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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 16:03

Maudit KarmaL02.jpg
David Safier
éditions Presses de la Cité


Kim Lange, contrairement à Moll Flanders, notre héroïne de la note précédente, est elle une véritable peste. Animatrice de talk-show, cette femme ambitieuse a marché sur bien des cadavres pour en arriver là, négligeant son mari et sa fille au profit de sa carrière. Aussi, quand un morceau de station spatiale russe s'écrase sur sa tête (vraiment pas de chance), Kim a la désagréable surprise de se réincarner en fourmi! C'est seulement en accumulant du bon karma, autrement dit en faisant le bien, qu'elle parviendra à remonter dans l'échelle des réincarnations et à entrer dans le Nirvana. Mais, Kim a un autre objectif en tête que le Nirvana; elle veut récupérer sa famille et reprendre sa place auprès de sa fille et de son mari, mari qu'une ancienne amie, mais aussi rivale, est tout doucement mais sûrement en train de lui "voler"...
L'auteur n'a pas spécialement envie de s'attarder sur le bouddhisme et, contrairement à Bernard Werber par exemple (un auteur avec qui, personnellement, j'ai beaucoup de mal) ne se prend pas au sérieux. Aussi, ne cherchez pas ici dans l'histoire des réincarnations autre chose qu'un ressort narratif. Ne cherchez pas non plus dans Maudit Karma un style recherché. David Saffier est scénariste et ça se ressent: c'est drôle, écrit avec efficacité, mais pas forcément très littéraire. Qui plus est, l'auteur a la désagréable manie de mettre des points d'exclamation partout. Mais, je le répète, c'est drôle. A dire vrai, j'ai beaucoup aimé lorsque l'héroïne se retrouve dans la peau d'animaux divers et variés, avec mention spéciale pour le cochon d'Inde. En revanche, j'ai très peu goûté la fin du roman que j'ai trouvé convenue et somme toute assez moralisatrice (la palme du cliché revenant à la phrase finale). Dans l'ensemble, je regrette que le cynisme de l'héroïne, très réjouissant, soit contrebalancé par un sentimentalisme un peu gluant qui jure avec la légèreté du récit. J'ai parfois eu le sentiment en lisant Maudit Karma de regarder une de ces comédies sentimentales américaines faussement provocatrices mais dans lesquelles au final la morale est toujours sauve. L'histoire finit sur un happy end et tout le monde est content. Bah, pourquoi pas après tout? Maudit Karma n'est un grand roman mais c'est un bon roman pour se divertir un peu...

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 15:35

L04.jpgUn homme

Philip Roth

Editions Gallimard

 

 

Je m’excuse par avance : c’est la période des fêtes, vous êtes plein de bonnes résolutions, encore euphoriques, et moi je vous balance un livre bien déprimant dès le 2 janvier. Encore une fois, mille pardons.

Il faut dire ce qu’il est, l’ouvrage de Philip Roth, un homme, est loin d’être une bonne tranche de rigolade. Le ton est donné dès le début du récit puisque le livre s’ouvre sur l’enterrement du personnage principal. Ça, c’est fait me direz-vous. Après cet enterrement, le narrateur s’attarde sur le cercueil de l’homme et revient sur la vie de ce dernier, adoptant son point de vue, même si le « il » est toujours de rigueur, faisant du défunt un homme parmi les autres, un anonyme comme il en existe des milliers. Et que savons-nous de cet homme ? Que c’est un artiste contrarié, un peintre qui, pour faire plaisir à ses parents, s’est lancé dans la publicité ; qu’il s’est marié trois fois, dont deux presque contre son gré ; qu’il a eu trois enfants, deux fils qui le méprisent, une fille qui l’adore. Surtout, nous savons tout de ses maladies, depuis la hernie de son enfance jusqu’aux problèmes cardiaques qui finissent par l’emporter… Comme le dit si bien la quatrième de couverture, il s’agit surtout d’un roman centré sur le corps, un corps que le héros voit vieillir avec horreur sans pouvoir rien y faire et qui lui inspire des réflexions plutôt amères…

