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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:27

L02.jpgLa nébuleuse Alma

Luc Blanvillain

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

On a déjà parlé des livres qui commençaient mal et dont la fin se révélait plutôt réussie. Et bien là on va parler de l'inverse, d'un livre qui démarrait sur les chapeaux de roue et donc la fin est décevante.

Alma est ravie : après deux mois d'attente, elle a ENFIN réussi à sortir avec Robin, le premier garçon dont elle est réellement tombée amoureuse. Ivre de joie, elle veut faire part de la bonne nouvelle à Jade, sa meilleure amie, mais là, c'est la douche froide : Jade la "largue" en douceur en lui expliquant qu'elles n'ont plus grand-chose en commun. Est-ce vraiment parce qu'Alma est trop superficielle comme Jade le prétend, qu'elle ne s'intéresse pas aux SDF et aux conflits mondiaux, et que sa vie tourne autour de son petit monde ? Ou est-ce que cette "rupture" cache quelque chose d'autre ? Désespérée, Alma, avec l'aide de son nouveau petit ami, décide alors d'élargir son horizon pour reconquérir Jade.

J'ai beaucoup ri au début : Alma, bien qu'égoïste, est un personnage très attachant, une ado lambda joyeuse et décontractée, entourée d'une famille loufoque et amusante : il y a le père et la mère toujours scotchés l'un à l'autre, le petit frère coach de la vie de sa soeur qui regarde également tous les feuilletons sentimentaux avec sa grand-mère pour ensuite les commenter devant une tasse de thé. Alma est une égocentrique certes, mais une égocentrique joyeuse et aimante : le passage où elle se force consciencieusement à suivre l'actualité pour se mettre au "niveau" de Jade est très drôle et, mine de rien, moins léger qu'il n'y paraît. En faisant naviguer son héroïne sur Internet et en la faisant passer des horreurs de la guerre ou de la misère dans le monde à un youtuber commentant ses parties de jeux vidéos en direct, Luc Blanvillain s'interroge sur notre propre nature humaine, capable des pires horreurs comme du meilleur, tour à tour futile et torturée : "Je suis même restée toute une soirée sur le site d'un gamer commentant en direct ses propres parties de jeux vidéo, à la manière d'un journaliste sportif. J'avais du mal à croire que ce garçon vivait sur la même planète que les enfants indiens. Ceux qui sont obligés de travailler pour confectionner les vêtements vendus dans les enseignes où j'adore faire du shopping." Alma à elle seule représente cette dichotomie, émue par sa découverte d'une association où travaille Jade puis obnubilée par son histoire d'amour avec Robin.

J'aurais préféré à dire vrai que l'auteur reste dans ce ton là, dans cette subtile interrogation : j'aurais été très déçue qu'il parte dans une réflexion simpliste du style il y a aura toujours de la souffrance et des préjugés de par le monde, mettons des oeillères et soyons heureux ! Ceci dit, j'ai été également déçue qu'il parte dans la direction opposée en transformant Alma en un être impliqué, ouvert, prête à manifester et à militer pour toutes les causes nobles. Ainsi, vers le milieu du récit, le ton décalé et léger reprend une forme très académique avec le bon vieux cours d'éducation civique propre aux éditions de l'Ecole des Loisirs. ça se gâte à mon sens avec le portrait des parents de Robin : ils sont riches, donc indifférents à la souffrance, racistes, catholiques et, bien évidemment, homophobes. J'adore ce genre de romans qui, sous couvert de combattre les préjugés vous en balancent d'autres avec plein d'entrain. De toute évidence dans le monde de Blainvillain on n'est jamais riche et philanthrope, homosexuel mais raciste, catholique mais pas homophobe. Résultat : les parents de Robin ne sont pas crédibles, clichés sur pattes, alors que les parents d'Alma, joyeux égoïstes qui eux non plus ne se soucient guère au fond du sort de leurs semblables, sont beaucoup plus nuancés et plus intéressants, tout comme la gentille grand-mère scotchée devant sa télé. J'avoue également que je préfère la Jade du début de l'histoire, celle impliquée dans toutes les causes mais un peu soûlante et moralisatrice, à la Jade de la fin, la miss parfaite qui a tout compris à la vie. La première avait ses failles, l'autre n'en a pas. Enfin la fin de l'histoire m'a déçue : je m'attendais à des révélations fracassantes et le dénouement est plutôt prévisible. L'idée n'est pas mauvaise en soi mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, perdue entre les manifestations pour les sans-papiers et la relation de Robin et d'Alma. La nébuleuse Alma se révèle au final en demi-teinte mais c'est surtout parce que l'auteur était tellement bien parti que je ne peux m'empêcher de lui en vouloir d'avoir sacrifié une réflexion intéressante à une leçon de morale insipide.

