il croisera différents personnages (un parfumeur un peu filou, un sorcier sur son tapis volant, un peintre voleur, un cartographe maniaque, des gnomes) qui l’aideront dans sa quête et, surtout, lui raconteront un grand nombre d’histoires. Au terme de ce voyage initiatique, Gaspard trouvera le tableau et comprendra ce que le peintre a voulu expliquer…

 

D’une chose d’abord ; je trouve que dans ses remerciements finaux, qui pourtant vont de Platon à Bettelheim, l’auteur aurait pu mentionner Michael Ende, le génial créateur de L’histoire sans fin, car il me semble douteux qu’il ne s’en soit pas inspiré, ne serait-ce qu’un petit peu. Même construction narrative avec un personnage qui par le biais d’un objet (une peinture ici) se retrouve « propulsé » dans un monde merveilleux où tout est possible, même façon de procéder (des histoires à l’intérieur d’une histoire) et une série de personnages fantastiques. Plus explicitement Eric Pauwels s’inspire des contes des Milles et une nuits et met volontiers en scène un décor de déserts et d’oasis ; qui plus est, il s’approprie sans aucun remords les histoires des autres et nous relate le mythe de l’Hermaphrodite (merci Platon) et l’histoire des pas dans le sable que j’ai entendu à de nombreuses reprises au cours de catéchisme ! Ceci dit, l’ensemble est plutôt bien construit, les histoires sympathiques à lire et, pour peu qu’on adhère un minimum à l’univers merveilleux, on pardonne volontiers ces plagiats avoués (plagiats non, plutôt réappropriations) qui ressemblent avant tout à des hommages.

 

Ce n’est pas donc l’aspect Mille et une nuits ou L’histoire sans fin qui me gêne ici (il faut dire que, petite, L’histoire sans fin était mon livre de chevet). Non, ce qui me gêne dans Le voyage de Gaspard c’est plutôt l’aspect Petit prince. Le ton du récit est naïf, à la limite du supportable. Dans le roman de Michael Ende, Bastien, le héros, était un petit garçon boudiné, bien loin de l’image sucrée qu’en a fait plus tard Wolfgang Petersen dans son adaptation cinématographique, et qui, d’abord plein de complexes, évoluait pour devenir même à un moment donné mauvais ! C’était un personnage réaliste et, au demeurant, attachant. Gaspard n’est pas crédible une seconde ; c’est un enfant idéal (le genre à manger gentiment ses légumes) qui accompagne aimablement son grand-père aveugle au musée (dites, à dix ans, sincèrement, vous aimiez vous taper les musées avec vos grands-parents ou vos parents vous ?) et qui tout le long des six cent pages du récit n’évoluera pas d’un iota. Il sera toujours égal à lui-même, sympathique, à la recherche de son tableau, et tous ceux qui le rencontreront l’aimeront beaucoup. Pareil au niveau des situations ; dans L’histoire sans fin, il y avait vraiment des passages horribles, des moments où l’on craignait pour la vie des personnages. Ici rien de tel. Tout est figé, rien ne semble troubler le cours paisible des événements car tout est « écrit » (idéologie douteuse mais bon on va pas en faire un fromage) et le seul événement « grave » du roman c’est lorsque Gaspard perd son chien ! Plus soucieux d’aligner ses histoires que de construire véritablement un récit, Pauwels cède à ce que je nommerai « le syndrôme Petit prince ». En gros, il s’agit par le biais de récits  merveilleux d’aligner quelques réalités essentielles sur la vie l’amour, la mort etc., le but étant que l’enfant ouvre de grands yeux émerveillés et que le parent verse sa petite larme d’émotion. C’est très mignon je l’accorde mais ça verse parfois dans le mièvrerie (oui je sais mais ça fait longtemps que je n’avais pas utilisé ce terme) et dans la morale des bons sentiments où tout le monde est beau et gentil (note : Pauwels qui a écrit ce roman pour son fils Gaspard a tout de même intérêt à le prévenir qu’il ne doit pas faire comme le héros et suivre de parfaits inconnus qui lui proposent l’hospitalité)

 

Au final, ce roman me fait penser aux albums jeunesse soigneusement léchés, le genre qui plaît plus aux parents qu’aux enfants (les traîtres se sont déjà précipités sur Dora ou Bob l’éponge) C’est très éducatif, très moral, très instructif. Personnellement, si je devais l’acheter pour mes enfants, ce serait plus pour leur lire le soir (le roman joue beaucoup sur l’oralité des contes, avec les répétitions et un style direct) avant qu’ils s’endorment. Si vous êtes d’humeur cynique, vous ne pourrez que détester, mais si vous aussi vous êtes atteint du syndrome Petit Prince et du complexe du Petit Poney, alors pourquoi pas ? Moi, si vous permettez, je vais passer encore quelques temps à déterminer si j’ai aimé ou pas…

 

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 12:28

Babylon babies

Maurice G.Dantec

 

 

Un jour mon grand frère m’a dit : « Tiens, plutôt que de lire des histoires débiles où des trolls s’entretuent, avec des intrigues moyenâgeuses, pourquoi ne pas lire de vrais ouvrages de science-fiction comme Dantec ? Il paraît que c’est bien. »

 

A noter le « il paraît ».

 

Donc du coup pris d’une bonne volonté sans pareille, je me décide à lire un ouvrage de ce fameux Dantec. Bonnes critiques, bonne réputation… Va pour Babylon babies, le titre a l’air sympa et surtout c’est le premier que je trouve en pile.

L’histoire commence de façon confuse par un mercenaire, Toorop, amateur de Sun Tzu, en train de tuer gaiement d’autres soldats dans le désert (on s’éclate comme on peut) Pour qui travaille-t-il, j’ai déjà oublié, pour les terroristes ou pour les autres ? Bref, ça change rien au fait qu’il récite des prières en assassinant ses ennemis et médite sur la stratégie en les regardant se faire bouffer par les charognards. Suit une longue tirade géopolitique confuse mêlant technique militaire et philosophie à trois sous. A ce stade la stupide femelle que je suis et qui n’éprouve absolument aucune once d’intérêt pour cette vaste boucherie que l’on nomme guerre et tactique (y a vraiment que les hommes pour se passionner pour Sun Tzu ou Jules César) regarde par la fenêtre et se demande 1) si ce livre est réellement de la science-fiction 2) ce qu’il y a à la télé ce soir.

