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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 10:38

L01.jpgEmma

Jane Austen

éditions Archipel

 

Emma Woodhouse, jeune fille de 21 ans vivant seule avec un père veuf et très à cheval sur ses petites habitudes, s'ennuie depuis que sa gouvernante et meilleure amie, Miss Taylor, s'est mariée. Aussi pour se distraire décide-t'elle de se lancer dans une carrière d'entremetteuse et de réunir les âmes esseulées de son entourage. Et c'est avec Harriet Smith, une jolie enfant d'obscure naissance qu'elle décide de commencer, ambitionnant de lui faire épouser le galant vicaire Mr Elton. Mais Emma a beau être de bonne volonté et une fort belle âme, c'est également une jeune fille têtue et pas forcément très subtile qui interprète les faits dans le sens qui lui convient. Aussi ses plans prennent-ils très rapidement un tour inattendu...

Dernier ouvrage de Jane Austen publié de son vivant et également dernier de ses livres faisant partie des 1001 livres..., Emma ne m'a pas autant interpellée que Orgueil et préjugés, la faute peut-être à un ton un tantinet plus moralisateur: l'héroïne s'obstine à élever une jeune fille, Harriet, au-dessus de sa condition, l'auteur marquant ainsi les dangers d'une société où les gens ne restent pas à leur place. De fait, j'avoue ne guère avoir apprécié le traitement qui est fait de Harriet qui, du fait de sa condition modeste, apparaît forcément comme une jeune fille faible, influençable, et véritable coeur d'artichaut. C'est ceci dit mon seul bémol. Emma est un personnage abouti qui, à elle seule, justifie la lecture de l'ouvrage. Véritable force de la nature, elle se révéle tour à tour intriguante et manipulatrice, soeur et fille dévouée, amie fidèle mais qui peut parfois se montrer cruelle... Elle multiplie les erreurs et les quiproquos avec la meilleure mauvaise foi du monde et s'aveugle tant sur ses sentiments que sur ceux de son entourage. Sa bonne humeur et sa joie de vivre n'en font pas une héroïne mièvre et la narration, vue essentiellement à travers ses yeux, la rend d'autant plus attachante au lecteur que celui-ci est invité à partager son cheminement et ses errances. C'est également à travers ses yeux que le lecteur appréhende le petit monde qui gravite autour d'elle, toujours cette même société close que dans Raison et sentiments ou Orgueil et préjugés, et adopte de ce fait le même regard critique et tendre pour juger la trop parfaite Miss Fairfax, la trop bavarde Miss Bates, l'épuisante Mrs Elton, l'hypocondriaque Mr Woodhouse... Seul l'énigmatique Mr Knightley échappe à ce jugement, la narration glissant même de son côté un bref instant vers le milieu de de l'histoire, permettant au récit de basculer et de perdre son côté subjectif. Cet effet mieux que tout autre artifice fait prendre conscience au lecteur que le héros masculin n'est ni le fat Elton ni le séduisant Churchill, mais bien l'homme mûr et le confident d'Emma, celui qui la voit telle qu'elle est avec ses qualités et ses défauts... Ce jeu de narrations, la réussite dans la description des caractères et des situations, tout cela fait d'Emma une grande réussite littéraire et nous fait regretter que la vie de son auteur se soit achevée deux ans plus tard...

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 19:16

L09.jpgOrgueil et préjugés

Jane Austen

éditions Archipel

 

Mr Bennet dans le Hertfordshire est bien en peine. Il a une femme sotte et cinq filles à marier. Pour ne rien arranger, les trois plus jeunes sont aussi sottes que leur mère et il ne se console qu'avec ses deux aînées, la très jolie Jane et Elizabeth, vive et agréable. Mais le destin semble tourner pour lui avec l'arrivée dans le voisinage d'un riche jeune homme, Mr Bingley, qui se révèle être le parti idéal. Mr Bingley est doux, poli, attentionné et succombe très vite au charme de Jane. Elizabeth en revanche se heurte rapidement à l'ami de leur nouveau voisin, Mr Darcy, un homme hautain et désagréable qui méprise ouvertement les Bennet et leur entourage...

