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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 19:09

L04.jpgLes Aventures d'Oliver Twist

Charles Dickens

éditions Livre de Poche

1838

 

L'auteur de la préface d'Oliver Twist vous prévient d'entrée de jeu : cette référence de la littérature anglaise est loin d'être parfaite tant s'en faut. Effets narratifs faciles, intrigue tarabiscotée, personnages parfois un peu mièvres... Il n'en demeure pas moins que l'ouvrage a, en-dehors de tous ces défauts, plus d'un intérêt qu'il convient d'analyser maintenant.

Tout commence avec la naissance d'un enfant, Oliver. Sa mère meurt à sa naissance et, son père étant inconnu, l'enfant passe ses premières années à l'asile : affamé, il a le malheur de réclamer davantage à manger et se fait haïr des responsables qui l'envoient en apprentissage auprès d'un fabricant de cercueils. Mais les malheurs d'Oliver ne s'arrêtent pas là : maltraité par ses maîtres, il décide de fuir à Londres et rejoint sans le savoir une troupe de truands menée par un dénommé Fagin.

Oliver Twist c'est l'histoire d'un gamin qui n'a vraiment, mais vraiment pas de chance. Notre vertueux héros (car il n'y a pas plus doux et plus noble qu'Oliver) cumule les malheurs, victime de la méchanceté et de la rouerie de son entourage, et, quand il rencontre des gens aimants et bienveillants, il les perd presque aussitôt. Dickens ne fait pas dans la demi-mesure en décrivant des personnages soit tout noirs, soit tout blancs, parfois à la limite de la caricature. Il n'y a guère que la tragique prostituée Nancy (le protagoniste le plus intéressant du récit) qui échappe à ce traitement. Cela pourrait faire d'Oliver Twist une oeuvre manichéenne si l'ouvrage ne s'accompagnait pas d'une sévère charge contre le système de l'époque, favorisant pauvreté et délinquance : asiles insalubres qui affament les plus démunis, juges cruels et incompétents, système judiciaire inadapté, orphelins maltraités... Dickens va même jusqu'à se glisser le temps de quelques chapitres dans la peau de ses personnages les plus vils, suscitant la pitié du lecteur malgré leurs méfaits : ainsi le chapitre où Fagin est condamné à mort est d'une grande force littéraire car il fait du grand méchant de l'histoire un être humain sans défense face à une foule assoiffée de sang. A dire vrai, Oliver Twist est un roman qui alterne médiocrité et grandeur, médiocrité quand il glisse dans l'intrigue tarabiscotée, les rebondissements invraisemblables ou sentimentalisme mièvre (les personnages "bons" sont tout bonnement insupportables et même le héros éponyme reste assez fade) grandeur quand Dickens nous fait explorer les rues d'un Londres mal famé et découvrir tout un monde de truands vivant dans la crainte de la potence, quittant les dames angéliques et les pasteurs courageux pour les escrocs et les prostituées. Ce contraste produit un livre tour à tour prenant et agaçant mais qui, pour mon premier contact avec Dickens, reste satisfaisant.

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 15:39

L02.jpgLa confession d'un enfant du siècle

Alfred de Musset

éditions Le Livre de Poche

1836

 

A l'origine, une histoire d'amour : celle d'Alfred de Musset, alors tout jeune homme, avec George Sand, de six ans son aînée. Il voulait lui écrire un roman à la mesure de cet amour mais leur liaison tourne au fiasco et La confession d'un enfant du siècle prend une tournure très différente, devenant l'une des premières oeuvres romantiques françaises de référence.

L'ouvrage s'ouvre sur la bataille de Waterloo : pour l'auteur, elle marque le début d'une ère marquée par la désillusion : les vieilles valeurs ne sont plus. Rois et religion ont été mis à bas par la Révolution. Le patriotisme quant à lui est mort avec la défaite de Napoléon : tous ces morts glorieux, toute cette boucherie qui marque l'Empire a perdu sa raison d'être avec cette humiliation. A quoi bon tout ça? Octave, le héros de Confession d'un enfant du siècle de fait ne croit plus en grand-chose si ce n'est en l'amour qui pour lui a valeur de sacrement. Ses certitudes vont pourtant voler en éclats le jour où il découvre que sa maîtresse le trompe avec l'un de ses amis. Blessé et humilié, Octave se livre alors sur les conseils de son confident Desgenais à une vie de débauche et de libertinage si bien que, lorsqu'il retrouve l'amour dans les bras de la jolie Brigitte, il ne peut atteindre le bonheur : confiance et illusions ont disparu.

