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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 12:12

L02.jpgLady Susan

Jane Austen

éditions Folio

vers 1793

 

Lady Susan est contrariée: veuve depuis quelques mois, elle ne peut profiter de ce nouvel état en toute quiétude. En effet, sa fille de seize ans se refuse à épouser l'homme qu'elle a choisi pour elle et elle est contrainte de quitter la famille où elle logeait à la suite de son deuil : la maîtresse de maison ne goûtait guère les prévenances de son mari à son égard. Voilà donc notre lady contrainte d'aller vivre chez son beau-frère, un riche banquier qui mène une vie des plus austères avec sa famille. Qu'à cela ne tienne! Lady Susan décide de s'amuser un peu et jette son dévolu sur le frère de sa belle-soeur, un homme pourtant fortement prévenu contre elle.

Oeuvre de jeunesse de Jane Austen, Lady Susan est un court récit épistolaire à la façon du XVIIIe siècle et qui n'est pas sans rappeler de très loin Les Liaisons dangereuses : intrigues amoureuses, personnages peu recommandables, donzelles innocentes... Tout comme dans Northanger Abbey, le style est extrêmement léger et, si le personnage de Lady Susan est loin d'être fréquentable, le lecteur ne peut s'empêcher d'être amusé par le tranquille aplomb dont elle fait preuve, tant pour jouer les coquettes que pour s'indigner du manque d'égard à son égard justement. Vite lu, très prévisible, Lady Susan n'a ni la profondeur ni le mordant des autres romans de Jane Austen. En revanche, son humour et sa légèreté en font une oeuvre agréable à lire et qui laisse présager du grand écrivain qu'allait devenir la jeune fille moqueuse.

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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 12:12

L02.jpgLes confessions d'un fanatique

James Hogg

éditions Terre de Brume

1824

 

Où s'arrête la foi et où commence le fanatisme? La fin justifie-t-elle les moyens? Telles sont quelques-unes des nombreuses questions que nous pose James Hogg, berger écossais devenu auteur, presque aussi célèbre en son temps que son compatriote Walter Scott et qui, dans un curieux ouvrage baptisé Les confessions d'un fanatique raconte l'histoire de Robert Wringhim, un extrêmiste religieux pas tout à fait comme les autres. Elevé dans la haine d'un père bon vivant par une mère bigote et un révérend exalté, croyant à la thérie calviniste de la prédestination, Robert aspire à faire partie des Elus du Seigneur, jusqu'au jour où il rencontre un curieux inconnu, puissant orateur qui l'exhorte à suivre la volonté de Dieu... en tuant tous ceux en désaccord avec ses doctrines.

Les confessions d'un fanatique est composé de deux parties principales: l'une raconte l'histoire du point de vue de l'"éditeur" et livre le récit de façon soi-disant objective, relatant les événements tels qu'ils ont été vécus de l'extérieur et condamnant fermement le fanatique. Des détails ennuyeux cependant viennent troubler le déroulement de l'histoire: incohérences, faits troublants... des détails cependant que l'éditeur se garde bien de relever. La seconde partie, la plus longue, est celle du journal de Robert Wringhim lui-même. Son mysticisme, sa foi exaltée et son intolérance religieuse frappent d'emblée le lecteur d'un profond malaise. Peu à peu cependant, nous comprenons qu'il n'est pas forcément le monstre dépeint par l'éditeur mais le jouet d'un étrange compagnon qui pourrait être bien le Diable en personne. C'est le fantastique qui domine dans cette partie, en opposition avec le réalisme éclairé du début, et les thèmes chers au gothique y reviennent: fantômes, démons, apparitions, pacte avec le Diable... Hogg nous plonge dans un univers fait de terreurs et de superstitions, un univers où Robert essaie tant bien que mal de s'y retrouver, prenant peu à peu conscience que l'Enfer est parfois pavé de "bonnes" intentions. Le lecteur ne peut s'empêcher alors de prendre en pitié cet être aveuglé par ses croyances et terrorisé par l'idée d'aller brûler en Enfer. Aussi, si Les confessions d'un fanatique est effectivement un plaidoyer contre le fanatisme religieux, c'est surtout un choc entre deux mondes, celui des Lumières et de la raison, représenté par l'éditeur, et celui médiéval du second narrateur, monde de terreurs religieuses. A noter d'ailleurs que Hogg se garde bien de railler l'univers de Robert : il n'explique pas les phénomènes surnaturels et rend son narrateur touchant alors que la version de l'éditeur, froide, prenant résolument parti contre le fanatique, peut agacer. Le tout forme un ensemble curieux, assez perturbant et se rapproche presque d'un récit fantastique d'un style inégal mais fort intéressant et justifiant pleinement sa place dans Les 1001 livres...

