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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 11:49

L05.jpgEté

Mons Kallentoft

Editions le Serpent à plumes

 

Bon, ne vous attendez pas à des merveilles aujourd’hui. Je suis malade et pas très apte à vous faire découvrir de merveilleuses lectures, d’autant plus que le livre dont je vais vous parler à présent n’a rien d’un chef-d’œuvre.

On le sait très bien ; rien ne vaut durant ces tristes périodes où le ciel semble vouloir vous engloutir un bon roman policier à lire sous sa couette ou au coin du feu.  J’étais d’autant plus impatiente d’attaquer Eté, le second volume de la trilogie de Mons Kallentoft, que le premier, Hiver m’avait vraiment beaucoup plue. Mais, pour le coup, ça a été une petite déception.

Malin Fors, notre héroïne du premier tome, revient dans ce second volet. Cette fois, plus d’hiver glacial, mais un été extrêmement chaud durant lequel le temps semble fonctionner au ralenti (et oui, pour le coup il vous faudra plus d’imagination)  Une série de viols et de meurtres est perpétuée sur des jeunes filles d’une quinzaine d’années. Malin, très concernée par ces crimes (sa fille a l’âge des victimes) enquête sur ce dossier épineux avec son collègue Zeke, enquête qui la mènera tour à tour dans les milieux lesbiens puis dans ceux des délinquants sexuels et qui lui fera rencontrer des personnes liées de près ou de loin à l’affaire mais qui, au final n’auront pas grand-chose à voir là-dedans…

Parlons déjà des qualités du livre, car il y en a pas mal. Ce qui est intéressant dans Eté, c’est  le portrait sans complaisance qui est dressé de la police : pleine de préjugés (les meurtres ont peut-être à voir avec le milieu lesbien, donc il s’agit forcément de l’équipe de football féminine. De même les soupçons se portent immédiatement sur des immigrés) cette dernière fait également preuve de méthodes peu orthodoxes pour obtenir des aveux (l’un des enquêteurs aura de nombreuses fois recours à la violence) avec au final des résultats peu probants. Ceci dit, l’auteur ne semble pas pour autant condamner la police ; il se contente de souligner que préjugés et violence font partie de l’être humain… C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt de son héroïne, Malin, ses faiblesses : son penchant pour l’alcool, sa peur de la solitude et son refus d’admettre qu’elle va mal.  L’autre intérêt du livre porte sur son atmosphère, cet été caniculaire sur fond d’incendies qui transforme la paisible petite ville suédoise en enfer sur terre et où personne de ce fait n’est à l’abri.

Mais malheureusement, le livre pèche à de nombreux endroits. D’une part, la trame est quasi-similaire au premier volet Hiver. Des conditions climatiques extrêmes, le meurtrier qui prend la parole au début du récit, des morts qui interviennent au fil des pages, une enquête qui aboutit la plupart du temps à des impasses… Le sentiment de déjà-vu ne tarde pas à affecter le plaisir de la lecture, d’autant plus que cette fois, Mons Kallentoft n’y va pas avec le dos de la cuillère, multipliant les voix et les intrigues parallèles et provoquant au final une certaine lassitude chez le lecteur. Plus grave, l’intrigue principale est tirée par les cheveux et sa conclusion hâtive, nous laissant sur notre faim. L’auteur semble plus désireux de dénouer les écheveaux de la vie sentimentale et familiale de Malin que de donner une fin satisfaisante à l’enquête et, pour un roman policier, je trouve ça assez scandaleux ! Enfin, je n’ai que moyennement apprécié le ton pompeux du récit et sa façon d’insister sur la notion de « Mal », comme si le Mal était une entité vivante que l’on pouvait reconnaître dans les yeux de tous les violeurs d’enfants et de tous les psychopathes avides de sang. En bref, Eté reprend les mêmes ingrédients qu’Hiver mais avec la subtilité en moins et de la guimauve en plus (tous les enquêteurs de romans devraient être célibataires, sans enfants, et uniquement préoccupés de résoudre leurs enquêtes au lieu de se pencher sur les méandres de leur tumultueuse vie sentimentale) Reste à savoir ce que donnera le dernier volet de la trilogie….

