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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 17:20

Le Passage

Louis Sachar

éditions Gallimard Jeunesse

1998

 

Stanley Yelnats est un adolescent plutôt tranquille et gentil, un rondouillard sans histoires qui en revanche n'a pas de chance, comme tous les membres de sa famille d'ailleurs. La faute à un arrière-arrière-arrière grand-père qui n'aurait pas tenu une promesse et attiré de ce fait une malédiction sur sa descendance. Aussi notre héros se retrouve condamné pour un vol qu'il n'a pas commis et envoyé dans le camp du Lac Vert, un camp de redressement en plein milieu du désert où on lui demande de creuser des trous durant tout le jour. Mais dans quel but ?

Roman maint fois couronné, Le Passage n'a certes pas usurpé sa réputation. Je suis assez impressionnée par cet ouvrage qui allie l'aventure, le merveilleux et l'humour tout en réservant des passages assez sombres, parfois violents. On s'attache très vite à Stanley, notre malchanceux sympathique et c'est avec intérêt que l'on suit ses pérégrinations dans le camp du Lac vert. Par ailleurs, l'auteur ménage son suspens en créant plusieurs intrigues parallèles qui n'ont a priori rien à voir mais qui se mêlent habilement pour révéler leurs connexions lors d'un final très réussi. L'écriture de Sachar est, qui plus est, atypique : c'est rare pour un romancier jeunesse d'avoir un style marqué, soigné et qui parvient à s'adresser à un jeune public sans pour autant tomber dans la condescendance et la niaiserie. A découvrir sans tarder.

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 11:32

L02.jpgLes mystères de Larispem

t.1 Le sang jamais n'oublie

Lucie Pierrat-Pajot

éditions Gallimard Jeunesse

2016

 

Après la série La passe-miroir Gallimard Jeunesse publie le livre gagnant de la seconde édition du concours du premier roman Jeunesse Les mystères de Larispem : il s'agit ici d'une uchronie, c'est-à dire d'une réécriture de l'Histoire à partir d'une modification d'un évènement du passé. Ainsi, dans ce monde "parallèle" dont l'action se situe en 1899, l'épisode historique de la Commune a été un succès et Paris est devenu une cité indépendante rebaptisée Larispem selon l'argot des bouchers qui constituent la caste forte du nouveau régime populiste. A l'aube du nouveau siècle, dans cette ville en plein essor industriel qui allie mécanique et inventions à la Jules Verne (devenu l'un des dirigeants de la Cité) trois personnages se croisent : Liberté la mécanicienne, Carmine l'apprentie boucher et Nathanaël l'orphelin. Ils n'ont a priori rien en commun si ce n'est que tous trois semblent liés à la mystérieuse secte des Frères de Sang, une société secrète composée d'aristocrates qui se sont jurés de reprendre le pouvoir.

Bon, c'était couru d'avance : je ne pouvais pas autant adhérer aux Mystères de Larispem que j'ai adhéré aux Fiancés de l'Hiver. Ceci dit, le livre de Lucie Pierrat-Pajot reste tout de même très agréable. L'écriture est impeccable et c'est avec beaucoup de plaisir que l'on suit les aventures de nos trois héros dans ce Paris steampunk rempli d'automates et de complots. L'univers est soigneusement construit, avec de nombreuses références aux romans de Jules Verne et, bien évidemment, à celui d'Eugène Sue, Les mystères de Paris. Après, je ne saurais dire trop quoi, il manque un petit quelque chose à ce livre qui garde un côté très académique et parfois un peu artificiel: l'argot des bouchers par exemple que l'auteur essaie maladroitement d'expliquer au lieu de l'intégrer sans commentaires, les références discrètes mais présentes à la façon dont s'est réellement terminée la Commune.. Ces petits clins d'oeil de Pierrat-Pajot brise un peu son univers et m'ont laissée pour ma part en-dehors du roman. De fait, j'ai apprécié Les mystères de Larispem mais à la manière d'une spectatrice, sans vraiment rentrer dedans. Et ça, pour un ouvrage fantastique, c'est dommage.