On retourne à Jane Austen avec ce classique de la littérature qu'est Orgueil et préjugés et qu'on ne présente plus. Le livre est à la hauteur de sa réputation. Il se passe dans un espace clos, dans une société fermée et rigide que le lecteur a tout le loisir d'observer à travers le regard critique d'Elizabeth, l'héroïne de l'histoire. Elizabeth est un personnage atypique, bien élevée mais néanmoins acerbe et dont la répartie fait tout le sel du récit. Face à elle nous avons Mr Darcy, autoritaire, fier et entêté et dont la première demande en mariage est un chef-d'oeuvre de préjugés et de goujaterie. Les dialogues, plus travaillés que dans Raison et sentiments sont également irrésistibles. Outre l'histoire d'amour atypique, Jane Austen dépeint un monde replié, des hommes qui ne pensent qu'à s'établir, des femmes qui ne songent qu'à se marier, des jeunes filles qui ne songent qu'à s'amuser.... C'est un univers qui paraît bien petit mais qui est pourtant révélateur d'une société qui se préoccupe peu du monde extérieur et s'inquiète moins des bouleversements politiques que du prochain scandale mondain. Au-delà de la satire, Orgueil et préjugés est avant tout un roman psychologique qui s'interroge sur la naissance des sentiments et la façon dont l'attitude d'un être peut influer sur la perception qu'on a de lui. Et pour les plus sentimentales d'entre nous, c'est un roman qui raconte la jolie histoire entre deux têtes de mules qui finissent après bien des déboires par se retrouver et s'avouer leur amour... En bref, encore un 1001 livres... qui ne démérite pas.

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 12:17

L02.jpgLa Maison du Chat-qui-pelote et autres scènes de la vie privée

Honoré de Balzac

éditions Gallimard

 

Bon, avant de passer à des lectures plus légères, retournons voir Balzac que nous avions un peu laissé de côté. Cette fois, nous nous attaquons à quatre de ses nouvelles: La Maison du Chat-qui-pelote, La Vendetta, le bal des sceaux et, plus confidentiel, La Bourse. Tous ces récits sont centrés sur le thème du couple et du mariage. Dans La Maison-du-Chat-qui-pelote, un jeune peintre tombe sous le charme d'une fille de commerçant et l'épouse en dépit des craintes de ses beaux-parents: mais le couple, mal assorti, ne tarde pas à battre de l'aile ; lui l'artiste s'accommode mal du terre-à-terre bourgeois de sa femme tandis que cette dernière s'efforce en vain de comprendre le monde de son mari. Le mariage se révèle un échec et plonge dans le malheur les deux partis. La seconde nouvelle, Le Bal des sceaux, brode sur le même thème: une jeune femme orgueilleuse tombe amoureuse d'un jeune homme bien sous tous rapports, intelligent et cultivé. Mais découvrant que ce dernier a choisi de devenir commerçant pour favoriser son frère aîné, elle le repousse avec horreur, déterminé à n'épouser qu'un aristocrate rentier; pas de mariage pour ces deux-là mais le malheur quand même. Autre mariage raté, celui des héros de La vendetta: bravant la colère de son père, une jeune corse épouse un homme dont la famille est en guerre avec la sienne. C'est une histoire à la Roméo et Juliette avec un dénouement tout aussi tragique... Enfin La bourse, nouvelle plus légère, relate l'histoire d'un peintre qui tombe sous le charme de sa jolie et pauvre voisine mais ne tarde pas à s'interroger lorsque sa bourse d'argent disparaît mystérieusement chez elle. Sa mère et elle ne seraient-elles que des voleuses?

L'amour en dépit des différences... Un mariage entre deux êtres qui ne se ressemblent pas est-il possible? La réponse de Balzac semble moins catégorique que les résumés de ses nouvelle ne le laissent croire. Pour l'auteur, un mariage entre deux êtres qui n'ont pas la même culture ni les mêmes aspirations, est voué à l'échec: Augustine, victime innocente de La Maison du Chat-qui-pelote n'a pas l'intelligence ni l'imagination nécessaire pour comprendre et se faire aimer de son mari. Après une passion passagère, celui-ci se désintéresse d'elle... En revanche, l'héroïne du Bal des sceaux repousse l'amour de sa vie à cause de simples conventions sociales: une attitude qui lui est également funeste. Pour Balzac, la pauvreté n'est pas synonyme de bêtise ou d'ignorance et la différence sociale peut très bien être surmontée pour peu que le couple partage les mêmes attentes. Mais c'est un pari dangereux, voire impossible pour peu que la famille ou la société s'en mêle. De fait trois des quatres nouvelles du recueil sont très sombres et assez cyniques, finissant même parfois par la mort des protagonistes... La bourse finit certes bien mais c'est une nouvelle mineure, plus courte que les autres et nettement moins bien écrite. L'ouvrage reste cependant plaisant à lire: le style de Balzac se distingue nettement avec les descriptions à rallonge qui font tout le sel de ses récits et ses portraits sans concessions. On distingue les bases de ce qui sera La Comédie humaine et on passe un bon moment dans ce Paris du XIXème siècle avec ses boutiquiers et ses peintres, ses monarchistes et ses duchesses, ce monde à mi-chemin entre notre époque et celle de l'ancien temps...

