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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 00:00

Je suis un chat

Natsume Soseki

 

 

 

Bien que n’étant pas spécialiste des blogs, il paraît qu’on y parle beaucoup de chats. J’aime beaucoup les chats mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en parler alors aujourd’hui j’en profite. Pas de panique ceci dit, je ne joindrais pas de photos de chatons batifolant avec une balle ou celles de mon propre animal de compagnie qui présente de toute façon des tendances schizophrènes inquiétantes, impropres à la diffusion.

Selon un ouvrage des plus sérieux, Homo disparitus, il apparaît que si l’humanité venait à disparaître du jour au lendemain sans raison particulière, le chat, à la différence du chien qui deviendrait vraisemblablement une race en voie d’extinction, s’en sortirait on ne peut mieux, même les plus pantouflards d’entre eux. Une nouvelle soutient que, si Dieu existe, c’est un chat ; et après tout quand on y songe il est clair que c’est la bête qui comprend le mieux  le principe de la vie. Tout en conservant toute son autonomie, il se fait entretenir en toute sérénité. Que rêver de mieux ?

 Les chats passionnent peut-être les blogueurs mais, désolé Boulet, il passionne aussi les écrivains. Ainsi, aujourd’hui je vais vous parler d’un roman japonais du début du 20e siècle qui a pour narrateur…. un chat (quelle surprise non ?) Notre héros, matou abandonné, atterrit dans une maison où l’on fait si peu de cas de lui qu’on ne lui donne même pas de nom. Nous sommes au début de l’ère Meiji, ce qui correspond à la période où le Japon quitte le Moyen-âge pour s’ouvrir aux autres pays, en particulier à l’Occident et amorce sa révolution culturelle. C’est donc par le regard du chat, objectif, curieux et volontiers critique que l’auteur, Natsume Sôseki, lui-même professeur, nous invite à découvrir le quotidien d’un enseignant d’anglais et de sa famille et, par extension, celui d’un pays alors en pleine mutation. Ceci dit, l’ironie réside justement dans cette forme de narration ; imaginez un roman sur mai 68 vue par une paisible mère de famille qui ne quittera pas sa cuisine durant tout le récit et vous aurez à peu près une idée du type d’ouvrage qu’est Je suis un chat. Le héros ne quitte guère la maison ; les quelques scènes d’extérieur se passent essentiellement chez les voisins ! Publié sous forme d’épisodes dans un journal de l’époque, le roman est à envisager comme différentes saynètes au cours desquelles l’auteur se penche sur un sujet particulier. Les personnages sont peu nombreux : nous avons le professeur hypocondriaque, ennuyeux, incompétent, chahuté par ses élèves et volontiers pompeux ; nous avons la femme qui devient chauve et trois fillettes parfaitement ordinaires ; la servante maussade ; l’ami « esthète » qui débite fariboles sur fariboles avec un parfait enthousiasme ; l’ami « philosophe » qui prône la vanité de la vie et s’endort sur son jeu de go ; l’homme d’affaire vénal ; le jeune étudiant qui étudie la pendaison d’un point de vue dynamique…Bref, un échantillon parfait de personnalités complémentaires qui se croisent, se battent et, essentiellement, parlent. Un seul être prête réellement l’oreille à leurs discours, le plus souvent stériles, le chat. Du point de vue du professeur, nous avons une discussion sérieuse entre gens importants ; l’animal lui ne voit guère que quelques bonhommes rougeauds qui s’échauffent dans un salon ce qui donne aux dialogues une curieuse sensation d’irréalité. Tout est tourné en dérision et le ton du roman est volontiers critique puisqu’il pointe les dangers de l’occidentalisation, notamment dans ce dernier chapitre, savoureux, où l’esthète explique que grâce aux progrès, le seul moyen de ne pas mourir sera de se suicider, confrontant la civilisation orientale, empreinte de bouddhisme et de résignation, à l’occidentale, celle qui ne veut pas admettre la défaite. Cependant, l’occidentalisation n’est pas remise en question (l’auteur a lui-même étudié à l’étranger, comme l’y encourageait son époque) : elle est vue surtout comme inévitable.

Cynique et plein d’humour, le roman se lit facilement. Il reflète les craintes et les espoirs d’un pays qui sait qu’il est en pleine mutation et qu’il ne peut rien faire contre « le progrès ». Le style est alerte, les descriptions amusantes et souvent corrosives. Rien n’est épargné même pas le chat qui, il faut l’avouer, ressemble plus à Garfield qu’à un animal de concours. Ceci dit, nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour tous ces personnages qui, peut-être justement parce qu’ils sont affublés de défauts et de ce fait profondément humains, sont très attachants…

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 13:10

TIRANT LE BLANC

Joanot Martorell

 

 

Comme vous vous en doutez peut-être, je n’aurais pas lu spontanément un roman de chevalerie espagnol du XVème siècle. De ce fait, Tirant le blanc fait partie des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie. Célébré par Cervantès dans Don Quichotte, le livre est présenté comme l’un des derniers romans de chevalerie par les critiques. Pourquoi ? Parce qu’en dépit de certains éléments du genre : le héros sans peur et sans reproches, les batailles interminables pour convertir les mécréants et l’amour courtois pour une belle princesse socialement supérieur, le récit est quasiment dépourvu du merveilleux des romans de chevalerie à quelques exceptions près, et le ton qui se dégage du livre est nettement désenchanté. En lisant le récit, j’ai pensé à un autre roman espagnol qui n’avait rien à voir : Amour de perdition et qu’un de mes professeurs nous avait présentés ainsi : « l’auteur sait qu’il fait un roman d’amour, il en sourit parfois, mais il le fait quand même ». Ainsi Martorell, notre écrivain, chevalier désargenté lui-même, sait pertinemment que son monde s’écroule mais le fait vivre le temps d’une histoire, sans tomber dans la parodie comme le fera Cervantès plus tard.

