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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 12:07

L02.jpgLa libido déficiente de la licorne et autres histoires de science et d'animaux

Sébastien Thorin

éditions Le Pommier

2014

 

Les hommes sont des animaux, tout le monde le sait. La preuve : ils se comportent comme des chevaux dans un manège, mordant celui qui se tient devant eux et lançant des ruades à celui de derrière. Mais l'homme n'est pas le seul sujet d'étude de Sébastien Thorin qui nous parle en vrac des vertus énergétiques de l'ornithorynque, de la faible libido de la licorne, des incidences des panneaux photovoltaïques sur le comportement du caméléon et de l'extrême intelligence et du caractère dépressif du poulpe.

A boire et à manger, c'est ce que nous propose pêle-mêle l'auteur de ce court livre qui mêle quelques vérités scientifiques à bon nombre de fantaisies et une ou deux spéculations. Le but de Thorin, clairement avoué à la fin, est de pousser son lecteur à s'interroger et à faire ses propres recherches pour démêler le vrai du faux et séparer le bon grain de l'ivraie. La libido déficiente de la licorne... n'est donc pas à proprement parler un ouvrage scientifique, plutôt une suite d'histoires et de réflexions courtes, écrites par un narrateur plein d'humour et qui s'intéresse aussi bien aux animaux qu'à l'homme, la religion ou la mondialisation. Si l'ensemble reste très léger, le style est agréable, frais et, à défaut d'instruire le lecteur, attise son intérêt et sa curiosité. Et ça, ce n'est déjà pas si mal.

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 17:13

L02.jpgMensonge romantique et vérité romanesque

René Girard

éditions Hachette

1961

 

Le titre de cet essai littéraire est assez énigmatique : qu'est-ce qu'un mensonge romantique? A contrario qu'est-ce qu'une vérité romanesque? Dans ce livre René Girard s'attaque à la conception romantique. Les romantiques célèbrent le "Moi" en opposition aux "Autres", ce "Moi" qui puise en lui ses propres aspirations et qui se suffit presque à lui-même. Or René Girard s'appuie sur la littérature pour démontrer que le "Moi" romantique est un mensonge. L'homme est un être désirant certes, mais qui ne désire qu'à travers les autres. En s'appuyant sur cinq auteurs, Flaubert avec Madame Bovary, Cervantès avec Don Quichotte,  Stendhal, Proust et Dostoïevski, René Girard élabore la théorie d'un désir triangulaire, c'est-à-dire d'un désir qui naît par le biais d'un médiateur : Don Quichotte veut devenir un chevalier comme le héros de roman Amadis, Madame Bovary aspire à ce qui lui dictent ses lectures parisiennes, Julien Sorel n'est amoureux de Mathilde que parce qu'elle est désirée par les autres... L'objet du désir a en soi moins d'importance que le médiateur lui-même. Plus la médiation est lointaine et reconnue (René Girard la qualifie "d'externe") plus le héros est "lucide" dans ses désirs (aussi paradoxal cela peut-il sembler, Don Quichotte serait plus sain que les héros de Proust ou Stendhal car il revendique clairement son admiration pour Amadis) et plus le médiateur apparaît comme un personnage lointain et bienveillant, semblable à un Dieu qu'on ne peut remettre en cause. A l'inverse, plus le médiateur est proche, plus le désir dissimule sa véritable nature, plus le médiateur peut tomber facilement de son piédestal et plus les sentiments deviennent confus, entre amour et haine, servitude et pouvoir, sadisme et masochisme et font des héros de Dostoïevski par exemple des êtres tourmentés, voire possédés. La passion romantique de ce fait est un mensonge car, pour Girard, la véritable passion est celle qui ne transfigure pas. Pris au piège de leurs propres désirs, ce n'est qu'en les reconnaissant et en lâchant prise que les héros peuvent espérer se débarrasser de leurs illusions  comme Don Quichotte sur son lit de mort ou madame de Clèves fuyant le duc de Nemours par crainte que l'amour de ce dernier pour elle ne survive pas au manque d'obstacles.

