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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 13:58

L05.jpgLe passager de l'orage

Claire Gratias

éditions Syros


 

Toujours plongée dans la seconde partie de Pamela de Richardson, je fais des pauses en lisant d'autres ouvrages plus légers. Aujourd'hui donc, nous continons avec un roman pour la jeunesse Le passager de l'orage.

L'ouvrage est qualifié de "roman noir" par son auteur, et je suppose qu'à défaut c'est la meilleure appelation qu'on puisse lui donner. L'intrigue est la suivante: Jonathan, jeune garçon de dix-sept avec un passif familial assez chargé, accepte de travailler pour la célèbre Katherin Bets, auteur de polars à succès, et ce dans une maison qui a tout du décor du film d'horreur, un vieux manoir qu'on prétend hanté. Entre la romancière et son secrétaire particulier, un lien fort se noue et se transforme en réelle amitié. Mais bientôt la chaleur, les mauvaises ondes de Cotte House (c'est le nom du manoir) et les propres angoisses du jeune garçon transforme vite ce séjour en cauchemar...

Mouais. Très franchement, mouais. Déjà, il faut dire ce qu'il est, la première partie du roman ne présente strictement aucun intérêt. La mise en place est excessivement lente, et écrite de façon scolaire. Le lecteur, happé par une première phrase assez accrocheuse: "Jonathan L. venait tout juste de décider de larguer sa petite amie le jour où il rencontra Katherin Bets pour la première fois." est vite déçu par la banalité de ce qui suit et le portrait d'un adolescent sans intérêt dont les angoisses métaphysiques nous laissent de marbre. La seconde partie du Passager de l'orage qui se déroule cette fois uniquement à Cotte House est à coup sûr plus réussi, à se demander pourquoi l'auteur n'a pas privilégié le huis-clos depuis le début, mais là encore, ça pêche à de nombreux endroits. Le style, enfantin, est loin d'être en phase avec le  "suspense insoutenable" promis sur la quatrième de couverture. Quant à l'histoire elle part dans tous les sens, hésitant entre un roman psychologique (les souffrances du jeune homme confronté à un passé douloureux), policier (qu'est-il arrivé à Jonathan et à sa famille?) ou fantastique (la maison hantée) Je ne suis pas contre le mélange des genres, bien au contraire, encore faut-il avoir la carrure pour mener l'histoire à bon port. Ici ce n'est pas le cas et si certains verraient dans le final du Passager de l'orage un succès ainsi qu'"une vertigineuse mise en abyme du travail de l'écrivain" (dixit toujours la quatrième de couverture qui comme vous le voyez n'est pas du tout emphatique) je crie à l'escroquerie la plus complète: un vulgaire tour de passe-passe! L'intrigue qui semblait enfin se décider à prendre de l'épaisseur est résolue par un procédé que personnellement, je n'osais même plus utiliser lors de mes rédactions de collège! C'est avant tout pour ce final décevant que je mets une mauvaise note à ce livre. Et qu'on ne vous y reprenne plus.

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 17:17

L01.jpgOrages d'été

Barbara Hall

éditions Thierry Magnier


 

Dutch, quatorze ans,  vit dans une ferme avec son père, sa tante, son frère Flood et son neveu Bodean. Sa mère est morte à sa naissance et sa belle-soeur est partie en laissant sa famille. Dutch, plus âgée de cinq ans que Bodean s'occupe de lui comme une petite mère. Jeune fille sage, elle essaie tant bien que mal de composer avec les adultes, préoccupés par la sécheresse qui menace la récolte de tabac, et rêve en secret du gentil Ethan. Un jour, son père lui annonce l'arrivée de sa cousine Norma. Pour Dutch, c'est l'occasion d'avoir enfin une interlocutrice de son âge. Et quelle interlocutrice! Norma sait tout sur tout: sur l'amour et la famille, sur la solitude et la beauté... Mais cette jolie cousine va très vite éveiller un profond sentiment de malaise chez notre héroïne, révélant les différentes personnalités qui composent une famille plus complexe qu'il n'y paraît...