Que raconte Tirant le blanc ? Tout simplement l’histoire d’un chevalier sans peur et sans reproches. Jeune breton (car le modèle arthurien reste omniprésent) Tirant s’affirme dès le mariage de son roi comme le plus grand chevalier de tous les temps lors de joutes chevaleresques. Parti en Sicile, il aide le prince Philippe à contracter un mariage avec la belle princesse, puis lui-même se rend en Grèce pour secourir l’empereur assailli par les maures. Là, il tombe à son tour sous le charme de Carmésine, l’infante que la mort de son frère aîné destine à la couronne. A partir de là le combat de Tirant est plus complexe : car il combat à la fois pour l’honneur de la foi chrétienne et à la fois pour prouver à l’empereur son mérite et compenser ainsi la modestie de ses origines. Seule sa vaillance lui permettra d’obtenir la main de l’élue de son cœur, thématique propre au roman de chevalerie.

Je crois avoir signalé que je n’avais guère de goût pour le genre. Cependant, j’ai plutôt apprécié le roman de Martorell. En effet, nous retrouvons cette exagération un tantinet agaçante avec le héros qui arrive au milieu des ennemis et en tue douze douzaines sans même faire de taches à son armure. Qui plus est, n’oublions pas la touche hispanique, le côté passionné et volontiers grandiloquent qui fait les héros pleurent et s’évanouissent dix fois par jour. Mais au-delà, nous avons une absence d’artifices assez reposante : un merveilleux quasiment absent si ce n’est dans ce joli intermède de la femme transformée en dragon et à qui seul un baiser pourra redonner forme humaine (à signaler tout de même que cet épisode fait tache dans le récit) et des personnages plutôt attachants, notamment les personnages secondaires : le sémillant Diofébo ou encore la délurée Plaisir de ma vie qui contraste avec la sage Carmésine. Le ton du roman est loin d’être confiant, l’amour du couple est mis à rude épreuve (amoureuse jalouse, quiproquos..) tout comme les victoires du chevalier (Tirant est blessé, réduit en esclavage…) Rien n’est joué et la cruauté de la vie est soulignée d’autant plus à la fin du récit avec un final inattendu et profondément pessimiste. Mais que pouvait-on attendre d’un auteur qui sait que ses idéaux n’ont plus cours (Pour la petite histoire Martorell a passé une grande partie de sa vie à défier ses offenseurs notamment un homme qui aurait pris l’honneur de sa sœur et refusé de l’épouser officiellement. Qui plus est, il a été obligé de mettre en gage son manuscrit et est mort pauvre) et que son monde est en train de s’écrouler ? Car à l’époque où il écrit le récit, si les chevaliers sont encore l’élite, leur existence est mis en péril par les nouvelles techniques de guerre et, indigents ils sont contraints d’épouser les filles de riches marchands, impensable puisque la tradition courtoise veut que les chevaliers soupirent pour des femmes qui leur sont socialement supérieures.

Je ne suis guère spécialiste des romans de chevalerie mais si je devais retenir une seule chose de ma lecture de Tirant le blanc, c’est le chant du cygne d’un genre finissant. Le Moyen-âge est mort, il faut se résigner…

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 22:18
Mathis l’enfant qui venait du froid
 Eric Sanvoisin



 Bon, je vais commencer à me poser des questions : soit la littérature jeunesse est dans une mauvaise passe, soit c’est moi qui devrais arrêter d’en lire le temps que le genre retrouve grâce à mes yeux. L’histoire encore une fois paraissait alléchante : le récit d’un adolescent de treize ans qui, atteint d’un cancer en phase terminale est cryogénisé par ses parents et se réveille en 2162 pour découvrir un futur où les hommes sont contraints de vivre sous terre à cause du dérèglement climatique. Bien vite il découvre une société qui a perdu tout goût de vivre et rejoint un groupe de dissidents, les Révoltés, des ex. « Réveillés » comme lui qui restent persuadés que la vie en surface est viable et qui n’aspirent qu’à une seule chose : retrouver le soleil et l’espace. Hélas ! Vous vous souvenez de mes réticences concernant le livre d’Arthur Ténor ? Et bien j’affirme que sivoustenezalesavoir.com est un chef-d’œuvre comparé au roman de Sanvoisin. Le personnage de Mathis est aussi insipide que son prénom. C’est le gamin le plus tête à claques qu’il m’ait été donné de rencontrer dans la littérature jeunesse. Voilà un ado qui, atteint d’un cancer (à noter que le cancer n’est qu’un prétexte narratif que l’auteur ne prend même pas la peine de développer) se réveille 162 ans plus tard, à peine surpris. Le temps de pleurnicher un peu sur ses parents (mais là non plus aucun développement : à quoi bon ?) et hop ! Le voilà prêt à se révolter contre le système qu’il vient de découvrir. Alors je suis peut-être un peu critique mais, à treize ans, moi spontanément, je ne mettais pas en doute la conformité du système et je ne montais pas de révolutions en trois coups de cuillers à pot. Tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus conforme qu’un adolescent. Tout le monde sauf Mathis apparemment qui se pose de graves questions existentielles (non je ne peux pas vivre dans cette société) et qui super intelligent arrive simultanément à échapper à de mystérieux poursuiveurs, à apprendre la télépathie en vingt leçons sans peine et à emballer sa coéquipière Aurora aussi sec (encore un prénom atroce) tout ça sans perdre son dynamisme. Respect tout de même. Je ne prendrais pas la peine de vous exposer l’intrigue en détail tellement elle est tirée par les cheveux et si je commence à vous parler du rôle clé de Mathis en tant que « reproducteur » ou des complots des différents protagonistes, vous risquez d’avoir envie de vous pendre. Je vous épargnerai les dialogues hautement crédibles : « Mais ne restons pas là à bavarder comme de vieux amis, Mathis. C’est trop dangereux. Nous faisons une cible idéale. » (note : ces propos sortent de la bouche d’une gamine de quatorze ans qui a une centaine de personnes à ses trousses) les points d’exclamation et d’interrogation toutes les deux lignes pour dynamiser le récit (Matthis ! Attention derrière toi ! Oh la la Aurora comment allons-nous faire ?!) ou encore la construction de la narration tellement poussive qu’elle tue tout suspens. Non il n’y a définitivement rien à sauver dans ce roman si ce n’est peut-être l’idée d’un univers qui aurait pu être intéressant s’il avait été mieux exploité et la conclusion que, décidément, Mathis est définitivement un prénom hideux…
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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 14:54

