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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 10:20

L03.jpgComme un livre ouvert

Liz Kessler

Hugo Roman

2015

 

Le mois dernier, ma représentante Pocket est passée avec toute une pile d'épreuves non corrigées des dernières nouveautés. Pendant que je regardais toute contente les livres fantastiques (nous en reparlerons courant de ce mois n'ayez crainte, ils ne sont pas encore sortis), elle me tend un autre ouvrage :

"Alors ça c'est autre chose. C'est un livre des éditions Hugo..."

- Ah (enthousiasme qui baisse d'un cran)

- Et qui parle d'une lycéenne amoureuse...

- Ah (enthousiasme encore un cran au-dessous)

- de sa prof d'anglais."

(enthousiasme à son plus bas niveau)

Bon soyons honnête, malgré tous mes préjugés, c'était pas si mal. Comme un livre ouvert c'est l'histoire de Ashleigh, une lycéenne dissipée dont les faibles performances laissent présager un bien médiocre avenir. Tout ce qui l'intéresse c'est de traîner avec sa meilleure amie Cat et de fricoter avec son petit ami Dylan. Il faut dire qu'à la maison c'est pas la fête : ses parents ne se parlent plus et l'ambiance est plus que tendue. C'est dans ce contexte qu'elle découvre sa nouvelle prof de littérature, Miss Murray, qui va lui apprendre non seulement à aimer les livres des soeurs Brontë mais aussi lui faire éprouver des sensations qu'elle est loin de ressentir avec le malheureux Dylan.

Au niveau du style, rien à dire c'est plutôt bien écrit et la première partie est franchement marrante : l'héroïne a un côté déjanté qui est assez agréable. Après ça se gâte dans la seconde partie lorsque Ashleigh doit face au divorce de ses parents et découvre parallèlement son homosexualité tout en craignant d'être enceinte de son petit ami : pour le coup ça fait un peu beaucoup pour une seule personne et l'auteur n'amène pas tout ça avec une subtilité déconcertante. Je pense en particulier à cette scène d'un ridicule achevé où Ashley se confie à sa prof sur ses parents et sur Dylan et est émerveillée de découvrir que celle-ci la comprend parfaitement : "Mais ce que je sais en revanche, c'est que ça ne doit pas être facile pour toi, de te retrouver au milieu, avec la sensation d'être tiraillée entre eux deux" Exact ! C'est dingue comme elle me comprend bien !" Outre l'usage du mot "dingue" qui devrait d'office être banni dans tout ouvrage digne de ce nom, je suis restée perplexe devant un dialogue tiré tout droit de "Femina" (j'apprends à déculpabiliser mon ado sur la séparation parentale). La troisième partie est tout aussi inégale, entre du bon (les amis de Ashleigh qui apprennent plus ou moins bien son homosexualité, la réaction de miss Murray devant la déclaration de son élève) et du moins bon (l'héroïne transportée de bonheur parce qu'elle va dans un bar gay, le coming out final mêlant bons sentiments et révélations poignantes) Sur le fond, le livre est intéressant mais brasse trop d'idées sans vraiment en faire aboutir aucune (on y parle de divorce, d'homosexualité, il y a même pour le coup un plaidoyer intéressant sur la peine de mort) se contentant de les noyer dans une action survoltée. Plus grave, Comme un livre ouvert se flatte de pourfendre les préjugés mais en amène insidieusement d'autres : je retiendrais surtout le personnage d'Elaine, la nouvelle compagne du père, présentée comme ridicule et intolérante mais dont le véritable péché être d'être seulement "l'autre", la remplaçante de la mère et que, de ce fait, l'auteur ne voulait pas présenter sous un jour favorable. J'ai aussi moyennement apprécié la réflexion sur les études et les métiers, Liz Kessler expliquant à travers ses personnages que bon, si vous faites pas la fac, vous êtes foutus et vous ferez un métier ridicule, du style "servir des clients". On va dire que c'est la conception anglo-saxonne dans toute sa splendeur... Vous l'avez compris, il y a à boire et à manger dans cet ouvrage qui est cependant une "niche" et qui n'intéressera guère qu'un lectorat bien spécifique.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 10:50

L03.jpgRock War 1

Robert Muchamore

éditions Casterman

2014

 

J'avoue que c'est sans entrain que je me suis lancée dans la lecture de ce roman ado dont le synopsis ne fait pas franchement envie :"Trois rebelles qui vont se livrer bataille pour accomplir leur destinée." Rassurez-vous, on parle de bataille musicale là puisque nos trois "rebelles" sont des passionnés de musique chacun à leur manière. Rien que le titre Rock War me donnait envie de partir en courant. Mais c'est Muchamore hein. Muchamore c'est un auteur que je n'avais jamais lu mais qui me rend service à la période de Noël quand arrive l'éternel adulte qui doit faire un cadeau pour un garçon de treize ans mais qui ne connaît pas du tout ses goûts, s'il aime lire ou pas et oh non pas du fantastique hein : allez hop un Cherub ! Je me suis donc dit que je devais bien à ce bon vieux Muchamore de lire tout de même un de ses livres un jour.

