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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 16:33

L02.jpgMa véridique histoire

Equiano

éditions le Mercure de France

 

 

C'est moi ou le XVIIIe siècle n'en finit pas? Aujourd'hui, retour aux 1001 livres...: nous allons parler d'une oeuvre un peu particulière dans la mesure où il ne s'agit pas vraiment d'un roman mais d'une autobiographie, celle d'Equiano, intitulée Ma véridique histoire et sous-titrée "Africain, esclave en Amérique, homme libre". Equiano, ancien esclave affranchi, fait le récit de son histoire, depuis sa naissance en Afrique jusqu'à son installation à Londres. Essentiellement présenté comme un récit de voyage (Equiano passe en effet énormément de temps en mer, d'abord en tant qu'esclave, puis en tant qu'homme libre) Ma véridique histoire a été écrit avant tout dans un but militant: Equiano, figure de proue des abolitionnistes, dénonce à de nombreuses reprises les conditions de vie des esclaves, en particulier dans les Indes Occidentales et interpelle son lecteur en demandant comment une nation chrétienne peut traiter son prochain ainsi. Il fait également appel à la raison en démontrant que l'abolition de l'esclavage ne pourrait qu'être bénéfique à l'économie. En bref, son histoire a plus de valeur en tant que témoignage (et à cette époque-là, oh combien utile) qu'en tant qu'oeuvre littéraire. Cela ne veut pas dire pour autant que Ma véridique histoire est mal écrit. Au contraire, je salue un style simple mais propre, servi par une traduction rigoureuse. C'est  avec attention que l'on suit les pérégrinations d'un homme qui pose sur le monde et sur ses contemporains un regard plein de fraîcheur, s'enthousiasmant ou au contraire s'indignant, et qui ne s'embarrasse pas de demi-mesures. Ainsi, le texte d'Equiano est empreint d'une ferveur religieuse qui peut faire sourire. Pour résumer, l'écrivain est un homme de convictions et son récit est à son image, optimiste et généreux, même si des inexactitudes, soulignées par l'appareil critique, parsèment le texte: descriptions d'une Afrique dont l'auteur ne peut se souvenir avec une telle précision vu son jeune âge au moment de son enlèvement, erreurs dans les dates, enjolivement de la réalité... Récit foisonnant, Ma véridique histoire est un peu répétitif; de fait, les aventures d'Equiano lassent sur la fin et c'est avec soulagement qu'on arrive au bout d'une autobiographie qui, d'un point de vue histoire, garde cependant tout son intérêt.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:53

L02.jpgLes aventures de Caleb Williams

William Godwin

éditions Bordas

 

 

Retour à la littérature du 18ème siècle: si vous vous en souvenez bien, nous en étions restés à la tragique et ennuyeuse histoire d'amour de Paul et Virginie qui, à son époque, avait fait couler bien des larmes à des sujets plus sensibles que moi. Quittons donc maintenant un peu la France (de toute manière pour l'instant ils n'écrivent plus beaucoup, ils sont essentiellement occupés à guillotiner à tour de bras) et allons faire un petit tour du côté de l'Angleterre. Là-bas, un timide vent de révolte souffle aussi, et les écrits s'en ressentent: place donc à William Godwin.

Les aventures de Caleb Williams mettent en scène un jeune secrétaire, Caleb Williams donc, qui, en dépit de sa basse naissance, grâce à son intelligence et à sa curiosité, est parvenu à acquérir une certaine culture. Il travaille pour lord Falkland, un noble calme et généreux qui le traite avec beaucoup d'égards. Lord Falkland n'a qu'un seul ennemi: le baron Tyrrel, un despote tyrannique jaloux de son charisme. Après bien des différents entre eux, dont la plupart ont causé du tort à des personnes innocentes, le baron Tyrell est retrouvé mort. Soupçonné, lord Falkland est rapidement mis hors de cause et deux paysans sont exécutés pour le meurtre. Mais Caleb Williams, intrigué par le changement de comportement de son maître, mène sa propre enquête et ne tarde pas à découvrir que ce dernier est bel et bien coupable. Loyal envers son protecteur, Caleb ne peut cependant continuer à travailler pour un assassin. Malheureusement, Falkland, démasqué, se refuse à le laisser partir et, lorsque son secrétaire fuit, il le fait pourchasser et accuser par la justice. Commence alors pour Williams une longue cavale, plusieurs évasions de prison et un certain nombre de déguisements...