La horde du contrevent

Alain Damasio

 

Ok, le titre est pourri, on est d’accord. Et la preuve, c’est que jamais je n’aurais eu l’idée de lire un roman pareil si mon frère ne m’en avait pas parlé. Mais après le « Il paraît que c’est génial » j’étais curieuse de découvrir Damasio.

Le roman oscille entre fantasy et science-fiction. Ils sont 23 à former une horde ; il y a Golgoth, le chef, un caractériel brillant mais un peu dérangé, il y a Caracole, le troubadour énigmatique, Pietro le prince altier, le diplomate de la bande, Erg, le combattant protecteur… 23 personnes, qui dans un monde balayé par des vents sont en quête de l’Extrême Amont, le bout du monde, en quête d’un paradis et de l’origine des vents.

La question qui se pose très vite est « pourquoi » ? En effet, si toutes les quêtes des romans de l’imaginaire sont motivées par des nécessités impérieuses (genre sauver la terre du Mal absolu ou la princesse greluche) il apparaît très vite que la quête des personnages de Damasio s’apparente à celle du Graal ; aucune certitude, aucune nécessité si ce n’est la gloire et l’immortalité. La horde du contrevent (car tel est son nom) risque à plusieurs reprises sa vie pour contrer les vents, non pas par obligation mais pour apprendre à les connaître ! Quête du savoir que reflète bien le personnage de Sov le scribe ou encore le troubadour dont les fonctions à première vue ne paraissent pas indispensables.

C’est paradoxalement cette quête de l’absurde qui fait tout son charme à une histoire narrée tour à tour par chacun des divers protagonistes. Depuis le grand Golgoth jusqu’à la petite dernière, Coriolis, chacun y va de son point de vue dans un mélange de voix qui fait écho au bruit du vent, le personnage principal du roman. De ce fait, on s’attache à chacun des membres du groupe à travers un périple qui ceci dit en conduira plus d’un à la mort. Je dis juste ça pas pour vous dégoûter mais pour vous prévenir : nous sommes loin d’être dans la fantasy traditionnelle avec le happy end de rigueur et le manichéisme bon teint : Erg est un assassin, Golgoth un malade mental, Callirhoé une nymphomane.. L’important est qu’on ne peut les limiter à une définition simpliste et  qu’au-delà des étiquettes, nous avons des personnages profondément humains avec qui nous partageons joies et douleurs.

Bien plus, ce qui caractérise La horde du contrevent, c’est sa qualité d’écriture. Nous ne sommes pas dans le registre du facile avec de la bonne grosse action ponctuée ça et là de quelques pointes d’humour, typiquement littérature de l’imaginaire. J’ai déjà souligné l’originalité de la narration ; il faut également noter la richesse du champ lexical et un style soigné qui ne tombe pas pour autant dans le précieux. Bref, une lecture fluide qui contribue à nous faire immerger dans un univers de science-fiction fascinant (villes flottantes, matériel de pointe, personnages dotés de pouvoirs surnaturels) et ne nous coupe jamais dans une action soigneusement dosée mais toujours terriblement prenante.

Vous l’avez compris : j’ai adoré ce livre et je ne peux que le recommander, même à ceux qui ne sont pas forcément adeptes de la littérature de l’imaginaire.  Quant à moi, je suis disposée non seulement à acheter La horde du contrevent pour ma bibliothèque personnelle, mais également à aller trouver d’autres livres de Damasio si tant est qu’il en ait fait d’autres. Dernier petit conseil de lecture : au début, gardez bien sous le coude le marque-page dans le livre pour vous aider à comprendre qui prend la parole et, pour le reste… profitez-en !

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 12:22

Un trombone rouge

Kyle MacDonald

 

 

 

Je ne fais pas que lire des livres. J’en vends aussi. Mais je ne vends ni science-fiction ni policier. Je ne parle pas de la complexité des œuvres de Joyce ni de la richesse de la littérature jeunesse contemporaine. Non, je vends des codes de droit et des ouvrages d’entreprise et d’économie. Et si j’en feuillette beaucoup, sans réelle conviction je l’avoue, il m’arrive parfois d’en lire.

Alors aujourd’hui vous l’avez deviné, vu votre grimace, je vais vous parler d’un livre d’entreprise. Non, restez s’il vous plaît ! Vous verrez c’est marrant promis….

Il s’agit plus précisément d’un témoignage. En 2005, Kyle MacDonald est un paisible canadien, un peu fainéant sur les bords il faut l’avouer. Il cherche du travail sans réelle conviction, mais sa seule passion est le troc (ne me demandez pas pourquoi il y en a bien qui collectionnent des petites cuillères) Fasciné par la notion d’échanges, il décide un soir subitement de se lancer dans le troc « professionnel » et, par ce biais d’obtenir une maison, rien de moins. Entreprise d’autant plus audacieuse que le seul objet dont il dispose pour démarrer est le trombone rouge qui sert à maintenir en place son CV.

