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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 19:03

L04.jpgRègne animal

Jean-Baptiste Del Amo

éditions Gallimard

2016

 

Quand on part en vacances comme je l'ai fait la semaine dernière, il est bon de prendre un livre léger, court et divertissant. Tout ce que je n'ai pas fait en emmenant avec moi Règne animal de Del Amo.

L'histoire est celle d'une famille d'exploitants, du début à la fin du XXe siècle, "spécialisée" dans l'élevage porcin. Eléonore, enfant au début du récit, matriarche à la fin, est le fil conducteur de ce roman que j'aurai bien du mal à décrire. Un seul mot me vient à l'esprit : glauque. Huis-clos glauque que cette ferme où aussi bien humains qu'animaux sont maltraités, instrumentalisés et réduits à leur fonction reproductrice ou à leur "utilité" : les animaux sont élevés pour leur viande, les hommes travaillent jusqu'à en crever. Et tout ça pour quoi ? C'est peut-être ça le plus terrifiant : rien dans le récit ne semble justifier ce massacre morne ni l'adoucir. La famille ne semble pas tirer fierté de sa propriété ni même cultiver des relations saines. De la mère bigote d'Eléonore au petit-fils qui voue une passion incestueuse à sa soeur, les sentiments sont dévoyés, malsains. Les descriptions sont atroces, d'une efficacité clinique. Bref, c'est glauque. Bien évidemment que c'est pas mal : c'est bien écrit, le récit est mené avec talent et l'auteur, en choisissant à dessein de passer sous silence des éléments de son histoire, crée en parallèle de son intrigue une sous-intrigue, tue par des personnages qui sont de toute manière avare en paroles (les dialogues sont quasi-inexistants dans Règne Animal) C'est donc une réussite littéraire, soyons d'accord. Après, je n'arrive toujours pas à déterminer une semaine après sa lecture si j'ai bien aimé ou non ce roman que je vous déconseille si vous voulez vous remonter le moral.

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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 18:26

L06.jpgComplètement cramé !

Gilles Legardinier

éditions Pocket

2012

 

Allez il m'en manquait un de Legardinier et une amie m'assurait que celui-ci était le meilleur. j'espère qu'elle ne m'en voudra pas trop pour cette note.

Andrew Blake, sexagénaire anglais, déprime sec depuis la mort de sa femme et l'éloignement de sa fille. Aussi pour changer d'air décide-t-il d'aller en France, pays natal de sa défunte épouse et de devenir majordome au service d'une veuve isolée. Là il va faire la connaissance de la cuisinière Odile, du régisseur Philippe, de la femme de ménage Manon et, bien évidemment de sa patronne Nathalie, la châtelaine. Au contact de ces personnalités aussi différentes qu'attachantes, Andrew va reprendre goût à la vie.

