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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 17:44

L01.jpgLes trois mousquetaires

Alexandre Dumas

éditions Flammarion

1844

 

Il en est de ces classiques que tout le monde connaît sans les avoir lu. Les trois mousquetaires font partie de ces ouvrages. Ainsi, il y a peu, j'aurais pu vous citer le nom des personnages du livre, situer l'intrigue principale et même hasarder quelques suppositions sur le développement de l'action. Pourtant, je ne l'avais jamais lu. Mais ça, c'était avant Les 1001 livres...

D'Artagnan est un jeune gascon fort en gueule qui monte sur Paris, porteur d'une lettre de recommandation pour monsieur de Treville, capitaine des mousquetaires. Les ennuis commencent dès son arrivée près de la capitale, lorsqu'il entre en conflit avec un mystérieux inconnu qui lui vole sa lettre. Cela ne s'arrange pas après son entrevue avec monsieur de Treville puisqu'il parvient à provoquer en duel trois des meilleurs mousquetaires de ce dernier, Porthos, Athos et Aramis..

Difficile de résumer 800 pages d'un roman de cape et d'épée. J'ai été surprise et séduite par l'humour du récit, moi qui n'avais lu que les romans d'Alexandre Dumas fils et qui m'attendais un peu au même ton. Il n'en est rien. Maniant à merveille l'ironie, l'auteur n'hésite pas à se moquer de ses personnages, que ce soit cette tête brûlée de D'Artagnan, l'hypocrite Aramis ou le fat Porthos... Il n'hésite pas non plus à faire évoluer l'action de façon inattendue : ainsi les quatre personnages se font offrir des chevaux très rapides et très chers dont on peut penser qu'ils auront une grande importance dans le récit mais, dès le chapitre suivant, ils les perdent. De même la reine offre un diamant à D'Artagnan qui le chérit... pour finalement le revendre. Le cynisme n'est jamais loin, côtoyant l'intrigue de cour et des sentiments plus nobles. Ce qui frappe dans ce roman, ce sont des rebondissements multiples, dû à sa publication initiale sous forme de roman-feuilleton (oui ça contredit ce que j'ai dit lors d'une précédente note) qui mêlent la petite histoire à la grande. Ainsi, tout en suivant les pérégrinations de nos quatre amis, nous assistons également au siège de la Rochelle, nous croisons l'ambivalent cardinal Richelieu, le faible Louis XIII, la jolie et mélancolique Anne d'Autriche... Enfin, la force du roman tient, outre les personnalités fortes de nos mousquetaires, au personnage de l'inquiétante Milady, dont l'apparition est toujours source d'événements dramatiques. Cette femme sans conscience et sans remords, est d'autant plus dangereuse que son apparence est séduisante : pour Dumas, elle est moins un protagoniste que l'incarnation du Diable, revêtant tour à tour et selon les circonstances le masque d'épouse modèle (Athos), d'amante enflammée (D'Artagnan) d''amie dévouée (madame de Placieux) ou même de vertueuse persécutée (Felton) pour mener à leur chute les autres. Ainsi la répugnance du lecteur à son égard se mêle d'une sorte de fascination pour un personnage qui, au fond, a plus de caractère que l'inconstant D'Artagnan ou la trop sage madame de Placieux.

Voilà en quelques mots Les trois mousquetaires mais je vous invite à vous faire votre propre opinion. Quant à moi je retrouverai d'ici peu Dumas Père avec cet autre classique qu'est Le comte de Monte-Christo.

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 11:46

Le puits et la pendule

Edgar Allan Poe

1843

 

Une pièce dans le noir, un homme seul dans cette pièce, condamné par l'Inquisition et ignorant tout du sort qui lui est réservé. Au centre, un puits dans lequel il manque tomber. Au plafond, une horloge avec un balancier acéré qui se rapproche dangereusement pour lui lacérer la chair. Tic, tac...

