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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 15:23

L01.jpgLe petit coeur brisé

Moka

Ecole des Loisirs

2001

 

On retourne parler d'un livre de l'Ecole des Loisirs mais, oh merveille! celui-là je vais pouvoir vous en parler avec un peu plus d'enthousiasme que les précédents.

Mélaine a onze ans et sa grand-mère, celle qui l'élevait depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture, vient de mourir à son tour. La petite fille n'est guère affligée car Clarisse d'Avillon-Faucher n'était guère tendre ni présente pour elle. Tout ce qu'il lui reste désormais de cette aïeule énigmatique, c'est son immense fortune et un mystérieux pendentif en forme de coeur, à moitié cassé. Recueillie par deux vieilles cousines excentriques qui, contrairement à tous, ne la traitent pas comme un panier de linge sale, Mélaine apprend enfin ce que c'est que d'avoir une famille et décide alors en regardant les albums photos d'en savoir un peu plus sur l'histoire de sa grand-mère.

C'est joli et c'est drôle. Le petit coeur brisé raconte avec légèreté le poids des secrets de famille et l'histoire d'une petite fille qui apprend à vivre et à s'épanouir tout en découvrant qui elle est et d'où elle vient. J'aime la façon dont Moka écrit, sans pompe et sans pathos, avec un humour discret qui n'empêche pas bon nombre de scènes touchantes. La seule chose que je déplore dans ce roman c'est l'ajout à mon sens superflu d'une intrigue policière qui ne présente aucun intérêt majeur. L'histoire déjà très bien aurait gagné à être plus simple et à se focaliser uniquement sur le secret de famille et sur la relation de Mélaine avec ses tutrices. Ceci dit, Le petit coeur brisé m'a beaucoup touchée et reste malgré la date de sa première parution (2001) d'une fraîcheur et d'une actualité étonnante.

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 19:24

L08.jpgCamarades

Shaïne Cassim

éditions Ecole des Loisirs

2016

 

L'Ecole des Loisirs devrait faire quelque chose pour ses couvertures de romans ados, vraiment. La couverture de Camarades est, à mon sens, ratée. La photo est trop sombre et ne donne pas du tout envie de découvrir un livre qui, de toute façon, toujours selon moi, est raté également.

Nous sommes en 1870 sous le Second Empire et quatre destins d'adolescents se croisent en cette période trouble qui précède la Commune. Il y a Eulalie, une jeune normande qui a mis le feu au domaine de sa grand-mère; Eddie, un gallois qui se refuse à vivre la paisible vie de ses parents et rêve d'aventures; il y a Gisèle, une parisienne qui a fui un père qui la battait pour trouver refuge auprès d'un couple de médecins. Enfin, il y a Evguéni, un jeune russe qui a réussi à s'échapper du goulag en Sibérie. Ces quatre jeunes vont se retrouver, liés par leurs solitudes respectives et par un désir commun quoique confus de trouver enfin le bonheur.

Quand je dis que Camarades est raté, je ne veux pas dire que c'est mal écrit. Le style est plutôt joli, il n'y a rien à dire là-dessus, mais l'histoire est creuse. On vous promet un roman sur la Commune, sur les bouleversements sociaux, et tout ce qu'on a c'est une narration découpée en tranches, s'intéressant vaguement à quatre adolescents à tour de rôle mais sans vraiment développer leurs caractères, pire sans même chercher à les différencier dans le récit. Gisèle et Eulalie sont interchangeables ainsi qu'Eddie et Evgueni, on ne distingue pas leurs particularités, ils se confondent tous dans une même écriture, un choix que la fin du livre peut plus ou moins justifier mais qui, pour ma part, me laisse profondément dubitative. L'intrigue ? Il n'y en a pas. L'histoire traîne vers un but qui n'est jamais atteint et le lecteur lassé se désintéresse d'une action balançant ça et là des informations historiques que l'auteur ne se soucie même pas d'expliquer (les nouvelles techniques d'impressions, le discours de Victor Hugo, les tensions entre la France et la Prusse) tout en mêlant le bon vieux cours d'éducation civique propre à ce type de romans où l'on vous explique de façon très didactique qui sont les "gentils" (les esprits libres comme Pétronille), les "méchants" (Napoléon III, le tsar, les religieuses de l'hôpital) et les "gentils mais un peu trop zélés" (Sidonie) ce qui est à mon sens la pire façon d'appréhender l'histoire. On peut certes trouver de l'intérêt à certaines scènes dans Camarades, heureusement, quelques touches de subtilité dans un roman qui utilise de bons gros sabots, le passage où Gisèle propose à Eulalie de devenir camarades, celui où Eddie monte dans un arbre pour échapper à sa vie.. J'aime beaucoup également le personnage d'Evgueni qui reste malheureusement le personnage le plus effacé du récit. Il n'en demeure pas moins que cette lecture a été pour moi une expérience ennuyeuse qui je m'abstiendrai de conseiller, sauf pour les adolescents passionnés d'histoire et encore...