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 15:29

L01.jpgNorthanger Abbey

Jane Austen

éditions Archipoche

1817

 

Retournons à Jane Austen et à ce livre entrepris en 1798 mais publié peu après sa mort en 1817. L'histoire est celle de Catherine Morland, une héroïne de roman pas franchement très conventionnelle. Elle n'est pas très dégourdie, pas très habile et elle cumule deux handicaps : une grande naïveté et un solide bon sens, des traits de caractère qui ne conviennent guère à une jeune fille du XIXe siècle. Férue des romans d'Anne Radcliffe, Catherine rêve de châteaux gothiques et de fantômes errant dans des couloirs. Ce n'est hélas pas à Bath, la ville où se réunit la bonne société anglaise durant l'hiver qui va lui apporter son lot de frissons : hommes fats, femmes ridicules, aventuriers sans scrupules, notre héroïne se retrouve vite perdue dans un monde dont elle ne comprend qu'à moitié les règles. Son séjour va cependant être pour elle l'occasion de faire la connaissance du charmant Henry Tilney et de sa famille et d'être invitée à séjourner à Northanger Abbey, propriété paternel et lieu dont le nom présente pour elle presque autant d'attraits que les beaux yeux de son hôte...

Si Northanger Abbey est considéré par beaucoup comme un roman mineur de Jane Austen, je l'ai pour ma part préféré à Mansfield Park et et peut-être même à Emma. Certes, l'auteur fait de nombreuses références au roman d'Anne Radcliffe, Les mystères d'Udolphe, ce qui peut déboussoler le lecteur d'aujourd'hui; certes, le ton est léger, peut-être un peu trop, et ne donne guère de profondeur aux personnages; certes le style est parfois un peu brouillon (et la traduction française par endroits incompréhensible) et le propos désinvolte. Mais quelle ironie! Nous sommes ici dans le domaine de la parodie et Jane Austen n'y va pas de main morte : et que je t'égratigne la coquette hypocrite qui, tout en feignant la vertu et la pudibonderie, se comporte mal, et que je raille le soupirant ridicule qui n'a d'autres intérêts dans la vie que les voitures et les chevaux, et que je me moque même de mon héroïne qui ne voit rien, ne comprend rien et rêve d'être le personnage d'un roman gothique dans une Angleterre proprette et austère... Disons-le : Northanger Abbey est drôle. Oui, on y retrouve bien le schéma classique des romans de Austen (une comédie amoureuse qui se termine par un mariage) mais ce schéma lui-même semble tourné en dérision par l'auteur qui intervient, une fois n'est pas coutume, énormément tout au long du récit. Le trait est forcé mais la satire n'a pas ce côté moralisateur à la Mansfield Park. Ici, Jane Austen se soucie bien peu de punir les méchants ou de récompenser les bons. En témoigne la désinvolture avec laquelle elle expédie sa fin heureuse. Les gens sont comme ils sont semble clamer le récit et bien fou serait celui qui croit que la vie est comme un roman : les maris ne tuent pas leurs épouses mais les rendent malheureuses par leur avarice; les hommes ne tombent pas amoureux des femmes au premier regard, les soupirants sont parfois (souvent) des importuns et les héroïnes n'agissent pas toujours avec la dignité appropriée. Au lecteur de déterminer si cela vaut mieux ou pas.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 12:47

L02.jpgLe chat Murr

Hoffmann

éditions Gallimard

entre 1820 et 1822

 

