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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 19:08

L04.jpgUsbek et Rica

numéro 1

 

Une fois n'est pas coutume, c'est d'un magazine que nous allons parler. Enfin d'un magazine qui fait tout de même près de 200 pages et que vous pouvez retrouver dans toutes les librairies. Usbek et Rica, nommé ainsi en hommage à Montesquieu, a pour ambition de "raconter le présent" et  "d'explorer le futur". Vaste programme. Dans ce premier numéro, la revue aborde ainsi la géopolitique actuelle (situation du Niger, les dictateurs au pouvoir) les faits d'actualité (avancées scientifiques, Google...) mais laisse également place à des uchronies (que se serait-il passé si Bobby Kennedy n'avait pas été assassiné?) à une nouvelle, des interwiews réels ou fictifs, une bande dessinée mettant en scène les dénommés Usbek et Rica, voyageurs du futur égarés dans notre époque... Comme je vous le disais, il y a donc à boire et à manger.

Rien à dire au niveau des articles; c'est intéressant, les partis pris sont relativement objectifs et il y a un véritable travail de journaliste derrière, avec bibliographie à la clé. Les récits d'imagination sont bien écrits et les photos plutôt belles. La seule chose qui m'a moins emballée c'est la bande dessinée, mais ,dans la mesure où il s'agit du premier numéro, on peut lui laisser le bénéfice du doute. Non, franchement, au niveau du fond, il n'y a rien à dire.

Mais... (car il y a toujours un "mais" surtout avec moi) j'ai trouvé l'ensemble plus que fouillis. Contrairement à sa grande soeur, la revue XXI, Usbek et Rica n'a aucun fil rouge, aucune ligne directrice. On saute du coq à l'âne, passant d'un article sur la situation au Niger à un autre sur l'histoire du papier-toilette des origines à nos jours. Au début, ça amuse. Puis, ça agace, cette alternance entre différents genres, différents styles et même différentes mises en page. La revue est dense, ambitieuse certes, mais ne gagnerait-elle pas à plus de clarté?

Ma seconde petite critique, qui n'en est pas une d'ailleurs, est purement subjective. Le fondateur de la revue, Jérôme Ruskin, titre son édito ainsi "avec enthousiasme et optimisme". Le but de Usbek et Rica est de s'interroger sur l'actualité et d'aborder le futur avec enthousiasme donc. Alors, c'est peut-être la pluie de septembre qui semble vouloir nous noyer sous le désespoir, c'est peut-être mon propre état d'esprit qui en ce moment  s'accorde assez avec la couleur du ciel, mais j'ai eu beaucoup de mal à déceler l'optimitisme dans la revue. Après avoir appris que les dictateurs étaient nombreux dans le monde, et que de toute façon la démocratie était moribonde, j'ai pu joyeusement me saper le moral sur un dialogue entre deux amis trentenaires désabusé, lui s'interrogeant sur son incapacité à s'engager, elle se demandant si elle sera mère un jour, tous les deux évoquant le problème de la solitude. Bon à priori, j'ai pas à me soucier de maternité ou de solitude puisque les articles suivants vous expliquent que de toute façon, les utérus artificiels existeront bientôt, que la maternité sera morte, et que la solitude est et sera toujours inévitable puisque nous vivrons tous dans quelques années derrière nos ordinateurs, cloîtrés à l'abri derrière notre écran, sortes de robots que nous commençons déjà à devenir. Youpi! Ajoutez à cela quelques considérations sur la crise économique et vous êtes prêts à fuir le futur en courant pour retourner à l'époque de... Ben en fait non, il n'y a pas d'époque idéale; les guerres ont toujours existé, les gens ont toujours eu des chagrins d'amour, les famines ont toujours été là, l'égoïsme a toujours prévalu, les gens se sont toujours sentis seuls. Bonne nouvelle cependant: le dernier article, adresse au libraire, nous annonce que le livre (version papier) ne mourra pas. Merci pour cette gentille lettre qui m'évite d'aller me pendre au coin d'un bois. Si le futur me paraît bien peu à mon goût, au moins j'aurai toujours un travail et je pourrai toujours lire...

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 18:01

L02.jpgQui suis-je et, si je suis, combien?

Richard David Precht

éditions Belfond

 

A la question qu'un professeur nous avait posés lors d'un cours d'initiation: "Selon vous à quoi sert la philosophie?" je me rappelle avoir répondu: "A rien: c'est un exercice qui consiste à se taper la tête contre un mur." Je le pense toujours: un philosophe avance une chose, douze autres avancent aussitôt douze contre-arguments. C'est un domaine qui me déprime plus qu'il ne m'intéresse; je suppose que la discipline a le mérite de pousser à la réflexion, ce qui n'est assurément pas du luxe de nos jours, mais la réflexion est sans arrêt détournée, nuancée, argumentée puis contre-argumentée. En bref, ça me rend folle.

