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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 10:26

Tsubasa reservoir chronicle

Clamp

 

 

 

A ce stade de notre relation, j’ai un aveu à vous faire : j’aime les mangas. Et quand je dis que j’aime les mangas, je n’aime pas seulement les dessins si beaux et les histoires si poétiques de Taniguchi, je ne verse pas seulement ma petite larme devant Le tombeau des lucioles ou je ne me passionne pas seulement devant Akira, non j’aime aussi les mangas que vous liriez ou regarderiez avec un froncement de sourcil éloquent : je ris devant les exploits des personnages de One Piece, je me sens émue en lisant le manga pour filles par excellence, Fruit Basket, moi qui déteste les histoires d’amour teintées de rose bonbon ; je me penche avec attention sur la relation sentimentale que nouent les personnages de Akané et Ranma dans la série éponyme et, enfin, pour aller jusqu’au bout de mon aveu, j’ai même éprouvé un profond béguin pour Végéta dans Dragon Ball au point d’avoir encore aujourd’hui une petite figurine de lui quelque part dans ma chambre d’enfant. Bref, même si j’éprouve souvent une profonde lassitude en regardant chaque jour les lecteurs de mangas éparpillés en vrac sur le sol de la librairie, doublée parfois d’une envie de meurtre lorsque je dois les enjamber pour parvenir à ranger des rayons ou chercher un livre au milieu d’une odeur de pieds (car par un mystérieux effet de la nature, le lecteur de mangas pue des pieds) oui, quelque part, je crois que je les comprends.

Passons maintenant au manga dont je veux vous parler et dont une amie m’a gracieusement prêtée les six premiers tomes. Il s’agit de Tsubasa Reservoir Chronicle (ah si quelqu’un peut m’expliquer le titre, je suis preneuse) de Clamp. L’histoire commence dans le pays du Clown où la gentille Sakura, la princesse, est amoureuse de son ami d’enfance Shaolan qui l’aime en secret également. Leur amour est contrarié par la différence sociale car le jeune garçon, plus ou moins archéologue, ne peut guère prétendre à la main de la royale enfant. C’est dans ce contexte que le royaume est attaqué par des forces venues d’ailleurs et qui repartent aussi brusquement qu’elles sont arrivées grâce à une intervention de Sakura. Mais cette intervention n’est pas sans prix : la jeune fille perd son âme et sa mémoire. Celles-ci se sont éparpillées sous forme de plumes (pour une raison que j’ignore, les japonais aiment beaucoup les plumes) dans des mondes parallèles. Pour les rendre à Sakura, Shaolan n’a d’autre choix que d’escorter la jeune fille à travers les différents mondes à la recherche de ces fameuses plumes. Ils sont escortés par Mokona, une sorte de Pikachu rigolo et par deux compagnons, eux aussi « visiteurs » pour des raisons personnelles, l’affable magicien Fye, et le ninja neurasthénique et caractériel Kurogané. Cependant tous ont un prix à payer pour voyager ainsi et Shaolan doit sacrifier ce qui lui tient le plus à cœur ; sa relation avec Sakura. Même si la jeune fille retrouvait un jour toute sa mémoire, jamais elle ne se souviendra de Shaolan.

Nous sommes donc dans le schéma classique du voyage initiatique avec un ensemble de compagnons disparates, le grand rigolo qui boit volontiers et ne semble rien prendre au sérieux, le grand ténébreux qui s’énerve pour un rien, la petite boule de poils qui énerve le grand ténébreux, la jeune fille confuse et le jeune homme mystérieux doué d’une force qui se révèle au fil des pages. Les situations sont classiques mais plaisantes et l’idée de voyage entre les mondes plutôt intéressante car elle permet à l’auteur d’intégrer plusieurs petites histoires à son récit. Cela donne de jolies trouvailles comme ce monde où les enfants disparaissent, enlevés par une princesse de légende morte depuis longtemps. De Clamp je ne connais pas grand-chose, seulement le manga animé XXX holic mais cela m’a permis néanmoins de reconnaître dans l’un des mondes des personnages du manga en question avec une histoire différente cependant. Je pense de ce fait qu’il doit y avoir de nombreux clins d’œil dans le récit. Un bémol cependant ; le personnage principal Shaolan qui est vraiment trop. Trop parfait, trop gentil, trop hésitant, il agace plus qu’autre chose. Le voir ivre lors d’une soirée est l’un de ses rares moments comiques.

Sorti de ça on se retrouve avec un gentil manga rempli de plumes et d’amour, de grands méchants qui surveillent et de combats épiques où nos héros gagnent toujours. Ça manque un peu d’originalité, c’est gentillet mais c’est distrayant et rien que pour les personnages secondaires, ça vaut le détour….

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:02

Encore une danse

Katherine Pancol

 

 

La musique commence. Chef d’orchestre : Katherine Pancol, l’auteur du best-seller Les yeux jaunes du crocodile. Ça commence comme une ronde ; les personnages se mettent en place et tour à tour sortent du cercle pour interpréter leurs pas. Nous avons l’insupportable Clara, célibataire de 36 ans, impétueuse, amoureuse du beau Rapha, l’artiste rêveur au regard perdu. Ensuite vient Agnès, la mère de famille petite souris, engoncée dans une vie confortable mais un peu étroite pour ses espérances. Puis c’est le tour de Joséphine, la bourgeoise provinciale délurée qui trompe son mari médecin, amoureuse de Philippe le frère de Clara mais chut ! ça personne ne le sait et surtout pas Clara qui ne le supporterait pas (on vous avait prévenus qu’elle était tête à claques celle-là) Enfin, l’élégante et froide Lucille clôt la série. Trois femmes et deux hommes donc si vous suivez bien.