Tout le talent d'Edgar Allan Poe se retrouve condensé dans cette courte nouvelle glaçante à souhait. Ici il n'y a pas de préambules ni d'explications; qu'a fait le prisonnier narrateur pour se retrouver condamné nous n'en savons rien. De son passé, de sa condition, de ses convictions nous ignorons tout. Ce n'est plus qu'un homme nu luttant seul dans le noir contre une mort irrémédiable et dont toute l'intelligence se retrouve mobilisée à la survie. Le récit à la première personne favorise l'identification immédiate par le lecteur qui tremble pour le malheureux. Allan Poe joue également sur des symboles forts : le puits sans fond, l'horloge dont le tic-tac rapproche le narrateur d'une mort certaine, l'obscurité... Il y a peu d'éléments dans cette nouvelle, à dessein, mais ils sont diablement efficaces. Les descriptions brèves et précises confortent le sentiment de malaise tandis que le dépouillement du "décor" nous force à nous concentrer sur le personnage, ses gestes, ses sensations, et à ressentir d'autant plus sa terreur. Le sentiment d'oppression et d'angoisse va crescendo jusqu'à un final abrupt qui laisse à peine au lecteur le temps se remettre de ses émotions. Bref et efficace.

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 11:11

L04.jpgIllusions perdues

Honoré de Balzac

éditions Flammarion

1843

 

Si vous aussi vous vous sentez un peu déprimés cette semaine, vous êtes en parfaite condition pour aborder notre prochain livre sur la liste des 1001 livres... Illusions perdues de Balzac, oeuvre que l'auteur lui-même considérait comme l'un de ses romans phares.

L'histoire est celle David et Lucien, deux amis qui se sont connus durant leurs études. David Séchard est un garçon rêveur et honnête à qui son père a revendu l'imprimerie familiale à Angoulême. Inventeur, il rêve de découvrir un secret de fabrication qui rendrait le papier bon marché. Son ami, Lucien Chardon, est d'une toute autre étoffe : poète, il rêve de richesse et surtout de gloire. Ses ambitions lui font croiser la route de madame de Bargeton, femme mal mariée qui s'éprend de sa très grande beauté et de ses talents. Après avoir en vain essayé de le faire admettre dans la noblesse provinciale, elle prend des mesures désespérées et décide de quitter avec lui Angoulême pour Paris, désireuse d'échapper à la mesquinerie provinciale. Lucien s'engage enthousiaste dans l'aventure, laissant derrière lui David devenu son beau-frère, ignorant que ses ambitions vont être fatales à toute sa famille.

Pauvre David ! Là où la plupart des lecteurs ne jurent que par Lucien, j'avoue que toute ma sympathie va à l'inventeur et à sa femme Eve, la soeur du poète : en effet, Lucien seul est l'artisan de son malheur tandis que le jeune couple n'est victime que du trop grand amour qu'ils éprouvent pour l'enfant prodigue. L'action du livre s'articule autour de deux lieux : Angoulême, la ville de province dans toute sa mesquinerie, avec ses fonctionnaires rusés et malhonnêtes, sa noblesse étroite d'esprit qui se refuse à admettre que le monde a changé, ses commerçants avides, et Paris, la capitale des plaisirs et des idées avec ses journalistes corrompus, ses libraires avares, ses actrices entretenues... A Paris, tout est comédie et seul le cynisme peut permettre de percer rapidement : aussi Lucien, peu désireux d'attendre des années avant que son talent soit reconnu, décide de délaisser l'écriture au profit du journalisme, carrière plus lucrative mais qui lui fait vendre très vite son âme au diable. Or, moins habile qu'il ne le pensait à ce jeu, il va très vite se retrouver ruiné et entraîner dans sa chute David et Eve, eux-mêmes déjà pris à la gorge par des imprimeurs concurrents rusés... Illusions perdues cristallise tous les thèmes majeurs de l'oeuvre de Balzac : l'ambition un peu naïve du provincial, l'hypocrisie sociale, un monde gangrené par l'argent et le pouvoir... Roman d'apprentissage par excellence, le ton est très sombre, la fin peu encourageante et le récit lui-même témoigne de l'expérience d'un auteur qui a longtemps été journaliste. Comme dans tout Balzac on retrouve les descriptions à rallonge et certaines longueurs qui font cependant le charme d'un livre avec son lot de personnages touchants (la jolie actrice Coralie, l'amante de Lucien, victime collatérale, la courageuse Eve, le gentil David, le travailleur d'Arthez) mais surtout détestables (le père de David, les Cointet, Châtelet) et qui illustre à merveille la théories de Balzac et du roman du 19e siècle en général : on ne peut apprendre sans souffrir. Vous voilà prévenus.