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 19:44

L01.jpgHiver

Mons Kallentoft

éditions le Serpent à Plumes

 

"Il y a quelque chose de plaisant à être suspendu là-haut.

La vue est splendide et mon corps gelé se balance agréablement au gré du vent (...)

Avant, le mot 'joli'' n'existait pas.

Peut-être qu'il nous est réservé, à nous les morts?

C'est bon, tellement bon d'être débarrassé de tous les soucis des vivants."

 

Un jour de janvier à Ostergötland, en Suède, un homme est retrouvé nu comme un ver, gelé, étripé et pendu à un arbre. Au coeur de cet hiver rigoureux, l'un des plus froids depuis des années, Malin Fors, jeune mère célibataire, se retrouve chargée de l'enquête avec son équipe. Qui avait intérêt à tuer Bengt le Ballon, ce gros homme placide qui vivait seul et ignoré de tous? Qu'avait fait ce malheureux qui n'intéressait personne jusqu'à sa disparition brutale? Très vite, les pistes se multiplient: des adeptes de cultes vikings, une sombre histoire de viol, une famille de gangsters, des adolescents à problèmes... Autant d'éléments qui rendent perplexes Malin et les autres policiers. Pourtant, derrière tout ceci, se cache l'assassin.

C'est assez rare qu'un roman policier se pique d'avoir un style bien à lui, une patte qui lui est propre mais incontestablement, l'auteur de Hiver, Mons Kallentoft, a une manière d'écrire pour le moins originale. Première particularité, il fait intervenir sa victime qui, tout au long du récit, s'exprime par petites touches, observateur amusé de l'enquête. Ensuite, il occulte complètement le côté gore de l'histoire pour en faire quelque chose de beaucoup plus abstrait, voire poétique. Ainsi, le corps pendu et gelé devient "un gigantesque bébé mal formé, dont on aurait aspiré la vie". Enfin, à plusieurs reprises le récit dérive vers des réflexions, des images et joue notamment beaucoup sur le titre du livre en faisant des descriptions assez saisissantes de la neige, du gel et  du froid qui paralysent policiers et civils tout au long de l'enquête.

C'est assez particulier, je le reconnais. Pour ma part j'ai vraiment apprécié, mais il est possible que pour certains le style du roman ne passe pas. Dommage car à côté de ça, nous avons une intrigue policière impeccablement menée. L'enquête s'oriente sur plusieurs pistes et le lecteur est invité à les explorer tour à tour, même si certaines se révéleront des impasses. Toute une galerie de personnages apparaît, personnages plus ou moins reliés à la victime, plus ou moins coupables. Pas à pas avec Malin, pataugeant avec elle dans les rues boueuses et dans les bois enneigés où Bengt a trouvé la mort, nous reconstituons le puzzle de l'assassinat. Et si l'héroïne n'est pas forcément parfaite (un tantinet alcoolique, un tantinet en carence affective sévère) elle est plutôt attachante, dans son refus justement de stigmatiser, de juger ou même d'analyser. Des faits rien que des faits! De façon générale, Hiver n'est pas un roman manichéen et a  même plutôt tendance à inverser les rôles: dans cette histoire ce sont à priori les plus faibles, les adolescents, les vieillards..qui sont les vrais bourreaux. Mais je vais pas tout vous dire non plus! Allez donc faire un tour sous la neige si le coeur vous en dit. Moi j'ai vu que Eté du même auteur était sorti...

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 20:49

L06.jpgL'enfant perdu

John Hart

éditions Lattès


 

Pour avoir l'illusion d'être encore en vacances, rien ne vaut la lecture d'un bon roman policier. Manque de chance pour moi, cette fois la pioche a été mauvaise. Me figurant naïvement que, puisqu'il figurait en bonne place dans les ventes, l'enfant perdu devait être de qualité, je l'ai lu, oubliant que je m'étais déjà fait avoir de cette manière avec le Da Vinci Code ou Si c'était vrai. On ne m'y reprendra plus.