Bon c’est assez ennuyeux pour quiconque n’aime pas tenir la mains des autres et chanter en chœur. La musique est à un moment donné un tantinet grinçante et c’est sans doute le passage le plus réussi de l’histoire. Figurez-vous que Rapha, amoureux de Clara et vice-versa, découvre qu’il a peut-être contracté le sida (attention c’est de la danse moderne tout de même. Vous inquiétez pas on parle aussi de chômage de sexe, de drogue et de pédophilie dans ce roman. Tant qu’à faire...) Drame et sueurs froides. Il se résigne à avouer la vérité à Clara qui à son tour se confie à ses copines. Re-drame car toutes ses copines, à l’exception de Joséphine, ont couché à un moment donné avec Rapha (Joséphine elle a couché avec Philippe, vous ne suivez donc pas ?) Du coup c’est une occasion pour l’auteur de lever les masques et d’éreinter gaiement ses personnages. Qu’est-ce que ça fait du bien de se moquer de ces femmes modernes qui ne se sont pas privés d’éreinter leurs amants/maris, l’homme jaloux, l’époux stupide, l’amant infidèle, le mari froid ! Ôtez le fard et nous voici avec une Clara égocentrique qui ne conçoit pas que le monde puisse tourner autrement qu’autour d’elle, une Joséphine nymphomane, une Agnès pitoyable, une Lucille prétentieuse et hautaine… On espère avec délectation un inévitable clash. Hélas ! Les violons se déclenchent et c’est l’inévitable slow langoureux. Cette fois les couples se forment. Clara et Rapha, Philippe et Joséphine… Agnès retourne, résignée, avec plus ou moins d’entrain vers son mari lourdaud tandis que Lucille reste sur place. La guimauve n’est pas loin.

Non sincèrement je ne peux pas. D’une part, je n’adhère absolument pas au schéma du couple « nous sommes liés pour la vie et nous nous regarderons dans le blanc des yeux pour le reste de notre existence tout en visitant le monde (pas facile mais Clara et Rapha savent faire ça) et en mangeant des produits sains (car, rassurez-vous, pour le prix modique d’un livre de poche, Katherine Pancol vous gratifie en plus d’un cours sur l’hygiène et sur les méfaits du Mac Do) » Bref, ce type d’amour sirupeux et soi-disant transcendant m’ennuie profondément. D’autre part, je trouve que loin de tirer parti du triangle amoureux Clara/Rapha/Lucille, l’auteur le simplifie à l’extrême pour le résoudre d’une manière que je déteste : en fait Lucille n’est pas amoureuse de Rapha comprenez-vous, enfin pas vraiment, parce qu’elle n’a jamais été aimée, ne peut donc pas comprendre ce qu’est l’amour et, de toute façon, est froide et mauvaise donc, mérite de rester seule.  Ce qui m’amène au dernier point, celui de la philosophie de Katherine Pancol qui n’est pas pour me plaire, l’idée sous-jacente d’une destinée. A ce titre le personnage d’Agnès est exemplaire ; voilà une femme qui tente de sortir d’une vie médiocre, qui aspire à un peu d’aventure et qui comprend toute seule que l’aventure n’est pas pour elle qu’elle est faire pour une vie simple et sans histoires avec un mari qu’elle aime ??? Bref, à chacun son rôle, à Clara ou Joséphine les passions sublimes, retourne dans tes pénates misérable femelle et fais le ménage. Et Lucille… C’est sans conteste le personnage le plus caricaturé de l’histoire, celle qui, de par sa prétention et son narcissisme, est condamnée à être privée d’amour. Fin de la leçon. Les cavaliers ont été choisis avant la danse, on va pas tout recommencer non plus.

Voilà. Libre à vous de danser en versant une petite larme sur une mélodie pas toujours déplaisante et de minauder sur des paroles faciles pour quadragénaires nostalgiques. Quant à moi, je me risquerais peut-être un jour à lire un autre ouvrage de Pancol mais pour l’instant… « Encore une danse ? » « Non merci, j’ai mal aux pieds. »

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 12:56

Bibliothèque classique idéale

de Homère à Marc-Aurèle

éditions les Belles Lettres

 

 

 

Après une longue absence, me voici de retour pour vous parler d’un livre qui va peut-être en faire bâiller plus d’un. Mais il faut se résigner : les vacances sont finies et il faut parler un peu d’œuvres plus sérieuses… jusqu’à la prochaine fois.

Si j’ai adoré étudier le latin au lycée et en fac, j’avoue que j’ai lu très peu d’auteurs antiques, « hors scolaires » (Ovide, Cicéron, Tacite) Le livre dont je vais vous entretenir Bibliothèque classique idéale se proposait justement de palier à ce manque en proposant un florilège d’auteurs gréco-romains sous forme d’extraits divers et variés. Ainsi dans ce recueil, nous avons ici rassemblés pas moins de trente-deux auteurs et plus de soixante textes. Nous retrouvons les textes les plus célèbres (L’énéide, L’Odyssée) comme les plus confidentiels, des philosophes (Marc-Aurèle, Platon, Epictète) des dramaturges (Sophocle, Eschyle) des « moralistes » (Esope) ou encore des historiens (Tacite, Suétone) Bref, vous l’avez compris, un vaste choix.