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 17:00

L06.jpgRivalité

Beautiful Idols saison 1

Alyson Noël

éditions Mosaïc

2016

 

je suis sûre que vous sentez le chef d'oeuvre rien qu'avec le titre. Ils ont tous les trois dix-huit ans et rêvent de gloire. Layla rêve de devenir reporter, Tommy lui ambitionne une carrière de chanteur. Quant à Aster elle, elle veut devenir actrice. ça tombe bien, ils habitent à Los Angeles, la ville de toutes les opportunités et une chance unique leur est offerte lorsqu'un propriétaire de boîtes de nuit organise un concours : les participants ont plusieurs semaines pour attirer un maximum de personnalités influentes dans les différents clubs avec, en tête de liste, l'étoile montante de la ville, la mystérieuse Madison Brooks.

En résumé : ils gèrent des boîtes de nuit et doivent attirer du monde connu là-bas.

J'espère que vous avez désormais bien assimilé toute la profondeur de l'intrigue. Histoire de bien enfoncer le clou je vous rappelle de Mosaïc est une filière de la maison d'éditions Harlequin et que cet ouvrage a été plébiscité par Anna Todd, auteur de la série After. Vous voilà prévenus : ne cherchez aucune profondeur dans ce roman pour ados qui aborde toutes les préoccupations dignes de candidats de la télé-réalité : vais-je devenir célèbre un jour, serais-je adulé (e) et suis-je prêt(e) à tout pour y parvenir ? (se demande la candidate qui a déjà ôté son haut de bikini et étranglé sa concurrente avec son string) Vous rajoutez là-dessus un style médiocre, une intrigue policière pas trop compliquée histoire de ne pas surchauffer les méninges sensibles, deux trois histoires d'amour, des placements de marques et de vêtements, et vous avez là le best-seller de l'été, un roman pour midinettes sans odeur ni saveur.

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 19:30

L02.jpgMa meilleure amie s'est fait embrigader

Dounia Bouzar

éditions de la Martinière

2016

 

Sarah et Camille sont les meilleures amies du monde et sont inséparables. Elles font tout ensemble jusqu'au jour où Camille change : un peu troublée par ce monde capitaliste, révoltée par les inégalités et la futilité de certains tandis que d'autres souffrent, l'adolescente surfe sur Internet ça et là et, via blogs et réseaux sociaux, se lie d'amitié avec des individus qui en apparence sont comme elles mais qui sont en réalité des djihadistes qui ne tardent pas à l'embrigader.

Dounia Bouzar, auteur de nombreux essais sur l'extrémisme islamiste et par ailleurs musulmane, choisit cette fois par le biais du roman adolescent de mettre en garde les plus jeunes du danger de l'embrigadement, via Internet notamment. Ce qu'on pourrait reprocher de fait à Ma meilleure amie s'est fait embrigader c'est son côté très didactique qui s'apparente plus au témoignage qu'au roman. En effet, si Camille et Sarah sont des personnages fictifs, elles sont en réalité le reflet de nombreuses jeunes filles que l'auteur a rencontré et l'ouvrage se soucie peu de style, de mise en scène ou de gradation dans le suspens. Tout ce qui importe à Dounia Bouzar c'est de délivrer son message, parfois de façon maladroite. Le livre reste cependant touchant car, alternant entre la vision de Camille et de Sarah, il montre bien l'écart qui se creuse peu à peu entre les deux jeunes filles autrefois si proches et tout le processus mis en oeuvre par les proches de Camille pour la "désembrigader", processus assez fascinant qui passe par l'amitié inconditionnelle de Sarah pour sa camarade. Dounia Bouzar de plus fait le choix de faire de Camille une non croyante à la base tandis que Sarah est elle-même musulmane et ce afin de montrer que la religion musulmane n'a rien à voir avec les djihadistes. J'ai appris ainsi nombre de choses sur l'islam que j'ignorais et je trouve assez salutaire que des adolescents l'apprennent également : cela permet aussi bien d'éviter les amalgames faciles que les interprétations erronées. Pour finir, vous vous souvenez de ma note sur le détestable Little Sister ? Je m'interrogeais sur la façon d'aborder le terrorisme et l'embrigadement de façon intelligente. Maintenant j'ai ma réponse : c'est à la façon de Dounia Bouzar.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 11:46