Difficile de résumer un livre aussi complexe que celui de Musset. La confession d'un enfant du siècle est une oeuvre romantique mais qui n'a absolument rien à voir avec le romantisme de Goethe. C'est sans doute une lecture très personnelle de ma part (en même temps ça tombe bien, ici c'est mon blog pas un cours de français) mais je n'ai ressenti aucune réelle passion dans cet ouvrage. Pour moi c'est l'histoire d'un homme qui joue. Octave, passé sa première déception sentimentale, essaie de retrouver un sens à sa vie : il multiplie les expériences libertines puis s'éprend d'une femme avec laquelle il essaie de retrouver ses premiers émois amoureux. Tout est vain car la méfiance et la connaissance ont corrompu son coeur (Musset s'inspire énormément de Rousseau dans cet ouvrage, hommage à Sand qui admirait  ce dernier). Octave a beau jouer la passion en multipliant menaces de meurtre amoureux ou de suicide, jouer à être quelqu'un d'autre en voulant fuir ou se déguiser, la réalité le rattrape : l'innocence est perdue pour toujours, les illusions sont mortes avec sa première liaison. Tout cela se traduit par un style emphatique mais rarement sincère, par un narrateur plein de mauvaise foi mais parfaitement conscient de l'être, et par une écriture à la limite de la schizophrénie : Octave s'efforce désespérément de croire en l'amour tout en, paradoxalement, faisant tout pour le ridiculiser et l'avilir. La confession d'un enfant du siècle est donc une oeuvre troublante à défaut d'être émouvante (je n'ai quant à moi ressenti aucune sympathie pour le héros), reflet d'une génération qui doit se reconstruire au milieu des ruines des certitudes d'antan.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 10:30

Eugène Onéguine

Alexandre Pouchkine

éditions Actes Sud

1833

 

Les 1001 livres vous avaient manqué ne niez pas : soyez donc dans la joie car aujourd'hui, après Eugénie Grandet, nous y revenons avec Eugène Onéguine de Pouchkine. Eugène Onéguine a une particularité, c'est d'être un roman écrit en vers. L'histoire est celle de Evgueni, un jeune homme désabusé qui, à la mort de son oncle, hérite de la propriété campagnarde de ce dernier. Là, il se lie d'amitié avec le jeune poète Vladimir, amoureux exalté de la belle Olga, et suscite l'amour de la discrète Tatiana, la soeur d'Olga. Touché par cette passion inconditionnelle, Evgueni est cependant trop cynique pour y succomber et préfère plutôt flirter avec Olga le temps d'une soirée, déclenchant la colère de Vladimir. Le jeu tourne au drame...

Selon le traducteur, en Russie, Eugène Onéguine est un classique, un roman dont tout le monde peut citer des extraits. S'il est moins connu en France, c'est sans doute dû à sa forme difficilement traduisible et à ses références multiples à la culture et à l'histoire de son pays. En bref, si vous n'avez pas pris la peine de lire la préface et les annotations de bas de page, vous êtes très largués par certains noms et certaines allusions. Reste une histoire touchante et des personnages inoubliables : le héros éponyme blasé, la mélancolique Tania, l'exalté Vladimir... Tour à tour, le narrateur les décrit, met à jour leurs craintes et leurs désillusions dans un style unique, un roman en vers plein de poésie et de finesse que le traducteur a su rendre au mieux en respectant au maximum rimes, rythme et sonorités. Le ton parfois léger et ironique lorsqu'il évoque la société russe et ses petits travers se fait plus grave, plus émouvant lorsqu'il s'étend sur les tourments de Tatiana ou la jalousie de Vladimir. Les strophes "fantômes" interrompent le récit à de nombreuses reprises, conférant au roman l'allure d'une danse sautillante qui se fait tantôt rapide, tantôt lente ay rythme des états d'âme des personnages. Véritable exercice de style, Eugène Onéguine est également une histoire d'amour avortée, condamnée par le cynisme de son héros.