C'est donc parti pour l'histoire de Jay, Summer et Dylan, trois incompris chacun à leur manière et qui, chacun dans leur coin, s'adonnent à leur passion, la musique. Et, dès le départ, c'est pénible. Je ne parle pas du style de Muchamore qui n'est pas désagréable en soi, mais le rythme de l'intrigue est survolté et les personnages hystériques. Et que dire de ces bons gros poncifs que Muchamore nous balance avec tant de finesse : ah le fils pourri gâté et sa riche mère cruche qui ne voit pas que son rejeton est un musicien plus médiocre, ah le gamin courageux qui se dépatouille au milieu d'un univers violent, ah l'adolescente responsable qui s'occupe toute seule de sa grand-mère malade et qui ramène du papier toilettes du lycée parce que c'est trop cher pour leur budget, ah la musicienne qui se scarifie, le chanteur volage... Ce qui sauve l'histoire, c'est quand Muchamore arrête de nous bassiner avec des situations tirées de "Tellement vrai" pour parler de musique. Pour le coup, cela sonne juste et c'est avec intérêt que l'on suit le parcours de trois groupes différents qui s'essaient à la composition. J'attendais même avec plutôt d'intérêt le moment où ces groupes allaient s'affronter dans une première compétition. Las ! Là encore l'auteur s'empresse d'en faire des tonnes et complique tout ça avec une panne de voiture, des arrestations dans le train, des actes de vandalisme, des inondations... Cette surenchère fatigue profondément et noie tout l'intérêt d'un roman pas désagréable en soi mais bruyant et écrit si manifestement pour plaire à un certain type de lectorat qu'il ne peut guère toucher passé quinze ans.

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 11:36

L02.jpgPhobos 2

Victor Dixen

éditions Robert Laffont

2015

 

Retour à la série de Dixen : ceux qui n'ont pas lu le premier tome et qui désirent le faire sont priés de passer leur chemin pour ne pas se faire spoiler, merci !

Léonor et ses compagnons envoyés sur Mars par une émission de télé-réalité ont appris la terrible vérité : ils ont été manipulés et sont condamnés à court terme car les habitats sur la planète rouge semblent défectueux. Il leur reste deux alternatives : révéler la vérité au monde entier et faire demi-tour avec l'unique perspective de mourir de faim sur le chemin, ou descendre malgré tout sur Mars comme si de rien n'était en jouant le jeu de la production et de sa dirigeante Serena Mc Bee avec le faible espoir de trouver ce qui a causé la "panne" des installations...

On va commencer par le pire dans ce roman et ce sont incontestablement les dialogues. Non seulement tout le monde s'exprime pareil, que ce soit Serena Mc Bee, sa fille ou la serveuse au fin fond de la vallée de la Mort mais les dialogues sont ampoulés et artificiels au possible. Je soupçonne l'auteur de les relire à voix haute et de rajouter quelques adjectifs pour que ça rende mieux. Résultat, ce n'est absolument pas crédible, tout comme n'est pas crédible le manichéisme des personnages. En effet, si les candidats de Mars nous apparaissent plutôt bien travaillés, avec chacun leur part d'ombre et de lumière, Serena Mc Bee et ses comparses pourraient être des méchants de Disney tant ils sont diaboliques alors qu'à l'inverse, Harmony et Andrew font figure de jeunes premiers. Pour ma part, je crois que j'aurais préféré un ouvrage centré uniquement sur Léonor et son groupe : d'une part, cela aurait donné au roman un aspect huis-clos intéressant, d'autre part, cela aurait permis de donner à Serena Mc Bee une auréole de mystère qui lui fait complètement défaut.

