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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:00

L08.jpgHenri d'Ofterdingen

Novalis

éditions Gallimard

 

Et oui! Nous avons gaiement sauté dans le 19ème siècle avec Les 1001 livres...(il était temps) et pourtant, déception, le début du siècle ressemble fort à la fin de l'autre: des auteurs allemands hypersensibles qui rêvent d'amour et de poésie.

Henri d'Ofterdingen est un jeune homme tout ce qu'il y a de bien, peut-être un peu trop sensible et souffrant d'un curieux manque qu'il ne saurait définir. Son âme aspire à la beauté de la poésie mais il ne sait comment répondre à cet appel. Sa mère décide de l'emmener en voyage pour lui faire rencontrer son grand-père et, dans la foulée, un bon parti. Sur la route, ils font de nombreuses rencontres qui émeuvent notre héros et le font progresser, mais ce n'est qu'arrivé chez son grand-père que Henri vit le terme de son apprentissage. En effet, il fait la connaissance de la belle Mathilde dont il tombe immédiatement amoureux et qu'il épouse presque aussitôt; le voilà prêt à devenir poète. Hélas pour lui, Mathilde meurt et Henri devient un itinérant, prêt à percer le secret des mots et de l'âme, à la poursuite de l'amour  et du bonheur entrevus avec sa jeune épouse et qu'il espère retrouver dans l'essence même de la poésie.

Bon, Novalis n'a pas eu une vie très drôle puisqu'il est mort de phtisie alors qu'il n'avait pas trente ans et qu'il a perdu son premier amour, encore une adolescente, alors qu'il n'en avait pas vingt. Cela fait de lui la caricature du poète maudit et cela explique son style plein d'emphase et son goût pour les allégories. Henri d'Ofterdingen est l'essence même du romantisme allemand; les sentiments sont exacerbés, la nature est magnifiée, souffrance et joie se confondent... Le problème c'est que j'en ai un peu ma claque des poètes maudits pleurant sous des arbres à la recherche de leur amour perdu. L'oeuvre de Novalis est loin d'être inintéressante mais ça fourmille d'allégories, il y a des poèmes partout, des histoires à l'intérieur de l'histoire, le héros tout comme celui de Hölderlin est élevé au rang de demi-dieu et ce n'est que passions sublimes et êtres flamboyants. Heureusement pour moi, malheureusement pour les amateurs du genre, le roman est inachevé, l'auteur étant mort avant d'avoir pu comme il en avait l'ambition faire le tour de l'idée même de poésie. Je ne vais pas prétendre que Novalis ne vaut rien: d'autres mieux que moi sauront vous faire découvrir toute la beauté d'une prose pleine de délicatesse et d'images lyriques: jeu sur les mots et l'amour, mythes anciens et nouveaux qui se mêlent, etc. Peut-être n'étais-je pas d'humeur, peut-être ne suis-je pas taillée pour le romantisme allemand. Toujours est-il que Henri d'Ofterdingen fait partie de ce genre de livres qui ne me marqueront pas. A bon entendeur...

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 19:45

L10Hypérion

Hölderlin

éditions Flammarion

 

Oui, promis, on va revenir à des lectures plus récentes dès la prochaine note, mais il faut finir le 18ème siècle dans Les 1001 livres... alors un peu de concentration s'il vous plaît! Car l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui en nécessite beaucoup.

Hypérion c'est un roman épistolaire entre deux protagonistes, le héros éponyme et son ami allemand, Bellarmin. Ceci dit, seul les lettres d'Hypérion sont transcrites, ce qui donne plutôt au récit l'aspect d'un long monologue. Hypérion est un jeune homme grec plein d'idéaux, qui souffre de voir son pays, naguère patrie de la poésie et de la philosophie, sous le joug de la Turquie. Il rêve de retrouver la Grèce d'autrefois, la Grèce antique. Son chemin croise celui d'Alabanda, un jeune homme dont il devient l'ami passionné (amitié qui semble d'ailleurs plus proche de l'amour) avant de le quitter lorsque celui-ci lui annonce faire partie d'une ligue secrète douteuse. Nouveaux errements, nouvelles complaintes au milieu de la nature. Puis,  Hypérion croise le chemin de Diotime, une charmante jeune fille dont il tombe amoureux. Mais bientôt, sa soif d'absolu ne se satisfait plus de cette passion tranquille....Diotime conseille à son amant de voyager et de "changer les hommes" par sa parole, sorte de messie grec. Mais un courrier d'Alabanda pousse plutôt Hypérion à choisir les armes pour libérer la Grèce de l'esclavage, une décision qui sera lourde de conséquence pour les trois protagonistes...