C'est un peu compliqué je ne vous le cache pas et, même après trois semaines de vacances, j'ai trouvé le texte particulièrement difficile à appréhender. Ce dont je viens de vous parler n'est qu'une petite partie de la pensée de Girard qui parle aussi de l'existentialisme (ça n'avait pas l'air d'être un grand ami de Sartre) en abordant la notion de liberté et de la Révolution qui, en supprimant le droit divin a plus ou moins aboli la notion de médiation externe.  En bref, René Girard s'appuie sur la littérature pour nous montrer que notre monde est de plus en plus aliéné à mesure que différences sociales et culturelles s'abolissent (on pourrait penser le contraire pourtant) allant jusqu'à la folie des personnages de Dostoïevski. Voilà. J'espère n'avoir pas dit trop de bêtises en parlant de cet ouvrage fort intéressant que je vous encourage à compulser si vous avez du temps et de la concentration...

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 09:20

L01.jpgUne robe de la couleur du temps

le sens spirituel des contes de fées

Jacqueline Kelen

éditions Albin Michel

2014

 

Le principe des contes de fées c'est qu'ils peuvent être lus, racontés, déformés, adaptés, et qu'on peut les interpréter comme bon nous semble. Bruno Bettelheim en a fait la psychanalyse dans son excellent ouvrage, La psychanalyse des contes de fées. Moi-même il y a quelques années dans un mémoire je m'étais amusée à les rapprocher de la fantasy. Jacqueline Kelen, elle, y voit carrément un sens spirituel qu'elle développe dans Une robe de la couleur du temps.

L'exercice d'entrée de jeu paraît périlleux car Kelen s'appuie pour une grande part sur les contes d'Andersen. Or, les contes de ce dernier, contrairement  à ceux de Perrault ou de Grimm, sont des oeuvres originales qui ne s'appuient sur aucune tradition orale établie: dès lors, leur interprétation "spirituelle" peut aller à l'encontre même des desseins de l'auteur. A l'inverse, les contes "classiques" (Blanche-Neige, Le petit chaperon rouge, Cendrillon) font en quelque sorte partie d'un patrimoine oral mouvant qui rend de fait plus facile une lecture différente.

Il n'y a rien à dire au niveau du style : Jacqueline Kelen se révèle elle-même une merveilleuse conteuse qui parvient à faire prendre corps à tous ces personnages de notre enfance, le brave petit Poucet qui guide ses frères à travers bois, la vilaine marâtre qui se déguise en sorcière pour aller tenter Blanche-Neige au fond de sa cabane, la petite Sirène qui danse dans la souffrance au mariage de celui qu'elle aime en silence... L'auteur prend plaisir à nous rappeler ces histoires en nous donnant envie de nous plonger de nouveau dans ces récits qui ont bercé notre enfance. Puis, vient le temps de l'interprétation spirituelle et là, j'avoue que je suis loin d'être toujours en accord avec Kelen. Si certaines interprétations m'ont fait hausser les épaules en me disant: "Ah oui, pourquoi pas à la rigueur" (Le vilain petit canard ou la quête de l'âme pour atteindre sa plénitude) je ne peux pas voir autre chose dans Les habits neufs de l'Empereur qu'une raillerie d'Andersen là où Kelen s'obstine à trouver un sens plus profond à l'histoire de deux escrocs qui proposent à un empereur coquet de lui tisser l'habit le plus merveilleux au monde, visible uniquement par les gens intelligents, et qui finalement le laisse parader en ville nu sans que personne n'ose lui dire quoi que ce soit de peur de passer pour un imbécile. De même, si l'interprétation du Petit chaperon rouge des frères Grimm me semble plus ouverte, il est difficile de voir autre chose dans la version de Perrault qu'un conte moral destiné à préserver les jeunes filles de frayer avec des inconnus louches de peur de voir le loup (inutile je vous pense de vous faire un dessin). Ce sont quelques-unes de ces interprétations qui m'ont fait un peu tiquer. A l'inverse, j'ai été très touchée par l'interprétation de La petite fille aux allumettes ou encore à celle de La Petite Sirène. L'ouvrage de Kelen n'est clairement pas un essai et ne s'appuie sur aucune bibliographie à part sa propre lecture des contes : cependant, Une robe de la couleur du temps est un ouvrage plein de fraîcheur qui nous rappelle avant tout qu'un conte est fait pour se l'approprier et que chacun est libre d'en tirer ses propres leçons pour avancer dans la vie.