Le puits et la pendule

Edgar Allan Poe

1843

 

Une pièce dans le noir, un homme seul dans cette pièce, condamné par l'Inquisition et ignorant tout du sort qui lui est réservé. Au centre, un puits dans lequel il manque tomber. Au plafond, une horloge avec un balancier acéré qui se rapproche dangereusement pour lui lacérer la chair. Tic, tac...

Tout le talent d'Edgar Allan Poe se retrouve condensé dans cette courte nouvelle glaçante à souhait. Ici il n'y a pas de préambules ni d'explications; qu'a fait le prisonnier narrateur pour se retrouver condamné nous n'en savons rien. De son passé, de sa condition, de ses convictions nous ignorons tout. Ce n'est plus qu'un homme nu luttant seul dans le noir contre une mort irrémédiable et dont toute l'intelligence se retrouve mobilisée à la survie. Le récit à la première personne favorise l'identification immédiate par le lecteur qui tremble pour le malheureux. Allan Poe joue également sur des symboles forts : le puits sans fond, l'horloge dont le tic-tac rapproche le narrateur d'une mort certaine, l'obscurité... Il y a peu d'éléments dans cette nouvelle, à dessein, mais ils sont diablement efficaces. Les descriptions brèves et précises confortent le sentiment de malaise tandis que le dépouillement du "décor" nous force à nous concentrer sur le personnage, ses gestes, ses sensations, et à ressentir d'autant plus sa terreur. Le sentiment d'oppression et d'angoisse va crescendo jusqu'à un final abrupt qui laisse à peine au lecteur le temps se remettre de ses émotions. Bref et efficace.

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 12:12

L01.jpgDans chacun de mes mots

Tamara Ireland Stone

Hugo Roman

2015

 

Qu'y a t-il derrière une parole en apparence anodine ? Qu'est-ce qui se cache dans des propos insignifiants ? Pour Samantha Mc Allister c'est la peur : peur de se démasquer et de révéler son sombre secret; ses angoisses qui peuvent surgir n'importe où n'importe quand, ses pensées incontrôlées et ses tocs qui peuvent la faire agir de façon insensée. Pourtant, il faut faire comme si de rien n'était, surtout vis-à-vis de son groupe d'amies qu'elle fréquente depuis la maternelle. Elles ne sont pas méchantes pourtant ses quatre copines, un peu futiles certes mais pas plus mauvaises que d'autres. C'est juste que leurs mots sont parfois blessants et qu'elles étouffent Sam dans une relation toxique et exclusive faite de petites blessures et de mini-trahisons. Tout change le jour de la rentrée lorsque Sam rencontre Caroline, une fille un peu à part à qui elle parvient à se confier, sur ses amies, sur son psy, sur ses obsessions...Caroline non seulement ne la juge pas mais lui fait bientôt découvrir un club secret, le club des Poètes qui permet aux marginaux du lycée de venir se défouler sur scène en récitant ou en chantant leurs créations. Sam va alors découvrir que les mots peuvent aussi guérir.