Bon, ce qui est pas mal dans ce roman c'est que pour le coup Legardinier renonce à ses héroïnes habituelles, ces jeunes femme en fleur gourdes qui aspirent au grand amour, pour nous décrire un héros un peu plus atypique, un homme qui commence à être sur le déclin et qui est persuadé que le meilleur est derrière lui. De même j'ai apprécié l'intrigue qui tient presque du huis-clos et qui s'articule essentiellement autour des relations entre les personnages, tous ces êtres profondément seuls mais qui, au contact des uns des autres, vont s'épanouir. Hélas, là où ça se gâte c'est dans la tendance de Legardinier à en faire des tonnes : au lieu de développer ces relations et d'en montrer toute l'ambiguïté et l'évolution (il y aurait eu par exemple quelque chose de très sympa à faire avec Philippe et Odile) l'auteur se contente de les simplifier à l'extrême (tout le monde s'aime et s'entend bien en deux coups de cuillères à pot) et d'opposer à ce groupe soudé et gentil un monde hostile et des "méchants" si caricaturaux qu'ils en deviennent irréalistes et ridicules, d'autant plus qu'ils répondent à des clichés : l'entrepreneur sans scrupules, l'aristocrate coincée et fourbe, les agents immobilers véreux... Sous couvert de faire triompher le "bien" l'auteur valorise une idéologie dangereuse où tous les moyens sont bons pour rendre "justice" y compris électrocuter une vieille dame (mais elle est méchante donc ça va) ou braquer des hommes (mais ils veulent dépouiller la propriétaire donc ça va aussi). Personnellement je trouve ça très limite et vraiment pas subtil. Enfin, ce qui m'a hérissée le plus dans Complètement cramé ! ce sont les dialogues. Pourquoi mais pourquoi l'auteur s'obstine-t-il à vouloir tout expliquer, tout analyser, tout commenter ? Prend-il vraiment ses lecteurs pour des idiots incapables de saisir la caractère d'Andrew ou la solitude d'Odile si on ne leur explique pas par A + B ? Résultat : les échanges sont tout simplement irréalistes et insupportables et j'ai plusieurs fois levé les yeux au ciel devant ces discours dégoulinants de guimauve et d'humour gras. Pour Legardinier je serais une méchante, comparable à la vilaine vieille dans le livre qui taxe toute gentillesse de mièvrerie parce qu'elle ne connait que le cynisme et la méchanceté. Argument fort commode qui lui permet d'éluder les faiblesses de son style et qui encore une fois démontre un manque de subtilité : on peut aimer les bons sentiments sans les voir étalés sur la place publique, on peut être apprécier les histoires d'amour qui ne se limitent pas à des gloussements hystériques ou à des considérations ridicules sur la différence entre les hommes et les femmes. On peut être cynique sans être mauvais, amoureux et pudique ou aimer les romans qui n'ont pas besoin sans cesse de se justifier. C'est pour ma part ce style moralisateur, mièvre, pontifiant et faussement naïf qui m'a très vite lassée dans Complètement cramé! et qui me fait dire que, cette fois, c'est définitif, j'en ai fini pour de bon avec Legardinier et ses romans.

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 15:39

L06.jpgLa fête est finie

Olivier Maulin

éditions Denoël

2016

 

Picot et Victor sont deux copains un peu paumés dans la vie : tandis que Victor, plutôt simple d'esprit, passe ses journées vautré sur le canapé à écouter Bach, Picot s'efforce de dégotter un travail. Il finit par dénicher pour son pote et lui un boulot de vigiles de nuit dans un parc de campings-cars. Ils sont tellement doués qu'ils s'endorment dans l'un des véhicules dès la première nuit et se le font voler par des roumains. Après quelques pérégrinations, ils atterrissent en Alsace où ils décident de s'installer dans un camping isolé. Là y vivent Rirette et son père, deux survivalistes convaincus que le monde court à sa perte et qu'il faut se préparer au pire.

Mouais. C'est supposé être drôle mais, franchement, je n'ai pas plus adhéré que ça. Le style est plus que léger avec ma bête noire, des points d'exclamation à toutes les sauces, histoire je suppose de rendre le récit plus vivant. L'erreur était de mener le récit à la première personne (c'est Picot qui raconte l'histoire) ce qui fait que toute distanciation est impossible. Surtout, ce qui m'a le plus gênée dans La fête est finie, c'est l'idéologie que j'ai trouvé assez malsaine. Si l'auteur pose un constat lucide sur l'écologie et la croissance, il le défend par l'intermédiaire de personnages alcooliques, de demeurés, de ploucs alsaciens et d'un nain espagnol à moitié fou qui à tous leurs problèmes ont une seule solution : le fusil. Maulin a beau y faire, j'ai eu du mal à m'attacher à cette clique qui fleure bon un populisme malsain sous un humour lourdingue (les situations amusantes sont tellement forcées qu'elles en perdent tout leur sel) et une ironie maladroite (le roumain qui explique que s'il est accusé de vol, il ira se plaindre à une association). Difficile de dire si l'auteur est sérieux et s'il adhère réellement aux propos de son narrateur et de sa bande, regrettant le Moyen-âge et adepte du braconnage et de la vie dans les bois. Je suppose qu'il faut faire le tri entre le bon grain et l'ivraie mais, pour ma part, j'ai très vite décroché de cette histoire profondément déprimante au fin fond d'une Alsace chauvine même si le personnage de Totor et quelques situations ça et là m'ont fait sourire. Pas suffisant pour  encenser un livre prétentieux et pas franchement bien écrit.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 17:22