Malgré ces sérieux handicaps, Phobos 2, tout comme le premier tome, se laisse très facilement lire. L'intrigue pour le coup est bien menée, Dixen prenant soin de ménager des coups de théâtre là où on ne les attendait pas (l'atterrissage, la tempête, etc.) et dosant soigneusement tout au long de l'ouvrage un certain suspens qui atteint son apothéose dans un final décoiffant, donnant envie au lecteur d'aller lire la suite. Le livre laisse donc un sentiment mitigé. Je lirai bien entendu la suite mais j'espère de tout coeur que l'éditeur se montrera plus rigoureux avec son auteur car c'est plus que dommage de voir une bonne histoire bien menée gâchée par un style plus que léger.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 13:49

L04.jpgLe château de Cassandra

Dodie Smith

éditions Gallimard Jeunesse

1949

 

Oui oui vous avez bien lu la première date de parution : il s'agit du premier livre de Dodie Smith, plus connue pour son ouvrage suivant, Les 101 dalmatiens, et qui propose ici un texte plutôt déconcertant.

Le château de Cassandra c'est l'histoire de Cassandra, une jeune fille anglaise de dix-sept ans dont la famille est pour le moins excentrique. Son père, auteur d'un seul roman, semble avoir perdu l'inspiration depuis qu'il est allé en prison pour avoir frappé sa femme avec un rouleau à pâtisserie. La belle-mère, Topaze, épousée lors "d'un des accès de sociabilité" du père pose comme modèle à Londres et communie avec la nature en se promenant nue dans la campagne environnante. Rose, l'aînée des filles, ne rêve que d'un riche mariage qui la ferait sortir de la pauvreté et de la monotonie de leurs existences. A l'inverse, le petit frère Thomas, étudiant paisible, ne semble se préoccuper que de pouvoir poursuivre ses cours. Cassandra, elle, écrit son journal intime les pieds dans l'évier den la cuisine et rêve d'un destin semblable à celui des héroïnes de Jane Austen ou des soeurs Bronté. Tout ce beau monde vit dans un château délabré, sans meubles, sans électricité et sans le sou, le seul qui subvient aux besoins de la famille étant le serviteur Stephen, un beau garçon à "l'air un peu idiot", amoureux transi de Cassandra. Tout change le jour où s'installent dans le manoir voisin deux beaux et riches frères américains...
Cela aurait pu être le pitch d'un roman de Jane Austen et cela commençait comme tel : deux soeurs pauvres, deux frères riches, un château romantique, une narratrice romanesque... et en fait, cela n'est pas du tout ça : Le château de Cassandra est beaucoup plus cynique et beaucoup plus réaliste. Si l'héroïne s'appelle Cassandra, comme la soeur de Jane Austen et tout comme elle restée vieille fille, ce n'est pas pour rien : c'est pour rappeler que dans la réalité, tout ne finit pas bien, que l'amour n'est pas forcément réciproque et que tous les mots n'y changeront rien. Cassandra a beau être une narratrice extraordinaire, elle ne parvient pas pour autant à faire de sa vie un roman anglais du XIXe siècle et à tout arranger par des mariages et des fins heureuses. Sa vision romanesque et ses idéaux se heurtent en effet à la frivolité de sa soeur, à un quotidien trivial et à ses propres sentiments. Ainsi, la narration prend un tour inattendu dès la moitié du roman et, malgré la légèreté de l'écriture, se teinte d'une certaine mélancolie. Cassandra prend l'allure d'un petit clown triste, dépassée par des événements et des situations qu'elle ne maîtrise pas. Le château de Cassandra réussit donc l'exploit d'être à la fois drôle et tragique et de mettre en scène des personnages plus complexes qu'il n'y paraît, que ce soit le gentil Stephen ou l'énigmatique Neil. Classé en jeunesse et destiné à un lectorat d'adolescentes, le livre est paradoxalement délicat à conseiller. Nonobstant certaines longueurs, quels parents auraient envie d'acheter à leurs enfants un roman qui leur apprend que la vie n'est pas un conte de fées ?

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 19:39

La Passe-Miroir

t.1 Les fiancés de l'hiver

t.2 Les disparus du Clairdelune

Christelle Dabos

éditions Gallimard Jeunesse

2013 et 2015

 

Je viens de passer une semaine de lecture très agréable.

Tout a commencé lorsque j'ai reçu par courrier Les disparus de Clairdelune, deuxième tome d'une série pour ados : La passe-miroir. Commencer par un deuxième volume c'est un peu idiot alors j'ai acheté Les fiancés de l'hiver, le premier volume, un ouvrage que j'avais déjà remarqué parce qu'il se vendait régulièrement, qu'il avait une jolie couverture, et aussi parce qu'il prenait une place folle dans le rayon.