Et, comme dans tout recueil, il y a à boire et à manger. Le lecteur ne peut pas tout aimer et trouvera son bonheur au hasard des textes et selon ses goûts personnels. Personnellement, une bonne partie des auteurs m’a laissée indifférente. Ainsi, je n’ai guère goûté le style de Pindare tandis que Cicéron est aussi insupportable à lire en français qu’il l’était déjà en latin. Le châtiment de Prométhée dans Prométhée enchaîné (Eschyle) ne m’a guère touchée et je me suis rappelée à quel point je n’aimais pas Platon en relisant le mythe de la caverne. Au flamboyant Homère, je préfère sans conteste le plus discret Virgile et c’est avec plaisir que j’ai relu la descente aux enfers d’Enée et la mort de Didon, grand moment tragique. De ce fait, les accents désespérés de la reine de Carthage ne sont pas sans rappeler ceux de Hermione, bien des années plus tard dans Andromaque de Racine. Euripide, salué comme « le plus tragique des poètes » par Aristote, m’a nettement moins séduite que Sophocle, plus sobre dans ses effets. Aristophane m’a fait rire quand il met en scène des femmes qui, pour contraindre leurs maris à cesser de faire la guerre, décide de faire « la grève du sexe » jusqu’à ce qu’elles aient obtenu le vote de la paix  (Lysistrata) ; en revanche ce même Aristophane m’a passablement ennuyée quand, opposant dans une de ses pièces deux personnages, la mauvaise et la bonne éducation, il laisse le moraliste prendre le pas sur l’auteur comique (Les Nuées). Enfin citons Jules César dont on lira les récits de guerre plus par curiosité historique que littéraire, ne serait-ce que pour le fameux « Veni vidi vici » et l’emploi de la troisième personne du singulier pour se désigner lui-même…  

Vous l’avez compris au hasard de ces réflexions, au lecteur de se forger ses propres préférences et de trouver son bonheur dans cette Bibliothèque classique idéale qui a le mérite de toucher tous les genres et le plus d’auteurs possibles, quitte à revenir plus tard sur l’un d’eux plus en profondeur. Et puis, même si même aucun d’entre eux (ce qui m’étonnerait fort) ne vous a touchés, au moins vous pourrez frimer à peu de frais en société en évoquant l’air de rien les doctrines platoniciennes ou stoïciennes…

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 14:36
La chambre des morts
Franck Thilliez


Toujours dans notre série : « Lecture de vacances », passons maintenant au roman policier. Bon Franck Thilliez est connu. Si je me souviens bien, le livre dont je vais vous parler a été adapté il y a peu de temps au cinéma. J’avais déjà lu de lui la forêt des ombres et j’avais beaucoup aimé. J’étais curieuse de découvrir La chambre des morts mais cette lecture m’a rendue profondément perplexe…
Vigo et Sylvain sont deux paisibles français, l’un célibataire, l’autre marié et père d’une petite fille, vivant près de Dunkerque. Tous deux au chômage grâce à la magie de ce qu’on appelle les licenciements économiques. Un soir, après avoir commis un acte de vandalisme sur les murs de leur ancienne entreprise, ils percutent accidentellement un homme sur la route et le tue. Prévenir la police alors qu’ils roulaient trop vite et qu’ils viennent de taguer des murs ? Peut-être l’auraient-ils fait si à côté du cadavre, il n’y avait pas un sac avec à l’intérieur deux millions d’euros… Voilà donc nos deux paisibles français qui se transforment en apprentis meurtriers et font disparaître le corps en prenant l’argent. L’ennui c’est que cet argent devait servir à payer la rançon d’une fillette enlevée par un tueur en série qui découvre de ce fait que tuer est beaucoup plus drôle que de devenir riche… Ainsi commence une série de disparitions qui permettent à Lucie Hennebelle, jeune policière maman de jumelles, de faire ses premiers pas dans la tête des tueurs…
Avant tout je lance un appel : quelqu’un sait-il si La chambre des morts fait partie d’une série avec des personnages récurrents ? Je n’ai pas souvenir dans La forêt des ombres d’avoir croisé les policiers qui interviennent dans le récit, mais je pose la question car les personnages sont présentés de façon succincte, comme si l’auteur avait déjà fait ces présentations par le passé et qu’il n’éprouvait pas le besoin de revenir là-dessus. Ainsi on ne sait pas qui est le fameux Paul avec qui Lucie a eu ses enfants, pourquoi il est parti, ce que cache cette même Lucie dans son armoire aux portes vitrées pas plus que sa passion morbide pour les tueurs en série. De même on ne comprend pas l’intérêt de certains personnages comme la femme d’un taxidermiste, qu’on aperçoit de façon énigmatique au cours du roman et qui n’intervient plus par la suite. Alors ? De manière générale, ce que j’ai déploré le plus dans ce roman, c’est cet aspect « fouillis », comme si l’auteur s’était efforcé d’absorber tous les canons du récit policier et de tous les réunir dans un seul ouvrage. Ainsi nous avons l’aspect médecine légale, le côté serial killer, le suspense, l’humour à l’anglaise… Bref, un mélange qui peut paraître indigeste. Par exemple à un moment donné de l’histoire, en plein milieu du récit, Vigo, le chauffard voleur des deux millions explique tout tranquillement à son collègue comment faire couler un cadavre dans un marécage en lui perçant l’épiglotte. Suit un petit cours d’anatomie totalement en décalage avec l’action (les deux hommes viennent tout de même de tuer un homme et ne sont pas coutumiers du fait) De même, Lucie, empêtrée dans l’enquête se lance plus d’une fois sur de grands discours ou de grandes réflexions sur des sujets comme la taxidermie, les tueurs en série ou la dissection (bon appétit !) coupant net une action qui était bien partie. A côté de ça nous avons une intrigue un peu bâclée, le portrait du tueur en série est tout juste esquissé, la fin plutôt décevante avec des ficelles trop grosses pour remporter l’adhésion du lecteur.
Ceci dit le positif (car il y en a) est nombreux ! Certes Thilliez peine à trouver sa « patte » (était-ce son premier roman ?) mais au-delà de quelques maladresses, il sait déjà planter des décors sinistres et maintenir une ambiance glauque à sa narration du début à la fin. Ici, contrairement à du Mary Higgins Clark, les gentils enfants ne seront pas épargnés et le monde ne se divise pas en bons et méchants. Personnellement j’ai presque trouvé plus inquiétant les deux chauffards à priori « normaux » qui, suite à un accident se retrouvent impliqués dans plusieurs meurtres, que le tueur en série, plus conventionnel. Et que dire de la « gentille » policière Lucie, jeune mère, qui éprouve une fascination morbide pour les meurtriers et confessent avoir toujours été attiré par les psychopathes ? Là est le point fort de l’auteur à mon avis. Montrer qu’entre la raison et la folie, entre l’altruisme et le meurtre, il n’y a qu’un pas que nous pouvons tous un jour franchir si nous ne prenons pas garde….
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 14:20

