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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 18:43

L02.jpgParanoïa

Melissa Bellevigne

éditions Hachette

2016

 

Lisa Hernest est une psychiatre renommée à qui on ne fait appel que pour les cas complexes. Mais, si sa vie professionnelle est une réussite, sa vie privée l'est moins : stérile, Lisa a du mal à accepter l'idée qu'elle ne portera jamais de bébé et noie son chagrin dans le travail au grand dam de son conjoint Paul. C'est dans ce contexte que Lisa est appelée à l'institut Saint-Vincent pour y rencontrer une nouvelle patiente. Son nom est Judy Desforêt, elle a vingt ans, souffre d'hallucinations et de paranoïa et, surtout, est enceinte. Mais de qui ? Entre les deux femmes se noue une forte complicité et, presque malgré elle, Lisa en vient à se laisser prendre par l'histoire étrange que lui raconte la jeune fille, mettant en scène Alwyn, un homme que seul Judy peut voir...

J'ai été partagée sur ce roman. L'intrigue me semble assez faiblarde et irréaliste. Comprenez-moi : je sais très bien que nous sommes dans le fantastique mais, justement, pour que le fantastique fonctionne, il faut par ailleurs que la fracture entre la réalité et le surnaturel soit clairement marquée. Or, ici, le postulat de départ ne tient pas : une jeune femme se fait violer dans la rue : personne ne s'avise de savoir si elle a été violée. Cinq mois plus tard on retrouve la jeune femme enceinte, oh surprise ! C'est moi ou ça me semble un peu tiré par les cheveux ? C'est dommage car, par ailleurs, le style du roman est impeccable : simple mais efficace, avec des personnages attachants, que ce soit la psy en mal d'enfant ou la jeune fille éternelle solitaire, et un bon sens du suspens. Ce qui m'amène à ma seconde réserve : si Melissa Bellevigne a l'art de cultiver le mystère, elle ne parvient pas à créer une réelle dynamique à son histoire qui reste un peu lente et laisse le lecteur sur sa faim. En résumé, on s'attend à une chute ou à une révélation spectaculaire mais l'action ne s'accélère jamais réellement, hormis un passage très réussi dans une maison abandonnée, et le dénouement est décevant. Paranoïa est de ce fait loin d'être un chef d'oeuvre mais il s'agit somme toute d'un premier roman prometteur qui laisse présager une brillante carrière pour son auteur si elle persévère un peu.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:48

L07.jpgPoppy Pym et la malédiction du pharaon

Laura Wood

éditions du Seuil

2015

 

Tout commence dans un cirque avec un illusionniste qui découvre au fond de son chapeau un bébé. Une petite fille pour être précise. Avec le bébé, il y a un mot bref et anonyme demandant de prendre soin d'elle. L'enfant est donc adoptée par la troupe et nommée Poppy. Elle grandit parmi eux et apprend à jongler, dompter le lion, faire du trapèze et autres numéros d'équilibriste. Soit. Jusque là rien à signaler. Quand Poppy a onze ans, madame Pym, sa mère adoptive, décide qu'il est temps de la faire rentrer à l'école et décide donc de l'inscrire au pensionnat Saint- Smithen. Et c'est là que les choses se gâtent.

Vous voulez que je vous parle du pensionnat Saint-Smithen ? C'est une institution très "bristish" avec des uniformes et des règles assez strictes et qui accueille des élèves de la première à la septième année. Ah et l'école est répartie en quatre maisons : les Chardonnerets, les Rouges-gorges, les Moineaux et les Roitelets. Les élèves peuvent faire gagner ou perdre des points "mérites" à leur maison en fonction de leurs notes ou comportements. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à ressentir un sentiment de "déjà-vu".

Mais ce n'est pas fini ! A Saint-Smithen Poppy fait la connaissance de Ingrid, une première année tout comme elle, passionnée de lecture et qui est très douée en tout sauf en sport. Elle rencontre aussi Ron Kip, un petit rigolo accompagné d'un ami rouquin qui a un faible pour Poppy. ça ce sont les amis. Mais Poppy s'est faite aussi une ennemie en la personne de Annabelle, la blondinette riche et snob avec un père influent. Ah et il y a aussi les profs : la sévère mais juste prof de maths madame Mac Dougal (Seriously ?), la méchante mais au fond pas tant que ça prof de potions chimie, Miss Susan, et la compréhensive proviseur miss Baxter, sans oublier son assistante Gertrude, complètement sourde, un peu ridicule et, en apparence, inoffensive.