Je suis un peu perplexe face à cet ouvrage je le reconnais. La faute peut-être à une traduction de 1945 qui me paraît plus qu'approximative. De fait, nous ne parlerons pas du style qui est... déroutant, oscillant entre une narration traditionnelle et l'intervention directe de Caleb Williams, et ce de façon plutôt grossière. La thématique est déroutante également: voilà une histoire qui met en scène un noble qui est la bonté incarnée mais qui va devenir pourtant le pire cauchemar de son serviteur. Lord Falkland est un assassin certes: mais il a tué un homme mauvais. Il pourchasse son ancien secrétaire mais, en même temps, fait tout pour le protéger... Caleb Williams de son côté enquête sur un homme qu'il admire, se refuse à le dénoncer mais ne veut plus travailler pour lui, clame son innocence mais passe son temps à s'enfuir... C'est moi ou tous ces personnages sont plus ou moins schizophrènes? Et je ne vous parle même pas d'Emilie, la protégée de Falkland qui se refuse de croire et en la culpabilité du lord et en la culpabilité de Caleb Williams. Ouais choupette désolée, mais il y en a un des deux qui ment tu sais...

C'est confus, reconnaissez-le. On sent Godwin soucieux de ne pas s'attirer les foudres de la noblesse tout en glissant ça et là cependant quelques petites critiques insidieuses: la tyrannie de Tyrrel qui ruine la vie de gens moins fortunés par simple caprice, le destin misérable d'un paysan qui souhaitait seulement assurer un avenir à son fils, un système judiciaire corrompu (des policiers véreux autrefois bandits, des geôliers cupides) qui ne traite pas tout le monde sur le même pied d'égalité... Par la bouche de Caleb Williams, Godwin va même jusqu'à railler une Angleterre convaincue de son intégrité et de ses lois: " Dieu soit loué, s'écrient les Anglais, nous n'avons pas de Bastille! Dieu soit béni, chez nous un homme ne peut être puni sans avoir commis de crimes! Est-ce un pays de liberté, celui où des milliers d'hommes languissent dans des cachots et dans des fers? Viens, Anglais ignorant, et visite nos prisons! Respire leur air empoisonné! Vois leur saleté! Eprouve la dureté tyrannique de leur gouverneur et ose, après cela, répéter avec orgueil: L'Angleterre n'a point de Bastille!" Non, nous dit l'auteur, l'Angleterre n'est pas un modèle de vertu. Oui, l'innocence peut être punie, oui les injustices existent et oui, elles s'exercent souvent au détriment des plus pauvres. Inutile de vous dire que Godwin est plus que favorable aux idées révolutionnaires qui font fureur de l'autre côté de la Manche et rêve d'une société plus juste pour tous. Des idées que d'ailleurs il développera dans plusieurs écrits politiques.

C'est cela Les aventures de Caleb Williams, un roman assez critique et plutôt intéressant du point de vue de la  psychologie des personnages. Pour l'auteur, ce ne sont pas les hommes qui sont forcément mauvais (lord Tyrrel lui-même est loin d'être un monstre) mais c'est le système qui les encourage à agir mal. Une idée somme toute assez généreuse mais qui a dû valoir à Godwin quelques soucis en ces temps où l'Angleterre ne rigolait pas trop avec toutes ces choses-là.

Et avant de refermer la parenthèse sur Godwin, pour votre culture personnelle, sachez que ce dernier est connu aussi pour avoir eu une fille du nom de Mary qui, devenue adulte, épousera un certain Shelley. Cette même Mary Shelley qui, bien des années plus tard, créera le personnage mythique de Frankenstein et de son monstre...

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 10:28

L04.jpgLe dit des Heiké

traduit du japonais par René Sieffert

éditions Verdier

 

 

Me revoilà! Ce n'est pas par fainéantise que je n'écrivais plus sur ce blog mais parce que j'étais sur un gros morceau qui, au demeurant, ne risque pas de passionner les foules. Aujourd'hui, parlons donc de littérature japonaise médiévale.

Bon, maintenant que j'ai perdu la moitié de mon lectorat sur cet article, permettez-moi de vous présenter Le dit des Heiké, une épopée japonaise narrant l'ascension au pouvoir du clan des Heiké aux environs de la première moitié du 12ème siècle. Tout commence avec Tamadori, un manant (bon j'exagère un peu mais j'essaie de faire simple) qui parvient à se hisser dans les faveurs de l'Empereur; son fils Kiyomori de ce fait parvient à occuper une position importante à la cour pour finalement devenir Grand Ministre. Kiyomori, moins humble que son père, en profite pour écraser ses ennemis et établir tous ses enfants à des postes prestigieux. Il donne également à l'Empereur l'une de ses filles. Cette dernière met au monde un garçon qui, en bas âge, devient Empereur. Rien ne semble pouvoir arrêter l'ascension des Heiké, mais Kiyomori, véritable dictateur, exilant et tuant à tour de bras se fait beaucoup d'ennemis. Après la mort de son fils aîné, un homme d'une grande sagesse qui s'employait à tempérer son père, sa folie dominatrice ne connaît plus de mesures. Le Grand Ministre va même jusqu'à déplacer la capitale pour son confort personnel. Les présages néfastes s'accumulent, la populace gronde... Kyomori tombe malade. A sa mort, le clan rival, les Genji, se déchaîne. Les Heikés sont pourchassés, le tout jeune Empereur est précipité dans les flots avec les joyaux du trône par sa grand-mère pour échapper à leurs ennemis et tous ceux du clan qui ne se tuent pas d'eux-mêmes sont mis à mort, y compris les enfants (bon sauf les femmes mais elles elles partent pleurer au fond des montagnes) Le clan des Heiké est décimé et un nouveau système politique se met en place, celui du gouvernement des shôgun (gouvernement militaire). Fin de l'histoire.

