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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 13:08

L’ASSASSIN ROYAL tome 6

La reine solitaire

Robin Hobb

 

 

On reste dans la dimension onirique en retournant voir notre petit assassin chez Robin Hobb. Nous sommes à présent au tome 6 de la saga de L’assassin royal. Fitz et sa bande sont toujours à la recherche du roi Vérité. Bonne nouvelle, ils parviennent à le retrouver ; hélas, c’est une fausse victoire car Vérité n’est plus que l’ombre de lui-même. Contraint de se sacrifier pour le bien de son peuple en sculptant un dragon qui devrait chasser les ennemis loin des côtes de son royaume, il doit faire don de tous ses souvenirs et de toute sa personnalité s’il veut faire prendre vie à la créature de légende. Parallèlement, Fitz réalise que, même si la paix revient, jamais il ne pourra retrouver son « épouse » et sa petite fille.

Vous l’avez compris, ce tome est celui des sacrifices, ce qui donne au récit une dimension amère qui ne se retrouvait guère dans les épisodes précédents. Plus mélancolique, Robin Hobb s’autorise quelques entorses au genre en effectuant le temps d’un chapitre un récit presque entièrement descriptif où notre héros se retrouve  le temps d’une nuit et d’une journée projeté dans une ville fantôme. Errant au milieu des ombres, il manque lui-même de devenir irréel. Mélancolie qui se retrouve aussi dans le personnage de la reine Kettrichen, la reine solitaire, (si vous vous interrogiez sur le titre) contrainte de dire adieu à un époux qui la reconnaît à peine. Un épisode sombre à peine allégé par des personnages comme le loup ou la ménestrelle.

L’action peine à décoller au début du livre et ce n’est que dès l’instant où la bande remet la main sur le roi qu’elle s’accélère. En revanche l’histoire finit sur un ordre restauré car, comme tout bon conte de fées (car qu’est-ce que la fantasy sinon un conte de fées pour adultes ?) elle ne peut pas finir mal, du moins pas totalement. Ainsi, si Vérité « meurt », il parvient à sauver son royaume et donne à sa femme un héritier qui permettra d’assurer sa descendance sur le trône. De la sorte, Fitz n’est pas contraint de sacrifier sa fille au royaume et si, effectivement, il ne rejoint pas la mère de cette dernière, tout au moins retrouve-t-il la paix dans une vie d’ermite. (Pour la petite histoire Fitz découvre que sa compagne Molly, qui le croyait mort, a refait sa vie avec celui qui était son père d’adoption à lui. Dur à avaler tout de même je trouve mais il y arrive avec panache) Les « méchants », Royal (le frère de Vérité si vous suivez bien), et tous ses sbires sont punis et le monde peut retrouver sa tranquillité. Question subsidiaire, jusqu’à quand ??? Car le cycle compte treize volumes tout de même…

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 11:35

 

PEDRO PARAMO

Juan Rulfo

 

 

Si je parle d’un livre dont l’action se situe au Mexique dans les années 20-30, je risque déjà de perdre la moitié du lectorat. Surréalisme ? ça y est il n’y a pas plus personne. Bon ben je continue pour les plus motivés.

Juan Rulfo est un écrivain renommé. L’ironie, c’est qu’il n’a en tout et pour tout écrit qu’un recueil de nouvelles, et le roman dont je vais à présent vous parler : Pedro Paramo. L’histoire est à la fois simple et extrêmement compliqué : Juan Preciado à la mort de sa mère et pour obéir à ses dernières volontés se rend au village de Comala, à la recherche de son père, Pedro Paramo. C’est le seul élément tangible de l’histoire. Arrivé au village, Juan Preciado se rend compte qu’il n’y a plus personne de vivant. Dans Comala, seuls des fantômes errent le long des rues pleines de poussières, prenant à tour de rôle la parole pour raconter leur histoire.

Mélange des voix, confusion entre les différentes époques, abolition entre les vivants et les morts, changement de narration, tel est à mon sens ce qui fait de ce court roman un roman surréaliste. Inutile de chercher la logique dans le récit. Le fil directeur n’est même pas Juan Preciado le fils prodigue qui s’efface progressivement au fil de l’histoire pour rejoindre à son tour les fantômes du village (à supposer qu’il aie jamais existé) ; non, le lien c’est Pedro Paramo, celui autour de qui toute la vie des autres personnages s’articulent. Sorte de tyran local de son vivant, l’homme a eu une influence telle que même mort les autres continuent à le redouter lui et sa famille. L’ironie de la situation est que c’est le seul fantôme que Juan Preciado ne parviendra pas à rencontrer. Quête inutile du père qui s’achèvera sous terre dans les bras d’une morte.

C’est un récit déroutant, construit à la manière d’un rêve ou plutôt d’un cauchemar (d’ailleurs le champs lexical du sommeil est abondamment employé). Le lecteur adhère à un voyage dans le temps, de l’avènement du « règne » de Pedro Paramo au retour de son fils et à un voyage le long des rues de Comala dans lequel Juan Preciado va rencontrer successivement des amies de sa mère, un couple de frère et sœur incestueux, une femme qui rêve qu’elle berce un enfant tout en se donnant à tous les hommes, la dernière épouse de Pedro Paramo enfin, une douce folle et, paradoxalement la seule à qui Pedro Paramo indiffère, l’ironie étant que c’est la seule personne pour qui Pedro éprouve de l’amour. Autour de ces figures essentiellement féminines tournent les personnages masculins ; Miguel Paramo, le fils maudit, le prêtre Renteria qui ne peut que pardonner à ses ouailles alors qu’il n’arrive même pas à se pardonner à lui-même et encore moins à Pedro et son fils ; le régisseur Fulgor, l’avocat… Mélange de temps et de lieux, le « je » de la narration change continuellement au gré des protagonistes. Les descriptions sont rares, courtes et efficaces, confortant le lecteur dans ce sentiment général de désolation et d’abandon. Les dialogues et les monologues constituent l’essentiel du récit, dialogues qui sont généralement des dialogues de sourds et monologues qui résonnent comme les plaintes d’hommes abandonnées par le Ciel. Si Dieu existe, il a oublié le village de Comala qui apparaît comme une sorte de purgatoire, si isolé que même les événements politiques de l’époque (la révolution des cristeros et les répressions du gouvernement) apparaissent comme mineurs et viennent s’échouer devant l’indifférence de Pedro Paramo l’opportuniste.