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 17:57

L09.jpgRaison et sentiments

Jane Austen

éditions 10/18

 

Le destin des jeunes filles anglaises n'était guère enviable au XIXe siècle. Elles ne pouvaient hériter des maisons de leur père et, si leurs parents n'étaient pas assez fortunés pour les établir, ne pouvaient songer à se marier. Jane Austen, romancière qu'on ne présente plus et prochain auteur de nos 1001 livres... a connu ce destin peu enviable de vieille fille et, paradoxalement, a orienté tous ses livres sur le thème du mariage, qu'il soit d'ailleurs réussi ou non.

A la mort de Mr Dashwood, Mrs Dashwood et ses trois filles, Elinor, Marianne et Margaret se retrouvent presque sans le sou et mises à la porte de chez elles par le fils d'un premier mariage. Elles sont alors contraintes d'aller vivre dans un cottage qui leur est gracieusement loué par un lointain cousin, sir John. Là, tandis qu'Elinor la raisonnable s'efforce d'oublier son amour pour Edward, le frère de sa belle-soeur, en vaquant aux soins de la maison et en se pliant de bonne grâce aux caprices de leurs nouveaux voisins, la bouillante Marianne s'éprend violemment du séduisant Willoughby, une passion qui lui fait oublier les convenances et qui risque hélas de lui brûler les ailes...

Des oeuvres de Jane Austen on a parfois tendance à ne penser qu'aux adaptations télévisées ou cinématographiques et à négliger les romans. C'est une profonde injustice: Raison et sentiments n'est pas un roman un peu mièvre sur des histoires de coeur, mais relate l'histoire de deux jeunes filles qui affrontent chacune à leur manière la vie et l'amour. Elinor, l'aînée, n'oublie jamais ses bonnes manières et le sens de la mesure, et masque ses émotions pour ne provoquer ni gêne ni chagrin à ses proches. A l'inverse, Marianne se complait dans les passions violentes et parfois destructrices, ce qui lui fait parfois (souvent) oublier son savoir-vivre et ruine sa réputation. La préférence de l'auteur va clairement à Elinor la sage: les états d'âme de Marianne sont souvent raillés ainsi que son goût pour les grandes scènes tragiques. Il n'en demeure pas moins que la jeune femme est un personnage attachant, tout comme sa soeur dont la discrétion ne rend que plus poignant le chagrin d'amour... Mais Raison et sentiments n'est pas qu'un roman psychologique: le livre est aussi une description de la bonne société anglaise du XIXe siècle et cette description est loin d'être tendre: entre les gentils idiots que sont sir John et et Mrs Jennings, amateurs de potins et de soirées mondaines, lady Middleton et Fanny Daswhood, mères sans intelligence dont la seule conversation tourne autour de leur progéniture, Willoughby le séducteur, Mrs Ferrars uniquement préoccupée par l'argent, les demoiselles Steel qui ne se soucient que de mariage... Le ton du récit est volontiers satirique, voire même cruellement drôle et témoigne du talent de Jane Austen pour la description ironique et un humour parfois amer. Tableau de moeurs, roman d'amour, roman psychologique, Raison et sentiments est un ouvrage accompli à tous points de vue et qui, sans aucun doute, mérite de faire partie des 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie.

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 13:00

L03.jpgMichael Kohlhaas

Heinrich Von Kleist

éditions 1001 nuits

 

Une fois n'est pas coutume, voici un livre des 1001 livres... qui fait l'actualité! En effet, Michael Kohlhaas a été adapté au cinéma il y a peu: présenté au festival Cannes, il sortira dans deux mois. Je suis donc  aujourd'hui à la pointe de la mode...