Alyssa, une enfant de douze ans, a disparu un soir; des témoins l'ont vue se faire enlever alors qu'elle rentrait chez elle. Personne ne l'a jamais revue. Un an plus tard, tout le monde a perdu espoir sauf son frère jumeau Johnny qui, inlassablement, fouille la ville et s'introduit discrètement chez des gens soupçonnés de pédophilie, son but étant non seulement de récupérer sa soeur, mais par ce moyen de retrouver également un père qui a quitté le domicile conjugal suite au drame, et une mère qui a sombré dans l'alcool et la drogue (rien que ça). Johnny reste sourd aux menaces et aux supplications du policier chargé de l'enquête, Clyde Hunt, qui a développé pour cette famille une affection toute particulière, et à en croire certains, peu protocolaire... Quoi qu'il en soit, la suite des événements semble donner raison à Johnny: une autre fillette disparaît et le garçon reçoit des menaces. L'enfant comprend qu'il est sur la piste de sa soeur...

Que je vous le dise d'entrée de jeu: le coup du gamin qui enquête, version Club des cinq et les pédophiles, ça ne m'a pas mais alors pas du tout intéressé. Franchement vous trouvez ça crédible vous, un pré-adolescent qui conduit tranquillement (son père le lui a appris) et qui fait le tour des maisons pour voir s'il trouve sa soeur? Qui plus est, Johnny n'a absolument rien d'enfantin, certes, mais il n'a rien de réaliste non plus : il parle comme un adulte, n'a pas peur, surmonte tout avec courage et surtout réussit là où les policiers ont échoué. Il n'y a que moi que ça surprend (et que ça énerve) ? Quoi qu'il en soit, les passages où il intervient sont d'un ennui mortel et malheureusement il est le héros d'une bonne partie de l'histoire. Dommage car l'autre héros, Clyde Hunt, le policier, est beaucoup plus intéressant, plus sombre et avec des motivations plus complexes. En bref, il est humain et n'a rien à voir avec cet enfant issu tout droit d'une série américaine dont la vérité sort par tous les pores. Mais John Hart ne se contente pas d'un seul cliché (l'enfant est pur, l'adulte est mauvais) non il les collectionne: nous avons donc les méchants qu'il faudrait tous tuer (heureusement, la peine de mort existe encore en Caroline du Nord: Dieu bénisse l'Amérique), le flic cynique mais qui au fond de lui a un coeur grand comme ça, le brave père de famille qui se bat pour les siens, les pédophiles sans scrupules et pas malins... C'est un monde d'un manichéisme assez terrifiant qui ne laisse aucune place à la subtilité. L'auteur en fait des tonnes et il en rajoute en saupoudrant son récit d'une bonne tranche mystique: un peu de religion protestante (mais avec modération car l'Amérique aime le politiquement correct) avec quelques danses indiennes, deux trois allusions au vaudou et vous me chanterez un gospel par dessus tout ça. N'oubliez pas l'élément surnaturel troublant, celui qui est supposé inquiéter le lecteur et lui faire prendre conscience que la vérité est peut-être ailleurs. Pour le coup il fallait oser.

Au final, la seule chose qui m'empêche de qualifier l'enfant perdu de navet de l'année, c'est une intrigue intéressante, un bon suspens et une fin tout à fait correcte. C'est vraiment dommage que ces éléments maîtrisés soient gâchés par un héros si peu convaincant et une idéologie poisseuse qui a toute la subtilité d'un hymne patriotique...

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 18:38

L01.jpgLe chuchoteur

Donato Carrisi

éditions Calmann-Lévy


 

"Dieu se tait, Le diable murmure"  telle est l'accroche du premier roman de Carrisi, ancien criminologue italien reconverti en scénariste et en romancier.  C'est racoleur je le reconnais volontiers mais ici c'est utile: il aurait été en effet dommage de passer à côté d'un livre pareil.