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 12:14

Eugénie Grandet

Honoré de Balzac

éditions Flammarion

1833

 

"Mais la dame à la fenêtre

Se lamente sur son triste sort

Dans 1000 ans, 2000 peut-être,

Se désolera encore..."

Monsieur Grandet est un avare. Bien que millionnaire grâce à la dot conséquente de sa femme et à un sens des affaires redoutable, il vit chichement et fait mener à son épouse et à sa fille, Eugénie, une vie des plus austères dans la petite ville de Saumur. Emmitouflée dans leur province, la famille Grandet coule des jours monotones mais paisibles, leur train-train rythmé par les repas, la messe et les visites de voisins désireux de mettre la main sur la riche héritière. Tout change le jour où le beau Charles, le neveu de Grandet, débarque de Paris et conquiert le coeur de sa cousine. Eugénie, jusqu'alors fille obéissante, se révèle alors une amoureuse passionnée et va tout faire pour aider son cousin victime de la faillite de son père, quitte à se rebeller contre le sien. Charles part finalement aux Indes faire fortune. Eugénie, bercée par des promesses de mariage, l'attend. Il ne reviendra jamais.

Eugénie Grandet, roman cloisonné et faisant intervenir très peu de personnages, est un roman des passions. Passion de l'argent, passion amoureuse... Tandis que le père Grandet se laisse dominer par son avarice, Eugénie ne vit que pour le retour d'un cousin qui, à dire vrai, fat et calculateur, ambitieux et manipulateur, ne mérite guère cet amour et ne se s'en soucie que fort peu. Le contraste réside entre l'attente de la jeune fille, Pénélope des temps modernes et l'attitude désinvolte de Charles qui a depuis longtemps oublié quelques baisers et une vague promesse échangée sur le banc d'un jardin. Beaucoup y voient une critique de Balzac des passions : en effet, l'auteur montre toute leur folie, s'élevant de ce fait contre la conception romantique. Je suis quant à moi plus partagée. En effet, quand Balzac nous parle de son héroïne, naïve, à l'horizon un peu étriqué, il y a comme une note de tendresse, tout comme il y a une certaine part d'admiration devant le talent de grigou du père Grandet. A cela s'oppose les médiocres, les voisins qui se laissent berner par le père Grandet, le cousin trop fat pour se résigner à épouser une ingénue de province mais assez écoeurée quand il réalise que l'ingénue en question est très riche... Si l'auteur ne peut que condamner l'excès, il semble paradoxalement trouver dans ces personnages excessifs une certaine grandeur qu'il ne trouve pas dans les autres. Eugénie Grandet est donc un curieux ouvrage, presque un huis-clos, l'histoire d'une vie gâchée par l'avarice d'un père et par une passion mal placée et sans doute à ce jour mon roman préféré de Balzac.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:29

L01.jpgNotre-Dame de Paris

Victor Hugo

éditions Pocket

1831

 

Il m'a fallu du temps pour le lire celui-là! De Notre-Dame de Paris, mon premier souvenir est celui d'un film terrifiant où un homme abominable balançait du haut de Notre-Dame des seaux d'huile bouillante à des assaillants en colère. Puis, adolescente, j'ai découvert la très très très libre adaptation de Walt Disney, tout aussi terrifiante dans le genre sucré et et nauséabond. Intriguée, j'ai tenté une première fois la lecture de l'oeuvre pour la reposer passées les dix premières pages, découragée par des descriptions à rallonge et des considérations à n'en plus finir sur l'architecture médiévale. Des années plus tard, Les 1001 Livres.... m'ont offert l'occasion d'y revenir.

Nous sommes à Paris en 1482 sous le règne du terrible Louis XI. A l'ombre de Notre-Dame, la jolie bohémienne Esméralda danse sous le regard sombre de l'archidiacre Frollo. Lui l'alchimiste un peu sorcier qui jusque là ne vivait que pour l'étude et son jeune frère, le voilà qu'il est pris d'un désir ardent pour cette gitane. Il décide de l'enlever avec l'aide de son protégé, Quasimodo, un bossu contrefait qu'il a recueilli et qui vit à Notre-Dame, rendu sourd par les cloches. Leur plan est mis à mal par l'arrivée de Gringoire, un poète sans un sou et, surtout, du beau capitaine Phoebus dont Esméralda tombe immédiatement amoureuse.