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 12:01

L01.jpgLes enfants du duc

Anthony Trollope

éditions Points

1880

 

Plantagenet Palliser, duc d'Omnium, a le coeur lourd : sa femme vient de mourir brutalement et ses enfants lui causent bien des soucis. Son fils aîné, après s'être fait renvoyer de l'université par deux fois, a opté pour une carrière politique mais du côté des conservateurs alors que son père a toujours été libéral. De plus, il participe à des courses de chevaux et prend plus plaisir à chasser et à fréquenter son club qu'à s'investir au Parlement. Le frère cadet, Gerald, suit le même chemin. Quant à la petite dernière, Lady Mary, elle commet une faute encore plus grave aux yeux de son père en s'éprenant d'un jeune homme bien sous tous rapports mais qui, oh scandale, n'a ni titre ni fortune. Une alliance que ne peut tolérer le duc, bien déterminé à mettre fin à cette idylle.

Vous l'avez compris, Les enfants du duc se situe quelque part entre du Jane Austen et du Downton Abbey. Si le livre fait partie d'une vaste fresque familiale, il est en revanche possible de le lire indépendamment des autres ouvrages. C'est un genre un peu particulier que ce roman victorien rempli de nobles qui fument leurs cigares en parlant politique tandis que les femmes se confient sur leurs soupirants. Pour ma part, j'adore même si j'ai trouvé quelques longueurs ça et là. Malgré les propres convictions de l'auteur, pas franchement pour les droits de la femme, l'ouvrage reste étonnamment moderne : en effet, Trollope nous montre les différences de condition entre les fils du duc, libres d'agir à leur guise et d'accumuler dettes et erreurs tandis que lady Mary, coupable uniquement d'être tombée amoureuse d'un homme sans le sou, est cloîtrée et surveillée de près. Que dire aussi de lady Mabel, sans fortune qui est forcée de renoncer à l'amour de sa vie pour rechercher un mariage d'argent ? Ces deux portraits de femmes fortes tranchent avec le caractère plus faible du fils aîné du duc, versatile et amoureux inconstant, attachant malgré tout car conscient de ses imperfections et même son ami plus posé, Frank Treagar, trop peu présent dans le livre pour vraiment s'imposer. Cependant, le vrai héros des Enfants du duc reste le duc lui-même, patriarche dépassé par un monde changeant, qui aime mais ne comprend absolument pas ses enfants ni même le monde dans lequel il vit. Alors que ses agissements sont finalement très peu décrits, son ombre sévère plane tout le long du roman comme un dieu capable d'influer sur le destin de ses enfants. Ce n'est évidemment qu'une illusion : il apparaît vite que le pauvre duc est avant tout un père aimant, capable de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de se résigner à ce qu'il ne peut combattre, ce qui rend son personnage d'autant plus intéressant, mélange de froideur et de tendresse, de hauteur et de naïveté. L'ouvrage navigue également avec aisance entre étude de moeurs et satire discrète (les passages "politiques", notamment celui où Frank Treagar doit faire du porte à porte pour son élection, sont particulièrement drôles) et m'a fait découvrir un nouvel aspect de la littérature anglaise. Une bien belle découverte ma foi.

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 18:44

L03.jpgMémoires d'outre-tombe

Chateaubriand

éditions Livre de Poche (4 tomes)

1841

 

Oui, je sais, ça fait très longtemps que nous ne nous sommes pas vus : la faute à mon dernier 1001 livres... : Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. Non non ne partez pas! Je viens de passer deux mois sur ce bouquin de trois milles pages, vous pouvez faire l'effort de lire ma note jusqu'au bout hein.

Que dire ? A la base, Mémoires d'outre-tombe était prévu pour une publication à titre posthume, l'auteur souhaitant ainsi faire de son oeuvre une sorte de testament littéraire. Malheureusement, des difficultés financières l'ont conduit à autoriser des publications de son vivant. D'où un ouvrage manié et remanié, avec des rajouts, des suppressions et des appendices qui font à eux seuls le tiers du livre. Ces mémoires ont pour ambition de retracer la vie de Chateaubriand, noble désargenté à une époque où il ne fait plus bon être noble; la révolution française est entamée le monde est en plein bouleversement. A travers son récit, c'est tout un pan de notre histoire que l'auteur a l'ambition de retracer : la fin de la royauté, la Révolution, la Terreur, l'Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet.... Héritier inavoué de Rousseau et de ses Confessions, Chateaubriand livre un récit foisonnant, tantôt récit de voyage, tantôt essai historique, tantôt vaudeville, tantôt méditations... Il multiplie personnages et références littéraires et nous fait pénétrer au coeur du début du 18e siècle.