De Hoffmann, si vous êtes comme moi, vous ne connaissez probablement guère que ses contes fantastiques et sans doute pas le curieux ouvrage Le chat Murr que Les 1001 livres... ont pourtant choisi de mettre à l'honneur. Comme son nom l'indique, l'histoire est celle du chat Murr, un matou érudit qui sait lire et écrire et peut ainsi rendre compte de sa vie et de son expérience auprès de son maître, un riche juif qui semble jouir d'une certaine notoriété. Là où l'affaire se corse, c'est que Murr a arraché sans vergognes les pages d'un autre livre pour s'en servir de buvard et de sous-main et que, du coup, à son récit se mêle la biographie d'un maître de chapelle du nom de Johannès Kreisler, intime de maître Abraham, le propriétaire du narrateur.

Toute la curiosité du livre de Hoffmann tient dans ce mélange improbable de genres et de rythmes. D'un côté vous avez le récit construit du chat, modèle de sagesse et d'érudition, qui réfléchit et tire parti de chacune de ses expériences pour atteindre à la connaissance suprême et, de l'autre, vous avez l'histoire de Kreisler, fragmentaire, incomplète et mettant en scène un homme inquiet, émotif, amoureux? et qui, tel un Hamlet du 19e hante les bois sombres et joue la folie pour mieux affronter un monde d'intrigues familiales, de duels, de nobles et de musique. Dans l'histoire de Murr, tout est cadré, analysé, soupesé; le style est classique, la prose élégante mêle quelques vers plus ou moins bons de l'animal. La biographie de Kreisler en revanche est hâchée, le style chargé et dialogues et chants alternent avec des événements dramatiques et passionnés. Renaissance contre gothique en bref. Là où ça devient intéressant c'est de constater que la pédanterie de Murr le rend légèrement ridicule d'autant plus que ses propos sont parfois en décalage avec les événements qu'ils racontent (la façon dont il va se cacher régulièrement sous le poêle pour échapper à ses ennemis ou la vision d'un monde qui ne dépasse jamais le seuil de la maison de son maître) tandis que Kreissler qui joue au fou laisse entrevoir une personnalité complexe et droite, tirailllé entre ses aspirations musicales et la jolie Julia à la voix d'or. Le plus sage des deux n'est pas forcément celui que l'on croit...

Reste que le chat Murr ne demeurera pas forcément un souvenir de lecture impérissable. Pourquoi? Déjà, je pense qu'il faut le lire d'une traite afin de mieux de profiter du décalage entre les deux points de vue et se laisser emporter par un récit complexe, plein de non-dits et de sous-entendus. Le lire par petits bouts est une mauvaise idée. Ensuite, le style d'Hoffmann, bien que plein de grâce, n'est pas non plus sans maladresses et sans longueurs, trop emphatique par endroits, trop mystérieux à d'autres. De plus, dans l'histoire de Kreisler, l'auteur se plaît à multiplier intrigues et mystères mais laisse finalement beaucoup trop de non-dits ce qui est d'autant plus frustrant que l'ouvrage n'a jamais été fini et que nous ne saurons jamais comment se termine l'histoire. C'est donc avec un goût d'inachevé que j'ai fini une lecture intéressante mais pas inoubliable.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 12:40

L02.jpgMansfield Park

Jane Austen

éditions 10/18

1814

 

Quand je songe à Jane Austen, je suis toujours un peu triste. Voilà quelqu'un avec un talent littéraire absolument étonnant et une connaissance fine des sentiments humains. Serait-elle née à une autre époque, aurait-elle vécu un peu plus longtemps qu'elle se serait pleinement épanouie. Au lieu de cela, morte à à peine plus de quarante ans, elle n'est perçue par la plupart de nos contemporains que comme une vieille fille discrète écrivant des histoires d'amour qui finissent bien.

Mansfield Park n'est pas l'oeuvre de Jane Austen la plus connue et c'est loin d'être son meilleur ouvrage. L'histoire est celle de Fanny Price qui, dès son enfance, est arrachée à sa famille d'origine modeste pour être élevée par son oncle et sa tante à Mansfield Park. Peu à peu la jeune fille craintive et vertueuse tombe amoureuse de son gentil cousin, Edmond, le second fils et destiné à devenir pasteur. Mais Edmond la considère avec toute la tendresse d'un frère et n'a d'yeux que pour la jolie et délurée miss Crawford tandis que, de son côté, ses soeurs Maria et Julia s'éprennent du frère de cette dernière, le volage Henry.