Si vous aviez encore des doutes, c’est un récit plutôt triste, très mélancolique qui résonne comme un chant de deuil. Poétique dans son dépouillement, Pedro Paramo interpelle par sa dimension onirique et laisse à la fin un étrange goût de regret.

 

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 00:23

SI VOUS TENEZ A LE SAVOIR.COM

Arthur Ténor

 

 

 

En littérature jeunesse vous trouvez une foule d’idées intéressantes au hasard des rayons; et si les hommes ne mourraient plus ? Vous obtenez La déclaration récit dans lequel l’immortalité a conduit l’humanité à la sclérose la plus totale. Et si la chirurgie faisait de nous des êtres parfaits ? Vous obtenez Uglies un roman dans lequel les gens se ressemblent tous. Quid du phénomène de télé réalité ? Bienvenue dans la traque où des adolescents et des enfants criminels se font éliminer un par un lors d’un jeu télévisé par de braves téléspectateurs… Le problème étant que l’élimination est physique et en direct !

C’est ce que j’aime dans cette section ; la diversité, une volonté de traiter un sujet qui n’est pas empêtrée dans un ego surdimensionné. Bref le souci des auteurs de jeunesse de raconter une histoire avant tout. Et la quatrième de couverture du livre dont je vais vous parler avait tout pour plaire : l’histoire ? Une adolescente de quinze ans et un jeune policier enquêtant sur un site Internet mystérieux : sivoustenezalesavoir.com.  Un site de voyance parmi bien d’autres sauf que celui-ci a une particularité ; il répond juste à toutes vos questions ! Votre mort, votre note au prochain contrôle, il vous dit tout ! Sauf que la connaissance de l’avenir peut provoquer des dégâts comme vont s’en rendre vite compte nos deux héros.

N’est-ce pas que le résumé a l’air bien ? Et pour être franche, le début du récit est assez intéressant ; commençant par un suicide et un léger suspens, une enquête qui tourne en rond, l’alliance entre le fantastique et le policier était assez réussi. Las ! La première erreur de l’auteur a été sans conteste d’introduire comme personnage féminin une adolescente tête à claques de quinze ans, Caroline. Présentée comme la super-héroïne, la fille trop intelligente au milieu des lycéens lambda qui ne pensent qu’à fricoter et regarder des vidéos pornos sur Internet, elle est aussi insupportable que Tintin dans la bande dessinée du même nom. C’est le genre d’héroïne qu’on a envie de voir finir poignardée dans sa douche ou la tête coincée dans un four à micro-ondes. Malheureusement ce genre de personnages ne meurt pas. Son acolyte masculin, le commandant, est certes bien plus sympathique mais apparaît bien pâlot, quoique plus crédible.

La seconde erreur de l’auteur a été d’éventer pratiquement immédiatement le suspens. Très vite, le responsable du site Internet est retrouvé. Comment faisait-il pour répondre à tous les messages ? Ne cherchez pas, vous n’aurez pas la réponse. Apparemment, qui dit écrire pour la jeunesse dit éluder toutes les questions embarrassantes. Toujours est-il que, environ à la moitié du livre, le récit change de cap ; pour Caroline et pour Antoine, il ne s’agit plus de découvrir le pourquoi du comment du site, mais de protéger le voyant. Et là on tombe dans le grotesque le plus total jusqu’à la scène finale. Fuite, une ou deux poursuites, quelques affrontements, quelques réflexions métaphysiques… Le roman prend une direction prévisible et c’est avec un réel soulagement qu’on en achève la lecture. Avec en prime la morale : c’est à nous seul de forger notre destin. C’est beau non ?

Ce qui m’a le plus mis en rogne je l’avoue, c’est qu’à un moment donné nos deux héros se retrouvent coincés par la DST qui leur explique quelles conséquences pourrait avoir sur notre société un site qui permettrait aux gens de connaître leur avenir : « Imaginez un instant que l’on puisse lire par avance les résultats financiers des sociétés. Cela signifierait le chaos pour toutes les bourses mondiales. Si un employeur pouvait s’informer avec précision sur le devenir de tel ou tel de ses salariés, on inventerait du même coup la « sélection par le destin ». Et pourquoi ne pas instaurer aussi le « futurogramme » pour évaluer les chances de réussite des candidats politique ? Ce serait la fin de la démocratie. Croyez-moi, on pourrait écrire un thriller d’enfer sur les conséquences d’un tel phénomène. » Mais alors, pourquoi toi tu l’as pas écrit ce foutu thriller ? Pourquoi t’engluer dans cette histoire sans intérêt de gamin doté de pouvoirs mystérieux (parce qu’en plus le voyant est un ado lui aussi) et d’homme au chapeau qui veut le tuer ? Le tout saupoudré avec plein de bons sentiments mielleux (Antoine va se marier et Caroline est amoureuse du frère d’Antoine comme si apparemment devoir protéger un voyant insupportable n’était pas un full-time job) et d’un humour qui tombe à plat.