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:26

L06.jpgCoeur Cerise

Les filles en chocolat tome 1

Cathy Cassidy

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

Parfois je suis sans pitié. Et aujourd'hui c'est avec vous que je le suis puisque, non seulement nous allons reparler de romans ados, mais de romans ados pour filles. Âmes sensibles s'abstenir.

Cherry a treize ans et son truc à elle c'est d'embellir quelque peu la réalité, c'est à dire qu'elle ment comme elle respire, le plus naturellement du monde. Il faut dire que sa vie est un peu tristoune. Plus de mère, pas d'amis, un appartement sordide et et un père exécutant un modeste travail au sein d'une fabrique de chocolat. Tout change le jour où ce dernier tombe amoureux d'une ancienne connaissance, Charlotte, et décide de tout quitter et d'aller s'installer avec elle. Exit Glasgow et son climat sinistre, Cherry et son père partent pour le Sud de l'Angleterre rejoindre la nouvelle belle-mère et ses quatre filles, quatre demi-soeurs qui inquiètent un peu notre héroïne. A raison d'ailleurs car, si Skye, Summer et Coco se montrent accueillantes, il n'en est pas de même pour Honey, l'aînée, qui, en plus de voir d'un mauvais oeil l'arrivée d'un nouvel homme dans la vie de sa mère, supporte mal l'intérêt que semble éprouver son petit copain pour Cherry.

Bah ben oui avec un titre pareil vous vous attendiez à quoi ? Coeur Cerise c'est de l'amour, de l'amitié, des fous rires et des larmes, et quelques drames mais rien qui ne résiste à un chocolat chaud en pyjama. Le style est sans surprise, ni bon ni particulièrement mauvais, et l'intrigue tourne autour des premiers émois amoureux et des mini-trahisons, la seule vraie originalité de l'histoire résidant dans la personnalité un brin mytho de Cherry. C'est sucré, très vite écoeurant et, pour le coup, réservé uniquement à un lectorat de filles entre douze et quinze ans. En effet, pour les autres, le risque d'indigestion demeure élevé.

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 12:29

L02.jpgCelle que vous croyez

Camille Laurens

éditions Gallimard

2016

 

Tout commence par Claire, divorcée et presque quinquagénaire et qui, pour surveiller Joe, un amant volage, décide de se créer un faux profil Facebook. Elle se rajeunit de plus d'une vingtaine d'années et "emprunte" la photo de profil d'une belle brune mélancolique. c'est de cet alter ego fictif dont Christophe, l'ami de Joe, va tomber amoureux, embarquant bientôt Claire dans une série de mensonges compliquées par le désir qu'elle ressent elle-même pour cet homme de dix ans de moins qu'elle.