Mauvais départ. Mais soyons opiniâtre. Passons l’entrée en scène d’autres personnages aussi ennuyeux que le premier (des mafieux sibériens, c’est fou d’avoir l’impression de lire de la SF qui se déroule en pleine guerre froide) pour arriver au cœur du récit. Notre soldat, Toorop, est chargé d’une mission par les mafieux en question : emmener et garder au Canada pendant quelques mois une jeune femme énigmatique, Marie Zorn, et ce jusqu’à ce que des « clients » viennent la récupérer. Ne loupez pas ce passage, c’est assurément la partie la plus réussie du livre, celui qui se passe quasiment en huis clos avec Toorop, Marie et deux acolytes chargés eux aussi de surveiller la jeune femme. La question est : que représente Marie, qui plus est schizophrène, pour qu’elle soit si précieuse ? Ou plutôt : que transporte-t-elle ? Rassurez-vous ceci dit, l’intrigue est vite éventée, des fois qu’on pourrait y trouver un intérêt. Notre seule personnage féminin à peu près attachant de l’histoire (toutes les autres sont soit des bombes sexuelles soit au contraire de vilaines frigides dominatrices et castratrices) se révèle être enceinte de jumelles clonées pour le compte d’une secte qui espère conquérir l’espace avec une nouvelle race d’êtres supérieurs.

Huuum… Vous êtes toujours là ? C’est beau. Bref, suite à de nombreuses crises de schizophrénie, les employeurs de Marie décident de la supprimer, mais elle, grâce à ses jumelles en contact avec l’ordinateur-mère et le logiciel tout puissant, ou alors grâce à ses multiples personnalités, bref, on ne sait comment, elle parvient à rendre ses gardes du corps fous et à s’enfuir. Et après…Ben comme c’est une faible femme enceinte forcément, elle se fracasse le crâne dès qu’elle en a l’occasion mais, heureusement se fait récupérer par une autre secte (ou la même peut-être ?) qui la soigne pour qu’elle accouche. Toorop lui aussi atterrit dans cette secte et fait connaissance avec un écrivain de SF Dantzig (monsieur Dantec, ne seriez-vous pas un brin mégalo ?) qui prédit le futur dans ses livres et l’avènement d’une nouvelle race clonée supérieure. Suit une passionnante conversation entre les deux personnages sur le clonage, l’informatique et la stratégie militaire, passionnante conversation que je ne serais malheureusement pas en mesure de vous retranscrire car elle se mêle bizarrement à celle de mon petit écran où l’agent Gibbs explique à sa supérieure que le corps qu’il a retrouvé n’est peut-être pas celui de leur présumée victime.

Fin du supplice littéraire. Marie accouche mais meurt (il faut bien un sacrifice… Ah tiens, mince je viens réaliser la connotation biblique du prénom du personnage, pourtant pas subtile. Décidément ce livre m’a touchée) et donne naissance à ses jumelles. Toorop se sent aussitôt l’âme d’un père car il est entré en contact avec le cerveau de la mère via un logiciel super puissant et du coup se sent en communion spirituelle. Il prend en charge les deux enfants tandis que le monde commence à s’écrouler autour de lui. Mais on s’en fout, tout ce qui importe c’est que ce foutu roman se termine.

 

C’est super non ? Un délire informatico-stratégigo-scientifique saupoudré d’une bonne dose de new age. Un ouvrage de science-fiction qui sent déjà le rance et d’un ennui mortel. J’aurais peut-être dû lire autre chose de Dantec, peut-être Les racines du mal. En attendant, mon frère peut râler tant qu’il veut : je retourne à mes trolls tueurs et mes auteurs de fantasy qui eux, au moins, ont l’avantage de ne pas se prendre au sérieux…

 

 

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:01

La chambre des échos

Richard Powers

 

 

Une nuit d’automne 2002, Karin Schluter est appelée en urgence dans le Nebraska et court au chevet de son frère, Mark, dont le camion a vidé dans le fossé. Accident, suicide ? Personne n’est en mesure de répondre et encore moins Mark qui, en se réveillant, n’a aucun souvenir de l’accident. Plus grave, il ne reconnaît pas sa sœur et suite à une lésion cérébrale, reste persuadé que la femme devant lui joue un rôle et a enlevé la « bonne » Karin. Commence alors pour la jeune femme un  véritable parcours du combattant pour faire admettre à son frère la réalité. Elle fait appel aux amis de Mark, à l’aide-soignante dévouée Barbara, et même à un célèbre neurologue, Gerald Weber. Tous n’ont qu’un objectif ; faire redevenir Mark comme avant. Mais cette mission prend vite un double tranchant car elle renvoie chacun des protagonistes à eux-mêmes. Karin est vite confrontée à un passé douloureux, à une enfance qu’elle a toujours essayée d’occulter en fuyant tandis que Gerald Weber, la célébrité, se retrouve en prise avec ses propres limites et sa suffisance. En fin de compte, qui est le vrai malade ?