Une équipe d'agents spéciaux dirigée officiellement par l'inspecteur Roche mais officieusement sous les ordres du criminologue Goran Gavila, enquête sur la disparition mystérieuses de cinq fillettes. Or, ils retrouvent dans une clairière six bras; cinq appartiennent aux disparues. Que sont devenues les enfants et à qui appartient ce sixième bras? L'équipe fait appel à Mila Vasquez, experte dans les enlèvements, pour les aider à résoudre ce dernier mystère. Mais le tueur en série, surnommé Albert, leur réserve bien des surprises. Des corps réapparaissent et chacun des indices mènent à un suspect différent....

La grande force du Chuchoteur réside dans une intrigue impeccable (inspirée de faits réels d'ailleurs) qui tient le lecteur en haleine de bout en bout. Tout comme les agents spéciaux sont manipulés par le fameux Albert, nous sommes manipulés par l'auteur qui prend un certain plaisir à prendre à contre-pied les stéréotypes du genre: ainsi Mila, loin de l'experte larmoyante qui sauve des enfants, est incapable de la moindre émotion et ne fait ce métier que pour se prouver qu'elle n'est pas un monstre elle-même. De même l'histoire d'amour inévitable dans un policier entre la "bleue" et le vieux de la vieille est traitée de façon pour le moins déroutante. Quant à la traque du tueur du série elle est faite avec beaucoup de finesse: pas d'actes héroïques, pas de lueurs de génie, rien que des agents qui tentent de neutraliser un coupable avec leurs forces et leurs faiblesses. Le tueur lui-même n'est pas diabolisé; il apparaît comme un homme qui, pour on ne sait quelle obscure raison, est passé de la lumière à l'ombre et toute la tâche de l'équipe va consister à comprendre pourquoi. Carisi évite aussi le manichéisme propre au genre entre les gentils policiers et le méchant tueur en série. L'inspecteur ne songe qu'à sa carrière, la mère de famille est une harpie, le criminologue est distrait, l'interrogateur drague à droite à gauche, l'experte est névrosée... et si Albert est un démon, il semble plus le produit d'une société malsaine qu'une aberration de la nature. Au final, tout ce qu'on peut reprocher au Chuchoteur, c'est parfois son côté un peu trop didactique, avec une explication des procédures mises en place ou un petit cours de médecine médico-légal qui vient interrompre brutalement la narration. Mais c'est fait toujours à bon escient et ne gêne en rien le plaisir de la lecture. Je ne peux pas vous en dire plus, au risque de gaffer, mais je vous incite vivement à découvrir par vous-mêmes ce qui se cache derrière le titre et à vous plonger dans un récit qui nous rappelle que, malheureusement, les monstres sont partout, même là où on ne les attend pas...

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 19:43

L02.jpgCadres noirs

Pierre Lemaître

éditions Calmann-Lévy


 

Alain Delambre est chômeur depuis quatre ans. Ancien cadre DRH licencié lors du rachat de son entreprise, il approche de la soixantaine et subsiste grâce à des petits boulots plutôt humiliants. S'il ne trouve pas du travail, sa femme et lui seront obligés de revendre leur appartement pour en prendre un plus petit. Mais voilà qu'un miracle arrive: un employeur potentiel se présente, semblant plus qu'intéressé par son profil. Le hic? Une épreuve de recrutement qui se présente sous forme de jeu de rôle; Alain et les autres candidats vont devoir participer à une fausse prise d'otages afin de tester des cadres. Un jeu malsain s'il en est, mais Alain est si désespéré qu'il ferait n'importe quoi; perdre toute dignité aux yeux de sa famille, emprunter de l'argent, marcher sur les autres s'il le faut, tout pour réussir ce test et avoir le travail! Ce qu'il ignore, c'est que les dés sont pipés...