En moins d'une semaine les deux livres de près de 500 pages avaient été lus.

L'histoire est celle d'Ophélie, une jeune fille qui vit sur l'Arche d'Anima, un monde dirigé par une ancêtre immortelle et sur lequel les gens ont le pouvoir de faire s'animer les objets. Ophélie elle-même a deux autres dons, plus rares, celui de traverser les miroirs et celui  de lire le passé des objets. Mais c'est aussi une jeune fille entêtée sous ses dehors paisibles qui a déjà refusé des demandes en mariage de quelques cousins. Aussi n'a-t-elle pas le choix lorsqu'on lui arrange des fiançailles avec Thorn, un étranger vivant sur la lointaine arche du Pôle. Contrainte de quitter sa famille pour rejoindre son promis dans un pays où l'hiver règne éternellement, Ophélie ne tarde pas à se rendre compte que cette alliance diplomatique cache bien plus qu'elle ne le soupçonnait et atterrit dans un nid de serpents.

Que dire? Le résumé ne rend pas justice au début de cette saga. A dire vrai, je suis même un peu jalouse de l'écriture de l'auteur. Les personnages, tous plus complexes les uns que les autres, que ce soit Ophélie, Thorn le psychorigide, Archibald le charmant libertin, l'énigmatique Bérénilde ou même la tante Roseline, sont attachants chacun à leur manière. L'intrigue est menée de main de maître, ménageant à la fois le suspens tout en avançant cependant assez pour ne pas lasser le lecteur. La plus grande réussite de Christelle Dabos réside cependant dans sa maîtrise des descriptions et sa création d'un univers complet qui nous fait pénétrer au coeur même de la Citacielle avec ses artifices et ses chausses-trappes. L'auteur, contrairement à bon nombre d'auteurs pour ados aujourd'hui, ne cherche pas à créer un univers s'adaptant à son lectorat. De fait, La Passe-miroir n'a rien d'artificiel avec les recettes habituelles du genre et fait preuve d'une grande originalité, rehaussée comme je l'ai déjà souligné par un fluidité et une poésie d'écriture sans égal. Rien n'est parfait je le reconnais, et il y a bien ça et là quelques petits accrocs dans le fil du récit, des descriptions inachevés, maladroites , essentiellement d'ailleurs dans le premier tome. Mais c'est tellement insignifiant que je ne peux que recommander cette série qui est pour moi une très belle découverte.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 13:50

U4 Jules

Carole Trébor

éditions Nathan

2015

 

Il est temps d'en finir (provisoirement tout du moins) avec notre série écrite à quatre mains et de nous rendre à notre dernier rendez-vous à Paris avec Jules de Carole Trébor. Jules, un jeune parisien, est terrorisé en contemplant depuis son appartement les ravages de la maladie et du chaos qui règne désormais sur la ville. Ses grands-parents, qui vivaient à la campagne, sont morts, ses parents, qui étaient en déplacement à l'étranger, le sont probablement aussi, et son frère a disparu. Jules est livré à lui-même, seul avec un chaton terrifié. Néanmoins, sa rencontre avec une petite fille de son immeuble, Alicia, la seule enfant de son âge semblant avoir été épargnée par le virus, va le pousser à agir.

C'est une très bonne surprise que ce dernier opus : après la légère déception que m'avait laissée la lecture de Koridwen et de Stéphane, Jules s'est au contraire révélé à la hauteur de mes espérances. Sur le papier, le personnage ne faisait pourtant pas rêver : un ado geek un peu enrobé qui ne voit pas de fantômes et n'a pas de supers pouvoirs de guérisseur ni de compétences scientifiques. Mais c'est justement cette personnalité ordinaire qui rend l'adolescent plus touchant et nous permet de nous identifier plus facilement à lui. Pour ce qui est de la narration, Carole Trébor ne commet pas l'erreur de ses homologues masculins mais, tout comme Florence Hinckel, parvient à lier l'histoire de son personnage à celle des autres sans que cela ne paraisse trop superficiel ou redondant. Elle fait également un choix que je trouve judicieux : au lieu de vouloir tout décrire au jour le jour rapidement (de mémoire c'était le travers de Grevet dans Koridwen) elle s'attarde sur certaines dates et fait le choix de sauter un ou plusieurs jours. De fait, l'intrigue est plus dynamique, l'action plus resserrée et les descriptions gagnent en profondeur. Non, franchement rien à dire sur ce tome qui me donne envie d'aller découvrir la suite... mais, pour le coup, il va falloir patienter un peu.