Je ne vais pas vous faire une analyse des Mémoires d'outre-tombe : d'autres font ça très bien et je mentirais en disant que j'ai été subjuguée par Chateaubriand. La vérité c'est que j'ai eu parfois du mal avec son style ampoulé et ses discours larmoyants. Plus "hypocrite" que Rousseau, Chateaubriand omet dans ses mémoires tout ce qu'il pourrait y avoir de graveleux ou de trivial dans sa vie ou celle de son entourage : il passe sous silence un mariage qui ne semble guère avoir été heureux et tait ses nombreuses liaisons...Plus généralement, il a soin de faire de ses mémoires une tragédie en omettant toutes les parties bouffonnes. Pourquoi pas ? C'est un parti pris et un parti pris assumé : Chateaubriand se voulait historien, homme de lettres, homme politique, homme grave témoin d'une époque agonisante. Lui-même se décrit comme un homme du passé et son écriture est empreinte d'une perpétuelle mélancolie. Dès le premier tome, il nous raconte comment il aspire à la mort. Ennemi du vulgaire, il le traque et le méprise, si bien que le style est toujours maîtrisé et ne laisse au fond pas transparaître grand-chose de ce qu'était vraiment l'auteur. Le véritable Chateaubriand se laisse voir ça et là dans quelques courriers, quelques témoignages mais globalement reste un mystère. Entêté, il s'obstine par honneur à défendre la cause de la monarchie légitime alors qu'il n'y croit pas, il admire Napoléon tout en le détestant et défend la liberté de la presse tout en la déplorant. Il y a quelque chose d'héroïque dans cet homme qui, au milieu des opportunistes politiques, reste inébranlable, croyant convaincu mais désabusé, persuadé que le monde change et qu'il ne pourra pas y faire grand-chose mais qui essaie tout de même. A travers ses mémoires, le personnage agace par la haute opinion qu'il a de lui-même, attendrit par son histoire et ses aveux de faiblesses, mais laisse rarement indifférent. A la fois témoin et acteur d'un siècle qui se découvre, Chateaubriand nous livre un matériau historique et littéraire inestimable. Et, bien que j'avoue avoir eu bien du mal certains soirs à ouvrir son livre, après deux mois avec lui, me voilà un peu mélancolique à mon tour à l'idée de refermer la tombe d'un homme pas tout à fait comme les autres.

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 10:08

L02.jpgUn héros de notre temps

Lermontov

1840

éditions Flammarion

 

Il est temps de retrouver un peu nos 1001 livres... si vous êtes d'accord et de retourner à la froide Russie du XIXe siècle, auprès de Lermontov qui, comme la moitié des auteurs russes de ce temps j'ai l'impression, subira l'exil et mourra dans un duel. En fait Un héros de notre temps est un récit divisé en cinq parties ; ces parties peuvent se lire indépendamment les unes des autres et ne sont liées que par un seul fil rouge, le héros de ces histoires, Petchorine, un militaire cynique qui pose sur le monde et sur l'amour un regard désenchanté. Petchorine ne croit pas à grand-chose et nous le prouve dans chacune de ses aventures : il kidnappe une jeune femme et, dès lors qu'il a réussi à la séduire, s'en désintéresse, il méprise ses anciens amis, il "vole" la femme que son compagnon d'armes aime et tue ce dernier en duel... Bref, il fait preuve d'un égoïsme forcené et prend plaisir à mettre à bas toutes les valeurs "sacrées" de la vie : l'honneur, l'amour, l'amitié.. Bien entendu, le titre du livre est ironique : si Petchorine est "un héros de notre temps", c'est parce qu'il conjugue selon Lermontov tous les travers de l'homme de son siècle : la vanité, le cynisme, la jouissance pour la jouissance, l'insensibilité, l'égoïsme. C'est le descendant direct de Valmont, le héros des Liaisons dangereuses ou, plus proche, d'Eugène Onéguine, le héros du roman éponyme de Pouchkine dont nous avions parlé sur ce blog il n'y a pas si longtemps. L'originalité du roman de Lermontov réside dans sa composition même : alors que les deux premiers récits sont menés par un narrateur extérieur, les trois suivants sont tirés directement du journal de Petchorine. Ainsi, les points de vue sur le héros se mêlent, se confondent, voir se heurtent, fascinant kaléidoscope d'un personnage plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord.