La Célestine

Fernando de Rojas

 


 

 

Encore un espagnol ! Place cette fois au 15e siècle avec Fernando de Rojas, jeune auteur né dans les tourmentes de l’Inquisition et autres joyeusetés. L’exécution de son père condamné à être brûlé vif en tant que « judaïsant » (c’était un juif converti) a probablement laissé des traces sur le jeune homme de 22 ans qui écrivit La Célestine, une œuvre curieuse tant dans sa forme que dans son contenu.

Avant tout, bien que catalogué par les 1001 livres… comme un roman, l’ouvrage se présente uniquement sous forme de dialogues divisés en 21 actes. Pièce de théâtre ? Non plus. Les indications scéniques sont inexistantes tout comme les unités de lieu (on saute allégrement en un acte de la maison d’un personnage à un autre) ou de temps (entre le début et la fin de l’histoire environ un mois s’est écoulé) et c’est injouable, même si je pense que certains ont dû tenter le pari (d’ailleurs je serais curieuse de savoir s’il y a eu des adaptations théâtrales) Bref, l’œuvre est présenté comme un texte qui se lit à voix haute, d’où les nombreux jeux de langage, par un seul lecteur qui module sa voix en fonction des personnages et de la tonalité du passage.

L’histoire est un mélange curieux entre une comédie de Molière, une parodie de roman de chevalerie et une tragédie manquée. Calixte, jeune noble bien sous tous rapports, s’entiche de Mélibée, jeune vierge sage qui vit encore chez ses parents. Il n’a alors de cesse de la conquérir et fait pour cela appel à Célestine, maquerelle, entremetteuse, sorcière, « raccommodeuse » de virginités perdues et fournisseuse officielle de femmes pour les  moines en manque, bref une femme des plus recommandables ! Célestine, avec l’aide plus ou moins enthousiaste des deux serviteurs de Calixte, Parméno et Sempronio, parvient à mettre la jeune femme dans le lit du jeune homme, mais refusant de partager les gains avec ses acolytes, elle se fait assassiner par les deux valets qui eux-même sont décapités. A leur tour les maîtresses de Sempronio et Parméno jurent de se venger et condamnent le couple Mélibée/Calixte à une fin tragique.

Je vous ai dit la fin, pardonnez-moi, mais il ne s’agit pas non plus d’un roman policier ou fantastique avec un suspense insoutenable. Fernando de Rojas qualifiait l’ouvrage de « tragi-comédie » et jamais un adjectif ne s’est, à mon sens, mieux appliqué à une œuvre. La tragédie réside bien évidemment dans le sort funeste des personnages principaux, tant la Célestine que le couple d’amants. Elle réside aussi dans la lamentation finale du père de Mélibée qui jette sur l’amour et la mort un regard désabusé et désespéré : « Qui t’a donné un nom qui ne te convient pas ? Si tu étais Amour, tu aimerais tes serviteurs ; si tu les aimais, tu ne les ferais pas souffrir ; s’ils vivaient contents, ils ne se tueraient pas, comme l’a fait aujourd’hui ma fille bien-aimée (…) Et c’est toi la cause de tous ces malheurs. Le nom qu’on t’a donné est doux, mais tes actes sont amers. Les récompenses que tu accordes ne sont pas équitables : inique est ta loi, puisqu’elle n’est pas égale pour tous. Si entendre ton nom procure de la joie, ta fréquentation n’apporte que tristesse. Bienheureux ceux que tu n’as pas connus, ou dont tu n’as pas voulu ! Certains, trompés par je ne sais quel égarement de l’esprit, t’ont appelé Dieu. Mais Dieu tue ceux qu’Il a créés, toi ceux qui suivent ta voie. » Cette tirade finale qui fait environ sept pages est le moment le plus émouvant du récit, celui où le ridicule s’efface pour laisser place à la vraie douleur d’un père qui a perdu sa fille. Car le ridicule, générateur de la comédie, est ce qui caractérise essentiellement La Célestine. Parlons d’abord des personnages et bien évidemment de Célestine. La maquerelle avec son discours toujours à double sens,  avare, fausse dévote, sorcière, vieille hypocrite barbue, est un caractère de comédie, tout comme le sont les deux serviteurs ou leurs maîtresses dévoyées qui profitent de leur absence pour courir d’autres hommes, d’où d’ailleurs certaines situations dans l’histoire qui se rapprochent du vaudeville. On pourrait penser que les deux jeunes héros sont à l’abri de ce ridicule, mais il n’en est rien. A ma droite Calixte, noble qui s’empêtre dans des discours amoureux sans fin, parodie d’un amour courtois tellement il est sur-joué ; le voilà qui se pâme à tout bout de champs en pensant à sa belle et qui s’enthousiasme sur un cordon donné par Mélibée au point que son serviteur, plus terre-à-terre lui fait la remarque suivante : « Si vous jouissez avec le cordon, vous n’aurez plus envie de Mélibée » propos égrillard qui déconstruit totalement le discours enflammé de Calixte.  A ma gauche, l’héroïne qui, elle non plus, n’est pas épargnée. D’abord présentée comme la femme intouchable et chaste, elle apparaît vite comme une jeune gourde amoureuse qui, laissant entrer un homme dans sa chambre, s’étonne que celui-ci ne se contente pas d’un simple baiser ! Le comique réside aussi dans les situations : ainsi les parents de Mélibée qui discutent de son mariage en toute confiance, persuadée que celle-ci ne sait même pas comment on fait les enfants et qu’elle sera casable avec le premier venu, ou encore la mort grotesque de chacun des personnages : Célestine se fait tuer à cause de son avarice, les deux serviteurs se font exécuter par la justice et Calixte meurt en tombant d’une échelle ! Vous trouvez ça glorieux vous ?

