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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 15:03

L06.jpgLa logique cachée de la vie

Tim Harford

éditions De Boeck

2008

 

Vous vous souvenez de ce que nous expliquait Sandel dans Ce que l'argent ne saurait acheter, à savoir que certaines choses ne devraient pas être évaluées ? Et bien Tim Harford nous explique exactement le contraire dans son livre modestement appelé ​La logique cachée de la vie. ​Pour lui, tout est soumis au marché de l'offre et de la demande et l'être humain obéit, parfois inconsciemment, à une logique économique en évaluant risques et bénéfices et en prenant en conséquence les décisions. Harford explique ainsi en toute simplicité le mariage, la répartition des tâches ménagères dans le couple, la discrimination, l'essor technologique, etc.

Inutile de vous dire que j'ai détesté ce livre : tout n'y est pas à jeter (la partie sur le racisme par exemple est assez intéressante) mais il y a une telle assurance et une telle condescendance dans le propos que j'étais agacée dès les premières lignes. Outre que la théorie me semble plus que discutable (c'est se débarrasser avec beaucoup de légèreté de toutes les autres disciplines, un peu comme si une astrologue prétendait vous expliquer le sens de la vie grâce à la position des astres. Vous riez ? Pour ma part j'en suis même à me demander si je ne préfère pas les astrologues à tous ces économistes nauséabonds qui fleurissent actuellement) certains constats vont à l'encontre de la plus simple notion d'humanité : entasser les prisonniers car plus les prisons sont peuplés plus les crimes diminuent, subventionner les villes au détriment de la campagne, punir plus sévèrement les délinquants mineurs... Harford est un libéral à l'américaine, un de ceux qui évaluent tout ou presque, même s'il s'en défend, à l'aune de l'argent et qui prétend donner sens à la vie grâce à ça. Tout se paye, même votre amour pour votre conjoint, apparemment c'est de la logique. Pour ma part je vomis cette logique froide et calculatrice et je continue à soutenir des auteurs comme Sandel qui voit dans l'humanité autre chose qu'un bout de viande achetable ou jetable. ​

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 18:46

L04.jpgThe Memory Book

Lara Avery

éditions Lumen

2016

 

Samantha McCoy, première de sa classe et championne du club de débat avec son amie Maddie, a des objectifs bien précis dans la vie : gagner le concours national d'éloquence, finir major de sa promo et aller à l'université de New York pour devenir avocate en droit international. Enfin, tout ça c'était avant, avant qu'on lui découvre une maladie génétique rare, le NPC. Cette maladie mortelle agit non seulement sur le corps mais également sur le cerveau, provoquant pertes de mémoire et démence. A court terme, non seulement Sam est condamné mais elle va oublier. Alors, pour se souvenir, elle s'écrit à elle-même, son futur moi, elle lui raconte non seulement ses rêves et ses espoirs mais également son quotidien et l'encourage à s'accrocher envers et contre tout et à garder espoir...

On ne va pas s'en cacher, ce livre est très triste. C'est que, malgré un certain snobisme et beaucoup de condescendance, elle est attachante notre héroïne qui, en dépit des médecins et de sa famille, continue à croire très fort que tout va s'arranger, qu'elle vaincra la maladie. Le lecteur lui-même y croit, séduit par une écriture fluide et drôle et par un style enlevé. Et puis, les premières fêlures apparaissent, les premiers trous de mémoire, les premiers blancs, les premiers échecs... Le récit alterne entre les "bons" moments, les rendez-vous avec le beau Stuart, les scènes familiales, et les moins bons, les moments où la narratrice est désorientée, perdue, où son aplomb laisse place au désarroi d'une enfant malade, le moment où l'obscurité s'installe... Pas tout à fait journal intime (à de nombreuses reprises, la voix de la narratrice est remplacée par celles de ses proches) The Memory Book est un roman émouvant qui, je l'avoue, m'a même fait verser ma petite larme.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 13:05