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'une énième version de l'intrigue: "jeune fille un peu cruche qui grâce à la cousine libérée trouve la force de s'affranchir de son carcan et commence enfin à découvrir la vraie vie". Au contraire, dans ce roman au ton légèrement vieillot (impossible de déterminer exactement en quelle année se situe l'action mais je dirais bien fin des années 50) le personnage de Dutch, loin de devenir une autre, s'affirme en opposition à celui d'une cousine qui, sous ses airs blasés, est aussi perdue qu'elle. Exigeante envers elle-même et envers ses proches, l'héroïne apprend peu à peu à  accepter ses défauts et ceux des autres: une cousine qu'elle descend bien vite de son piédestal, un neveu qui la fait tourner en bourrique, un grand frère tyrannique, un père tout aussi exigeant qu'elle... Avec une économie de mots surprenante et un style qui privilégie le dialogue à la description ou à l'introspection, Barbara Hall brosse le portrait de personnages attachants qui s'aiment énormément, mais qui s'étouffent mutuellement sans même s'en rendre compte. A la fois grave et optimiste, orages d'été parle de désillusions, met à mal le mythe de l'amour éternel et nous apprend qu'on ne peut lutter contre la vie Parfois, il faut juste se laisser porter par le courant et prier pour que ce dernier nous amène à bon port...

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 21:02

L01.jpgLa cité des livres qui rêvent

Walter Moers

éditions Panama


 

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Il y a de cela quelques années, l'une des mes gentilles collègues  et moi-même avons lu la même nouveauté, un gros pavé égaré au rayon jeunesse. Toutes les deux nous sommes tombées d'accord: ce livre était invendable. Etait-il mauvais? Que nenni! Au contraire, nous l'avons toutes les deux beaucoup aimé. Mais le hic c'est que La cité des livres qui rêvent (tel est le nom de l'ouvrage) fait partie de ce genre de livres indéfinissables, trop érudit pour des enfants, trop enfantin pour des adultes. Jugez plutôt:

Hildegunst Taillemythes est un jeune dragon (soixante-dix ans, une bagatelle) né dans une ville où les habitants tôt ou tard deviennent écrivains. Sur son lit de mort, son parrain en écriture, Dancelot, lui confie un manuscrit. Ce manuscrit est unique: il est parfait, si bien écrit que nul ne peut le surpasser. Hildegunst décide de retrouver l'auteur de ce prodige et part pour Bouquinbourg, la capitale des romanciers, des bouquinistes et des poètes. Mais notre héros ne tarde pas à se retrouver en grand danger et atterrit dans les catacombes de la ville, ce lieu sinistre où rodent ouvrages vivants et chasseurs de livres...

La cité des livres qui rêvent est un roman qui parle... de livres (surpris?) Et s'il est invendable, à mon sens, c'est pour une multitude de petites raisons: un héros dragon, franchement vous ça vous plaît? Peut-être les enfants me direz-vous mais quel enfant irait lire un récit pareil, truffé d'allusions littéraires et d'ironie stylisque, de surcroît entrecoupé de vers et de fragments de poèmes pas toujours très bons? Je ne parle même pas des exclamations grandiloquentes et des adresses au lecteur, du rythme très lent du début et des multiplications de noms impossibles pour des êtres tout aussi improbables.

Et pourtant... oui je l'avoue j'ai aimé. Pourquoi? Parce que passé la première partie du roman un peu ennuyeuse, l'histoire est un récit d'aventures assez palpitant, avec créatures exotiques et rebondissements inattendus. Parce que l'auteur ne prend pas ses lecteurs pour des idiots et n'hésite pas à leur offrir un ouvrage exigeant. En bref, pour toutes les raisons qui font que ce livre est invendable.