Voilà donc notre Kyle qui se lance. Sur Internet on peut faire n’importe quoi et Kyle échange bientôt son trombone contre un stylo en forme de poisson (trouvé par terre) le stylo contre une poignée de porte rigolote (bric-à-brac d’une femme) la poignée contre un réchaud, le réchaud contre une génératrice pleine d’essence, la génératrice contre une fête instantanée, la fête contre un motoneige, la motoneige contre un voyage, le voyage contre un grand fourgon, le grand fourgon contre un contrat d’enregistrement, le contrat d’enregistrement contre un an à Phoenix, l’année à Phoenix contre un après-midi avec une star de rock, l’après-midi avec une boule de neige, la boule de neige contre un rôle dans un film, le rôle contre une maison. Au final, un an plus tard, Kyle se retrouve avec l’objectif qu’il s’était fixé.

Bon ça fait rêver mais ne nous emballons pas. D’une part parce que l’opération est vite relayée par les médias et que notre troqueur dispose dès le sixième troc d’une publicité qui lui permet de faire ses échanges très facilement. Si quelqu’un d’autre se lançait dans l’aventure y parviendrait-il aussi facilement ? Rien n’est moins sûr. Reste que le personnage est sympathique. Bien sûr nous avons droit aux petites phrases choc tout au long du livre, en majuscules s’il vous plaît, quand on veut on peut, et autres foutaises, mais Kyle Mac Donald a le mérite d’aller jusqu’au bout de son idée ; il refuse les dons et sur le principe troque toujours ; ainsi si comme moi vous avez noté une aberration lors des échanges décrits ci-dessus, vous saurez que la petite boule de neige a été troqué avec un acteur collectionneur (quand je vous dis qu’il y a des bizarreries de la nature) qui voulait absolument participer à l’aventure.

Le livre se lit donc à la manière d’un roman à suspens, un peu ralenti par les descriptions des effets médias. C’est à mon avis son plus gros défaut. Peut-être que ça présente un intérêt pour le lecteur anglophone, mais pour les étrangers, avoir la liste des différentes émissions auxquels participe Kyle est très ennuyeuse, sans compter l’énumération des personnalités qu’il a rencontré (sommes-nous sensés nous évanouir d’émotion ?) Reste un périple intéressant, les différents mails de monsieur et madame tout le monde que Kyle a reçu et une intéressante aventure humaine. Pour information, sachez que le site initial de l’auteur oneredclippaper.com existe toujours et qu’à l’heure actuelle, il échange sa maison contre l’offre la plus intéressante. Bon Ok, faut être disposé à aller vivre là-bas et je pense que peu d’entre nous sont intéressés mais sait-on jamais… Quant à moi je suis sérieusement encline à me lancer dans le troc pour obtenir une maison à mon tour ou une wii au moins. Ça intéresse quelqu’un un petit navire en bois ou un chat schizophrène ?

 

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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 19:07

Le fantastique des fétichistes

Présenté par Estelle Valls de Gomis

 

 

Pour mon anniversaire, l’une de mes amies m’a offert un livre dont le titre m’a laissée profondément perplexe : Le fantastique des fétichistes. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un ouvrage sado-masochiste et, désolée, je ne vous parlerai pas aujourd’hui de fouets en cuir ni de viols de cadavres. Le livre en question est un anthologie de nouvelles fantastiques traitant donc, si vous suivez bien, du fétichisme, sous toutes ses formes.

Au départ un peu sur la réserve, j’ai été plutôt impressionnée par la qualité éditoriale du recueil, tant au niveau de la couverture que de la mise en page. Le choix des textes me paraît  cependant discutable. Ainsi la nouvelle Il Viccolo di madama Lucrezia de Prosper Mérimée ne me frappe pas par son aspect fétichiste, tout comme le texte de Pierre Louÿs : Léda ou la louange des bienheureuses ténèbres. Après peut-être est-ce moi qui donne au terme de « fétichiste » un sens bien particulier, celui de mon dictionnaire : « Perversion sexuelle qui confère à un objet particulier (vêtement, etc.) ou à une partie du corps du partenaire le pouvoir exclusif de susciter l’admiration érotique » (in Dictionnaire encyclopédique universel, éditions Précis) Or, dans les deux nouvelles citées ci-dessus comme exemple, rien de tel. En fait, il m’a été difficile de trouver la dimension fétichiste du recueil, si ce n’est dans son aspect érotique.

Après avoir dit cela, que reste-t-il ? Une anthologie de nouvelles fantastiques, plus ou moins sulfureuses. Et comme dans tout recueil, il y a du bon et du mauvais. L’édition propose de nombreux textes du XIX è siècle et j’ai été ravie de pouvoir découvrir certains auteurs que je ne connaissais que de nom, tel Gogol ou Pierre Louÿs. On retrouve également des incontournables, Oscar Wilde, Maupassant ou  encore Mérimée. Obsession des fleurs pour certains, fixation sur les cheveux pour d’autres… Ma nouvelle préférée du recueil, un classique, restera sans aucun doute  Le manteau de Gogol, récit qui retrace l’histoire d’un malheureux petit fonctionnaire russe qui, suite à la confection d’un manteau neuf et par un effet boule de neige, perd la vie tragiquement.