J'ai toujours eu un a priori négatif sur les éditions Hugo mais là force m'est d'admettre que Dans chacun de mes mots est un roman très réussi. Le livre aborde des thèmes qui ne sont pas forcément très en vogue dans les romans ados : en effet, si le thème du harcèlement revient régulièrement, les auteurs parlent très peu des amitiés toxiques. Qu'on s'entende, je ne parle pas des "fausses" amitiés où le soi-disant "ami" attend juste son heure pour poignarder le héros ou l'héroïne dans le dos. Dans Dans chacun de mes mots les copines de Sam ne sont pas méchantes et l'aiment vraiment mais c'est d'une manière égoïste : elles la délaissent facilement, s'attendant en revanche à ce qu'elle soit toujours là pour elles, la maltraitent presque inconsciemment et, surtout, ne veulent pas qu'elle sorte du rôle qui lui a été attribué. C'est en cela que la relation est toxique. L'auteur aborde également avec beaucoup de justesse le thème de la folie même si le terme est extrême : en effet Sam n'est pas folle mais ses angoisses, ses rituels, ses phobies, ses crises de panique et ses obsessions en font un être marginal et border line. Or, Tamara Ireland Stone parvient à ne pas faire de son histoire un concentré de guimauve larmoyante, tout comme elle parvient à raconter une très jolie histoire d'amour entre elle et AJ, un des membres du Club des Poètes, là encore sans en faire des tonnes. Enfin, là où j'ai été bluffée, c'est par la fin de Dans chacun de mes mots que je n'avais absolument pas vu venir et qui donne au roman entier un éclairage nouveau. Un très joli récit sur l'amitié et sur  la différence qui, sans leçons de morale superflues, apprend pourtant bien des choses.

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 15:54

L01.jpgChemins toxiques

Louis Sachar

éditions Gallimard Jeunesse

2015

 

Depuis que la brute de l'école, Chad, l'a pris en grippe, la vie de Marshall, élève de 5e, est devenue un enfer. Aussi c'est pour l'éviter qu'il décide un soir de rentrer chez lui par les bois qui entourent l'établissement Woodridge, ce qui est formellement interdit, entraînant avec lui sa jeune voisine Tamaya qui n'a pas le droit de rentrer seule. Leurs ennuis ne font que commencer car, non seulement Chad va les suivre, mais il s'avère bientôt que des phénomènes étranges ont lieu dans cette forêt étrange, centre d'expérimentations secrètes.

Il y a quelque chose d'assez angoissant dans Chemins toxiques qui joue sur de nombreuses peurs : les peurs "classiques", les brimades et l'exclusion, la peur de l'inconnu avec la forêt sombre et menaçante du conte de fées, mais aussi des peurs plus "actuelles" si j'ose dire, avec une réflexion écologique très intéressante. Niveau style, on est sur quelque chose de très soigné et l'intrigue est menée tambour battant avec une subtile gradation dans l'angoisse. Ce qui est intéressant, c'est que même si les trois enfants, Tamaya, Marshall et Chad sont les héros, leurs rôles restent finalement restreints. Ils ne sauvent pas grand-monde mais peuvent cependant à leur échelle avoir un impact sur les événements en train de se produire. Ni victimes ni sauveurs, leurs personnalités n'en sont que plus attachantes et le lecteur peut tout aussi bien ressentir de la sympathie pour la courageuse petite Tamaya que pour le plus timoré Marshall. C'est donc une très belle découverte que ce roman qui me donne envie du coup de découvrir Le passage, l'oeuvre la plus connue de Louis Sachar, l'auteur de Chemins toxiques.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 13:25

L01.jpgLe grand roman de ma petite vie

Susie Morgenstern / Albertine

éditions La Martinière Jeunesse

2016

 

Bonnie Bonnet est une collégienne pétrie de doutes. Se laver les cheveux ou non ? Jeans ou robe ? Se fier à son amie Dorélie ou s'en méfier ? Il faut dire qu'entre une mère surchargée de travail, un père remarié qu'elle voit rarement et une grand-mère parfois envahissante, Bonnie a bien du mal à s'imposer et à prendre ses propres décisions. Aussi, lorsqu'elle tombe amoureuse de Carl, un garçon qui, tout comme elle a gagné un concours d'écriture, la voilà un peu paniquée d'autant plus que, dans sa famille, les femmes ne sont pas très douées pour garder les hommes.