Dit comme ça ça peut paraître un peu tortueux et de ce fait, même si vous aimez les mangas, ne vous précipitez pas quand même sur Le dit des Heiké. Déjà, les personnages sont rarement nommés par leur nom mais le plus souvent par leurs fonctions (Grand Ministre, Empereur Moine, Empereur Retiré, Commandant de Komatsu, etc.) ce qui complique singulièrement la tâche de mémorisation. Et s'il n'y avait que dix personnages! Mais non, il y en a des centaines, certains apparaissant juste le temps de mourir quelques pages plus tard. Certaines pages ne sont qu'une énumération de titres et de dignitaires partant sur le champs de bataille. Chacun sa méthode: certains lecteurs se muniront d'un petit carnet et noteront avec application qui est qui et qui appartient à quel clan. Personnellement j'avoue que je préfère parfois faire l'impasse et continuer dans la lecture; les personnags réellement importants reviennent d'eux-même. Le style est particulier, dense (à noter la magnifique traduction de Sieffert, spécialiste du sujet) et demande de la patience et du temps devant soi. Néanmoins, malgré tout, Le Dit des Heiké est un livre qui vaut le coup même s'il demande une certaine persévérance. Je ne m'arrêterais pas sur les batailles qui, en dépit de leur violence, n'ont pas la cruauté de celles décrites dans des oeuvres comme Les trois royaumes (les japonais meurent avec beaucoup plus de prestance que les chinois) mais plutôt sur toute la poésie qui se dégage de l'ensemble: les vers insérés ça et là, la mélancolie sous-jacente de l'oeuvre rappelant que tout n'est qu'éphémère, la bravoure des hommes morts au combat, les séparations douloureuses. Ici, si le combat garde un caractère noble, il est avant tout tragique; les clans étant souvent liés d'une façon ou d'une autre, la lutte est toujours fratricide. Les vainqueurs d'hier sont les vaincus de demain et tout n'est qu'impermanence, impermanence qui s'exprime aussi bien dans les renversements de fortune que dans le passage des saisons, la nature étant également un thème clé dans Le dit des Heikés. Les plus jolis passages d'ailleurs de l'épopée sont d'ailleurs à mon sens ces descriptions d'une nature tout à la fois mouvante (les changements de lune, le violent séisme) et intemporelle. A l'image de l'homme, qui selon Bouddha, est appelé à renaître, les cerisiers sont amenés à refleurir. En dépit de cela, c'est la mélancolie qui prime; la mort n'est rien, mais c'est la séparation avec les êtres aimés qui est douloureuse. Ce n'est pas un hasard si le livre ne s'achève pas par quelque grande victoire éclatante mais par la fin de la vie de l'Impératrice, la fille du Ministre Religieux, qui demeurée seule, privée d'un fils englouti par les flots, quitte la ville pour se réfugier loin des hommes:

 

"Pourquoi ces temps-ci

Se fait-il que dans mon coeur

Depuis quand ne sais

resurgit l'amer regret

des habitants du Palais

 

Puisque le passé

désormais n'est plus qu'un rêve

La porte tressée

de branchages de ma hutte

elle aussi n'aura qu'un temps"

 

Nul rancoeur dans ces vers. On reconnaît assez bien le fatalisme japonais: tout ce qui arrive est mérité, les descendants expiant les fautes de leurs ancêtres ou leurs mauvaises action dans une vie antérieure. Ne restent plus que les regrets et l'espoir d'une nouvelle chance. Et pour le lecteur un très joli moment de littérature un peu doux-amer...

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 14:28

L08.jpgPaul et Virginie

Bernardin de Saint-Pierre

éditions Librio

1788

 

La première fois que j'ai entendu parler de Paul et Virginie, c'était quand j'étais petite, dans un livre pour enfants qui résumait ainsi le roman: C'est l'histoire d'une fille qui préfère mourir noyée que de se déhabiller devant son amoureux. Voilà tout ce que j'ai retenu, et je me souviens avoir déjà été intriguée à l'époque: comment peut-on mourir noyée parce qu'on a refusé d'enlever ses vêtements? Et qui serait assez bête pour hésiter devant une alternative aussi simple?

Des années plus tard, j'ai enfin ma réponse. Permettez-moi donc de vous présenter, loin devant Roméo et Juliette et leur crise de puberté, juste derrière le couple Bella/Edward de Twilight et tous les personnages sans exception de Guillaume Musso et Marc Levy, permettez-moi dis-je de vous présenter le couple d'amoureux le plus tarte de la littérature: Paul et Virginie.