Voilà, les thèmes sont posés : solitude (notre héros, malgré sa hantise de la solitude, finit pourtant par vivre et mourir seul), maladie, vieillesse et mort. Happy new year ! La réflexion est cependant assez juste et a ceci de particulier de rester plutôt clinique si j’ose dire. Le personnage n’est pas particulièrement attachant mais sa condition inspire un réel sentiment de pitié et de malaise, sentiment que la plupart d’entre nous éprouvent devant la vieillesse et la mort. Ce n’est pas tant sur le personnage que nous pleurons que sur nous-mêmes et sur notre condition humaine. Là où Philip Roth pêche surtout, c’est dans le dialogue et le discours direct (l’adieu de sa fille Nancy devant son cercueil ou encore sa scène de rupture avec sa seconde épouse sont artificiels) mais, sagement, il limite au maximum ce genre de narration, se cantonnant la plupart du temps dans un registre qu’il semble maîtriser, la réflexion intérieure et le discours indirect. Ceci dit, heureusement que le texte est court car un peu étouffant, trop replié sur le héros, le roman conduit vite à un effet de saturation. Quant aux thèmes abordés, ils sont loin d’être gais et le pessimisme de l’auteur est pour le moins contagieux. Heureusement, dans toute cette grisaille, on notera le personnage de Howie, le frère du héros, qui apparaît comme une figure positive : plus âgé que notre homme, il n’est pas atteint par la maladie ou la solitude et sa vie semble exactement correspondre à ses attentes ; comme quoi, il ne faut jamais désespérer ! Ceci dit, ne vous inquiétez pas : je comprendrais tout à fait que vous ne fassiez pas de un homme une lecture prioritaire. Inutile de commencer 2010 en déprimant, mangez plutôt des chocolats, c’est bon pour le moral…

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 12:50

L03.jpgAu sud de la frontière, à l'Ouest du soleil
Haruki Murakami
éditions 10/18


Hajime, enfant unique, n'a jamais pu oublier son amie d'enfance, Shimamoto-San, elle aussi fille unique. Pourtant le temps et la distance les ont conduits à s'éloigner l'un de l'autre. Quand ils se retrouvent, à l'approche de la quarantaine, leurs vies à tous deux ont pris des directions radicalement opposées: Hajime est marié et heureux en ménage, père de deux petites filles. La vie de Shimamoto-San quant à elle est nimbée de mystère et la jeune femme semble traverser le monde en le fuyant. Pourtant, dès que ces deux-là se retrouvent, c'est comme si la vingtaine d'années derrière eux s'était effacée et les voilà prêts à entamer une histoire qui risque de faire voler leurs existences en éclats...
Pour ne rien vous cacher, j'ai trouvé cet article horriblement difficile à écrire, ne sachant comment aborder l'oeuvre. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil ne fera pas partie de mes ouvrages préférés de Murakami; le roman est très court, si bien que les personnages, esquissés, ne touchent pas vraiment. Or, l'histoire repose essentiellement sur ces amants impossibles que la vie a séparé avant même de leur laisser une chance. En effet, dès le début, le lecteur sait que la relation de ces deux-là est vouée à l'échec. Au sud de la frontière, à l'Ouest du soleil est aussi l'histoire d'une obsession. Hajime vit sa vie en rêveur éveillé, cherchant Shimamoto-San dans chacune des femmes qu'il croise. ce n'est qu'en retrouvant son amour d'enfant qu'il revit. De son côté, la jeune femme avoue n'avoir jamais pu oublier Hajime. C'est en revanche ce récit de l'amour obsessionnel que Murakami parvient à rendre avec une extrême justesse et sans lourdeurs: une chanson que le narrateur écoute car elle lui rappelle Shimamoto-San, une femme qu'il suit dans la rue car elle ressemble à son amour perdu... Autant de petits cailloux semés tout au long de l'histoire qui nous montre que Hajime, bien que marié et père de famille ne fait qu'attendre le retour de son âme soeur. C'est la conception d'un amour exclusif, passionné, auquel fait écho un amour conjugal tièdasse mais confortable affectivement et financièrement. Dommage; comme je l'ai déjà dit, le trait est à peine esquissé, les personnages paraissent fantômatiques (ce qui est peut-être d'ailleurs le but recherché) et si le style de Murakami est brillant (comme à son habitude) il ne m'a pas apportée la même émotion que lors de ma lecture de Kafka sur le rivage. C'est encore une fois une jolie tragédie, à la Roméo et Juliette pour le coup, mais trop froide pour me laisser des souvenirs durables...