Dans un souci cependant de ne pas mourir totalement idiote, je me suis plongée dans l'ouvrage du philosophe (ça sonne classe non?) Precht: Qui suis-je et, si je suis, combien? Le livre, best-seller en Allemagne et gros succès en France, se veut comme un voyage en philosophie, sorte d'initiation à la manière du Monde de Sophie de Gaardner. Bon, ça tombe bien, j'avais apprécié ce dernier. L'ouvrage est construit à la manière d'une dissertation, soigneusement découpé en trois chapitres basés chacun sur les interrogations kantiennes: qui suis-je? Que dois-je faire? Que suis-je en droit d'espérer? Dans la première partie, Precht essaie de définir plus ou moins l'homme: qu'est-ce qui le caractérise? A-t-il une âme? Il traite ainsi du conscient et de l'inconscient, de la psychanalyse et des neurosciences... Dans un second temps, que dois-je faire? l'auteur s'interroge sur les grands débats contemporains: faut-il manger de la viande? Quid de l'euthanasie et de l'avortement? Du clonage ou de l'écologie? Enfin Precht conclut son livre par des thèmes plus métaphysiques si j'ose dire (que suis-je en droit d'espérer?) : l'amour et la mort, Dieu et la nature, le sens de la vie et l'art du bonheur...

Impossible de trouver livre de philosophie plus clair et plus structuré et, si certains pourraient trouver la présentation quelque peu scolaire, j'ai apprécié ce côté didactique ainsi que la présentation d'idées comme l'existentialisme ou l'utilitarisme qui jusque là étaient pour moi des données assez floues. Si Precht est professeur, il doit être plutôt intéressant, assurément plus que le vieil homme que j'avais en terminale. J'ai apprécié également  le style, l'analyse historique ainsi que les petites histoires dont Precht nous gratifie pour introduire à chaque fois son argumentation. Sur le fond, je suis beaucoup moins enthousiaste. L'auteur s'appuie énormément sur les neurosciences, un peu trop, et ne présente guère lui-même d'idées innovantes, se contentant d'enfoncer des portes ouvertes et de rester toujours dans un politiquement correct assez confortable. Certains chapitres sont extrêmement intéressants: la bioéthique ou le végétarisme. D'autres sont à l'inverse ratées: celui sur l'amour est une catastrophe et celui intitulé "Peut-on apprendre à être heureux? " est uniquement une transcription de la pensée d'Epicure. C'est un peu dommage car cette inégalité nuit à l'ensemble. Pour résumer, ce voyage en philosophie est plutôt sympathique mais pas inoubliable et je pense que pour ceux qui aiment vraiment la discipline et qui sont calés là-dessus, il ne présente strictement aucun intérêt... Heureusement, je ne fais pas partie de cette catégorie...

 

 

PS: Je profite de cette note pour relayer une opération: le centre de recherche de lutte contre le cancer de Lorraine organise un concours ouvert à tous les artistes en herbe: il s'agit de réaliser des oeuvres (peinture, sculpture...) qui seront ensuite vendus aux enchères au profit de l'association. Vous trouverez tous les détails sur ce lien: http://www.alexisvautrin.fr/cav/images/local/skin/pdf/pla_artistescontrecancer_100319.pdf

Oui je sais la pub c'est mal mais une fois n'est pas coutume et c'est pour la bonne cause.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 12:53