Si Hölderlin qualifiait son roman de "cannibale" c'est pour une bonne raison. Hypérion en effet est un livre qui a été manifestement plus écrit pour son auteur que pour un lectorat potentiel. En témoigne la narration uniquement à la première personne, le caractère parfois décousu des lettres, l'aspect exalté de l'ensemble... Disciple de Rousseau, l'auteur glorifie la nature et reprend quelques thèmes chers à notre philosophe: l'idée que l'homme ne doit être éduqué que lorsque l'esprit est totalement formé, que la nature est bonne et la société mauvaise, etc. Hölderlin s'enflamme également pour une civilisation grecque antique qu'il pare de toutes les vertus tandis qu'il voue aux gémonies la société contemporaine, tâclant d'ailleurs assez sévérement son propre pays, l'Allemagne. Niveau intrigue, ne cherchez pas, l'intrigue n'est de toute évidence qu'un prétexte: j'avoue d'ailleurs avoir du mal à considérer de ce fait Hypérion comme un roman. Ce n'est pas non plus un long poème... ben en fait je sais pas trop ce que c'est. L'écriture est plutôt belle et certains passages sont particulièrement réussis, les passages sur l'amour ou sur le bonheur par exemple. Je suis en revanche restée de marbre devant l'aspect "patriotique" de l'histoire et je me suis profondément ennuyée  à l'évocation de la Grèce antique, ne partageant pour le coup absolument pas le goût de Hölderlin pour les hommes en toge. Ce que je reprocherais le plus à ce livre, c'est son aspect étouffant. Le narrateur se lance dans des considérations exaltées ou des critiques cinglantes mais, quoi qu'il arrive, il n'est jamais contredit. Son ami l'idôlatre, sa maîtresse le considère comme un demi-dieu et le correspondant bienveillant, Bellarmin ne remet jamais en cause aucune des lettres. Nous avons un seul point de vue, un personnage qui apparaît comme parfait, trop bon pour ce monde de dégénérés, un héros grec trop lisse au style emphatique et à la comparaison grandiloquente. Dans Hypérion, il n'y a absolument aucune distanciation entre le personnage et son auteur, les deux s'identifient tellement qu'il est difficile pour un lecteur de se faire sa place dans ce monologue tantôt amer tantôt lyrique. Pour la petite histoire, sachez que Hölderlin a fini plus ou moins fou et, si vous lisez Hypérion je pense que vous comprendrez pourquoi....

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:28

L08.jpgLa religieuse

Diderot

éditions Flammarion

 

C'est l'objectif de fin 2012: terminer les classiques du XVIIIe siècle des 1001 livres... pour entamer dans la bonne humeur l'année 2013 avec le XIXème. On continue donc avec Diderot que nous avions quitté sur Jacques le fataliste et que nous retrouvons avec La religieuse.

L'histoire du livre est intéressante car elle commence par une plaisanterie entre Diderot et ses amis. Désireux de jouer un tour à l'une de leurs connaissances, ils entrent en correspondance avec ce dernier en se faisant passer pour une jeune fille que ses parents ont mise de force au couvent. La religieuse implore l'aide du gentil dupe et raconte son histoire malheureuse. La plaisanterie a fini par tourner court, les lettres sont devenus un roman. Suzanne Simonin, gentille jeune fille dont le seul tort être d'être l'enfant illégitime de sa mère, est enfermée très jeune et sommée de faire ses voeux . Elle s'engage en religion presque par la force mais décide bientôt de se rebeller et de faire le nécessaire pour se libérer de ces liens perpétuels. Son obstination mais également sa douceur et ses talents lui attirent bientôt la haine de ses compagnes. Persécutée dans son premier couvent, courtisée par sa mère supérieure dans le second, Suzanne mène un rude combat pour retrouver sa liberté...