Tragi-comédie donc que l’ouvrage de Fernando de Rojas qui, d’après ce que j’ai compris n’a plus rien écrit par la suite et a vécu une vie de chrétien anonyme et silencieux. Dans La Célestine beaucoup ont vu une critique sociale, pointée par ces serviteurs qui, loin du rôle de confidents de la tragédie classique, occupent au contraire une place centrale et ont leur propre histoire. Il y a aussi toute une hypocrisie  qui se cache dans cette ville où l’on remet à neuf les virginités des jeunes filles et où Célestine invoque Lucifer entre deux sermons. Les sentiments purs sont rares, les serviteurs se laissent corrompre par l’argent, les femmes trompent leurs amants car « Qu’attends-tu donc ma fille du chiffre un ? Il a plus d’inconvénients que je n’ai d’années sur le dos ! Aie au moins deux amants et tu seras en bonne compagnie, comme tu as deux oreilles, deux pieds et deux mains, deux draps dans ton lit, deux chemises pour en changer » et les serments d’amour éternel ne franchissent pas les portes des chambres. Quant à Dieu… C’est le grand absent de l’histoire malgré les nombreuses invocations et les signes de croix. Parce qu’il n’existe pas ou parce qu’ils se désintére des hommes ? Certains y ont vu une vengeance de l’auteur contre celui au nom de qui l’on a exécuté son père. Bref, voilà une œuvre complexe, comique sous ses airs de tragédie, tragique sous ses airs de comédie et qui n’en finit pas de se faire redécouvrir…

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 18:58


La fenêtre jaune

Serge Brussolo

 


Allez un peu de légèreté et passons à des lectures plus estivales. Ainsi parlons un peu d’un auteur que j’apprécie assez : son nom est Serge Brussolo ! Brussolo est un auteur spécialisé en fantastique et en jeunesse. Je n’avais lu de lui jusqu’à présent que la série pour enfants des Peggie Sue et même si au bout du cinquième tome j’ai décroché, j’avais apprécié l’ambiance glauque qu’il savait rendre dans son œuvre. Brussolo a un mérite : quand il a une idée, il va jusqu’au bout de cette idée et il en explore toutes les facettes.
Le roman dont je vais vous parler est un écrit pour les adultes cette fois, un récit fantastique qu’à dire vrai j’ai récupéré dans les poches gratuits de mes collègues. Cassie, à la recherche de son frère et de son fiancé qui ont mystérieusement disparu, se rend au milieu du désert californien pour comprendre les raisons de cette double disparition. Là, elle découvre un mystérieux phénomène : des automobiles vidées de leurs occupants et une fenêtre jaune qui, parfois, tard dans la nuit, apparaît, comme l’unique compartiment d’un train qui s’allumerait subitement. Extraterrestres, mânes des ancêtres indiens, dimension parallèle ? Cassie, aidée de son ancien amant et professeur, va tâcher de le découvrir…
Bon je ne peux pas trop en dire plus car le propre de ce genre d’ouvrages réside aussi dans le suspens. Disons que j’ai été agréablement surprise. Ça ressemble à du Stephen King, celui de ses premiers romans, et si le style n’est pas formidable, du moins il ne fait pas grimacer. C’est une lecture plaisante. Comme je le soulignais, Brussolo ne cède jamais à la tentation de la facilité. Il a choisi un thème, il va jusqu’au bout ; pas de deus ex machina pour simplifier une fin bancale, pas de questions laissées au hasard… Ce que j’apprécie aussi et qui se fait de plus en plus rare de nos jours, c’est l’absence de bons sentiments et de grandiloquence propre à la littérature fantastique. Les personnages ne sont ni bons ni forcément mauvais : le frère est un raté, le fiancé est sur le point de rompre quand il disparaît, l’ex amant est un vieux beau sur le retour qui fricote avec ses jolies étudiantes… Cassie elle-même est une héroïne tout ce qu’il y a de plus ordinaire : un gentil auteur de récits pour enfants certes, mais avec ses doutes et ses peurs. Rien de ce qu’elle fait dans le roman n’est forcément très courageux ou inaccessible du coup l’histoire est crédible.

Côté ambiance, mon jugement est plus en demi-teinte. Ça part très fort avec un décor sinistre, une maison délabrée au plein milieu du désert, coupée de toute civilisation, puis la tension retombe dès que les premières explications commencent à apparaître, que le décor perd de son mystère et que Cassie court chercher de l’aide (en même temps c’est logique. Personnellement si j’étais toute seule paumée au fin fond de nul part j’irais tout comme l’héroïne chercher du secours) Après un passage un peu ennuyeux, plus « explicatif », le rythme reprend et le suspens va crescendo jusqu’au bout de l’histoire (à noter que Brussolo très intelligemment nous évite un épilogue interminable et une scène d’amour sur lesquels d’autres auteurs auraient sauté à pieds joints)

Conclusion : une lecture facile, tout comme le style de cet article (je suis en vacances moi aussi !) un roman qui se lit d’une traite et qui plaira à tous les amateurs de fantastique dont je fais partie

 

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 13:46

La zone du dehors

Alain Damasio


 

Après La horde du contrevent place aux premier livre écrit par Damasio, La zone du dehors. Une chose saute déjà aux yeux : il faut clairement que Damasio renonce à trouver les titres de ces ouvrages.