Après coup, je me suis souvenue que j’avais déjà lu un livre d’Arthur Ténor, toujours pour la jeunesse. Ça s’appelait : Le livre dont vous êtes la victime et je me rappelle avoir éprouvé le même sentiment de frustration ; une bonne idée de base totalement ruinée par un manque d’ambition et de développement. En bref, du gâchis…

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:16

PAS CE SOIR JE DÎNE AVEC MON PERE

 

Marion Ruggieri

 

 

Il est curieux de remarquer que, désormais, au rayon littérature française, vous trouviez toujours le même style de romans. Un récit toujours écrit à la première personne du singulier, empestant à plein nez la bonne dose de vécu et le nombrilisme le plus primaire. L’action est réduite à son expression minimum et l’intrigue se résume aux états d’âme du narrateur ou de la narratrice. Le pire c’est qu’apparemment c’est le comble du chic et je me souviens bien de mon anéantissement quand après avoir lu un navet, Trois jours chez ma mère, j’ai appris que son auteur avait obtenu le prix Goncourt ! Personnellement je préfère mes romans de gare à ces considérations pseudo-philosophiques  et, si je suis loin d’être fan de Gavalda ou de Barbery, je dois reconnaître qu’au moins ces dernières essaient de construire une histoire plutôt que d’assembler des phrases bout à bout et de voir si ça marche ou pas.

 

Bonne nouvelle pour une fois ; si le livre Pas ce soir je dîne avec mon père tombe malheureusement dans tous les travers que je viens d’énoncer, tout du moins le fait-il de façon potable et si l’on peut déplorer l’absence d’originalité du livre, tout du moins ne s’ennuie-t-on pas trop à sa lecture. L’intrigue tient en quelques lignes. Marion (comme l’auteur, étrange non ?)  a une relation quasi-fusionnelle avec son père tout en étant en perpétuel conflit avec lui. Le père refuse de vieillir, sortant avec des filles de dix-huit ans, s’habillant comme un adolescent et traitant son enfant comme sa copine en ne lui épargnant aucun de ses ébats sexuels. Marion au contraire s’habille comme un être asexué, refuse de grandir, sort avec un homme qui a le même âge que son père et critique son géniteur tout en en étant dépendante. Lors d’un dîner d’anniversaire de ce dernier, elle réalise, flash back et incidents à l’appui qu’il est temps pour elle de s’affranchir de l’homme qu’elle aime et déteste à la fois.


Ça   fleure le complexe d’Œdipe à plein nez (est-ce qu’on utilise cette expression quand c’est l’inverse et que c’est la petite fille qui veut épouser son père ?) et l’auteur en est d’ailleurs parfaitement consciente, jouant même sur ce registre lors d’un flash-back où Marion, petite fille joue à se faire passer pour la compagne de son papa. Mais, ce qui sauve le roman à mon avis, c’est l’humour. La narratrice joue à fond sur la psychologie de bazar, forçant volontiers le trait et les personnages (du père échangiste à la catholique pratiquante qui cloue des crucifix au-dessus du lit en passant par le vieux fiancé père/amant) et créant des situations comiques par un regard désabusé et cynique. Jamais la narratrice ne cherche à se prendre au sérieux et c’est ce qui à mon humble avis fait la force du livre.

 

Maintenant une petite confession ; je crois que je n’aurais jamais accroché à ce livre quelques années auparavant, le balançant avec la même insouciance que j’ai balancé il y a environ cinq ans Une vie française de Dubois. C’était à l’époque un roman que je trouvais plein de considérations oiseuses, bon pour les trentenaires désabusés. Seulement voilà : maintenant j’ai presque trente ans, le même âge que l’héroïne, et je ne peux que m’identifier à ce personnage qui refuse de vieillir et qui a l’impression de voir passer sa vie devant elle tandis que les autres lui ressassent l’éternelle question des enfants et tout le toutim. Génération à qui l’on reproche son désengagement, portrait de la femme qui sait que l’heure tourne mais qui est incapable de l’admettre. Pas ce soir je dîne avec mon père est un premier roman sans conséquence, le regard ironique sur une société aseptisé d’une narratrice elle-même conditionnée. Les plus jeunes s’ennuieront ; les plus vieux détesteront. Les autres, sans être emballés, ont peut-être une chance d’apprécier….

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 00:17

L’assassin royal tome 5

LA VOIE MAGIQUE

Robin Hobb

 

 

Après le roman fleuve chinois médiéval, place à un tout autre registre ; il s’agit de fantasy cette fois, un genre bien souvent décrié, littérature attribuée à tort à des geeks ou à des gothiques. Ne faisant partie ni de la première catégorie (à part mon goût immodéré pour les Sims, je ne passe pas ma vie devant l’ordinateur) et encore moins de la seconde (une blonde aux yeux bleus ça fait tâche en noir) je me sens obligée de prendre la défense des romans dits de l’imaginaire.