 

Original, troublant, La chambre des échos est sans conteste un livre fort. Construit sous forme de canevas, c’est un récit très lent qui réussit l’exploit de nous faire peu à peu « entrer » si j’ose dire dans la maladie de Mark D’abord sceptique on se retrouve à douter de la réalité même de la lésion cérébrale pour adhérer au délire du jeune homme persuadé qu’il s’agit d’un complot gouvernemental. L’auteur nous invite également à un voyage fascinant dans le cerveau humain, et par le biais de Gerald Weber nous fait découvrir les mystères de ce qui nous fait rire, pleurer, aimer. Mais c’est un voyage cruel : Karin se heurte à l’indifférence d’un frère autrefois chéri et Gerald Weber découvre que lui-même n’est pas à l’abri des bizarreries de ce cerveau auquel il a consacré toute son existence. Dans ce « huis clos » étouffant (car l’action au final quitte rarement le Nebraska) où rien ne semble se passer si ce n’est le retour des grues chaque année, la folie guette les personnages et un lecteur perplexe : en fin de compte que s’est-t-il vraiment passée cette nuit-là, le soir de l’accident ? Pourquoi l’aide-soignante Barbara semble-t-elle si familière à tous ceux qui la croisent ? Qui est l’auteur du fameux billet que Mark a retrouvé à côté de son lit d’hôpital ? Pourquoi Karin craint-elle tant de revenir chez elle ? Beaucoup de questions qui tournent et retournent tout le long du récit dans un ballet mimé par les oiseaux de passage. Richard Powers réussit ainsi l’exploit de construire une intrigue bien ficelée, pas très loin de la fiction policière tout en mettant en scène une galerie de personnages qui, chacun à leur manière, s’interrogent sur leur identité : fausse ou vraie sœur, vrai ou faux amant, professeur respectable ou voyeur sans scrupules, amis fidèles ou profiteurs, aide-soignante ou ? De là naît un curieux sentiment d’irréalité qui baigne l’ensemble du roman et qui nous fait comprendre, quelque part, la position de Mark, persuadé qu’il est le centre d’une vaste supercherie…

 

N’espérez pas trouver de questions à vos réponses dans ce roman : Richard Powers n’explique pas plus le fonctionnement du cerveau humain qu’il ne cherche à établir des certitudes sur la vie. Dans La chambre des échos l’amour est bâti sur le sable et la religion sur des émotions. Ne restent que des personnages qui se renvoient mutuellement  leurs doutes aux visages et des oiseaux qui dansent le soir venu pour le plaisir d’une humanité qu’ils détestent. Mais n’est-ce pas cela qu’on appelle la liberté, continuer à avancer alors que tout glisse sous vos pas ?

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8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 19:40

Extras

Scott Westerfeld

 

Imaginez…

Un monde où le physique grâce à la chirurgie est devenu si malléable que la laideur n’existe plus.

Un monde où les villes sont devenues immenses et tentaculaires et où la nature n’est plus qu’une randonnée éducative pour les plus jeunes.

Un monde où tout ou presque est permis mais un monde paradoxalement policé et lisse où seul compte le mérite ou la célébrité.

C’est dans ce monde que Scott Westerfeld nous invite aujourd’hui à pénétrer avec son livre Extras.

Petite précision : Extras est en fait le quatrième tome d’une série qui en comptera cinq. Aussi je me permets de faire un rapide résumé des trois volumes précédents, Uglies, Pretties et Specials.

Le monde est devenu un ensemble de villes gigantesques qui a banni toute nature de sa politique. Anti-écologique ? Pas du tout puisque le déboisement n’existe plus, pas plus que la chasse ou la cueillette. Les hommes se nourrissent de plats synthétiques (qui ressemblent assez à des bolinos pour les initiés) et se contentent de profiter de la vie sur leurs planches volantes et d’organiser des fêtes grandioses. Dans ces villes, la vie commence à seize ans puisque c’est à seize ans, rite de passage, que vous avez les droit de subir une opération chirurgicale qui vous transformera en Pretty, en être magnifique et symétrique (rien de pire qu’un visage dissymétrique !), vous permettra d’habiter dans le quartier de Prettyville et de participer vous aussi à toutes sortes de réjouissances. Avant les seize ans, vous êtes Ugly, un être tout ce qu’il y a de plus normal et confiné dans les quartiers appropriés.

Tally Youngblood aurait dû elle aussi subir l’opération et l’attendait avec impatience. Mais entraînée par son amie Shay elle est malgré elle entraînée dans un camp de rebelles qui se révolte contre le système Pretty/Ugly. Tally découvre ainsi que l’opération chirurgicale a aussi comme conséquence d’ôter aux sujets une partie de leurs cerveaux et d’en faire des « têtes vides ». Elle décide alors de se rebeller à son tour et, après avoir elle-même subi plusieurs opérations et plusieurs re-programmations, elle parvient à renverser le système. Désormais, les gens ne deviendront plus idiots en devenant Pretty et ils auront la possibilité de choisir ce qu’ils veulent ou non faire de leurs corps.

Fin du résumé.

Le début d’Extras se situe plusieurs années après ce qui reste connu sous le terme de « déferlement  d’intelligence ». L’action a lieu dans une ville du Japon cette fois et met en scène une jeune adolescente, Aya. Le déferlement d’intelligence n’a pas provoqué l’arrêt des opérations pas plus que le système de castes. L’intelligence a besoin de plus de ressources que la bêtise c’est pourquoi désormais pour obtenir certaines faveurs, dans la ville d’Aya, il vous faut soit le mériter par une contribution au bien public, soit en devenant célèbre, et ce quel que soient les moyens employés. Aya est donc une Extra, l’une de ces milliers de personnes anonymes qui rêvent de devenir connus pour obtenir la reconnaissance et la gloire. Aya n’a qu’une idée en tête : « claquer » sur son site une histoire inouïe. A force de persévérance elle parvient à mettre la main sur un scoop : la découverte d’un amoncellement de métal qui pourrait signifier une opération terroriste de grande envergure. Le hic c’est que cette révélation n’est pas sans conséquences et que la jeune fille met bientôt sa vie en danger…

Un peu décevant, le quatrième opus de la série n’a pas l’aspect froid, si j’ose dire métallique, des trois volumes précédents. Uglies, Pretties ou Specials avaient un certain côté amoral, une certaine cruauté dans l’écriture et le personnage de Tally était plutôt complexe. Extras est nettement plus gentillet. Le principe de la ville comme une gigantesque émission de télé-réalité est bien trouvé mais reste peu exploitée tandis que l’auteur préfère s’engouffrer dans une intrigue alambiquée qui, au final, se révèle décevante (bon je vais pas révéler la fin mais sachez qu’en fait notre brave héroïne à aucun moment n’est réellement en danger) Le personnage d’Aya est trop lisse et n’évolue guère au long des pages, restant la petite adolescente qui veut devenir célèbre quoi qu’il arrive. Quant au retour de Tally il ne présente pas vraiment d’intérêt si ce n’est pour les amateurs de la série…