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 11:40

L03.jpgLes râleurs sont les meilleurs

et autres vérités scientifiques prouvées sur l'entreprise

Annie Kahn

éditions JC Lattès

2014

 

Pour donner aux gens le courage de lire des ouvrages aussi rébarbatifs que les livres d'entreprise, il est d'usage des trouver des titres volontairement provocateurs. Ainsi Objectif zéro sale con ouvrage de management tout ce qu'il y a de plus sérieux a longtemps été un best-seller, tandis que Travailler avec des cons, beaucoup plus léger pour le coup, caracole dans les meilleurs ventes des livres d'entreprise depuis des mois. Aussi ne faut-il pas prendre au pied de la lettre ce titre Les râleurs sont les meilleurs, propos qui sera nuancé plus tard dans l'ouvrage par l'auteur Annie Kahn, journaliste au Monde. Dans ce livre, l'objectif est surtout de démontrer que des attitudes ou des comportements qui peuvent paraître contre-productifs sont au contraire bénéfiques à la vie de l'entreprise : ainsi les gens qui râlent sont généralement plus consciencieux dans leur travail, contrairement aux léches-bottes qui cachent leur incompétence derrière une servilité de mauvaise aloi. De même, un employé qui s'accorde quelques temps de récréation est plus productif qu'un employé qui ne s'accorde jamais de pauses et qui, du coup, multiplie les erreurs. Annie Kahn nous explique également qu'il est plus facile de mentir à chaud qu'à froid, que les repas d'affaires sont productifs et que la paternité des PDG influe sur la rénumération des employés.

Si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas complètement inintéressant, c'est un livre qui enfonce beaucoup de portes ouvertes, écrit dans un style plutôt simple et qui, au final, n'apporte pas grand chose. Il y a aussi dans ce livre un côté politiquement correct des plus agaçants, notamment lorsque Annie Kahn vous explique avec moult arguments "scientifiques" que la diversité c'est bien et que jeunes, vieux, hommes et femmes peuvent et doivent participer à la vie de l'entreprise en toute harmonie (j'imagine la réaction de son lectorat si elle avait expliqué que les vieux sont nuisibles à la santé d'une boîte).  Disons qu'on a surtout l'impression que, loin de s'appuyer sur des vérités, Annie Kahn a fait le tri pour prendre ce qui l'arrangeait. Sa vision de l'entreprise a  un côté un peu trop angélique à mon goût et semble avoir surtout pour but de rassurer des français râleurs et contents de savoir que leur petit Mattéo hyperactif ou dyslexique pourra finir patron ou informaticien. De fait, si Les râleurs sont les meilleurs n'est pas désagréable à lire, c'est un document creux présentant quelques idées intéressantes au milieu de bon nombres de faits inutiles. Si vraiment vous vous intéressez au sujet, mieux vaut vous pencher sur le livre Les stratégies absurdes qui aborde le thème des fausses bonnes idées en entreprise de façon beaucoup plus rigoureuse.

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 12:41

L06.jpgLa huitième habitude

Stephen Covey

éditions J'ai Lu

2006

 

Aujourd'hui, les livres vous apprennent à tout faire : apprendre à jouer de la musique ? Il y a un livre pour ça. Apprendre à bricoler ou à jardiner? Apprendre à faire l'amour? Apprendre à rompre? Apprendre à élever votre progéniture? Apprendre à être heureux? Il y a des livres pour ça. Les ouvrages de développement personnel et de coaching pullullent et j'ai toujours un petit pincement au coeur en voyant des clients au visage triste me demander timidement le best-seller de Carnegie : Comment se faire des amis. Les livres du style aident-ils vraiment les gens qui les achètent ou ces ouvrages ne sont-ils que de vastes escroqueries visant à profiter du malheur et de la solitude d'autrui? Voilà une question que je continue encore à me poser...

La huitième habitude n'est pas vraiment un livre de développement personnel, plutôt un ouvrage de management  même si l'auteur explique que ses théories s'appliquent aussi bien au monde du travail qu'au domaine privé. D'ailleurs, tout au long du livre, nous verrons que Covey semble allégremment ne pas faire de distinction entre les deux sphères.