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 19:41

L03.jpgFans de la vie impossible

Kate Scelsa

Gallimard

2015

 

Effectivement ils aiment la vie impossible nos trois héros adolescents : il y a Mira, une métisse un peu rondelette, dépressive, et son ami gay, Sebbie, un peu paumé. Il vit en famille d'accueil et a cessé depuis longtemps de fréquenter son lycée. Il y a aussi Jeremy, timide et solitaire, qui, depuis sa dernière année scolaire, s'est complètement replié sur lui-même jusqu'au jour où il tombe sur cet étrange couple avec qui il noue des relations pour le moins compliquées...

Si je me fie à tous les romans ados récemment lus, je dois en conclure que la jeunesse américaine est mal barrée et que les lycées des Etats-Unis sont remplis de dépressifs asociaux ou de pom pom girls décérébrées. Ainsi, dans Fans de la vie impossible, le trio de héros ne choisit pas la facilité et chacun de ses membres cultive ses petits tocs et ses secrets. Ils sont un peu paumés nos trois loustics mais l'auteur force tellement le trait qu'ils finissent par devenir des clichés sur pattes, pas forcément plus attachants que ça. Le livre est audacieux dans la mesure où il choisit de mettre en scène un couple de garçons homosexuels et une fille hétéro donnant ainsi un triangle amoureux d'un genre particulier. On rajoute là-dessus des histoires de drogue, de vol à l'étalage, d'alcool, de harcèlement scolaire, d'embrassades à trois et d'atelier de peinture et on a une suite de scènes plus ou moins réussies dont certaines carrément glauques. Pour ma part, je n'ai pas du tout accroché : comme je l'ai déjà dit, les héros sont caricaturaux et, finalement, ce sont les personnages secondaires qui s'en sortent le mieux: Molly, l'ado un peu cruche et influençable, Talia, la studieuse amoureuse de Peter, le gentil prof un peu trop proche de ses élèves... Mais l'auteur n'essaie pas pas de creuser davantage ses personnages, plus réalistes au fond que ses trois rebelles assez ennuyeux. Original certes, mais pas émouvant, le livre s'en sort par une fin inattendue et une absence de morale assez reposante. C'est loin cependant de me faire adhérer à ce livre qu'on vous présente comme une belle histoire d'amitié mais qui se révèle plutôt comme une relation à trois assez scabreuse.

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 10:35

L03.jpgBjorn le Morphir

Thomas Lavachery

éditions Ecole des Loisirs

2005

 

On va encore parler jeunesse aujourd'hui (j'en ai vu certains lever les yeux au ciel, désolée les gars mais j'essaie d'écouler mes services de presse en retard moi) avec un livre déjà sorti il y a plus de dix ans mais que son éditeur remet au goût du jour en ce début d'année. Il s'agit de Bjorn le Morphir : nous sommes en 1065 et la neige tombe drue, entité maléfique déterminée à ensevelir les villages vikings sous ses flocons géants. Bjorn, jeune adolescent, et son entourage proche (ses parents, son grand frère, sa petite soeur, les proches de la famille..) se claquemurent chez eux en espérant survivre à cet hiver meurtrier. C'est là que Bjorn, jusque là garçon plutôt timide et maladroit va se révéler, se transformant en un combattant redoutable. Serait-il un "morphir" cet être d'exception des légendes nordiques ?