De Camille Laurens je n'avais lu que Dans ces bras-là il y a fort longtemps. Je me rappelle avoir été perturbée par le style et par la construction du roman et d'en être ressortie avec un sentiment assez mitigé. Celle que vous croyez m'a laissée la même impression. Mes réticences tiennent au style essentiellement : je n'accroche pas du tout avec l'écriture de l'auteur, précipitée, manquant de respiration, et tournée autour d'une narratrice omniprésente. Je trouve ça étouffant. J'ai également beaucoup de mal avec l'autofiction, avec l'auteur qui se met en scène sans pudeur : même si tout est inventé, que tout est faux (c'est le cas ici), l'écrivain-personnage est suffisamment crédible pour nous prendre en otage et nous "forcer" à ressentir de la sympathie. Cela m'insupporte car j'aime avoir le choix d'adhérer ou non au parti d'un personnage. Ce genre de littérature rend ça impossible, tout comme elle rend toute identification impossible : vous écoutez l'histoire d'une autre, il n'y a pas de place pour la vôtre. En revanche, la force de Camille Laurens tient dans la construction de son ouvrage. C'est un habile jeu de miroirs et de faux-semblants, d'illusions plus ou moins révélées. Nous avons d'abord le point de vue de Claire, internée dans un asile psychiatrique pour une raison que nous ignorons. Suit le bref point de vue du psychiatre de cette dernière qui fait voler en éclats les propos de sa patiente, puis le point de vue de Camille Morand, écrivain de son état, ruinant toute la véracité des témoignages précédents et, pour finir, le point de vue du mari de Claire qui apporte au roman un éclairage inédit. Au lecteur de démêler le vrai du faux dans ce labyrinthe de situations et de personnages qui l'hypnotisent littéralement. Celle que vous croyez est de plus une réflexion plus qu'intéressante sur le désir féminin : toutes les femmes de l'histoire, que ce soit Claire ou Camille, ont ce même refus d'abandonner, de renoncer à l'amour et au désir, tout en étant terrorisées par cette sentence dans l'oeil de l'homme, ce regard qui les condamne à la vieillesse et à la solitude. C'est un plaidoyer féministe qui n'a pas cependant pas le côté irritant "Girl Power" et tout le toutim (c'est d'ailleurs de mémoire ce qui m'avait déjà plu dans Dans ces bras-là. A cela s'ajoute une réflexion sur notre société actuelle, hyper-connectée mais qui n'a paradoxalement aucune transparence, où l'on peut réinventer sa vie en toute impunité, de la même façon que l'auteur réinvente la vie de son héroïne. Ainsi si Celle que vous croyez me laisse un sentiment étrange, je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé : il s'agit en effet d'un roman étrange et en trompe-l'oeil qui mérite qu'on s'y attarde.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 11:57

L07.jpgYesterday's Gone

Saison 1 épisode 1 et 2

Le jour où le monde se réveilla désert

Sean Platt / David Wright

éditions Fleuve

2013

 

Quand j'étais une ado, j'avais commencé à écrire une saga fantastique pour mon grand frère : ça se présentait sous la forme d'épisodes que je faisais plus ou moins régulièrement, un peu comme une série télé. Et bien figurez-vous que les deux auteurs de Yesterday's Gone ont eu la même idée que moi : passionnés par des séries comme Lost ou X Files, ils ont décidé d'écrire leur propre roman-série. L'histoire est celle de nombreux personnages qui se réveillent dans un monde devenu quasiment désert. Leurs familles, leurs amis ont disparu, bon nombre d'animaux et de bâtiments également. Déboussolés, terrifiés, les "survivants" tentent tant bien que mal de se rassembler et de découvrir ce qu'il se passe. Comme dans une série, la narration saute d'un personnage à un autre et les auteurs vont même plus loin puisqu'ils scindent le livre en deux "épisodes" distincts.

