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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 10:39

Millénium 3

La reine dans le palais des courants d’air

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

Bonne année ! Je vous souhaite tout ce que vous désirez et plus encore, beaucoup de joie et un minimum de chagrin (car il ne faut pas se leurrer, il y en aura toujours un peu quand même) En bref : bonne année !

Et pour commencer l’année 2009, nous allons en finir une bonne fois pour toutes avec la trilogie de Stieg Larsson, Millénium. Que ceux qui souhaitent la lire et  qui n’ont pas commencé s’abstiennent donc de consulter cet article pour éviter les révélations indélicates...

Le troisième et ultime tome de la saga, La reine dans le palais des courants d’air, est en fait un prolongement direct du deuxième tome et met un point final à l’intrigue de La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Autant vous dire, je me creuse toujours la tête pour essayer de comprendre le rapport entre le titre de l’ouvrage et son contenu. C’est sans doute une métaphore obscure de l’auteur en rapport aussi avec ses digressions en début de chaque partie sur les Amazones et les femmes guerrières. L’héroïne, Lisbeth Salander, est une reine guerrière enfermée… Bref, au final on s’en fout un peu.

Sorti du titre à rallonge et des petits documentaires admiratifs sur les femmes guerrières à travers les âges (personnellement moi ça m’attriste plutôt de savoir que mon sexe est aussi stupide et belliqueux que le sexe masculin), le roman se laisse lire assez facilement. Certes, le héros masculin, Mikael Blomkvist, est toujours aussi énervant (rassurez-vous, il trouve encore moyen de mettre une belle dans son lit ce tome-ci mais, merveille ! Celle-ci serait peut-être la bonne) et je n’ai éprouvé guère de sympathie non plus pour Lisbeth Salander, dont le comportement asocial est si poussé qu’il en devient caricatural. En revanche, l’intrigue est faite de telle manière qu’elle se lit assez facilement ; Larsson a déjà mis en place dans le second volet  les éléments déclencheurs (la mort d’un reporter et de sa compagne, la confrontation de Lisbeth avec son père…) si bien qu’il ne lui reste plus qu’à démêler les écheveaux de tout ça, ce qu’il fait en louvoyant d’un personnage à un autre. Il n’y a pas vraiment de suspens, on sait déjà dès le début que Lisbeth Salander sera innocenté, mais plutôt un intérêt purement scientifique. C’est comme pour un épisode de Columbo (pardon pour la référence) : on connaît déjà l’assassin, on sait qu’à la fin l’inspecteur gagnera quoi qu’il arrive, mais ce qui fait l’intérêt de l’intrigue, c’est la façon dont, justement, il va résoudre l’enquête.

Bon, c’est un peu obscur mais je pense que vous avez compris.

Pour conclure sur la saga, je dois dire qu’en dépit de tout, je n’en garderai pas un souvenir inoubliable ; si je veux bien admettre que la forme de la trilogie et ses personnages sont assez originaux, je n’ai pas été emballée plus que ça par l’écriture (beaucoup, beaucoup trop de longueurs) et par une histoire volontiers manichéenne, d’un côté les « gentils » (Blomkvist et sa bande) et de l’autre les « méchants » (l’espion russe, sa grosse brute de fils, les policiers véreux…) le tout sans demi-mesure, Lisbeth Salander représentant apparemment la seule alternative entre les deux extrêmes (une « gentille » mais que la société a rendu « méchante » c’est pourquoi il ne faut pas la tuer tout de suite mais s’employer à la soigner) Vu le succès qu’a rencontré la série, je suppose que les lecteurs à travers le monde ont apprécié mais, pour moi, c’est catégorique : la Suède n’est décidément pas ma tasse de thé….

Ps : Rien à voir, mais mon gentil frère, le docteur Orlof (dont je vous invite à cliquer sur le lien) m’a offert suite à la note précédente le DVD de Virgin Suicides. Je pourrais donc vous dire ce que j’en ai pensé prochainement !

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 17:50

Millenium 2

La petite fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

 

Assez confiante après la lecture du premier tome, je me suis décidée à lire le second tome de la trilogie de Millenium. Las ! Je pense que je vais déclencher des commentaires outragés, mais, sincèrement, quel ennui !