Paul et Virginie ont été élevés ensemble dans l'actuelle île Maurice par leurs mères rejettées par la bonne société française: l'une a fauté et est tombée enceinte, l'autre s'est compromise dans un mariage au-dessous de sa naissance. S'étant liées d'amitié, elles ont décidé de faire grandir ensemble leurs enfants, allant même jusqu'à les nourrir du même lait (c'est moi ou c'est un peu glauque?) Paul et Virgnie s'appellent frère et soeur et s'aiment tendrement tandis que leurs mères, pleines d'espérance, projettent de les unir (là c'est quand même franchement glauque) Tout va donc pour le meilleur des mondes dans une île luxuriante qui apporte bonheur et nourriture à toute la famille. Mais la grande-tante de Virginie réclame bientôt la jeune fille auprès d'elle en France. Virginie obéissante y va tandis que sur l'île, Paul désespéré apprend par un vieillard sagace que la vie est une vallée de larmes, que notre monde est un monde corrompu, etc. Virginie revient. Mais son bateau est pris par la tempête et, tandis que Paul se rue à l'eau pour venir à son aide (geste noble mais totalement stupide vous en conviendrez) la jeune fille se laisse bravement engloutir par les flots, refusant de se déshabiller pour nager et sauver ainsi sa vie.

Fervent disciple de Rousseau avec qui il s'est promené à plusieurs reprises (ça devait être l'éclate) Bernardin de Saint-Pierre a emprunté à son maître ce qu'il avait de pire : sa misanthropie latente, l'idée d'une nature bonne et généreuse face à une société corrompue, la grandiloquence... Il n'a pas hélas le talent de Rousseau: j'ai rarement vu un récit aussi mal fichu: la narration est assuré par un promeneur qui se fait raconter l'histoire par un vieillard qui lui-même fait intervenir au cours de l'histoire un dialogue qu'il a eu avec Paul... Les descriptions sont plombantes, plates et ennuient plus qu'autre chose. Quant aux personnages! Misère... Entre les mères pleurnichardes, Paul l'ahuri ou Virginie la cruche, ça donne pas envie; jamais été aussi contente que tout le monde meurt à la fin. Ajoutez à cela un auteur qui, loin d'aller au bout de son raisonnement, ne s'assume pas pleinement: Bernardin de Saint-Pierre critique les nobles mais n'ose s'attaquer au roi; tantôt il fait appel à Dieu, tantôt (sans doute pour complaire à l'époque) à une Divinité suprême; impossible de dire si pour lui le refus de Virginie de se déshabiller est une marque de pudeur admirable (il le sous-entend cependant) ou au contraire une stupidité inculquée par l'éducation pudibonde de sa tante. En bref, il tâtonne, ne se sentant manifestement à l'aise que dans les longues très longues digressions sur l'île et son mode de vie paradisiaque. Que dire d'autre? Paul et Virginie est considéré aujourd'hui comme un grand classique de la littérature française. Pour moi il n'a qu'un mérite, c'est d'être court, mais pas assez pour s'ennuyer prodigieusement.

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 18:29

L06.jpgJustine ou les malheurs de la vertu

Marquis de Sade

éditions Livre de Poche

1791

 

Bon ben désolée pour tous ceux qui liront cette note demain et qui du coup auront leur début d'année bien plombée, mais je me refuse à commencer l'année avec Sade. En revanche, terminer 2011 par lui me semble plutôt approprié. C'est parti!

Il s'agit ici de la seconde version du roman Justine: l'auteur y reviendra trois fois en tout, apportant à chaque fois des modifications plus ou moins importantes. Le roman met en scène une jeune ingénue, Justine, qui, de bonne naissance mais réduite à la misère à la mort de ses parents, se voit embarquée dans une série de mésaventures déplorables et tombe entre des mains de moins en moins recommandables. Justine est douce, vertueuse et aime son prochain: pour toute récompense elle se fait violer de toutes les façons possibles, subit tous les sévices sexuels imaginables, se fait trahir par des gens respectables, voit mourir sous ses yeux les gens qu'elle veut protéger, manque se faire assassiner elle-même à de nombreuses reprises et, comble de l'ironie, se fait poursuivre par la justice alors que ses bourreaux trouvent gloire et richesse. Le message de l'auteur est clair: dans ce monde, seul le vice est payant.