Pierre Lemaitre m'avait déjà passablement intriguée avec le livre Robe de mariée mais il me marque encore plus avec Cadres noirs. D'un point de vue stylistique c'est en effet extrêmement intéressant. En lisant la quatrième de couverture, on s'attend plus ou moins à une fausse prise d'otages qui devient réelle mais voici que l'intrigue prend une tournure tout à fait inattendue! Le découpage de la narration est également, comme dans son précédent roman, assez particulier. A vrai dire, je trouve ça plutôt inégal: il y a pas mal de longueurs et la narration est tour à tour captivante et profondément ennuyeuse. Quant au héros, il n'est pas attachant pour un sou. Mais là encore, n'est-ce pas un fait exprès? Pierre Lemaitre nous dresse le portrait d'un homme qui connaît le monde de l'entreprise et ses rouages et qui, loin de le saborder, aspire plus que tout à le retrouver. Nous sommes ainsi partagés entre la compassion envers ce chômeur, bon père de famille un peu dépassé et l'exaspération envers cet homme asservi à un système qui l'a rejetté, si obnubilé par l'argent et le travail qu'il est prêt à tout même au pire. Personnage complexe, que personnellement j'ai du mal à trouver sympathique, il n'en demeure pas moins extrêmement réaliste. Le monde de l'entreprise est également très bien vu ainsi que la radio qui intervient régulièrement tout au long du récit pour annoncer des licenciements  ou des restructurations... Plus besoin de tueurs en série armés de fourches ou de complots judéo franc-maçonnique pour faire un bon polar bien angoissant. Notre société est devenue si aliénante qu'elle crée elle-même des robots prêts à marcher sur le cadavre de leurs semblables! Vous en doutez? Moi pas (surtout depuis que je travaille avec mon directeur) Dans Cadres Noirs, Alain Delambre n'est pas qu'une victime; il est également un bourreau qui sans le savoir travaille tout aussi activement à sa perte et à celle de sa famille que les "méchants" de l'histoire. Ainsi, si Pierre Lemaitre n'est pas encore forcément au point dans son style, il compense largement par son originalité et par une analyse psychologique efficace mais douloureuse qui nous rappelle que l'argent et l'ambition peuvent souvent conduire au pire...

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:28

L01.jpgShutter Island

Dennis Lehane

éditions Rivages

 

Je comptais aller voir Shutter Island au cinéma mais, très vite, un dilemme s'est posé: fallait-il oui ou non lire le livre avant? Dans un cas comme dans l'autre, je me privais de l'effet de surprise. Finalement, je suis partie du principe (totalement injustifié je le reconnais) qu'un livre est toujours meilleur que son adaptation et j'ai décidé de commencer par le roman.

1954 au large de Boston: le marshall Teddy Daniels, assisté par un nouvel équipier, est envoyé sur Shutter Island, une île sur laquelle se dresse un hôpital pour les fous criminels. Il est chargé de retrouver une patiente, Rachel Solando, mystérieusement disparue. Mais comment cette femme a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur et tromper la vigilance des gardiens ? Le mystère s'épaissit lorsque Teddy retrouve dans la chambre de Rachel sur une feuille de papier une suite de lettres et de chiffres. Qui plus est, le personnel hospitalier de Shutter Island semble mettre des bâtons dans les roues des deux hommes et la tempête qui fait rage les contraint bientôt à vivre dans un huis-clos des plus angoissants et à basculer dans un monde où la barrière entre raison et folie semble totalement abolie...

Bon, que cela soit clair, je n'ai pas eu de réel effet de surprise car j'avais plus ou moins compris le pourquoi du comment. Ceci dit Shutter Island est un bon roman policier à tous points de vue. Les dialogues et la narration sont efficaces. Certaines échanges notamment entre les docteurs et Teddy sont particulièrement réussis: ils sont surréalistes et basculent parfois dans le grotesque et dans un humour noir totalement en accord avec le côté tragi-comique des patients de Shutter Island. L'intrigue est sans défaut, tenue de bout en bout, avec un final soigné qui ménage quelques jolis retournements de situation. Mais, le plus intéressant dans ce roman, c'est avant tout la thématique de la folie, qui paraît presque contagieuse: les malades déambulent avec leur propre raisonnement, qui semble tellement logique! Les belles tueuses de mari font du charme aux marshalls et le marshall lui-même plonge dans des rêves étranges, englué dans le deuil d'une épouse défunte. C'est plutôt angoissant et le récit laisse un profond sentiment de malaise au lecteur en lui rappelant que raison et folie ne sont jamais très loin l'une de l'autre et font parfois même très bon ménage. En attendant, j'ai plutôt bien fait de commencer par le roman car je suis maintenant curieuse de découvrir ce que donne l'adaptation cinématographique...