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 13:51

Les vies privées de Pippa Lee
Rebecca Miller
éditions du Seuil


Si jamais vous vous sentez trop euphorique, rien de tel qu'un bon roman bien glauque pour vous faire chuter le moral. En route donc pour une petite lecture de Les vies privées de Pippa Lee.

Pippa Lee, cinquante ans, est une épouse dévouée à son mari Herb, un éditeur de trente ans plus âgé qu'elle. Lorsque celui-ci décide de tout vendre pour aller s'installer dans une banlieue pour retraités, elle le suit sans hésiter. Mais l'approche de la vieillesse et de la mort de son mari réveille en elle des pulsions qu'elle croyait avoir oubliées et un passé trouble dont elle avait fait table rase pour se consacrer à époux et enfants...
A vrai dire, je ne sais trop que penser de ce livre. C'est sans conteste très bien écrit et ça se lit d'une traite mais, misère, qu'est-ce que c'est déprimant! Il ne s'agit pas ici, rassurez-vous, d'une énième ingénue qui, prisonnière de son éducation et de ses préjugés, découvre la passion sauvage sur le tard et se vautre avec bonheur dans le stupre et la luxure. Dieu merci, le personnage de Pippa est plus complexe: elle a connu une jeunesse pour le moins tumultueuse et c'est uniquement par amour (et non pas par besoin de sécurité ou désir de se poser) qu'elle a décidé de mener une existence plus sage de mère et d'épouse. Cette existence d'ailleurs n'est pas forcément critiquée par l'auteur, qui en montre seulement les limites: matérialisme poussé à l'extrême, une femme qui s'efface totalement devant son mari et ses enfants, une enfilade de jours rythmée par le ménage et les courses... Ceci dit, la vie que Rebecca Miller oppose à ce rythme domestique est tout aussi décriée: la jeunesse de Pippa se déroule essentiellement dans les brumes de la drogue, se caractérise uniquement par du sexe débridé certes mais sans aucun plaisir, et une quête de soi qui a depuis longtemps perdu tout sens. En bref, quoi qu'elle fasse, Pippa n'arrive pas à se trouver, écartelée entre deux modes de vie, tiraillée entre culpabilité (épouse modèle elle a l'impression d'avoir usurpé sa place), peur (plus jeune que son mari, elle doit accepter la vieillesse et la mort de celui qu'elle aime tant) besoin d'amour et désir de liberté... Le dénouement, inattendu, ne permet pas de déterminer quel sera son choix final. Rebecca Miller ne se soucie guère d'apporter une réponse, pas plus qu'elle ne se soucie de construire une narration organisée ou d'avoir une intrigue ficelée. Tout l'intérêt du roman repose sur la psychologie des personnages en particulier des personnages féminins: Pippa bien évidemment, mais aussi sa mère et sa fille qui lui renvoient toutes deux une image d'elle-même qui la gêne profondément. En comparaison, les personnages masculins sont un peu ternes: le mari toujours très sûr de lui, refusant de se voir vieillir, le gentil fils studieux ou le père, brave pasteur un peu transparent... Autant de figures qui vont soutenir l'histoire et lui donner son cachet. Il faut juste résister à la tentation de s'ouvrir les veines après la lecture....

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 11:05

Trois femmes puissantes
Marie Ndiaye
éditions Gallimard




Le titre paraît curieux et en lisant la quatrième de couverture, on peut même prendre peur: "Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible". Horreur! Va-t-on encore se plonger dans les témoignages bouleversants de femmes fortes et déterminées à changer le monde? Va-t'on se sentir coupable de ne pas lutter nous-même à chaque instant pour notre dignité et nos principes?