Alors me direz-vous, que reste-t-il ? Et bien il reste l’univers créé par Scott Westerfeld et qui vaut assurément le coup : ce décor tout de buildings et d’acier où se pressent des multitudes de personnages tous différents : les beaux et les laids, ceux qui s’implantent des infrarouges sous les paupières, ceux fascinés par la technologie et ceux qui préfèrent les soirées à paillettes, les scarificateurs et les personnages de mangas (les bienfaits de la chirurgie !) ceux qui vouent un culte aux religions anciennes et ceux qui vouent un culte aux logiciels, ceux qui ont subi une opération pour toujours dire la vérité et ceux qui prennent parti de se fondre dans l’anonymat le plus complet… Ajoutez à cela tous les bons vieux gadgets du futur qui nous font rêver : les planches volantes et les bracelets anticrash, les aérocams (caméras volantes pour simplifier) et les fentes murales qui vous servent en médicaments et vêtements selon les besoins. Bref, un univers résolument moderne (quand j’ai lu le livre, j’avais l’impression très nette d’écouter en même temps de la musique techno) qui peut séduire ou repousser mais qui a le mérite d’être fouillé et relativement crédible. Alors, rien que pour ça, ça vaut le coup de continuer la série et d’attendre le dernier volume qui sortira en novembre…

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:52

Le désosseur

Jeffery Deaver

 

 

Conseillée par une lectrice, je me suis lancée avec confiance dans le roman de Jeffery Deaver Le désosseur. De cet auteur de récits policiers je n’avais jusque là rien lu et j’ai été agréablement surprise. Merci donc à Un ange passe pour m’avoir fait découvrir l’écrivain !

 

Tout commence lors d’un week-end à New York. C’est l’effervescence car une conférence de paix de l’ONU doit avoir lieu. Manque de chance c’est ce week-end là qu’un mystérieux tueur en série décide de sévir. Son mode opératoire est relativement simple : il kidnappe des gens, laissant sur place des indices pour les retrouver, et les fait mourir sans jamais lui-même porter directement la main sur eux…La police, un peu déboussolée, décide de faire appel à un de ses anciens criminologues, Lincoln Rhyme, blessé lors d’une enquête et condamné à rester paralysé pour la fin de ses jours dans sa chambre. Ce dernier, secondé par une équipe d’enquêteurs dont la jolie Amelia Sachs, va tenter d’identifier le tueur tout en collectant les indices qui lui permettront de sauver au fur et à mesure les différentes futures victimes… Mais il doit faire vite comprenez-vous : lundi, en effet, il a décidé de mourir.

 

Ne cherchez pas de profiler les yeux fermés en pleine extase ou de gros bras musclés qui vous terrasse le tueur en moins de deux tout en faisant les yeux doux à son alter ego féminin. L’originalité du roman tient essentiellement au personnage principal, Lincoln Rhyme, infirme, qui mène son enquête du fond de son lit et qui procède avec méthode et efficacité. Lincoln Rhyme est un personnage plutôt froid, assez obsessionnel, suicidaire, mais son handicap et surtout son caractère volontaire et cynique en font quelqu’un d’attachant. Le personnage d’Amelia, les yeux et les oreilles de Lincoln sur le terrain, est plutôt bien réussie aussi : cette jeune fille à priori parfaite physiquement, cliché parfait, est en fait affublée de gros défauts (un mauvais caractère, des ongles écorchés, une arthrite naissante, une conduite au volant plus que sportive) qui la rendent plus humaine et plus sympathique. Enfin, le portrait du tueur est réussi en ce sens qu’il n’est pas représenté comme un grand méchant inhumain inaccessible, mais comme un être à demi fou qui commet des erreurs.

L’enquête est bien menée. Concentrée sur deux jours, l’action gagne en intensité et produit un véritable sentiment d’urgence : il s’agit non pas tant de coincer un meurtrier que de sauver des gens avant qu’il ne soit trop tard. Avec toujours en tête cette interrogation : Lincoln va-t-il finalement oui ou non se tuer au terme de ce week-end ? Pas non plus de miracles : l’enquête apparaît comme logique, le portrait du tueur s’ébauche peu à peu et Deaver nous donne une foule d’informations sur la médecine légale qui sont des plus intéressantes. Le style est soigné et la fin de l’ouvrage surprenante. Personnellement je me suis trompée sur l’identité du coupable !

 

Un petit regret cependant : que l’auteur n’ait pas développé le côté « désosseur » du tueur. Nous comprenons vite que l’assassin est fasciné par les os mais cette fascination je trouve n’est pas assez explicitée et le titre du livre ne se justifie guère que dans les derniers chapitres. Mais peut-être était-ce pour rester dans la sobriété de l’ouvrage, sobriété qui tranche d’autant plus dans une littérature policière qui généralement joue sur la surenchère. Alors si vous aimez les intrigues bien ficelées et réalistes n’hésitez plus et faufilez-vous dans les souterrains remplis de rats du Désosseur

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 10:26

Tsubasa reservoir chronicle

Clamp

 

 

 

A ce stade de notre relation, j’ai un aveu à vous faire : j’aime les mangas. Et quand je dis que j’aime les mangas, je n’aime pas seulement les dessins si beaux et les histoires si poétiques de Taniguchi, je ne verse pas seulement ma petite larme devant Le tombeau des lucioles ou je ne me passionne pas seulement devant Akira, non j’aime aussi les mangas que vous liriez ou regarderiez avec un froncement de sourcil éloquent : je ris devant les exploits des personnages de One Piece, je me sens émue en lisant le manga pour filles par excellence, Fruit Basket, moi qui déteste les histoires d’amour teintées de rose bonbon ; je me penche avec attention sur la relation sentimentale que nouent les personnages de Akané et Ranma dans la série éponyme et, enfin, pour aller jusqu’au bout de mon aveu, j’ai même éprouvé un profond béguin pour Végéta dans Dragon Ball au point d’avoir encore aujourd’hui une petite figurine de lui quelque part dans ma chambre d’enfant. Bref, même si j’éprouve souvent une profonde lassitude en regardant chaque jour les lecteurs de mangas éparpillés en vrac sur le sol de la librairie, doublée parfois d’une envie de meurtre lorsque je dois les enjamber pour parvenir à ranger des rayons ou chercher un livre au milieu d’une odeur de pieds (car par un mystérieux effet de la nature, le lecteur de mangas pue des pieds) oui, quelque part, je crois que je les comprends.

