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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 16:22

L’art du haïku

Vincent Brochard/ Pascale Senk

Editions Belfond

Si comme moi vous êtes allergiques à la pompe de Ronsard ou aux larmoiements de Verlaine, vous serez en revanche peut-être séduits par le haïku, une forme de poésie japonaise.

Qu’est-ce qu’un haïku ? C’est ce que les auteurs de L’art du haïku vont tenter de nous expliquer dans cet essai clair, concis et illustré d’exemples. Poésie en trois vers chez nous (au Japon, le haïku s’écrit sur une seule ligne) le haïku « traditionnel » (car évidemment, il existe des variantes et des écoles pour un haïku débarrassé de toutes contraintes) se compose de dix-sept syllabes, répartis ainsi : 5/7/5. Il doit comporter un mot-saison (coucou pour l’été par exemple, les feuilles mortes pour l’automne, etc.) et retranscrire une expérience directe du monde, un instant présent dont l’auteur essaie au mieux de figer le caractère éphémère. Je vais essayer de mieux me faire comprendre : vous vous promenez dans votre jardin, c’est le printemps (pour une fois il fait beau) et vous voyez perché sur un muret un oiseau. C’est tout. C’est juste une image, un peu kitch me direz-vous, mais c’est un instant qui vous paraît unique (qui l’est d’ailleurs) et qui ne reviendra pas. N’avez-vous pas envie de l’immortaliser, de faire en sorte que ce moment ne meurt jamais ? Tel est, d’après ce que j’ai compris, le but premier du haïku. A l’inverse de nos poèmes occidentaux, notamment les romantiques, le haïku ne met pas en valeur son auteur. Ce dernier, loin de l’exaltation du moi et de ses sentiments doit au contraire s’effacer derrière son sujet. C’est la nature qui est célébrée mais, de façon plus générale, un quotidien que nous avons depuis longtemps désappris à regarder. Il s’agit d’ouvrir les yeux et de voir, tout simplement. Le haïku prône aussi la simplicité : pas de langage fleuri, pas de surenchères, pas d’adjectifs superflus. Plus c’est simple et spontané, mieux c’est.

L’art du haïku ne satisfera sans doute pas les amateurs de haïkus, les vrais purs et durs qui ne trouveront rien dans cet ouvrage qu’ils ne savaient déjà (je m’excuse d’ailleurs par avance auprès de ces derniers si cet article leur paraît incomplet ou erroné) Pour les néophytes en revanche, c’est une excellente initiation. Personnellement, je ne connaissais jusque là du haïku que le principe de la forme brève et d’une idée directrice ainsi qu’une vague notion de la structure. J’ai donc apprécié les éclairages historiques, les éléments de biographies de trois auteurs réputés : Bashô, Issa et Shiki et surtout la courte anthologie de haïkus. Cette forme de poésie a ceci de réconfortant qu’elle est tout de suite évocatrice et parle directement à notre cœur et notre imaginaire. Qui plus est, comme se plaisent à souligner les auteurs, le haïku suscite en nous l’envie d’en écrire de par sa trompeuse simplicité. Tiens ! pense le lecteur émerveillé, ça m’a pas l’air trop difficile, si j’essayais de faire de même ? (bon pour avoir essayé au cours de ma lecture, je confirme que ce n’est pas si simple)

Philosophie de l’instant, éloge de la simplicité et célébration de la nature. Tout un art de vivre en somme ! Je n’adhère pas aux doctrines zens et je ne vais pas aller me réfugier au fond des bois pour écrire des haïkus et fuir le monde de la ville (encore que bon nombre de haïkus jouent justement sur le monde urbain) Mais j’apprécie ce style oriental teinté de mélancolie ou au contraire plein d’un discret humour qui nous rappelle seulement de faire ce que nous oublions souvent : regarder autour de nous.

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Published by beux - dans Poésie
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 14:42

Les Lusiades

Camoes

Editions Robert Laffont



Oyez oyez ! Ce n’est pas vraiment de la littérature, pas vraiment de la poésie. Je vous présente Les Lusiades (Os Lusiadas en version originale) long récit en vers plus proche de l’épopée que du roman, qui raconte la découverte des Indes par le navigateur Vasco da Gama. C‘est l’occasion également pour son auteur, Camoes, de faire des digressions et de narrer l’histoire de son pays, le Portugal tout en y mêlant hauts faits guerriers, légendes mythologiques et religion chrétienne. Le but de l’auteur semble relativement simple : créer sa propre Odyssée du Portugal et, d’un point de vue pratique, s’assurer le mécénat d’un riche protecteur qui lui permettrait de vivre de son art.