Reprenons, pour ceux qui ont suivi le premier épisode. Après avoir résolu le « mystère Harriet » le sémillant journaliste Mikael Blomkvist a réintégré l’équipe de « Millenium » et coule des jours heureux, couchant avec les quelques femmes qu’il n’avait pas encore séduites dans le tome 1. Pendant ce temps, de l’autre côté du monde, Lisbeth Salander après avoir sans vergogne détourné pas mal d’argent, prend quelques vacances (intermède totalement inutile) et revient ensuite en Suède pour s’offrir un nouvel appartement et une nouvelle vie. Ça, c’est le début de l’histoire ; un début qui fait tout de même plus de cent pages… Bref, restez patient car l’action arrive ! Un jeune couple plein d’allant (lui pigiste, elle professeur, aimants, sympathiques, impliqués dans la société, bref le genre de couples que vous avez envie de liquider à la seconde même où vous les voyez)  propose à « Millenium » un sujet sur le trafic de prostituées venues des pays de l’Est. Youhou, de l’action ! Que nenni, il vous faut encore endurer le quotidien de Lisbeth, depuis l’achat de ses meubles jusqu’au choix de sa voiture et les états d’âme de Blomkvist qui ne sait pas ce qu’est devenue ladite Lisbeth et s’en inquiète un peu. Bref, pour résumer, l’action arrive au bout de la 230ème page : enfin un meurtre ! Et même un triple meurtre tant qu’à faire, dont notre couple propre sur lui (ben oui désolée ils meurent c’est pas la peine de vous attacher à eux) Il ne faut pas longtemps à la police pour trouver un suspect potentiel en Lisbeth Salander. Mais notre héros journaliste n’y croit pas une seconde et se met à creuser la fameuse piste des prostituées de l’Est, espérant trouver le rapport entre ses amis et Lisbeth….

Autant vous le dire : il n’y aura pas d’histoires sur les prostituées. L’auteur s’en fout un peu (ou alors n’a pas vraiment étudié le sujet) et se concentre sur son héroïne et sur son passé. Coupable ou pas coupable ? Dans la mesure où la série fait trois tomes, il est logique de supposer que Lisbeth ne peut pas passer le troisième volet en prison et on ne croit pas une seconde à son implication dans les meurtres. Toute l’intrigue se résume donc à essayer de comprendre pourquoi elle se retrouve mêlée à la mort de journalistes sans peur et sans reproche (car les journalistes dans ce roman sont presque tous intègres tandis que la police est presque entièrement corrompue). En soi l’histoire n’est pas trop mal ficelée, mais j’ai du mal à comprendre l’engouement qu’elle engendre. Et, surtout, que c’est lent !!! Je le concède, le rythme s’accélère à partir des premiers meurtres, mais, personnellement, ces deux cent pages d’introduction m’ont un peu dégoûtés de la suite et m’ont rendu insupportable le reste du roman : c’était physique, le style ne passait plus, les personnages devenaient caricaturaux et même la façon qu’avaient les protagonistes de se tutoyer dès leur première rencontre m’agaçaient….

Un peu inquiète de ma réaction, j’ai interrogé une collègue qui me l’a confirmée : oui le style de Larsson est particulier et si elle-même a adoré la trilogie, elle reconnaît avait pris du temps pour les lire, faisant des pauses entre les volets. Tout s’explique, j’ai juste fait une indigestion suédoise… On va se mettre à la diète de notre Don Juan de journaliste et voir dans quelques temps si le dernier tome de la trilogie passe mieux après quelques autres livres. Auquel cas, c’est définitif : je fais une allergie à Larsson et tous les commentaires élogieux n’y feront rien…

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 00:41

Millenium 1

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Stieg Larsson

Editions Actes Sud

 