Petit cours pour les non-initiés : la fantasy est un genre qui s’apparente au merveilleux. Lointaine descendante du conte de fées elle puise dans ces derniers la matière principale (rois et reines en tout genre, quête, animaux magiques, merveilleux) pour créer un monde parallèle qui n’a rien à voir avec le nôtre et obéissant à ses propres règles géographiques (les auteurs de fantasy adorent dessiner des cartes de leur univers en début de récit) religieuses et sociales. Le défi est difficile en ce sens que la fantasy s’adresse à un public adulte ; pour que le lecteur adhère donc pleinement à l’univers qui lui est proposé, il faut que ce dernier soit crédible. A l’auteur de fantasy on ne demande pas tant du style que l’art de savoir raconter une histoire. Le roman est réussi dès lors que le lecteur a réussi à rentrer dans le monde qui lui est proposé et à s’attacher aux personnages. Cela demande une bonne dose d’art dramatique et du temps surtout, ce qui explique la longueur des romans de l’imaginaire.

 

Robin Hobb est l’une des auteurs phares de ce genre essentiellement anglo-saxon (personnellement je n’ai pour l’instant pas été convaincu par les prestations françaises mais j’avoue avoir des lacunes en la matière). La série dont je vais vous parler est sa toute première si je ne m’abuse et, pour l’instant, la plus connue. Il s’agit du cycle de L’assassin royal. A l’heure qu’il est je n’en suis qu’au cinquième tome sur les treize, mais pour vous je vais tenter un petit résumé !

Nous sommes dans un pays dirigé par le roi Subtil. Subtil a trois fils ; son fils aîné Chevalerie, son second Vérité, et son petit dernier, Royal, enfant d’un second mariage. Logiquement, Chevalerie était le roi-servant, c’est-à-dire le fils appelé à régner après la mort de son père. Las ! C’était sans compter sur l’arrivée d’un gamin de six ans, le bâtard de Chevalerie,  qui force son père à renoncer à ses prétentions au trône (ça rigole pas la morale là-bas) pour abdiquer en faveur de son frère, Vérité. Le bâtard, Fitz, le héros de l’histoire et celui qui la raconte d’ailleurs, est pris en charge par le roi Subtil, son grand-père qui décide de faire de lui son assassin attitré. Fitz apprend donc le métier de tueur professionnel, tout en développant parallèlement d’étranges pouvoirs qui lui permettent de communiquer avec les animaux et de devenir ainsi lié à un loup, Œil de Nuit. Jusque là tout va bien ? Ok on continue. Donc Chevalerie abandonne la cour et meurt bientôt dans d’étranges circonstances. Les pirates attaquent le royaume et Vérité, le prince-servant, doit user de tous ses pouvoirs magiques (ah je vous avais pas parlé de ça non plus ?) pour les repousser. Mais il ne peut tenir et décide alors de partir à la recherche des Anciens pour tenter d’obtenir leur aide (tome 3). Il laisse une épouse Kettricken, qui se révèle être enceinte mais aussi son gredin de frère Royal qui essaie d’usurper le trône. Faisant assassiner le roi Subtil par ses magiciens, Royal proclame son frère mort et provoque la fuite de la reine. Fitz, lui-même, entièrement dévoué à Vérité, est jeté au cachot, torturé et mis à mort. Il ne doit son salut qu’en se projetant dans le corps de son loup, expérience qui le rendra à moitié fou. Redevenu plus ou moins humain (tome 4) il n’aura de cesse de retrouver Royal pour le tuer, jusqu’à ce qu’un appel (magique cela va de soi) le pousse à retrouver Vérité qu’il devine encore vivant…

 

Ça va toujours ? On passe donc à ce fameux tome 5, celui que j’ai lu ce début de semaine et, je l’avoue, avec beaucoup plus d’entrain qu’Au bord de l’eau. Non pas qu’il se passe beaucoup de choses dans ce volume, il faut bien le reconnaître. Retour à la fantasy traditionnelle avec le thème de la quête usé et abusé. Fitz, en cherchant à rejoindre Vérité, retrouve sur son chemin une ménestrelle facétieuse, Astérie (il faut toujours un personnage un peu fantasque dans ce genre de récit) déjà croisée dans le précédent volet, la reine Kettricken, le fou du roi Subtil (homme ou femme ?) et une vieille énigmatique. Les personnages forment une communauté qui ont tous en tête le but de retrouver Vérité. Pour Fitz l’enjeu est double ; en effet, la reine a perdu son bébé et si le couple royal ne se reforme pas alors il sera obligé de céder sa propre fille au trône et de lui voler ainsi sa vie (oui il y a aussi une histoire d’amour entre Fitz et une fabricante de bougies mais je peux pas rentrer dans tous les détails non plus) Bref : récit d’une longue route ponctuée de pas mal d’imprévus et de quelques traîtrises. Je ne sais pourquoi les auteurs de fantasy prennent un malin plaisir à faire voyager ainsi leurs personnages mais personnellement je souffre pour eux. Il ne se passe pas d’événements majeurs dans ce tome qui est avant tout un intermède  visant à développer le caractère de certains protagonistes et à en créer de nouveaux. On est un peu dans la série télévisée ! Le rythme est assez lent mais les incidents de parcours permettent aux lecteurs d’oublier que l’action principale n’avance pas tellement. En gros, lire La voie magique c’est comme chausser de bonnes pantoufles confortables ou regarder un épisode de X Files tout en sachant pertinemment qu’il ne se passera rien puisque la fin de saison est encore loin. Attention ceci dit on arrive bientôt à la moitié de la saga et ça risque de redémarrer…  

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 20:16

AU BORD DE L’EAU

Shi Nai-an

 

 

Ouf ! Quinze jours plus tard, me voici enfin au bout de Au bord de l’eau, modeste roman chinois de près de 2000 pages, récit d’aventures remanié par tant d’auteurs au fil des siècles qu’il est difficile de déterminer de quand date l’œuvre originelle. Ma traduction m’indique complaisamment que ma version est celle Jin Sheng Tan (prenez un air entendu) auteur du XVIIe siècle qui a tranché dans le vif, supprimé des passages et adapté certains, évitant de ce fait une noyade assurée dans un roman si dense qu’il implique une lecture consciencieuse que rien ne peut parasiter.