Plus intéressant à mon sens que Les 120 journées..., Justine n'échappe pas aux travers de Sade: son goût pour la répétition qui vire à la monomanie lors de certains passages (l'emprisonnement de Justine chez les moines par exemple qui est prétexte, encore une fois, à la description de l'organisation de toutes les journées et des orgies qui s'y succèdent) et les longs discours "moralistes" (même s'il s'agit ici d'une anti-morale) qu'il fait tenir à ses personnages et qui coupe l'action. Après, soyons honnête et saluons un style romanesque assez intéressant, naviguant entre le conte philosophique (Justine est un pendant plus trash de Candide, un personnage de conte immatériel qui subit tous les outrages possibles et se régénère presque miraculeusement, un être qui restera tout au long du récit curieusement éthéré) et le roman noir (je songe en particulier au moment où elle tombe sur un adepte de la saignée). Autant dans Les 120 jours... je n'avais vu que l'oeuvre d'un homme profondément dérangé, autant dans Justine j'ai pu apprécier l'oeuvre d'un écrivain, aussi perturbant soit-il, qui joue beaucoup sur la parodie du roman tel qu'il existait au 18ème siècle et qui semble pour la première fois conscient qu'il y a un public pour le lire.

Après est-ce que j'ai aimé? Bien sûr que non! Tout d'abord, je ne peux adhérer à la "philosophie" de Sade qui prône le vice comme seul moyen de s'en sortir et qui se base sur la loi du plus fort ou sur la nécessité de briser le tabou pour justifier inceste, meurtre, pédophilie, nécrophilie. Pour l'auteur, la vertu n'est qu'affaire de convenances et de mentalités. Mouais, même si la loi du plus fort fait des adeptes parmi les participants de la télé-réalité et les étudiants en école de commerce, je préfère encore garder ma fichue conscience et rester humaine. De plus, je ne peux bien évidemment adhérer aux propos anti-féministes du narrateur qui à plusieurs reprises comparent fort aimablement la femme à un objet soumis au plaisir de l'homme et qui de ce fait peut tout endurer. Dois-je me justifier pour ça? J'ai plutôt en horreur le féminisme moderne mais en lisant Sade j'ai éprouvé une grande compassion pour toutes ces femmes du XVIIIème réduite à de simples fantaisies pour libertins vieillissants. Enfin, d'un simple point de vue littéraire.... quelle cruche cette Justine! Jamais personnage aussi malheureux ne m'a laissée aussi froide. Comment peut-on être aussi gourde, tomber toujours dans le même panneau, aller secourir le premier inconnu qui passe alors qu'après s'être fait violer une première fois, on devient un peu plus méfiante non? Mais non notre héroïne pleure beaucoup, ne se défend jamais, n'argumente guère.... Facile pour Sade de prôner le vice quand en face il ne met qu'une vertu niaise, passive, incapable d'agir. Justine ne connaît-elle pas la maxime "Aide-toi le ciel t'aidera"? Un être bon doit-il être forcément bête? Inutile de vous dire que je ne suis pas d'accord.

Voilà donc toutes mes réflexions sur Justine et sur Sade puisque j'ai pour le coup bien l'intention de ne pas revenir sur un auteur trop résolu à voir le pire dans la nature humaine. C'est une idée très à la mode mais qui ne me satisfait pas. Et, en attendant de revenir vers vous avec des notes plus optimistes je l'espère, je vous souhaite un très joyeux réveillon ou une soirée tranquille (ce que vous préférez) et vous dis à l'année prochaine!

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 19:48

L02.jpgVathek

William Beckford

éditions Corti

1786

 

 

Oui, je sais, ça fait bien longtemps. J'ai eu beaucoup de travail ces derniers temps. Mais comme je ne suis pas cruelle, je vous offre quand même une note avant le 24 décembre. Ne me remerciez pas, c'est tout naturel. Je sais que vous désiriez de toutes vos forces avoir une critique d'un roman obscur du 18e siècle.

Vathek est un livre qui a la particularité d'avoir été écrit en français par un auteur anglais et dont l'action se déroule au Moyen-Orient. Il met en scène le personnage éponyme, Vathek, un puissant sultan qui, avide de pouvoir, se laisse corrompre par un faux dieu et , enchaînant atrocités et actes vils, se retrouve en Enfer. Là, il fait la connaissance d'autres infortunés qui, dans l'attente de leurs jugements tout comme lui, lui font tour à tour le récit de leurs vies et de leurs fautes...

Il y a beaucoup des 1001 nuits dans ce récit qui se présente au niveau du style comme un conte oriental (touche exotique, éléments merveilleux, morale finale) avec cependant un côté gothique qui ressort tout particulièrement lors des scènes "infernales" ou dans certaines descriptions. Vathek est également considéré comme un classique de la littérature romantique noire: passions exacerbés, morts violentes, amants maudits... D'un point de vue littéraire, c'est une mine d'or.  En revanche le style est un peu lassant; l'univers du conte est assez particulier en soi et l'histoire principale, celle de Vathek, est beaucoup trop longue pour ne pas susciter sur la fin un léger ennui, d'autant plus que les éditions Corti alourdissent le texte par un appareil critique qui gâche le plaisir de la lecture. Les histoires imbriquées dans celle du héros sont beaucoup plus intéressantes: plus courtes, elles sont de ce fait plus marquantes. L'ensemble évoque un bric-à-brac mal ficelé: le rythme du récit est parfois cassé, certaines histoires sont expédiées tandis que d'autres sont plus longues que celles de Vathek, et la fin même du roman est plutôt abrupt. Vous l'avez compris: Vathek est plus une curiosité littéraire qu'autre chose, un livre dans lequel il est difficile de rentrer mais qui par la suite se lit plutôt bien. Ce qui me frappe surtout dans ce roman, c'est l'absence de l'auteur: Beckford s'efface complètement derrière son texte. C'est un sentiment assez curieux...