Je suis restée beaucoup plus sceptique sur la fin, avec les nouvelles des auteurs contemporains. Je vais me faire des ennemis, mais autant j’aime bien le langage un peu précieux pour les auteurs justement des siècles derniers, autant celui-ci me paraît compassé dès lors qu’il est employé par des gens qui sont plus jeunes que moi.  Par pitié ! Certes le fantastique est plutôt l’apanage du XIX è siècle mais pourquoi s’entêter à imiter les classiques au lieu de chercher à se créer un nouveau style qui ne sentirait pas la poussière ? Le résultat n’a donc pas été à la hauteur de mes espérances. Seul deux textes de la compilation m’ont plu parmi les auteurs actuels, celui de Léonor Lara Villa Vesper nouvelle qui nous conte l’obsession d’un français à Venise pour les chevelures rousses, passion qui le conduira à se livrer à un véritable trafic de chair dans sa villa, et Le palais des eaux d’Armand Cabasson, nouvelle dans laquelle un sultan, rendu fou de chagrin par la mort de sa femme, devient amoureux d’un masque à l’effigie de cette dernière. Le reste ne m’a pas du tout touchée.

Ceci dit, s’il me fallait faire un bilan de ma lecture, il serait globalement positif. D’une part parce que j’aime le fantastique et qu’il m’est agréable d’avoir un échantillon du genre, d’autre part parce que la plupart des auteurs ne sont pas n’importe qui. Le pari était risqué : mêler auteurs connus et nouveaux venus. Si je n’ai pas été forcément convaincue, on peut néanmoins saluer une certaine audace éditoriale. Et retourner vérifier le mot « fétichisme » dans le dictionnaire….

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 21:18

Ulysse

James Joyce

 

 

Non je n’ai pas décidé d’arrêter ce blog, pas plus que je ne suis passée sous un train depuis la dernière fois. Mais c’est seulement depuis hier que je suis venue à bout d’Ulysse, le pavé de 1000 pages de James Joyce.

Ulysse est une référence en matière de littérature. Pourtant, toutes les personnes que j’ai interrogé (et pas des plus bêtes) m’ont avoué qu’ils avaient été incapables de le lire jusqu’au bout, ce qui n’a pas été sans me faire peur. J’ai compris assez vite pourquoi.

L’intrigue ? Assez difficile à expliquer. Pour résumer à l’extrême, une journée à Dublin vécue essentiellement par deux personnages, Dedalus et Bloom. L’un est un jeune professeur honte de son père, l’autre un juif de la quarantaine blasé, tous deux portés sur les femmes et l’alcool. Ceci dit, si la narration tourne autour de ces deux personnages, elle adopte une multitude de points de vue et permet ainsi d’embrasser une foule de protagonistes secondaires, une Pénélope désoeuvrée, des jeunes saintes-nitouches pas si farouches, des prêtres alcooliques, des prostituées, etc.

S’il ne s’agissait que de la profusion de personnages on pourrait s’en sortir (après tout j’ai bien survécu à l’épopée des trois royaumes) mais là où ça se complique, c’est que non content de multiplier les références littéraires (la plus évidente étant évidemment l’Odyssée d’Homère) James Joyce prend un malin plaisir à inventer des mots, à démolir sans cesse la structure de son roman en sautant  indifféremment du récit théâtralisé au texte écrit d’une traite en passant  par la narration standard et à utiliser indifféremment le style épique et le langage parlé. Au final un joyeux mélange sans queue ni tête.

Au début, pleine de bonne volonté, j’avais décidé d’aborder le texte de la meilleure manière qui soit : dans le silence, l’esprit reposé, prête à bondir sur le dictionnaire en cas de besoin. Las ! J’ai failli abandonner puisque dès le premier chapitre, une évidence s’est imposée à mon esprit : Je capte que dalle ! Les personnages sortent d’on ne sait où, font on ne sait quoi, tiennent des propos sans queue ni tête, se remémorent des souvenirs que nous ne connaissons pas… J’ai tenu bon. J’ai essayé toute sorte de lectures tandis que j’avançais péniblement : j’ai déclamé à voix haute (pour ceux qui se gausseraient sachez que la lecture à voix haute entraîne plus le cerveau que la lecture silencieuse) je suis restée en contemplation devant certaines pages pendant dix minutes (que diable veut-il dire par là ?) j’ai essayé de lire tantôt le matin tantôt le soir… Le roman restait pour moi une énigme.

Et finalement j’ai trouvé ! Ce week-end j’ai fait en moyenne douze heures de train. Seule lecture : Joyce. Et curieusement, c’est à moitié malade (début d’insolation) et complètement crevée par des levers extrêmement matinaux que j’ai pu enfin entrer dans le récit. Ça y était, mon esprit embrumé ne trouvait plus étrange les divagations de l’auteur et de ses protagonistes, ma conscience abrutie appréciait le style décousu et les mots-valises… Bref, j’ai lu les 700 pages qui me restaient sans presque m’en apercevoir.

 

Conclusion ? Ulysse, à mon sens et comme le souligne la postface, est un roman qui cherche à imiter la conscience humaine, tout en contradictions, en fouillis et en répétitions. Il est vain de lutter contre le texte en cherchant à se l’approprier. Personnellement, j’avoue humblement ne pas avoir saisi toutes les références culturelles qui fourmillent dans le récit, car Joyce ne se réfère pas seulement au texte d’Homère, mais également à Shakespeare, à l’histoire de son pays, à Aristote, aux textes bibliques… bref, il faudrait être un génie pour pouvoir en saisir toute la trame, ce que je ne suis malheureusement pas. J’ai opté pour une lecture facile ; je me suis laissée porter par un style unique et un humour ravageur, j’ai cherché à établir le parallèle avec l’Odyssée, relevé quelques allusions et je me suis contentée de suivre Joyce dans son délire personnel, tout en jeux de mots et en facéties (à l’instar de Nabokov, Joyce est un des auteurs qui me font regretter de ne pas savoir lire assez bien l’anglais pour pouvoir l’aborder en version originale) Bref, j’ai passé un bon moment, mon chapitre préféré restant incontestablement celui de Circée, chapitre sous forme de pièce de théâtre où réel et imaginaire se lient de façon inextricable si bien qu’il est difficile de dissocier les deux.