Mais surtout, La cité des livres qui rêvent est, je crois, le plus joli témoignage d'amour à la littérature. Walter Moers aime les livres et ça se sent dans son récit, traversé de bout en bout par cette passion: des êtres qui se nourrissent de mots pour vivre, des livres animés, des livres dangereux, des bouquinistes sans scrupules et des chasseurs de livres sournois, des ombres errantes qui portent la plainte de livres oubliées et des poètes qui composent des sonnets au fond d'un trou... Tout un imaginaire découle de ce simple objet et cet imaginaire est si original qu'il fait oublier en grande partie les lourdeurs du récit.

Pour finir, qu'est-il est arrivé au livre maudit? Comme prévu, ma collègue n'a vendu aucun exemplaire de La cité des livres qui rêvent. Aujourd'hui, l'ouvrage est indisponible chez l'éditeur et j'ignore s'ils le rééditeront un jour. Possible que oui, on ne sait jamais.

Avant de le renvoyer, ma collègue est revenue me voir avec à la main le dernier exemplaire qu'elle conservait encore. "Tu le veux ou pas? Bientôt il ne sera plus là." Et, comme je n'avais pas envie d'oublier La cité des livres qui rêvent, je l'ai achetée.  Et comme dirait Walter Moers "Ici s'arrête l'histoire".

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 18:39

L02.jpgHush hush

Becca Fitzpatrick

éditions du Masque

 

 

"Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées,

Les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent.

Alors Jéhovah dit: mon esprit ne jugera plus l'homme pour ses fautes, car l'homme est fait de chair, est ses jours seront de cent vingt ans.

Les Nephilim se trouvaient sur la terre en ces jours-là, et aussi après cela, quand les fils du vrai Dieu continuèrent d'avoir des rapports avec les filles des hommes et qu'elles leur donnèrent des fils: ils furent les hommes forts du temps jadis, les hommes de renom." (Genèse 6)


Oui, je sais. Je trouvais ça classe de commencer une note par une citation de la Bible. Je trouve ça d'autant plus classe que nous allons parler aujourd'hui d'un bon vieux roman pour ados.

Le début de l'histoire de Hush hush fait furieusement penser à un autre roman assez connu. Nora, jeune lycéenne sans histoires mais qui tente de surmonter la mort violente de son père, mène une vie tranquille à Portland, entourée de sa mère et de sa meilleure amie, Vee. Jusqu'au jour où elle fait la connaissance de Patch, un nouveau venu dans son lycée, bel adolescent mystérieux qui semble tout connaître d'elle. Evidemment, elle tombe amoureuse de lui à son corps défendant et ce malgré les incidents bizarres qui se multiplient autour d'elle...

Non ne partez pas! Certes ça ressemble beaucoup à du Twilight, si ce n'est qu'il ne s'agit pas d'une histoire d'amour entre mortelle et vampire, mais entre mortelle et ange déchu. Un peu plus original mais bon, à première vue, ça peut donner envie de rire quand même. Ceci dit, j'avais beaucoup de préjugés sur l'ouvrage de Betta Fitzpatrick et je dois admettre que j'ai largement préféré à Twilight. Déjà, les personnages sont infiniment plus intéressants; Patch est un héros beaucoup plus drôle et beaucoup plus complexe que le pleurnichard Edward. Quant à l'héroïne, Nora, elle est loin d'être aussi éthérée et aussi cruche que Bella. Mais, surtout, l'histoire est plus construite: dans Twilight, il s'agissait surtout de "bon je vais raconter une belle histoire d'amour entre un vampire et une humaine, mais il faut quand même que je ponde une intrigue parce que s'ils s'embrassent tout le long du roman, ça va vite lasser." Dans hush hush, l'histoire d'amour n'est pas secondaire certes, mais s'imbrique dans une trame plus générale et une mythologie (celle des anges déchus et des Néphilim) Il y aurait même un peu de suspens dis donc! Après, je vous le dis tout de suite, c'est pas le chef-d'oeuvre de l'année non plus: le style est assez drôle (l'héroïne et sa copine passent leur temps à inventer des plans complètement pourris et à se ridiculiser) mais reste léger et on n'échappe pas à la description des premiers émois sensuels de l'héroïne ("oh mon Dieu il m'a touchée!" ) ainsi qu'à une analyse des sentiments dont tout lecteur adulte se passerait volontiers. Guimauve quand tu nous tiens... Mais bon, c'est le genre qui veut ça et gageons que si un jour le livre fait également l'objet d'une adaptation cinéma, les anges déchus risquent de faire sérieusement concurrence aux vampires...