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite à tous un très joyeux Noël et à bientôt!

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:54

L08.jpgAnton Reiser

Karl Philipp Moritz

éditions Fayard

(1785)

 

 

Il m'a fallu du temps pour me remettre de la lecture des 120 jours de Sodome mais ça y est, me revoilà prête à vous parler de nouveau des 1001 livres qu'il faut avoir lus dans sa vie. Passons de la sulfureuse France du 18e siècle à la passionnée Allemagne...Pas sûre qu'on y gagne au change.

Anton Reiser, oeuvre parue pour la première fois en 1785, met en scène Anton, un jeune homme de condition modeste élevé dans une piété austère. Le garçon est intelligent mais émotionnellement  instable. Promis à une situation peu enviable, il attire l'attention de riches protecteurs grâce à son esprit et peut entamer des études. Mais sa pauvreté et sa dépendance vis-à-vis des puissants empoisonnent son existence. Tiraillé entre des sentiments contradictoires, une passion du romanesque et du théâtre, sa timidité et son orgueil, Anton se bat contre tous les obstacles, réels ou imaginaires, humiliations et railleries, et échoue finalement à trouver ce qu'il cherchait: le bonheur.

Très largement inspiré par l'expérience de son auteur, le malheureux Karl Philipp Moritz, contemporain et ami de Goethe, Anton Reiser doit beaucoup à Rousseau et à ses Confessions au niveau du style et du sujet. Il s'agit pour l'auteur de présenter au mieux un héros, ses forces et ses faiblesses et de le décrire dans toute sa vérité. Anton est un personnage de ce fait qui paraît terriblement humain puisqu'il nous est présenté sans fard: prétentieux mais intelligent, sensible mais fier et surtout... très jeune. Anton rêve de liberté et d'aventures mais doit vivre de la charité des autres. Il aimerait être un grand et se retrouve sans cesse rabaissé... La psychologie du héros est très bien rendue et certains passages sont particulièrement intéressants car, tout comme ceux de Rousseau, ils mettent en situation certaines scènes et certains sentiments qui sont rendus avec une telle exactitude que l'auteur semble les avoir vécus lui-même.

Mais après... et bien c'est très inégal et c'est long. Quelques pointes de poésie ou de justesse ne peuvent racheter un roman qui se perd dans les états d'âme de son héros et qui fait traîner une intrigue... euh quelle intrigue d'ailleurs? N'est pas Rousseau ou Goethe qui veut et le pauvre Moritz, guère plus vieux que son personnage (il n'aura pas la chance de mûrir d'ailleurs puisqu'il mourra avant ses quarante ans) échoue à donner vie à un récit bâtard, hésitant entre romantisme et psychologie. Le lecteur peut être intéressé, il n'est pas touché par les mésaventures de Anton, à moitié poète et comédien, à moitié génie et à moitié homme de rien, héros inabouti qui voulait toucher les étoiles et qui s'est retrouvé à terre... 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 10:15

L06.jpgLes 120 jours de Sodome

Marquis de Sade

10/18

(1785)

 

Il existe peu de livres dont je ne sois pas venue à bout. Celui dont je vais vous parler aujourd'hui fait partie de ceux que j'ai failli abandonner en cours de route. Mais, cette fois, ce n'était pas par ennui; c'était par dégoût. Vous êtes prêts? l'écrivain du jour est le marquis de Sade.

C'est en 1785, alors emprisonné à la Bastille par sa famille pour des raisons qui n'avaient franchement rien de politique, que Sade entreprit la rédaction des 120 jours de Sodome. L'histoire se passe sous le règne de Louis XV: quatre libertins fortunés décident de se retirer dans un château coupé du monde avec leurs épouses, des petites filles et des petits garçons, des vieilles et des hommes sélectionnés pour leur anatomie avantageuse (j'essaie de tourner ça de façon élégante vous noterez) Là pendant 120 jours, les libertins mettent tout en commun et se livrent à des orgies sexuelles soigneusement réglementées: règles strictes au moment des soupers, roulement des épouses et des vieilles, dépucelage plannifié des petits garçons et des petites filles... Personne ne peut se soulager sans la permission des maîtres des lieux. Chaque soir, une "historienne" (une vieille maquerelle) conte à l'assemblée des pratiques sexuelles qu'elle a pu observer et que bien souvent nos libertins s'empressent de mettre immédiatement en pratique eux-mêmes. La première historienne pendant un mois se cantonne aux "150 passions simples" (des pratiques peu ragoûtantes mais au demeurant peu méchantes), la seconde le deuxième mois,  enchaîne sur les "150 passions doubles ou de seconde classe" (des pratiques déjà plus élaborées), la troisième est assignée aux "passions criminelles" (pratiques sexuelles souvent accompagnées de tortures) et la dernière termine par les "passions meurtrières"(pratiques qui débouchent sur la mort du cobaye) Lors de cette dernière phase, les libertins mettent eux-même en application ces pratiques en tuant la plupart de leurs compagnons. A la fin de l'aventure, sur les 46 personnes parties au château, seuls 16 reviendront à Paris.