L06.jpgOn regrettera plus tard

Agnès Ledig

éditions Albin Michel

2016

 

Tout commence par un quiproquo. Une confusion entre deux Agnès.

"Ah tiens! dis-je à ma collègue du rayon littérature alors que nous nous tenons devant les dernières nouveautés, je vais emprunter On regrettera plus tard. Il me semble que j'ai déjà lu cet auteur et que j'aime bien."

Je vois avec étonnement un combat intérieur se livrer sur les traits de ma collègue. Elle semble sur le point de dire quelque chose mais, finalement, se contente de me lancer "Ah très bien, comme ça tu pourras me dire comment c'est".

Inutile de vous dire que je suis tombée dans un traquenard : j'ai en effet confondu Agnès Desarthe avec Agnès Ledig, une confusion que j'ai très vite regretté.

Un soir d'orage, Eric, qui se trimballe en roulotte avec sa fille Anna-Nina depuis la mort de sa femme soit sept ans (ben quoi c'est une façon comme une autre de faire son deuil) vient chercher refuge dans la maison de Valentine, une instit qui vit dans un village perdu. Bien évidemment, c'est bien connu, comme dans tous les petits villages on est super accueillants, Valentine leur ouvre sa porte, les nourrit et les invite à rester chez eux le temps que Eric répare sa roulotte. Evidemment, elle se se prend très vite d'affection pour la petite qu'elle emmène avec elle à l'école (oui juste comme ça pouf ! Pas besoin d'inscription ni d'assurance, c'est magique) et partage avec le père quelques moments intimes sur la table de la roulotte (je... non rien). Le hic c'est qu'Eric a encore du mal à faire le deuil de sa femme et que Valentine ne supporte pas d'être en couple, traumatisée par l'histoire de sa grand-mère qui a attendu toute sa vie en vain son mari prisonnier des allemands.

Dois-je vraiment revenir sur l'histoire? Je pense que le résumé à lui seul vous donne une idée de la haute volée de ce roman. Je ne reviendrai même pas (enfin un peu quand même c'est trop tentant) sur les clichés qui émaillent le récit : le confort et la simplicité de la vie campagnarde face à l'anonymat de la vie parisienne, la gentillesse de ses habitants (c'est marrant, dans le village de mes parents, les trois quarts votent Front National et lâcheraient les chiens si une roulotte conduit par un inconnu arrivait) et, ah ça j'adore, l'innocence clairvoyante des enfants. Dans On regrettera plus tard, les enfants sont des modèles de pureté et de douceur : les élèves de l'école accueillent Anna-Nina sans problèmes, sans moqueries, ils sont adorables avec elle. Anna-Nina elle-même est une pub vivante pour l'adoption : elle a sept ans mais elle lit très bien, elle ne fait jamais de caprices et elle a déjà tout compris à la vie, ce qui donne lieu à des dialogues d'anthologie : Je pourrais faire quoi pour lui donner envie de lire le prochain chapitre ? Je suis sûre que tu as une petite idée... Lui dire que j'aimerais une autre maman ? Et que ce serait trop cool que ce soit toi ?" Si vous trouvez une gamine qui parle comme ça faites-moi signe : on dirait l'une de ces enfants dans les mauvais films américains, ces petites têtes blondes facétieuses que vous avez envie de claquer au bout de deux minutes. Ce qui m'amène au meilleur, c'est-à-dire au pire de ce roman : les dialogues.