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:00

L01.jpgGone t.2 La faim

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Cela fait maintenant près de trois mois que les adultes ont disparu de la ville de Perdido et que les enfants de moins de quinze ans se retrouvent livrés à eux-mêmes, prisonniers d'une bulle qui entoure la ville et qu'ils nomment "La Zone". Sam Temple dirige cette petite communauté mais cette tâche se révèle beaucoup plus délicate que prévu. Les enfants manquent de nourriture et commencent à souffrir de la famine. Les champs donnent encore quelques récoltes certes, mais allez persuader des gamins de travailler au lieu de jouer à l'ordinateur surtout lorsque des vers mutants grouillent au milieu des choux... Il y a aussi ce clivage qui se crée peu à peu entre les "normaux" et les "mutants" ceux qui, comme Sam, développent des pouvoirs; la querelle gronde et pourrait bien dégénérer. Mais il y a aussi, encore plus inquiétant, Caine et sa bande qui préparent un sale coup et, surtout, cette ombre menaçante tapie au fond d'une mine qui exige qu'on la nourrisse...

En temps ordinaire, un deuxième tome est généralement moins bon que le premier. Gone la faim est une exception. On aurait pu craindre une action ralentie, mais l'auteur au contraire prend le parti comme dans son premier volet de lancer un compte à rebours au début du volume et de la sorte crée un rythme qui ne faiblira pas tout au long du récit. Les personnages sont beaucoup plus aboutis, plus subtils: Sam Temple apparaît comme un leader somme tout assez bancal mais, de ce fait réaliste et plus attachant. Les habitants de la ville eux-mêmes sont ce qu'ils sont supposés être: de sales gosses privés de leurs parents qui peuvent se montrer tout aussi irritants que vulnérables et prêts à toutes les dérives. Quant aux "méchants", à l'exception du monstrueux Drake (il en faut toujours un), ils sont beaucoup plus crédibles que dans le premier volet. Michael Grant, comme à son habitude, nous gratifie également de quelques scènes particulièrement atroces mais aussi très réussies qui donne au récit un ton apocalyptique et très noir. Rien à dire, c'est une réussite, on suit ce second volet qui enchaîne morts et coups de théâtre sans s'ennuyer un instant et avec un seul regret: ne pas avoir déjà la suite (prévue en novembre) entre les mains. En attendant, pour ceux qui ne l'ont pas fait, je leur conseille de découvrir sans attendre cette série...

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04
L04.jpgTreize raisons
Jay Asher
éditions Albin Michel



"Elle est morte
Pour treize raisons.
Tu es l'une d'elles."

Hannah Baker est morte. Elle a avalé des cachets et s'est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Pourtant, quelques temps après son suicide, un garçon de sa classe nommé Clay reçoit un colis contenant sept cassettes. Sur ces cassettes, la voix d'Hannah explique pourquoi elle a décidé d'en finir et comment treize raisons l'ont poussée à se suicider. Plus précisément, les personnes qui ont reçu les cassettes sont ceux qui l'ont conduite à cet acte final. Avec horreur, Clay écoute ainsi l'histoire d'Hannah dans l'attente d'entendre son nom et d'apprendre quel a été son rôle dans le drame...