Il est difficile de résumer un récit aussi foisonnant qui fait intervenir un grand nombre de personnages. Pour dire la vérité, le début du livre m'a sérieusement ennuyée : l'action est très longue à se mettre en place, les descriptions de Hugo sont pesantes et ses références à l'architecture ne me parlent absolument pas. Mais, passé le premier cap, c'est tout un décor qui se met en place : cathédrale imposante, Cour des Miracles, personnages comiques ou tragiques, le grotesque côtoie le sublime et vice-versa. Les bouffonneries de Jehan Frollo contrastent avec les tourments de son frère, la pureté des sentiments de Quasimodo pour Esméralda s'oppose à sa laideur monstrueuse tandis que la passion de cette dernière pour Phoebus se heurte à l'indifférence du beau capitaine. Les scènes comiques (l'arrivée de Gringoire à la Cour des Miracles, le procès de Quasimodo mené par un juge sourd) alternent avec de très beaux moments tragiques (les déchirements de Frollo, la solitude de Quasimodo, les tortures de la bohémienne...). C'est une oeuvre flamboyante, gothique, qui restitue à merveille un monde médiéval grouillant de vie mais acceptant la mort avec tout autant de facilité. Gibets et gargouilles,  alchimie, voleurs et poètes... On passe la première moitié du livre à se demander pourquoi ce roman est si célèbre et l'autre moitié à comprendre son succès.

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 11:08

L01.jpgLe Rouge et le Noir

Stendhal

éditions Flammarion

1830

 

Julien est un jeune homme rêveur, passionné de latin et de Napoléon et guère apte à la vie que lui réserve son père, charpentier et exaspéré par ce fainéant de fils. Fort heureusement pour lui, il est engagé comme précepteur par le pontifiant monsieur de Rénal dont il séduit la femme. Ses manières et son succès auprès de la gent féminine lui valent bientôt une ascension sociale rapide et Julien voit enfin l'opportunité de monter à Paris...

Il y a des auteurs qu'on se plaît à imaginer. Personnellement j'ai toujours imaginé Balzac comme un gros monsieur dodu et jovial, Zola comme un vieil homme au regard acéré mais un peu pontifiant, et Stendhal... et ben pour moi Stendhal ça a toujours été une sorte de jeune chien fou comme son héros Fabrice dans la Chartreuse de Parme. Là où Balzac crée des jeunes hommes ambitieux qui réussissent, Stendhal se plaît à créer des personnages stoppés au sommet de leur gloire, que ce soit volontaire ou non. Julien Sorel est un être complexe, dévoré à la fois par l'ambition et le mépris de l'ambition : il voudrait faire partie des puissants tout en niant les classes sociales; il voudrait avoir fait ses preuves sous Napoléon mais se fait bien voir des royalistes au pouvoir. Au-dessus des Parisiens dont il méprise les manières, il voudrait cependant  leur ressembler. Vous l'avez compris : contrairement à ce qu'on pourrait croire, Le Rouge et le Noir est moins un roman politique (la politique à mon sens joue plus le rôle de toile de fond) qu'un roman psychologique. C'est le roman de la schizophrénie : je veux mais je ne veux pas, je t'aime mais je ne t'aime pas. Julien voudrait être dans le clergé mais rêve de gloire militaire; il aime madame de Rénal mais paradoxalement lui en veut d'être au-dessus de lui. Il aime Mathilde dès le moment où celle-ci le méprise et ne l'aime plus dès qu'elle lui avoue son amour tout comme Mathilde se met à l'adorer dès lors qu'elle le croit épris d'une autre. Seule madame de Rénal pourrait paraître constante dans toute cette histoire, si son amour pour Julien n'entrait pas sans cesse en contradiction avec ses convictions religieuses et morales, convictions cependant qu'elle finit par laisser de côté pour n'apparaître plus que comme un personnage entièrement livré à la passion. Si Stendhal se montre très critique vis-à-vis de ses trois protagonistes (Julien nous paraît assez insupportable, surtout au début), il apparaît bien vite cependant que Mathilde, madame de Rénal et Julien sont les seuls vrais héros méritants de l'histoire : pétris d'orgueil, d'amour ou d'ambition, ils se démarquent de contemporains ternes et plats dont les intérêts se limitent à des besoins immédiats, des intrigues politiques mesquines et des ambitions sans envergure. Mathilde a beau être orgueilleuse, caractérielle et inconstante, elle se refuse à jouer le rôle de la jeune fille qu'on marie par intérêt de même que madame de Rénal casse son carcan de sage mère de famille ou que Julien se refuse à accepter les offres d'emploi d'un ami qui le rendraient pourtant riche et prospère. Ce sont des héros romanesques dans un monde qui n'est pas un roman, conté par un narrateur qui lui-même n'est pas dupe. Le Rouge et le Noir pour résumer c'est l'histoire d'un monde au lendemain de la révolution française et qui a perdu tout repère, un livre où des personnages s'agitent pour faire de leur vie un conte de fées en oubliant que cela est impossible.