 

L’histoire met en scène une multitude de personnages dont nous suivons le parcours en sautant de l’un à l’autre. Ça pourrait s’intituler « comment devient-on un brigand sans même le vouloir ». Au départ un sujet chinois lambda, fidèle à son empereur et à sa patrie. Hélas, ces braves commettent des impairs qui les forcent à s’enfuir et à devenir des hors-la-loi. Si l’auteur semble considérer avec bienveillance ces manquements de conduite, allant bien souvent jusqu’à les justifier, le bête lecteur occidental que nous sommes restera un peu plus sceptique sur l’honorabilité des dits personnages. Au sommaire une grosse brute qui massacre tout le monde, de braves aubergistes qui se contentent de manger les voyageurs de passage, des assassins… Bien souvent, ce sont les meurtres de femmes adultères ou vénales qui provoquent l’exil de nos preux. D’où la réputation de misogynie du récit, selon les normes actuelles bien entendu. Environ à la moitié du récit, les brigands, tous ensemble, commencent alors à former une vrai communauté dans leur repaire, et entre deux festins, pillent les villages alentours en se complimentant mutuellement. Hélas, les fonctionnaires corrompus leur en veulent et ne cessent de les poursuivre…

 

Personnellement j’ai toujours éprouvé un profond ennui devant les récits de Chrétien de Troyes, ces romans où le héros massacre à tour de bras tout en faisant de temps en temps quelques galipettes avec la dame. Je trouve ça un tantinet répétitif et trop manichéen pour moi. J’ai éprouvé le même sentiment d’ennui en lisant Au bord de l’eau. Certes ça ne discute pas d’amour (la femme chinoise se marchande assez facilement dans le récit et se remplace plutôt bien) mais ce n’est que dépeçage, arrachage de cœur, décapitation avec entre-temps quelques discours sur la corruption de l’Empire et multitudes de beuverie et d’hécatombes de bœufs et de chevaux pour les repas. Rien de bien subtil. Je ne remettrais pas en cause la qualité du récit, empreint d’un style alerte et non dénué d’humour. Ainsi, un des personnages dont le seul souci dans la vie est de massacrer à tour de bras est brossé volontairement de manière exagérée et devient de ce fait un personnage comique. Quelques situations également sont assez humoristiques. La composition du roman est originale ; comme je l’ai dit, on saute d’un personnage à un autre, divisant l’histoire en multitude de petits récits qui finissent par se regrouper. Non franchement rien à redire et je serais franchement culottée si je me permettais de critiquer une œuvre qui a franchi les siècles et qui a été unanimement reconnue. Ceci dit, je mentirais en disant que j’ai adoré. Je crains qu’il ne s’agisse simplement d’un choc culturel trop grand pour moi ; impossible de rester neutre devant  cette scène où l’un des brigands (sensé être une brute au grand cœur)  tue un enfant de trois ans pour contraindre un personnage à le suivre dans les montagnes. Idem cette scène où la femme adultère se fait dépecer méthodiquement et arracher le cœur. Je sais, c’était sans doute la même approche en occident médiéval et j’aurais beau jeu de critiquer la barbarie chinoise (nos femmes adultères à nous elles se faisaient brûler ou lapider ? Je ne sais plus) mais ça n’empêche que j’ai eu du mal ensuite à considérer d’un œil bienveillant ces « gentils » brigands et à les voir comme des victimes, ce qui ne m’a pas empêché d’éprouver pour eux quelque sympathie.

 

J’ai lu dans la préface de mon édition que l’auteur voulait stigmatiser les hors-la-loi et les condamner. J’ai eu du mal à voir la condamnation tellement elle est implicite, ceci dit elle réside dans la scène finale. Apparemment dans d’autres versions les brigands redevenaient de fidèles sujets de l’empereur au terme d’une bataille. Ici, pas d’amnistie ; tout à la fin, l’un des héros fait un cauchemar prémonitoire dans lequel il voit les 108 membres de leur groupe se faire juger et décapiter. Cette vision est à mon sens l’une des plus belles du roman car, effrayante, elle tranche avec l’aspect désinvolte du reste de l’histoire. La mort redevient une affaire sérieuse, la vie ne prend plus l’aspect d’un jeu et de la sorte le monde retrouve l’ordre initial : « Paix sous le ciel » ainsi s’achève l’histoire. Avec un petit pincement au cœur tout de même ; après tout, on avait fini par s’y attacher à ces brigands…

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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 20:52

Lyra et les oiseaux

Philip Pullman

 

 

 

Non, je n’ai pas décidé de renoncer au blog, mais je suis coincée au milieu de Au bord de l’eau, sympathique roman chinois de près de 2000 pages, et il va me falloir encore quelques temps avant d’en voir le bout.  En attendant, pour couper un peu, parlons d’un autre livre, histoire de mettre à jour le site.

Si je vous dis Philip Pullman, vous allez peut-être avoir une hésitation. Si je vous parle en revanche de la trilogie des Royaumes du Nord, nul doute que vous verrez tout de suite l’auteur. Sa série A la croisée des monde a eu un vif succès, encore plus depuis qu’elle a été adaptée au cinéma. Personnellement, j’ai apprécié le premier tome de la saga, adoré le deuxième, et franchement détesté le troisième. C’est donc avec une certaine curiosité que je me suis attelée à la lecture d’un roman (si tant est qu’on puisse qualifier ainsi un livre qui fait une quarantaine de pages écrit très gros) intitulé Lyra et les oiseaux et qui fait suite à la trilogie. « Retrouvez l’audacieuse Lyra, l’héroïne de A la croisée des mondes, et l’univers magique de Philip Pullman » proclamait fièrement la quatrième de couverture. Mouais. Rien qu’avec ça j’aurais dû me méfier.