Comme dans Raisons et sentiments et Orgueil et préjugés, on retrouve des personnages types de l'auteur: la jeune fille vertueuse (Fanny), le jeune homme vertueux (Edmond) le séducteur volage (Henry) et la gourgandine mal éduquée (Mary). Dans Mansfield Park ceci dit, les caractères sont plus nuancés: Mary, aussi frivole soit-elle, est capable d'aimer profondément Edmond, Henry est prêt à épouser Fanny tandis qu'Edmond est prêt à faire fi de certains principes pour les beaux yeux de sa belle. La seule qui soit toujours égale à elle-même, droite et constante, c'est Fanny et elle est d'un ennui! Jamais Jane Austen ne m'avait ennuyée avec une héroïne aussi timorée, aussi prude et aussi prévisible. Amoureuse d'Edmond elle ne prend aucune initiative pour se l'attacher, n'ose rien demander, n'ose rien entreprendre et se contente durant tout le livre de s'indigner devant les manières très libres de ses proches. De fait, elle reste l'éternelle spectactrice de l'ouvrage, ne jouera aucun rôle majeur et ne se livrera à aucun épanchement d'aucune sorte. Oui, il faut être honnête; j'ai largement préféré le couple de frère et soeur à celui du couple de cousins. Henry et Mary Crawford sont en effet des personnages plus intéressants et il est dommage que l'auteur leur réserve une fin aussi prévisible et aussi convenue. Mansfield Park a cependant de nombreuses qualités : l'ironie de Jane Austen fait toujours merveille, notamment lorsqu'elle raille le personnage de  Mrs Norris, la veuve avare et commère ou encore celui du fiancé insipide de Maria. Les sentiments sont également très bien rendus; je pense notamment à ce très émouvant passage où Fanny assiste, impuissante, à la répétition théâtrale d'une scène d'amour entre Mary et Edmond ou à ces nombreux moments où elle joue bien malgré elle le rôle de confidente de miss Crawford ou de son cousin. Pour toutes ces raisons, je ne considèrerai pas Mansfield Park comme un mauvais livre mais je conseillerai plutôt à ceux qui n'ont jamais lu du Jane Austen de commencer par autre chose...

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 14:36

L02.jpgMelmoth

Charles R. Mathurin

éditions Libretto

1820

 

L'histoire commence lorsque le jeune John Melmoth se rend au chevet de son oncle mourant dont il est l'héritier. Ce dernier, sur son lit de mort, lui fait promettre de détruire le portrait vieux de 150 ans d'un mystérieux aïeul. Notre héros s'exécute, non sans avoir pris le temps de lire quelques documents relatifs à l'homme du portrait, documents troublants s'il en est... Quelques temps plus tard, un navire fait naufrage sur la côte et Melmoth recueille un rescapé espagnol, ancien moine, qui lui relate son histoire, histoire qui, curieusement, fait encore une fois intervenir l'ancêtre de notre héros...

Melmoth, ouvrage faisant partie de nos 1001 livres... délaissés quelque peu ces derniers temps, est considéré comme le dernier roman gothique mêlant surnaturel et couloirs sombres, pactes maudits et religieux exaltés. D'un point de vue narratif, c'est plutôt intéressant : l'auteur imbrique plusieurs récits les uns dans les autres, celui de Melmoth interrompu par celui de l'espagnol, lui-même interrompu par l'histoire de la jeune fille sur son île, interrompu par l'histoire de la famille malchanceuse, etc. Toutes ces histoires imbriquées à la manière de poupées gignognes ont une seule constante, l'homme au portrait qui, telle une ombre menaçante, plane sur le livre. Bon, dit comme ça, Melmoth a l'air génial. En pratique, c'est un pavé de sept cent pages un peu longuet, avec une fin expéditive et des descriptions saisissantes qui se perdent dans un style emphatique et des personnages manichéens. Je n'en retiendrai pas de ce fait l'aspect "gothique" (j'ai été pour le coup beaucoup plus convaincue par Anne Radcliffe ou Le Moine de Lewis) mais j'avoue avoir été séduite par quelques envolées lyriques, notamment celles de la malheureuse "fiancée" de Melmoth le maudit:

 

"Je ne sais qui vous êtes, mais je suis à vous. Je ne sais qui vous servez, mais, qui que ce soit, je le servirai aussi. Je veux être à vous pour toujours. Abandonnez-moi si vous voulez mais, quand je serai morte, revenez dans cette île, et dites en vous-même : les roses ont fleuri et se sont fanées, les ruisseaux ont coulé et se sont desséchés, les rochers ont été déplacés et les astres dans le ciel ont changé leur cours; mais il existait un coeur qui n'a jamais changé, et il n'est point ici!"

 

Pour faire court, amateurs de sueurs froides ne vous lancez pas là-dedans. L'oeuvre de Mathurin est un récit fantastique, certes, mais c'est un fantastique à la Mary Shelley : romantisme noir, ode à la nature, solitude de l'homme face à une société corrompue et fanatique (les moines décrits par l'espagnol inquiètent presque plus que l'homme du portrait), souffrance de l'être écartelé entre son désir de survie et la craine de perdre son âme... Certes, quand on y songe, c'est effectivement presque plus inquiétant que des hurlements ou des chaînes qui grincent dans l'obscurité...

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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 20:08

L09.jpgIvanhoé

Walter Scott

éditions Livre de Poche

1819

 

J'avoue, j'étais sortie de ma lecture de Rob Roy un peu fâchée contre Walter Scott et ne comprenant pas bien la célébrité d'un auteur au style aussi ennuyeux. Les 1001 livres... et la lecture d'Ivanhoé m'ont permis de revenir sur mes préjugés.

Angleterre, XIIème siècle. Ivanhoé, jeune chevalier saxon que son père a désavoué à cause de sa sympathie pour les normands ("les colonisateurs") et le roi Richard Coeur de Lion, revient incognito de croisade. L'occasion pour lui d'admirer en cachette les beaux yeux de sa cousine Rowena et d'aspirer à une action qui le réhabiliterait aux yeux du patriarche et  qui lui permettrait d'épouser sa dulcinée. ça tombe bien, un tournoi a lieu dans quelques jours, organisé par le frère du roi, Jean. Aidé du juif Isaac et de sa douce fille, Rébecca, Ivanhoé se déguise et se rend sur les lieux de la joute. Mais les choses sont loin de se dérouler comme prévu; Ivanhoé se retrouve blessé et ne doit son salut qu'à l'apparition d'un chevalier encore plus mystérieux que lui...

Amours, tournois, complots politiques, moines joyeux et templiers sinistres, chevaliers brutaux et gentes dames, on trouve de tout dans ce roman qui, pour moi, avant d'être un roman historique est surtout un roman d'aventure. Et quel roman ! Walter Scott ne s'embarrasse guère ici de vraisemblance, allant même jusqu'à "ressusciter" plus ou moins un personnage car son éditeur ne se remettait pas de sa mort et faisant ça et là quelques anachronismes bien excusables. Ivanhoé c'est le récit de la rivalité entre saxons et normands avant que les différences se fondent en une seule nation, c'est également l'histoire d'un roi, Richard Coeur de Lion, personnage devenu aujourd'hui légendaire, qui cherche à retrouver son trône et qui doit pour se faire, déjouer les complots de son frère.  Le récit est enlevé, léger et souvent ironique. Les personnages sont merveilleusement rendus. Paradoxalement, le plus terne d'entre eux est le héros éponyme qui joue le rôle du jeune premier parfait et diablement ennuyeux. Sa promise, Rowena n'est guère plus intéressante, son rôle se bornant essentiellement à se faire enlever et à pleurer. En revanche, on ne peut que rire devant le personnage de Cédric, le père d'Ivanhoé, ce noble saxon qui s'attache avec obstination à un monde qui se meurt, ou encore devant Athelstane, l'ami de ce dernier, dont la principale préoccupation est de manger et de boire. Le roi Richard Coeur de Lion est quant à lui parfaitement représenté dans le rôle du roi débonnaire mais colérique, tout aussi capable de combattre que de festoyer. Sa scène avec un frère rencontré dans les bois, le frère Tuck (car oui, nous avons aussi Robin des Bois dans ce livre) est l'une des plus réussies du livre. Enfin, il serait injuste de ne pas nommer la juive Rébecca dont la douceur, la détermination, la foi et l'amour sans espoir pour Ivanhoé en font sans aucun doute le personnage le plus attachant de l'histoire.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur Ivanhoé, que ce soit sur le style ou sur les péripéties. Mais, pour le coup, je préfère plutôt vous inciter à le lire malgré son épaisseur. En effet, en ce qui me concerne, ce livre mérite amplement sa place dans Les 1001 Livres...