C'est pas franchement une histoire gaie et il vaut mieux éviter de la mettre entre les mains d'une adolescente suicidaire. En revanche, Treize raisons est un roman original, tant au point de vue du fond que de la forme. D'un point de vue formel pour commencer, nous alternons la narration de Clay (écrite à la première personne) avec la narration "enregistrée" de l'héroïne, ce qui donne au récit un rythme hâché, un peu perturbant au début, mais qui établit de la sorte une dynamique à l'intérieur du roman et permet tout autant à Clay qu'à Hannah d'être les héros de l'histoire. Quant au contenu, j'ai apprécié la sobriété du livre sur un sujet aussi casse-gueule que le suicide. Il aurait été facile de sombrer dans le larmoyant. Jay Asher ne tombe pas dans le piège. Tout comme Eugenides dans Virgin Suicides, il ne voit pas le suicide comme le résultat d'un traumatisme, mais comme celui de petites fissures qui, à force de se multiplier, entraîne la destruction de l'édifice. C'est un effet boule de neige que l'auteur traite avec simplicité en évoquant sans mièvrerie inutile (bon de temps en temps ça glisse très légèrement vers le sentimental mais c'est un roman pour ados en même temps) le quotidien d'une adolescente que la trahison, les petites mesquineries et, surtout, le poids des rumeurs ont détruite.  Au demeurant, il n'y a pas vraiment de morale (et c'est tant mieux), l'auteur invitant seulement le lecteur à se souvenir qu'une décision ne tient quelquefois qu'à un fil; un sourire, un geste un regard (c'est beau ce que je dis là) ... Le tout étant de se souvenir qu'il vaut mieux réagir avant qu'il ne soit trop tard et que le bruit des pas que vous entendez devant vous ne s'éloignent à jamais...
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 11:42
L07.jpgLe Maître des dragons
Fabrice Colin
éditions Albin Michel



Je n'avais jamais réussi à m'ennuyer en lisant un roman destiné à la jeunesse. Grande nouvelle: ça y est, c'est fait! Notre auteur gagnant du jour est Fabrice Colin. On applaudit bien fort s'il vous plaît.
Oui, je sais; on m'a toujours dit beaucoup de bien de Fabrice Colin. Un jour, promis, j'essaierai de lire ses ouvrages destinés aux adultes. Ceci dit, rien ne me fera changer d'avis concernant Le Maître des dragons: c'est tout simplement ennuyeux et très mauvais.
Le Maître des dragons est plus ou moins la suite du livre La malédiction d'Old Haven. A vrai dire je n'avais déjà pas plus apprécié que ça ce dernier mais il avait le mérite d'être assez original avec une histoire de sorcière et une intrigue tout à fait convenable. La fausse bonne idée de Fabrice Colin c'est de partir du personnage secondaire du premier volume, Thomas Goodwill, le pirate amoureux de Mary Wickford (l'héroïne de La malédiction d'Old Haven) et d'en faire le personnage principal du second volume en narrant l'histoire en parallèle, de son point de vue à lui. Donc, vous n'y coupez pas, vous avez droit à des scènes déjà décrites dans le premier tome (heureusement je l'avais lu il il y a relativement longtemps) mais, surtout, vous n'avez absolument plus aucun effet de surprise puisque vous savez déjà que l'histoire se termine bien, que le Méchant Empereur Tyrannique des Amériques qui invoque les démons va être tué et que Mary, la gentille sorcière et Thomas, le pirate repenti, vont se marier, avoir des enfants et vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Après effectivement, l'histoire de Thomas est très différente de celle de son homologue féminin... et absolument sans intérêt. Le jeune homme vit pourtant des aventures extraordinaires. Né d'un pirate, il est élevé pour en devenir un à son tour, il frôle la mort à de nombreuses reprises, se bat contre l'Empereur (son ennemi juré,) dirige un bateau, fréquente des indiens et des fantômes qui lui enseignent la sagesse et l'amour de son prochain... Vous voyez le hic? C'est une accumulation de lieux communs avec un vague fil rouge (tuer l'Empereur) qu'on finit presque par oublier sous le poids de l'ennui et d'un rythme qui, pourtant sans cesse relancé, ne parvient pas à s'imposer de lui-même. Vous ne voyez pas ce que je veux dire? Et bien, figurez-vous Fabrice Colin en train de souffler sur un feu qui refuse de prendre parce qu'il a mis trop de bois. Je ne parle même pas du style, tantôt emphatique, tantôt enfantin, des invectives grotesques au lecteur ou des considérations métaphysiques sur l'amour (c'est bien), la religion (c'est mal, sauf celle des sages indiens) la mort (c'est difficile) ou la trahison (pas bien!) En bref, beaucoup de manichéisme et de platitudes. Mais, le pire, c'est que Le Maître des dragons fait plus de 600 pages! Essayez de vous farcir ces 600 pages alors que vous en avez déjà marre au bout de la centième. Fabrice Colin était-il payé à la page? Je demande parce que ce second volume sent bon le livre "de commande", le boulot alimentaire bâclé. Il n'y a rien de mal à cela. Il paraît que Balzac cherchait certains matins l'inspiration au fond de sa tasse. Je pense juste que Fabrice Colin devrait peut-être changer de marque de café...
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:23
L05.jpgGraceling
livre 1: Le don de Katsa