Michael Kohlhaas qui est d'ailleurs plus une grosse nouvelle qu'un véritable roman, raconte l'histoire d'un honorable maquignon qui, un jour, subit l'injustice d'un baron qui lui confisque deux de ses chevaux. Or, quand Michael veut récupérer ses bêtes, il s'avère que ces dernières ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes... Outré, notre marchand tente de nombreux recours judiciaires mais des fonctionnaires véreux déboutent à chaque fois sa plainte. Finalement, à la mort de son épouse, directement liée à l'affaire, Michael perd patience et décide de se faire justice soi-même: il incendie la demeure du baron, tue ses serviteurs et se lance à sa poursuite en mettant les villes à feu et à sang, rejoint bientôt par toute une armée...

C'est un ouvrage qui peut laisser perplexe: en effet, on part d'une simple querelle à propos d'un droit de péage à une véritable guerre civile. Michael Kohlaas est un personnage curieux, intransigeant et avec une conception plus que personnelle de la justice: plutôt que de laisser passer un outrage mineur, il choisit les armes et préfère la mort à la reddition. Sa personnalité, son sens de le démesure exerce une fascination toute particulière sur le lecteur et le rend à la fois attirant et repoussant. Il est en effet facile de compatir à sa détresse mais, d'un autre côté, ses actes barbares le rendent peu sympathiques... Ceci dit, le livre ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable: hormis Michael en effet, peu de personnages se détachent nettement et l'intrigue tourne rapidement en rond. Le style est curieux car il reste très léger du début à la fin, donnant aux événements affreux un côté irréel.  Mais, j'avoue que ce qui m' a rebutée le plus dans Michael Kohlhaas, c'est la forme même du récit : j'aime ou les romans foisonnants ou les nouvelles précises. Or, Von Kleist condense en un texte court une multitude de péripéties, allant même jusqu'à introduire une intrigue ésotérique (d'après ce que j'ai vu, même le cinéaste a laissé tomber cette dernière) et noyer son lecteur sous un flot de personnages et de situations. Un peu indigeste tout ça. Aussi, pour vous simplifier le roman préféré de Kafka (pourquoi ça ne m'étonne pas au demeurant?) je vous résumerais ainsi l'histoire de Kolhlaas: celle d'un homme qui luttant pour ses propres intérêts se laisse volontairement submerger par une vengeance démesurée. On peut le voir comme un mercenaire, le symbole de la justice luttant contre un pays grangrené par la corruption... ou alors tout simplement comme un psychopathe. Pour ma part, je crois que les deux interprétations sont bonnes. Et vous?

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:48

L02.jpgLes affinités électives

Goethe

éditions Folio

 

Edouard aime Charlotte, Charlotte aime Edouard. Ils se sont désirés pendant longtemps mais ont dû chacun endurer un premier mariage avant de pouvoir enfin convoler ensemble. Maintenant, ils sont riches et heureux et, installés, n'ont qu'un projet, celui de réaménager au mieux leur vaste propriété: jardins, résidence secondaire... Deux lettres arrivent et le couple décide de bousculer ses habitudes en accueillant chez eux l'ami d'Edouard, un capitaine, et la nièce de Charlotte, Odile. Et l'impensable se produit: tandis que Charlotte et le capitaine tombent amoureux, Edouard et Odile sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre...

Les affinités électives c'est la vision de l'amour sous un angle chimique: soit deux éléments A+B (Charlotte + Edouard) qui se dissocient pour s'allier à deux éléments C et D (le capitaine et Odile) avec qui ils ont plus d'affinités. Morale et préjugés sont laissés de côté: pourquoi s'entêter à lutter contre la nature? Pourtant, c'est la morale et la société qui, au final, compliquent la destinée des personnages et les condamnent au malheur: amis trop zélés, éclésiastique puritain, tous ceux qui s'opposent à une double passion qui, au fond, ne nuit à personne... Goethe décrit ici l'amour de façon clinique, froide. On est bien loin des soupirs du jeune Wherter dans le roman éponyme. La passion dans Les affinités électives a quelque chose d'iréel: les déclarations sont rares, les sentiments survolés, les personnages esquissés... Goethe est devenu vieux et son regard sur l'amour a changé.