Nous sommes ici clairement dans la science-fiction pure et dure. 2084 : La plupart des terriens ont migré sur la lune pour échapper à la guerre bactériologique et aux bouleversements climatiques. Là, à l’abri du Cerclon, dans une ville protégée d’un dehors hostile, ils vivent une vie en apparence parfaite. Parfaite ? Leur monde est devenu un cocon sous contrôle permanent. Tout est filmé, les pancartes vous rappellent vos droits, vos devoirs « pour votre santé », « pour votre sécurité », les gens sont évalués chaque année en fonction de leurs critères sociaux, affectifs, professionnels… Souriez vous êtes gérés ! tel est le credo de ce monde où l’argent se partage le pouvoir avec les policiers et les médias sous couvert de confort et de sécurité et où chaque personne est classée et identifiée. Face à ça, un mouvement se dresse ; la Volte. Dirigé par Capt, le héros de l’histoire, le but de ces insoumis est clair : faire réagir les gens et leur redonner une fantaisie et une spontanéité qu’ils ont depuis longtemps perdu…

J’ai été bien ennuyée pour rédiger cette note. Je me suis triturée la cervelle pour savoir comment diable j’allais pouvoir vous présenter le roman qui à mon sens est très engagé. Autant vous le dire, si certaines des idées exposées par l’auteur m’ont séduites, je ne suis pas franchement d’accord avec toutes ses théories, en particulier avec un certain nihilisme et une sympathie pour Nietzsche que je suis loin de partager. Ceci dit, je n’ai pas créé ce blog pour étaler mes convictions personnelles, et je préfère donc vous livrer une analyse de La zone du dehors d’un point de vue littéraire en essayant de rester la plus objective possible, même si nous savons tous que ce genre de gageure est presque toujours vouée à l’échec.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman, c’est l’univers créé par l’auteur, ce monde froid et uniforme où toute forme de communication n’est devenue possible que dans les centres de rencontre, où les gens ne se parlent plus, ne se voient plus, où la pensée est devenue uniforme et empreinte d’un politiquement correct de bon aloi. Sécurité et confort ont remplacé la liberté, les médias sont devenus une dictature, mais une dictature bienveillante ne croyez pas ça ! Toute la subtilité de ce monde réside dans ce paradoxe ; ce sont les gens eux-mêmes qui se créent leur prison, comme le souligne d’ailleurs Damasio dans sa postface. A partir de là comment se révolter envers soi-même ?

Et c’est là où le bât blesse : car, loin de jouer sur cette schizophrénie, Damasio oppose à une société bien-pensante, représentée par les médias, les policiers et le gouvernement, des jeunes gens plein de fougue, philosophes, artistes, prêts à faire mordre la poussière à ce monde et apparemment exempts de ces faiblesses que nous connaissons tous : faiblesse intellectuelle, goût pour notre petit confort, sécurité facile… De là découle de La zone du dehors un manichéisme qui agace parfois. Qui plus est, malgré la multiplication des points de vue (procédé narratif que Damasio reprendra par la suite dans La horde du contrevent) aucun des personnages ne parvient de ce fait à susciter le moindre intérêt ; ils sont trop lisses pour être attachants.

L’autre défaut de cette œuvre, à mon sens ,est un bavardage excessif. Ça parle, ça parle, ça évoque en vrac Gilles Deleuze, Nietzsche ou Foucault, et, au final, l’action piétine parfois au profit de discours interminables. Il est difficile d’ignorer les opinions de Damasio mais je me demande s’il n’aurait pas été plus subtil de les amener à travers des scènes bien choisies. Ainsi, l’épisode dans un supermarché où le héros, Capt, se voit refuser son identification car il est, selon l’ordinateur, « décédé » est à mon sens plus réussie et plus révélatrice qu’une page et demi sur les méfaits de la consommation et de l’industrialisation.

Au final déçue ? Oui et non. Oui car après La horde du contrevent, j’avais espéré beaucoup de Damasio. Non car il s’agit je pense d’un premier roman. Non car, comme je l’ai souligné, l’univers présenté par l’auteur est très réussi (ce qui est le plus inquiétant d’ailleurs c’est que le nôtre tend de plus en plus à lui ressembler) et que j’ai apprécié énormément certains passages : le moment où une enfant se fait blesser par l’action de la Volte et comment cet accident, qui apparaît comme brute et terriblement réel, perd peu à peu de sa consistance une fois que les médias se sont l’appropriés pour devenir un spectacle dans lequel il est difficile de démêler le sincère de la comédie ; il a aussi cette scène où Capt, prisonnier, joue pour se distraire à un jeu vidéo dans lequel il doit s’attraper lui-même ou cet autre moment où il est torturé en étant mis en permanence face à face avec son reflet. Jolie métaphore de cette schizophrénie qui sommeille en chacun de nous ! Au final un sentiment mitigé mais un roman qui a le mérite de poser des questions et une science-fiction qui renoue avec Orwell et Huxley…

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 00:00

Je suis un chat

Natsume Soseki

 

 

 

Bien que n’étant pas spécialiste des blogs, il paraît qu’on y parle beaucoup de chats. J’aime beaucoup les chats mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en parler alors aujourd’hui j’en profite. Pas de panique ceci dit, je ne joindrais pas de photos de chatons batifolant avec une balle ou celles de mon propre animal de compagnie qui présente de toute façon des tendances schizophrènes inquiétantes, impropres à la diffusion.

Selon un ouvrage des plus sérieux, Homo disparitus, il apparaît que si l’humanité venait à disparaître du jour au lendemain sans raison particulière, le chat, à la différence du chien qui deviendrait vraisemblablement une race en voie d’extinction, s’en sortirait on ne peut mieux, même les plus pantouflards d’entre eux. Une nouvelle soutient que, si Dieu existe, c’est un chat ; et après tout quand on y songe il est clair que c’est la bête qui comprend le mieux  le principe de la vie. Tout en conservant toute son autonomie, il se fait entretenir en toute sérénité. Que rêver de mieux ?