Qu'est-ce que la huitième habitude me direz-vous? Et de quoi traite le livre? A dire vrai, je serai bien en peine de vous faire un résumé tellement ce livre m'a ennuyée et m'a, à certains endroits, passablement énervée. Pour vous la faire courte, la huitième habitude c'est la capacité qu'a chacun de trouver sa voie, celle de la grandeur, en opposition à celle de la médiocrité. Un indice: si vous passez tout votre temps libre à jouer aux Sims en mangeant des Petits Ecoliers, vous n'êtes pas sur la voie de la grandeur. La huitième habitude c'est votre capacité à savoir vous dépasser pour viser l'excellence. Au travail, cela signifie par exemple vous efforcer d'élargir au maximum votre sphère d'influence.

Oui, je sais. L'ouvrage de Covey s'adresse essentiellement à des managers, je vous rassure, ne s'attardant guère sur l'employé lambda autrement que pour lui conseiller d'aider son patron en toutes circonstances même si ce dernier est un gros c... Car, voyez-vous, nous explique l'auteur, la critique ne sert à rien ni la pensée négative: mieux vaut s'efforcer de s'adapter au mieux. Quant au rôle du manager, il est pour Covey celui d'un père : chargé de donner l'exemple et de responsabiliser ses sulbalternes pour leur faire prendre une part active au développement de la société... Ah la vision paternaliste de l'entreprise j'adore...J'adore aussi cette argumentation qui tourne toujours autour de la notion de pertes et de bénéfices, faisant de l'individu une marchandise comptable. L'auteur pousse même jusqu'à parler d'une relation de couple en terme de crédit et de débit (on offre un bouquet de fleurs, on crédite, on oublie un anniversaire de mariage, on est débiteur, ça me semble très sain tout ça) Vivre et laisser vivre Covey ne connait pas et n'approuve pas. Il ne connaît pas non plus la distinction entre ce qui relève du privé et du professionnel puisqu'il donne très sérieusement l'exemple d'une banque qui allait mal. Et pourquoi me direz-vous? Et bien parce que le patron avait trompé sa femme en couchant avec l'une des employées et que du coup ses employés n'avaient plus confiance en lui. Oh scandale! Notre coach a pris les choses en main bien évidemment: notre infidèle s'est vu contraint de faire des aveux à sa femme et à ses sulbalternes en s'excusant platement. Inutile de vous dire que si Covey m'avait suggérée une solution pareille, il se serait pris gentiment ma main dans sa gueule. Je trouve  quand même les Américains formidables : ils s'offusquent pour un président qui prend du bon temps avec sa secrétaire mais trouvent tout à fait normal qu'on envoie des gens se faire griller sur des chaises électriques. Mais je divague revenons à notre sujet.

Et en fait, il n'y a pas grand-chose à en dire de plus. La huitième habitude est une accumulation de propos à la gloire de l'entreprise américaine et de la famille, une suite de conseils plus ou moins pertinents (la responsabilisation, la pensée positive, savoir faire les choses une par une en commençant par le plus urgent, savoir écouter ce que l'autre veut dire) noyés hélas dans des poncifs (il faut faire du sport et manger régulièrement, il faut aimer tout le monde) et saturés par des schémas à chaque page, encore pire que les Powerpoint que vos patrons à vous vous infligent régulièrement lors de réunions. En bref, si tous les ouvrages de développement personnel ne sont pas des escroqueries, celui-ci en tous cas est une belle arnaque.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 12:01

L02.jpgDRH le livre noir

Jean-François Amadieu

éditions Seuil

 

Oui, je sais, on ne parle plus tellement de romans ces temps-ci mais, patience, nous allons y revenir. De temps en temps hélas il faut revenir au principe réalité y compris dans les écrits. Aussi, aujourd'hui, nous allons parler du dernier ouvrage de Jean-François Amadieu, DRH le livre noir. L'auteur, professeur et spécialiste de gestion des ressources humaines, se penche sur toutes les dérives des RH, depuis l'embauche jusqu'au licenciement en passant par le harcèlement en entreprise et les écarts de salaires... Pour Amadieu, il est urgent de revenir à une égalité des chances, en privilégiant par exemple le CV anonyme, en bannissant des pratiques hautement fantaisistes comme la graphologie et en redonnant aux DRH des pistes de réflexion sérieuses...