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 09:15

L04.jpgFrankenstein

Mary Shelley

éditions Flammarion

1818 (seconde édition en 1831)

 

L'histoire commence lors d'une soirée en Suisse. Dans la résidence de lord Byron, quatre invités se sont réfugiés pour échapper à la pluie. Il y a le docteur Polidori, le poète Shelley, sa maîtresse Mary Godwin une jeune femme d'à peine dix-huit ans et la demi-soeur de cette dernière Claire Clairmont qui est la maîtresse de Byron et qui deviendra plus tard celle de Shelley. Comme il n'y a pas grand-chose à faire à part s'entretenir au coin du feu, ça bavasse sec et la conversation s'oriente sur les histoires de fantômes. Tous s'échauffent et l'idée d'un jeu est lancée : pourquoi ne pas écrire chacun une histoire du style ? Nos convives s'enthousiasment. Au matin ceci dit, comme toute idée lancée au cours d'une beuverie, presque tout le monde a plus ou moins oublié d'autant plus que le beau temps est revenu. Tout le monde sauf Mary Godwin qui, un an plus tard, met la touche finale à son roman. Son titre ? Frankenstein.

Victor Frankenstein est un jeune homme enthousiaste et passionné, entouré d'une famille aimante, d'un ami fidèle et promis à la jolie et douce Elizabeth, une enfant trouvée que ses parents ont élevé et qu'il aime à la folie. Mais Victor est aussi un être curieux qui rêve de percer les mystères de la vie. Il découvre le moyen d'animer un être de chair morte et récupère alors des morceaux de cadavres pour créer la vie. Mais l'être qu'il crée est monstrueux d'aspect et suscite en lui horreur et répulsion. Frankenstein rejette son oeuvre et essaie de l'oublier. Pas longtemps hélas car le monstre hideux est fui par tous. Chassé, haï par les hommes, son désir d'être aimé se transforme en désir de vengeance  : et le premier à en souffrir va être son créateur. Méthodiquement, le monstre décide de s'attaquer à tous ceux que Victor aime...

Vous avez tous entendu parler de Frankenstein  qui a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques et dont le mythe est devenu presque aussi célèbre que celui de Dracula. Difficile de croire que tout part d'un roman de jeunesse bourré d'incohérences (le monstre apprend à parler, lire et philosopher en moins de deux ans, Frankenstein peut créer la vie mais est incapable de ressusciter les êtres qui lui sont proches) et qui n'est pas sans longueurs, l'action étant souvent coupée par les lamentations des divers personnages. Ceux qui lisent aujourd'hui l'oeuvre de Mary Shelley en s'attendant à un roman d'épouvante en sont pour leurs frais : Frankenstein ne fait ni sursauter ni courir se réfugier sous ses draps et les scènes effrayantes sont minimes. Il y a la scène de la création du monstre, les scènes où la créature épie son maître à travers la fenêtre, un rictus hideux sur les lèvres, mais à part  ça... Le récit est avant tout d'inspiration romantique et la narration s'étend sur les merveilles de la nature, les montagnes de Suisse, les majesteuses glaces du Nord, la profondeur du Rhin, l'immensité d'une création qui fait écho à la douleur sans fond des différents personnages. Le paysage est exalté et les personnages expriment leurs souffrances dans des plaintes qui n'en finissent pas. Pleurs d'Elizabeth, regrets de Victor, isolement du monstre... Frankenstein n'est pas un récit d'horreur, c'est un récit de la solitude : difficile de définir qui est le plus à plaindre, du créateur qui voit les êtres aimés lui être arrachés un par un  ou du monstre qui se voit rejeté, privé d'amour à cause de son aspect. Le livre ne fait pas frémir mais il est angoissant. Ecrit par un auteur qui a côtoyé la mort de façon étroite toute sa vie (mort en couches de sa mère, trois enfants morts en bas-âge, suicide d'une demi-soeur et de la première femme de son mari, noyade enfin de Shelley lors d'un naufrage) Frankenstein nous renvoie à une peur profonde et contre laquelle on ne peut pas grand-chose : perdre un à un les êtres qu'on aime pour finir seul.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 13:26