Soyons précise : presque tout le livre est composé de dialogues. Les descriptions c'est trop difficile, l'ignorez-vous ? Le problème c'est que ces dialogues sont atroces : j'ai rarement lu des échanges aussi mauvais et aussi artificiels. Ah le vieux qui vit au fond de son patelin depuis des années mais qui explique avec sagesse au héros que Valentine est "compliquée comme le trafic aérien d'un aéroport international" ou la gamine qui trouve que "les grands réfléchissent trop". La palme revient cependant à Valentine et à son meilleur ami Gaël, instit également, qui, pendant que les gamins se balancent des cailloux dans la cour de l'école, devisent sur la vie, l'amour, la tristesse... Et là c'est l'apothéose, l'avalanche de comparaisons foireuses et de phrases chocs "ça se saurait si elle était simple la vie", "Je suis un livre ouvert, hein ? - Et quelques pages sont écornées, je crois.", "Une réponse sans chaleur, c'est comme un regard qui se pose ailleurs.". J'arrête ou je continue ? Je pense que vous avez saisi l'essence même du style de de Ledig, des sentences brèves, des appels à profiter de la vie, de l'amour et des tables de roulottes et des mauvais dialogues.

Inutile de vous dire que quelques jours après je suis retournée voir ma collègue, fort mécontente. Celle-ci a alors avoué :

"Ben en fait je voulais rien dire parce que j'étais curieuse de connaître ton avis mais ceux qui ont aimé le dernier Ledig ont également beaucoup aimé le dernier Lévy."

Au moins on ne pourra pas dire que moi je ne vous ai pas prévenus.

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 12:29

L02.jpgCelle que vous croyez

Camille Laurens

éditions Gallimard

2016

 

Tout commence par Claire, divorcée et presque quinquagénaire et qui, pour surveiller Joe, un amant volage, décide de se créer un faux profil Facebook. Elle se rajeunit de plus d'une vingtaine d'années et "emprunte" la photo de profil d'une belle brune mélancolique. c'est de cet alter ego fictif dont Christophe, l'ami de Joe, va tomber amoureux, embarquant bientôt Claire dans une série de mensonges compliquées par le désir qu'elle ressent elle-même pour cet homme de dix ans de moins qu'elle.

De Camille Laurens je n'avais lu que Dans ces bras-là il y a fort longtemps. Je me rappelle avoir été perturbée par le style et par la construction du roman et d'en être ressortie avec un sentiment assez mitigé. Celle que vous croyez m'a laissée la même impression. Mes réticences tiennent au style essentiellement : je n'accroche pas du tout avec l'écriture de l'auteur, précipitée, manquant de respiration, et tournée autour d'une narratrice omniprésente. Je trouve ça étouffant. J'ai également beaucoup de mal avec l'autofiction, avec l'auteur qui se met en scène sans pudeur : même si tout est inventé, que tout est faux (c'est le cas ici), l'écrivain-personnage est suffisamment crédible pour nous prendre en otage et nous "forcer" à ressentir de la sympathie. Cela m'insupporte car j'aime avoir le choix d'adhérer ou non au parti d'un personnage. Ce genre de littérature rend ça impossible, tout comme elle rend toute identification impossible : vous écoutez l'histoire d'une autre, il n'y a pas de place pour la vôtre. En revanche, la force de Camille Laurens tient dans la construction de son ouvrage. C'est un habile jeu de miroirs et de faux-semblants, d'illusions plus ou moins révélées. Nous avons d'abord le point de vue de Claire, internée dans un asile psychiatrique pour une raison que nous ignorons. Suit le bref point de vue du psychiatre de cette dernière qui fait voler en éclats les propos de sa patiente, puis le point de vue de Camille Morand, écrivain de son état, ruinant toute la véracité des témoignages précédents et, pour finir, le point de vue du mari de Claire qui apporte au roman un éclairage inédit. Au lecteur de démêler le vrai du faux dans ce labyrinthe de situations et de personnages qui l'hypnotisent littéralement. Celle que vous croyez est de plus une réflexion plus qu'intéressante sur le désir féminin : toutes les femmes de l'histoire, que ce soit Claire ou Camille, ont ce même refus d'abandonner, de renoncer à l'amour et au désir, tout en étant terrorisées par cette sentence dans l'oeil de l'homme, ce regard qui les condamne à la vieillesse et à la solitude. C'est un plaidoyer féministe qui n'a pas cependant pas le côté irritant "Girl Power" et tout le toutim (c'est d'ailleurs de mémoire ce qui m'avait déjà plu dans Dans ces bras-là. A cela s'ajoute une réflexion sur notre société actuelle, hyper-connectée mais qui n'a paradoxalement aucune transparence, où l'on peut réinventer sa vie en toute impunité, de la même façon que l'auteur réinvente la vie de son héroïne. Ainsi si Celle que vous croyez me laisse un sentiment étrange, je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé : il s'agit en effet d'un roman étrange et en trompe-l'oeil qui mérite qu'on s'y attarde.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 10:45