Passons maintenant au manga dont je veux vous parler et dont une amie m’a gracieusement prêtée les six premiers tomes. Il s’agit de Tsubasa Reservoir Chronicle (ah si quelqu’un peut m’expliquer le titre, je suis preneuse) de Clamp. L’histoire commence dans le pays du Clown où la gentille Sakura, la princesse, est amoureuse de son ami d’enfance Shaolan qui l’aime en secret également. Leur amour est contrarié par la différence sociale car le jeune garçon, plus ou moins archéologue, ne peut guère prétendre à la main de la royale enfant. C’est dans ce contexte que le royaume est attaqué par des forces venues d’ailleurs et qui repartent aussi brusquement qu’elles sont arrivées grâce à une intervention de Sakura. Mais cette intervention n’est pas sans prix : la jeune fille perd son âme et sa mémoire. Celles-ci se sont éparpillées sous forme de plumes (pour une raison que j’ignore, les japonais aiment beaucoup les plumes) dans des mondes parallèles. Pour les rendre à Sakura, Shaolan n’a d’autre choix que d’escorter la jeune fille à travers les différents mondes à la recherche de ces fameuses plumes. Ils sont escortés par Mokona, une sorte de Pikachu rigolo et par deux compagnons, eux aussi « visiteurs » pour des raisons personnelles, l’affable magicien Fye, et le ninja neurasthénique et caractériel Kurogané. Cependant tous ont un prix à payer pour voyager ainsi et Shaolan doit sacrifier ce qui lui tient le plus à cœur ; sa relation avec Sakura. Même si la jeune fille retrouvait un jour toute sa mémoire, jamais elle ne se souviendra de Shaolan.

Nous sommes donc dans le schéma classique du voyage initiatique avec un ensemble de compagnons disparates, le grand rigolo qui boit volontiers et ne semble rien prendre au sérieux, le grand ténébreux qui s’énerve pour un rien, la petite boule de poils qui énerve le grand ténébreux, la jeune fille confuse et le jeune homme mystérieux doué d’une force qui se révèle au fil des pages. Les situations sont classiques mais plaisantes et l’idée de voyage entre les mondes plutôt intéressante car elle permet à l’auteur d’intégrer plusieurs petites histoires à son récit. Cela donne de jolies trouvailles comme ce monde où les enfants disparaissent, enlevés par une princesse de légende morte depuis longtemps. De Clamp je ne connais pas grand-chose, seulement le manga animé XXX holic mais cela m’a permis néanmoins de reconnaître dans l’un des mondes des personnages du manga en question avec une histoire différente cependant. Je pense de ce fait qu’il doit y avoir de nombreux clins d’œil dans le récit. Un bémol cependant ; le personnage principal Shaolan qui est vraiment trop. Trop parfait, trop gentil, trop hésitant, il agace plus qu’autre chose. Le voir ivre lors d’une soirée est l’un de ses rares moments comiques.

Sorti de ça on se retrouve avec un gentil manga rempli de plumes et d’amour, de grands méchants qui surveillent et de combats épiques où nos héros gagnent toujours. Ça manque un peu d’originalité, c’est gentillet mais c’est distrayant et rien que pour les personnages secondaires, ça vaut le détour….

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Published by beux - dans B.D.
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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:02

Encore une danse

Katherine Pancol

 

 

La musique commence. Chef d’orchestre : Katherine Pancol, l’auteur du best-seller Les yeux jaunes du crocodile. Ça commence comme une ronde ; les personnages se mettent en place et tour à tour sortent du cercle pour interpréter leurs pas. Nous avons l’insupportable Clara, célibataire de 36 ans, impétueuse, amoureuse du beau Rapha, l’artiste rêveur au regard perdu. Ensuite vient Agnès, la mère de famille petite souris, engoncée dans une vie confortable mais un peu étroite pour ses espérances. Puis c’est le tour de Joséphine, la bourgeoise provinciale délurée qui trompe son mari médecin, amoureuse de Philippe le frère de Clara mais chut ! ça personne ne le sait et surtout pas Clara qui ne le supporterait pas (on vous avait prévenus qu’elle était tête à claques celle-là) Enfin, l’élégante et froide Lucille clôt la série. Trois femmes et deux hommes donc si vous suivez bien.

Bon c’est assez ennuyeux pour quiconque n’aime pas tenir la mains des autres et chanter en chœur. La musique est à un moment donné un tantinet grinçante et c’est sans doute le passage le plus réussi de l’histoire. Figurez-vous que Rapha, amoureux de Clara et vice-versa, découvre qu’il a peut-être contracté le sida (attention c’est de la danse moderne tout de même. Vous inquiétez pas on parle aussi de chômage de sexe, de drogue et de pédophilie dans ce roman. Tant qu’à faire...) Drame et sueurs froides. Il se résigne à avouer la vérité à Clara qui à son tour se confie à ses copines. Re-drame car toutes ses copines, à l’exception de Joséphine, ont couché à un moment donné avec Rapha (Joséphine elle a couché avec Philippe, vous ne suivez donc pas ?) Du coup c’est une occasion pour l’auteur de lever les masques et d’éreinter gaiement ses personnages. Qu’est-ce que ça fait du bien de se moquer de ces femmes modernes qui ne se sont pas privés d’éreinter leurs amants/maris, l’homme jaloux, l’époux stupide, l’amant infidèle, le mari froid ! Ôtez le fard et nous voici avec une Clara égocentrique qui ne conçoit pas que le monde puisse tourner autrement qu’autour d’elle, une Joséphine nymphomane, une Agnès pitoyable, une Lucille prétentieuse et hautaine… On espère avec délectation un inévitable clash. Hélas ! Les violons se déclenchent et c’est l’inévitable slow langoureux. Cette fois les couples se forment. Clara et Rapha, Philippe et Joséphine… Agnès retourne, résignée, avec plus ou moins d’entrain vers son mari lourdaud tandis que Lucille reste sur place. La guimauve n’est pas loin.