L08.jpgRob Roy

Walter Scott

éditions Robert Laffont

1817

 

J'avais déjà entendu parler de Rob Roy par le passé en lisant des romans sans doute déjà datés et qui évoquait le livre de Walter Scott en le présentant comme le récit d'aventure par excellence. Aussi n'ai-je pas été surprise de le retrouver dans les 1001 livres... En revanche, c'est en voulant me le procurer que j'ai découvert avec étonnement que :

a) Rob Roy n'est plus édité et ne se trouve que dans des oeuvres complètes.

b) et ben en fait, le livre n'est pas connu que ça.

 

Ajoutons à cela que, après lecture, je comprends un peu pourquoi l'ouvrage a mal vieilli.

 

Si Rob Roy est bien le nom d'un personnage, celui d'un brigand écossais ayant réellement existé, le narrateur est Franck Osbaldistone, un jeune homme rêveur qui aime écrire des vers et ne peut se résigner à reprendre le métier de son père, commerçant de son état. Ce dernier, mécontent, menace de le déshériter et l'envoie chez son oncle tandis que son cousin Rasleigh prend sa place dans la succession. Franck fait de la sorte connaissance avec son oncle, ses cousins et, surtout, une ravissante et lointaine cousine, Diana Vernon, dont il tombe immédiatement amoureux. Mais, entre les malversations de Rasleigh, des démêlés judiciaires et les tensions politiques entre catholiques et protestants à la veille de la révolte de 1715, Franck se retrouve bientôt embarqué dans d'incroyables péripéties qui le mèneront au coeur de l'Ecosse et lui feront faire la connaissance de Robert Campbell, alias Rob Roy, bandit écossais au grand coeur (l'équivalent de Robin Hood) qui, à la tête d'un clan pille les villages et tient tête aux forces de l'ordre...

Dans ce roman, Walter Scott se penche sur le parcours d'un jeune homme tiraillé entre son devoir et ses aspirations, son amour pour une femme et son respect pour un père. Encore faut-il relativiser car à dire vrai, Franck n'hésite guère. Il sacrifie son amour de la poésie pour suivre une carrière dans les affaires, quitte Diana pour voler au secours d'un père et, en dépit de sa sympathie pour Rob Roy lutte contre lui et ses sympathisants, ardent défenseur du gouvernement protestant et d'un monde où les horloges tournent à l'heure. Est-il besoin de le dire? Franck n'est guère un personnage intéressant : il est lisse, ne remet rien en question, et regrette immédiatement son seul acte de rébellion, avoir tenu tête à son père. Rien d'étonnant à ce que beaucoup considèrent Rob Roy comme le véritable héros de l'histoire, le narrateur ne jouant alors qu'un simple rôle de spectacteur. Rob Roy est un homme haut en couleurs, brigand sans cruauté et qui se bat pour ses idées quitte à braver le pays tout entier. Il ruse, il s'échappe, il a une bonne dose d'humour et un certain sens de l'honneur. Ainsi, alors que Franck semble être le jouet de sa destinée, Rob Roy la domine. Inutile de dire lequel des deux est le plus intéressant. Dommage que Walter Scott n'aille pas au bout de son idée : de ce roman il aurait pu faire quelque chose d'assez subversif mais, à la place il en fait un récit historique sans revendications et présente Rob Roy comme un personnage atypique qui n'a guère de place dans le monde réel et bien rangé de Franck et n'éveille aucun écho en lui. Ce parti pris ainsi qu'un style assez poussiéreux a fait que Rob Roy n'a pas éveillé en moi un intérêt majeur si ce n'est pour l'histoire de l'Ecosse, un pays que notre auteur décrit avec beaucoup de réalisme et un sincère enthousiasme. Espérons que Ivanhoé, prochain roman de Walter Scott sur ma liste, m'apporte plus de satisfaction...