Harriet Vanger a disparu il y a quarante ans sur une petite île lors d’une réunion familiale. L’un des membres de sa famille, une dynastie d’industriels aisés et peu scrupuleux, est probablement à l’origine de cette mystérieuse disparition. Meurtre ? En tous cas son oncle Henrik Vanger en est intiment persuadé et cherche toujours à élucider le mystère. Il fait appel à un journaliste économique Mikael Blomkvist qui, sous couvert d’écrire la biographie de l’entrepreneur, doit réexaminer tous les documents de l’enquête et essayer d’apporter un nouvel élément. Une gageure impossible quand on sait que les faits remontent à des dizaines d’années et que la police s’est montrée très scrupuleuse. Mais Mikael Blomkvist dont la crédibilité a été remise en cause lors d’un procès en diffamation est prêt à tout pour se changer les idées, d’autant plus qu’en contrepartie Vanger lui a promis la tête de Wennerström, l’industriel qui l’a attaqué en justice. Notre journaliste emménage donc dans l’île familiale et  se plonge dans un passé peu reluisant, bientôt secondé par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et assistée, mais hacker de génie et dotée d’une mémoire prodigieuse. Ensemble, ils vont découvrir les secrets de la famille Vanger et déterrer de bien vilains cadavres….

Je sais, il était temps. Millenium, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, est l’un des plus gros succès en librairie depuis près de un an et à ma grande honte, je ne l’avais pas encore lu. Ce n’est pas sa renommée qui m’a poussé à m’y atteler mais plutôt les critiques autour de moi, émanant de personnes variées, et qui étaient toutes très élogieuses. Du coup, comme souvent dans ces cas-là, j’ai été un peu déçue, mais je dois avouer que, globalement, le roman tient ses promesses.

Commençons par les reproches ; il y a pas mal de longueurs. L’intrigue se joue sur deux tableaux. D’une part, nous avons « le cas Harriet », l’énigme principale ; en parallèle, l’affaire Wennerström et, pour le coup, je trouve cette partie traitée trop longuement et sans réel intérêt. Qui plus est, l’auteur tombe souvent dans des digressions plus ou moins bienvenues. Les statistiques sur les femmes battues en début de chaque chapitre sont dans le contexte mais que penser de ce petit exposé sur la mise sous tutelle dont l’auteur nous gratifie pendant plus d’une page ? Déformation professionnelle je suppose (Stieg Larsson était journaliste) avec un style qui pour le coup ne s’accorde pas à l’ensemble de l’œuvre. Enfin, mais ce dernier point est purement subjectif, je n’ai guère éprouvé de sympathie pour le personnage de Blomkvist, image lisse et parfaite du journaliste sans peur et sans reproches qui fait tomber toutes les femmes à ses pieds (en un volume il réussit quand même à mettre trois femmes dans son lit et ce au fond d’une île perdue) Sa partenaire, Lisbeth, bien que légèrement caricaturale, est beaucoup plus attachante, notamment vers la fin du récit.

Allez j’arrête là les critiques pour vous parler des qualités du roman. Car il y en a beaucoup je suppose, sinon je ne l’aurais pas fini à deux heures du matin hier soir. Je suis assez fière je le reconnais d’avoir percé assez vite le mystère et trouvé le ou la coupable mais il faut reconnaître à Millénium 1 un bon suspens et un sens du détail assez intéressant. Il était difficile de partir d’une histoire pareille : comment un journaliste sans réelle formation peut-il résoudre une enquête close depuis des dizaines d’années et réussir là où la police a échoué ? Un auteur moins doué aurait sorti la grosse cavalerie au mépris de toute vraisemblance (personnages qui se mettent soudain à parler de la disparition, objets qui réapparaissent comme par magie) mais Stieg Larsson préfère se concentrer sur des éléments moins « tapageurs » qui de ce fait sont plus crédibles. Tout ça pour dire que l’intrigue « Harriet » est bien ficelée et tient en haleine ; nous avons un huis clos sur l’île qui est extrêmement bien rendu, une famille Vanger glaçante à souhait et un final étonnant. Le style sans être merveilleux est très agréable à lire et, hormis les quelques longueurs dont je viens de parler, on ne s’ennuie pas une seconde. Pour moi, ce n’est pas le chef d’œuvre de l’année ; mais assurément, un agréable roman à lire bien au chaud sous sa couette lors de longues soirées d’hiver…. Ça tombe bien : il me reste encore deux tomes à lire et les soirées d’hiver ne font que commencer…

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 19:52

Seul le silence

R.J Ellory

Editions Sonatine

 