Kristin Cashore
éditions Hachette




Prenez un monde imaginaire: bien entendu, n'oubliez pas la jolie petite carte géographique au début du roman pour que le lecteur se repère facilement. Prenez ensuite un héros ou une héroïne doté(e) de pouvoirs extraordinaires. Il doit s'agir de pouvoirs qui l'isolent des autres et le ou la rendent louches. Dans tout bon roman du style, le don est toujours considéré au départ comme une malédiction. C'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un livre pour la jeunesse. Croyez-vous qu'un adolescent un peu mal dans sa peau a envie de lire un récit sur un héros qui s'assume d'entrée de jeu? Non, ce n'est pas le but. Bien au contraire, le héros ou l'héroïne doit apprendre à s'accepter tel qu'il est, passant du vilain petit canard au joli cygne qui va sauver le monde. Car, comprenez-moi, le héros du roman de fantasy n'a pas de pouvoirs prodigieux (parler aux animaux, une force extraordinaire, des dons de télépathe ou de magicien) pour gagner de l'argent, monter sur scène ou se faire engager dans un cirque. Sa destinée est plus grande. Dans sa quête ,il est soutenu soit par  un mentor bienveillant, soit par un compagnon de voyage (ou compagne) qui, généralement, l'aide à prendre conscience de son talent et, le plus souvent, termine dans son lit (car comme tout le monde, le héros ou l'héroïne a des besoins affectifs et sexuels)
Muni(e) de ce schéma, vous pouvez ainsi vous pencher sur notre lecture du jour Graceling t.1 de Kristin Cashore, récit pour la jeunesse. Katsa vit dans un des sept royaumes de sa contrée (carte) et est elle-même de sang royal, nièce du roi Randa, petit chef imbu de sa personne. Katsa est une Graceling; elle a les yeux vairons (comme Docteur Quinn) et a un pouvoir; dotée d'une force prodigieuse, elle peut tuer n'importe qui à mains nues et éliminer une armée à elle toute seule. Bien entendu, elle vit son "don" comme une malédiction. Tout le monde a peur d'elle et son oncle, qui la considère comme un monstre, se sert d'elle pour se débarrasser des ennemis (vilain petit canard) Heureusement, Katsa croise un jour sur sa route Pô, un Graceling lui aussi, qui va l'aider à apprivoiser son don et à s'accepter telle qu'elle est . Ensemble, ils partent déjouer les manoeuvres d'un roi malveillant (syndrôme de "sauvons le monde") et, en cours de route, tombent amoureux et deviennent amants (car qui dit héroïne dit lectrice et la lectrice aime les histoires d'amour et puis c'est l'amour qui fait tourner le monde etc.) Emballé c'est pesé, à suivre.
Même schéma que les romans du style donc. L'héroïne soupe au lait mais avec un bon fond, l'amoureux très très patient, le prétendant éconduit qui dans le tome 2 deviendra soit un ennemi, soit au contraire se sacrifiera pour l'amour de sa vie (l'option: "il continue à souffrir en silence" n'est pas envisageable dans ce type de scénarios), le gentil confident de l'héroïne, peut-être homosexuel qui sait? La petite fille courageuse qui s'attache aux héros et qui représente plus ou moins le symbole de leur amour (je parie que dans le tome 2, elle se révèlera être une Graceling elle aussi) Il y a tous les ingrédients dans ce livre: amour, trahison, faux-semblants, retournements de situation, un brin d'humour et de magie.... Pourtant, il y manque la chose la plus importante: une touche d'originalité. C'est du déjà-vu, depuis la personnalité de l'héroïne jusqu'à la trame de l'histoire. Ce n'est pas mauvais, certains passages sont même particulièrement réussis (je pense au moment où Katsa et Bitterblue franchissent le col d'une montagne réputée infranchissable) et le style est tout à fait honnête mais, comment vous expliquer ça? C'est un peu plat. Il manque à Graceling quelque chose pour le distinguer du genre et ça, c'est vraiment dommage....
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:08
L02.jpgTobie Lolness t.1
Timothée de Fombelle
éditions Gallimard Jeunesse