 

J’aimerais vous parler de ce roman, sincèrement. Vous dire ce que j’ai apprécié, ce que j’ai détesté. Le problème c’est qu’il n’y a absolument rien à en dire. L’histoire tient en quelques lignes ; Lyra, l’héroïne super intelligente de la trilogie, est accompagné de son super daemon (pour les non initiés de la série, il faut prononcer démon. Le daemon est dans le monde de Pullman un être animal rattaché à la personne, une âme extérieure en quelque sorte. Dans l’enfance il adopte différentes formes animales et ne prend une forme fixe qu’à l’adolescence. Profond non ?) Mais ciel ! Lyra trouve un daemon abandonné, ce qui est impensable. Le daemon lui apprend que son maître, une sorcière, est malade et la presse de venir à son secours. N’écoutant que son courage et sa grandeur d’âme, Lyra fonce au secours de la sorcière mais tombe dans un traquenard. Je vous rassure ; Lyra s’en sortira et pourra se rendre compte que le monde est perfide mais qu’heureusement les oiseaux sont là pour l’aider.

 

Ça vous paraît confus ? Tant mieux, c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture ; une impression de confusion mêlée d’un sentiment de néant absolu. Le style de Pullman, la seule chose que je lui reconnaissais volontiers, a totalement disparu pour laisser place à une copie digne d’une rédaction d’un élève de collège. Rien à sauver. L’auteur aurait pu essayer d’avoir un scénario un brin construit, au lieu de ça il s’enfonce avec complaisance dans la description de son monde et dans des clins d’œil appuyés aux fans probables (en tous cas au début de la lecture) N’essayez même pas de lire Lyra et les oiseaux si vous n’avez pas lu la trilogie avant. Même moi en l’ayant lu, j’ai eu du mal à m’y retrouver. Pullman a peut-être un univers magique mais là il tombe à plat. Ok, je vous rassure. Le livre que j’ai entre les mains est un gratuit, offert pour l’achat de 3 livres dans la même collection. Mais j’ai souvenir qu’il est sorti en belle édition et je m’interroge sérieusement sur les motifs de cette sortie. A quoi bon faire payer des gens pour un récit aussi bref, indissociable des précédents et aussi inintéressant ? Pourquoi ne pas l’avoir plutôt inclus en sorte d’annexe à la fin du tome 3 ? Je suppose que ça s’appelle un coup marketing (ou de la malhonnêteté)…

 

Voilà donc tout ce que j’ai à dire sur ce simili livre qui m’a fait perdre vingt minutes de mon existence, vingt minutes que j’aurais pu employer plus utilement à faire le ménage ou jouer à l’ordinateur. Au moins vous voilà prévenus.

 

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 19:48

Le dernier orc

Silvana de Mari

 

 

J’ai compris mon erreur dès la première page en m’apercevant que l’auteur avait déjà écrit un premier roman auparavant, intitulé Le dernier elfe. Si Le dernier orc peut se lire séparément de ce dernier (la preuve en est, c’est que cela ne m’a posé nul souci existentiel de compréhension) certains personnages reprennent leur histoire là où ils l’avaient laissé, et cela peut quelque peu perturber un lecteur non averti.

 

Le roman commence par l’histoire de Rankstrail qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, s’est engagé chez les mercenaires. Nous sommes bien entendu dans un pays imaginaire (ah l’éternelle carte géographique du début, la marque du livre de fantasy !) dirigé par un homme à moitié fou qui se fait appeler le grand Juge Administrateur. Rankstrail, doté d’étranges capacités, devient rapidement capitaine de ses hommes et se met en devoir de chasser les orcs de la région. Mais c’est sans compter sur le grand Juge Administrateur qui, lui, ne convoite qu’un seul ennemi ; Yorsh, le dernier des elfes. Manque de chance, Rankstrail n’est pas bête et, lors de la confrontation avec Yorsh, il ne peut se résoudre à l’éliminer et laisse ce dernier filer avec un groupe de réfugiés.

 

Puis, l’histoire bifurque et revient sur Yorsh justement et sur les huit années qu’il va vivre dans sa cachette (normal car pendant ce temps-là, le brave capitaine croupit en prison pour avoir désobéi aux ordres) Arrivé à ce stade, le lecteur regrette de ne pas avoir lu le premier tome car le récit fait allusion à des événements passés qu’il aimerait pouvoir comprendre. Ceci dit c’est un détail mineur. L’action reprend. Yorsh, mais surtout sa femme et sa fille, sont contraints de retrouver le monde pour l’aider à se débarrasser une bonne fois pour toutes des orcs. Heureusement, Rankstrail sera vite là pour leur filer un coup de main. Beaucoup de bagarres, quelques longueurs dans des discours parfois un peu mièvres et un suspens assez redoutable…

 

Je pourrais dévoiler toute l’intrigue. Je ne le ferais pas pour une seule raison, ’est que le roman m’a beaucoup plue. J’étais très réticente en commençant, car les histoires d’elfes et d’orcs me paraissaient assez réchauffées. Il n’en est rien ! L’auteur s’empare de tous les stéréotypes de la fantasy pour se les approprier sans pour autant les déformer. Les elfes ne sont pas si merveilleux ni les orcs si redoutables ; même les hommes paraissent capables d’humanité ! La violence est présente mais elle n’est jamais gratuite ; il ne s’agit pas de faire une apologie de la baston mais plutôt d’en montrer les effets pervers tout en reconnaissant parfois son inévitabilité. Enfin, on appréciera la touche d’humour qui fait que le glorieux héros, le capitaine, a un cheval tout juste bon pour la casserole et brise près d’une demi-douzaine d’épées pendant tout le roman, ou encore que la légendaire créature, le Phénix, se révèle être un poulet braillard qui manque de finir dans une marmite. Le style est fluide, agréable, bien que parfois un peu pompeux. Il y a bien une touche de mièvrerie, surtout sur la fin mais elle passe très facilement.