Joseph Vaughan n’a pas beaucoup de chance dans la vie ; à l’âge de douze ans, son père meurt, le laissant seul avec sa mère. Nous sommes en 1939, en Europe c’est la guerre mais Joseph ne suit les événements que de loin comme la plupart de ses compatriotes. Dans sa petite ville du sud des Etats-Unis tout ce qui le préoccupe ce sont ses amis, rares, et les cours de sa jolie institutrice, Alexandra Webber. C’est alors qu’une de ses camarades est retrouvée morte, puis une deuxième, puis une troisième… La liste des meurtres s’allonge tandis que les corps sont de plus en plus mutilés. Qui est le responsable d’une horreur pareille ? Un étranger, un habitant de la ville ? Joseph après avoir lui-même découvert le corps de l’une des petites filles jure de tout faire pour protéger les autres, en particulier la petite Elena Kruger, son amie d’enfance. De ce fait il se retrouve embarqué dans une histoire qui va le hanter pendant plusieurs années. Qu’il le veuille ou non, son destin et celui de sa mère semble à jamais liés à celui de ce meurtrier fantôme et ce jusqu’au face-à-face final.

C’est un roman policier extrêmement déroutant et très sombre. Si vous trouviez de l’attrait aux tueurs en série, l’auteur vous rappelle aimablement la réalité de la chose : le meurtre n’est jamais une affaire raffinée et les scènes décrites (viols et meurtres des fillettes, découverte des corps) sans verser dans le gore ou dans le spectaculaire n’en sont pas moins glaçantes. Mais au-delà de l’aspect policier, nous avons un roman que je qualifierai presque d’ « anti-apprentissage » : Ellory nous raconte en gros l’histoire d’un petit garçon qui va devenir un homme et même partir pour New-York et qui pourtant n’évolue pas : il reste amoureux de son institutrice, il est obsédé par le tueur en série de son enfance, obsédé par la promesse qu’il a faite à Elena…. Un personnage complexe au milieu d’une galerie de portraits brossés avec justesse : l’Allemand de la ville, soupçonné aussitôt car c’est lui « l’étranger », le shérif qui tente bien que mal de faire régner la loi dans un monde encore un peu frustre plus adepte de la chasse aux sorcières qu’autre chose, la mère solitaire, le vieil ami bourru… Et parmi eux, le meurtrier.

 

Seul le silence n’est pas vraiment un roman à suspens : si vous êtes relativement perspicace, vous trouverez facilement le tueur. En revanche je n’ai jamais lu un roman policier aussi bien écrit et aussi bien construit. Le style est poignant et l’on ne peut que compatir aux malheurs de Joseph Vaughan à qui en près de 500 pages il arrive plus de déboires qu’à tous les héros du genre réunis. Ça pourrait vite tomber dans la surenchère (et pour être totalement franche, quelquefois ça la frôle) mais Ellory l’évite en jouant sur une sobriété d’écriture qui n’en contraste que plus avec le sujet traité. De ce fait c’est émouvant et plutôt prenant. C’est la première fois que l’auteur est traduit en France mais gageons que ce ne sera pas la dernière. Le tout, si ses autres romans sont du même acabit, c’est de prévoir les kleenex…

 

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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 20:29

Crossfire

Miyabe Miyuki



Aori Junko est une jeune fille japonaise de vingt-cinq ans  à priori tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Elle a un petit boulot mal payé, vit seul tout en rêvant d’amour et de maisons en bois. C’est une solitaire un peu mal dans sa peau. Son seul souci c’est qu’elle déclenche des feux, ce qui l’oblige à vivre en recluse près d’un point d’eau et à se contrôler en permanence. Jusqu’au jour où elle décide de faire usage de ses pouvoirs à des fins justicières et de débarrasser la société des meurtriers en tous genres…. Ces pouvoirs ne passent pas inaperçus et Junko est bientôt repérée à la fois par la brigade des incendies criminelles et à la fois par une organisation secrète nommée les Anges Gardiens qui cherchent à l’enrôler pour en faire une des leurs.