Où est le hic me direz-vous, vous qui avez vu la tête de mon petit lapin en début d'article ? Je retourne à mon expérience personnelle : mon frère aimait beaucoup les épisodes que je lui faisais et les lisais avec plaisir, jusqu'au jour où j'ai cessé de l'approvisionner. Des années plus tard, pris de nostalgie, il les a relu à la suite et le verdict est tombé : ça n'allait pas. La faute tient à la forme : vous n'écrivez pas de la même façon une histoire d'un trait qu'un roman découpé en tranches. Yesterday's Gone a d'abord été écrit pour Internet du coup tous ses chapitres, proposés à intervalles réguliers, se devaient d'être addictifs et de donner envie d'y retourner. Mis en roman, ça ne marche plus : un roman, tout comme un morceau de musique, a besoin de respirations, de passages moins intenses et de liaisons en apparence inutiles mais pourtant nécessaire à l'harmonie de l'ouvrage. Là c'est trop lourd, trop dense, sans compter les redondances que ne verrait pas un lecteur qui lirait par petites touches mais que ne manque pas de remarquer celui qui lit tout d'un bloc. Malgré les affirmations des deux auteurs, je ne suis donc pas convaincue par cette forme littéraire soit-disant révolutionnaire, pas plus que je ne suis convaincue par leur style grossier, leurs personnages sans aucun relief et leurs descriptions supposées être terrifiantes mais qui sont tellement peu subtiles qu'elles tombent à plat. Yesterday's Gone c'est l'équivalent certes de la série télé mais de la série télé dans ce qu'elle a de plus caricatural : des vilains monstres, des hommes baraqués et mystérieux qui tiennent des flingues pendant que des jeunes femmes plus ou moins apeurées se tiennent derrière eux, et des adolescents qui vont apprendre à grandir très vite dans ce monde devenu fou et même découvrir l'amour. C'est bien les gars, continuez gentiment votre délire de geeks mais bon, ne taxez pas ça de révolution littéraire et, par pitié, prenez aussi quelques cours d'écriture.

 

PS : Rien à voir mais c'était hier l'anniversaire de ce blog qui fête ses huit ans. J'en profite pour remercier tous ceux qui viennent régulièrement ou irrégulièrement par ici et j'espère que vous prenez autant de plaisir à lire ces articles que je prends plaisir à les écrire. J'en profite du coup pour souhaiter un joyeux anniversaire à tous ceux dont c'est l'anniversaire aujourd'hui, on ne sait jamais.

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 14:02

L02.jpgPars vite et reviens tard

Fred Vargas

éditions Magnard

2001

 

Pars vite et reviens tard est sans doute l'un des ouvrages les plus connus de Fred Vargas. C'est curieusement l'un de ceux que j'ai le moins aimé à l'époque. Bien des années plus tard, une seconde lecture s'imposait.

A Paris, Joss, un ancien marin, a choisi un drôle de métier en se réinventant crieur public. Tous les jours, il déclame sur sa place des messages que des inconnus lui déposent dans son urne. Déclarations d'amour, petites annonces et, depuis quelques temps, de mystérieux messages écrits en ancien français et annonçant l'arrivée de la peste. Folie douce d'un illuminé ? Le commissaire Adamsberg en doute lorsque, parallèlement à ces mystérieux messages, des signes étranges apparaissent sur les portes des immeubles de la capitale tandis que des cadavres sans aucun lien apparent entre eux mais tous étranglés et recouverts de charbons de bois sont retrouvés...

Après réflexion peut-être était-ce tout le tapage qu'il y avait eu à l'époque autour de Pars vite et reviens tard qui m'avait agacée car, en relisant le roman, je l'ai plutôt apprécié d'autant plus que j'avais oublié l'intrigue je l'avoue. Fred Vargas a un style propre à elle et qui peut agacer parfois : les vieux taciturnes, les ex taulards réglos malgré tout, les femmes volubiles... Même le commissaire Adamsberg peut paraître lassant avec son éternelle nonchalance. Malgré tout, le lecteur se laisse encore un fois happer par une intrigue qui joue habilement avec l'histoire, mêlant anecdotes véridiques et croyances populaires, et qui surprend avec un dénouement inattendu et un final mi-figue mi-raisin. Après cela, vous ne regarderez plus jamais les puces et les rats de la même façon...