Je n'ai pas plus accroché que ça au roman, essentiellement à cause de ce style par trop contrôlé et de cette passion disséquée par l'oeil impitoyable de l'auteur. J'ai eu également beaucoup de mal avec les allusions à la franc-maçonnerie, Goethe étant adepte d'un mouvement qui, pour moi, ne présente strictement aucun intérêt. Cependant, je reconnais au texte certaines scènes d'une grande intensité: la nuit qu'Edouard et Charlotte passent dans les bras l'un de l'autre en songeant au capitaine et à Odile, double adultère moral qui donne un enfant avec les traits de l'un et les yeux de l'autre, la noyade du bébé, les derniers jours d'Odile... autant de passages où la retenue dans l'écriture ne donne que plus de relief au tragique... Mais, soulignons surtout le propos audacieux de Goethe dans Les affinités électives qui fait de l'amour une combinaison chimique contre laquelle ni le mariage ni la morale ne peuvent lutter et qui, même encore aujourd'hui,  peut susciter le débat...

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:02

L04.jpgCorinne ou l'Italie

Madame de Staël

éditions Gallimard

 

Corinne est belle et intelligente. Elle chante, danse, peint, a de l'esprit et de l'humour. Elle semble italienne mais parle anglais sans accent, et ses origines sont plus que mystérieuses. Oswald lord Nelvil fait sa connaissance à Rome dans un cadre enchanteur et tombe immédiatement amoureux d'elle. Mais Oswald est un écossais froid et conventionnel, un homme de devoir terrorisé à l'idée de faire un faux pas et de décevoir les attentes d'un père mort depuis peu. La fraîcheur, l'exubérance et le goût de la société de Corinne s'accommode mal dans son esprit avec l'image de la femme anglaise parfaite, en retrait, les yeux baissés et vivant dans l'ombre de son mari. Pourtant le couple se forme; Corinne se prend à son tour de passion pour Oswald et lui fait visiter l'Italie. Les amants coulent des jours heureux mais l'ombre du passé de la jeune femme et le retour prévu d'Oswald pour l'Ecosse vient bientôt mettre un terme à cette lune de miel... En effet, Oswald sait bien que la société anglaise condamnerait une femme comme Corinne et ne sait quel parti adopter.

"C'est un avis solennel qu'une femme résignée donne aux femmes qui luttent encore contre le destin." Corinne, qui n'est pas sans rappeler sa propre créatrice, Madame de Staël, est une femme trop moderne, trop indépendante pour espérer une fin heureuse; dès le début, l'auteur multiplie les signes qui montrent que son histoire d'amour est voué à l'échec; un cercueil qui passe, le bruit du canon annonçant l'entrée au couvent d'une nouvelle religieuse, le sens poussé du devoir d'Oswald... Dans le roman, les hommes n'ont guère le beau rôle: il est difficile d'éprouver beaucoup de sympathie pour lord Nelvil qui préfère la raison au sentiment. Quant à son ami, le seul français du roman, le comte d'Erfeuil, il apparaît comme un fat imbut de sa personne qui met sa patrie au-dessus de tout et méprise le reste du monde. A l'inverse, les portraits féminins sont beaucoup plus touchants, que ce soit Corinne ou même Lucille, l'anglaise idéale qui, sous ses dehors réservés, éprouve également passion et jalousie.

L'écriture de Madame de Staël est dense, parfois indigeste, en particulier lorsqu'elle multiplie les descriptions de paysages ou de monuments. Tout est dans l'exaltation et dans la démesure lorsqu'elle évoque l'Italie et ses habitants qu'elle oppose  à une Angleterre plus structurée, plus sage, peut-être plus profonde mais tellement plus triste.... Une petite parenthèse pour souligner que le travail éditorial est ici un peu une catastrophe: il y a des coquilles et des fautes presque à chaque page, ce qui n'est pas sans choquer et gâche quelque peu le plaisir de la lecture. Néanmoins, malgré sa complexité, son épaisseur, sa surrenchère dans le style et l'expression des sentiments, Corinne ou l'Italie reste un ouvrage très beau, très triste surtout, qui met en scène une histoire d'amour vouée à l'échec avec son lot de promesses, de bonheur, d'hésitations, de trahisons, de sacrifices et de remords... Il y a un net désenchantement  dans ce récit très largement inspiré d'une expérience personnelle et qui nous montre, si preuve en était, qu'il ne faisait pas forcément bon être une femme trop brillante au XIXème siècle...