C'est arithmétique, c'est glacial et c'est affreux. Pas la peine de m'accuser de pudibonderie, je ne vois sincèrement pas, à moins d'être un grand malade, quelle jouissance on peut ressentir en lisant des récits de tortures, d'incestes, de pédophilies, de zoophilies et de meurtres. Si Sade a donné son nom à l'adjectif "sadique", je comprends maintenant pleinement pourquoi. La première partie, la seule entièrement rédigée, les autres parties n'étant présentées que sous forme de plans, n'est pas la pire. Plus ennuyeuse qu'autre chose, elle présente surtout des jouissances sexuelles accompagnées de coprophagie (ah oui, c'est un thème réccurent dans Les 120 jours de Sodome) et si je vous déconseille sa lecture au matin après votre petit-déjeuner (j'ai testé pour vous) , elle n'a rien de très choquant. Les trois autres parties sont beaucoup plus difficiles et il y a quelque chose de profondément affreux dans cette narration mécanique et cette accumulation d'horreurs déversées froidement par un narrateur qui s'adresse parfois à lui-même en s'exhortant à ne rien oublier. C'est surtout là que réside l'intérêt du récit, dans ce style dépourvu de chaleur et de vie, qui peut peindre des personnages plein de bonté et de douceur et les faire périr l'instant d'après dans la plus parfaite indifférence, dans cet auteur qui renie Dieu comme un enfant qui pique une crise de colère en espérant de la sorte attirer l'attention. Mais le marquis de Sade ne se contente pas de mettre à bas la religion, il nie également toute idée de bonté ou de vertu. Pourquoi se fatiguer à être bienveillant envers les autres alors qu'il est si simple d'être mauvais? Pourquoi se préoccuper du bonheur d'autrui? Dans Les 120 jours de Sodome, les bons périssent, les mauvais survivent. La justice n'existe pas et c'est peut-être ça qui est le plus affreux. Je suis venue à bout du livre, je parviendrais sans doute à lire Justine mais qu'on ne s'attende pas à ce que je crie au génie devant un homme de toute évidence profondément perturbé et qui a surtout montré qu'en matière d'horreurs, l'imagination humaine n'avait pas de limites...

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 20:23

L01.jpgLes liaisons dangereuses

Choderlos de Laclos

éditions le Livre de Poche

1782

 

 

Bon, je suis d'humeur un peu cafardeuse ce soir et donc tout à fait dans le ton pour vous parler des Liaisons dangereuses de Laclos, notre étape incontournable des 1001 livres... Je pense que vous avez dû tous entendre parler des Liaisons dangereuses à défaut d'avoir lu le livre, et peut-être même avez-vous vous aussi succombé au charme ténébreux du beau John Malkovich dans l'adaptation cinématographique (si comme moi vous ne vous souveniez absolument pas de la présence du fadasse Keanu Reeves, c'est que décidément vous avez très bon goût) Mais, pour ceux qui ont zappé tout ça et qui n'ont jamais ouvert cette lecture de lycée, petit résumé rapide:

La marquise de Merteuil, veuve, est une fausse dévote qui, tout en feignant la vertu, enchaîne les aventures et les infidélités, papillonnant gaiement dans un monde dont elle connaît toutes les faiblesses et les hypocrisies. Elle correspond avec le vicomte de Valmont, un libertin tout comme elle dont la réputation est entachée et qui à vrai dire s'en soucie peu. Notre héroïne, pour se venger d'un amant passé, demande à Valmont de séduire la fiancée de ce dernier, Cécile de Volanges, jeune grue sortie tout droit du couvent. Mais Valmont se soucie peu d'une proie si facile et s'est mis en tête de séduire la présidente de Tourvel, une femme pieuse dont la vertu est jugée imprenable par tous...