La bonne nouvelle, c'est que l'auteur ne nous fait pas le couplet traditionnel de la discrimination homme/femme ou celle liée à la religion. Il s'y intéresse certes mais pour lui, ces discrimations ne sont que la partie émergée de l'iceberg: si tout le monde prône aujourd'hui une politique de diversité, avec la sacro-sainte politique des quotas, Amadieu rappelle qu'il existe bien d'autres formes de discriminations tout aussi pénalisantes: le fait d'être syndiqué, la catégorie sociale, l'apparence physique ou encore le fait d'avoir ou non une politique de réseaux (famille, franc-maçonnerie, etc.). De la même manière, Amadieu met en garde contre la discrimination positive en rappelant qu'il s'agit également d'une forme de discrimination. Pour lui, il devient surtout urgent de rétablir une égalité des chances. Enfin il s'attaque au "coaching", nouvelle tendance à la mode qui, pour lui, jongle la plupart du temps avec des pratiques fantaisistes et sans intérêt.

Notre professeur qui met en garde contre "le monde des Bisounours" en parlant de la politique de diversité est parfois également un peu naïf: en effet, vouloir limiter les effets des réseaux sociaux ou familiaux sur la carrière d'un employé ou d'un cadre me semble une entreprise vouée à l'échec, même si la proposition de CV anonymes paraît une bonne idée. Ceci dit, je trouve sa démarche courageuse et, surtout, à contre-courant des idées actuelles sur les discriminations. J'avoue aussi avoir beaucoup ri (un peu jaune quand même) lorsqu'Amadieu s'en prend à des pratiques qui existent dans le monde du travail: graphologie mais surtout astrologie (vous saurez désormais que vous pouvez être rrefusé pour un poste parce que vous n'avez pas le bon thème astral) ou encore cartomancie (le tarot a dit que vous seriez un mauvais salarié: auriez-vous le culot de prétendre le contraire?). La charge contre le coaching est également salutaire: avoir un coach ou en être un soi-même est devenu une pratique à la mode et Amadieu ne se cache pas pour dire tout le mal qu'il en pense... Entre charge virulente et réflexion plus large sur la discrimination, DRH le livre noir est un ouvrage intelligent, accessible aussi bien aux professionnels qu'aux néophytes...

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 19:43

L02.jpgApprivoiser sa culpabilité

Catherine Aimelet-Périssol

Aurore Aimelet

éditions Albin Michel

 

Nous nous sentons tous coupables à un moment ou à un autre de notre existence et, paradoxalement, ce n'est pas de notre faute: la société, notre éducation, nos ressentis, nos expériences, tout nous pousse à être ainsi. Faut-il, comme nous y incitent tous les gourous du développement personnel, cesser de culpabiliser? Non, répondent les auteurs de l'ouvrage Apprivoiser sa culpabilité, Catherine Aimelet-Périssol et Aurore Aimelet, respectivement mère et fille. Le sentiment de culpabilité n'a pas à être réprimé: tout comme n'importe quel sentiment, il s'agit simplement de l'apprivoiser et de faire en sorte qu'il ne devienne pas pathologique car c'est alors qu'il gâche notre vie.

Vous l'avez compris, on sort du cadre du roman aujourd'hui. Apprivoiser sa culpabilité n'a rien non plus d'un ouvrage de psychologie de comptoir qui s'emploie à déresponsabiliser l'individu en lui intimant de ne pas culpabiliser. Pour les auteurs, la culpabilité n'est pas une mauvaise chose en soi: par cette émotion, l'être s'affirme puisque, confronté à une situation inconfortable voire même insoluble (une mère sommée de choisir entre la fête de l'école de sa fille ou une réunion importante, un homme qui quitte sa femme pour une autre, un enfant confronté au divorce de ses parents..., quelques exemples parmi d'autres cités dans le livre) il affronte cette situation par un sentiment qui va lui permettre par la suite d'agir face au problème (fuite, justification...) et de se replacer en tant que sujet. La culpabilité en soi n'a donc rien de néfaste.

Voilà, voilà. Bon j'ignore si j'ai bien exprimé la pensée des deux auteurs (je suis bien meilleure lectrice de romans que de psychologie) mais en gros voici ce que j'ai retenu d'un ouvrage au demeurant plutôt intéressant et qui a le mérite d'aller à contre-courant de la pensée actuelle... La culpabilité nous expliquent les auteurs n'a pas à être réprimée. Tout comme la jalousie, l'amour, l'envie ou le dégoût, il s'agit seulement de l'assumer et, comme n'importe quelle émotion, de ne pas nous laisser dévorer...