L01.jpgJustice

Michael J.Sandel

éditions Albin Michel

2009

 

Souvenez-nous : nous avions déjà parlé de Sandel lorsque nous avons évoqué son livre Ce que l'argent ne saurait acheter. Cette fois c'est sur le thème de la justice que l'auteur s'interroge. Qu'est-ce que la justice ? Comment l'appliquer du mieux possible ? Question qui paraît simple si, comme moi, vous n'y aviez jamais vraiment réfléchi, beaucoup plus complexe dès lors qu'on se penche sérieusement sur le sujet : tout le monde admettra qu'un meurtrier doit être sévèrement puni mais quid de cet allemand qui a cherché par le biais de petites annonces un homme à tuer et à manger ? Après tout, la victime était consentante... Est-il juste également de sacrifier le bien d'un innocent pour celui d'un plus grand nombre et y-a-t-il des accords tacites ?

Pour aborder le thème, Sandel choisit d'évoquer trois conceptions de la justice : l'utilitarisme, véhiculé notamment par Bentham, vise le bonheur du plus grand nombre et, par le biais de calculs, choisit ce qui est préférable, quitte à léser une minorité. Le seconde conception de la justice est celle de la liberté : quoi qu'il arrive, la justice ne peut s'approprier les hommes et se doit de respecter leurs décisions. Idée séduisante en théorie car elle permet le respect des appartenances religieuses et des minorités, mais plus complexe qu'elle n'y paraît car elle encourage de ce fait un système inégalitaire où les riches n'auraient pas à payer d'impôts et où une petite vieille pourrait se faire escroquer par un plombier peu scrupuleux. La dernière idée de la justice, retenue par Sandel, est celle d'une justice qui jonglerait entre les deux visions pour aboutir à une réflexion morale sur ce que doit être une société bonne : plutôt que d'essayer d'occulter les désaccords religieux ou moraux, ce qui est impossible de toute façon, l'auteur appelle à une justice qui permettrait à tous les points de vue de s'exprimer.

Je ne fais pas moi-même justice à l'ouvrage de Sandel avec ce résumé mais je vous invite néanmoins à le consulter car il fourmille d'exemples amusants et de cas d'école tout en incitant à une réflexion plus qu'intéressante sur la difficulté de juger et à quel aune. Il nous parle également de Mills et d'Aristote, de Kant et de Rawls et de leurs théories avec une grande clarté. J'apprécie également son parti pris contre un libéralisme outrancier qui renvoie les hommes à de simples marchandises. Il est des choses qui ne s'achètent pas et nier la valeur non-marchande d'un homme c'est nier son humanité.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 20:25

L05.jpgAu bout du tunnel

Carlos Garcia Miranda

éditions Pocket Jeunesse

2015

 

Il y a cette vidéo qui circule sur Youtube, montrant l'intérieur d'un train filmé par un ado en voyage scolaire juste avant que le train en question ne déraille dans un tunnel. Cette vidéo terrifie Eva et pour cause : elle est dans le train et elle a vu l'accident sur Internet, juste avant que celui-ci ne se produise.. Elle est la seule survivante avec cinq autres lycéens : Noël, Sabrina, Gabi, Anna et Sam. Mais leurs ennuis ne font que commencer : en sortant du tunnel, les adolescents découvrent qu'un an s'est écoulé depuis l'accident et que des clones les ont remplacés dans un monde qui, ceci dit, ne ressemble pas tout à fait au leur.