 

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 12:56

L02.jpgLes gouffres de la Lune

Arthur C. Clarke

éditions Milady

1961

 

 

Lorsqu'on évoque 2001 l'Odyssée de l'espace, tout le monde voit plus ou moins de quoi on parle, notamment grâce à l'adaptation cinématographique de Stanley Kubrick. Aujourd'hui c'est d'un autre ouvrage de SF de Arthur C.Clarke dont nous allons parler, moins connu certes, mais intéressant à plus d'un titre.

Nous sommes au XXIe siècle (oui je sais mais on ne ricane pas s'il vous plaît ou on reparle de 1984 d'Orwell) et la Lune a été colonisée. Désormais les touristes peuvent même se payer le luxe d'une croisière sur la mer de la Soif, une surface de poussière aux propriétés étonnantes. C'est le capitaine Pat Harris qui mène cette croisière à bord du Séléné et, jusqu'à présent il n'avait jamais eu de soucis, jusqu'au jour où un tremblement du sol entraîne l'engloutissement du vaisseau et le fait disparaître des radars. Livrés à eux-mêmes au milieu des poussières de la mer de la Soif, privés sous peu d'oxygène, Harris et ses passagers n'ont d'autre choix que d'espérer l'arrivée des secours avant qu'il ne soit trop tard...

C'est toujours un peu étrange de lire de la science-fiction à ses débuts, surtout lorsqu'on réalise qu'à l'époque de la publication des Gouffres de la lune, l'homme n'avait même pas encore posé le pied sur la dite Lune. Bien évidemment, de ce fait, certains éléments du livre sont complètement dépassés : il n'existe pas de mer de la Soif ou de tout autre surface de ce type sur la Lune et personne ne va (encore) y faire du tourisme. Reste que l'ouvrage est loin d'avoir aussi mal vieilli que la plupart des ouvrages du genre. Clarke en effet axe son récit autour de deux intrigues : l'une est centrée sur les secours et sur les moyens techniques mis en oeuvre pour évacuer le Séléné, l'autre s'intéresse au capitaine et à ses passagers prisonniers à bord : par ce choix de narration alternée, l'auteur crée une dynamique au roman. Il évite également sagement toute invention futuriste trop loufoque, préférant se concentrer sur des notions de science acquises et restant toujours plus ou moins dans le domaine du plausible. Les gouffres de la Lune, loin des grands espaces, est donc un livre huis-clos, dans ou à proximité de la mer de la Soif, qui confronte le lecteur à ses propres questionnements : peut-on prétendre maîtriser une planète alors que nous ignorons qui est vraiment le passager en face de nous ? Peut-on coloniser la Lune alors que certaines de ses propriétés sont inconnues ? Plus qu'un livre de science-fiction, les gouffres de la Lune est un appel à la prudence, un ouvrage plein d'humilité et de fascination à la fois devant un univers qui commence seulement à se dévoiler.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:50

L01.jpgHector et les pétrifieurs de temps

Danny Wallace

éditions Gallimard Jeunesse

2015

 

Il est très difficile d'écrire pour les adolescents mais encore plus à mon sens pour les pré-ados, âge délicat s'il en est. Aussi, je suis plus qu'admirative devant des auteurs comme Danny Wallace qui y parviennent sans efforts.

Hector vit dans une petite ville d'Angleterre où il ne se passe jamais rien, mais tellement rien que cette ville, Starkley, a été élue la quatrième ville la plus ennuyeuse du pays (si elle avait été sur le podium elle serait devenue intéressante mais non). Aussi, lorsque le monde se pétrifie autour de lui à intervalles réguliers, Hector est plutôt ravi de cet événement qui brise un peu la monotonie de sa vie. Car ce ne sont plus seulement les gens autour de lui qui se figent mais les animaux, le vent, et même le temps. Mais bientôt, il déchante lorsqu'il découvre que, durant ces "pauses", des monstres mystérieux en profitent pour envahir la ville et enlever des adultes...