Heureusement, le roman de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes est beaucoup plus subtil que son résumé ne le laisse supposer. Découpé en trois parties, chacune s'intéressant à trois femmes différentes, Norah, Fanta et Khady Demba, le livre adopte à chaque fois un point de vue narratif différent: l'histoire de Norah est racontée de son point de vue, celle de Fanta par le truchement de son mari Rudy et, enfin, celle de Khady Demba est narrée de nouveau du point de vue de la jeune femme, chacune de ses narrations s'effaçant à la fin de chaque partie pour laisser place au "contrepoint" c'est-à-dire à la voix d'un autre personnage qui donne ainsi au chapitre une interprétation "externe". C'est clair? Pas très? Tant pis, vous comprendrez si vous lisez le roman.

Norah est une femme métisse, de mère française et de père africain. Ce dernier, qui l'a abandonnée avec sa soeur quand elle était petite, lui demande un jour de venir la voir de toute urgence. Norah, pleine de sentiments ambivalents envers cet homme qu'elle déteste mais dont pourtant elle n'arrive pas à se détacher, ne tarde pas à découvrir que ce dernier n'a fait appel à elle que pour aider son frère, le seul de ses enfants que son père ait jamais aimé. L'occasion pour Norah de se remémorer sa jeunesse et son échec dans sa vie de couple et de famille. Narration glaciale, sentiments livrés à l'état brut, Marie Ndiaye joue ici la carte amour/haine (car la haine ne se rapproche-t-elle pas parfois de l'amour?) et le contraste entre la jolie métis attachée aux valeurs occidentales et à un certain "ordre" (une vie familiale organisée, un travail routinier) et la peur et la fascination que lui inspire un mode de vie radicalement opposé à la sienne, celle de son père (nourriture excessive, désordre, insalubrité) mais aussi celle d'un compagnon envahissant dont elle n'arrive pas à se défaire. Prise au piège entre deux modes de vie pour simplifier à l'extrême, le personnage ne parvient à trouver la paix qu'en acceptant cette dualité qui est le fondement de son existence.
Beaucoup plus sombre, mais à mon avis beaucoup plus intéressante, la seconde partie du roman se penche sur Rudy. Rudy est ce qu'on pourrait qualifier de raté. Professeur blanc en Afrique, il a été renvoyé du lycée où il enseignait et est rentré en France avec sa femme Fanta et son fils. Il leur avait promis une vie meilleure mais Fanta n'a pas pu trouver de travail et Rudy lui-même a été engagé pour vendre des cuisines par un homme qu'il déteste. Son patron d'ailleurs ne tarde pas à coucher avec sa femme. Trahi, se sentant abandonné, Rudy est rejetté par Fanta et son propre fils, méprisé et craint de ses collègues, et ignoré de sa propre mère qui consacre tout son temps à distribuer des prospectus sur les anges gardiens. La force de l'histoire tient à ce que, narration oblige, nous adoptons le point de vue de Rudy. De ce fait, nous compatissons à la solitude du personnage et ne comprenons pas forcément le regard que porte sur lui son entourage. Seul quelques fêlures soigneusement distillées dans le récit nous montrent la folie latente d'un homme tiraillé entre un passé douloureux, incarné par une mère sans chaleur, et un présent incertain, l'épouse Fanta dont les sentiments demeurent pour nous un mystère: à aucun moment, sa voix n'interviendra dans la narration, même lors du fameux contrepoint.
L'histoire de Khady Demba conclut tragiquement le roman. Jeune veuve, Khady Demba est rejettée par sa belle-famille qui l'engage à quitter l'Afrique pour l'Europe. Clandestine, Khady Demba ne parvient pas au terme de son voyage et est contrainte de se prostituer, trahie par son compagnon de route. Je ne vous dirai pas comment tout cela se termine mais ne vous attendez pas à une fin heureuse. Le récit est sombre. Ici l'Europe apparaît comme un mirage que nous savons factice (le lecteur sait d'emblée que l'héroïne ne trouvera pas le bonheur, ne serait-ce que parce qu'elle doit rejoindre sa cousine Fanta dont nous connaissons les propres difficultés) et Khady Demba apparaît comme un personnage balloté par les événements. Elle les subit sans une plainte, se réfugiant dans la conscience de sa propre valeur.
Au final, il est difficile de distinguer la "puissance" des femmes de Marie Ndiaye dans ces trois récits qui mettent en scène deux cultures différentes, celle de l'Afrique et celle de la France. Ici, pas de roman gentillet qui dit "Au fond nous sommes tous pareils, donnons-nous la main et faisons une ronde". C'est un constat plus amer qui met en avant les défauts des deux mondes et renvoie dos à dos la belle-famille africaine qui rejette la veuve sans enfants et la mère française plus préoccupée des anges gardiens que de la souffrance de son propre fils. Deux mentalités différentes, certes, mais les même préjugés et les mêmes bassesses. Alliance impossible? Marie Ndiaye elle-même semble hésiter. Cependant, au-delà du choc des cultures, il s'agit essentiellement de voir dans le roman une peinture des sentiments et des contradictions qui agitent chacun des êtres que nous sommes. C'est fait sans fioritures et avec une sécheresse même qui peut parfois déconcerter. Enfin, penchons-nous de nouveau sur le titre et demandons-nous en quoi les femmes de ce roman sont puissantes. Il s'agit ici je suppose de résistance passive: les héroïnes, soyons franche, ne jouent si l'on y réfléchit bien aucun rôle actif, se laissant porter par ce que faute de mieux on peut nommer "le destin" (même si personnellement je n'y crois pas, mais je ne suis pas l'auteur du livre) Leur puissance se résume alors à résister au mieux à ce destin. Norah ne peut lutter contre son père mais elle peut aider son frère; Fanta ne peut pas changer sa vie lamentable en France mais elle peut lui faire face par son silence méprisant et glacial; enfin, Khady Demba ne peut changer sa condition misérable mais elle peut la supporter en se souvenant chaque jour de qui elle est et de ce qu'elle vaut.
Trois femmes puissantes est un récit profondément pessimiste et plutôt désenchanté: ceci dit, les contrepoints de chacune des histoire apportent un éclairage différent qui incite le lecteur à y voir une lueur d'espoir: le père et la fille qui se retrouvent, une étoile, le sourire de Fanta... Une façon pour l'auteur de nous dire que, malgré tout, rien n'est jamais perdu...

