Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:00

L01.jpgGone t.2 La faim

Michael Grant

éditions Pocket Jeunesse


 

Cela fait maintenant près de trois mois que les adultes ont disparu de la ville de Perdido et que les enfants de moins de quinze ans se retrouvent livrés à eux-mêmes, prisonniers d'une bulle qui entoure la ville et qu'ils nomment "La Zone". Sam Temple dirige cette petite communauté mais cette tâche se révèle beaucoup plus délicate que prévu. Les enfants manquent de nourriture et commencent à souffrir de la famine. Les champs donnent encore quelques récoltes certes, mais allez persuader des gamins de travailler au lieu de jouer à l'ordinateur surtout lorsque des vers mutants grouillent au milieu des choux... Il y a aussi ce clivage qui se crée peu à peu entre les "normaux" et les "mutants" ceux qui, comme Sam, développent des pouvoirs; la querelle gronde et pourrait bien dégénérer. Mais il y a aussi, encore plus inquiétant, Caine et sa bande qui préparent un sale coup et, surtout, cette ombre menaçante tapie au fond d'une mine qui exige qu'on la nourrisse...

En temps ordinaire, un deuxième tome est généralement moins bon que le premier. Gone la faim est une exception. On aurait pu craindre une action ralentie, mais l'auteur au contraire prend le parti comme dans son premier volet de lancer un compte à rebours au début du volume et de la sorte crée un rythme qui ne faiblira pas tout au long du récit. Les personnages sont beaucoup plus aboutis, plus subtils: Sam Temple apparaît comme un leader somme tout assez bancal mais, de ce fait réaliste et plus attachant. Les habitants de la ville eux-mêmes sont ce qu'ils sont supposés être: de sales gosses privés de leurs parents qui peuvent se montrer tout aussi irritants que vulnérables et prêts à toutes les dérives. Quant aux "méchants", à l'exception du monstrueux Drake (il en faut toujours un), ils sont beaucoup plus crédibles que dans le premier volet. Michael Grant, comme à son habitude, nous gratifie également de quelques scènes particulièrement atroces mais aussi très réussies qui donne au récit un ton apocalyptique et très noir. Rien à dire, c'est une réussite, on suit ce second volet qui enchaîne morts et coups de théâtre sans s'ennuyer un instant et avec un seul regret: ne pas avoir déjà la suite (prévue en novembre) entre les mains. En attendant, pour ceux qui ne l'ont pas fait, je leur conseille de découvrir sans attendre cette série...

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 20:04
L04.jpgTreize raisons
Jay Asher
éditions Albin Michel



"Elle est morte
Pour treize raisons.
Tu es l'une d'elles."

Hannah Baker est morte. Elle a avalé des cachets et s'est endormie pour ne plus jamais se réveiller. Pourtant, quelques temps après son suicide, un garçon de sa classe nommé Clay reçoit un colis contenant sept cassettes. Sur ces cassettes, la voix d'Hannah explique pourquoi elle a décidé d'en finir et comment treize raisons l'ont poussée à se suicider. Plus précisément, les personnes qui ont reçu les cassettes sont ceux qui l'ont conduite à cet acte final. Avec horreur, Clay écoute ainsi l'histoire d'Hannah dans l'attente d'entendre son nom et d'apprendre quel a été son rôle dans le drame...

C'est pas franchement une histoire gaie et il vaut mieux éviter de la mettre entre les mains d'une adolescente suicidaire. En revanche, Treize raisons est un roman original, tant au point de vue du fond que de la forme. D'un point de vue formel pour commencer, nous alternons la narration de Clay (écrite à la première personne) avec la narration "enregistrée" de l'héroïne, ce qui donne au récit un rythme hâché, un peu perturbant au début, mais qui établit de la sorte une dynamique à l'intérieur du roman et permet tout autant à Clay qu'à Hannah d'être les héros de l'histoire. Quant au contenu, j'ai apprécié la sobriété du livre sur un sujet aussi casse-gueule que le suicide. Il aurait été facile de sombrer dans le larmoyant. Jay Asher ne tombe pas dans le piège. Tout comme Eugenides dans Virgin Suicides, il ne voit pas le suicide comme le résultat d'un traumatisme, mais comme celui de petites fissures qui, à force de se multiplier, entraîne la destruction de l'édifice. C'est un effet boule de neige que l'auteur traite avec simplicité en évoquant sans mièvrerie inutile (bon de temps en temps ça glisse très légèrement vers le sentimental mais c'est un roman pour ados en même temps) le quotidien d'une adolescente que la trahison, les petites mesquineries et, surtout, le poids des rumeurs ont détruite.  Au demeurant, il n'y a pas vraiment de morale (et c'est tant mieux), l'auteur invitant seulement le lecteur à se souvenir qu'une décision ne tient quelquefois qu'à un fil; un sourire, un geste un regard (c'est beau ce que je dis là) ... Le tout étant de se souvenir qu'il vaut mieux réagir avant qu'il ne soit trop tard et que le bruit des pas que vous entendez devant vous ne s'éloignent à jamais...
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 11:42
L07.jpgLe Maître des dragons
Fabrice Colin
éditions Albin Michel