Délires d’ivrogne et pleurs d’un enfant, un enterrement et  une naissance, le jeune et le vieux, la prostituée et la jeune vierge, le mari infidèle et l’épouse lassée, crieurs de journaux et chants d’opéra, l’œuvre de James Joyce est le reflet de notre propre vie, à la fois tragique et comique, mesquine et sublime. Et si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à le lire. Euh un petit conseil néanmoins ; sauf si vous êtes un surdoué, buvez un petit coup avant ou faites comme moi, abordez-le avec un bon manque de sommeil. Si j’osais, je dirais presque que Ulysse est un roman surréaliste qu’il faut aborder avec un état d’esprit bien particulier….

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 12:33

La cathédrale de la mer

Ildefonso Falcones

 

 

J’ai fait un rêve bizarre cette nuit. J’ai rêvé que j’étais poursuivie par de grands méchants qui me traquaient dans des campagnes isolées, peuplées ça et là de maisons en attente de logement. Style maisons témoins. Les grands méchants finissent par me rattraper (jamais de chance même dans mes rêves). Au début je ne comprends pas ce qu’ils ont de si terrible et finalement je comprends lorsque lors d’une soirée, mes compagnons de captivité se mettent à débattre le plus sérieusement du monde des méfaits de la cigarette et des colorants ; les méchants nous ont transformé en des êtres totalement aseptisés qui rejettent avec horreur tout ce qui est mal vu aujourd’hui de la société (même les produits comme le lait, qui, il faut l’avouer, ne nécessite pas autant de polémique) pour privilégier une tiédeur et un politiquement correct de bon aloi. Peut-être qu’au fond c’est ça le véritable danger de notre civilisation ; un troupeau de moutons qui organise des manifestations solidaires tout en n’ayant aucun scrupule à voter Sarkozy.

 

Bref. Pourquoi ce rêve ? C’est peut-être dû au rhum ajouté dans l’eau chaude ingurgité le soir (vous en connaissez des moyens pour combattre le rhume ?) Mais peut-être est-ce dû au livre dont je vais vous parler aujourd’hui. A priori, rien pourtant ne s’apparente moins au politiquement correct que les romans historiques. Bien au contraire, sous couvert d’histoire, généralement les auteurs en profitent pour déballer toutes les thèmes qu’ils n’oseraient pas forcément mettre dans un roman contemporain : viol et sexualité débridée, bon vieux racisme, accès de testostérone primaire (youhou le roi nous appelle à la guerre ! courons massacrer les huguenots/ sarrasins/ sales étrangers) Généralement d’ailleurs c’est ce genre de thématique qui me fait reposer ce type d’ouvrages avec ennui. Lorsque j’avais quinze ans ce genre d’histoires passaient ; l’exaltation et tout ça je suppose. Maintenant je trouve ça un peu suspect. Ceci dit j’ai découvert une chose ce week-end ; c’est qu’un roman historique propret à l’inverse peut être très agaçant aussi.

 

Espagne, Moyen-Age. Au rythme de la construction de la cathédrale Santa Maria à Barcelone se tisse en parallèle l’histoire d’Arno Estanyol. Arno, au départ fils d’un serf en fuite devient peu à peu un personnage important de la ville. D’abord bastaix (il transporte des pierres pour la construction de l’église) à la suite du décès de son père, il vit avec son frère d’adoption, Joan, de la charité des autres. Le temps passe, Joan devient un franciscain puis un inquisiteur tandis qu’Arno se marie une première fois, mais trompe sa femme avec son amour d’enfance. Bourrelée de remords lors du décès de l’épouse dévouée (la peste) il se jure de ne plus être infidèle. (La maîtresse entre-temps est devenue prostituée, moyen commode apparemment pour l’auteur de se débarrasser des personnages féminins encombrants puisqu’il l’avait déjà fait avec la mère du héros). Comme il a sauvé deux enfants juifs lors d’une émeute, le père des petits le récompense en faisant de lui un usurier et en le rendant prodigieusement riche. Arno adopte du coup une petite fille de six ans, Mar, et coule des jours heureux. Accessoirement, il tombe amoureux de sa pupille sans s’en rendre compte. Las ! Trop fort, il sauve Barcelone d’une attaque et le roi le récompense en lui donnant une baronne infecte à épouser. La baronne aigrie et jalouse marie Mar en la faisant violer au préalable et livre son mari à l’Inquisition. Heureusement, comme Arno est très gentil et très fort il est délivré par le peuple de Barcelone et à la fin il épouse Mar et a un fils avec elle (ouais les conjoints respectifs sont morts entre-temps faut pas charrier non plus)