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 09:55

L03.jpgLa chambre obscure

Hildebrand

1839

 

Je vous sens inquiets ces jours-ci : "Mais qu'en est-il des 1001 livres...? Devrons-nous à jamais entendre parler d'histoire d'ados aux supers-pouvoirs ou de vampires végétariens ?" Allez c'est bien parce que c'est vous...

Bon ceci dit ce n'est pas par fainéantise que j'avais négligé de vous parler des 1001 livres... ces derniers temps mais parce que le dernier en date a été un peu compliqué à trouver. La chambre obscure de Hildebrand, un auteur hollandais du 19e siècle, n'est en effet plus édité, et le seul moyen de l'obtenir c'est en impression à la demande. Le résultat est un travail éditorial incertain (on voit parfois la main qui tient l'ouvrage d'origine c'est drôle) et une traduction qui date un peu (1860, avouez que ça vous laisse songeur) Alors, me direz-vous, est-ce que tout ça au moins en valait la peine? Et bien très sincèrement... non. Ne vous y trompez pas, La chambre obscure n'a rien d'un ouvrage désagréable : il s'agit pour l'auteur de décrire personnages et situations quotidiennes de son pays sous forme d'instantanés. On y parlera du paysan du coin, du cousin citadin, de l'enfant d'aujourd'hui, des diligences et des bateliers... C'est amusant, l'humour est souvent présent dans ces portraits pas franchement méchants mais voilà quoi, comme le souligne d'ailleurs l'un des auteurs des 1001 livres... : "la variété de personnages date un peu". En clair, je comprends l'engouement qu'a suscité ce livre à l'époque de Hildebrand, ses contemporains se retrouvant pleinement dans ses descriptions et pouvant même y voir l'un d'eux mais aujourd'hui, tout ça nous donne l'aspect d'une photographie fanée, écrit dans un style désuet. Vous pouvez y trouver un intérêt historique certes mais d'un point de vue littéraire je ne considère pas ça comme renversant.

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 11:28

L01.jpgLa paix du ménage

Honoré de Balzac

éditions de l'Herne

1830

 

On continue dans notre découverte de Balzac avec ce court roman paru en 1830, La paix du ménage. L'action se déroule dans un bal : deux amis, Montcornet et le baron Martial de la Roche-Hugon aperçoivent à l'écart du groupe une jeune femme à l'air triste. Les spéculations vont bon train et les hommes, éblouis par sa beauté, se lancent le pari de la séduire, au grand mécontentement de madame de Vautremont, la maîtresse de Martial. Celle-ci décide d'en savoir plus sur la mystérieuse inconnue et apprend alors qu'elle est mariée...

Tout l'art du portrait de Balzac se retrouve dans ce texte qui passe d'un personnage à un autre et dresse un état des lieux sans concessions de la société napoléonienne : militaires galants, époux volages, veuves légères... En moins de quelques heures d'action, Balzac dresse une intrigue dont il parvient à tisser puis dénouer les noeuds et montre toute sa puissance de conteur en quelques situations. La douleur de la femme trompée, l'inquiétude de l'amant délaissé, le remords de l'époux volage, tout est déployé dans cet ouvrage qui, à rebours d'Eloge du mariage se présente comme un appel à la fidélité conjugale sans autant employer un ton moralisateur qui le desservirait plus qu'autre chose.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:57

L01.jpgLa chute de la maison Usher et autres nouvelles

Edgar Allan Poe

éditions Librio

1839

 

Au milieu des pavés de Balzac et d'Hugo, un court texte s'incruste dans les 1001 livres..., La chute de la maison Usher. Nouvelle d'une trentaine de pages, le récit met en scène un narrateur anonyme appelé en catastrophe auprès de son ami, Roderick Usher, dans la demeure familiale de ce dernier. La maison Usher est sombre et sinistre. Une malédiction semble planer sur elle et sur ses habitants. De fait, Roderick dépérit et sa soeur, Madeline, victime d'un mal inconnu, est sur le point de succomber.