Eloge de l'amour
Alain Badiou/Nicolas Truong
éditions Flammarion



"Parlez-moi d'amour, dites-moi des jolies choses..." Beaucoup de livres parlent d'amour: amour guimauve à la Marc Levy ou à la Stephenie Meyer, amour impossible à la Shakespeare ou à la madame de la Fayette.... "L'amour est enfant de bohème..." chante la dame. Soit. Parlons donc un peu d'amour, je ne suis pas contre, bien au contraire je me sens d'humeur fleur bleue aujourd'hui.
Et, rien à dire, Alain Badiou sait parler d'amour. Badiou n'est pas un romancier pourtant; c'est un philosophe. En tous cas, il se classe ainsi en librairie et la plupart de ses ouvrages sont, paraît-il, illisibles. Eloge de l'amour tout comme De quoi Sarkozy est-il le nom? est une exception puisqu'il est accessible à la plupart. En tous cas, c'est mon ressenti.
Alain Badiou, dans ce court essai qui est la transcription d'un dialogue public avec le journaliste Nicolas Truong en 2008, se présente comme un ardent défenseur de l'amour. Selon lui, ce dernier est menacé: les rencontres via Internet sur des sites spécialisés dont nous tairons le nom ont remplacé les mariages arrangés d'autrefois. Quoi qu'on en dise, les gens ne cherchent plus l'amour; ils recherchent un confort affectif et sexuel, quelqu'un qui partagerait les mêmes goûts et auraient les mêmes objectifs, quelqu'un "pour ne plus être seul" comme chante encore une autre. La passion? La magie du petit déclic quand le regard de l'un croise le regard de l'autre? Foutaises que tout ça, place aux couples solides qui se sont rigoureusement sélectionnés, ont pesé le pour et le contre, depuis la situation professionnelle et l'achat de l'appartement jusqu'à la coupe de cheveux. Badiou s'insurge contre ce mode de pensées qui bannit le hasard et surtout la différence. Pour lui, l'amour se trouve dans deux êtres différents qui essaient d'avancer ensemble malgré tout. Comme vous le voyez, il n'est pas ici question de deux êtres qui se fondent en un seul pour aller danser ensemble sous les étoiles: l'auteur insiste sur la dualité de l'amour qu'il compare parfois à une guerre. De même qu'il n'y a pas de combats sans morts, il est tout aussi illusoire de croire à l'amour sans la souffrance (ce serait bien pratique non?) Badiou insiste aussi sur la durée qui, pour lui, est également une composante essentielle de l'état amoureux: pas de contes de fées, l'amour est une affaire de temps et de constance, un long parcours semé d'embûches et de victimes directes ou collatérales.
Ne craignez rien, le ton de l'essai est très enjoué, c'est mon propre état d'esprit qui le rend un peu sombre. En effet, Badiou aime l'amour et explique également ses relations avec la politique et l'art. "L'amour est le moteur du monde". De qui est-ce déjà ça? Reste que j'aime la conception du philosophe sur l'amour, sujet qu'il parvient à traiter avec légèreté et gravité à la fois. Sur papier, l'amour c'est toujours joli ceci dit, sauf quand c'est dégoulinant. Parlez-moi encore d'amour monsieur Badiou, vous le faites si bien.... 

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 22:55

Ouvrages de dames

Françoise Frontisi-Ducroux

Editions Seuil

 

 

Nous avons tous en tête cette image de Pénélope filant en attendant le retour d’Ulysse. Mais que cache cette scène devenue quasiment un stéréotype ? De façon plus générale, quel rapport entretient le mythe gréco-romain avec les travaux d’aiguille et de laine ?

Bon, d’accord, ce n’est peut-être pas une question qui vous empêche de dormir la nuit mais qui a semblé assez importante à Françoise Frontisi-Ducroux pour en faire un essai intitulé Ouvrages de dames et qui se penche sur quelques mythes du féminin « liés à la quenouille et au métier à tisser ». On commence par Ariane qui, par amour pour Thésée, donne à son héros le fil qui lui permettra de s’orienter dans le labyrinthe et de tuer le Minotaure. Ariane est une mauvaise fileuse : trop amoureuse pour être maîtresse de son ouvrage qui en fin de compte est essentiellement « tissé » par Thésée, sa punition est sans appel : elle est abandonnée par Thésée sur une île pour finalement être recueillie par Dionysos, l’ennemi par excellence des femmes au travail. En contrepoint d’Ariane, si j’ose dire, une autre figure féminine, celle de la fille du potier qui trace le contour de l’ombre de son bien-aimé endormi. Là encore, l’ouvrage reste inachevé ; c’est le père qui, grâce au tracé de sa fille, modèle un visage d’argile. A l’opposé de ces « mauvaises » ouvrières, Françoise Frontisi-Ducroux oppose les vraies « dames » des mythes : Hélène la femme aux époux multiples, celle qui tisse et file le drame de la guerre de Troie, Pénélope, Andromaque, Philomèle et Procné et, pour finir, Arachné, la tisseuse qui surpasse les dieux, celle dont la dimension érotique et sexuelle de l’ouvrage dépasse le simple vécu personnel pour devenir une œuvre d’art à part entière. Tout un programme non ?

Je vous ferai grâce de toutes les théories de l’essai, au demeurant fort intéressantes, qui nécessitent plus de temps et plus de courage de ma part. Un peu de pitié c’est lundi aujourd’hui ! Disons que pour tous ceux qui aiment la mythologie gréco-romaine (et c’est mon cas) c’est extrêmement instructif et que le livre, plutôt court, se lit  bien. Après, si vous n’avez pas de passion pour la bouillante Ariane ou la sage (mais pas infaillible comme je le croyais) Pénélope, alors peut-être que cet ouvrage là n’est pas pour vous…

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