Je n'avais jamais réussi à m'ennuyer en lisant un roman destiné à la jeunesse. Grande nouvelle: ça y est, c'est fait! Notre auteur gagnant du jour est Fabrice Colin. On applaudit bien fort s'il vous plaît.
Oui, je sais; on m'a toujours dit beaucoup de bien de Fabrice Colin. Un jour, promis, j'essaierai de lire ses ouvrages destinés aux adultes. Ceci dit, rien ne me fera changer d'avis concernant Le Maître des dragons: c'est tout simplement ennuyeux et très mauvais.
Le Maître des dragons est plus ou moins la suite du livre La malédiction d'Old Haven. A vrai dire je n'avais déjà pas plus apprécié que ça ce dernier mais il avait le mérite d'être assez original avec une histoire de sorcière et une intrigue tout à fait convenable. La fausse bonne idée de Fabrice Colin c'est de partir du personnage secondaire du premier volume, Thomas Goodwill, le pirate amoureux de Mary Wickford (l'héroïne de La malédiction d'Old Haven) et d'en faire le personnage principal du second volume en narrant l'histoire en parallèle, de son point de vue à lui. Donc, vous n'y coupez pas, vous avez droit à des scènes déjà décrites dans le premier tome (heureusement je l'avais lu il il y a relativement longtemps) mais, surtout, vous n'avez absolument plus aucun effet de surprise puisque vous savez déjà que l'histoire se termine bien, que le Méchant Empereur Tyrannique des Amériques qui invoque les démons va être tué et que Mary, la gentille sorcière et Thomas, le pirate repenti, vont se marier, avoir des enfants et vivre heureux jusqu'à la fin des temps. Après effectivement, l'histoire de Thomas est très différente de celle de son homologue féminin... et absolument sans intérêt. Le jeune homme vit pourtant des aventures extraordinaires. Né d'un pirate, il est élevé pour en devenir un à son tour, il frôle la mort à de nombreuses reprises, se bat contre l'Empereur (son ennemi juré,) dirige un bateau, fréquente des indiens et des fantômes qui lui enseignent la sagesse et l'amour de son prochain... Vous voyez le hic? C'est une accumulation de lieux communs avec un vague fil rouge (tuer l'Empereur) qu'on finit presque par oublier sous le poids de l'ennui et d'un rythme qui, pourtant sans cesse relancé, ne parvient pas à s'imposer de lui-même. Vous ne voyez pas ce que je veux dire? Et bien, figurez-vous Fabrice Colin en train de souffler sur un feu qui refuse de prendre parce qu'il a mis trop de bois. Je ne parle même pas du style, tantôt emphatique, tantôt enfantin, des invectives grotesques au lecteur ou des considérations métaphysiques sur l'amour (c'est bien), la religion (c'est mal, sauf celle des sages indiens) la mort (c'est difficile) ou la trahison (pas bien!) En bref, beaucoup de manichéisme et de platitudes. Mais, le pire, c'est que Le Maître des dragons fait plus de 600 pages! Essayez de vous farcir ces 600 pages alors que vous en avez déjà marre au bout de la centième. Fabrice Colin était-il payé à la page? Je demande parce que ce second volume sent bon le livre "de commande", le boulot alimentaire bâclé. Il n'y a rien de mal à cela. Il paraît que Balzac cherchait certains matins l'inspiration au fond de sa tasse. Je pense juste que Fabrice Colin devrait peut-être changer de marque de café...
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:23
L05.jpgGraceling
livre 1: Le don de Katsa