Vous l’avez compris, contrairement aux apparences, Crossfire n’est pas un roman fantastique. Si  l’auteur se réclame clairement du livre de Stephen King Charlie, les pouvoirs parapsychologiques sont le seul élément surnaturel d’un ouvrage qui se veut avant tout roman policier. Policier puisqu’il s’agit d’un jeu du chat et de la souris entre deux personnages, d’un côté Aori Junko la justicière pyrokinésiste, de l’autre la paisible Ishizu Chikako, une femme policier proche de la cinquantaine et qui n’a rien à voir avec le personnage « type » du polar : elle n’est ni particulièrement brillante, ni dotée d’intuitions fulgurantes, c’est seulement une femme travailleuse qui doit avant tout son statut à des quotas ! Ces deux figures féminines qui ne se croiseront qu’à la fin du roman sont attachantes et tiennent à tour de rôle une intrigue au demeurant assez mince. L’auteur ne brille pas particulièrement dans les scènes d’action, le rythme du livre est souvent lent et le suspens quasi-inexistant (même si le final est plutôt inattendu). En revanche, là où Miyabe Miyuki excelle c’est dans la psychologie des protagonistes notamment de Junko. De prime abord plutôt antipathique, la jeune fille prend au fil des pages de plus en plus d’épaisseur et on finit par s’attacher à ce portrait d’une femme que ses pouvoirs et son obsession de « justice » ont condamné à la solitude : « Je suis le pompier veuf, dit-il en entonnant l’air d’une chanson drôle. Je sauve du feu une jolie fille. Eperdue de reconnaissance, elle me dit qu’elle me doit la vie, mais son amoureux se pointe au pas de course, ils s’embrassent, versant des larmes de joie et puis s’envolent. Et moi, le devoir accompli, je rentre au travail, ma maison est dans le noir, le poêle est éteint, il fait froid et mon chat miaule après la nourriture. ». Ishishu Chikako est également intéressante car, comme je l’ai déjà dit, elle ne correspond pas à l’inspecteur « type » (la brillante jeune femme sexy qui finira immanquablement dans les bras de son acolyte le moment venu). En revanche, les personnages secondaires sont un peu moins bien traités et j’ai déploré à certains endroits l’aspect manichéen de l’ouvrage comme la description sommaire des « méchants », ceux que Junko tue et qui semblent toujours mériter leur sort…

De ce livre à mi-chemin entre fantastique et roman noir se dégagent plusieurs réflexions sur des thèmes divers. Réflexion sur la peine de mort notamment qui s’articule autour de plusieurs personnages : nous avons Junko qui tue ceux qu’elle juge « coupables » , nous avons les Anges Gardiens, qui, plus discrets, partagent les mêmes convictions, mais nous avons aussi Ishizu Chikako qui se refuse à céder à la facilité du « œil pour œil dent pour dent » ou encore cet homme qui, acceptant d’abord le concours de Junko pour se débarrasser du meurtrier de sa sœur, recule au moment de passer à l’acte. Vengeance et justice, le débat est ouvert… Mais cette réflexion se double aussi d’un état des lieux sur la place de la femme dans la société japonaise : entre la femme battue à mort par son mari, la fougueuse Junko qui se fait délaisser pour une autre par celui qu’elle aime en silence, Ishizu qui ne doit son augmentation que parce qu’elle est une femme, qui plus est relativement placide, on ne peut pas dire que la condition féminine soit extrêmement enviable ! Crossfire est enfin avant tout un roman sur la solitude : les amitiés décrites sont rares, les amours illusoires et chacun des protagonistes se débat avec ses propres démons, de l’Ange Gardien Koichi qui, tout comme Junko, dispose de pouvoirs au collègue de Ishizu, Makihara, que la mort de son petit frère a conduit à l’obsession. Mélancolique, l’auteur a cependant l’extrême mérite de ne jamais verser dans un sentimentalisme niais et préfère toujours suggérer plutôt que de dire clairement (ainsi seul un regard de Junko sur l’homme dont elle a vengé la sœur permet de comprendre qu’elle a été amoureuse de lui et qu’elle l’aime peut-être encore)

 

Pour résumer : si vous voulez un bon polar plein d’action, de sexe et de violence, passez votre chemin. Mais si vous cherchez quelque chose d’original (personnellement c’est la première fois que je lis un roman policier japonais !) et de plutôt bien écrit, alors essayez de vous frotter à Crossfire et dites-moi ce que vous en avez pensé…


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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 23:18

Dexter revient !