Non sincèrement je ne peux pas. D’une part, je n’adhère absolument pas au schéma du couple « nous sommes liés pour la vie et nous nous regarderons dans le blanc des yeux pour le reste de notre existence tout en visitant le monde (pas facile mais Clara et Rapha savent faire ça) et en mangeant des produits sains (car, rassurez-vous, pour le prix modique d’un livre de poche, Katherine Pancol vous gratifie en plus d’un cours sur l’hygiène et sur les méfaits du Mac Do) » Bref, ce type d’amour sirupeux et soi-disant transcendant m’ennuie profondément. D’autre part, je trouve que loin de tirer parti du triangle amoureux Clara/Rapha/Lucille, l’auteur le simplifie à l’extrême pour le résoudre d’une manière que je déteste : en fait Lucille n’est pas amoureuse de Rapha comprenez-vous, enfin pas vraiment, parce qu’elle n’a jamais été aimée, ne peut donc pas comprendre ce qu’est l’amour et, de toute façon, est froide et mauvaise donc, mérite de rester seule.  Ce qui m’amène au dernier point, celui de la philosophie de Katherine Pancol qui n’est pas pour me plaire, l’idée sous-jacente d’une destinée. A ce titre le personnage d’Agnès est exemplaire ; voilà une femme qui tente de sortir d’une vie médiocre, qui aspire à un peu d’aventure et qui comprend toute seule que l’aventure n’est pas pour elle qu’elle est faire pour une vie simple et sans histoires avec un mari qu’elle aime ??? Bref, à chacun son rôle, à Clara ou Joséphine les passions sublimes, retourne dans tes pénates misérable femelle et fais le ménage. Et Lucille… C’est sans conteste le personnage le plus caricaturé de l’histoire, celle qui, de par sa prétention et son narcissisme, est condamnée à être privée d’amour. Fin de la leçon. Les cavaliers ont été choisis avant la danse, on va pas tout recommencer non plus.

Voilà. Libre à vous de danser en versant une petite larme sur une mélodie pas toujours déplaisante et de minauder sur des paroles faciles pour quadragénaires nostalgiques. Quant à moi, je me risquerais peut-être un jour à lire un autre ouvrage de Pancol mais pour l’instant… « Encore une danse ? » « Non merci, j’ai mal aux pieds. »

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 12:56

Bibliothèque classique idéale

de Homère à Marc-Aurèle

éditions les Belles Lettres

 

 

 

Après une longue absence, me voici de retour pour vous parler d’un livre qui va peut-être en faire bâiller plus d’un. Mais il faut se résigner : les vacances sont finies et il faut parler un peu d’œuvres plus sérieuses… jusqu’à la prochaine fois.

Si j’ai adoré étudier le latin au lycée et en fac, j’avoue que j’ai lu très peu d’auteurs antiques, « hors scolaires » (Ovide, Cicéron, Tacite) Le livre dont je vais vous entretenir Bibliothèque classique idéale se proposait justement de palier à ce manque en proposant un florilège d’auteurs gréco-romains sous forme d’extraits divers et variés. Ainsi dans ce recueil, nous avons ici rassemblés pas moins de trente-deux auteurs et plus de soixante textes. Nous retrouvons les textes les plus célèbres (L’énéide, L’Odyssée) comme les plus confidentiels, des philosophes (Marc-Aurèle, Platon, Epictète) des dramaturges (Sophocle, Eschyle) des « moralistes » (Esope) ou encore des historiens (Tacite, Suétone) Bref, vous l’avez compris, un vaste choix.

Et, comme dans tout recueil, il y a à boire et à manger. Le lecteur ne peut pas tout aimer et trouvera son bonheur au hasard des textes et selon ses goûts personnels. Personnellement, une bonne partie des auteurs m’a laissée indifférente. Ainsi, je n’ai guère goûté le style de Pindare tandis que Cicéron est aussi insupportable à lire en français qu’il l’était déjà en latin. Le châtiment de Prométhée dans Prométhée enchaîné (Eschyle) ne m’a guère touchée et je me suis rappelée à quel point je n’aimais pas Platon en relisant le mythe de la caverne. Au flamboyant Homère, je préfère sans conteste le plus discret Virgile et c’est avec plaisir que j’ai relu la descente aux enfers d’Enée et la mort de Didon, grand moment tragique. De ce fait, les accents désespérés de la reine de Carthage ne sont pas sans rappeler ceux de Hermione, bien des années plus tard dans Andromaque de Racine. Euripide, salué comme « le plus tragique des poètes » par Aristote, m’a nettement moins séduite que Sophocle, plus sobre dans ses effets. Aristophane m’a fait rire quand il met en scène des femmes qui, pour contraindre leurs maris à cesser de faire la guerre, décide de faire « la grève du sexe » jusqu’à ce qu’elles aient obtenu le vote de la paix  (Lysistrata) ; en revanche ce même Aristophane m’a passablement ennuyée quand, opposant dans une de ses pièces deux personnages, la mauvaise et la bonne éducation, il laisse le moraliste prendre le pas sur l’auteur comique (Les Nuées). Enfin citons Jules César dont on lira les récits de guerre plus par curiosité historique que littéraire, ne serait-ce que pour le fameux « Veni vidi vici » et l’emploi de la troisième personne du singulier pour se désigner lui-même…  

Vous l’avez compris au hasard de ces réflexions, au lecteur de se forger ses propres préférences et de trouver son bonheur dans cette Bibliothèque classique idéale qui a le mérite de toucher tous les genres et le plus d’auteurs possibles, quitte à revenir plus tard sur l’un d’eux plus en profondeur. Et puis, même si même aucun d’entre eux (ce qui m’étonnerait fort) ne vous a touchés, au moins vous pourrez frimer à peu de frais en société en évoquant l’air de rien les doctrines platoniciennes ou stoïciennes…