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 10:46

L08.jpgLes Fiancés

Alessandro Manzoni

Folio

1827

 

On retourne au 19e siècle et dans nos 1001 livres... pour vous parler aujourd'hui du roman fleuve italien de Manzoni, Les Fiancés. L'histoire est celle de Renzo et Lucia, deux paisibles villageois qui n'aspirent qu'à se marier et à fonder une famille. Mais, par malheur, un nobliau du coin, Don Rodigue, a jeté son dévolu sur la jolie fiancée et est déterminée à contrer ce mariage et à enlever la malheureuse Lucia. Le couple connaît alors bien des vicissitudes et, forcé de se séparer, nous fait voyager à travers l'Italie du 17e siècle, une Italie en proie à la guerre civile, à la famine et à la maladie...

Vous l'avez compris, Les Fiancés est moins le récit de personnages que d'un peuple tout entier, Manzoni ayant l'ambition de brosser l'histoire de tout un pays en un temps de troubles et de changements. De fait, il prend souvent à parti le lecteur, cite des personnages plus ou moins réels et feint même de se référer à un ouvrage plus ancien pour écrire son roman. Le procédé est intéressant, j'en conviens, mais le résultat l'est moins. Il faut dire ce qu'il est : j'ai rarement trouvé un livre si ennuyeux. C'est bien simple, même la peste racontée par Manzoni parvient à être soporifique. Le rythme des Fiancés est chaotique et, si le début de l'histoire parvient plus ou moins à captiver le lecteur, le reste, réflexions pieuses ou considérations politiques l'assomment assez rapidement. A trop vouloir faire une analyse de la société de l'époque, Manzoni en oublie de donner corps à ses personnages qui ne deviennent que des formes creuses sur fond de guerre civile. Renzo et le curé du village s'en tirent plutôt bien car, ni tout à fait bons ni tout à fait méchants, ils parviennent à avoir un peu de consistance. En revanche, Lucia reste une caricature de jeune fille effarouchée, une niaise bigote incapable de prendre sa vie en main. Il en est de même pour la plupart des héros qui se contentent d'être des ombres dans un tableau au demeurant assez plat. Les Fiancés est le premier roman italien de nos 1001 livres... Très sincèrement je ne comprends pas pourquoi si ce n'est peut-être  par cette volonté d'intégrer la petite histoire à la grande et qui va devenir la marque de fabrique de la plupart des romans du 19e...

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 11:52

L01.jpgUne double famille

Honoré de Balzac

éditions Livre de Poche

1830

 

Nous avons déjà vu dans ce blog que Balzac dans sa jeunesse s'est intéressé à la vie maritale avec son très court mais hilarant Physiologie du mariage. Il revient sur le sujet avec cette nouvelle publiée un an plus tard, Une double famille. L'histoire commence avec une douce romance, celle de la jolie et pauvre Caroline qui voit passer chaque jour à sa fenêtre un homme à l'air triste. Leurs regards se croisent, ils tombent amoureux sous l'oeil bienveillant de la mère de Caroline, madame Crochard, qui pressent que le prétendant est fortuné. Son intuition est juste: quelques années plus tard, Caroline mène une vie heureuse installée dans un appartement luxueux et mère de deux beaux enfants. Ce qu'elle ne comprend pas, ce sont les soudaines disparitions de son amant. A la mort de madame Crochard, la vérité éclate au grand jour : Roger Granville, le protecteur de Caroline est déja marié. Retour en arrière avec l'histoire de Roger et de son épouse Angélique, une femme froide et bigote dont la rigidité a fait de la vie de son mari un enfer.