Voilà voilà.

Alors certes il n'y a pas de magie, rien qu'une intrigue policière liée à la disparition d'un rubis lors d'une exposition d'antiquités égyptiennes, pas de balais mais des trapèzes mais bon, ça ressemble tout de même à un bon copié-collé de Harry Potter à l'école des sorciers (en moins bien en plus car Poppy est assez insupportable) au point que j'ai été capable de deviner toute l'intrigue en me fiant à ce dernier : Poppy et ses amis violent quelques règlements pour mener à bien leur enquête, soupçonnent miss Susan que tout semble accuser puis, finalement, après moult rebondissements, découvrent enfin lors d'un face-à-face décisif le véritable coupable.

A la fin de l'histoire, l'auteur se perd en remerciements et je me suis demandée si elle allait en faire à J.K Rowling parce que bon, là, ce n'est plus de l'inspiration hein, ça a tout du bon gros plagiat. Mais non même pas. Très sincèrement je me demande si Poppy Pym n'est pas une vaste blague ou alors la littérature jeunesse file un bien mauvais coton pour reprendre avec tant de désinvolture des recettes à peine remaniées.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 16:23

L01.jpgLes effets du hasard

Marie Leymarie

éditions Syros

2016

 

Maïa, comme sa meilleure amie Lily et pratiquement tous ses camarades de classe, a été choisie sur catalogue et achetée par ses parents. Elle a les yeux noisettes, les cheveux châtains et affiche un QI de 117. Elle a coûté relativement cher et doit tout faire pour ne pas décevoir son père et sa mère. Sa vie s'écoule, monotone, entre les cours de gestion d'émotion et de biologie, jusqu'au jour où elle fait la connaissance d'Anthony, un garçon aux yeux verts dont elle tombe très vite amoureuse. Seulement voilà, l'amour, comme toute autre émotion, est mal vue dans ce monde où ni les caprices du hasard ni ceux des sentiments ne sont tolérés. Heureusement, pour guérir l'amour, cette maladie bénigne de l'adolescence, il existe désormais des comprimés.

J'avais des craintes et j'ai été plus qu'agréablement surprise. Contrairement à la plupart des dystopies actuelles, l'auteur ne balance pas son monde en vrac pour ensuite se centrer sur une intrigue sentimentale sirupeuse. C'est plutôt l'inverse : l'histoire de Maïa avec Anthony n'est qu'un prétexte pour évoquer une société étouffante où toute liberté a disparu au profit d'une illusion de sécurité. Les enfants portent des bracelets qui permettent leur localisation, les émotions sont bannies, les caméras sont partout, les bébés sont sélectionnés et triés pour éviter toute mauvaise surprise, et vos tablettes vous indiquent le nombre de calories nécessaires à votre santé. Là où je trouve Marie Leymarie particulièrement ingénieuse, c'est d'avoir paradoxalement évité le cliché d'un régime autoritaire : rien ne semble franchement interdit, l'amour ou la conception d'un bébé "naturel" mais on comprend très vite par le biais de la psychologue pénible ou de la mère de Melody, une camarade de lycée de Maïa, que c'est vu d'un sale oeil. Ici, pas de grands méchants dirigeants qui éclatent d'un rire sardonique, seulement un ensemble d'individus terrorisés à l'idée de voir leur monde malmené par les effets du hasard. De ce fait, même les parents de l'héroïne sont complices. Le tout est amené avec beaucoup de finesse par l'auteur qui mène une réflexion très intéressante sur l'argent et sur la liberté en général, évitant les grands discours moralisateurs pour dispenser ses idées par petites touches, au hasard d'une scène : Lily qui pleure parce qu'elle a raté son contrôle malgré son QI élevé, Maïa qui ne peut s'empêcher d'éprouver de la répulsion lorsqu'elle apprend qu'Anthony est un enfant "naturel", la mère de l'héroïne qui s'affole lorsqu'elle perd la trace de sa fille... C'est qui plus est joliment écrit et le final, tout en subtilité et en tendresse, est aussi inattendu qu'édifiant. Rien à dire donc sur Les effets du hasard si ce n'est que, même s'il se suffit à lui-même, j'espère bien que l'auteur compte écrire la suite.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:27

L02.jpgLa nébuleuse Alma

Luc Blanvillain

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

On a déjà parlé des livres qui commençaient mal et dont la fin se révélait plutôt réussie. Et bien là on va parler de l'inverse, d'un livre qui démarrait sur les chapeaux de roue et donc la fin est décevante.