ça fait beaucoup penser à la série télévisée Lost et, d'ailleurs, les clins d'oeil de l'auteur à cette dernière ne sont pas rares. Nous avons donc un accident, des altérations du temps, des phénomènes inexpliqués, des mondes parallèles et des histoires d'amour entre survivants. Et comme Lost j'ai d'abord été séduite par cette intrigue alléchante qui promettait beaucoup. Hélas, passés les premiers chapitres, l'histoire se révèle plutôt décevante : l'auteur s'est de tout évidence lancé dans le livre sans en connaître lui-même l'issue et cela se ressent dans des rebondissements de plus en plus tirés par les cheveux et des descriptions confuses. Quant aux personnages ils sont tout bonnement insupportables : entre Sam le sportif amoureux en silence de la gothique Eva ou Anna la peste superficielle, Carlos Garcia Miranda accumule gaiement les clichés du genre. Seul le personnage de Gabi parvient à échapper (un peu) à la caricature et permet quelques scènes plus réussies (la fuite de la ville qui se reproduit à la manière de L'histoire sans fin par exemple). Pour le reste c'est plat, et la fin, abruptement amenée, ne répond pas à la moitié des questions du lecteur. Ah ben comme Lost en fait.

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 18:29

L03.jpgL'ordinatueur

Christian Grenier

éditions Rageot

1997 et 2004

 

J'aime mais sans plus les romans policiers et j'ai encore moins d'affinités avec les romans policiers pour ados. Cependant, il faut parfois s'y coller et c'est donc un classique du genre que je vais vous présenter aujourd'hui.

La jeune policière surnommée Logicielle est une passionnée d'informatique : c'est donc tout naturellement que son ancien mentor, domicilié dans le Sud-Ouest, fait appel à elle lorsque six hommes d'âge mûr sont retrouvés morts devant leurs ordinateurs. Ils sont tous en possession d'un modèle dernier cri, l'Omnia 3, et semblent avoir utilisé le même programme, nommé LTPG. S'agit-il d'une incroyable coïncidence ou l'ordinateur serait-il responsable de cette série de meurtres ? Logicielle, prise au jeu, décide de mener l'enquête..

Bon. Vous voyez la date de publication de l'ouvrage et je pense que vous comprenez le problème principal de ce livre : il a terriblement mal vieilli. Dans L'ordinatueur se servir d'Internet bloque la ligne téléphonique et le vieux policier emploie encore le Minitel. Cela est d'autant plus drôle qu'à la fin un glossaire explique aux jeunes lecteurs des termes d'informatique qu'à mon avis ils connaissent mieux que l'auteur ou, à l'inverse, qui sont déjà obsolètes (RTEL1, BAL) Cela donne au livre un côté désuet qui se retrouve dans le style de l'ouvrage : beaucoup de dialogues avec beaucoup de points d'exclamations, un ton léger et un peu condescendant (à la lecture, on n'oublie jamais que le lectorat ciblé est un public jeune) et une intrigue à la Club des Cinq. Ce n'est pas forcément une critique, j'aime beaucoup Le Club des Cinq mais c'est d'un autre âge et cela se sent. Ce qui m'a semblé en revanche plus intéressant, c'est la relation entre Logicielle et son collègue Max, assez ambivalente, ainsi que la personnalité trouble du meurtrier et de ses victimes. Ces choix, moins sages, sont ce qui font à mon avis l'originalité du livre et l'empêchent de tomber dans le ringard complet. Ceci dit, plus les années passent, plus L'ordinatueur risque d'être relégué au rang  d'antiquité : c'est le risque lorsqu'on écrit sur le thème de l'informatique.

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 11:13

L02.jpgS'enfuir

Martyn Bedford

éditions Nathan

2016

 

La vie de Gloria, quinze ans, est plutôt monotone entre des parents souvent absents et des amis gentils mais prévisibles. Tout change le jour où Uman débarque dans sa classe. Il est drôle, inattendu, fait tout ce qu'il veut, dit tout ce qu'il pense et le mystère de sa vie passée ne fait qu'accroître son charme. Un très fort lien se noue entre Gloria et lui, aussi, lorsque Uman propose à la jeune fille de partir en choisissant leur destination au hasard, cette dernière accepte sans hésiter et sans en peser les conséquences.