L01.jpgLa Terre qui penche

Carole Martinez

éditions Gallimard

2015

 

Carole Martinez a un style surprenant et elle le démontre une fois de plus dans son nouveau roman La terre qui penche. Encore une fois, elle prend pour cadre de son récit le domaine des Murmures mais cette fois deux siècles plus tard. Nous sommes en 1361 et Blanche, jeune fille de douze ans, est conduite là-bas par son père pour épouser Aymon, le fils du seigneur, un garçon simple d'esprit. Sur les bords de la Loue, la rivière traîtresse et trahie, dans la forêt hantée par les filles rouges et l'ombre de l'ogre, Blanche se lie avec son étrange fiancé tandis que la vieille âme qui partage sa tombe mêle sa voix à la sienne pour raconter son histoire...

Oui, je sais, le résumé a de quoi surprendre et même moi, en lisant le quatrième de couverture j'ai pensé : "Ok, cette fois, elle est partie trop loin". Le début du récit effraie un peu : Martinez raffole des phrases à rallonge, des descriptions hyperboliques, des accumulations d'adjectifs et on a parfois le sentiment que ce style que je qualifierai de baroque comble une histoire un peu creuse ou que l'auteur part tout simplement dans un doux délire sans plus se préoccuper d'être suivie ou non par son lectorat. Mais, tout comme dans Coeur cousu et Le domaine des murmures, le charme finit par opérer : peu à peu, comme dans un conte nous sommes pris dans le récit de cette gamine maigrichonne qui rêve d'amour et de liberté, de ce mélange d'innocence et de cruauté à l'image de la Loue verdâtre, et de l'alliance entre la magie et le réel qui fait intervenir pêle-mêle dans l'histoire des fantômes de fillettes et des chevaux magiques, des pédophiles devenus ogres et des chansons qui rythment le tout. Un jour, je suppose que le style de Carole Martinez finira peut-être par me lasser. Mais pas aujourd'hui.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 12:03

L03.jpgUne forêt d'arbres creux

Antoine Choplin

éditions la Fosse aux ours

2015

 

La rentrée littéraire est là mais mon courage m'a lâchée face à Delphine de Vigan, Laurent Binet ou encore Amélie Nothomb, les auteurs dont on ne cesse de nous parler ces derniers temps. A la place du coup, j'ai préféré me tourner vers un roman plus confidentiel, Une forêt d'arbres creux de Choplin. Choplin a entre autres écrit Le Héron de Guernica, un ouvrage dont nous avions déjà parlé ici et qui m'avait très fortement marquée. En revanche j'ai été assez déçue par Une forêt d'arbres creux relatant l'histoire de Bedric, un tchèque qui arrive dans une ville-ghetto avec sa famille et dont le métier consiste à dessiner plans et aménagements de bâtiments pour le compte du gouvernement. Nous sommes en 1941, la vie s'écoule misérablement, le quotidien rythmé par la faim, la monotonie et la peur des convois qui embarquent régulièrement des gens qu'on ne revoit jamais. Pour oublier, Bedrich et un petit groupe ont pris l'habitude de se réunir la nuit en cachette pour dessiner, mais cette fois librement, caricatures, instantanés du quotidien, paysages...