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 11:10

L03.jpgJe t'aime à la philo

Quand les philosophes parlent d'amour et de sexe

Olivia Gazalé

éditions Robert Laffont

 

Peut-on philosopher sur un sujet comme l'amour? Beaucoup semblent le penser puisque ces derniers temps bon nombre d'auteurs dissertent sur l'amour que ce soit Badiou avec son Eloge de l'amour dont nous avons déjà parlé, mais aussi Luc Ferry avec sa Révolution de l'amour ou encore Precht avec Amour: déconstruction d'un sentiment. Aujourd'hui, c'est une femme qui s'y colle, Olivia Gazalé, maître de conférence et rédactrice de plusieurs articles dans Philo magazine.

Le pari est ambitieux puisque l'auteur prend le parti d'aborder le phénomène de l'amour sous tous les angles: religieux, scientifique, et en s'appuyant non seulement sur des philosophes mais également sur des romanciers. 

Pari réussi? Pas vraiment. Au début du livre, la pensée de l'auteur est claire: ses analyses historiques sont intéressantes (la différence de conception de l'amour entre l'orient et l'occident par exemple) et ses explications sur la neuroscience, à défaut de susciter l'approbation, nous paraissent cohérentes. En clair, tant que Olivia Gazalé se contente d'expliquer les "théories" de l'amour, elle s'en sort très bien, ce qui me fait penser qu'elle doit être très intéressante à écouter. Cependant, dès qu'on sort de questions plus "théoriques" justement ("Sommes-nous biologiquement programmés pour aimer?" ou encore l'histoire du mariage) pour passer à des domaines plus délicats ("Pourquoi l'amour fait-il souffrir?", "Peut-on promettre l'amour éternel?", "Le désamour est-il ineluctable?") la pensée de l'auteur se fait plus confuse: elle navigue entre les auteurs avec moins d'aisance, citant en vrac Rousseau, Schopenhauer, Stendhal ou Sartre et nous perd dans les méandres des théories diverses et variées, polygamie et désir sexuel, amour courtois et mariage éternel... Son opinion à elle ne ressort jamais clairement et, s'il ressort, c'est sous la forme d'un sentimentalisme un peu bébête ou de lieux communs. Autre défaut du livre, c'est de nier l'amour dans sa dimension unilatérale (pour Gazalé, l'amour à sens unique n'existe pas) et, surtout, de vouloir aborder tous les aspects du sentiment et, au final, de bâcler l'ensemble. Bon, je suis peut-être un peu dure. Pour une néophyte de la philosophie comme moi, Je t'aime à la philo est un ouvrage clair, qui se lit très bien et accessible à tous. J'en veux peut-être simplement à Gazalé de théoriser un sentiment qui, à mon sens, est trop personnel pour être généralisé.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 19:20

L02.jpgMargaret Mitchell

Anne Edwards

éditions Belfond

1983

 

 

Dans la rubrique livre improbable que personne ne lira et que diable faisait-il d'ailleurs dans ma bibliothèque? nous allons parler aujourd'hui d'une biographie de Margaret Mitchell, épuisée depuis belle lurette dans l'indifférence la plus générale. Margaret Mitchell pour les ignares est l'auteur du livre Autant en emporte le vent dont nous reparlerons sans doute l'un de ces jours dans ce blog. Bien qu'aujourd'hui, elle ne suscite plus les passions, elle eut son heure de gloire, à l'instar d'une Rowling aujourd'hui, et c'est donc tout naturellement que Anne Edwards, sollicitée pour écrire une suite à son oeuvre (heureusement, cette insanité n'existe plus) fit d'une pierre deux coups en narrant l'histoire de son auteur immédiatement après. 

Bon après, il faut dire ce qu'il est, Margaret Mitchell n'a pas eu une vie trépidante non plus: si dans sa jeunesse elle se montra plutôt audacieuse (alcool, cigarettes, premier mariage sur un coup de tête), passée vingt-cinq ans elle se rangea sagement et épousa en secondes noces un bonnet de nuit. Plus ou moins hypocondriaque, elle n'a guère voyagé, passant presque toute sa vie dans sa Georgie natale. Le seul événement majeur dans son existence ce fut l'écriture et la parution de son roman fleuve qui bouleversa sa vie de telle façon qu'elle fut incapable par la suite d'écrire de nouveau.