Encore un livre qui me laisse perplexe. Ce n'est pas mal écrit, pas du tout au contraire, et j'ai bien apprécié le côté huis-clos du récit (en revanche, je pense que l'auteur devrait s'abstenir d'illustrer ses histoires, je ne trouve pas ça beau du tout) ainsi que le sujet, mélange de traditions vikings et chrétiennes qui permet à Thomas Lavachery de glisser en vrac loups-garou, neige satanique, dragons et trolls. Cela pourrait être indigeste or cela passe bien mais... mais voilà, là où je bloque, c'est dans la façon d'écrire de l'auteur. Comme je l'ai déjà dit, c'est bien écrit mais l'écriture m'a parue très... vieillotte. Je ne sais pas comment vous l'expliquer mais un livre où les chapitres sont titrés par une phrase (Chapitre 1 : "Elle est méchante") ça a déjà un côté rétro. De plus Bjorn le Morphir a beau être écrit à la première personne du singulier, le ton reste très distant, très détaché : impossible pour un lecteur de rentrer dans la peau du personnage ou même de s'attacher. Le danger, pourtant souligné à de nombreuses reprises, reste virtuel, comme dans un conte : on a beau savoir que le petit Poucet est poursuivi par un ogre, cela ne nous inquiète pas plus que ça, le pacte est qu'il s'en sortira ; de même Bjorn et sa famille ont beau être confinés à bouffer leurs chaussures, on a la certitude qu'ils trouveront une solution. Du coup, cette indifférence s'étend à l'histoire d'amour (car il y en a une) et même aux rares morts qui parsèment l'histoire (pareil soyons francs: l'un d'entre vous s'est-il senti concerné par la mort de la grand-mère dans Le petit chaperon rouge?) Je n'ai rien contre les contes pour ma part, c'est un genre que j'aime bien, mais je trouve ça assez lassant sur le long terme. Du coup Bjorn le Morphir, classé en romans ados me semble peu adapté pour ce type de lectorat, pas à l'âge où l'on a envie de s'identifier à un héros et de rentrer vraiment dans un roman. En revanche, pour des plus jeunes (dix onze ans) amateurs de fantastique et de légendes, pourquoi pas ?

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 10:07

L03.jpgForget Tomorrow

Pintip Dunn

éditions Lumen

2015

 

Je sais que vous les adorez ceux-là, ces romans ados qui commencent par..."Dans un monde..." Dans celui-ci, le postulat de départ est le suivant : toutes vos actions sont déterminées par un souvenir futur que vous recevez à votre adolescence. En gros, votre futur moi vous montre un aperçu de votre avenir, histoire que vous puissiez commencer à y travailler sérieusement. Notre héroïne Callie a dix-sept ans et attend comme toutes ses petites camarades son "souvenir" avec impatience. Elle, elle espère bien devenir cuisinière mais c'est un tout autre avenir que son moi futur lui envoie, un futur où elle se voit tuer sa petite soeur chérie, Jessa. Cet événement la conduit tout droit dans les Limbes, une prison réservée à ceux qui vont commettre un crime. Callie parviendra-t-elle à se dégager de ce mauvais pas et à changer sa destinée ?

Forget Tomorrow m'a laissée une impression plus que mitigée. Bon, je suis pas fan à la base de l'idée de destinée et tout mais pour le coup je veux bien adhérer à l'idée le temps d'un roman d'autant plus que l'auteur développe une réflexion intéressante sur la notion de fatalité. Ce qui me gêne le plus dans ce roman, c'est sa composition. Dès le début de l'histoire on se laisse facilement prendre : l'héroïne est attachante avec sa passion du soleil et de la cuisine et tout comme elle le lecteur attend avec impatience son souvenir futur. Tout le premier tiers du livre se déroule sans temps mort, le souvenir, l'arrestation de Callie, sa fuite avec Logan un camarade de classe... Et puis soudai,n c'est le drame. Callie et Logan parviennent à rejoindre un groupe qui, tout comme notre héroïne, ont fui leurs souvenirs futures. Entre deux dépeçages de biches, Callie roucoule avec Logan, se pâme au moindre frôlement tout en pleurnichant sur le cruel destin qui les forcera bientôt à se séparer... Pas assez tôt à mon goût. Jamais le ventre mou d'un livre n'a aussi bien porté son nom. Ce passage est long, ennuyeux et d'une mièvrerie achevée. J'ai même failli arrêter ma lecture. Heureusement, le dernier tiers de l'ouvrage se révèle beaucoup plus dynamique et la fin réserve son lot de surprises avec une ultime scène qui donne envie de savoir la suite. Le bilan est donc globalement positif même s'il faut faire abstraction d'une écriture un peu faible, d'incohérences et surtout de cette histoire d'amour soporifique qui ne présente absolument intérêt. En revanche, Forget Tomorrow me conforte dans mon idée qu'il faut lire un roman jusqu'au bout avant de le condamner.