Kristin Cashore
éditions Hachette




Prenez un monde imaginaire: bien entendu, n'oubliez pas la jolie petite carte géographique au début du roman pour que le lecteur se repère facilement. Prenez ensuite un héros ou une héroïne doté(e) de pouvoirs extraordinaires. Il doit s'agir de pouvoirs qui l'isolent des autres et le ou la rendent louches. Dans tout bon roman du style, le don est toujours considéré au départ comme une malédiction. C'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un livre pour la jeunesse. Croyez-vous qu'un adolescent un peu mal dans sa peau a envie de lire un récit sur un héros qui s'assume d'entrée de jeu? Non, ce n'est pas le but. Bien au contraire, le héros ou l'héroïne doit apprendre à s'accepter tel qu'il est, passant du vilain petit canard au joli cygne qui va sauver le monde. Car, comprenez-moi, le héros du roman de fantasy n'a pas de pouvoirs prodigieux (parler aux animaux, une force extraordinaire, des dons de télépathe ou de magicien) pour gagner de l'argent, monter sur scène ou se faire engager dans un cirque. Sa destinée est plus grande. Dans sa quête ,il est soutenu soit par  un mentor bienveillant, soit par un compagnon de voyage (ou compagne) qui, généralement, l'aide à prendre conscience de son talent et, le plus souvent, termine dans son lit (car comme tout le monde, le héros ou l'héroïne a des besoins affectifs et sexuels)
Muni(e) de ce schéma, vous pouvez ainsi vous pencher sur notre lecture du jour Graceling t.1 de Kristin Cashore, récit pour la jeunesse. Katsa vit dans un des sept royaumes de sa contrée (carte) et est elle-même de sang royal, nièce du roi Randa, petit chef imbu de sa personne. Katsa est une Graceling; elle a les yeux vairons (comme Docteur Quinn) et a un pouvoir; dotée d'une force prodigieuse, elle peut tuer n'importe qui à mains nues et éliminer une armée à elle toute seule. Bien entendu, elle vit son "don" comme une malédiction. Tout le monde a peur d'elle et son oncle, qui la considère comme un monstre, se sert d'elle pour se débarrasser des ennemis (vilain petit canard) Heureusement, Katsa croise un jour sur sa route Pô, un Graceling lui aussi, qui va l'aider à apprivoiser son don et à s'accepter telle qu'elle est . Ensemble, ils partent déjouer les manoeuvres d'un roi malveillant (syndrôme de "sauvons le monde") et, en cours de route, tombent amoureux et deviennent amants (car qui dit héroïne dit lectrice et la lectrice aime les histoires d'amour et puis c'est l'amour qui fait tourner le monde etc.) Emballé c'est pesé, à suivre.
Même schéma que les romans du style donc. L'héroïne soupe au lait mais avec un bon fond, l'amoureux très très patient, le prétendant éconduit qui dans le tome 2 deviendra soit un ennemi, soit au contraire se sacrifiera pour l'amour de sa vie (l'option: "il continue à souffrir en silence" n'est pas envisageable dans ce type de scénarios), le gentil confident de l'héroïne, peut-être homosexuel qui sait? La petite fille courageuse qui s'attache aux héros et qui représente plus ou moins le symbole de leur amour (je parie que dans le tome 2, elle se révèlera être une Graceling elle aussi) Il y a tous les ingrédients dans ce livre: amour, trahison, faux-semblants, retournements de situation, un brin d'humour et de magie.... Pourtant, il y manque la chose la plus importante: une touche d'originalité. C'est du déjà-vu, depuis la personnalité de l'héroïne jusqu'à la trame de l'histoire. Ce n'est pas mauvais, certains passages sont même particulièrement réussis (je pense au moment où Katsa et Bitterblue franchissent le col d'une montagne réputée infranchissable) et le style est tout à fait honnête mais, comment vous expliquer ça? C'est un peu plat. Il manque à Graceling quelque chose pour le distinguer du genre et ça, c'est vraiment dommage....
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:08
L02.jpgTobie Lolness t.1
Timothée de Fombelle
éditions Gallimard Jeunesse