S'enfuir, comme son nom l'indique, c'est l'histoire d'une fugue. Pour Uman, il s'agit de fuir un passé douloureux tandis que pour Gloria il s'agit plus d'échapper à un avenir sinistre. Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce récit c'est que pour le coup la très jolie histoire d'amour entre les deux personnages est amenée avec beaucoup de finesse et de légèreté, l'auteur évitant les grandes déclarations indigestes et les scènes d'amour avec les lèvres molles et les papillons dans le ventre, pour se concentrer plutôt sur une action rapide, alternant le récit que fait Gloria à la police avec quelques scènes de la vie "d'après" et des dialogues incisifs et drôles. Tout en écrivant le roman à la première personne, du point de vue de Gloria, Bedford parvient malgré tout à maintenir vis-à-vis de ses héros adolescents un regard critique, et le propre image que se fait Gloria d'elle-même se fissure souvent face aux regards de ses proches. Le personnage d'Uman est plus trouble, plus mystérieux, et je regrette pour le coup le traitement qu'en fait l'auteur puisqu'il choisit sur la fin d'en faire un être au fond assez lisse, essentiellement traumatisé par ce qui lui est arrivé. De même, j'ai trouvé la chute de S'enfuir prévisible et plutôt décevante, surtout par rapport au reste de l'ouvrage qui nous laissait augurer d'un final spectaculaire. Néanmoins, la subtilité des portraits et la qualité de l'écriture permettent au titre de demeurer un livre pour ados intéressant et constructif.

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 12:11

L03.jpgIvres paradis, bonheurs héroïques

Boris Cyrulnik

éditions Odile Jacob

2016

 

Il en est de ces auteurs qu'à force de vendre vous avez envie de lire, histoire de découvrir ce que tout le monde leur trouve. C'est donc ainsi que je me suis lancée dans la lecture du dernier ouvrage de Cyrulnik. Cyrulnik, pour ceux qui l'ignorent encore, est un célèbre psychologue spécialiste notamment de la résilience. Si je ne dis pas trop de bêtises, c'est la faculté de l'être humain à surmonter les événements tragiques de son existence et même à en tirer parti pour vivre d'autant plus pleinement. Enfin je crois. De toute façon, c'est pas le thème (enfin pas exclusivement) de Ivres paradis, bonheurs héroïques qui aborde le thème du héros, de sa définition et de son évolution. Pour Cyrulnik, le héros est cet être ambigu, sauveur ou au contraire, victime qui est parvenue à surmonter le pire. C'est un être qui tantôt vous encourage à dire non et à vous rebeller contre un système injuste, tantôt galvanise les foules et dresse le peuple contre un ennemi commun. Nécessaire, il peut paradoxalement pervertir lorsqu'il impose une pensée unique et incite à la haine.

Ce que j'ai aimé dans cet essai c'est que l'écriture est très libre. Thèse, antithèse, synthèse, Cyrulnik ne connaît pas et se lance à l'aveuglette dans son sujet, extrapolant et naviguant au gré des de ses envies dans un style très littéraire. Mais ce qui est la force de l'ouvrage est également sa limite puisque l'auteur se répète jusqu'à parfois radoter, ressassant les mêmes anecdotes, revenant sur les mêmes thèmes, et finit par se perdre dans une argumentation confuse. C'est sans doute mon côté psychorigide mais, de fait, d'abord séduite par le propos, j'ai été progressivement lassée par les mêmes exemples pour être finalement soulagée d'arriver au bout de ma lecture. Je suis encore trop peu familière de Cyrulnik pour l'affirmer mais je suppose que ses fans diraient que ce n'est pas son meilleur ouvrage.

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 14:29

L05.jpgCommunardes

Nous ne dirons rien de leurs femelles

Lupano / Fourquemon

éditions Vents d'Ouest

2016

 

Les BD historiques ont le vent en poupe et l'épisode de la Commune aussi si j'en juge par les publications récentes. Nostalgie d'une révolution socialiste avortée à l'heure où le socialisme actuel se montre des plus décevants ? Je ne m'intéresse pas assez à la politique pour débattre là-dessus et préfère donc revenir à un sujet que je maîtrise mieux en vous parlant d'un tome de la série Communardes qui s'intéresse au rôle joué par les femmes durant la Commune.