Bref. Je m’attendais à quelque chose d’assez violent, haut en couleurs, misant pour cela sur la nationalité espagnole de l’auteur et les échos positifs entendus. Et en fait, je me suis rarement autant ennuyée devant un roman historique. La seule passion qui se dégage, c’est lorsque le narrateur parle de la fameuse cathédrale de Santa Maria. Le reste est d’une fadeur sans nom : les morceaux historiques plaqués ça et là, les personnages, même la peste ou l’Inquisition, qui devraient pourtant être un des points forts du récit, prend un ton de colonie de vacances. Et ce héros ! Jamais vu un personnage manquer autant de relief. Arno est parfait : il n’a aucun défaut, il aime tout le monde, juifs, esclaves, il prend la défense de la veuve et de l’orphelin et tout le monde l’aime. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut détester esclaves, juifs, etc. seulement que dans le contexte ça n’a pas tellement de sens. C’est comme si j’écrivais un roman sur un camp de concentration et que je créais un personnage de gardien qui amènerait des bonbons aux prisonniers. Non mais franchement faut être réaliste. Le roman, qui plus est, est d’un manichéisme des plus primaires. A ma droite, les gentils : Arno, Mar, les prostituées au grand cœur, les amis d’Arno ; à ma gauche les méchants : l’Inquisition, les nobles. Bien entendu il n’y a aucune chance pour un glissement dans l’une ou l’autre des catégories. Le seul personnage qui du coup est intéressant dans le récit est celui de Joan, le frère Inquisiteur, luttant avec l’amour de son frère et son fanatisme primaire. Bien entendu, il meurt à la fin. Morale de l’histoire : tu as péché, aucune chance de rachat pour toi.


Vous l’avez compris : La cathédrale de la mer ne présente pour moi aucun intérêt. Comparé aux romans de Ken Follet (dont je ne suis pourtant pas fan) il lui manque la dureté et la cruauté de ces derniers. Qui plus est, le roman manque son but principal qui est de nous faire découvrir la grande Histoire à travers la petite car c’est fait de façon tellement didactique que ça ennuie plus qu’autre chose. Mais ce qui m’ennuie le plus dans tout ça c’est que je l’ai offert pour la fête des mères….

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 21:39

L’ÂNE D’OR

Apulée

 

 

C’est difficile à expliquer, mais autant j’ai éprouvé des difficultés de compréhension et, il ne faut pas le cacher, de temps en temps un certain ennui devant mes romans chinois plein de sabres et de dépeçage de femmes adultères (oui je sais je vais avoir du mal à m’en remettre) autant j’ai éprouvé un grand plaisir à redécouvrir une littérature que je n’avais plus approché depuis la fac et les cours de latin : la littérature latine justement ! Plus proche culturellement peut-être, je n’ai eu ainsi aucun mal à entrer dans l’histoire d’Apulée L’âne d’or.

Alors, avant tout je vais faire profiter tout le monde d’une récente découverte (merci la préface !) en précisant que « or » ne signifie pas que la bête de somme est recouverte de pierres précieuses, ni que, à l’instar de l’âne de Peau-d’Ane il se soulage en monnaies sonnantes et trébuchantes. Non, seulement que l’adjectif est ici employé pour nous faire comprendre que le récit qu’Apulée va nous narrer est d’une grande qualité, c’est parole « d’or ». Voilà c’était la minute culturelle.

Le récit se déroule du temps de Marc-Aurèle, époque romaine. Lucius jeune aristocrate plus ou moins désoeuvré est accueilli chez des hôtes un peu particuliers. L’épouse notamment se livre à la sorcellerie et à l’art de la métamorphose. Lucius, d’une curiosité mal placée, décide de s’attirer les bonnes grâces de la petite servante de la maisonnée. Une fois celle-ci dans son lit (et plutôt deux fois qu’une), il la supplie de l’initier au talent de sa maîtresse et de le transformer à son tour en oiseau majestueux. L’esclave y consent volontiers (que ne ferait-on pas pour un homme) mais, à la suite d’une erreur de manipulation, voilà notre brave Lucius transformé en âne !! Un seul remède pourrait le sauver, l’ingestion de roses, mais c’est pile au moment où des brigands envahissent la maisonnée et embarquent les biens de la famille, bêtes y compris….

A partir de là, l’histoire prend un ton rocambolesque puisque Lucius se retrouve embarqué dans une série d’aventures qui le mènera de maîtres en maîtres et qu’il manque perdre la vie à plusieurs reprises.  Très drôle parce que décalé, l’auteur nous embarque dans une visite de l’univers des esclaves et des bêtes de somme. Les maîtres n’ont guère d’intérêt dans le roman ; distants, ils ne participent guère au fond à l’histoire, étant vus comme ceux du dessus, ceux à qui ils arrivent des aventures merveilleuses et tragiques que Lucius s’empresse de relater certes. Mais les vrais héros, ceux qui participent activement au récit, ce sont les esclaves, les bergers ou les paysans, ceux que l’âne va côtoyer au quotidien et qui contribuent à la série de mésaventures (bagarres, attaques de brigands, adultères…). Paradoxalement leurs vies à eux semblent ne guère avoir d’intérêt. Frustres, ils meurent ou fuient assez vite et nous ne savons pas grand-chose d’eux, tout comme en y réfléchissant, nous ne savons pas grand-chose de l’âne qui autrefois s’appelait Lucius.

Au final qu’est-ce que ça donne ? Un roman assez hétérogène où le tragique alterne avec le comique, et le mythe (c’est notamment dans L’âne d’or que Apulée fait le récit du mythe de Psyché) avec la farce quotidienne. Quelques passages sont assez licencieux, notamment cette scène où Lucius sous sa forme animale s’accouple avec une jeune femme de bonne naissance. Je vous épargne les détails mais, je vous rassure, Apulée n’a pas mes scrupules ! Ecrit avec légèreté, c’est un récit simple qui fait sourire même si la fin apparaît plutôt en décalage avec le reste du roman (je ne vais pas tout raconter, mais disons qu’on change quasiment de registre) Et pour les latinistes, il y aura toujours cette petite tendance à essayer de retrouver la structure de la phrase originale dans la traduction… Ah là y a que moi ? Bon ok je sors….