Les préjugés sont tenaces. Il y a quelques années, j'ai lu un roman pour la jeunesse, La guerre des fées de Brennan. Même si je n'avais pas détesté, j'avais trouvé cette histoire de fées de la taille d'un pouce assez niaise. Quelques mois plus tard, j'essayais de lire Arthur et les Minimoys de Luc Besson. Jamais style ne fut plus mauvais et j'avoue avoir été prodigieusement agacée par cette publicité autour d'un roman qui, s'il avait été écrit par un autre, n'aurait même pas été accepté par l'éditeur... Toujours est-il que de ces deux lectures, j'ai gardé un certain a priori sur les héros de quelques millimètres qui, en dépit de leur taille ont un coeur "grand comme ça". Mais, aujourd'hui la lecture de Tobie Lolness me réconcilie avec cette vision un brin caricatural.
Tobie est un petit garçon de un millimètre de haut vivant comme les siens sur un arbre. Son père est un inventeur de génie mais, pour avoir refusé de dévoiler le secret d'une invention qui mettrait en péril tout l'écosystème de l'arbre, il est banni des cimes puis traqué avec sa femme et son fils. Seul Tobie parvient à s'enfuir. Trahi par ceux qu'il pensait être ses amis, séparé de ses parents, pourchassé par les pires brutes, le petit garçon parviendra-t-il à se sortir de ce cauchemar?
Il n'y a rien de niais dans cet ouvrage qui, sur un style relativement enfantin et très simple à lire, aborde avec légèreté des thèmes très durs; violence, trahison, souffrance physique et morale... Tobie, bien qu'enfant, n'est pas à l'abri des violences et, ce qui est le plus triste à mon sens (mais aussi le plus réaliste) c'est que cette violence n'est pas le fait de créatures étranges ou monstrueuses mais de ses pairs. L'ennemi est son propre peuple et c'est au contraire les "autres" (les Pelés) qui se révèleront amicaux bien que méfiants. Le roman se double également d'une réflexion écologique qui, sans être trop pesante, est plutôt salutaire. Un brin d'humour, une très légère lichette d'amour et beaucoup d'action et nous voilà donc avec un très honorable livre pour la jeunesse. "Ah c'est comme Arthur'", m'a dit une cliente quand je lui ai présentée le roman, "Ah non lui ai-je dit, c'est beaucoup mieux écrit..." A bon entendeur...
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:07

L01.jpgTreize petites enveloppes bleues

Maureen Johnson

Editions Gallimard Jeunesse

 

 

Pour oublier rapidement le livre précédent qui, il faut bien l’avouer, n’était pas fantastique, rien de tel qu’un bon roman derrière. Et, sans réelle surprise, il s’agit d’un livre pour la jeunesse. Treize petites enveloppes bleues n’est pas tout récent : voilà déjà plus de trois ans qu’il a été traduit et, à ma grande honte, je n’avais jamais pensé à le lire jusqu’à aujourd’hui. Grand tort s’il en est.

Ginny, américaine, a dix-sept ans et vient de perdre sa tante, Peg, une jeune femme artiste et excentrique, décédée brutalement d’une tumeur au cerveau. En guise d’héritage, sa nièce reçoit un paquet contenant treize enveloppes bleues avec des consignes très strictes : Ginny doit les ouvrir au fur et à mesure au moment qui lui sera indiqué ; elle ne peut emporter qu’un sac à dos et n’a droit ni aux appareils électroniques, ni aux guides de conversations, ni à son argent… Ainsi équipée, l’adolescente se retrouve bientôt embarquée dans une gigantesque chasse au trésor à travers toute l’Europe qui lui permettra non seulement d’en savoir plus sur sa tante chérie, mais également d’en apprendre plus sur elle-même et de transformer ainsi sa vie de jeune fille un peu trop sage…