Mélange habile d'humour et de fantastique, Hector et les pétrifieurs de temps est un récit plein d'imagination qui embarque son lecteur dans un style vivant et une intrigue bien construite. C'est drôle sans prendre l'enfant pour un idiot, ce qui n'empêche pas quelques moments plus graves (l'enlèvement des adultes) et d'autres plus touchants (Hector qui a du mal à accepter la disparition de son père ou qui découvre qu'Achille, la petite brute du collège, est loin d'être un méchant) Danny Wallace s'en donne également à coeur joie dans la descriptions des monstres pétrifieurs de temps pour apporter au livre le côté glaçant qui pourrait lui manquer. Que dire si ce n'est qu'Hector et les pétrifieurs de temps est une réussite à mettre entre toutes les mains des 10-12 ans et pourquoi pas au-delà...

 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 19:07

L01.jpgAmanda et les amis imaginaires

AF Harrold/ E Gravett

éditions du Seuil

2014

 

Amanda et Rudger, son meilleur ami, sont inséparables : à toute heure du jour et de la nuit, ils font les quatre cent coups ensemble même s'il faut avouer que c'est souvent Amanda qui mène la danse, Rudger se contentant de la suivre avec plus ou moins d'entrain. C'est une très jolie histoire d'amitié en tous cas mais qui a une petite particularité : c'est que Rudger est l'ami imaginaire d'Amanda et n'existe donc qu'à ses yeux. Or, lorsque Amanda a un accident, Rudger commence à s'estomper. Il a alors le choix : ou se trouver quelqu'un d'autre pour croire en lui, ou retrouver Amanda.

Il y a un peu du conte dans ce joli roman pour la jeunesse qui nous fait entrer de plein pied dans un univers coloré, un monde que l'auteur peuple de faux pirates et de vrais amis imaginaires, de méchants avaleurs de rêves, d'adultes un peu tristes et d'enfants un peu seuls. Tout se mêle avec grâce et si l'humour est toujours là, que ce soit dans le caractère fantasque d'Amanda ou dans le comportement extrême de la mère de Julia qui traîne sa fille chez le pédopsychiatre parce que celle-ci "voit" Rudger, la réflexion n'est jamais très loin non plus. En effet, Amanda et les amis imaginaires c'est un aussi un plaidoyer pour l'imagination, asphyxiée par des vies monotones et sans saveur, c'est également un très joli texte, parfois un brin mélancolique, sur la mort et l'oubli. Pas d'ellipses ni de complaisance, seulement une belle histoire servie par des illustrations qui donnent un côté très "old school" au roman et qui, pour ma part, m'a fait oublier le temps de ma lecture que j'avais passé l'âge de croire aux contes de fées.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:43

L01.jpgLes garçons ne tricotent pas (en public)

TS Easton

éditions Nathan

2014

 

Ben, seize ans, n'est pas un mauvais garçon. Certes, il a été surpris en train de voler de l'alcool dans un supermarché mais il a agi sous l'influence de ses débiles de copains. Lui-même ce qu'il aime c'est trier, classer et vivre une vie sans histoires, ce qui n'est pas évident entre une petite soeur pénible, une mère magicienne qui, lorsqu'elle n'est pas partie aux quatre coins du pays, fait jaillir des colombes un peu partout, et un père qui s'entête à le bassiner avec le sport et les voitures alors qu'il a horreur de ça... Malgré tout, Ben se voit flanqué d'un agent de probation et chargé de suivre un "parcours de réinsertion pour jeunes délinquants". Dans ce cadre il va devoir s'inscrire... à un cours de tricot et, oh surprise, découvrir qu'il adore ça et qu'il est vraiment très doué. Vive le point mousse et les pulls sans manches ! Le problème c'est que ce n'est guère une activité dont il peut se vanter auprès de ses copains, de son père ou encore de Megan, la fille dont il est amoureux...