Alma est ravie : après deux mois d'attente, elle a ENFIN réussi à sortir avec Robin, le premier garçon dont elle est réellement tombée amoureuse. Ivre de joie, elle veut faire part de la bonne nouvelle à Jade, sa meilleure amie, mais là, c'est la douche froide : Jade la "largue" en douceur en lui expliquant qu'elles n'ont plus grand-chose en commun. Est-ce vraiment parce qu'Alma est trop superficielle comme Jade le prétend, qu'elle ne s'intéresse pas aux SDF et aux conflits mondiaux, et que sa vie tourne autour de son petit monde ? Ou est-ce que cette "rupture" cache quelque chose d'autre ? Désespérée, Alma, avec l'aide de son nouveau petit ami, décide alors d'élargir son horizon pour reconquérir Jade.

J'ai beaucoup ri au début : Alma, bien qu'égoïste, est un personnage très attachant, une ado lambda joyeuse et décontractée, entourée d'une famille loufoque et amusante : il y a le père et la mère toujours scotchés l'un à l'autre, le petit frère coach de la vie de sa soeur qui regarde également tous les feuilletons sentimentaux avec sa grand-mère pour ensuite les commenter devant une tasse de thé. Alma est une égocentrique certes, mais une égocentrique joyeuse et aimante : le passage où elle se force consciencieusement à suivre l'actualité pour se mettre au "niveau" de Jade est très drôle et, mine de rien, moins léger qu'il n'y paraît. En faisant naviguer son héroïne sur Internet et en la faisant passer des horreurs de la guerre ou de la misère dans le monde à un youtuber commentant ses parties de jeux vidéos en direct, Luc Blanvillain s'interroge sur notre propre nature humaine, capable des pires horreurs comme du meilleur, tour à tour futile et torturée : "Je suis même restée toute une soirée sur le site d'un gamer commentant en direct ses propres parties de jeux vidéo, à la manière d'un journaliste sportif. J'avais du mal à croire que ce garçon vivait sur la même planète que les enfants indiens. Ceux qui sont obligés de travailler pour confectionner les vêtements vendus dans les enseignes où j'adore faire du shopping." Alma à elle seule représente cette dichotomie, émue par sa découverte d'une association où travaille Jade puis obnubilée par son histoire d'amour avec Robin.

J'aurais préféré à dire vrai que l'auteur reste dans ce ton là, dans cette subtile interrogation : j'aurais été très déçue qu'il parte dans une réflexion simpliste du style il y a aura toujours de la souffrance et des préjugés de par le monde, mettons des oeillères et soyons heureux ! Ceci dit, j'ai été également déçue qu'il parte dans la direction opposée en transformant Alma en un être impliqué, ouvert, prête à manifester et à militer pour toutes les causes nobles. Ainsi, vers le milieu du récit, le ton décalé et léger reprend une forme très académique avec le bon vieux cours d'éducation civique propre aux éditions de l'Ecole des Loisirs. ça se gâte à mon sens avec le portrait des parents de Robin : ils sont riches, donc indifférents à la souffrance, racistes, catholiques et, bien évidemment, homophobes. J'adore ce genre de romans qui, sous couvert de combattre les préjugés vous en balancent d'autres avec plein d'entrain. De toute évidence dans le monde de Blainvillain on n'est jamais riche et philanthrope, homosexuel mais raciste, catholique mais pas homophobe. Résultat : les parents de Robin ne sont pas crédibles, clichés sur pattes, alors que les parents d'Alma, joyeux égoïstes qui eux non plus ne se soucient guère au fond du sort de leurs semblables, sont beaucoup plus nuancés et plus intéressants, tout comme la gentille grand-mère scotchée devant sa télé. J'avoue également que je préfère la Jade du début de l'histoire, celle impliquée dans toutes les causes mais un peu soûlante et moralisatrice, à la Jade de la fin, la miss parfaite qui a tout compris à la vie. La première avait ses failles, l'autre n'en a pas. Enfin la fin de l'histoire m'a déçue : je m'attendais à des révélations fracassantes et le dénouement est plutôt prévisible. L'idée n'est pas mauvaise en soi mais arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, perdue entre les manifestations pour les sans-papiers et la relation de Robin et d'Alma. La nébuleuse Alma se révèle au final en demi-teinte mais c'est surtout parce que l'auteur était tellement bien parti que je ne peux m'empêcher de lui en vouloir d'avoir sacrifié une réflexion intéressante à une leçon de morale insipide.