 

Les romans doivent avoir plusieurs fonctions de mon point de vue, et ce selon leur genre. Un roman de fantasy a pour objectif principal de nous faire échapper de la réalité. Donc, puisque qu’en lisant Le dernier Orc, je me suis prise tour à tour pour une elfe, une reine sorcière ou même un guerrier barbare, je suppose que le livre a parfaitement rempli ses objectifs. Un pur moment de plaisir et je n’ai qu’un regret ; ne pas avoir lu le premier tome ! Oubli qui je le gage sera vite réparé…

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 13:26

Morsures

Kelley Armstrong

 

 

 

Il y a des livres dont tous s’accordent à reconnaître le mérite et dont la qualité n’est plus à prouver. Il y a les livres universellement mauvais, ronflants et prétentieux. Et il y a cette catégorie de romans que j’aime à qualifier de « romans téléfilms de la 6 ».

 

Alors, ceux qui ont déjà connu un après-midi de désoeuvrement devant la télévision comprendront tout de suite. A la base, vous n’aviez pas choisi de lire ce livre, tout comme vous n’aviez jamais envisagé de perdre votre temps devant le téléfilm allemand ou canadien qui passe après Docteur Quinn ou Malcolm. Mais c’est l’heure de la sieste, il fait moche dehors et puis vous êtes curieux de savoir ce qui va arriver à la jeune femme qui se fait poursuivre par un mystérieux inconnu à qui elle a accordé ses faveurs le temps d’une nuit… Bref, vous restez jusqu’au bout du navet, conscient que c’est pas de la haute fiction, parfois anéanti par les clichés en pagaille et l’étalage de bons sentiments, mais vous restez tout de même parce que l’intrigue est prenante et que vous voulez connaître la fin.

 

Morsures fait partie de ces innombrables romans qui surfent sur la vogue que connaît la littérature de l’imaginaire. Pour être franche jamais je n’aurais acheté ce livre de mon propre chef ; il fait partie de ces livres gratuits que je récupère de temps  à autre. Celui-ci prenait la poussière chez moi depuis six mois quand, en panne temporaire, je me suis enfin décidée à l’ouvrir. Non pas que je n’aime pas le fantastique et la fantasy, bien au contraire. Disons que rien qu’à lire la quatrième de couverture, je savais déjà presque tout du contenu.

 

Premier bon point ; le livre parle de loups-garous, thème bienvenu au milieu des histoires de vampires. L’intrigue maintenant n’est pas exceptionnelle ; Elena est une jeune canadienne à priori ordinaire, qui vit avec son merveilleux petit ami à Toronto et qui a juste l’inconvénient de se transformer de temps à autre en loup-garou ce qui l’oblige à s’éclipser au milieu de la nuit pour aller gambader dans les quartiers glauques de la ville. Elle ne tue pas  d’humains (un mythe s’effondre) car elle fait partie des « gentils » loups-garous, ceux de la Meute, à l’opposé des « cabots », ceux qui tuent et qui refusent de se rallier au clan (mouais vous avez raison, l’idéologie en y réfléchissant n’est pas terrible). Bref : Elena vit une vie paisible tout en sucre rose et en belles-mères douces jusqu’au jour où sa Meute la contacte pour qu’elle l’aide à résoudre une série de meurtres inexpliqués qui mettent en péril leur existence. Voilà donc notre héroïne obligée de retrouver un clan avec qui elle a volontairement coupé les ponts. Réintégrée au groupe ceci dit et après moult péripéties, Elena se rendra compte que sa place est avec les siens, en particulier avec Clay, l’homme qui l’a mordue à l’origine et dont elle est amoureuse.

 

Le début est franchement ennuyeux. On ne croit pas une seconde à la vie merveilleuse que vit Elena et la réunion avec la belle-famille nous fait nous demander pourquoi elle ne préfère pas plutôt courir nue dans les bois. Le passage avec la Meute est plus intéressant, quand l’intrigue se met en place. Ça retombe un peu à plat dès le moment où Elena revient en ville. Il est difficile de concilier surnaturel avec ambiance urbaine et l’auteur semble peiner à trouver son style, manifestement plus à l’aise avec les décors sauvages et la maison isolée de la Meute. Les personnages principaux sont trop caricaturaux pour être attachants, tant l’héroïne que l’amant loup-garou ou son gentil (et insipide) petit copain. En revanche les personnages plus en retrait sont très réussis, comme le chef du clan, Jérémy, ou encore le « cabot » Marsten, le seul rénégat qui ne tue pas d’humains, non pas par conviction mais par mépris.