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:45

L01.jpgLe Guépard

Giuseppe Tomasi Di Lampedusa

éditions Points

 

 

Le prince de Salina est un aristocrate sicilien issu d'une noble lignée dont le blason est un guépard. Il mène une vie oisive entourée de nombreux enfants, d'une femme tour à tour hystérique et mollasse, et de maîtresses plus ou moins accommodantes. Sa passion c'est l'astronomie, une passion qui lui permet de trouver un dérivatif à son ennui. Mais nous sommes en 1860: les troupes de Garibaldi débarquent et la Sicile est sommée d'adhérer à une Italie désormais unifiée. Peu à peu, la noblesse est forcée de s'écarter devant une bourgeoisie naissante. Le prince, conscient de changements qu'il ne peut combattre, se résigne de bonne grâce à cette évolution, d'autant plus que son neveu Tancredi combat pour ce nouvel état de choses. Par amour pour ce même neveu, il consent même à le laisser épouser la fille d'un parvenu, Angelica, signant ainsi le déclin de sa famille et brisant le coeur de sa propre fille, Concetta, amoureuse elle aussi du jeune homme...

Tout comme dans l'homme qui savait la langue des serpents, nous assistons ici à la fin d'un monde vu de l'intérieur. Dans Le Guépard, le prince de Salina sait d'avance que son mode de vie est condamné mais ne fait rien pour y remédier, conscient que cela n'est pas de son pouvoir. Il y a toute la mélancolie du monde dans cet ouvrage aux descriptions foisonnantes, au style presque baroque et à l'écriture à la fois curieusement démodée et prenante. Le personnage de Salina, très grand physiquement dans le livre, écrase également de façon symbolique les autres personnages, y compris son neveu exalté, Tancredi qui, malgré un certain cynisme (il épouse Angelica certes un peu par amour mais surtout par opportunisme) reste assez transparent et ne prend vraiment consistance que lors de scènes campagnardes assez poétiques; le passage où Angelica et Tancredi explorent la villa délabrée est par exemple un très joli moment de littérature. L'auteur pour la première fois du roman (et sans doute la seule) laisse la vie et le désir prendre le pas sur la mort et la pourriture en montrant les fiancés s'embrassant dans des pièces poussièreuses et luttant contre leurs pulsions, comme poussés à l'amour par un passé enterré. Passés ces scènes, Tancredi n'est pas un personnage foncièrement intéressant et finalement, c'est la fille du Guépard, Concetta, personnage discret mais cinglant qui parvient à rivaliser avec son père, ce dont ce dernier se rend compte avec complaisance: "le plaisr éprouvé quand il s'était rendu compte que dans la beauté et dans le caractère de Concetta se perpétuait une vraie Salina". C'est d'ailleurs avec elle que s'achèvera l'ouvrage, quand cette dernière se rendra compte que l'ancien temps a disparu et qu'il ne sert à rien de le retenir...

Roman largement inspiré de sa propre histoire familiale, Le Guépard a également la particularité d'avoir été le seul roman de Tomasi Di Lampedusa et publié qui plus est à titre posthume. Souvent remanié, longtemps travaillé, il est à la fois assez drôle (certaines situations sont absurdes et les réparties cinglantes du Guépard sont pleine d'humour) et, je l'ai déjà dit profondément mélancolique. Plus que tout, c'est un roman très visuel qui nous présente une Sicile  dont, personnellement, je ne soupçonnais pas l'existence...

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 19:55

L01.jpgPhysiologie du mariage

Honoré de Balzac

Folio Classique

 

De Balzac, je ne connaissais jusqu'ici que ses ouvrages réalistes, ses pavés sur les vies et moeurs de ses contemporains, plus ou moins intéressants selon les thèmes. Mais, oh surprise, avec Physiologie du mariage, j'ai découvert un aspect de l'auteur que j'étais loin de seulement imaginer, un Balzac plus satirique, plus léger et, il faut le dire, beaucoup plus drôle.