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 16:12

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Mary Anne Shaffer/ Annie Barrows
NiL éditions



Déterminée à lire quelques nouveautés, je me suis lancée dans ce qui a été le grand succès inattendu de l'été; Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Un titre pareil, avouez-le, ça avait de quoi intriguer.

Sous forme de roman épistolaire, chassés-croisés de diverses correspondances, le récit relate l'histoire de Juliet, une jeune écrivain anglaise qui a connu un certain succès durant la guerre en publiant des chroniques sous un nom d'emprunt. Mais nous sommes en 1946, la guerre est désormais terminée, et Juliet cherche un autre sujet d'inspiration pour son prochain roman, roman qu'elle entend cette fois publier sous son vrai nom. C'est alors que lui parvient la lettre de Dawsey, natif de l'île de Guernesey, qui lui demande un service. Curieuse, Juliet entame une correspondance avec l'inconnu et ne tarde pas à en apprendre plus sur son île et sur un mystérieux club de lecture dont Dawsey fait partie: le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, club créé à l'origine uniquement pour tromper l'occupant allemand. De plus en plus intriguée, l'héroïne décide d'en savoir plus sur ce club et se lie d'amitié avec la plupart de ses membres, jusqu'au jour où elle décide de se rendre elle-même sur l'île. Elle y trouvera plus que ce qu'elle était venue chercher...