Je m’attendais, je l’avoue, à quelque chose d’assez convenu ; à l’histoire d’une héroïne un peu nunuche qui, au terme d’un voyage époustouflant et plein de clichés, danse nue sur des tables à Paris (puisque c’est bien connu que l’Europe est un lieu de débauches) et bénit une tante qui, elle, a tout compris à la vie. Il n’en est absolument rien. Conçu comme un roman d’apprentissage, Treize petites enveloppes bleues a une vision assez réaliste du voyage. Le périple de Ginny est marqué par des fiascos : un contact à Amsterdam qu’elle ne trouvera pas puisqu’il a déménagé, des pickpockets qui tenteront de la voler, un décalage horaire fatiguant, des moments de solitude et de doute… La personnalité de Ginny n’évolue pas fondamentalement : si elle apprend à surmonter sa timidité, elle reste toujours quelqu’un de réservée après son expérience. Peg, la tante excentrique, n’est pas idéalisée non plus : elle reste quelqu’un de très humain et ses faiblesses, notamment sa peur de l’engagement, sont montrées avec beaucoup de sensibilité, ce qui fait d’elle, paradoxalement, un personnage très attachant.

Ceci dit, malgré tout, Treize petites enveloppes bleues est une invitation au voyage. Dès qu’on ouvre le livre, on n’a qu’une seule envie, c’est de faire comme l’héroïne et de partir. Car le voyage est décrit avec ses inconvénients certes (les heures interminables de train, les hôtels plus ou moins douteux, les inquiétudes d’être loin de chez soi), mais aussi avec ses avantages ; l’excitation de voir « autre chose » un sentiment de liberté difficile à exprimer… Et puis, il faut avouer que les destinations choisies par la tante Peg font rêver ; Londres, Paris (bon, Ok un peu moins pour nous français, mais c’est normal) Rome (ah la la Rome) Amsterdam, Copenhague et Corfou… De quoi faire non ? Là encore Maureen Johnson ne tombe pas dans le cliché et évite de nous faire un catalogue d’œuvres art « à voir », préférant jouer sur une ambiance, un sentiment…et nous rappelant que les plus belles découvertes, nous les faisons toujours par nous-mêmes. Ainsi, si sa tante Peg est émue devant les statues des Vestales à Rome, Ginny n’y voit « qu’un tas de statues cassées » ; de même l’adolescente ratera le portrait de la Joconde au Louvre. Invitation à mépriser l’art ? Nullement. L’art occupe au contraire une place prépondérante dans le roman, mais si l’auteur nous disait tout, quel intérêt y aurait-il à aller nous faire notre propre opinion ?

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 16:39

L01.jpgHunger Games

Suzanne Collins

Editions Pocket Junior

 

 

Bonne année à tous! Avez-vous tous pris plein de bonnes résolutions ou, encore étourdis par les vapeurs d’alcool, vous contentez-vous de traîner devant votre ordinateur en pyjama ? (Ce qui, permettez-moi de vous le dire, ne va pas améliorer votre mal de crâne) Quoi qu’il en soit, je vous souhaite une très bonne année 2010 et, pour bien la démarrer, je vais vous parler aujourd’hui d’un roman qui vaut le détour…

Les Etats-Unis dans un futur indéterminé : le territoire est à présent divisé en douze districts, contrôlé par une cité toute puissante : le Capitole. Les districts sont pauvres et soumis à la tyrannie du Capitole qui, pour les punir d’une rébellion passée, leur impose chaque année les « Hunger Games ». Une fois par ans, deux enfants entre douze et dix-huit ans sont tirés au sort dans chaque district. Ils participent alors à un jeu de télé réalité des plus particuliers : filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils sont lâchés dans une arène qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Leur but est simple ; résister au froid et à la faim et tuer les vingt-trois autres candidats. Le dernier survivant est le vainqueur. Katniss, notre héroïne, n’a pas été tiré au sort. Mais, par amour pour sa jeune sœur, elle décide de prendre la place de cette dernière. Débrouillarde, elle ne peut cependant s’en sortir sans stratégie, stratégie que son compagnon d’infortune du district, Petra, va l’aider à mettre au point. Mais, quoi qu’il arrive, il ne doit en rester qu’un…