Comme pour Le héron de Guernica, il s'agit d'appréhender une tranche d'Histoire par le biais du dessin ou de la peinture. L'auteur privilégie les descriptions (il n'y a aucun dialogue dans le texte) pour capter les émotions, le ressenti des personnages, les journées qui s'écoulent.. Tout est brossé avec le plus grand soin et cela donne un style très pur et très beau. Malheureusement, contrairement au Héron de de Guernica, je n'ai pas été touchée. Une forêt d'arbres creux a pour le coup un côté très académique, très formel, mais sans réelle émotion. Le lecteur reste en retrait de l'histoire, admirant une écriture ciselée mais sans vraiment se sentir concerné, sans ressentir ce petit quelque chose qui fait d'une jolie peinture une oeuvre d'art et d'un roman bien écrit un bon roman. Dommage.

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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 10:28

L02.jpgMa vie de pingouin

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

2008

 

En route pour l'Antarctique ! Un groupe de Suédois part en voyage organisé pour une croisière de l'extrême au fin fond du pôle. Parmi eux, il y a la sémillante Alba, une septuagénaire qui s'amuse à relever les similitudes de ses compagnons de route avec les animaux qu'ils croisent, l'optimiste Wilma rongée par une maladie qu'elle tait et Tomas, un journaliste devenu dépressif depuis son divorce. Il y a aussi les vieux passionnés d'ornithologie, la quadragénaire nymphomane et son mari résigné, deux meilleures amies en chasse de deux séduisants veufs, une grande soeur qui tyrannise la petite, un homme imbu de lui-même et sa discrète épouse...

Une fois de plus, Mazetti, l'auteur du mec de la tombe d'à côté, se lance dans son exercice de style favori, confronter différents personnages et leurs points de vue en leur laissant la parole à tour de rôle. Il y a trois personnages, Alba, Wilma et Tomas, les narrateurs principaux, mais également quelques personnages secondaires qui interviennent de temps en temps pour s'exprimer. Pour ceux qui ont déjà lu du Mazetti, cet effet narratif n'est plus vraiment une surprise, d'autant plus qu'il est devenu très à la mode ces derniers temps et le procédé n'a absolument rien d'original. C'est cependant efficace, d'autant plus qu'il est assez intéressant de noter le décalage entre ce que les personnages croient penser et ce qu'ils pensent réellement. Wilma ne s'avoue que tard qu'elle aime Tomas, l'époux qui projette de tuer sa femme infidèle panique lorsque celle-ci disparaît, et même la blasée Alba ne se rend pas compte de l'attachement qu'elle éprouve pour Peter, son ancien amant. A travers toutes ces voix, la vie de la croisière se dessine, une vie marquée par les excursions, l'observation des oiseaux, les discussions le soir au bar du navire sur le réchauffement climatique et l'avenir de la planète. Ma vie de pingouin n'a certes pas le mordant du Caveau de famille et met à jour quelques faiblesses de son auteur : son propos un peu sucré, un certain manichéisme (Mazetti ne donne jamais la parole aux "méchants" : le mari tyrannique, la soeur acariâtre, l'épouse nymphomane) et une fin tirée par les cheveux. En revanche, le livre excelle dans les descriptions de la nature (la scène notamment avec le phoque attaqué par les orques est une merveille de cruauté) et dans des portraits optimistes de protagonistes qui, lors de ce voyage, se découvrent un peu eux-mêmes.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 18:02

L03.jpgFatima

Marek Halter

éditions Robert Laffont

2015

 

Nous avions parlé il y a peu du premier ouvrage de la série Les femmes de l'islam, Khadija, roman consacré à l'épouse du prophète. Dans ce deuxième volume, Fatima, c'est de sa fille qu'il est question. Fatima, fille de Khadija, est une jeune femme guerrière qui voue à son père une admiration et un amour sans bornes et est prête à tout pour le défendre face aux ennemis qui refusent de le reconnaître comme un envoyé de Dieu. Mais Fatima qui voudrait tenir le rôle du fils que son père a perdu ne tarde pas à se rendre compte que cela lui est impossible. Son entourage s'y oppose et lui impose le mariage afin d'assurer la descendance du Prophète.