A bien des égards, Les garçons ne tricotent pas (en public) m'a fait penser à la série Journal d'un dégonflé mais pour plus âgés. On y retrouve une narration sous forme de journal intime (c'est Ben qui raconte l'histoire) et un humour irrésistible tant dans le ton désabusé de l'adolescent que dans les situations improbables (j'ai beaucoup ri lors de ce passage où Ben, surpris par ses copains à lire en douce un magazine de tricot y glisse vite une revue porno pour faire illusion). L'ensemble reste bon enfant, l'auteur glissant ça et là quelques trouvailles assez drôles comme Joz, l'ami de Ben, qui s'essaie à la littérature en écrivant 50 nuances de Graham, plagiat à peine moins mauvais que 50 nuances de Grey, ou les parents du héros qui s'obstinent à faire des allusions graveleuses en sa présence. Si le thème "officiel" du livre reste avant tout l'histoire d'un ado qui se découvre une passion pour le tricot, il s'agit également du quotidien d'un garçon lambda qui n'est pas plus spécial qu'un autre mais qui ne partage pas les mêmes centres d'intérêt que ses camarades, c'est tout, et c'est avec beaucoup de finesse que Easton démonte des préjugés sans cependant en faire des tonnes. J'ignore si l'ouvrage rencontrera son public mais, pour ma part, j'ai apprécié son humour très "british" et ses descriptions qui me donnent presque envie de me mettre au tricot à mon tour.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 12:30

L07.jpgLittle Sister

Benoît Séverac

éditions Syros

2016

 

Il y a des sujets qui me semblent un peu délicats à aborder et qui nécessitent une certaine maîtrise de l'écriture et une bonne dose de subtilité. Toutes ces choses que Little Sister ne possède pas.

Pour prendre la défense de l'auteur, la thématique de l'histoire était plus que casse-gueule : Lena, seize ans, a vu sa vie bouleversée quatre ans auparavant lorsque son grand frère qu'elle idolâtrait a tout quitté, sans explications, pour partir faire le djihad en Syrie. Pour elle et pour ses parents c'est la stupeur et l'incompréhension. Cependant, alors que toute la famille a tiré un trait sur le jeune homme, Lena veut croire encore à une méprise. Aussi, lorsque Ivan, par l'intermédiaire de son ex meilleur ami Théo lui donne rendez-vous à Cadaquès, en Espagne, chez son oncle et sa tante, l'adolescente n'hésite pas une seconde.
A dire vrai, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cet ouvrage. J'ignore même ce que j'espérais et s'il y avait une "bonne" façon de parler d'un sujet aussi sensible. Une chose est sûre en tous cas, ce n'est pas à la façon de Benoît Séverac. Si le début de la narration, abordée à travers les yeux de Léna, est touchant et soulève des interrogations délicates, le reste de l'histoire vire à la mauvaise course-poursuite et à des considérations politiques qui vont de la simplification outrancière aux raccourcis grotesques. De la subtilité ? Quelle drôle d'idée ! Réfugions-nous plutôt dans une dichotomie bons/ méchants, dans une intrigue mal menée de bout en bout avec un final qui tourne en eau de boudin et deux trois clichés moralisateurs par dessus. Peut-être que l'auteur était comme moi certes, peut-être qu'il ignorait comment parler du terrorisme ou du djihad. Dans ces cas-là cependant il me semble que le silence est préférable à ce roman désastreux qui élude les vraies questions (peut-on oui ou non pardonner à ceux que vous aimez même s'ils commettent les pires horreurs ? Pourquoi Ivan est-il parti ?) pour se contenter d'une action fade et bien-pensante qui n'incitera sûrement pas à une réflexion constructive.

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