Je suis d’accord avec Stephenie Meyer malgré toutes mes réticences concernant ses propres ouvrages : Hunger Games est un livre qu’on ne peut pas lâcher ! Un peu lent au tout début, le récit s’accélère dès le tirage au sort et nous livre un fascinant portrait de la télé réalité, à peine déformé. Certes, on ne tue pas encore à la télévision mais à part ça… Tout y est : les paillettes, la mise en scène du candidat qui devient un stéréotype, la nécessité d’élaborer des alliances et des stratégies… C’est la violence déguisée en divertissement. Ce qui est intéressant c’est que la narratrice est l’héroïne et nous adoptons donc son point de vue. Du coup, c’est comme si nous participions nous-mêmes au jeu, et, de ce fait, tous les autres candidats nous paraissent suspects. Petra est-il réellement un gentil garçon ou joue-t-il un rôle pour mieux manipuler Katniss et le public ? Faut-il faire confiance à la gamine de douze ans que Katniss a pris sous son aile ? Notre vision est totalement déformée. Ajoutez à cela une action qui ne ralentit pas, des rebondissements multiples et des personnages attachants, et vous aboutissez à un roman qui vous tient en haleine jusqu’au bout avec une seule frustration ; il s’agit d’un premier tome !

Après, on peut émettre des réserves, comme pour tout : un style efficace mais sans réelle surprise, un certain penchant au manichéisme… De bien piètres imperfections face au plaisir de la lecture, sans oublier la critique féroce et juste d’une télé réalité qui masque sous les paillettes les pires instincts de l’homme… à ne pas manquer ! J’espère juste que la suite sera à la hauteur de ce premier volet…

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:13
L02.jpgLe retour de l'aube
Malorie Blackman
éditions Milan



Je l'avais promis: après la guimauve et les soupirs languissants de Love in excess, passons donc à un peu plus d'action, d'autant plus que je viens de regarder Les 4 filles du docteur March  et qu'il faut un peu de sang et de violence pour rattraper tout ça...
Pourtant, Le retour de l'aube, à priori, commence aussi par une histoire d'amour. Tobey, notre héros, vit dans un monde marqué par le clivage riches noirs/pauvres blancs et un racisme qui s'exprime dans chacune des communautés. Tobey lui-même est blanc, un nihil donc (en latin "rien"), et il vit dans un quartier difficile dont il essaie de partir. Pour cela il étudie dans l'espoir d'entrer un jour à l'université. Il est amoureux de Callie, sa jolie voisine métisse mais n'arrive pas à lui avouer ses sentiments. Bon, jusque là, c'est très gnangnan. Heureusement Tobey, ambitieux, commet une erreur et accepte en échange d'un peu d'argent de faire une livraison pour le compte d'un gang, le gang de Mac Auley. Cette livraison va l'entraîner dans une série d'événements désagréables et le forcer lui-même à devenir quelqu'un de peu recommandable....
Si vous avez une excellente mémoire et que vous suivez ce blog depuis longtemps, vous vous souviendrez peut-être que j'ai déjà parlé de Malorie Blackman et d'un autre de ses livres, La couleur de la peur,  livre que par ailleurs j'avais beaucoup apprécié. J'ai moins accroché au Retour de l'aube. Il y a déjà une raison simple: Le retour de l'aube fait partie d'une série. Certes, le roman peut se lire tout seul, mais il est plus difficile d'entrer dans un monde déjà expliqué et construit, avec des personnages qui sont supposés nous être familiers mais qui ne le sont pas et des allusions à des événements antérieurs qui nous inconnus. C'est un peu comme arriver au milieu d'une série télé: on arrive à suivre mais avec le sentiment désagréable d'avoir loupé des trucs.
La seconde raison est plus triviale: j'avoue que la touchante histoire d'amour entre Tobey et Callie m'a laissée totalement de marbre. Peut-être est-ce l'overdose ou, plus crédible, je pense tout simplement que j'ai passé l'âge des romances adolescentes et des premiers émois sentimentaux. Toujours est-il que les personnages m'ont paru assez creux au début, notamment celui de Callie.
Heureusement, en milieu de récit, l'auteur se décide enfin à troquer scènes d'amour contre action et scènes de violence. Et, il faut dire ce qu'il est, Blackman est beaucoup plus crédible dans ce registre. Règlements de comptes, trahisons, histoires de gang et d'infiltration... Le personnage de Tobey acquiert une autre dimension et devient beaucoup plus intéressant en espion manipulateur qu'il ne l'était en amoureux transi ou en gentil lycéen... Le rythme s'accélère et le dénouement est efficace, sauvant ainsi un roman qui met tout de même plus de cent cinquante pages à démarrer. Je serais curieuse ceci dit de lire les trois premiers volumes de la saga, histoire de voir si ces derniers sont bâtis sur le même modèle...
Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 15:57