Il est évident que la sortie du roman fut un coup de tonnerre. La religieuse, critique très virulente de l'Eglise, était un véritable brûlot car il dénonçait une société qui enfermait des jeunes filles par commodité. Suzanne a ceci de particulier qu'elle ne veut pas rompre ses voeux pour l'amour d'un homme, comme c'est le cas par exemple pour l'un des personnages féminins du Moine. Elle réclame seulement le droit à la liberté; son désir de briser ses voeux prend de la sorte quasiment une dimension politique. La description que fait Diderot des couvents est de plus extrêmement féroce. Présentés au mieux comme des lieux de désoeuvrement où les sens et les passions sont exacerbées et conduisent à la débauche (dans le couvent de Sainte-Eutrope la supérieure fricote avec bon nombre de ses ouailles dont l'héroïne) ils peuvent devenir au pire des lieux propices à la pire cruauté (dans son premier couvent, Suzanne est maltraitée et subit même la torture) En bref, La religieuse était un ouvrage polémique qui n'aurait pu d'ailleurs être publié sous l'Ancien-Régime.

Mais... Les années ont passé et la portée politique du livre a perdu tout ou presque de sa force. Ne reste alors plus que la narration et l'intrigue et, pour le coup, j'avoue avoir été franchement déçue. L'héroïne est une oie blanche assez semblable aux héroïnes de Richardson (dont Diderot était un fervent admirateur) un modèle de vertu et de candeur insupportable. D'ailleurs, le personnage est plutôt contradictoire: comment une telle gourde qui ne voit pas le mal à ce que sa supérieure la déshabille et la caresse, comment une jeune fille aussi ingénue peut-elle avoir assez de force de caractère pour s'opposer à toute une institution? Certes, les lecteurs du XVIIIème aimaient pleurer à chaudes larmes devant les malheurs de jeunes filles en fleur perdues dans un monde trop cruel pour elles (c'était des pleurnichards que voulez-vous) mais là j'avoue que moi, les tortures et les souffrances de Suzanne m'ont plutôt laissée de marbre. Le personnage est trop lisse. Quant à la narration...Dans Jacques le fataliste, il y avait souvent des incohérences, des oublis, Diderot ayant de de toute évidence un léger souci avec la vraisemblance, ce qui n'était pas gênant dans ce cas précis puisque, de toute manière, Jacques le fataliste était un roman qui jouait avec le genre du roman. C'est beaucoup plus ennuyeux dans La religieuse qui se veut au contraire un récit réaliste. Euh dites, vous trouvez ça réaliste un roman dans lequel l'héroïne ne vieillit quasiment pas, un roman qui se contredit sans cesse? (la narratrice prétend ignorer ce qu'il est advenu de l'une de ses amies avant de décrire sa mort, dit beaucoup de bien de sa supérieure et la prétend innocente avant de raconter à quel point elle est fourbe) Et cette fin... misère! On a l'impression que, au milieu du récit, Diderot s'est dit que, bon, ça va comme ça j'en ai assez de Suzanne, pouf on va accélérer un peu le rythme de la narration. Des pages et des pages pour raconter l'agonie de la supérieure, les atermoiements de la religieuse, deux pages pour narrer l'évasion de Suzanne, une tentative de viol, sa détresse, sa situation actuelle, etc. Seriously? Voilà voilà... Au final je me suis bien ennuyée (même la préface est ennuyeuse) et Diderot baisse dans mon estime, clairement plus à l'aise à mon sens dans le registre léger que dans le roman tragique: n'est pas Rousseau qui veut...

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 11:21

L01.jpgJacques le fataliste

Diderot

éditions Livre de Poche

 

Un peu de sérieux maintenant voulez-vous? Nous avons beaucoup parlé dans ce blog de Jean-Jacques Rousseau, il est temps maintenant de parler un peu de son "frère ennemi", Diderot. De ce dernier, j'avoue que j'avais une assez mauvaise opinion que je me vois contrainte de réviser. Jacques le fataliste que je prenais pour un conte philosophique à la Candide s'est en effet révélé beaucoup plus intéressant que prévu.

Tout commence sur une route où Jacques et son maître cheminent. D'où venaient-ils et où allaient-ils l'auteur s'en soucie peu et nous le fait savoir: "Comment s'étaient-ils rencontrés? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils? Que vous importe? D'où venaient-ils? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils? Est-ce que l'on sait où l'on va?". Pour passer le temps, le maître de Jacques demande à ce dernier de lui faire le récit de ses amours. Jacques, bavard impénitent ne se fait pas prier mais son histoire va être interrompue à de nombreuses reprises: incidents sur le chemin, interventions du lecteur, d'autres histoires qui, à la façon de poupées gigognes s'intercalent  dans la trame principale du roman... Tout pour empêcher le malheureux Jacques de finir son récit, contretemps que le valet prend à la légère car, fataliste, il est persuadé que "tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut." et que par conséquent il est destiné à ne jamais terminer l'histoire de ses amours...