La biographie d'Anne Edwards est intéressante car elle ne s'attarde pas uniquement sur la face riante de Margaret Mitchell (ses engagements sociaux, sa patience pour ses admirateurs) mais également sur sa face "cachée": sa pingrerie, sa misanthropie et aussi son égocentrisme qui n'est pas sans faire songer à celui de son héroïne. Ce qu'il ressort de cette étude c'est que Margaret Mitchell est devenue un écrivain par hasard, l'auteur d'un seul livre, ce qui est assez rare pour le souligner, et qu'elle s'est laissée déborder par son succès tout en le quémandant. Anne Edwards nous dresse donc le portrait d'une femme complexe, souffreteuse, volubile et qui très sincèrement, ne m'a pas touchée. Est-ce dû au style ampoulé et plutôt plat de sa biographe qui, tout en encensant la jeune femme souligne avec complaisance ses petits travers et ses petites manies? Est-ce dû tout simplement au sujet lui-même, une femme ancrée dans un passé sclérosé, sudiste jusqu'au bout des ongles et dont le quotidien se résume toujours au même paysage? Bref, j'ai lu sans déplaisir Margaret Mitchell,  intéressée par la genèse et du livre Autant en emporte le vent et de celle du film, mais je ne peux pas dire que cette lecture m'apportera grand-chose, si ce n'est la perspective de frimer un peu lors de soirées mondaines en parlant de Clark Gable...

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 19:09

L02.jpgL'autre face de la lune

Claude Lévi-Strauss

éditions Seuil

(2011)

 

Comme la plupart des gens de ma génération, j'éprouve une certaine fascination pour le Japon, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. C'est un pays que j'aimerais connaître et que je ne connais que par quelques romans, plus ou moins récents, et par les mangas. Une connaissance fragmentaire qui ferait bondir certains mais que ne renierait pas Lévi-Strauss, le célèbre ethnologue, auteur de Tristes tropiques. En effet, Lévi-Strauss lui-même a toujours été attiré par le Japon, et ce depuis que son père lui a ramené sa première estampe en récompense d'une bonne note. Un événement dont il se moque gentiment dans le livre L'autre face de la lune: "Je veux parler de l'estampe, art dont j'ai eu la révélation vers l'âge de six ans et pour lequel je n'ai cessé depuis d'éprouver une passion. Combien de fois me suis-je entendu dire que je m'intéressais là à des choses vulgaires qui n'étaient pas le véritable art japonais, la vraie peinture japonaise, mais relevaient du même niveau que les caricatures que je pourrais découper aujourd'hui dans Le Figaro ou L'Express!". En "vrai", Lévi-Strauss ne connaîtra le Japon qu'à l'âge de soixante-dix ans, mais rattrapera son retard en y faisant de fréquents séjours par la suite. L'autre face de la lune est un recueil de textes, colloques, entretiens, consacrés à ce pays dont Lévi-Strauss se dit profondément amoureux. Joli non? Le livre est un peu redondant je ne vous le cache pas car, les colloques ou entretiens se déroulant à des dates différentes, Lévi-Strauss se répète parfois. Ce qui frappe cependant dans son discours c'est son profond amour pour un pays qu'il avoue très humblement ne connaître qu'imparfaitement: loin de se présenter en érudit, l'ethnologue confesse ses lacunes, ce qui ne l'empêche pas de converser sur la musique ou les arts japonais et d'établir des parallèles entre la littérature du pays et celle de la France. De façon générale, l'auteur (enfin pas vraiment l'auteur du livre car, rappelons-le, Lévi-Strauss est mort il y a maintenant plus de deux ans) aime à parler des mythes japonais et s'emploie à les rapprocher des mythes américains notamment, tout comme il s'emploie à comparer la culture japonaise à la culture européenne ou américaine. Il le fait toujours avec prudence mais ses démonstrations, parfois un peu complexes, sont toujours très intéressantes. Si L'autre face de la lune m'a parue parfois un peu difficile (j'hésite du coup à me lancer un jour dans Tristes tropiques) j'ai apprécié un style qui laisse transparaître le profond attachement de Lévi-Strauss pour le Japon et qui me donne d'autant plus envie de découvrir ce pays... en espérant que je le fasse avant l'âge de soixante-dix ans!

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