La plus belle fille du monde
Agnès Desarthe
éditions Ecole des Loisirs


Sandra est une adolescente comme une autre, ni plus belle, ni plus intelligente. Elle ne fait pas partie des premières de sa classe, ni des dernières. Elle aimerait être écrivain mais ne dépasse pas onze de moyenne en français ce qui, au demeurant, ne la traumatise pas plus que ça. Elle vit seule avec sa mère, son père les ayant abandonnées, et a pour amis Fleur, Etienne et Allison. Voilà ce qu'il faut retenir de Sandra, la narratrice de l'histoire et l'héroïne. l'héroïne? Non, car Sandra ne se considère pas comme une héroïne et préfère commencer son récit au moment où une nouvelle arrive dans la classe: Liouba Gogol. Car Liouba Gogol a, elle, tout de l'héroïne; c'est "la plus belle fille du monde" selon les critères de Sandra. Comment cette dernière pourrait-elle rivaliser avec un titre pareil?  Pourtant, tout au long de l'histoire, c'est ce que Sandra fait à son insu, livrant ses propres réflexions sur la vie, la perfection, la famille, les amis, et Liouba, dont elle apercevra vite les limites mais, aussi,  paradoxalement, les richesses...
Rarement un auteur de jeunesse m'a autant fait rire qu'Agnès Desarthe. J'avais déjà beaucoup apprécié un autre de ses romans Je ne t'aime pas Paulus et le style de  La plus belle fille du monde est tout aussi drôle. L'humour de la narration est plein de fraîcheur et des scènes sont vraiment comiques; par exemple le moment où Sandra déjeune avec son père et lui déverse ses sentiments sur l'absence de figure masculine dans sa vie et celle de sa mère tandis que son père se contente d'écouter en souriant bêtement et en lançant des onomatopées, ou encore cette scène où Sandra voit un adulte sur un banc donner un croche-pied à un enfant prénommé Enzo et le laisse faire. Il y a aussi cette réplique inoubliable, lancé par Etienne, l'ami de la narratrice: "Mais on est amis depuis qu'on a quatre ans. Pour moi, vous n'êtes pas des filles; vous êtes comme, je sais pas, moi, des Playmobil." Bref, la narration est brillante, c'est vraiment très bien écrit et ça se lit d'une traite.
Alors, me direz-vous, pourquoi ce petit lapin seulement souriant et non pas extatique? Et bien parce que pour moi le style ne fait pas tout. Agnès Desarthe lance certes des thèmes intéressants, aborde beaucoup de sujets délicats mais, perdue dans la peau de son héroïne, en oublie de faire une intrigue construite. C'est très probablement volontaire; Sandra à plusieurs reprises s'interroge sur le métier d'écrivain et dénonce les artifices employés par ses "confrères" pour rendre une réalité plus passionnante qu'elle ne l'est en réalité: "C'est un problème. Un problème auquel je n'avais jamais réfléchi mais qui est assez grave: le temps de la vie n'a rien à voir avec le temps des romans (...) La rencontre magique, l'échange de regards qui bouleverse le cours des choses, la conversation géniale, les événements clés qui font le tissu des livres sont éparpillés au hasard dans la vraie vie. On passe en fait le plus clair de notre temps à fonctionner, à mettre un pied devant un autre en espérant qu'il se passe quelque chose, alors qu'en réalité il ne se passe presque jamais rien." Le livre d'Agnès Desarthe a-t-il pour ambition d'imiter cette réalité? C'est plus que probable. Mais, du coup, peut-être aurait-il mieux valu opter pour le style journal intime plutôt que celui du roman traditionnel. Là, on s'y perd un peu et on pourrait résumer par ceci: il n'y a pas vraiment d'histoire. Tout se passe comme si Desarthe avait eu un point de départ, l'arrivée de Liouba Gogol, mais n'avais trouvé aucune réelle intrigue à en faire découler. Le style et l'humour aidant, elle s'en tire par une pirouette élégante. La plus belle fille du monde n'est certes pas un livre parfait, mais n'est-ce pas justement la morale de l'histoire? La perfection n'est pas de ce monde... et, de vous à moi, c'est tant mieux.