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 14:36
La chambre des morts
Franck Thilliez


Toujours dans notre série : « Lecture de vacances », passons maintenant au roman policier. Bon Franck Thilliez est connu. Si je me souviens bien, le livre dont je vais vous parler a été adapté il y a peu de temps au cinéma. J’avais déjà lu de lui la forêt des ombres et j’avais beaucoup aimé. J’étais curieuse de découvrir La chambre des morts mais cette lecture m’a rendue profondément perplexe…
Vigo et Sylvain sont deux paisibles français, l’un célibataire, l’autre marié et père d’une petite fille, vivant près de Dunkerque. Tous deux au chômage grâce à la magie de ce qu’on appelle les licenciements économiques. Un soir, après avoir commis un acte de vandalisme sur les murs de leur ancienne entreprise, ils percutent accidentellement un homme sur la route et le tue. Prévenir la police alors qu’ils roulaient trop vite et qu’ils viennent de taguer des murs ? Peut-être l’auraient-ils fait si à côté du cadavre, il n’y avait pas un sac avec à l’intérieur deux millions d’euros… Voilà donc nos deux paisibles français qui se transforment en apprentis meurtriers et font disparaître le corps en prenant l’argent. L’ennui c’est que cet argent devait servir à payer la rançon d’une fillette enlevée par un tueur en série qui découvre de ce fait que tuer est beaucoup plus drôle que de devenir riche… Ainsi commence une série de disparitions qui permettent à Lucie Hennebelle, jeune policière maman de jumelles, de faire ses premiers pas dans la tête des tueurs…
Avant tout je lance un appel : quelqu’un sait-il si La chambre des morts fait partie d’une série avec des personnages récurrents ? Je n’ai pas souvenir dans La forêt des ombres d’avoir croisé les policiers qui interviennent dans le récit, mais je pose la question car les personnages sont présentés de façon succincte, comme si l’auteur avait déjà fait ces présentations par le passé et qu’il n’éprouvait pas le besoin de revenir là-dessus. Ainsi on ne sait pas qui est le fameux Paul avec qui Lucie a eu ses enfants, pourquoi il est parti, ce que cache cette même Lucie dans son armoire aux portes vitrées pas plus que sa passion morbide pour les tueurs en série. De même on ne comprend pas l’intérêt de certains personnages comme la femme d’un taxidermiste, qu’on aperçoit de façon énigmatique au cours du roman et qui n’intervient plus par la suite. Alors ? De manière générale, ce que j’ai déploré le plus dans ce roman, c’est cet aspect « fouillis », comme si l’auteur s’était efforcé d’absorber tous les canons du récit policier et de tous les réunir dans un seul ouvrage. Ainsi nous avons l’aspect médecine légale, le côté serial killer, le suspense, l’humour à l’anglaise… Bref, un mélange qui peut paraître indigeste. Par exemple à un moment donné de l’histoire, en plein milieu du récit, Vigo, le chauffard voleur des deux millions explique tout tranquillement à son collègue comment faire couler un cadavre dans un marécage en lui perçant l’épiglotte. Suit un petit cours d’anatomie totalement en décalage avec l’action (les deux hommes viennent tout de même de tuer un homme et ne sont pas coutumiers du fait) De même, Lucie, empêtrée dans l’enquête se lance plus d’une fois sur de grands discours ou de grandes réflexions sur des sujets comme la taxidermie, les tueurs en série ou la dissection (bon appétit !) coupant net une action qui était bien partie. A côté de ça nous avons une intrigue un peu bâclée, le portrait du tueur en série est tout juste esquissé, la fin plutôt décevante avec des ficelles trop grosses pour remporter l’adhésion du lecteur.
Ceci dit le positif (car il y en a) est nombreux ! Certes Thilliez peine à trouver sa « patte » (était-ce son premier roman ?) mais au-delà de quelques maladresses, il sait déjà planter des décors sinistres et maintenir une ambiance glauque à sa narration du début à la fin. Ici, contrairement à du Mary Higgins Clark, les gentils enfants ne seront pas épargnés et le monde ne se divise pas en bons et méchants. Personnellement j’ai presque trouvé plus inquiétant les deux chauffards à priori « normaux » qui, suite à un accident se retrouvent impliqués dans plusieurs meurtres, que le tueur en série, plus conventionnel. Et que dire de la « gentille » policière Lucie, jeune mère, qui éprouve une fascination morbide pour les meurtriers et confessent avoir toujours été attiré par les psychopathes ? Là est le point fort de l’auteur à mon avis. Montrer qu’entre la raison et la folie, entre l’altruisme et le meurtre, il n’y a qu’un pas que nous pouvons tous un jour franchir si nous ne prenons pas garde….
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 14:20

La Célestine

Fernando de Rojas

 


 

 

Encore un espagnol ! Place cette fois au 15e siècle avec Fernando de Rojas, jeune auteur né dans les tourmentes de l’Inquisition et autres joyeusetés. L’exécution de son père condamné à être brûlé vif en tant que « judaïsant » (c’était un juif converti) a probablement laissé des traces sur le jeune homme de 22 ans qui écrivit La Célestine, une œuvre curieuse tant dans sa forme que dans son contenu.

Avant tout, bien que catalogué par les 1001 livres… comme un roman, l’ouvrage se présente uniquement sous forme de dialogues divisés en 21 actes. Pièce de théâtre ? Non plus. Les indications scéniques sont inexistantes tout comme les unités de lieu (on saute allégrement en un acte de la maison d’un personnage à un autre) ou de temps (entre le début et la fin de l’histoire environ un mois s’est écoulé) et c’est injouable, même si je pense que certains ont dû tenter le pari (d’ailleurs je serais curieuse de savoir s’il y a eu des adaptations théâtrales) Bref, l’œuvre est présenté comme un texte qui se lit à voix haute, d’où les nombreux jeux de langage, par un seul lecteur qui module sa voix en fonction des personnages et de la tonalité du passage.