Il s'agit ici de l'histoire de Marie, ancienne servante d'un aristocrate, colonel. Marie est très proche d'Eugénie l'enfant du colonel aussi, lorsque cette dernière tombe enceinte, on accuse la jeune fille d'avoir laissé faire et elle est mise à la porte tandis qu'Eugénie est enfermée dans un couvent. Des années plus tard, en 1871, Marie est sur les barricades et rêve de se venger du colonel tout en souhaitant retrouver Eugénie.

En fait je crois que je n'aime pas les BD historiques qui ont un côté trop didactique pour moi. Le côté bons communards / méchants aristocratiques me gêne un peu car je trouve ça très manichéen même si certains faits sont hélas historiques (le couvent de Picpus a réellement existé) De plus, je n'aime pas du tout le personnage de Marie que je trouve très caricatural, d'autant plus qu'un monde sépare la petite servante apeurée du début de la furie meurtrière du reste de l'histoire. Même aux dessins je n'accroche pas : trop de texte, trop de détails, trop de tout. ça a vraiment le côté livre d'éducation civique : "Aujourd'hui les enfants nous allons parler des communards qui voulaient instaurer la démocratie directe, l'éducation laïque et gratuite, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'égalité des salaires" (p 15) Du coup, on ne s'attache à personne dans cette BD si ce n'est peut-être à la pauvre Eugénie, victime des préjugés de l'époque. Pour le reste ce n'est que blabla entrecoupé de scènes de batailles. J'imagine que beaucoup se sentent exaltés par toute cette violence que certains jugent indispensables à toute révolution. Pour ma part cela m'écoeure plus qu'autre chose et j'ai du mal à m'extasier devant des baïonnettes ou des personnages qui éclatent la tête de leurs ennemis au nom de la religion, de la laïcité, de la sécurité ou de la fraternité. Désolée.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 10:59

L01.jpgL'homme qui tua Lucky Luke

Matthieu Bonhomme

éditions Lucky Comics

2016

 

Tout comme Gaston Lagaffe, Astérix et Boule et Bill, Lucky Luke est l'une des BD qui ont bercé mon enfance. C'est qu'il me plaisait bien ce héros solitaire flanqué de son fidèle Jolly Jumper et poursuivant sans relâche les Dalton. Mais même les héros doivent mourir : je déteste cette manie de continuer des séries après la mort de leur(s) créateur(s) et j'aurais préféré que Lucky Luke soit enterré en même temps que son scénariste Morris. Ainsi, depuis des années, la série se poursuit, médiocre (doit-on vraiment parler de Laurent Gerra ? ) et ayant à mon sens perdu toute son âme.

L'homme qui tua Lucky Luke est intéressant en ce sens que la BD ne se présente pas comme la continuité de la série mais plutôt comme un hommage. De fait, le scénario et le dessin sont faits par la même personne, Matthieu Bonhomme, ce qui change un peu des BD à deux voire trois auteurs. L'auteur ne se soucie pas non plus de respecter le dessin "standard" : son Lucky Luke est bien plus anguleux, plus élancé que l'original, les planches sont très réalistes et les couleurs moins flashy que dans mon souvenir. L'histoire est bien plus sombre puisqu'elle démarre sur la vision de Lucky Luke étendu au sol, mort, avant de revenir en arrière pour nous expliquer le pourquoi du comment. De toute évidence, Matthieu Bonhomme connaît parfaitement l'univers de Lucky Luke et, du coup, multiplie les clins d'oeil : ainsi, dans son album, Lucky Luke manque de tabac et se demande à sa grande horreur s'il ne va pas être obligé de fumer de la paille, allusion à l'évolution du personnage de Morris obligé de passer de la cigarette au brin de paille sous la pression de la censure. Bonhomme fait également le choix de ne pas faire "parler" Jolly Jumper (sa BD s'inscrit dans une mouvance plus réaliste) mais il parvient cependant à rendre le caractère du cheval par quelques planches significatives. En bref, ce n'est pas vraiment du Lucky Luke mais ça en garde plutôt bien l'esprit tout en laissant suffisamment de marge à l'auteur pour apporter sa touche personnelle. Et ça, à mon avis, c'est la meilleure façon de ressusciter une légende.