Dans Jacques le fataliste, Diderot se reconnaît deux modèles: Tristram Shandy à qui il emprunte le principe des digressions, des récits à tiroirs et de l'ironie joyeuse, et Don Quichotte à qui il prend le couple maître/valet et l'art de faire un roman qui se moque du roman. En effet, l'auteur interpelle régulièrement son lecteur et lui montre à de nombreuses reprises les "coutures" du récit: "Vous voyez, lecteur, combien je suis obligeant; il ne tiendrait qu'à moi de donner un coup de fouet aux chevaux qui traînent le carosse drapé de noir, d'assembler à la porte du gîte prochain Jacques, son maître, les gardes des Fermes ou les cavaliers de maréchaussée avec le reste de leur cortège, d'interrompre l'histoire du capitaine de Jacques et de vous impatienter à mon aise." De la sorte, Diderot montre tout le côté artificiel du roman et surrenchérit avec de nombreuses approximations et quelques incohérences qui, sans nuire à la qualité de l'écriture, montre toute la désinvolture d'un écrivain qui ne prend pas le genre très au sérieux et qui du coup le modèle et le transforme avec des effets stylistiques et des ruptures narratives tout à fait plaisants. Vous l'avez compris: le Diderot romancier me plaît beaucoup. Je suis en revanche beaucoup moins convaincue par le Diderot philosophe car le fatalisme de Jacques (tout ce qui nous arrive est déterminé à l'avance) que l'auteur partage plus ou moins, n'est pour le coup franchement pas ma tasse de thé. Ceci dit, la bonne humeur des personnages, les multiples intrigues, les rebondissements plus ou moins vraisemblables m'ont permis de passer sans peine sur cette divergence d'opinion et me font attendre avec une réelle curiosité ma prochaine lecture de Diderot....  

 

Et comme chaque année, pour les Lorrains en général et les Nancéiens en particulier, je vous rappelle les dates pour le marché de Noël au profit des enfants hospitalisés qui se déroulera à Vandoeuvre:

 

http://www.vandoeuvre.fr/agenda/marche-de-noel-de-l-aremig

 

Cette année c'est sur trois week-ends! N'hésitez pas si vous avez un peu de temps libre...

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 17:59

L08.jpgLes Chouans

Honoré de Balzac

éditions Maxi-poche

 

Il y a une quinzaine d'année, après avoir lu et relativement apprécié quelques oeuvres de Balzac (Le Père Goriot, Eugénie Grandet, Le lys dans la vallée) j'ai décidé dans un grand élan enthousiaste d'attaquer l'intégralité de la Comédie Humaine. Je n'ai jamais dépassé Les Chouans. Aujourd'hui, pris de ce même élan enthousiaste, j'ai recommencé et lu de nouveau Les Chouans. Je comprends désormais pourquoi je n'ai pas poursuivi dans ma lancée à l'époque. Je vais être vulgaire, veuillez me pardonner, mais Les Chouans... et bien c'est chiant (c'était pour la rime).

Nous sommes en la glorieuse année 1799 ou, si vous préférez en l'an VIII. L'époque de la Terreur est passée, mais les guerres civiles font encore rage, en particulier en Bretagne ou les Chouans mènent la vie dure aux Républicains. A la tête des rebelles, le Marquis de Montauran, alias le Gars, qui tente d'imposer son idéal monarchique à des paysans un peu brutes épaisses. Le chemin du Gars lui fait croiser celui de mademoiselle de Verneuil; tous deux tombent éperdument amoureux l'un de l'autre. Mais mademoiselle de Verneuil est-elle vraiment ce qu'elle prétend être?