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 15:35

IL FAUT SAUVER SAÏD

Brigitte Smadja

 

 

Vous avez peut-être vu un téléfilm hier soir qui s’appelait Il faut sauver Saïd. Pas prête à laisser tomber la soirée spéciale des Simpson pour regarder cette œuvre, je me suis dit que c’était néanmoins une bonne occasion de découvrir le livre de Brigitte Smadja.

L’un de mes frères s’est plaint de l’absence de réalisme de certains romans adolescents. Pour ma part, il n’y a rien tant que je déteste que les romans dits « réalistes » pour les adolescents ou les enfants (ici le livre vise les 9-12 ans). Quelques auteurs du style comme Marie-Aude Murail ou Cassidy trouvent grâce à mes yeux mais dans l’ensemble j’ai beaucoup de mal à trouver du charme à un salmigondis sur le racisme, l’amour, les bons sentiments, la tolérance, l’intolérance, le sexe, etc. mixé dans un ensemble qui cherche moins à distraire qu’à assener à gros coups de pelle sur la tête des marmots des vérités du style : « Les gens intolérants sont mauvais », « Nous sommes tous frères », « la mort c’est terrible ». Bref, non pas que je conteste les dires en question (bien que je déplore généralement l’aspect manichéen de ce style de romans) mais tout simplement que quand j’ouvre un livre de jeunesse j’ai pas forcément envie de retrouver un épisode de L’instit.

Et là, en ouvrant Il faut sauver Saïd, j’ai eu le sentiment tout net d’ouvrir un manuel d’éducation civique, ponctué ça et là de cours de français (l’auteur en effet s’amuse à émailler son récit de définitions de mots un peu difficiles pour les enfants ; avant tout soyons éducatifs !) L’histoire est celle de Saïd, un petit élève de sixième. Ses parents sont algériens mais sont venus en France et Saïd est né ici. Il a deux frères et une sœur. Saïd était un bon élève en primaire mais au collège, la situation est devenue problématique. Dans des classes surpeuplées, avec des élèves issus de la cité, Saïd est sans cesse confronté au bruit, au racket, à la violence, bref, rien qui l’encourage à étudier. Qui plus est, son grand frère et son cousin font du trafic de drogue (la drogue c’est mal), son petit frère est à moitié sourd à cause d’une otite mal soignée (les médicaments c’est bien) et sa sœur Samira, confronté à l’obscurantisme de son frère qui refuse de la voir sortir avec un « français » (l’intolérance c’est mal aussi) s’est enfui avec son amoureux et a trouvé un emploi de serveuse qui lui permet en même temps de poursuivre des études (le travail sauve). Du coup Saïd est un peu désespéré et ne compte plus que sur deux personnes ; son ami Antoine, et son professeur d’histoire géographie. Réussiront-ils à le sauver ?

Vous avez compris, l’auteur s’est amusé à prendre tous les thèmes d’actualité et à en faire un roman politiquement correct. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est un naufrage total. L’idée de prendre Saïd comme narrateur est bonne en ce sens qu’elle rend le lecteur plus impliqué dans l’histoire. Qui plus est il y a une ou deux « jolies » scènes si j’ose dire, notamment ce passage où la toute jeune prof de français change en silence les pneus que ses élèves lui ont crevés tandis que ces derniers la regardent faire en ricanant. Mais dans l’ensemble c’est poussif. De plus, je n’ai pu m’empêcher de me sentir mal à l’aise devant certaines idées qui se dégagent derrière l’aspect lisse du récit. Ainsi, les parents de Saïd apparaissent comme des arriérés qui ne comprennent rien aux problèmes de leur fils, qui n’ont pas fait l’effort d’apprendre le français, qui ne se sont pas « intégrés » (ils regrettent toujours l’Algérie) et qui ne sont d’aucun secours pour le petit Saïd. Le grand frère Abdelkrim lui est présenté comme l’intolérant, celui qui crève les pneus de ses profs, qui vole, qui fait du trafic de drogue et qui veut cloîtrer sa sœur avec un foulard sur la tête. Maintenant qui sont les gentils à votre avis ? Antoine, l’ami de Saïd et son père, bien propre sur lui, qui a divorcé à l’amiable (Attention, modernité par rapport à l’obscurantisme des parents de Saïd qui restent ensemble : « Chez nous, on se marie et c’est tout, il n’y a pas toutes ces nuances. Mes parents se disputent, ils sont tristes et ils regardent la télé. Est-ce qu’ils s’aiment ? Peut-être qu’ils feraient mieux de divorcer j’ai pensé. ») Tous les deux sont cultivés et aiment les études et le travail. Nous avons aussi le fabuleux professeur d’histoire Monsieur Théophile (même le nom est connoté) qui cite la Bible et ressemble à l’acteur de Mission Impossible. Enfin n’oublions pas le jeune amoureux de Samira, Kevin !!!! Vous voyez où je veux en venir ?  Sous couvert de tolérance, Smadja montre nettement sa préférence pour un monde aseptisé où les valeurs de référence sont le travail et les films américains tandis que la culture musulmane ou même arabe est présentée comme obscurantiste et dépassée. Il y a notamment ce moment à hurler de rire (ou de désespoir) où Saïd regrette l’époque où son frère et lui parlaient de Zidane. Foin des considérations métaphysiques ou spirituelles ; OK pour l’intégration mais faites-le à la manière de bons français en regardant du foot.

Que dire de plus? Je suis peut-être un peu trop critique, mais je n’ai vraiment pas aimé le fond pernicieux de Il faut sauver Saïd et ce manichéisme sans appel. J’espère seulement que le téléfilm s’est montré plus subtil. Quant à moi, ce roman fera partie des livres à ne pas sauver.

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Published by beux - dans Jeunesse
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