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 16:33

L08.jpgSymptômes

Dorothée Letessier

Edition Lucien Souny

 

 

Je considère qu’il y a des critères très simples pour juger un roman policier. Si, après avoir lu la moitié du livre vous n’éprouvez pas l’envie irrépressible de passer une nuit blanche à connaître la suite, alors c’est que ce n’est pas un roman inoubliable.

David Chapman est un ancien policier qui a sombré dans l’alcoolisme suite à une séparation douloureuse. Mis à pied par ses supérieurs, il est envoyé en désintoxication dans une clinique psychiatrique près de Limoges. Mais là, il se retrouve bientôt confronté à une sombre histoire de meurtre au sein même de l’établissement. David s’empresse alors de reprendre son ancien rôle pour mener sa petite enquête avec un groupe de patients…

Au secours ! Le sujet est plutôt intéressant mais le style fait vraiment mal aux yeux. Ce n’est que dialogues avec moult exclamations (je vous ai déjà dit que je détestais ça ?) et vocabulaire familier pour coller au personnage principal, également narrateur. Ce genre de style passe ou casse. Là, ça casse. C’est poussif et vraiment ennuyeux. Je peux en me montrant indulgente reconnaître au livre un intérêt : il offre une vision assez intéressante de la clinique psychiatrique et des relations qui régissent les « habitants » entre eux. Mais après… L’intrigue en soi n’est pas palpitante, le suspens pas franchement insoutenable, la fin bâclée et le rythme du récit trop irrégulier pour susciter autre chose qu’un intérêt poli chez le lecteur. Sur la quatrième de couverture, l’auteur présente cette histoire comme une histoire vraie, expliquant qu’elle a rencontré David Chapman qui, à sa demande lui a racontée cette « histoire douloureuse et tragi-comique ». Je me suis vaguement demandée s’il s’agissait réellement d’une histoire vraie (probable que non) ou d’un artifice littéraire, avant de réaliser que, à vrai dire, je m’en moquais totalement.

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 22:48
 

Dans la brume électrique

James Lee Burke

éditions Rivages

 

 

Une petite ville de Louisiane. Bienvenu dans le Sud profond des Etats-Unis! Ici le temps semble comme suspendu et le fantôme de la guerre de Sécession plane sur le bayou dans une chaleur moite. Un fantôme, c'est d'ailleurs ce que prétend avoir vu Elrod Sykes, un acteur actuellement en tournage à New Iberia: arrêté un soir en état d'ébriété par Dave Robichaux, la vedette de cinéma jure avoir vu dans les marais le corps d'un noir enchaîné. Un récit que l'assistant du shérif est tenté de croire dans la mesure où il a assisté lui-même à l'exécution trente-cinq auparavant. Mais Dave a d'autres soucis en tête: il lui faut résoudre le meurtre d'une jeune prostituée, victime probable d'un psychopathe, et faire face au retour du caïd local, « Baby Feet Balboni » , revenu depuis peu de la Nouvelle Orléans. Cependant, notre héros ne tarde pas à découvrir que toutes ses affaires sont intiment liées entre elles...