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 10:52

L01.jpgCité 19

t.1 Ville Noire

Stéphane Michaka

éditions Pocket

2015

 

Faustine n'a pas une adolescence des plus faciles. Sa mère a disparu lorsqu'elle avait cinq ans, la laissant seule avec son père, surveillant-chef au musée d'Orsay. Faustine elle-même souhaite être conservatrice et voue en particulier une véritable passion pour le 19e siècle. Il faut dire que le quotidien est un peu compliqué à gérer entre les épreuves du bac qui approchent et le triangle amoureux qu'elle forme avec ses amis Vikram et Morgane. Aussi, lorsqu'un corps identifié comme celui de son père est retrouvé au pied de la tour saint Jacques, Faustine, persuadée qu'il est encore en vie, se lance sur les traces d'une secte mystérieuse et, en suivant l'un de ses membres, se retrouve à Paris 150 ans plus tôt...

Je craignais le pire car je me méfie désormais des associations "musée" et "fantastique". Heureusement, ce premier tome de Cité 19 n'a rien à voir avec du Da Vinci Code ou autres daubes du genre, le musée d'Orsay ne servant que de point de départ à une intrigue résolument originale mettant en scène une héroïne plutôt intéressante. Faustine est en effet un personnage complexe, une adolescente plus ou moins rebelle qui ne se sent à l'aise que dans un passé disparu. L'écriture elle-même est très soignée et l'histoire particulièrement recherchée... J'émettrai deux bémols : l'auteur brûle ses cartouches trop tôt si j'ose dire et, en changeant de point de vue en cours de route, passant de celui de Faustine à d'autres, nous dévoile certains rebondissements que, pour ma part, j'aurais préféré ignorer. De plus, j'ai un peu peur de la suite de la série car je redoute ces histoires qui démarrent sur des chapeaux de roue pour finalement s'essouffler faute de nouvelles idées. A voir s'il s'agit (et je l'espère) d'une série pensée sur le long terme.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 12:31

L02.jpgQuand la comtesse de Ségur vit brûler Moscou

Lorris Murail

éditions Scrineo

2015

 

Nous avons tous été petits et nous avons tous eu un jour entre les mains les livres de la comtesse de Ségur. Nous avons tous beaucoup compati aux malheurs de Sophie et éprouvé un sentiment ambivalent en lisant le récit des Petites filles modèles : c'est que Camille était un peu plus dégourdie que Madeleine mais qu'elles étaient ennuyeuses de perfection toutes les deux ! Cela pour ma part ne m'empêchait pas de le lire et de le relire ainsi que l'intégrale de la collection d'ailleurs. Et même si aujourd'hui je crains de remettre le nez dans tout ça, même si je me souviens encore du manichéisme des histoires et de l'avalanche de bons sentiments, je ne peux tout simplement pas critiquer la comtesse de Ségur qui restera ma première découverte littéraire.

Aujourd'hui cependant nous ne parlerons pas des romans de notre célèbre comtesse, mais d'un titre issue d'une nouvelle collection pour enfants Il était un jour qui mêle histoire et fiction. Dans ce roman Quand la comtesse de Ségur vit brûler Moscou, Lorris Murail s'intéresse à l'auteur lorsqu'elle n'était encore qu'une adolescente russe, Sophie Rostopchine, fille du gouverneur, contrainte de fuir Moscou à l'approche de l'armée napoléonienne. Nous sommes en 1812 et Moscou devient bientôt un brasier : c'est que le père de Sophie n'est pas un rigolo et, plutôt que de laisser Napoléon gagner, il a préféré mettre le feu à la ville...

L'idée de la collection est bonne, et le récit de Murail en tous cas particulièrement réussi : le style est simple sans être niais, le jeune lecteur est loin d'être pris pour un imbécile et l'auteur mêle avec succès vérité historique et fable. Dans cet ouvrage, le héros n'est pas tant la future comtesse, la narratrice, que son père, un homme pétri de fierté dont la description n'est pas sans nous évoquer les héros russes du XIXe siècle. A la fin des précisions sont apportées pour les lecteurs qui souhaitent en savoir davantage. Educatif et distrayant.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 11:47

L02.jpgU4 Koridwen

Yves Grevet

éditions Syros / Nathan

2015

 

Vous avez maintenant l'habitude : un virus, le U4, qui a ravagé 90% de la population, quatre adolescents qui se rendent au même rendez-vous mystérieux à Paris, quatre récits par quatre auteurs différents... Et c'est aujourd'hui de Koridwen, le livre de Yves Grevet, dont nous allons aujourd'hui parler. Koridwen est une petite bretonne, dernière survivante d'un hameau perdu. Bercée par les histoires et les prédictions d'une grand-mère guérisseuse aux pouvoirs étranges, elle décide de se fier à son instinct et de se rendre au rendez-vous du 24 décembre à Paris, histoire de voir si elle peut remonter le temps et sauver l'humanité...