 

Je viens de m’apercevoir que je suis un peu dure avec l’ouvrage, comme si je l’avais détesté. Ce n’est pas le cas. Un seul mot pourrait le décrire : prévisible, avec tous les ingrédients que recherche le lecteur lambda ; de l’humour (le style de l’auteur, assez lourdaud, a parfois des petites traces d’autodérision qui ne sont pas désagréables) du sexe (l’héroïne se fait déchirer un certain nombre de petites culottes dans les bois par son amant impulsif) quelques morts soigneusement dosées, pas de personnages principaux (quelle horreur !) mais des personnages si gentils et si édulcorés qu’on s’aperçoit à peine de leur disparition ; enfin, une fin heureuse avec une psychologie de bazar (l’héroïne s’aperçoit qu’elle n’aime son petit ami que pour la vie qu’il peut lui offrir tandis qu’elle aime Clay pour ce qu’il est). Bref, un roman qui ne restera pas dans les annales, mais qui fait passer le temps les jours de pluie…

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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 13:20

Le vieil homme et la mer

Ernest Hemingway

 

 

L’histoire tient en quelques lignes. Un vieux pêcheur n’a rien pêché depuis presque trois mois. Un gamin l’aide de temps en temps, mais ses parents, inquiets pour l’avenir de leur fils (un pêcheur doit quand même ramener des poissons de temps en temps) finissent par lui ordonner d’aller sur un autre bateau. Le vieil homme part donc un jour tout seul et attrape un énorme poisson. Celui-ci va lutter pendant trois jours mais le pêcheur va finir par avoir le dessus dans ce combat. Mais, en rentrant au port, l’homme va se faire attaquer par les requins qui, bout par bout et malgré ses efforts, vont dévorer entièrement son poisson. Rentré chez lui, il ne restera plus qu’un squelette pour témoigner de son exploit.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ? Pour la bonne raison que l’édition que j’ai eue en main fait exactement la même chose, livrant un résumé détaillé avant même que le récit débute. J’ignore si j’aurais préféré ne pas connaître la fin du roman. Peut-être que du coup le combat entre le vieil homme et le poisson aurait pris une toute autre dimension, beaucoup moins tragique. Connaissant la fin, je ne pouvais que me sentir un peu triste en sachant que le pêcheur aurait beau faire, sa victoire ne serait que de courte durée. Ça n’ôte rien à la saveur du roman qui dégage une certaine mélancolie sans jamais tomber dans le pathétique larmoyant. Le vieil homme, touchant, est un homme simple qui ne s’embarrasse pas de phrases compliquées ni d’introspections inutiles. Sa solitude s’exprime uniquement par sa façon de parler tout haut, sa vieillesse et sa fragilité par ses mains blessées. Même la douleur physique de l’homme est éclipsée par sa volonté farouche de vaincre le poisson qui est moins un animal qu’un égal à ses yeux. Son poisson il l’aime et c’est lui le second rôle de l’histoire (son combat avec le vieil homme occupe près de 70 pages soit près de la moitié du récit, contre seulement 30 pages pour le combat entre le vieil homme et les requins) Par le biais de la narration, l’auteur lui prête des sentiments humains, si bien que le pêcheur établira un parallèle entre la bête et un homme qu’il a autrefois vaincu  au bras de fer à l’issue d’un match qui avait duré deux jours. Il est très difficile de définir la relation entre le pêcheur et le poisson, c’est  pourquoi je préfère laisser parler la narration elle-même :

 

« C’est pas parce que tu crevais de faim que t’as tué ce poisson-là, se dit-il. Ni pour le vendre. Tu l’as tué par orgueil. Tu l’as tué parce que t’es né pêcheur. Ce poisson-là tu l’aimais quand il était en vie, et tu l’as aimé aussi après. Si tu l’aimes, c’est pas un péché de l’avoir tué. Ou c’est-y encore plus mal ? »

 

Une histoire d’amour et de compétition, voilà à quoi pourrait se résumer le lien. Par extension cela résume également la relation du pêcheur avec la mer. Né pour la dominer, il ne peut y avoir entre lui et elle qu’une relation conflictuelle où chacun cherche à prendre le dessus sur l’autre, relation qui tranche avec celle du vieil homme et du gamin puisque tous deux se placent sur un pied d’égalité (le vieil homme fait partager son savoir à l’enfant, celui-ci prend soin de lui).

 

C’est d’ailleurs ce qui fait que le roman, contrairement aux apparences, n’est ni tragique ni désespéré. Il n’est pas dans l’intention de l’auteur de démontrer l’inutilité de l’existence et de la lutte. Le vieil homme a perdu certes, ses efforts ont peut-être été vains, mais cette expérience est présentée comme un jeu entre la mer et lui. Il a cru pouvoir la vaincre, cette dernière a répliqué, ce que le vieux prend d’ailleurs avec philosophie :

 

 « Ce que ça peut être facile, les choses, quand on a perdu, pensa-t-il. J’aurais jamais cru que c’était si facile. Et qu’est-ce que c’est qui t’a fait perdre » pensa-t’il.

Rien, prononça t-il. C’est que j’ai été trop loin. »

 

Rentré au port, le pêcheur retrouvera ce qui fait sa vie. Il retrouvera une identité (Son nom, Santiago, n’est jamais mentionné quand il se trouve en mer), son village et l’enfant qui s’occupera de lui. Tout n’est pas perdu. On sait qu’il retournera en mer tôt ou tard, dès que ses mains auront guéri et que sa barque sera réparée et qu’il reprendra, encore une fois, son combat… Sans nier la dimension mélancolique de l’histoire, il faut donc plutôt la considérer comme une fable (l’un de mes collègues a employé le mot de « conte ») Une fable très bien écrite, pleine de tendresse et qui peut certes nous rendre le cœur lourd, mais sans jamais nous abattre complètement…

 

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