Les préjugés sont tenaces. Il y a quelques années, j'ai lu un roman pour la jeunesse, La guerre des fées de Brennan. Même si je n'avais pas détesté, j'avais trouvé cette histoire de fées de la taille d'un pouce assez niaise. Quelques mois plus tard, j'essayais de lire Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Jamais style ne fut plus mauvais et j'avoue avoir été prodigieusement agacée par cette publicité autour d'un roman qui, s'il avait été écrit par un autre, n'aurait même pas été accepté par l'éditeur... Toujours est-il que de ces deux lectures, j'ai gardé un certain a priori sur les héros de quelques millimètres qui, en dépit de leur taille ont un coeur "grand comme ça". Mais, aujourd'hui la lecture de Tobie Lolness me réconcilie avec cette vision un brin caricatural.
Tobie est un petit garçon de un millimètre de haut vivant comme les siens sur un arbre. Son père est un inventeur de génie mais, pour avoir refusé de dévoiler le secret d'une invention qui mettrait en péril tout l'écosystème de l'arbre, il est banni des cimes puis traqué avec sa femme et son fils. Seul Tobie parvient à s'enfuir. Trahi par ceux qu'il pensait être ses amis, séparé de ses parents, pourchassé par les pires brutes, le petit garçon parviendra-t-il à se sortir de ce cauchemar?
Il n'y a rien de niais dans cet ouvrage qui, sur un style relativement enfantin et très simple à lire, aborde avec légèreté des thèmes très durs; violence, trahison, souffrance physique et morale... Tobie, bien qu'enfant, n'est pas à l'abri des violences et, ce qui est le plus triste à mon sens (mais aussi le plus réaliste) c'est que cette violence n'est pas le fait de créatures étranges ou monstrueuses mais de ses pairs. L'ennemi est son propre peuple et c'est au contraire les "autres" (les Pelés) qui se révèleront amicaux bien que méfiants. Le roman se double également d'une réflexion écologique qui, sans être trop pesante, est plutôt salutaire. Un brin d'humour, une très légère lichette d'amour et beaucoup d'action et nous voilà donc avec un très honorable livre pour la jeunesse. "Ah c'est comme Arthur'", m'a dit une cliente quand je lui ai présentée le roman, "Ah non lui ai-je dit, c'est beaucoup mieux écrit..." A bon entendeur...
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:07

L01.jpgTreize petites enveloppes bleues

Maureen Johnson

Editions Gallimard Jeunesse

 

 

Pour oublier rapidement le livre précédent qui, il faut bien l’avouer, n’était pas fantastique, rien de tel qu’un bon roman derrière. Et, sans réelle surprise, il s’agit d’un livre pour la jeunesse. Treize petites enveloppes bleues n’est pas tout récent : voilà déjà plus de trois ans qu’il a été traduit et, à ma grande honte, je n’avais jamais pensé à le lire jusqu’à aujourd’hui. Grand tort s’il en est.