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 15:26

L06.jpgCoeur Cerise

Les filles en chocolat tome 1

Cathy Cassidy

éditions Pocket Jeunesse

2010

 

Parfois je suis sans pitié. Et aujourd'hui c'est avec vous que je le suis puisque, non seulement nous allons reparler de romans ados, mais de romans ados pour filles. Âmes sensibles s'abstenir.

Cherry a treize ans et son truc à elle c'est d'embellir quelque peu la réalité, c'est à dire qu'elle ment comme elle respire, le plus naturellement du monde. Il faut dire que sa vie est un peu tristoune. Plus de mère, pas d'amis, un appartement sordide et et un père exécutant un modeste travail au sein d'une fabrique de chocolat. Tout change le jour où ce dernier tombe amoureux d'une ancienne connaissance, Charlotte, et décide de tout quitter et d'aller s'installer avec elle. Exit Glasgow et son climat sinistre, Cherry et son père partent pour le Sud de l'Angleterre rejoindre la nouvelle belle-mère et ses quatre filles, quatre demi-soeurs qui inquiètent un peu notre héroïne. A raison d'ailleurs car, si Skye, Summer et Coco se montrent accueillantes, il n'en est pas de même pour Honey, l'aînée, qui, en plus de voir d'un mauvais oeil l'arrivée d'un nouvel homme dans la vie de sa mère, supporte mal l'intérêt que semble éprouver son petit copain pour Cherry.

Bah ben oui avec un titre pareil vous vous attendiez à quoi ? Coeur Cerise c'est de l'amour, de l'amitié, des fous rires et des larmes, et quelques drames mais rien qui ne résiste à un chocolat chaud en pyjama. Le style est sans surprise, ni bon ni particulièrement mauvais, et l'intrigue tourne autour des premiers émois amoureux et des mini-trahisons, la seule vraie originalité de l'histoire résidant dans la personnalité un brin mytho de Cherry. C'est sucré, très vite écoeurant et, pour le coup, réservé uniquement à un lectorat de filles entre douze et quinze ans. En effet, pour les autres, le risque d'indigestion demeure élevé.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:50

L01.jpgHector et les pétrifieurs de temps

Danny Wallace

éditions Gallimard Jeunesse

2015

 

Il est très difficile d'écrire pour les adolescents mais encore plus à mon sens pour les pré-ados, âge délicat s'il en est. Aussi, je suis plus qu'admirative devant des auteurs comme Danny Wallace qui y parviennent sans efforts.

Hector vit dans une petite ville d'Angleterre où il ne se passe jamais rien, mais tellement rien que cette ville, Starkley, a été élue la quatrième ville la plus ennuyeuse du pays (si elle avait été sur le podium elle serait devenue intéressante mais non). Aussi, lorsque le monde se pétrifie autour de lui à intervalles réguliers, Hector est plutôt ravi de cet événement qui brise un peu la monotonie de sa vie. Car ce ne sont plus seulement les gens autour de lui qui se figent mais les animaux, le vent, et même le temps. Mais bientôt, il déchante lorsqu'il découvre que, durant ces "pauses", des monstres mystérieux en profitent pour envahir la ville et enlever des adultes...

Mélange habile d'humour et de fantastique, Hector et les pétrifieurs de temps est un récit plein d'imagination qui embarque son lecteur dans un style vivant et une intrigue bien construite. C'est drôle sans prendre l'enfant pour un idiot, ce qui n'empêche pas quelques moments plus graves (l'enlèvement des adultes) et d'autres plus touchants (Hector qui a du mal à accepter la disparition de son père ou qui découvre qu'Achille, la petite brute du collège, est loin d'être un méchant) Danny Wallace s'en donne également à coeur joie dans la descriptions des monstres pétrifieurs de temps pour apporter au livre le côté glaçant qui pourrait lui manquer. Que dire si ce n'est qu'Hector et les pétrifieurs de temps est une réussite à mettre entre toutes les mains des 10-12 ans et pourquoi pas au-delà...