Une histoire d'amour impossible sur fond de guerre, c'est un grand classique. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Balzac ne souhaite pas faire l'éloge des Chouans, pas plus qu'il ne dresse un portrait idéalisé des Républicains. Tous sont mis à la même enseigne et décrits de la même façon. Si des personnages comme le Marquis de Montauran ou le commandant Hulot, tous deux adversaires, suscitent la sympathie, il n'en est pas de même pour Pille-Miche (chouan) ou Corentin (républicain) La guerre civile aux yeux de l'auteur semble plus une boucherie absurde qu'un réel combat idéologique et l'histoire d'amour qui se greffe dessus revêt alors une dimension d'autant plus tragique... C'est en tous cas le souhait de l'auteur car, personnellement cette histoire d'amour m'a laissée de marbre. Les déclarations brûlantes des protagonistes se perdent dans de longues descriptions (j'avais oublié ça aussi tiens, les descriptions de Balzac) et même  les combats sanglants réussisent à être ennuyeux. Il y a dans ce récit un côté très théâtral, très froid, qui de ce fait ne suscite aucune émotion, aucune empathie. Les personnages, les décors, tout semble terriblement abstrait et artificiel. Premier "vrai" roman de son auteur qui le décria d'ailleurs par la suite, Les Chouans ne présente à mon sens aucun intérêt réel à part peut-être pour les passionnés de la Révolution (et encore, la documentation de Balzac sur le sujet n'a pas été non plus très poussée). Il faut cependant que je poursuive cette fois la Comédie Humaine (pas tout de suite rassurez-vous) histoire de ne pas avoir à me payer de nouveau une troisième fois ce puissant somnifère d'ici une vingtaine d'années...

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 18:03

L01.jpgCamilla

 Fanny Burney

éditions Oxford

 

On aurait pu penser que j'avais abandonné les 1001 livres... mais il n'en est rien! Quelques mois après la dernière note sur le sujet, repartons dans le 18ème siècle avec un roman anglais, Camilla, de Fanny Burney, l'ancêtre littéraire de Jane Austen.

Camilla, Lavinia et Eugenia sont les trois filles du pasteur Tyrold. Elevées avec piété et rigueur par un père indulgent et une mère exemplaire, mais de ce fait un tantinet psycho-rigide, les trois soeurs sont des modèles de vertu et de douceur. Leur frère Lionel est en revanche plus dissipé. La vie tranquille de cette petite famille est troublée par l'arrivée dans le voisinage de sir Hugh Tyrold, le frère du pasteur avec ses deux neveux, Indiana, très belle mais frivole et imbue d'elle-même, et Clermont. Sir Hugh s'attache aux filles de son frère, tout particulièrement à Camilla dont il compte faire son héritière, et ne ménage pas ses efforts pour les distraire. Un jour hélas, une inattention de sa part vaut à la plus jeune des trois enfants, Eugenia d'attraper la variole et d'en être défigurée à jamais. Un événement qui bouleverse sir Hugh et le pousse à déshériter Clermont, Indiana et Camilla au profit de la petite malade. Les années passent, les filles grandissent et font leur entrée dans le monde...

Plus de neuf cent pages en anglais, vous comprenez peut-être maintenant pourquoi il m'a fallu environ deux mois pour venir à bout de ce pavé. Un pavé qui est malgré tout plutôt intéressant puisqu'il met en avant des personnages hauts en couleur. Passons sur le très fade Edgar, l'amoureux de Camilla, qui, trop parfait et trop irréprochable, ne suscite pas un intérêt démesuré, tout comme d'ailleurs les parents. En revanche, on se régale avec le personnage de Sir Hugh, ce farfelu au grand coeur qui élabore des plans savants qui s'effondrent et des mariages arrangés ratés; on ne peut s'empêcher de sourire devant Lionel, le frère insouciant qui provoque pourtant l'essentiel des drames du roman. Quant à Camilla... et bien c'est une jeune fille gentille, jolie, simple et douce: pourtant sa naïveté et sa méconnaissance du monde la pousse à commettre de terribles erreurs: contracter des dettes, passer pour une coquette aux yeux d'Edgar, se compromettre avec des hommes moins scrupuleux... L'auteur, par une succession d'événements qui font boule de neige et finissent par tourner au drame, montre combien il est difficile pour une jeune fille de faire ses débuts dans le monde sans courir à sa perte. Pour cela, Fanny Burney n'hésite pas à en rajouter dans le drame, laissant volontiers ses héroïnes pleurer plus souvent qu'à leur tour et se répandre en plaintes amères. Cette oeuvre moralisatrice n'est pas pour autant austère; l'humour n'est jamais loin et si des personnages comme l'inconstante Lionel ou la frivole Indiana sont pointés du doigt, ils ne sont jamais vraiment condamnés. Galerie de portraits variés, roman psychologique et romantique à la fois, Camilla se lit avec un réel plaisir et je ne regrette qu'une chose, c'est de n'avoir pas trouvé de traduction afin de pouvoir mieux en saisir toute la finesse...