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 11:23

L04.jpgAdolphe

Benjamin Constant

Editions Flammarion

 

"Par quelle pitié bizarre n'osez-vous rompre un lien qui vous pèse et déchirez-vous l'être malheureux près de qui votre pitié vous retient? Pourquoi me refusez-vous le triste plaisir de vous croire au moins généreux? Pourquoi vous montrez-vous furieux et faible? L'idée de ma douleur vous poursuit, et le spectacle de cette douleur ne peut vous arrêter! Qu'exigez-vous? Que je vous quitte? Ne voyez-vous pas que je n'en ai pas la force? Ah! C'est à vous, qui n'aimez pas, c'est à vous de la trouver, cette force, dans ce coeur lassé de moi, que tant d'amour ne saurait désarmer. Vous ne me la donnerez pas, vous me ferez languir dans les larmes, vous me ferez mourir à vos pieds."

 

Adolphe, c'est une histoire d'amour à l'envers; c'est le récit d'un narrateur, Adolphe qui, persuadé qu'il est tombé amoureux d'une femme de dix ans son aînée, Ellénore, parvient à la séduire et à lui faire quitter amant et enfants avant de réaliser qu'en fait il ne l'aime pas tant que ça. Mais comment briser une liaison amoureuse quand on est un être faible, indécis et, il faut bien le dire, pas très clair dans ses propres sentiments? Adolphe est-il retenu auprès de sa maîtresse par la pitié, la tendresse ou la culpabilité? Pétri de contradictions, le narrateur reste auprès d'Ellénore alors que tout son être aspire à rompre une relation qui lui pèse. Sans doute largement inspiré de la vie de son auteur Benjamin Constant et notamment de sa liaison amoureuse avec Madame de Staël, Adolphe est une oeuvre sans pitié qui pose sur ses deux protagonistes un regard sans concessions : en effet, si le héros éponyme est décrit comme un être lâche, incapable de la moindre décision, prompt à se plaindre et à s'apitoyer sur lui-même, l'héroïne elle-même n'est guère épargnée. Ellénore est un être passionné et étouffant, une femme que l'amour rend jalouse, coquette, parfois ridicule, et qui est vue comme un obstacle aux aspirations d'Adolphe. Le narrateur la décrit sans complaisance, non pas avec le regard subjectif d'un amoureux, mais avec l'objectivité cruelle d'un homme qui n'aime plus. Scènes de ménage d'Ellénore, atermoiements d'Adolphe, tout cela fait du roman un huis-clos étouffant dans lequel chacun des amants se renvoie au visage sans l'exprimer clairement leurs torts respectifs: Ellénore en veut à Adolphe de ne pas l'aimer comme elle l'aime, Adolphe en veut à Ellénore de ne pas lui rendre sa liberté. Style classique qui s'inspire tout autant du roman épistolaire que des Confessions de Rousseau, l'oeuvre de Constant de par son héros tourmenté est également teinté d'une touche de romantisme. C'est un récit brillant et une description glaciale de la psychologie amoureuse. Les mots sont ici destructeurs et et les lettres jouent un rôle-clé dans l'intrigue; c'est un courrier d'Adolphe qui séduit Ellénore, c'est une autre de ses lettres qui la fait mourir de chagrin. Ambivalence du sentiment, poids de la société, Adolphe décrit tout cela mais, surtout, décrit admirablement la tragédie d'un homme qui devient bien malgré lui le bourreau de celle qui l'aime....

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Published by beux - dans Classiques
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