 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 19:07

L01.jpgAmanda et les amis imaginaires

AF Harrold/ E Gravett

éditions du Seuil

2014

 

Amanda et Rudger, son meilleur ami, sont inséparables : à toute heure du jour et de la nuit, ils font les quatre cent coups ensemble même s'il faut avouer que c'est souvent Amanda qui mène la danse, Rudger se contentant de la suivre avec plus ou moins d'entrain. C'est une très jolie histoire d'amitié en tous cas mais qui a une petite particularité : c'est que Rudger est l'ami imaginaire d'Amanda et n'existe donc qu'à ses yeux. Or, lorsque Amanda a un accident, Rudger commence à s'estomper. Il a alors le choix : ou se trouver quelqu'un d'autre pour croire en lui, ou retrouver Amanda.

Il y a un peu du conte dans ce joli roman pour la jeunesse qui nous fait entrer de plein pied dans un univers coloré, un monde que l'auteur peuple de faux pirates et de vrais amis imaginaires, de méchants avaleurs de rêves, d'adultes un peu tristes et d'enfants un peu seuls. Tout se mêle avec grâce et si l'humour est toujours là, que ce soit dans le caractère fantasque d'Amanda ou dans le comportement extrême de la mère de Julia qui traîne sa fille chez le pédopsychiatre parce que celle-ci "voit" Rudger, la réflexion n'est jamais très loin non plus. En effet, Amanda et les amis imaginaires c'est un aussi un plaidoyer pour l'imagination, asphyxiée par des vies monotones et sans saveur, c'est également un très joli texte, parfois un brin mélancolique, sur la mort et l'oubli. Pas d'ellipses ni de complaisance, seulement une belle histoire servie par des illustrations qui donnent un côté très "old school" au roman et qui, pour ma part, m'a fait oublier le temps de ma lecture que j'avais passé l'âge de croire aux contes de fées.

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 11:43

L01.jpgLes garçons ne tricotent pas (en public)

TS Easton

éditions Nathan

2014

 

Ben, seize ans, n'est pas un mauvais garçon. Certes, il a été surpris en train de voler de l'alcool dans un supermarché mais il a agi sous l'influence de ses débiles de copains. Lui-même ce qu'il aime c'est trier, classer et vivre une vie sans histoires, ce qui n'est pas évident entre une petite soeur pénible, une mère magicienne qui, lorsqu'elle n'est pas partie aux quatre coins du pays, fait jaillir des colombes un peu partout, et un père qui s'entête à le bassiner avec le sport et les voitures alors qu'il a horreur de ça... Malgré tout, Ben se voit flanqué d'un agent de probation et chargé de suivre un "parcours de réinsertion pour jeunes délinquants". Dans ce cadre il va devoir s'inscrire... à un cours de tricot et, oh surprise, découvrir qu'il adore ça et qu'il est vraiment très doué. Vive le point mousse et les pulls sans manches ! Le problème c'est que ce n'est guère une activité dont il peut se vanter auprès de ses copains, de son père ou encore de Megan, la fille dont il est amoureux...

A bien des égards, Les garçons ne tricotent pas (en public) m'a fait penser à la série Journal d'un dégonflé mais pour plus âgés. On y retrouve une narration sous forme de journal intime (c'est Ben qui raconte l'histoire) et un humour irrésistible tant dans le ton désabusé de l'adolescent que dans les situations improbables (j'ai beaucoup ri lors de ce passage où Ben, surpris par ses copains à lire en douce un magazine de tricot y glisse vite une revue porno pour faire illusion). L'ensemble reste bon enfant, l'auteur glissant ça et là quelques trouvailles assez drôles comme Joz, l'ami de Ben, qui s'essaie à la littérature en écrivant 50 nuances de Graham, plagiat à peine moins mauvais que 50 nuances de Grey, ou les parents du héros qui s'obstinent à faire des allusions graveleuses en sa présence. Si le thème "officiel" du livre reste avant tout l'histoire d'un ado qui se découvre une passion pour le tricot, il s'agit également du quotidien d'un garçon lambda qui n'est pas plus spécial qu'un autre mais qui ne partage pas les mêmes centres d'intérêt que ses camarades, c'est tout, et c'est avec beaucoup de finesse que Easton démonte des préjugés sans cependant en faire des tonnes. J'ignore si l'ouvrage rencontrera son public mais, pour ma part, j'ai apprécié son humour très "british" et ses descriptions qui me donnent presque envie de me mettre au tricot à mon tour.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 12:30

L07.jpgLittle Sister

Benoît Séverac

éditions Syros

2016

 

Il y a des sujets qui me semblent un peu délicats à aborder et qui nécessitent une certaine maîtrise de l'écriture et une bonne dose de subtilité. Toutes ces choses que Little Sister ne possède pas.