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 20:51

L09.jpgLe moine

Matthew G.Lewis

éditions Actes Sud

 

A Madrid, à une époque où l'Espagne sous le joug de l'Inquisition se nourrit de superstitions et de terreurs religieuses, Ambrosio attire chaque semaine bon nombre de fidèles qui viennent ouïr ses sermons éloquents. Ambrosio est moine et il est d'une pureté et d'une droiture sans pareil mais c'est par ignorance; en effet, Ambrosio a été abandonné devant le monastère bébé et ne connaît rien aux usages ni aux tentations du monde. Il est vertueux par défaut, ce qui ne l'empêche pas de se montrer impitoyable vis-à-vis de ceux qui ne le sont pas. Ainsi, il dénonce sans hésiter Agnès, religieuse tombée enceinte, et la laisse se faire punir sévèrement par sa supérieure. Pourtant, notre moine ne va pas tarder lui-même à se retrouver confronté à la tentation. La jolie Mathilde est tombée amoureuse de lui et entend bien le faire succomber...

Roman sulfureux, Le moine a été censuré et a longtemps fait polémique. C'est en effet une charge violente contre le clergé puisque l'essentiel du roman s'emploie à démontrer l'influence négaste que peut avoir le pouvoir religieux sur des esprits faibles et superstitieux; ainsi Ambrosio manipule ses fidèles comme des marionnettes, une prieure dans un couvent voisin traite avec la pire cruauté les religieuses dont elle a la garde... L'auteur exprime également clairement son aversion contre le monde monastique, un mode de vie qu'il juge "contre-nature". Oui, vous enthousiasmez pas non plus: c'est une charge anti-catholique certes, mais Lewis était anglais et sans doute anglican; taper sur les papistes n'avait donc rien de particulièrement novateur.

En revanche, Le moine est un chef-d'oeuvre gothique; j'avais déjà trouvé Radcliffe assez intéressante, mais la malheureuse est écrasée par la comparaison avec Lewis. Ici, l'auteur ne s'embarrasse pas pour trouver des explications rationnelles aux phénomènes inexpliqués. L'atmosphère du roman baigne dans le surnaturel, surnaturel relayé par des vieilles superstitieuses: invocations démoniaques, fantômes, cimetière enfoui, aubergistes assassins... Le gothique s'exprime aussi par la multitude d'intrigues à l'intérieur du récit. Le moine c'est l'histoire d'Ambrosio, mais aussi de la douce Antonia ou encore de la malheureuse Agnès. Toutes ses histoires s'imbriquent parfaitement les unes aux autres  pour former un ensemble cohérent qui se lit d'une traite. L'horreur est omniprésente; dans Le Moine Dieu est le dieu de l'Ancien Testament, le dieu vengeur qui punit sévèrement ceux qui le trahissent et, de ce fait le monde prend une nuance vaguement inquiétante. Le moine  c'est aussi le parcours d'un homme qui cède à la tentation et qui peu à peu, en voulant cacher des faiblesses bien humaines, sombre dans la ruine morale la plus totale: actes blasphématoires et meurtre. Lewis ne condamne pas la tentation: Ambrosio n'est pas mauvais parce qu'il cède à la belle Mathilde mais uniquement parce qu'il se refuse à admettre ses faiblesses. En ce sens, le seul "péché" que l'auteur fustige, c'est l'orgueil: l'orgueil de celui qui se croit au-dessus des autres et qui en paie le prix fort. La fin du livre, et d'Ambrosio par la même occasion, est un concentré d'horreur pure puisqu'elle bannit toute idée de rédemption et conclut en apothéose un roman très très noir et très très intéressant...

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:26

L05.jpgLes années d'apprentissage de Wilhelm Meister

Goethe

éditions Gallimard

 

 

Il n'y a rien de plus décevant que d'avoir apprécié le roman d'un auteur et d'attaquer avec confiance un autre de ses titres pour s'apercevoir que non, on n'accroche pas du tout avec celui-là.  Ainsi, si vous vous en souvenez, j'avais fait une note l'année dernière sur Les souffrances du jeune Werther de Goethe et c'est donc pleine d'optimisme que je pensais apprécier une autre de ses oeuvres. Hélas, cela n'a pas été le cas.