Autant j'avais aimé Khadija autant j'ai eu plus de mal avec ce second tome. La faute à un style ampoulé, qui parfois reprend des passages entiers du Coran.Durant la majeure partie du livre, il est question des révélations de Mahomet et de ses agissements : ses doutes, ses combats contre les polythéistes, ses persécutions... Mais tout reste très linéaire et très plat, écrit avec un ton emphatique et un peu vieillot qui ennuie bien vite. Fatima elle-même n'est pas un personnage aussi intéressant que sa mère : cependant, il y a quelques passages touchants : la jalousie de Fatima face à la promise de son père, Aïcha, la souffrance de la jeune fille qui doit parfois faire face à l'indifférence de son père ou admettre qu'elle ne pourra jamais être à ses côtés dans la bataille.. Possessive, Fatima doit gérer son amour pour son père et son Dieu et apprendre l'obéissance. Si le propos reste plus que discutable, on ne peut qu'être un peu émue par ce portrait d'une femme tiraillée entre ses aspirations réelles et son devoir. Un roman léger mais agréable dont la suite devrait bientôt sortir.

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 11:08

Le jeu de l'absence

Jean-Daniel Verhaeghe

éditions Arléa

2012

 

L'inconvénient des piles à lire, c'est parfois de retomber sur des livres pas forcément d'actualité. Ainsi aujourd'hui je vais vous parler du jeu de l'absence roman de la rentrée littéraire... de 2012. Oui, je sais, mais en même temps, je vous rassure : c'était pas non plus un incontournable.

Ferdinand et Jeanne sont ensemble depuis le lycée et s'aiment tendrement. Ils ne conçoivent pas de finir séparés. Mais, un jour, Ferdinand, correcteur dans une maison d'édition, tombe sur un roman relatant l'histoire de deux amants âgés qui décident de se séparer volontairement pendant une année pour mieux se retrouver par la suite. Notre héros, séduit par ce "jeu de l'absence" propose l'idée à Jeanne qui accepte avec enthousiasme. Tandis que Ferdinand s'installe dans un meublé parisien, sa fiancée s'installe à La Rochelle pour terminer sa thèse sur Pierre Loti. Mais, si Ferdinand ne tarde pas à souffrir de cette séparation, Jeanne à l'inverse prend vite goût à la solitude.

L'idée de départ est plutôt bonne et j'ai vraiment apprécié la façon dont cela a été traité. Loin de nous pondre une histoire d'amour kitsch, Verhaeghe nous raconte l'histoire d'un couple trop fusionnel pour se rendre compte qu'il n'avait aucune identité. De même j'ai trouvé la fin plutôt bien exécutée. En revanche, Verhaeghe est de carrière un réalisateur de cinéma et de fiction télé et cela se voit à son style plutôt maladroit et assez convenu : phrases courtes se voulant choc, chapitres de moins d'une demi-page... De plus, il multiplie les références littéraires, ce que je trouve assez lourd quand c'est mal amené (comme c'est le cas ici) et, pour couronner le tout, l'auteur fait intervenir une touche de fantastique (le personnage du roman que traduit Ferdinand intervient dans le récit pour conseiller l'héroïne) qui détonne complètement et, de ce fait, tombe à plat. Pour résumer, une idée de départ intéressante mais gâchée par une façon de raconter plate et artificielle. Pas de quoi regretter d'être passée à côté il y a trois ans...

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