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 10:20

L03.jpgComme un livre ouvert

Liz Kessler

Hugo Roman

2015

 

Le mois dernier, ma représentante Pocket est passée avec toute une pile d'épreuves non corrigées des dernières nouveautés. Pendant que je regardais toute contente les livres fantastiques (nous en reparlerons courant de ce mois n'ayez crainte, ils ne sont pas encore sortis), elle me tend un autre ouvrage :

"Alors ça c'est autre chose. C'est un livre des éditions Hugo..."

- Ah (enthousiasme qui baisse d'un cran)

- Et qui parle d'une lycéenne amoureuse...

- Ah (enthousiasme encore un cran au-dessous)

- de sa prof d'anglais."

(enthousiasme à son plus bas niveau)

Bon soyons honnête, malgré tous mes préjugés, c'était pas si mal. Comme un livre ouvert c'est l'histoire de Ashleigh, une lycéenne dissipée dont les faibles performances laissent présager un bien médiocre avenir. Tout ce qui l'intéresse c'est de traîner avec sa meilleure amie Cat et de fricoter avec son petit ami Dylan. Il faut dire qu'à la maison c'est pas la fête : ses parents ne se parlent plus et l'ambiance est plus que tendue. C'est dans ce contexte qu'elle découvre sa nouvelle prof de littérature, Miss Murray, qui va lui apprendre non seulement à aimer les livres des soeurs Brontë mais aussi lui faire éprouver des sensations qu'elle est loin de ressentir avec le malheureux Dylan.

Au niveau du style, rien à dire c'est plutôt bien écrit et la première partie est franchement marrante : l'héroïne a un côté déjanté qui est assez agréable. Après ça se gâte dans la seconde partie lorsque Ashleigh doit face au divorce de ses parents et découvre parallèlement son homosexualité tout en craignant d'être enceinte de son petit ami : pour le coup ça fait un peu beaucoup pour une seule personne et l'auteur n'amène pas tout ça avec une subtilité déconcertante. Je pense en particulier à cette scène d'un ridicule achevé où Ashley se confie à sa prof sur ses parents et sur Dylan et est émerveillée de découvrir que celle-ci la comprend parfaitement : "Mais ce que je sais en revanche, c'est que ça ne doit pas être facile pour toi, de te retrouver au milieu, avec la sensation d'être tiraillée entre eux deux" Exact ! C'est dingue comme elle me comprend bien !" Outre l'usage du mot "dingue" qui devrait d'office être banni dans tout ouvrage digne de ce nom, je suis restée perplexe devant un dialogue tiré tout droit de "Femina" (j'apprends à déculpabiliser mon ado sur la séparation parentale). La troisième partie est tout aussi inégale, entre du bon (les amis de Ashleigh qui apprennent plus ou moins bien son homosexualité, la réaction de miss Murray devant la déclaration de son élève) et du moins bon (l'héroïne transportée de bonheur parce qu'elle va dans un bar gay, le coming out final mêlant bons sentiments et révélations poignantes) Sur le fond, le livre est intéressant mais brasse trop d'idées sans vraiment en faire aboutir aucune (on y parle de divorce, d'homosexualité, il y a même pour le coup un plaidoyer intéressant sur la peine de mort) se contentant de les noyer dans une action survoltée. Plus grave, Comme un livre ouvert se flatte de pourfendre les préjugés mais en amène insidieusement d'autres : je retiendrais surtout le personnage d'Elaine, la nouvelle compagne du père, présentée comme ridicule et intolérante mais dont le véritable péché être d'être seulement "l'autre", la remplaçante de la mère et que, de ce fait, l'auteur ne voulait pas présenter sous un jour favorable. J'ai aussi moyennement apprécié la réflexion sur les études et les métiers, Liz Kessler expliquant à travers ses personnages que bon, si vous faites pas la fac, vous êtes foutus et vous ferez un métier ridicule, du style "servir des clients". On va dire que c'est la conception anglo-saxonne dans toute sa splendeur... Vous l'avez compris, il y a à boire et à manger dans cet ouvrage qui est cependant une "niche" et qui n'intéressera guère qu'un lectorat bien spécifique.