Wilhelm est un jeune homme issu d'une famille bourgeoise; ses parents le destinent au commerce, mais Wilhelm lui, se découvre une passion dévorante pour le théâtre. Il tombe amoureux d'une belle actrice, Marianne, qui lui brise le coeur, puis, envoyé à travers le monde pour apprendre les ficelles de la vente, se retrouve bientôt à la tête d'une troupe d'acteurs. Entouré par la légère Philine, un couple âpre au gain, une fillette quasi-muette, un harpiste tourmenté  ou encore un misogyne convaincu, Wilhelm ne tarde pas à se rendre compte que le monde du théâtre n'a rien d'une partie de plaisir. Le voilà sur le chemin d'un apprentissage long et douloureux qui sera marqué par des rencontres, des souffrances et des choix.

Bon, je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai détesté ce livre, long, très long. Les cinq premières parties, marquées par les tribulations des comédiens, sont même plutôt amusantes. Ah, les Melina, ce couple si mignon des premières pages qui, au fil du récit se transforme en boulets matérialistes! Ah la frivole Philine qui lance au héros cette si jolie réplique: "Et si je t'aime, est-ce que ça te regarde?" ah la douce Mignon, le désenchanté Laerte... J'ai en revanche complètement décroché à la sixième partie,  "Confessions d'une belle âme", lettre d'un nouveau personnage qui va servir à introduire de nouveaux protagonistes tout en permettant à Goethe d'esquisser ses propres théories et de faire de son livre un pensum bien ennyeux par la suite. De façon générale, l'ambition de l'auteur était clairement d'établir un parallèle entre le monde du théâtre et la vie, soulignant de la sorte que le monde n'est qu'une gigantesque pièce où chacun joue son propre rôle. Là encore, ça passe bien dans les premières parties, légères et propres à la démonstration. Mais quand la pièce devient tragédie, Goethe tombe dans la surrenchère avec des morts mises en scènes et qui de ce fait perdent de leur émotion, des coups de théâtre souvent tirés par les cheveux et des amours qui paraissent artificielles. Comment l'auteur du si émouvant Werther a-t-il pu faire une oeuvre aussi fade, aussi froide? Pas de sentiments, rien que de la mise en scène et un héros qui, en fin de compte, était plus touchant au début de son histoire, des héroïnes qui sont moins intéressantes que les personnages féminins secondaires (entre Philine et l'ennuyeuse Thérèse ou la très vertueuse Nathalie, y a pas photo) et une philosophie plus que contestable. Non, franchement, rien à dire, le style est là mais les sentiments ont disparu; Goethe de Werther est passé à Wilhelm mais, pour ma part, je ne suis pas satisfaite du résultat...

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 09:20

L01.jpgLes jeunes filles

Henry de Montherlant

éditions Gallimard

 

"Tout ce qui naît de vous est mêlé, a double face (...) Vous versez tour à tour, presque ensemble, le poison et le remède, mais de façon assez savante pour qu'on ne soit ni tué par le poison, ni guéri tout à fait par le remède.(...) si vous jouez ce jeu en toute lucidité avec moi, je vous dis simplement: je ne suis pas assez forte pour vous, je fais "pouce". Et d'ailleurs je ne suis plus dans le jeu. Vous m'avez été jadis un élément de fécondité intérieure, de vitalité, de tourment actif. A présent il n'y a plus rien. Vous avez momifié la tendresse si fraîche, si profonde, si absolue que j'avais pour vous. Vous avez été une sorte de gelée blanche: vous avez fait avorter des sentiments qui, épanouis, eussent pu donner des  fruits admirables."

 

On passe du coq à l'âne avec un livre d'une rare cruauté, écrit entre deux-guerres. Costal, Don Juan des temps modernes, est un écrivain célèbre dont les femmes tombent toutes amoureuses et qui collectionnent les conquêtes féminines avec une facilité déconcertante. L'une de ses admiratrices, Andrée Hacquebaut s'est liée d'amitié avec lui pour finir par succomber à son charme. Sensible à la culture de la jeune femme, Costal n'est cependant touché ni par ses lettres enflammées (demeurant souvent sans réponse) et pas davantage par un physique ordinaire voire ingrat. S'il a assez pitié d'elle pour lui offrir son amitié, il ne peut se résigner ni à lui briser le coeur une bonne fois pour toute, ni à coucher avec elle pour s'en débarrasser pour de bon. Costal joue avec Andrée tout comme il joue avec Thérèse, une autre admiratrice illuminée ou encore avec la jeune Solange, une toute jeune fille qu'il séduit avec une facilité déconcertante...