L’histoire est un mélange curieux entre une comédie de Molière, une parodie de roman de chevalerie et une tragédie manquée. Calixte, jeune noble bien sous tous rapports, s’entiche de Mélibée, jeune vierge sage qui vit encore chez ses parents. Il n’a alors de cesse de la conquérir et fait pour cela appel à Célestine, maquerelle, entremetteuse, sorcière, « raccommodeuse » de virginités perdues et fournisseuse officielle de femmes pour les  moines en manque, bref une femme des plus recommandables ! Célestine, avec l’aide plus ou moins enthousiaste des deux serviteurs de Calixte, Parméno et Sempronio, parvient à mettre la jeune femme dans le lit du jeune homme, mais refusant de partager les gains avec ses acolytes, elle se fait assassiner par les deux valets qui eux-même sont décapités. A leur tour les maîtresses de Sempronio et Parméno jurent de se venger et condamnent le couple Mélibée/Calixte à une fin tragique.

Je vous ai dit la fin, pardonnez-moi, mais il ne s’agit pas non plus d’un roman policier ou fantastique avec un suspense insoutenable. Fernando de Rojas qualifiait l’ouvrage de « tragi-comédie » et jamais un adjectif ne s’est, à mon sens, mieux appliqué à une œuvre. La tragédie réside bien évidemment dans le sort funeste des personnages principaux, tant la Célestine que le couple d’amants. Elle réside aussi dans la lamentation finale du père de Mélibée qui jette sur l’amour et la mort un regard désabusé et désespéré : « Qui t’a donné un nom qui ne te convient pas ? Si tu étais Amour, tu aimerais tes serviteurs ; si tu les aimais, tu ne les ferais pas souffrir ; s’ils vivaient contents, ils ne se tueraient pas, comme l’a fait aujourd’hui ma fille bien-aimée (…) Et c’est toi la cause de tous ces malheurs. Le nom qu’on t’a donné est doux, mais tes actes sont amers. Les récompenses que tu accordes ne sont pas équitables : inique est ta loi, puisqu’elle n’est pas égale pour tous. Si entendre ton nom procure de la joie, ta fréquentation n’apporte que tristesse. Bienheureux ceux que tu n’as pas connus, ou dont tu n’as pas voulu ! Certains, trompés par je ne sais quel égarement de l’esprit, t’ont appelé Dieu. Mais Dieu tue ceux qu’Il a créés, toi ceux qui suivent ta voie. » Cette tirade finale qui fait environ sept pages est le moment le plus émouvant du récit, celui où le ridicule s’efface pour laisser place à la vraie douleur d’un père qui a perdu sa fille. Car le ridicule, générateur de la comédie, est ce qui caractérise essentiellement La Célestine. Parlons d’abord des personnages et bien évidemment de Célestine. La maquerelle avec son discours toujours à double sens,  avare, fausse dévote, sorcière, vieille hypocrite barbue, est un caractère de comédie, tout comme le sont les deux serviteurs ou leurs maîtresses dévoyées qui profitent de leur absence pour courir d’autres hommes, d’où d’ailleurs certaines situations dans l’histoire qui se rapprochent du vaudeville. On pourrait penser que les deux jeunes héros sont à l’abri de ce ridicule, mais il n’en est rien. A ma droite Calixte, noble qui s’empêtre dans des discours amoureux sans fin, parodie d’un amour courtois tellement il est sur-joué ; le voilà qui se pâme à tout bout de champs en pensant à sa belle et qui s’enthousiasme sur un cordon donné par Mélibée au point que son serviteur, plus terre-à-terre lui fait la remarque suivante : « Si vous jouissez avec le cordon, vous n’aurez plus envie de Mélibée » propos égrillard qui déconstruit totalement le discours enflammé de Calixte.  A ma gauche, l’héroïne qui, elle non plus, n’est pas épargnée. D’abord présentée comme la femme intouchable et chaste, elle apparaît vite comme une jeune gourde amoureuse qui, laissant entrer un homme dans sa chambre, s’étonne que celui-ci ne se contente pas d’un simple baiser ! Le comique réside aussi dans les situations : ainsi les parents de Mélibée qui discutent de son mariage en toute confiance, persuadée que celle-ci ne sait même pas comment on fait les enfants et qu’elle sera casable avec le premier venu, ou encore la mort grotesque de chacun des personnages : Célestine se fait tuer à cause de son avarice, les deux serviteurs se font exécuter par la justice et Calixte meurt en tombant d’une échelle ! Vous trouvez ça glorieux vous ?

Tragi-comédie donc que l’ouvrage de Fernando de Rojas qui, d’après ce que j’ai compris n’a plus rien écrit par la suite et a vécu une vie de chrétien anonyme et silencieux. Dans La Célestine beaucoup ont vu une critique sociale, pointée par ces serviteurs qui, loin du rôle de confidents de la tragédie classique, occupent au contraire une place centrale et ont leur propre histoire. Il y a aussi toute une hypocrisie  qui se cache dans cette ville où l’on remet à neuf les virginités des jeunes filles et où Célestine invoque Lucifer entre deux sermons. Les sentiments purs sont rares, les serviteurs se laissent corrompre par l’argent, les femmes trompent leurs amants car « Qu’attends-tu donc ma fille du chiffre un ? Il a plus d’inconvénients que je n’ai d’années sur le dos ! Aie au moins deux amants et tu seras en bonne compagnie, comme tu as deux oreilles, deux pieds et deux mains, deux draps dans ton lit, deux chemises pour en changer » et les serments d’amour éternel ne franchissent pas les portes des chambres. Quant à Dieu… C’est le grand absent de l’histoire malgré les nombreuses invocations et les signes de croix. Parce qu’il n’existe pas ou parce qu’ils se désintére des hommes ? Certains y ont vu une vengeance de l’auteur contre celui au nom de qui l’on a exécuté son père. Bref, voilà une œuvre complexe, comique sous ses airs de tragédie, tragique sous ses airs de comédie et qui n’en finit pas de se faire redécouvrir…

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