Jeff Lindsay

 

 

Je connais désormais mon héros parfait de roman policier : ce n’est pas le brillant inspecteur au service de la loi, ce n’est pas la brute épaisse au grand cœur qui jure mais qui enlace gauchement sa promise, ce n’est même pas le loufoque commissaire Adamsberg, héros de la plupart des récits de Fred Vargas (et pourtant qu’est-ce qu’il est bien !) Non, mon héros, je le confesse humblement, est un psychopathe qui se nomme… Dexter.

 

J’ai découvert le personnage de Dexter par le biais de la série du même nom et, séduite par cette dernière, je me suis penchée sur les livres qui ont généré l’adaptation. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, voici un petit résumé ; Dexter est en apparence un gentil garçon, bien sous tous rapports. Expert judiciaire spécialisé dans le sang, il ramène chaque matin des beignets à ses petits camarades et courtise la gentille Rita, ex femme battue mère de deux chérubins. Ce que tout le monde ignore, c’est que Dexter est un psychopathe, froid et insensible. Incapable de ressentir des émotions (l’amour, la pitié, etc. lui sont des notions étrangères) il passe son temps à feindre et n’éprouve qu’une seule pulsion : le besoin de tuer. Mais, élevé par son père adoptif Harry, policier, Dexter a été éduqué afin de tuer uniquement « ceux qui le méritent ». Ainsi, il passe son temps à traquer des meurtriers comme lui qu’il découpe soigneusement en tranches, assouvissant de la sorte ses besoins coupables en toute bonne conscience. Un ange de la mort un peu particulier si vous préférez…

Dans ce roman (qui est le second de la saga) Dexter se voit réfréné dans ses élans : à la suite de la mort d’une de ses collègues (bon elle il avait été forcé de l’assassiner car elle avait découvert qui il était) il tombe sous la surveillance de l’agent Doakes, le seul de l’équipe qui semble ne pas avoir succombé à son charme et qui est bien déterminé à le démasquer. Hélas pour notre pauvre Dexter condamné à traîner sur le canapé de Rita en sirotant des bières au lieu de se livrer à ses petites activités nocturnes ! Le destin cependant vient à sa rescousse ; un mystérieux individu enlève des personnes qu’il découpe méticuleusement, poussant la perversion jusqu’à les laisser en vie du début à la fin. Peut-on parler de tueur en série quand la victime est encore vivante mais qu’il n’en reste plus que le tronc et la tête ? (mais pas la langue, ni les dents, ni les lèvres. Faut pas pousser non plus ! Ah pas non plus les oreilles) Très vite, par le biais de sa sœur Deborah, elle-même policier, Dexter se retrouve mêlé à l’affaire, une affaire qui, qui sait, pourrait peut-être lui permettre de se débarrasser de l’agent Doakes sans se salir les mains…

Autant vous prévenir : c’est très cynique. Si dans la série Dexter semble être parfois humain, il n’y a rien de cette humanité dans le roman. Ecrit à la première personne, le récit est cependant plein d’humour et de verve, jouant sur le décalage entre les actions du personnage et ses sentiments réels. Dexter est un monstre, il l’admet volontiers, mais un monstre courtois qui est très gêné d’enfreindre les lois de la vie quotidienne et qui a une sainte horreur du sang. Ses efforts pour paraître « normal » donnent lieu à de grands moments de comédie, notamment ce passage où, incapable d’avouer une méprise à Rita, il se retrouve fiancé à cette dernière sur l’heure. L’intrigue a l’avantage d’être originale (vous en connaissez beaucoup vous de romans avec des victimes encore vivantes ?) et le style est vivant, ironique et volontiers corrosif. On pourrait croire que la philosophie de Dexter « Je tue ceux qui le méritent » donnerait lieu à de pompeux discours sur le prix de la vie et à une revendication plus ou moins douteuse de la peine de la mort (en gros : le héros n’est pas vraiment méchant puisqu’il tue les méchants) mais il n’en est rien. Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que Dexter est un monstre, ni pire ni meilleur que ceux qu’ils tuent. Dexter d’ailleurs ne justifie absolument pas ses actes : il se contente, comme Harry le lui a appris, à leur trouver un exutoire plus ou moins satisfaisant…

Dénué de bons sentiments larmoyants, captivant tout en étant très drôle, j’invite donc tout le monde à découvrir Dexter, tant en série qu’en roman d’ailleurs, ne serait-ce que pour satisfaire le petit monsieur Hyde que nous avons tous en chacun de nous…. Ames sensibles s’abstenir !