Dave Robichaux est un héros intéressant, une sorte de Eliott Ness des temps modernes qui, luttant contre la corruption de son milieu (le bureau du shérif, le FBI, les hauts bonnets de la ville) tâche de résoudre une enquête complexe de manière plus ou moins légale: il casse les dents des malfrats, fait appel à des gens peu recommandables et va même jusqu'à créer de fausses preuves... Ce qui me gêne un peu je l'avoue, c'est justement ce côté flic intègre viril, bourré de testostérone et de bonnes intentions et qui, à certains moments, sent un peu trop l'Amérique profonde à mon goût (le bon policier bien loin des magouilles des bureaucrates qui casse la figure des méchants et envoie les criminels à la chaise électrique) C'est dommage dans la mesure où l'atmosphère créé dans le livre est une réussite; les marais, les orages, le clivage racial, la chaleur écrasante, l'opposition entre la population locale et les acteurs présents en ville pour le tournage du film, tout est représenté et décrit avec une grande précision, même les moustiques. On s'y croirait! Ceci dit, ce souci de description nuit parfois à l'intrigue qui, en plus d'être un rien alambiquée, est extrêmement lente. On ne s'ennuie pas vraiment non, mais on arrive à la fin de l'histoire légèrement frustrés. A mon sens, la petite touche « fantastique » (le fantôme du général de la guerre de Sécession qui vient parler à Dave) n'apporte pas grand-chose à une histoire qui aurait gagné à plus de simplicité. Ceci dit, pour ceux qui aiment les romans policiers tortueux et qui ont vu en boucle Les Incorruptibles, n'hésitez pas! Ah et si quelqu'un a vu l'adaptation qui passe actuellement au cinéma merci de me dire ce qu'il en a pensé; je serais curieuse de voir ce que ce livre complexe donne sur grand écran....

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 12:47

Robe de marié

Pierre Lemaître

Editions Calmann-Lévy

 

 

J’ai plutôt de la chance en ce moment dans mes choix de lecture et je vais aujourd’hui encore vous parler d’un livre qui vaut le détour. Cette fois il s’agit d’un roman policier : idéal pour ceux qui partent en vacances non ?

Sophie, jeune femme d’une trentaine d’années, fuyant un passé douloureux dont nous savons peu de choses, est engagée chez un haut fonctionnaire pour s’occuper de son fils, Léo, un enfant qui s’attache très vite à elle. Mais un matin Sophie retrouve le petit mort, étranglé vraisemblablement durant la nuit. La porte était fermée à double tour, personne n’aurait pu le tuer si ce n’est elle-même… La jeune femme est contrainte de fuir et sur sa route les morts s’accumulent. Pourtant Sophie ne désespère pas de retrouver sa tranquillité et de mettre fin à sa folie….

Ce n’est pas tout. Mais c’est tout ce que je peux vous dire histoire de ménager un peu le suspens, car, personnellement, tout au long du roman, je n’ai rien vu venir. Le personnage principal est extrêmement complexe et le récit, surtout durant la première partie, est construit sur un rythme très rapide qui ne permet à l’action aucun temps mort. Les phrases sont courtes, volontiers hachées, et, à plusieurs reprises, on se surprend à s’arrêter dans la lecture pour reprendre son souffle. Le thème dominant du récit est bien entendu la folie qui nous entraîne dans une logique à laquelle nous adhérons jusqu’à ce qu’un nouvel élément du puzzle fasse de nouveau voler tout en éclats. De la même manière que Sophie tout au long du récit ou presque agit comme un pion dans un jeu d’échecs, l’auteur s’amuse également à manipuler son lecteur et le rend perplexe. Mon seul bémol porte sur le dénouement du récit. C’est une fin brillamment pensée, assez atypique, mais que j’ai trouvé expédiée un peu rapidement et qui m’a laissée sur ma faim sans mauvais jeux de mots. Ceci dit, c’est vraiment le seul petit détail qui m’a chagrinée. Paraît-il que le premier livre de Pierre Lemaître Travail soigné est encore mieux. Je n’en sais rien mais j’ai hâte de le découvrir…

 

Ps : Et pour les mordus de la langue française, non il ne s’agit pas d’une coquille dans le titre. Il n’y a pas de « e » final dans le « marié » mais c’est seulement en lisant le livre que vous découvrirez pourquoi…

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:39

Millénium 3

La reine dans le palais des courants d’air

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

Bonne année ! Je vous souhaite tout ce que vous désirez et plus encore, beaucoup de joie et un minimum de chagrin (car il ne faut pas se leurrer, il y en aura toujours un peu quand même) En bref : bonne année !