Amateurs de morale, passez votre chemin; en écrivant d'abord l'histoire de Caroline et de Roger avant celle d'Angélique et de Roger, Balzac nous montre clairement sa préférence pour la famille adultère. Caroline est douce et dénuée d'ambition: elle ne vit que pour le bonheur de son amant et de celui de ses enfants. Elle s'adapte à Roger et à ses goûts. A l'inverse, le foyer d'Angélique apparaît comme un enfer familial. Austère et bigote, la jeune femme ne sait pas arranger sa maison, n'éprouve aucune passion charnelle pour son époux, refuse les mondanités et se laisse totalement diriger par un conseiller spirituel janséniste à la morale étroite. Ce portrait peu flatteur n'est pas fait pour attendrir le lecteur qui se rallie vite au mari malheureux. Comment le blâmer de rechercher un bonheur qu'il ne trouve pas chez lui? Peut-on lui en vouloir pour un adultère qu'il n'a pas prémédité et contre lequel il a même un peu lutté? Balzac nous campe sans vergogne un univers hypocrite rempli de Tartuffes et de commères, un monde où le mariage est une union financière avant d'être une union amoureuse ou même de caractères. Ce n'est pas Roger Granville qui est blâmé mais son père qui a voulu le marier à un être qui ne lui correspondait pas. Une double famille pourrait être une apologie de l'adultère mais il n'en est rien: le dénouement dans lequel on apprend que Granville s'est lui-même fait tromper par Caroline qui l'a quitté pour un autre homme nous rappelle, comme le dit très bien la quatrième de couverture que 'L'adultère ne saurait être la solution à un mariage raté". Les lecteurs de Balzac ont dû soupirer: la morale est sauve, le mari volage est seul, trahi par la maîtresse qui se meurt elle-même à cause d'un vaurien. N'en reste pas moins une réflexion intéressante sur l'hypocrisie religieuse, l'institution du mariage et l'idée que la fidélité et l'argent sont loin d'être le gage d'un mariage réussi.

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 11:32

L01.jpgLe dernier des Mohicans

James Fenimore Cooper

éditions Flammarion

1826

 

Des soldats et des indiens, une romance et des demoiselles en détresse, des combats et de la violence, des nobles sentiments et des trahisons... Nous ne sommes pas dans un film hollywoodien mais dans les 1001 livres... avec Le dernier des Mohicans de Cooper.

1757: dans la forêt nord-américaine, alors que la guerre entre les anglais et ces chiens de français fait rage, un jeune major anglais, Heyward, a la mission délicate de mener les deux filles du colonel Munroe, Cora et Alice, jusqu'à leur père assiégé au Fort Williams. Il est aidé par un indien Huron, Magua, qui se révèle bientôt être un traître. Heureusement, la route de Heyward croise celle de Oeil-de-Faucon, un chasseur blanc, et de deux Indiens, Chingachgook et son fils Uncas, ultimes survivants de la race des Mohicans. Les trois guerriers acceptent d'aider les anglais et de les guider à travers ce territoire hostile, cerné par les français et leurs alliés indiens.

Pour ceux qui ont vu le film, autant vous prévenir; le livre n'a rien à voir. Pas de jeune héros fougueux mais un vieux chasseur mal embouché. A dire vrai, dans Le dernier des Mohicans, nous avons plusieurs protagonistes importants: le major Heyward, jeune soldat méritant plein de noblesse d'âme mais encore inexpérimenté et un peu naïf forme avec Alice, la jeune soeur blonde et douce mais timorée et fragile, le couple de jeunes premiers sans envergure mais sympathiques et à qui on souhaite une fin heureuse tout simplement parce qu'on ne les voit pas assumer le rôle de héros tragiques. A l'inverse Uncas, le dernier des Mohicans, ultime descendant d'une lignée condamnée à disparaître, forme avec Cora la soeur aînée, métisse, un autre couple, tragique et plus complexe, celui de deux êtres menant avec courage et héroïsme un combat qui semble perdu d'avance. Enfin Munroe, Chingachgook et Oeil-de-Faucon sont des hommes d'expérience: à la différence de Cora et d'Uncas dont la sagesse semble innée et fait d'eux des êtres d'exception presque irréels, les trois hommes sont ancrés dans une réalité qui les rend pragmatiques: ils savent fuir, se cacher et ce seront les moins en danger durant tout le roman car leur vécu les rend plus prudents. Face à ce groupe de héros, Cooper nous oppose deux visages de l'ennemi; le français Montcalm, courtois, élégant, raffiné et chevaleresque mais dont la faiblesse et l'indécision font le malheur de nos personnages aussi sûrement que le "méchant" du livre, Magua, caricature de l'Indien vicieux et rusé.