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article
19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 12:05

Genesis
Bernard Becket
éditions Gallimard Jeunesse


Pour Anaximandre, c'est aujourd'hui un grand jour: afin d'entrer dans la prestigieuse académie de ceux qui "décident", elle doit passer un oral devant un jury. Pendant cinq heures, elle va parler d'Adam Forde, son sujet d'études, un homme dont nous devinons qu'il a joué un rôle crucial dans le monde futuriste d'Anax et dont nous découvrons tout au long de l'exposé de l'héroïne la personnalité complexe. Mais, l'examen d'Anax risque d'avoir des conséquences plus importantes qu'elle ne se l'imagine...
Je ne peux pas en dire plus sur ce roman, de crainte de révéler tous les tenants et aboutissants de l'histoire. Disons que, dès le début du récit, l'auteur distille un profond sentiment de malaise qui ne fait que s'accroître tout au long de l'exposé d'Anax jusqu'à son dénouement, inattendu et pourtant inévitable. Construite sous la forme d'un dialogue, la narration s'inscrit ainsi dans une démarche socratique où le jury en posant des questions à l'héroïne, la force à s'interroger sur des sujets qu'elle croyait indiscutables et à argumenter pour défendre ses opinions. Non,  je vous assure, je ne fais pas de la surinterprétation: vous noterez par exemple que beaucoup de personnages ont des noms de philosophes antiques: Platon, Socrate, mais aussi Anaximandre (en feuilletant dans mon encyclopédie, j'ai découvert qu'il s'agissait d'un philosophe grec de l'époque ionienne mais ne m'en demandez pas plus) ou Périclès. Bien plus, les thèmes abordés par Anax à travers le destin d'Adam Forde (le choix du prénom n'a rien d'anodin là non plus) sont plutôt costauds: la société, le libre-arbitre, l'éthique... et surtout, la question que vous retrouverez sur la quatrième de couverture de Genesis : "Que signifie être un humain?".

Il s'agit grosso-modo du même principe que Le monde de Sophie de Gaardner: faire découvrir la philosophie aux plus jeunes, sauf que l'approche est totalement différente. Becket ne cite pas d'auteurs et ne fait pas davantage de cours magistraux. Mais, à travers l'héroïne, le lecteur est amené à s'interroger lui-même sur les sujets abordés. En clair: ne pas lire ce roman si vous êtes un tant soit peu fatigué. Ceci dit, Genesis est très intéressant, de par cette spécificité mais aussi grâce à un suspens qui va crescendo et qui nous plonge dans ce "thriller futuriste" avec une seule hâte: en connaître la fin. C'est très bien écrit. Ce qui est dommage à mon avis, c'est que ce roman va très certainement manquer son public: coincé entre les Twilight et les Chevaliers d'émeraude, il n'a guère de chances de se faire remarquer et aurait peut-être été plus à sa place dans la SF pour adultes...

 

 

Et, exceptionnellement, deux petits PS:

 

Le premier, c'est pour signaler la mort de Pierre Bottero, l'auteur notamment de la série du Pacte des Marchombres et de La quête d'Ewilan. Sa tragique disparition dans un accident de la route est passé quasi-inaperçue et cela me semble profondément injuste car il occupait une grande place dans la littérature pour la jeunesse. Qui plus est, j'ai eu l'occasion de le croiser lors des Imaginales d'Epinal et j'ai rarement vu un auteur aussi gentil et aussi disponible non seulement avec ses jeunes lecteurs mais aussi avec les libraires. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.

Le second c'est pour faire un peu de pub. Promis ça ne se renouvellera pas mais là c'est pour une bonne cause! Nancéiens, vous êtes invités les 3 week-ends du  28 novembre au 13 décembre de 9h00 à 18h00 sur le parking de l'hôpital à Vandoeuvre pour un marché de Noël organisé au profit des enfants atteints de maladies graves. Et comme je ne suis pas assez doué pour insérer des images sur ce blog, je vous renvoie au site de mon gentil frère, Pierrot:
http://yap-yap-yap-yap.blogspot.com/ qui lui a pu ajouter l'affiche. (on est doué en informatique ou on l'est pas) Venez nombreux!

Repost 0
Published by beux - dans Jeunesse
commenter cet article