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 17:44

L01.jpgLes trois mousquetaires

Alexandre Dumas

éditions Flammarion

1844

 

Il en est de ces classiques que tout le monde connaît sans les avoir lu. Les trois mousquetaires font partie de ces ouvrages. Ainsi, il y a peu, j'aurais pu vous citer le nom des personnages du livre, situer l'intrigue principale et même hasarder quelques suppositions sur le développement de l'action. Pourtant, je ne l'avais jamais lu. Mais ça, c'était avant Les 1001 livres...

D'Artagnan est un jeune gascon fort en gueule qui monte sur Paris, porteur d'une lettre de recommandation pour monsieur de Treville, capitaine des mousquetaires. Les ennuis commencent dès son arrivée près de la capitale, lorsqu'il entre en conflit avec un mystérieux inconnu qui lui vole sa lettre. Cela ne s'arrange pas après son entrevue avec monsieur de Treville puisqu'il parvient à provoquer en duel trois des meilleurs mousquetaires de ce dernier, Porthos, Athos et Aramis..

Difficile de résumer 800 pages d'un roman de cape et d'épée. J'ai été surprise et séduite par l'humour du récit, moi qui n'avais lu que les romans d'Alexandre Dumas fils et qui m'attendais un peu au même ton. Il n'en est rien. Maniant à merveille l'ironie, l'auteur n'hésite pas à se moquer de ses personnages, que ce soit cette tête brûlée de D'Artagnan, l'hypocrite Aramis ou le fat Porthos... Il n'hésite pas non plus à faire évoluer l'action de façon inattendue : ainsi les quatre personnages se font offrir des chevaux très rapides et très chers dont on peut penser qu'ils auront une grande importance dans le récit mais, dès le chapitre suivant, ils les perdent. De même la reine offre un diamant à D'Artagnan qui le chérit... pour finalement le revendre. Le cynisme n'est jamais loin, côtoyant l'intrigue de cour et des sentiments plus nobles. Ce qui frappe dans ce roman, ce sont des rebondissements multiples, dû à sa publication initiale sous forme de roman-feuilleton (oui ça contredit ce que j'ai dit lors d'une précédente note) qui mêlent la petite histoire à la grande. Ainsi, tout en suivant les pérégrinations de nos quatre amis, nous assistons également au siège de la Rochelle, nous croisons l'ambivalent cardinal Richelieu, le faible Louis XIII, la jolie et mélancolique Anne d'Autriche... Enfin, la force du roman tient, outre les personnalités fortes de nos mousquetaires, au personnage de l'inquiétante Milady, dont l'apparition est toujours source d'événements dramatiques. Cette femme sans conscience et sans remords, est d'autant plus dangereuse que son apparence est séduisante : pour Dumas, elle est moins un protagoniste que l'incarnation du Diable, revêtant tour à tour et selon les circonstances le masque d'épouse modèle (Athos), d'amante enflammée (D'Artagnan) d''amie dévouée (madame de Placieux) ou même de vertueuse persécutée (Felton) pour mener à leur chute les autres. Ainsi la répugnance du lecteur à son égard se mêle d'une sorte de fascination pour un personnage qui, au fond, a plus de caractère que l'inconstant D'Artagnan ou la trop sage madame de Placieux.

Voilà en quelques mots Les trois mousquetaires mais je vous invite à vous faire votre propre opinion. Quant à moi je retrouverai d'ici peu Dumas Père avec cet autre classique qu'est Le comte de Monte-Christo.

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