Je ne suis pas assez calée sur l'histoire américaine et sur les Indiens pour vous dire si oui ou non Cooper a fait preuve d'une grande rigueur ou si, au contraire il s'est lancé dans un sujet trop vaste pour lui et a utilisé un ou deux clichés pour faire une bonne histoire. Bien qu'on le compare souvent à Walter Scott, Cooper n'a pas eu l'intention avec Le dernier des Mohicans d'écrire un roman historique; le seul événement "historique" du récit est le massacre  de Fort Williams, événement d'une rare violence certes mais qui, s'il occupe une place centrale, n'en est pas moins un rebondissement parmi d'autres. Le Dernier des Mohicans est avant tout un roman d'aventures : enlèvements, combats, têtes de bébés fracassés contre un rocher, Indiens qui scalpent à tout va, pièges et déguisements... Cinq cent pages épuisantes et angoissantes pour le lecteur. Là où Cooper rejoint Scott, c'est dans sa conception du roman où, tout comme l'auteur écossais, il met en scène des personnages qui luttent pour un monde qu'ils savent condamné à disparaître. Cooper pense manifestement que la mort de la civilisation indienne est inévitable et, y voit-il un inconvénient, rien n'est moins sûr. En revanche, il admire ces destinées individuelles qui vont à contre-courant de la destinée collective, de même qu'il admire Munroe, homme d'honneur perdu face à un Montcalm plus politicien que vraiment méchant. Tout ça en tous cas fait du Dernier des Mohicans une oeuvre extrêmement réussie qui, malgré quelques longueurs au début et un peu sur la fin, malgré des dialogues ampoulés et une "morale" légèrement douteuse donne au roman d'aventure ses lettres de noblesse et fait passer à son lecteur un très agréable bien qu'éprouvant moment.

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 10:21

L03.jpgScènes de la vie d'un propre à rien

Joseph von Eichendorff

éditions Libretto

1826

 

Dans un petit village allemand, près du moulin de son père, un jeune homme rêvasse paisiblement en contemplant la nature qui s'éveille d'un long hiver. Mais le meunier n'a que faire d'un fainéant et envoie son propre à rien de fils parcourir le vaste monde. Sitôt dit, sitôt fait : notre héros s'exécute et, sans rien d'autre que son violon sous le bras, se lance dans une aventure qui l'emmènera jusqu'en Italie et lui fera rencontrer peintres et nobles, soubrettes et villageois... Situations cocasses et romances sont au rendez-vous.

Quiproquos, rebondissements, intrigues tortueuses et chansons rythment ce court roman considéré par beaucoup comme la dernière oeuvre majeure du romantisme allemand. De fait, j'ai trouvé que le romantisme était ici plus qu'affaibli; hormis les très belles descriptions d'une nature célébrée à travers les chansons du narrateur, on ne retrouve guère dans Scènes de la vie d'un propre à rien tout ce qui fait la spécificité du genre que sous une forme atténuée, allégée. Le narrateur a beau clamer sa souffrance à la lune et aux étoiles, les situations grotesques et invraisemblables dans lesquelles il se retrouve en font surtout un personnage comique. L'histoire d'amour qu'il vit avec une belle et inaccessible inconnue est également loin d'avoir la profondeur et la gravité de celles que l'on retrouve dans les oeuvres de Goethe. Aussi, si j'ai apprécié le style léger d'Eichendorff, à mille lieux de l'emphase pompeuse d'un Novalis, j'aurais aimé je l'avoue, un peu plus de consistance à une histoire qui en manque cruellement et qui s'apparente plus à mon sens à une opérette : c'est distrayant, amusant, les rebondissements sont multiples, mais le le lecteur à aucun moment n'est vraiment touché ou ému, se contentant de suivre les pérégrinations d'un héros volatile. Fantôme du romantisme allemand, Scènes de la vie d'un propre à rien en est un peu le chant du cygne: j'avoue que pour ma part, j'en suis soulagée.

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