Contrairement à Florence Hinckel ou à Vincent Villeminot, Yves Grevet avait, entre guillemets, un travail plus simple car son personnage n'est que très rarement en contact avec les trois autres protagonistes de la série. C'est d'ailleurs une très bonne chose car, tout comme son coauteur masculin, il a davantage de difficultés avec les parties "communes" : usage abusif des dialogues indirects, descriptions trop rapides... Le personnage de Koridwen est assez intéressant même si j'ai un peu de mal je l'avoue avec le côté guérisseuse bretonne qui chante des comptines mystiques. En revanche, sa détermination ainsi que son lien avec son cousin Max sont très touchants. Ce qui est dommage avec Koridwen c'est le rythme un peu trop soutenu : l'histoire se déroule en accéléré, sans prendre parfois le temps de ralentir pour s'attarder un peu sur les émotions de la jeune fille. Cela finit par lasser le lecteur qui, effectivement, est très vite dans le coeur de l'action mais ne peut suivre une succession de faits (je vais à la fenêtre, je prends mon arme, je me faufile derrière un rideau, etc.) durant 400 pages sans finir par décrocher de temps à autre. Pour ma part, j'ai dévoré la première moitié du récit sans problèmes mais j'ai eu beaucoup plus de mal avec la seconde. En revanche, contrairement à Stéphane ou à Yannis, le dénouement est totalement inattendu et attise la curiosité.. De bon augure pour la suite ! En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour notre ultime rendez-vous à Paris avec Jules de Carole Trébor.

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 11:40

L02.jpgL'île de l'oubli

Melissa de La Cruz/ Walt Disney

éditions Hachette Jeunesse

2015

 

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit (probable que oui), mais je n'aime pas et n'ai jamais beaucoup aimé les films de Disney. Pour moi, les princesses de contes de fées sont des personnages torturés qui, après de dures épreuves, trouvent le bonheur : ce ne sont pas des cruches qui chantent avec des souris. Peter Pan c'est ce gamin profondément égoïste qui oublie les gens dès lors qu'ils ont cessé de l'intéresser et la fée Clochette cette femme jalouse et vindicative qui est prête à tout pour éliminer ses rivales, pas ce garçon facétieux et cette mignonne petite poupée avec des ailes. Bref, à mon sens, c'est l'art de l'aseptisation des contes et des histoires.

Pourquoi je vous parle de Disney? Et bien c'est parce que le roman pour enfants dont nous allons parler aujourd'hui sort tout droit de cet univers. En effet, à la suite de leurs défaites, tous les méchants des animés Disney ont été envoyés sur une île-forteresse nommée l'île de l'Oubli et devinez quoi? Ils se sont reproduits. L'histoire de L'île de l'Oubli est donc celle de leurs descendants en particulier celle de Mal, fille de Maléfique, Evie fille de la Méchante Reine, Carlos fils de Cruella, et Jay, fils de Jaffar. Ces quatre enfants, habitués à la cruauté et à la vilenie, élevés dans la haine et le mensonge, sont-ils prédisposés à suivre les traces de leurs parents? Ou au contraire vont-ils se démarquer?

Après la diatribe que je viens de faire, je vais vous surprendre mais j'ai apprécié L'île de l'Oubli. Certes l'univers m'agace un peu ainsi que les nombreuses références aux dessins animés, mais le livre est écrit par un "vrai" auteur de jeunesse, Melissa de La Cruz, et non pas par un quelconque grouillot en manque d'argent et d'inspiration. Il en résulte un roman assez sympathique et assez drôle porté par des adolescents insupportables et prêts à tout pour susciter l'attention de leurs parents. L'île de l'Oubli est un lieu malsain, maléfique, mais cette turpitude est si familière qu'elle en devient ennuyeuse pour ses habitants et, de ce décalage, naît l'humour. Ce n'est pas le roman de l'année, loin s'en faut, mais cela reste un bon divertissement pour les enfants de 10-12 ans fans de Disney.

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