Ce roman pour les 10-12 ans est d'une grande fraîcheur. J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Susie Morgenstern dans cette histoire drôle et parfois émouvante (le passage de la rédaction de Bonnie est tout simplement magnifique) d'une madame Indécise qui essaie de se faire une place au milieu des siens et d'affirmer sa personnalité au milieu des amis et de la famille. Il faut avouer aussi que c'est reposant de lire un ouvrage pour la jeunesse sans drames, sans leçons de morale lourdingues et sans bons sentiments. Cela n'empêche pas l'auteur d'aborder des thèmes d'actualité (divorce, familles recomposées) mais toujours avec légèreté et sans en faire des tonnes. Au final, ce qui m'a le moins plu dans Le grand roman de ma petite vie ce sont les illustrations : je n'accroche pas du tout au style. Que cela ne vous empêche pas de jeter un coup d'oeil à ce roman destiné à un jeune public et qui reste très agréable à lire pour les adultes également.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 18:43

L02.jpgParanoïa

Melissa Bellevigne

éditions Hachette

2016

 

Lisa Hernest est une psychiatre renommée à qui on ne fait appel que pour les cas complexes. Mais, si sa vie professionnelle est une réussite, sa vie privée l'est moins : stérile, Lisa a du mal à accepter l'idée qu'elle ne portera jamais de bébé et noie son chagrin dans le travail au grand dam de son conjoint Paul. C'est dans ce contexte que Lisa est appelée à l'institut Saint-Vincent pour y rencontrer une nouvelle patiente. Son nom est Judy Desforêt, elle a vingt ans, souffre d'hallucinations et de paranoïa et, surtout, est enceinte. Mais de qui ? Entre les deux femmes se noue une forte complicité et, presque malgré elle, Lisa en vient à se laisser prendre par l'histoire étrange que lui raconte la jeune fille, mettant en scène Alwyn, un homme que seul Judy peut voir...

J'ai été partagée sur ce roman. L'intrigue me semble assez faiblarde et irréaliste. Comprenez-moi : je sais très bien que nous sommes dans le fantastique mais, justement, pour que le fantastique fonctionne, il faut par ailleurs que la fracture entre la réalité et le surnaturel soit clairement marquée. Or, ici, le postulat de départ ne tient pas : une jeune femme se fait violer dans la rue : personne ne s'avise de savoir si elle a été violée. Cinq mois plus tard on retrouve la jeune femme enceinte, oh surprise ! C'est moi ou ça me semble un peu tiré par les cheveux ? C'est dommage car, par ailleurs, le style du roman est impeccable : simple mais efficace, avec des personnages attachants, que ce soit la psy en mal d'enfant ou la jeune fille éternelle solitaire, et un bon sens du suspens. Ce qui m'amène à ma seconde réserve : si Melissa Bellevigne a l'art de cultiver le mystère, elle ne parvient pas à créer une réelle dynamique à son histoire qui reste un peu lente et laisse le lecteur sur sa faim. En résumé, on s'attend à une chute ou à une révélation spectaculaire mais l'action ne s'accélère jamais réellement, hormis un passage très réussi dans une maison abandonnée, et le dénouement est décevant. Paranoïa est de ce fait loin d'être un chef d'oeuvre mais il s'agit somme toute d'un premier roman prometteur qui laisse présager une brillante carrière pour son auteur si elle persévère un peu.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 17:22

L06.jpgOn regrettera plus tard

Agnès Ledig

éditions Albin Michel

2016

 

Tout commence par un quiproquo. Une confusion entre deux Agnès.

"Ah tiens! dis-je à ma collègue du rayon littérature alors que nous nous tenons devant les dernières nouveautés, je vais emprunter On regrettera plus tard. Il me semble que j'ai déjà lu cet auteur et que j'aime bien."

Je vois avec étonnement un combat intérieur se livrer sur les traits de ma collègue. Elle semble sur le point de dire quelque chose mais, finalement, se contente de me lancer "Ah très bien, comme ça tu pourras me dire comment c'est".

Inutile de vous dire que je suis tombée dans un traquenard : j'ai en effet confondu Agnès Desarthe avec Agnès Ledig, une confusion que j'ai très vite regretté.