 Les chats passionnent peut-être les blogueurs mais, désolé Boulet, il passionne aussi les écrivains. Ainsi, aujourd’hui je vais vous parler d’un roman japonais du début du 20e siècle qui a pour narrateur…. un chat (quelle surprise non ?) Notre héros, matou abandonné, atterrit dans une maison où l’on fait si peu de cas de lui qu’on ne lui donne même pas de nom. Nous sommes au début de l’ère Meiji, ce qui correspond à la période où le Japon quitte le Moyen-âge pour s’ouvrir aux autres pays, en particulier à l’Occident et amorce sa révolution culturelle. C’est donc par le regard du chat, objectif, curieux et volontiers critique que l’auteur, Natsume Sôseki, lui-même professeur, nous invite à découvrir le quotidien d’un enseignant d’anglais et de sa famille et, par extension, celui d’un pays alors en pleine mutation. Ceci dit, l’ironie réside justement dans cette forme de narration ; imaginez un roman sur mai 68 vue par une paisible mère de famille qui ne quittera pas sa cuisine durant tout le récit et vous aurez à peu près une idée du type d’ouvrage qu’est Je suis un chat. Le héros ne quitte guère la maison ; les quelques scènes d’extérieur se passent essentiellement chez les voisins ! Publié sous forme d’épisodes dans un journal de l’époque, le roman est à envisager comme différentes saynètes au cours desquelles l’auteur se penche sur un sujet particulier. Les personnages sont peu nombreux : nous avons le professeur hypocondriaque, ennuyeux, incompétent, chahuté par ses élèves et volontiers pompeux ; nous avons la femme qui devient chauve et trois fillettes parfaitement ordinaires ; la servante maussade ; l’ami « esthète » qui débite fariboles sur fariboles avec un parfait enthousiasme ; l’ami « philosophe » qui prône la vanité de la vie et s’endort sur son jeu de go ; l’homme d’affaire vénal ; le jeune étudiant qui étudie la pendaison d’un point de vue dynamique…Bref, un échantillon parfait de personnalités complémentaires qui se croisent, se battent et, essentiellement, parlent. Un seul être prête réellement l’oreille à leurs discours, le plus souvent stériles, le chat. Du point de vue du professeur, nous avons une discussion sérieuse entre gens importants ; l’animal lui ne voit guère que quelques bonhommes rougeauds qui s’échauffent dans un salon ce qui donne aux dialogues une curieuse sensation d’irréalité. Tout est tourné en dérision et le ton du roman est volontiers critique puisqu’il pointe les dangers de l’occidentalisation, notamment dans ce dernier chapitre, savoureux, où l’esthète explique que grâce aux progrès, le seul moyen de ne pas mourir sera de se suicider, confrontant la civilisation orientale, empreinte de bouddhisme et de résignation, à l’occidentale, celle qui ne veut pas admettre la défaite. Cependant, l’occidentalisation n’est pas remise en question (l’auteur a lui-même étudié à l’étranger, comme l’y encourageait son époque) : elle est vue surtout comme inévitable.

Cynique et plein d’humour, le roman se lit facilement. Il reflète les craintes et les espoirs d’un pays qui sait qu’il est en pleine mutation et qu’il ne peut rien faire contre « le progrès ». Le style est alerte, les descriptions amusantes et souvent corrosives. Rien n’est épargné même pas le chat qui, il faut l’avouer, ressemble plus à Garfield qu’à un animal de concours. Ceci dit, nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour tous ces personnages qui, peut-être justement parce qu’ils sont affublés de défauts et de ce fait profondément humains, sont très attachants…

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 13:10

TIRANT LE BLANC

Joanot Martorell

 

 

Comme vous vous en doutez peut-être, je n’aurais pas lu spontanément un roman de chevalerie espagnol du XVème siècle. De ce fait, Tirant le blanc fait partie des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie. Célébré par Cervantès dans Don Quichotte, le livre est présenté comme l’un des derniers romans de chevalerie par les critiques. Pourquoi ? Parce qu’en dépit de certains éléments du genre : le héros sans peur et sans reproches, les batailles interminables pour convertir les mécréants et l’amour courtois pour une belle princesse socialement supérieur, le récit est quasiment dépourvu du merveilleux des romans de chevalerie à quelques exceptions près, et le ton qui se dégage du livre est nettement désenchanté. En lisant le récit, j’ai pensé à un autre roman espagnol qui n’avait rien à voir : Amour de perdition et qu’un de mes professeurs nous avait présentés ainsi : « l’auteur sait qu’il fait un roman d’amour, il en sourit parfois, mais il le fait quand même ». Ainsi Martorell, notre écrivain, chevalier désargenté lui-même, sait pertinemment que son monde s’écroule mais le fait vivre le temps d’une histoire, sans tomber dans la parodie comme le fera Cervantès plus tard.

Que raconte Tirant le blanc ? Tout simplement l’histoire d’un chevalier sans peur et sans reproches. Jeune breton (car le modèle arthurien reste omniprésent) Tirant s’affirme dès le mariage de son roi comme le plus grand chevalier de tous les temps lors de joutes chevaleresques. Parti en Sicile, il aide le prince Philippe à contracter un mariage avec la belle princesse, puis lui-même se rend en Grèce pour secourir l’empereur assailli par les maures. Là, il tombe à son tour sous le charme de Carmésine, l’infante que la mort de son frère aîné destine à la couronne. A partir de là le combat de Tirant est plus complexe : car il combat à la fois pour l’honneur de la foi chrétienne et à la fois pour prouver à l’empereur son mérite et compenser ainsi la modestie de ses origines. Seule sa vaillance lui permettra d’obtenir la main de l’élue de son cœur, thématique propre au roman de chevalerie.