Et pour commencer l’année 2009, nous allons en finir une bonne fois pour toutes avec la trilogie de Stieg Larsson, Millénium. Que ceux qui souhaitent la lire et  qui n’ont pas commencé s’abstiennent donc de consulter cet article pour éviter les révélations indélicates...

Le troisième et ultime tome de la saga, La reine dans le palais des courants d’air, est en fait un prolongement direct du deuxième tome et met un point final à l’intrigue de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Autant vous dire, je me creuse toujours la tête pour essayer de comprendre le rapport entre le titre de l’ouvrage et son contenu. C’est sans doute une métaphore obscure de l’auteur en rapport aussi avec ses digressions en début de chaque partie sur les Amazones et les femmes guerrières. L’héroïne, Lisbeth Salander, est une reine guerrière enfermée… Bref, au final on s’en fout un peu.

Sorti du titre à rallonge et des petits documentaires admiratifs sur les femmes guerrières à travers les âges (personnellement moi ça m’attriste plutôt de savoir que mon sexe est aussi stupide et belliqueux que le sexe masculin), le roman se laisse lire assez facilement. Certes, le héros masculin, Mikael Blomkvist, est toujours aussi énervant (rassurez-vous, il trouve encore moyen de mettre une belle dans son lit ce tome-ci mais, merveille ! Celle-ci serait peut-être la bonne) et je n’ai éprouvé guère de sympathie non plus pour Lisbeth Salander, dont le comportement asocial est si poussé qu’il en devient caricatural. En revanche, l’intrigue est faite de telle manière qu’elle se lit assez facilement ; Larsson a déjà mis en place dans le second volet  les éléments déclencheurs (la mort d’un reporter et de sa compagne, la confrontation de Lisbeth avec son père…) si bien qu’il ne lui reste plus qu’à démêler les écheveaux de tout ça, ce qu’il fait en louvoyant d’un personnage à un autre. Il n’y a pas vraiment de suspens, on sait déjà dès le début que Lisbeth Salander sera innocenté, mais plutôt un intérêt purement scientifique. C’est comme pour un épisode de Columbo (pardon pour la référence) : on connaît déjà l’assassin, on sait qu’à la fin l’inspecteur gagnera quoi qu’il arrive, mais ce qui fait l’intérêt de l’intrigue, c’est la façon dont, justement, il va résoudre l’enquête.

Bon, c’est un peu obscur mais je pense que vous avez compris.

Pour conclure sur la saga, je dois dire qu’en dépit de tout, je n’en garderai pas un souvenir inoubliable ; si je veux bien admettre que la forme de la trilogie et ses personnages sont assez originaux, je n’ai pas été emballée plus que ça par l’écriture (beaucoup, beaucoup trop de longueurs) et par une histoire volontiers manichéenne, d’un côté les « gentils » (Blomkvist et sa bande) et de l’autre les « méchants » (l’espion russe, sa grosse brute de fils, les policiers véreux…) le tout sans demi-mesure, Lisbeth Salander représentant apparemment la seule alternative entre les deux extrêmes (une « gentille » mais que la société a rendu « méchante » c’est pourquoi il ne faut pas la tuer tout de suite mais s’employer à la soigner) Vu le succès qu’a rencontré la série, je suppose que les lecteurs à travers le monde ont apprécié mais, pour moi, c’est catégorique : la Suède n’est décidément pas ma tasse de thé….

Ps : Rien à voir, mais mon gentil frère, le docteur Orlof (dont je vous invite à cliquer sur le lien) m’a offert suite à la note précédente le DVD de Virgin Suicides. Je pourrais donc vous dire ce que j’en ai pensé prochainement !

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Published by beux - dans Polar
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