Ginny, américaine, a dix-sept ans et vient de perdre sa tante, Peg, une jeune femme artiste et excentrique, décédée brutalement d’une tumeur au cerveau. En guise d’héritage, sa nièce reçoit un paquet contenant treize enveloppes bleues avec des consignes très strictes : Ginny doit les ouvrir au fur et à mesure au moment qui lui sera indiqué ; elle ne peut emporter qu’un sac à dos et n’a droit ni aux appareils électroniques, ni aux guides de conversations, ni à son argent… Ainsi équipée, l’adolescente se retrouve bientôt embarquée dans une gigantesque chasse au trésor à travers toute l’Europe qui lui permettra non seulement d’en savoir plus sur sa tante chérie, mais également d’en apprendre plus sur elle-même et de transformer ainsi sa vie de jeune fille un peu trop sage…

Je m’attendais, je l’avoue, à quelque chose d’assez convenu ; à l’histoire d’une héroïne un peu nunuche qui, au terme d’un voyage époustouflant et plein de clichés, danse nue sur des tables à Paris (puisque c’est bien connu que l’Europe est un lieu de débauches) et bénit une tante qui, elle, a tout compris à la vie. Il n’en est absolument rien. Conçu comme un roman d’apprentissage, Treize petites enveloppes bleues a une vision assez réaliste du voyage. Le périple de Ginny est marqué par des fiascos : un contact à Amsterdam qu’elle ne trouvera pas puisqu’il a déménagé, des pickpockets qui tenteront de la voler, un décalage horaire fatiguant, des moments de solitude et de doute… La personnalité de Ginny n’évolue pas fondamentalement : si elle apprend à surmonter sa timidité, elle reste toujours quelqu’un de réservée après son expérience. Peg, la tante excentrique, n’est pas idéalisée non plus : elle reste quelqu’un de très humain et ses faiblesses, notamment sa peur de l’engagement, sont montrées avec beaucoup de sensibilité, ce qui fait d’elle, paradoxalement, un personnage très attachant.

Ceci dit, malgré tout, Treize petites enveloppes bleues est une invitation au voyage. Dès qu’on ouvre le livre, on n’a qu’une seule envie, c’est de faire comme l’héroïne et de partir. Car le voyage est décrit avec ses inconvénients certes (les heures interminables de train, les hôtels plus ou moins douteux, les inquiétudes d’être loin de chez soi), mais aussi avec ses avantages ; l’excitation de voir « autre chose » un sentiment de liberté difficile à exprimer… Et puis, il faut avouer que les destinations choisies par la tante Peg font rêver ; Londres, Paris (bon, Ok un peu moins pour nous français, mais c’est normal) Rome (ah la la Rome) Amsterdam, Copenhague et Corfou… De quoi faire non ? Là encore Maureen Johnson ne tombe pas dans le cliché et évite de nous faire un catalogue d’œuvres art « à voir », préférant jouer sur une ambiance, un sentiment…et nous rappelant que les plus belles découvertes, nous les faisons toujours par nous-mêmes. Ainsi, si sa tante Peg est émue devant les statues des Vestales à Rome, Ginny n’y voit « qu’un tas de statues cassées » ; de même l’adolescente ratera le portrait de la Joconde au Louvre. Invitation à mépriser l’art ? Nullement. L’art occupe au contraire une place prépondérante dans le roman, mais si l’auteur nous disait tout, quel intérêt y aurait-il à aller nous faire notre propre opinion ?

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