Un soir d'orage, Eric, qui se trimballe en roulotte avec sa fille Anna-Nina depuis la mort de sa femme soit sept ans (ben quoi c'est une façon comme une autre de faire son deuil) vient chercher refuge dans la maison de Valentine, une instit qui vit dans un village perdu. Bien évidemment, c'est bien connu, comme dans tous les petits villages on est super accueillants, Valentine leur ouvre sa porte, les nourrit et les invite à rester chez eux le temps que Eric répare sa roulotte. Evidemment, elle se se prend très vite d'affection pour la petite qu'elle emmène avec elle à l'école (oui juste comme ça pouf ! Pas besoin d'inscription ni d'assurance, c'est magique) et partage avec le père quelques moments intimes sur la table de la roulotte (je... non rien). Le hic c'est qu'Eric a encore du mal à faire le deuil de sa femme et que Valentine ne supporte pas d'être en couple, traumatisée par l'histoire de sa grand-mère qui a attendu toute sa vie en vain son mari prisonnier des allemands.

Dois-je vraiment revenir sur l'histoire? Je pense que le résumé à lui seul vous donne une idée de la haute volée de ce roman. Je ne reviendrai même pas (enfin un peu quand même c'est trop tentant) sur les clichés qui émaillent le récit : le confort et la simplicité de la vie campagnarde face à l'anonymat de la vie parisienne, la gentillesse de ses habitants (c'est marrant, dans le village de mes parents, les trois quarts votent Front National et lâcheraient les chiens si une roulotte conduit par un inconnu arrivait) et, ah ça j'adore, l'innocence clairvoyante des enfants. Dans On regrettera plus tard, les enfants sont des modèles de pureté et de douceur : les élèves de l'école accueillent Anna-Nina sans problèmes, sans moqueries, ils sont adorables avec elle. Anna-Nina elle-même est une pub vivante pour l'adoption : elle a sept ans mais elle lit très bien, elle ne fait jamais de caprices et elle a déjà tout compris à la vie, ce qui donne lieu à des dialogues d'anthologie : Je pourrais faire quoi pour lui donner envie de lire le prochain chapitre ? Je suis sûre que tu as une petite idée... Lui dire que j'aimerais une autre maman ? Et que ce serait trop cool que ce soit toi ?" Si vous trouvez une gamine qui parle comme ça faites-moi signe : on dirait l'une de ces enfants dans les mauvais films américains, ces petites têtes blondes facétieuses que vous avez envie de claquer au bout de deux minutes. Ce qui m'amène au meilleur, c'est-à-dire au pire de ce roman : les dialogues.

Soyons précise : presque tout le livre est composé de dialogues. Les descriptions c'est trop difficile, l'ignorez-vous ? Le problème c'est que ces dialogues sont atroces : j'ai rarement lu des échanges aussi mauvais et aussi artificiels. Ah le vieux qui vit au fond de son patelin depuis des années mais qui explique avec sagesse au héros que Valentine est "compliquée comme le trafic aérien d'un aéroport international" ou la gamine qui trouve que "les grands réfléchissent trop". La palme revient cependant à Valentine et à son meilleur ami Gaël, instit également, qui, pendant que les gamins se balancent des cailloux dans la cour de l'école, devisent sur la vie, l'amour, la tristesse... Et là c'est l'apothéose, l'avalanche de comparaisons foireuses et de phrases chocs "ça se saurait si elle était simple la vie", "Je suis un livre ouvert, hein ? - Et quelques pages sont écornées, je crois.", "Une réponse sans chaleur, c'est comme un regard qui se pose ailleurs.". J'arrête ou je continue ? Je pense que vous avez saisi l'essence même du style de de Ledig, des sentences brèves, des appels à profiter de la vie, de l'amour et des tables de roulottes et des mauvais dialogues.

Inutile de vous dire que quelques jours après je suis retournée voir ma collègue, fort mécontente. Celle-ci a alors avoué :

"Ben en fait je voulais rien dire parce que j'étais curieuse de connaître ton avis mais ceux qui ont aimé le dernier Ledig ont également beaucoup aimé le dernier Lévy."

Au moins on ne pourra pas dire que moi je ne vous ai pas prévenus.

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