 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 15:52

Le désosseur

Jeffery Deaver

 

 

Conseillée par une lectrice, je me suis lancée avec confiance dans le roman de Jeffery Deaver Le désosseur. De cet auteur de récits policiers je n’avais jusque là rien lu et j’ai été agréablement surprise. Merci donc à Un ange passe pour m’avoir fait découvrir l’écrivain !

 

Tout commence lors d’un week-end à New York. C’est l’effervescence car une conférence de paix de l’ONU doit avoir lieu. Manque de chance c’est ce week-end là qu’un mystérieux tueur en série décide de sévir. Son mode opératoire est relativement simple : il kidnappe des gens, laissant sur place des indices pour les retrouver, et les fait mourir sans jamais lui-même porter directement la main sur eux…La police, un peu déboussolée, décide de faire appel à un de ses anciens criminologues, Lincoln Rhyme, blessé lors d’une enquête et condamné à rester paralysé pour la fin de ses jours dans sa chambre. Ce dernier, secondé par une équipe d’enquêteurs dont la jolie Amelia Sachs, va tenter d’identifier le tueur tout en collectant les indices qui lui permettront de sauver au fur et à mesure les différentes futures victimes… Mais il doit faire vite comprenez-vous : lundi, en effet, il a décidé de mourir.

 

Ne cherchez pas de profiler les yeux fermés en pleine extase ou de gros bras musclés qui vous terrasse le tueur en moins de deux tout en faisant les yeux doux à son alter ego féminin. L’originalité du roman tient essentiellement au personnage principal, Lincoln Rhyme, infirme, qui mène son enquête du fond de son lit et qui procède avec méthode et efficacité. Lincoln Rhyme est un personnage plutôt froid, assez obsessionnel, suicidaire, mais son handicap et surtout son caractère volontaire et cynique en font quelqu’un d’attachant. Le personnage d’Amelia, les yeux et les oreilles de Lincoln sur le terrain, est plutôt bien réussie aussi : cette jeune fille à priori parfaite physiquement, cliché parfait, est en fait affublée de gros défauts (un mauvais caractère, des ongles écorchés, une arthrite naissante, une conduite au volant plus que sportive) qui la rendent plus humaine et plus sympathique. Enfin, le portrait du tueur est réussi en ce sens qu’il n’est pas représenté comme un grand méchant inhumain inaccessible, mais comme un être à demi fou qui commet des erreurs.

L’enquête est bien menée. Concentrée sur deux jours, l’action gagne en intensité et produit un véritable sentiment d’urgence : il s’agit non pas tant de coincer un meurtrier que de sauver des gens avant qu’il ne soit trop tard. Avec toujours en tête cette interrogation : Lincoln va-t-il finalement oui ou non se tuer au terme de ce week-end ? Pas non plus de miracles : l’enquête apparaît comme logique, le portrait du tueur s’ébauche peu à peu et Deaver nous donne une foule d’informations sur la médecine légale qui sont des plus intéressantes. Le style est soigné et la fin de l’ouvrage surprenante. Personnellement je me suis trompée sur l’identité du coupable !

 

Un petit regret cependant : que l’auteur n’ait pas développé le côté « désosseur » du tueur. Nous comprenons vite que l’assassin est fasciné par les os mais cette fascination je trouve n’est pas assez explicitée et le titre du livre ne se justifie guère que dans les derniers chapitres. Mais peut-être était-ce pour rester dans la sobriété de l’ouvrage, sobriété qui tranche d’autant plus dans une littérature policière qui généralement joue sur la surenchère. Alors si vous aimez les intrigues bien ficelées et réalistes n’hésitez plus et faufilez-vous dans les souterrains remplis de rats du Désosseur

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 14:36
La chambre des morts
Franck Thilliez