Dans Les jeunes filles, la narration traditionnelle est interrompue par les lettres brûlantes de Andrée ou de Thérèse, la correspondance glaciale de Costal, des petites annonces matrimoniales, des réflexions sur les relations homme/femme...Le ton est cynique, les descriptions cliniques. Les femmes sont totalement mises à nu, et cette nudité n'a rien de bien glorieuse: Thérèse, mystique au bord de la folie, Andrée, la vieille fille frustrée dans un amour qu'elle croit réciproque, Solange, la jeune oie molassonne qui se prête à tout sans dire un seul mot... A l'inverse, Costal reste muré dans son mystère, semblant indifférent à la douleur et même au plaisir. Les rapports entre sexes sont décrits sans complaisance; pour le narrateur (et sans doute pour Montherlant) hommes et femmes ne peuvent vivre ensemble car ils ne partagent pas les mêmes aspirations. L'homme ne veut pas se marier, la femme si, la femme dépend de l'homme, l'homme ne dépend de personne... Toutes ces affirmations sont bien sûr à replacer dans leur contexte. Ce qui est surtout intéressant dans ce roman, en-dehors d'un style impeccable, c'est l'analyse des sentiments; Thérèse est caricatural et le personnage de Solange insuffisamment développée (il le sera davantage dans les romans suivants d'après ce que j'ai compris) mais celui de Andrée est touchant et agaçant à la fois, toute sa personnalité révélée sans pudeur à travers des lettres tour à tour désespérées et furieuses, joyeuses et calmes. A un moment donné du récit, le narrateur dit que pour aimer les femmes, il faut renoncer à les comprendre. Montherlant a clairement fait le choix de les comprendre.

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 19:52

L01.jpgLes mystères d'Udolpho

Anne Radcliffe

éditions Archipel

 

Huum, le rythme du blog s'est un peu ralenti ces derniers temps. Toutes mes excuses! Quelques petites vacances devraient arranger ça... Repartons donc du côté du 18ème finissant avec la championne du roman gothique, Ann Radcliffe.

ça commence comme une bluette un peu niaise: Emilie Saint-Aubert, jeune fille douce et innocente coule des jours paisibles entre des parents aimants et des promenades au sein de la nature. Mais son bonheur prend fin, lorsque devenue orpheline, elle se retrouve sous la tutelle de sa tante. Cette dernière se marie au cruel Montoni qui les envoie toutes deux au château d'Udolpho. Emilie, enfermée dans cet endroit de sinistre réputation, est à la fois en butte aux manigances de son tortionnaire pour s'approprier son argent et à des phénomènes inexpliqués qui agitent le château. Couloirs sombres, bruits étranges, portes closes...Revenants, êtes-vous là? Emilie, isolée, terrifiée, ne peut compter que sur le soutien de sa brave servante et sur le souvenir de Valancourt, l'homme qu'elle aime et qu'elle a promis d'épouser...

Nous avions déjà parlé d'un roman gothique, Le château d'Otrante, mais l'oeuvre de Radcliffe est clairement un niveau au-dessus.  L'intrigue en soi n'est pas renversante, mais quelle maîtrise de l'écriture et des descriptions! Je suis jalouse. L'auteur parvient à créer une ambiance toute particulière, faisant d'Udolpho le personnage principal de l'histoire, lieu sombre plein de chausses-trappes et de portes grinçantes. Elle parvient également à faire de l'héroïne une jeune fille naïve mais pas sotte, sensible mais courageuse et dont la détermination et la force de caractère restent toujours intactes. Emilie ne se laisse jamais dominer par la peur et sa démarche reste toujours très logique. Même si elle est officiellement française, c'est une héroïne très anglaise, très pragmatique et très protestante, qui ne croit ni aux superstitions ni aux revenants. Sa principale qualité est son bon sens qui l'empêche de ressembler à son étourdie de servante ou à sa tante frivole. Elle est de ce fait plutôt moderne, bien loin des héroïnes niaises de Richardson, plus proche de celles de Jane Austen. De ce fait, elle ne devra son salut et son bonheur qu'à elle-même. Les mystères d'Udolpho, livre pas forcément parfait (le style est parfois chargé, la morale assez rigide et la fin plutôt abrupte) marque pourtant à mon sens une rupture claire avec les autres romans du 18ème siècle pour toutes ces raisons et amorce à ma grande joie un nouveau siècle littéraire plein de promesses. A découvrir pour frissonner un peu...

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