Physiologie du mariage, même s'il fait partie du cycle de la Comédie Humaine, n'est pas un roman. Dans ce texte assez dense, l'auteur s'emploie à décrire la noble institution du mariage en partant de ce postulat: tôt ou tard, l'homme marié est condamné à se faire "minotauriser" (vous aussi vous trouvez ça mignon comme expression?). En clair messieurs, malgré tous vos efforts, votre femme fourbe trouvera moyen de mettre un homme dans son lit dès vos premiers signes de relâchement. Malgré tout, Balzac propose de retarder l'inévitable grâce à toute un succession d'astuces, de conseils (lit commun ou chambres séparées, confguration de votre maison, indices vous permettant d'identifier l'infidèle et son amant, relations avec l'argent, etc.) et en vous donnant un véritable art de vivre conjugal qui mêle en vrac les migraines et les belles-mères, les lunes de miel et la façon de réagir en cas de flagrant délit.... L'auteur console même les maris trompés en leur rappelant tous les bienfaits qu'ils peuvent tirer d'une minotaurisation intempestive: une femme plus imaginative au lit, un amant prêt à défendre sa famille, un bienfait économique à l'échelle nationale...

C'est léger, amusant et le style est volontiers égrillard. Je ne pensais pas autant rire en lisant un ouvrage de Balzac qui mêle sur le ton le plus sérieux statistiques improbables et témoignages rapportés et qui traite de façon impassible les sujets les plus grivois. Bien entendu, le mariage a bien changé (vraiment?) mais certaines "méditations" ne nous paraissent pas si éloignées que ça de notre réalité. Je pense que des féministes outrées hurleraient au scandale devant cet ouvrage qui fait de la femme un être manipulateur et sournois mais, pour ma part, Physiologie du mariage est à ce jour mon livre préféré de Balzac à qui je laisserai le dernier mot dans cette jolie citation tirée de son "catéchisme conjugal": "Il est plus facile d'être amant que mari, par la raison qu'il est plus difficile d'avoir de l'esprit tous les jours que de dire de jolies choses de temps en temps." A méditer...

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 14:59

L02.jpgLe Neveu de Rameau

Denis Diderot

éditions Livre de Poche

 

Oui, pas la peine de chipoter: non effectivement, Diderot ne fait pas partie des auteurs du 19ème siècle et la logique voudrait qu'on n'en parle plus. Mais Le neveu de Rameau est un texte publié de façon posthume et, à ce titre, les 1001 livres le classe dans les oeuvres incontournables de cette époque. Donc, parlons-en.

La scène se passe dans un café parisien, fréquenté essentiellement par des joueurs d'échecs. Le narrateur, un "moi" derrière lequel se cache l'auteur, s'entretient avec le neveu de Rameau, le célèbre musicien. "Lui", le neveu, n'a rien d'un être de génie, se définissant lui-même comme un médiocre, mais son intelligence n'a d'égal que sa moralité des plus douteuses. Rameau est un vaurien sans scrupules qui ne croit guère qu'au pouvoir de l'argent et qui considère les hommes avec cynisme, les voyant comme des marionnettes soumises au bon vouloir d'hommes plus puissants. "Moi", le philosophe désapprouve sa conduite légère. Le dialogue est moins un échange qu'une passe d'armes entre deux personnages et l'occasion pour Diderot de mettre à face-à-face deux conceptions opposées du libertinage, tout en égratignant quelques-uns de ses contemporains au passage. C'est aussi l'occasion pour l'auteur d'exprimer sa pensée sur la musique, seul sujet sur lequel "lui" et "moi" sont en harmonie...

J'avais déjà lu Le neveu de Rameau dans le cadre de mes études et j'en ai déjà fait des dissertations et des analyses de texte aussi, vous ne m'en voudrez pas si je fais court aujourd'hui. Rien à dire, le style de Diderot est brillant, le ton est féroce et le dialogue ponctué par la pantomime constant du neveu est un régal littéraire. Les sujets abordés sont des brûlots pour l'époque, la forme du récit est original... Voilà, après le texte est dense, fourmille de références diverses et variées et, surtout, se lit plus à mon sens comme un essai que comme un roman. Si le neveu a un côté canaille qui fait rire, le "moi" pontifiant et plein de principes est plus ennuyeux. N'allez pas hurler: oui, je sais que Le Neveu de Rameau est un chef-d'oeuvre, un brillant exercice de style, etc. Mais, pour tout vous dire, ça ne me parle pas. Il en est comme pour Candide de Voltaire: je reconnais les mérites de l'écriture mais je n'y accroche pas. Je lis le début avec plaisir, je comprends les implications mais, petit à petit, l'entrain s'essouffle et je quitte le texte aussi soulagée que j'étais contente d'y rentrer... Le 18ème et moi ne seront définitivement jamais bons amis...

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