Je crois avoir signalé que je n’avais guère de goût pour le genre. Cependant, j’ai plutôt apprécié le roman de Martorell. En effet, nous retrouvons cette exagération un tantinet agaçante avec le héros qui arrive au milieu des ennemis et en tue douze douzaines sans même faire de taches à son armure. Qui plus est, n’oublions pas la touche hispanique, le côté passionné et volontiers grandiloquent qui fait les héros pleurent et s’évanouissent dix fois par jour. Mais au-delà, nous avons une absence d’artifices assez reposante : un merveilleux quasiment absent si ce n’est dans ce joli intermède de la femme transformée en dragon et à qui seul un baiser pourra redonner forme humaine (à signaler tout de même que cet épisode fait tache dans le récit) et des personnages plutôt attachants, notamment les personnages secondaires : le sémillant Diofébo ou encore la délurée Plaisir de ma vie qui contraste avec la sage Carmésine. Le ton du roman est loin d’être confiant, l’amour du couple est mis à rude épreuve (amoureuse jalouse, quiproquos..) tout comme les victoires du chevalier (Tirant est blessé, réduit en esclavage…) Rien n’est joué et la cruauté de la vie est soulignée d’autant plus à la fin du récit avec un final inattendu et profondément pessimiste. Mais que pouvait-on attendre d’un auteur qui sait que ses idéaux n’ont plus cours (Pour la petite histoire Martorell a passé une grande partie de sa vie à défier ses offenseurs notamment un homme qui aurait pris l’honneur de sa sœur et refusé de l’épouser officiellement. Qui plus est, il a été obligé de mettre en gage son manuscrit et est mort pauvre) et que son monde est en train de s’écrouler ? Car à l’époque où il écrit le récit, si les chevaliers sont encore l’élite, leur existence est mis en péril par les nouvelles techniques de guerre et, indigents ils sont contraints d’épouser les filles de riches marchands, impensable puisque la tradition courtoise veut que les chevaliers soupirent pour des femmes qui leur sont socialement supérieures.

Je ne suis guère spécialiste des romans de chevalerie mais si je devais retenir une seule chose de ma lecture de Tirant le blanc, c’est le chant du cygne d’un genre finissant. Le Moyen-âge est mort, il faut se résigner…

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 22:18
Mathis l’enfant qui venait du froid
 Eric Sanvoisin



 Bon, je vais commencer à me poser des questions : soit la littérature jeunesse est dans une mauvaise passe, soit c’est moi qui devrais arrêter d’en lire le temps que le genre retrouve grâce à mes yeux. L’histoire encore une fois paraissait alléchante : le récit d’un adolescent de treize ans qui, atteint d’un cancer en phase terminale est cryogénisé par ses parents et se réveille en 2162 pour découvrir un futur où les hommes sont contraints de vivre sous terre à cause du dérèglement climatique. Bien vite il découvre une société qui a perdu tout goût de vivre et rejoint un groupe de dissidents, les Révoltés, des ex. « Réveillés » comme lui qui restent persuadés que la vie en surface est viable et qui n’aspirent qu’à une seule chose : retrouver le soleil et l’espace. Hélas ! Vous vous souvenez de mes réticences concernant le livre d’Arthur Ténor ? Et bien j’affirme que sivoustenezalesavoir.com est un chef-d’œuvre comparé au roman de Sanvoisin. Le personnage de Mathis est aussi insipide que son prénom. C’est le gamin le plus tête à claques qu’il m’ait été donné de rencontrer dans la littérature jeunesse. Voilà un ado qui, atteint d’un cancer (à noter que le cancer n’est qu’un prétexte narratif que l’auteur ne prend même pas la peine de développer) se réveille 162 ans plus tard, à peine surpris. Le temps de pleurnicher un peu sur ses parents (mais là non plus aucun développement : à quoi bon ?) et hop ! Le voilà prêt à se révolter contre le système qu’il vient de découvrir. Alors je suis peut-être un peu critique mais, à treize ans, moi spontanément, je ne mettais pas en doute la conformité du système et je ne montais pas de révolutions en trois coups de cuillers à pot. Tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus conforme qu’un adolescent. Tout le monde sauf Mathis apparemment qui se pose de graves questions existentielles (non je ne peux pas vivre dans cette société) et qui super intelligent arrive simultanément à échapper à de mystérieux poursuiveurs, à apprendre la télépathie en vingt leçons sans peine et à emballer sa coéquipière Aurora aussi sec (encore un prénom atroce) tout ça sans perdre son dynamisme. Respect tout de même. Je ne prendrais pas la peine de vous exposer l’intrigue en détail tellement elle est tirée par les cheveux et si je commence à vous parler du rôle clé de Mathis en tant que « reproducteur » ou des complots des différents protagonistes, vous risquez d’avoir envie de vous pendre. Je vous épargnerai les dialogues hautement crédibles : « Mais ne restons pas là à bavarder comme de vieux amis, Mathis. C’est trop dangereux. Nous faisons une cible idéale. » (note : ces propos sortent de la bouche d’une gamine de quatorze ans qui a une centaine de personnes à ses trousses) les points d’exclamation et d’interrogation toutes les deux lignes pour dynamiser le récit (Matthis ! Attention derrière toi ! Oh la la Aurora comment allons-nous faire ?!) ou encore la construction de la narration tellement poussive qu’elle tue tout suspens. Non il n’y a définitivement rien à sauver dans ce roman si ce n’est peut-être l’idée d’un univers qui aurait pu être intéressant s’il avait été mieux exploité et la conclusion que, décidément, Mathis est définitivement un prénom hideux…
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