Pour qui ne connaît pas Allan Poe, le style a de quoi surprendre. Tout l'art de l'auteur réside dans ces descriptions glaçantes, ces atmosphères sinistres et ces personnages dont on ne sait s'ils sont malades ou fous. L'horreur se distille peu à peu, dans la silhouette de la soeur moribonde qui traverse furtivement la pièce tel un fantôme alors que son frère parle d'elle, dans les donjons sinistres où le corps de la morte est déposé, dans le ton mélancolique du narrateur, teinté à la fois d'un sentiment d'horreur et de fatalité. Nulle espérance, nul réconfort dans un texte plein de désespoir qui, ceci dit, peut paraître un peu lent et qui, s'il était plus long tomberait sans doute totalement à côté. Sa force réside justement dans une action ramassée, concentrée, et dans l'absence quasi-totale de dialogues, guère envisageable dans un roman traditionnel. Les autres nouvelles du recueil jouent sur les mêmes thèmes que ceux de La chute de la maison Usher : frontières abolies entre vie et mort, maladie et folie, dédoublement de personnalité, sentiment d'inéluctabilité... Autant de thèmes qui donne à l'ensemble toutes les lettres de noblesse du genre fantastique.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 18:43

L02.jpgLa Chartreuse de Parme

Stendhal

éditions Le Livre de Poche

1839

 

La Chartreuse de Parme fait partie de ces classiques que j'ai lu lycéenne et que je redécouvre aujourd'hui grâce aux 1001 Livres. Curieusement, je gardais un très bon souvenir de cette oeuvre majeure de Stendhal et, fait rare, j'ai été presque un peu déçue de cette seconde lecture des années plus tard. Mais parlons-en un peu voulez-vous ?

1815 : Fabrice Del Dongo est un jeune homme italien, impétueux et insouciant, élevé par des femmes, sa mère, ses soeurs et sa tante Gina avec qui il a loué des tendres liens. Admirateur inconditionnel de Napoléon, il décide de se battre à ses côtés et participe plus ou moins (plutôt moins d'ailleurs) à la bataille de Waterloo, à la grande fureur de son père et de son frère qui, ennemis jurés des français, le dénoncent et le forcent à l'exil. Mais sa tante, devenue la maîtresse du ministre de la guerre et jouissant d'une grande influence à la cour du prince de Parme, parvient à plaider sa cause...

A dire vrai, il y a trop de rebondissements dans La Chartreuse de Parme pour que je puisse vous en faire un résumé probant. Toute l'art du roman réside dans cette intrigue qui se ramifie, évolue dans un sens ou dans un autre et peut tout aussi bien s'étendre sur une journée durant cent pages pour ensuite sauter gaiement trois années en quelques lignes. Quatre personnages dominent le récit : Fabrice, le jeune enthousiaste un peu naïf persuadé qu'il ne tombera jamais amoureux jusqu'au jour où il fait la connaissance de Clélia, la jeune femme solitaire et réservée; Gina, la duchesse amoureuse de son neveu presque sans s'en rendre compte et prête à tout pour lui; et, enfin, le comte Mosca, amant de la duchesse et prêt à tout pour lui complaire, y compris rendre service à son plus grand rival inavoué.. Ces deux couples sont au centre d'une tragi-comédie complexe, mêlant guerres et poisons, duels et intrigues de cour, amour et politique. Jadis, j'avoue que ma sympathie allait au couple de jeunes premiers, Fabrice et Clélia, beaux et naïfs, découvrant l'amour et ses contraintes. Je dois avouer qu'en le relisant aujourd'hui je suis plus frappée par la complexité des personnages du comte et de la duchesse qui, sans faire abstraction de leurs sentiments, passent environ les trois quarts du livre en intrigues politiques, essentiellement d'ailleurs pour tirer Fabrice de situations plus ou moins délicates, et ont plus de consistance et de profondeur que notre petit amoureux dont Stendhal se moque d'ailleurs un peu, raillant ses capacités de soldat et même ses débordements sentimentaux. Cela ne nous empêche pas d'apprécier sa fraîcheur, surtout dans un monde où tout n'est que complots et intrigues : paradoxalement, c'est en prison que Fabrice trouve la réelle liberté en se désengageant d'une société frivole et en trouvant l'amour véritable. Reste que l'oeuvre de Stendhal est un peu fouillis parfois : comme pour Le Rouge et le Noir, l'auteur se préoccupe bien peu des dates et, faute de relecture, attribue un âge à un personnage pour lui en donner un autre deux pages plus loin tout en multipliant les anachronismes. Le début du récit est long et l'intrigue parfois trop bavarde, avec des dialogues qui n'en finissent pas et que Stendhal lui-même finit par interrompre en s'excusant auprès de ses lecteurs. Néanmoins tout cela est contrebalancé par un style inimitable et par l'humour cynique de l'auteur qui parvient, tout en se moquant sans vergogne de ses héros, à les rendre sympathiques.

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