Pour prendre la défense de l'auteur, la thématique de l'histoire était plus que casse-gueule : Lena, seize ans, a vu sa vie bouleversée quatre ans auparavant lorsque son grand frère qu'elle idolâtrait a tout quitté, sans explications, pour partir faire le djihad en Syrie. Pour elle et pour ses parents c'est la stupeur et l'incompréhension. Cependant, alors que toute la famille a tiré un trait sur le jeune homme, Lena veut croire encore à une méprise. Aussi, lorsque Ivan, par l'intermédiaire de son ex meilleur ami Théo lui donne rendez-vous à Cadaquès, en Espagne, chez son oncle et sa tante, l'adolescente n'hésite pas une seconde.
A dire vrai, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec cet ouvrage. J'ignore même ce que j'espérais et s'il y avait une "bonne" façon de parler d'un sujet aussi sensible. Une chose est sûre en tous cas, ce n'est pas à la façon de Benoît Séverac. Si le début de la narration, abordée à travers les yeux de Léna, est touchant et soulève des interrogations délicates, le reste de l'histoire vire à la mauvaise course-poursuite et à des considérations politiques qui vont de la simplification outrancière aux raccourcis grotesques. De la subtilité ? Quelle drôle d'idée ! Réfugions-nous plutôt dans une dichotomie bons/ méchants, dans une intrigue mal menée de bout en bout avec un final qui tourne en eau de boudin et deux trois clichés moralisateurs par dessus. Peut-être que l'auteur était comme moi certes, peut-être qu'il ignorait comment parler du terrorisme ou du djihad. Dans ces cas-là cependant il me semble que le silence est préférable à ce roman désastreux qui élude les vraies questions (peut-on oui ou non pardonner à ceux que vous aimez même s'ils commettent les pires horreurs ? Pourquoi Ivan est-il parti ?) pour se contenter d'une action fade et bien-pensante qui n'incitera sûrement pas à une réflexion constructive.

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 12:32

L02.jpgLe jeu du Maître

James Dashner

éditions Pocket Jeunesse

2013

 

Je suis souvent raillée pour une manie, celle de lire les livres d'un bout à l'autre, alors même que le début m'ennuie profondément. J'estime en effet qu'on ne peut juger un roman avec équité sans l'avoir terminé et que même le plus terrible nanar peut réserver de jolies passages. Bon, il faut avouer que 90% du temps ma première impression est la bonne et que le livre reste mauvais d'un bout à l'autre. Mais il y a parfois de bonnes surprises, ce qui est le cas pour le livre pour ados dont nous allons parler aujourd'hui.

L'auteur de Labyrinthe, James Dashner, revient avec une nouvelle série dont l'action se passe dans un futur lointain. Michael, le héros, est un jeune garçon comme tous les autres et, comme tous les autres, il passe le plus clair de son temps dans la réalité virtuelle, sur le VirtNet, à jouer à des jeux vidéos, à faire des quêtes ou simplement converser avec ses deux meilleurs amis, Sarah et Bryson, des personnes qu'il n'a par ailleurs jamais vu "en vrai". Tout change le jour où une série de suicides, bien réels, interviennent dans le cadre du jeu : Michael et ses amis, tous trois hackers doués, sont contactés par une agence pour enquêter sur ces meurtres déguisés et mettre fin aux agissements d'un dangereux cyber-terroriste.

C'était terriblement mal parti : les cent premières pages du livre sont d'un ennui sans nom; rythme lent, personnages sans saveur, intrigue grossièrement mise en place... Il est très rare de louper à ce point le début d'un roman mais James Dashner y parvient avec brio, plongeant son lecteur dans une douce torpeur. Pour ma part je n'y croyais plus mais, dès le moment où Michael et son gang s'enfoncent dans la réalité virtuelle, merveille, le récit s'accélère, le suspens s'intensifie et les scènes se font plus crues, plus violentes, réservant même parfois des moments d'horreur pure, jusqu'à un final intense et surprenant. Très honnêtement, c'est la première fois que je vois un livre démarrer si mal et se rattraper autant. Dashner, très peu à l'aise dans la mise en place de l'histoire ou de la psychologie de ses personnages, excelle en revanche dans les huis-clos et les descriptions glaçantes. C'est assez déconcertant et je laisse aux futurs lecteurs le soin de juger un roman qui, pour ma part, me laisse un peu perplexe mais me donne envie malgré tout de savoir la suite.

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