Les Lusiades je le confesse, réussit à réunir en un seul ouvrage tout ce que je déteste : les batailles et les hauts faits qu’on retrouve dans le roman de chevalerie, les généalogies à rallonge qu’on saute discrètement dans la Bible, un style maniéré et la bonne vieille dichotomie entre les méchants sarrasins et les sympathiques chrétiens qui, à la loyale, remportent tous les combats. Après, autres temps autres mœurs… Tâchons donc de faire abstraction de mon peu de goût pour cet ouvrage (j’ai pourtant adoré L’Odyssée ou L’Enéide mais cette épopée là me semble, si j’ose dire, trop tardive…) et d’en tirer quelques enseignements.

Calqué sur le modèle des anciennes épopées, Les Lusiades sont donc écrits en vers, qui plus est rimés (sagement la traduction choisira d’abandonner la rime) et met en scène un héros, le navigateur Vasco da Gama. Notre protagoniste veut atteindre les Indes mais c’est sans compter sur Bacchus, le dieu du Vin dans la mythologie romaine, qui, ayant su par les Parques que cette découverte contribuerait à sa déchéance, va tout faire pour contrer ses projets. Fort heureusement, la belle Vénus, déesse de l’Amour, vole au secours de Vasco et lui permet de vivre son aventure jusqu’au bout. Vasco da Gama va donc échapper aux adorateurs du faux dieu (les musulmans) vaincre des périls de la mer commandités par Bacchus, et faire des rencontres au fil du chemin qui lui permettront à la fois de retracer les débuts de son voyage et à la fois de raconter l’histoire de son pays, le Portugal dont il glorifie les hommes illustres et la grande piété. Oui, je sais, ça peut vous paraître curieux mais rappelez-vous qu’à cette époque, le Portugal, tout comme l’Espagne, est dans son âge d’or et que si le pays est loin d’atteindre la splendeur de l’ancien empire romain comme Camoes aimerait à le penser, il n’en demeure pas moins un peuple de navigateurs qui a joué un rôle majeur lors des premières découvertes…

Maintenant si vous êtes comme moi, vous serez un peu perplexes : voilà un récit singulier qui, fustigeant les musulmans et les « païens » fait intervenir sans vergogne les dieux romains, dieux qui, il faut l’avouer, prennent plus de place dans Les Lusiades que le Dieu des portugais. Camoes trouvera une parade, notamment contre l’Inquisition elle-même plutôt soupçonneuse en reprenant l’idée que les dieux païens sont des anges, mauvais ou bons selon les circonstances (Vénus est un ange de Dieu, Bacchus un ange du Démon) J’y verrais bien quant à moi je le reconnais uniquement un ressort dramatique. Difficile d’écrire une épopée sans reprendre des figures mythologiques qui y jouent en temps ordinaire un rôle prépondérant. Ceci dit, cette confusion, ce mélange mythologico-chrétien  est très curieux et donnent un ensemble hétéroclite dans lequel les amours de Jupiter côtoient sans gêne aucune les exploits de David ou le martyr de saint Thomas.

Le narrateur dans l’histoire joue un rôle prépondérant : loin de s’abriter derrière la fiction, il prend volontiers parti, fustigeant par exemple les Anglais ou les Français qui ont plus souci d’acquérir des richesses que de propager la foi catholique, et faisant en quelque sorte sa publicité auprès des puissants, espérant ainsi trouver un riche mécène qui lui permettrait de vivre de son art. Pour Camoes, point d’hommes illustres sans conteur. Les exploits d’Achille seraient-ils connus si Homère n’avait pas existé ? Il y a quelque chose de terriblement émouvant dans cette prise à parti parfois amère : l’auteur est conscient de son peu de crédit et a un œil assez critique sur ses pairs qui convoitent plus la richesse que le prestige et le sens moral. Camoes n’est pas un écrivain maudit : s’il meurt de la peste dans des circonstances atroces, il touchera une rente régulière jusqu’à la fin de sa vie. Néanmoins, il ne deviendra jamais un poète de Cour comme il l’espérait et sa vie sera loin de prendre la direction qu’il souhaitait. D’où peut-être la désillusion qui se perçoit nettement dans son écrit.

Que dire de plus ? Les Lusiades est un bric-à-brac d’antique et de moderne, un curieux mélange de tout. A mon sens, Camoes a manqué sa voie : mes passages préférés du roman ne sont pas les exploits de Gama ou ceux des rois portugais. En revanche j’ai apprécié les passages plus « lyriques » le passage où les marins s’unissent avec les nymphes, celui où Vénus implore la pitié de son père ou encore celui où les navigateurs se font interpeller par un mystérieux vieillard qui prédit leur ruine à tous. Le style un peu précieux s’accorde parfaitement aux circonstances et n’a pas la morgue de la narration épique, lorsque Camoes vante le courage des marins portugais ou les exploits des rois passés et assaisonne le tout de références mythologiques et bibliques parfaitement indigestes. Après, tout est question de point de vue mais je pense qu’il vaut mieux laisser l’épopée aux antiques. Ceci dit, les admirateurs de Camoes ne seront sûrement pas de cet avis…
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Published by beux - dans Poésie
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