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 10:50

L03.jpgRock War 1

Robert Muchamore

éditions Casterman

2014

 

J'avoue que c'est sans entrain que je me suis lancée dans la lecture de ce roman ado dont le synopsis ne fait pas franchement envie :"Trois rebelles qui vont se livrer bataille pour accomplir leur destinée." Rassurez-vous, on parle de bataille musicale là puisque nos trois "rebelles" sont des passionnés de musique chacun à leur manière. Rien que le titre Rock War me donnait envie de partir en courant. Mais c'est Muchamore hein. Muchamore c'est un auteur que je n'avais jamais lu mais qui me rend service à la période de Noël quand arrive l'éternel adulte qui doit faire un cadeau pour un garçon de treize ans mais qui ne connaît pas du tout ses goûts, s'il aime lire ou pas et oh non pas du fantastique hein : allez hop un Cherub ! Je me suis donc dit que je devais bien à ce bon vieux Muchamore de lire tout de même un de ses livres un jour.

C'est donc parti pour l'histoire de Jay, Summer et Dylan, trois incompris chacun à leur manière et qui, chacun dans leur coin, s'adonnent à leur passion, la musique. Et, dès le départ, c'est pénible. Je ne parle pas du style de Muchamore qui n'est pas désagréable en soi, mais le rythme de l'intrigue est survolté et les personnages hystériques. Et que dire de ces bons gros poncifs que Muchamore nous balance avec tant de finesse : ah le fils pourri gâté et sa riche mère cruche qui ne voit pas que son rejeton est un musicien plus médiocre, ah le gamin courageux qui se dépatouille au milieu d'un univers violent, ah l'adolescente responsable qui s'occupe toute seule de sa grand-mère malade et qui ramène du papier toilettes du lycée parce que c'est trop cher pour leur budget, ah la musicienne qui se scarifie, le chanteur volage... Ce qui sauve l'histoire, c'est quand Muchamore arrête de nous bassiner avec des situations tirées de "Tellement vrai" pour parler de musique. Pour le coup, cela sonne juste et c'est avec intérêt que l'on suit le parcours de trois groupes différents qui s'essaient à la composition. J'attendais même avec plutôt d'intérêt le moment où ces groupes allaient s'affronter dans une première compétition. Las ! Là encore l'auteur s'empresse d'en faire des tonnes et complique tout ça avec une panne de voiture, des arrestations dans le train, des actes de vandalisme, des inondations... Cette surenchère fatigue profondément et noie tout l'intérêt d'un roman pas désagréable en soi mais bruyant et écrit si manifestement pour plaire à un certain type de lectorat qu'il ne peut guère toucher passé quinze ans.

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 11:36

L02.jpgPhobos 2

Victor Dixen

éditions Robert Laffont

2015

 

Retour à la série de Dixen : ceux qui n'ont pas lu le premier tome et qui désirent le faire sont priés de passer leur chemin pour ne pas se faire spoiler, merci !

Léonor et ses compagnons envoyés sur Mars par une émission de télé-réalité ont appris la terrible vérité : ils ont été manipulés et sont condamnés à court terme car les habitats sur la planète rouge semblent défectueux. Il leur reste deux alternatives : révéler la vérité au monde entier et faire demi-tour avec l'unique perspective de mourir de faim sur le chemin, ou descendre malgré tout sur Mars comme si de rien n'était en jouant le jeu de la production et de sa dirigeante Serena Mc Bee avec le faible espoir de trouver ce qui a causé la "panne" des installations...