Toujours dans notre série : « Lecture de vacances », passons maintenant au roman policier. Bon Franck Thilliez est connu. Si je me souviens bien, le livre dont je vais vous parler a été adapté il y a peu de temps au cinéma. J’avais déjà lu de lui la forêt des ombres et j’avais beaucoup aimé. J’étais curieuse de découvrir La chambre des morts mais cette lecture m’a rendue profondément perplexe…
Vigo et Sylvain sont deux paisibles français, l’un célibataire, l’autre marié et père d’une petite fille, vivant près de Dunkerque. Tous deux au chômage grâce à la magie de ce qu’on appelle les licenciements économiques. Un soir, après avoir commis un acte de vandalisme sur les murs de leur ancienne entreprise, ils percutent accidentellement un homme sur la route et le tue. Prévenir la police alors qu’ils roulaient trop vite et qu’ils viennent de taguer des murs ? Peut-être l’auraient-ils fait si à côté du cadavre, il n’y avait pas un sac avec à l’intérieur deux millions d’euros… Voilà donc nos deux paisibles français qui se transforment en apprentis meurtriers et font disparaître le corps en prenant l’argent. L’ennui c’est que cet argent devait servir à payer la rançon d’une fillette enlevée par un tueur en série qui découvre de ce fait que tuer est beaucoup plus drôle que de devenir riche… Ainsi commence une série de disparitions qui permettent à Lucie Hennebelle, jeune policière maman de jumelles, de faire ses premiers pas dans la tête des tueurs…
Avant tout je lance un appel : quelqu’un sait-il si La chambre des morts fait partie d’une série avec des personnages récurrents ? Je n’ai pas souvenir dans La forêt des ombres d’avoir croisé les policiers qui interviennent dans le récit, mais je pose la question car les personnages sont présentés de façon succincte, comme si l’auteur avait déjà fait ces présentations par le passé et qu’il n’éprouvait pas le besoin de revenir là-dessus. Ainsi on ne sait pas qui est le fameux Paul avec qui Lucie a eu ses enfants, pourquoi il est parti, ce que cache cette même Lucie dans son armoire aux portes vitrées pas plus que sa passion morbide pour les tueurs en série. De même on ne comprend pas l’intérêt de certains personnages comme la femme d’un taxidermiste, qu’on aperçoit de façon énigmatique au cours du roman et qui n’intervient plus par la suite. Alors ? De manière générale, ce que j’ai déploré le plus dans ce roman, c’est cet aspect « fouillis », comme si l’auteur s’était efforcé d’absorber tous les canons du récit policier et de tous les réunir dans un seul ouvrage. Ainsi nous avons l’aspect médecine légale, le côté serial killer, le suspense, l’humour à l’anglaise… Bref, un mélange qui peut paraître indigeste. Par exemple à un moment donné de l’histoire, en plein milieu du récit, Vigo, le chauffard voleur des deux millions explique tout tranquillement à son collègue comment faire couler un cadavre dans un marécage en lui perçant l’épiglotte. Suit un petit cours d’anatomie totalement en décalage avec l’action (les deux hommes viennent tout de même de tuer un homme et ne sont pas coutumiers du fait) De même, Lucie, empêtrée dans l’enquête se lance plus d’une fois sur de grands discours ou de grandes réflexions sur des sujets comme la taxidermie, les tueurs en série ou la dissection (bon appétit !) coupant net une action qui était bien partie. A côté de ça nous avons une intrigue un peu bâclée, le portrait du tueur en série est tout juste esquissé, la fin plutôt décevante avec des ficelles trop grosses pour remporter l’adhésion du lecteur.
Ceci dit le positif (car il y en a) est nombreux ! Certes Thilliez peine à trouver sa « patte » (était-ce son premier roman ?) mais au-delà de quelques maladresses, il sait déjà planter des décors sinistres et maintenir une ambiance glauque à sa narration du début à la fin. Ici, contrairement à du Mary Higgins Clark, les gentils enfants ne seront pas épargnés et le monde ne se divise pas en bons et méchants. Personnellement j’ai presque trouvé plus inquiétant les deux chauffards à priori « normaux » qui, suite à un accident se retrouvent impliqués dans plusieurs meurtres, que le tueur en série, plus conventionnel. Et que dire de la « gentille » policière Lucie, jeune mère, qui éprouve une fascination morbide pour les meurtriers et confessent avoir toujours été attiré par les psychopathes ? Là est le point fort de l’auteur à mon avis. Montrer qu’entre la raison et la folie, entre l’altruisme et le meurtre, il n’y a qu’un pas que nous pouvons tous un jour franchir si nous ne prenons pas garde….
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Published by beux - dans Polar
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