Roman épistolaire (quelle surprise pour le 18ème siècle n'est-ce pas?), Les liaisons dangereuses est un portrait glaçant de la société noble du 18e siècle avec son lot de mensonges et de froufrous, de ragots et de liaisons plus ou moins recommandables. Là où Richardson mettait en scène dans Clarisse, un homme vil, Lovelace, et le présentait comme une exception, Laclos fait de Merteuil et de Valmont des personnages ordinaires, conséquences d'un monde qui envoie les jeunes filles dans des couvents avant de les jeter dans des mariages mal assortis, uniquement motivés par l'argent, conséquences d'un monde qui juge sur les apparences et la réputation. Comment ne peut-on pas être tenté de jouer dans une société où la sincérité n'a de toute manière pas sa place? Cécile de Volange est punie par sa mère pour avoir succombé à un amour bien innocent pour le tout aussi jeune et tout aussi benêt Danceny; madame de Tourvel, aimant sincérement Valmont, est cruellement récompensée par cet amour. Valmont et Merteuil s'amusent, tirent les ficelles et parodient les sentiments. Ils s'affrontent aussi parfois, chacun étant persuadé d'être le meilleur. Merteuil, plus subtile, est sans doute la plus rouée, étant  obligée de cacher son rôle véritable alors que Valmont, de par sa condition d'homme, peut parfaitement l'assumer. De plus, elle ne succombe pas à la tentation de l'amour, à la différence de Valmont dont les sentiments pour madame de Tourvel revêtent une certaine ambiguité... Les liaisons dangeureuses est un livre cynique dans la mesure où les "méchants" ne sont démasqués que par hasard (Merteuil fait tuer Valmont, Valmont dénonce Merteuil) et dans la mesure où, si ces derniers sont punis, les "gentils"(qui ne le sont pas vraiment d'ailleurs,)  ne sont pas plus heureux pour autant: Cécile s'enferme dans un couvent, la présidente meurt, Danceny s'exile, coupables uniquement d'avoir ouvert leurs coeurs à la mauvaise personne et de s'être laissés corrompre... Le style d'écriture des Liaisons dangereuses, impeccable, a une esthétique qui paradoxalement peut paraître assez froide pour décrire des relations amoureuses et libertines; mais les lettres détachées et à double sens de Valmont et de Merteuil, à des kilomètres du style flamboyant et douloureux de La nouvelle Héloïse, mettent d'autant plus en avant le factice d'une société décadente et contrastent avec les lettres passionnées de madame de Tourvel ou le style enfantin de Cécile... Vous avez compris: c'est donc un classique à (re) découvrir!

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 12:43

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Les rêveries du promeneur solitaire

Jean-Jacques Rousseau

éditions Le livre de poche

1782

 

Il est temps de quitter Rousseau avec son ultime oeuvre Les rêveries du promeneur solitaire, plus ou moins considérée comme une suite des Confessions, à la différence que, cette fois, Rousseau ne cherche pas à se justifier, pas plus qu'il ne s'adresse à un quelconque lectorat, persuadé que personne ne sera jamais à même de le comprendre. C'est donc un narrateur détaché, indifférent au monde, qui parle et c'est une écriture qui s'adresse avant tout à son propre auteur. Curieux non? Sous la forme de dix chapitres, dix "promenades" (dont la dernière est probablement inachevée) Rousseau s'interroge sur sa nature et sur celle des hommes, revient sur ses souvenirs et laisse libre cours à sa passion de la botanique et à ses désillusions. Solitaire, il a fait le deuil du monde et semble s'en satisfaire. Pourtant, son discours trahit encore des déceptions mal guéries et une soif de reconnaissance qu'il n'obtiendra jamais de son vivant.

Pour ne rien vous cacher, Les rêveries du promeneur solitaire malgré son titre poétique est un texte qui m'a laissée relativement froide. Je lui ai trouvé les mêmes défauts que Les confessions, des répétitions et ce sempiternel ressassement: Rousseau, l'éternel incompris d'un côté et les "méchants" de l'autre. Les descriptions de la nature sont belles et en plissant un peu les yeux on peut apercevoir dans certaines promenades les balbutiements du courant romantique. Plusieurs chapitres de ce fait m'ont touchées. Mais il manque un élément essentiel aux Rêveries...: cet élément c'est le lecteur. Rousseau dans Les Confessions nous prenait à parti, cherchait à se justifier aux yeux d'une tierce personne et, si son récit était parfois de mauvaise foi, il avait tout du moins l'avantage d'être vivant. Ici, il ne s'adresse plus à personne si ce n'est à lui-même, et tourne à vide dans une écriture belle, poétique, mais, comment vous dire, froide et morte. Plus de passion, si ce n'est par sursauts, plus de colère, seulement de la résignation. Ainsi, j'ai lu Les rêveries du promeneur solitaire avec curiosité, mais sans réelle émotion, admirant ça et là les tournures et le style, mais sans rien ressentir si ce n'est de temps en temps de l'agacement devant ce narrateur qui se laisse enterrer vivant. A bon entendeur... Laissons ce pauvre Jean-Jacques au milieu de ses plantes. Il nous reste encore quant à nous une bonne partie du 18e siècle littéraire à parcourir.

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