On va commencer par le pire dans ce roman et ce sont incontestablement les dialogues. Non seulement tout le monde s'exprime pareil, que ce soit Serena Mc Bee, sa fille ou la serveuse au fin fond de la vallée de la Mort mais les dialogues sont ampoulés et artificiels au possible. Je soupçonne l'auteur de les relire à voix haute et de rajouter quelques adjectifs pour que ça rende mieux. Résultat, ce n'est absolument pas crédible, tout comme n'est pas crédible le manichéisme des personnages. En effet, si les candidats de Mars nous apparaissent plutôt bien travaillés, avec chacun leur part d'ombre et de lumière, Serena Mc Bee et ses comparses pourraient être des méchants de Disney tant ils sont diaboliques alors qu'à l'inverse, Harmony et Andrew font figure de jeunes premiers. Pour ma part, je crois que j'aurais préféré un ouvrage centré uniquement sur Léonor et son groupe : d'une part, cela aurait donné au roman un aspect huis-clos intéressant, d'autre part, cela aurait permis de donner à Serena Mc Bee une auréole de mystère qui lui fait complètement défaut.

Malgré ces sérieux handicaps, Phobos 2, tout comme le premier tome, se laisse très facilement lire. L'intrigue pour le coup est bien menée, Dixen prenant soin de ménager des coups de théâtre là où on ne les attendait pas (l'atterrissage, la tempête, etc.) et dosant soigneusement tout au long de l'ouvrage un certain suspens qui atteint son apothéose dans un final décoiffant, donnant envie au lecteur d'aller lire la suite. Le livre laisse donc un sentiment mitigé. Je lirai bien entendu la suite mais j'espère de tout coeur que l'éditeur se montrera plus rigoureux avec son auteur car c'est plus que dommage de voir une bonne histoire bien menée gâchée par un style plus que léger.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 13:49

L04.jpgLe château de Cassandra

Dodie Smith

éditions Gallimard Jeunesse

1949

 

Oui oui vous avez bien lu la première date de parution : il s'agit du premier livre de Dodie Smith, plus connue pour son ouvrage suivant, Les 101 dalmatiens, et qui propose ici un texte plutôt déconcertant.

Le château de Cassandra c'est l'histoire de Cassandra, une jeune fille anglaise de dix-sept ans dont la famille est pour le moins excentrique. Son père, auteur d'un seul roman, semble avoir perdu l'inspiration depuis qu'il est allé en prison pour avoir frappé sa femme avec un rouleau à pâtisserie. La belle-mère, Topaze, épousée lors "d'un des accès de sociabilité" du père pose comme modèle à Londres et communie avec la nature en se promenant nue dans la campagne environnante. Rose, l'aînée des filles, ne rêve que d'un riche mariage qui la ferait sortir de la pauvreté et de la monotonie de leurs existences. A l'inverse, le petit frère Thomas, étudiant paisible, ne semble se préoccuper que de pouvoir poursuivre ses cours. Cassandra, elle, écrit son journal intime les pieds dans l'évier den la cuisine et rêve d'un destin semblable à celui des héroïnes de Jane Austen ou des soeurs Bronté. Tout ce beau monde vit dans un château délabré, sans meubles, sans électricité et sans le sou, le seul qui subvient aux besoins de la famille étant le serviteur Stephen, un beau garçon à "l'air un peu idiot", amoureux transi de Cassandra. Tout change le jour où s'installent dans le manoir voisin deux beaux et riches frères américains...
Cela aurait pu être le pitch d'un roman de Jane Austen et cela commençait comme tel : deux soeurs pauvres, deux frères riches, un château romantique, une narratrice romanesque... et en fait, cela n'est pas du tout ça : Le château de Cassandra est beaucoup plus cynique et beaucoup plus réaliste. Si l'héroïne s'appelle Cassandra, comme la soeur de Jane Austen et tout comme elle restée vieille fille, ce n'est pas pour rien : c'est pour rappeler que dans la réalité, tout ne finit pas bien, que l'amour n'est pas forcément réciproque et que tous les mots n'y changeront rien. Cassandra a beau être une narratrice extraordinaire, elle ne parvient pas pour autant à faire de sa vie un roman anglais du XIXe siècle et à tout arranger par des mariages et des fins heureuses. Sa vision romanesque et ses idéaux se heurtent en effet à la frivolité de sa soeur, à un quotidien trivial et à ses propres sentiments. Ainsi, la narration prend un tour inattendu dès la moitié du roman et, malgré la légèreté de l'écriture, se teinte d'une certaine mélancolie. Cassandra prend l'allure d'un petit clown triste, dépassée par des événements et des situations qu'elle ne maîtrise pas. Le château de Cassandra réussit donc l'exploit d'être à la fois drôle et tragique et de mettre en scène des personnages plus complexes qu'il n'y paraît, que ce soit le gentil Stephen ou l'énigmatique Neil. Classé en jeunesse et destiné à un lectorat d'adolescentes, le livre est paradoxalement délicat à conseiller. Nonobstant certaines longueurs, quels parents auraient envie d'acheter à leurs enfants un roman qui leur apprend que la vie n'est pas un conte de fées ?

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 19:39

La Passe-Miroir

t.1 Les fiancés de l'hiver

t.2 Les disparus du Clairdelune

Christelle Dabos

éditions Gallimard Jeunesse

2013 et 2015

 

Je viens de passer une semaine de lecture très agréable.

Tout a commencé lorsque j'ai reçu par courrier Les disparus de Clairdelune, deuxième tome d'une série pour ados : La passe-miroir. Commencer par un deuxième volume c'est un peu idiot alors j'ai acheté Les fiancés de l'hiver, le premier volume, un ouvrage que j'avais déjà remarqué parce qu'il se vendait régulièrement, qu'il avait une jolie couverture, et aussi parce qu'il prenait une place folle dans le rayon.

En moins d'une semaine les deux livres de près de 500 pages avaient été lus.

L'histoire est celle d'Ophélie, une jeune fille qui vit sur l'Arche d'Anima, un monde dirigé par une ancêtre immortelle et sur lequel les gens ont le pouvoir de faire s'animer les objets. Ophélie elle-même a deux autres dons, plus rares, celui de traverser les miroirs et celui  de lire le passé des objets. Mais c'est aussi une jeune fille entêtée sous ses dehors paisibles qui a déjà refusé des demandes en mariage de quelques cousins. Aussi n'a-t-elle pas le choix lorsqu'on lui arrange des fiançailles avec Thorn, un étranger vivant sur la lointaine arche du Pôle. Contrainte de quitter sa famille pour rejoindre son promis dans un pays où l'hiver règne éternellement, Ophélie ne tarde pas à se rendre compte que cette alliance diplomatique cache bien plus qu'elle ne le soupçonnait et atterrit dans un nid de serpents.

Que dire? Le résumé ne rend pas justice au début de cette saga. A dire vrai, je suis même un peu jalouse de l'écriture de l'auteur. Les personnages, tous plus complexes les uns que les autres, que ce soit Ophélie, Thorn le psychorigide, Archibald le charmant libertin, l'énigmatique Bérénilde ou même la tante Roseline, sont attachants chacun à leur manière. L'intrigue est menée de main de maître, ménageant à la fois le suspens tout en avançant cependant assez pour ne pas lasser le lecteur. La plus grande réussite de Christelle Dabos réside cependant dans sa maîtrise des descriptions et sa création d'un univers complet qui nous fait pénétrer au coeur même de la Citacielle avec ses artifices et ses chausses-trappes. L'auteur, contrairement à bon nombre d'auteurs pour ados aujourd'hui, ne cherche pas à créer un univers s'adaptant à son lectorat. De fait, La Passe-miroir n'a rien d'artificiel avec les recettes habituelles du genre et fait preuve d'une grande originalité, rehaussée comme je l'ai déjà souligné par un fluidité et une poésie d'écriture sans égal. Rien n'est parfait je le reconnais, et il y a bien ça et là quelques petits accrocs dans le fil du récit, des descriptions inachevés, maladroites , essentiellement d'ailleurs dans le premier tome. Mais c'est tellement insignifiant que je ne peux que recommander cette série qui est pour moi une très belle découverte.

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