Que dire? C'est plutôt mignon. Non, le terme n'a rien de péjoratif, mais c'est faute de trouver un mot plus approprié. Disons que les deux auteurs réussissent le tour de force de parler de la guerre d'une manière grave et légère et à la fois, ce qui est peut-être au fond la meilleure manière d'en montrer toute l'absurdité. L'occupant allemand n'est pas réduit au rôle de nazi tonitruant éclatant d'un rire machiavélique, mais l'humour du style laisse aussi place à des scènes d'une rare violence dans lesquelles tout amusement a disparu (récit des camps de concentration, scènes terribles d'occupation). De ce point de vue là, c'est plutôt une réussite. L'héroïne est également attachante: joyeusement excentrique, toute en forces et en faiblesses, elle permet d'insuffler vie à des personnages tout aussi insolites: Sidney, l'éditeur paternaliste, le taciturne Dawsey, la romantique Isola ou encore l'énigmatique Elizabeth, autre personnage clé de l'histoire qui, paradoxalement n'interviendra jamais directement dans les correspondances.

Une seule petite critique, mais très légère promis: l'idée du roman épistolaire est sans conteste une très bonne idée et fait toute l'originalité de la narration, permettant aux différents personnages de s'exprimer "directement". Néanmoins, j'ai trouvé cette alternance de "voix" justement trop peu marquée: sans les indications, il serait difficile de déterminer qui est l'auteur d'une lettre bien particulière, le style restant sensiblement le même. Mais bon, à part ça, le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates reste une grande réussite, frais sans tomber dans le mièvre, et de la fraîcheur durant cet été étouffant, ce n'était vraiment pas du luxe...

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 15:11
La chaussure sur le toit

Vincent Delecroix

Editions Gallimard

 

 

Me revoilà. Il est temps de remettre un peu d’ordre dans ce blog qui a été squatté honteusement par la famille au complet. Désolée au fait pour les commentaires qui ont sauté : accidentellement j’ai fait une mauvaise manipulation ! Le retour n’est pas définitif mais normalement, d’ici fin septembre tout devrait être rentré dans l’ordre. La bonne nouvelle (ou la mauvaise diront certaines mauvaises langues) c’est que j’ai plein de notes d’avance du coup je risque d’avoir un rythme plus soutenu ces prochains jours et en octobre… (qui dit pas d’ordinateur dit beaucoup plus de lecture) Voilà, voilà, mille excuses à tous !

Reprenons en douceur avec un roman composé en fait de dix nouvelles, chacune ayant pour fil rouge… une chaussure sur un toit. Que fait cette chaussure abandonnée sur le toit de cet immeuble et qui diable a bien pu l’y mettre ? Autour de cette épineuse question, au demeurant totalement inutile, l’auteur, Vincent Delecroix s’amuse à imaginer dix histoires mettant en scène un personnage témoin ou acteur du phénomène, partant du principe, comme il l’explique dans sa neuvième nouvelle que « si l’on voulait dire la vérité de cette chaussure, il faudrait s’y prendre autrement (…) ne pas abolir le principe de raison, mais le saturer c’est évident (…) ne pas fuir l’explication, fournir toute l’explication, toutes les explications possibles. » Ainsi, la chaussure est tour à tour celle d’un amoureux agile, d’un bandit, d’un amant dépité, d’un fou, et même d’un ange !

La chaussure sur le toit est un exercice de style ; il pourrait être le résultat d’un atelier d’écriture : « Une chaussure sur le toit d’un immeuble : imaginez toutes les péripéties possibles qui ont pu aboutir à cette conclusion. » L’auteur d’ailleurs semble beaucoup s’amuser à broder sur le thème de cette chaussure et certaines de ses saynètes sont particulièrement réussies : l’histoire du chien et de son maître dépressif qui, convaincu d’être seul, finit par se retrouver seul pour de bon ; l’homme qui, au lendemain d’une fête n’a de cesse de rechercher une belle inconnue dont il n’a plus que la chaussure ; le présentateur de télévision frappé d’une crise mystique qui le conduit à la folie… Très à l’aise dans le registre léger et cynique, Vincent Delecroix est en revanche beaucoup plus maladroit dès qu’il s’aventure sur un terrain qui ne lui semble pas forcément familier. Ainsi, sa nouvelle sur une jeune fille dont l’amoureux sans papier se fait expulser par la police tombe complètement à plat. Trop larmoyante, l’histoire ne parvient pas à toucher. De même, sa réécriture d’une tragédie grecque dans un style contemporain est profondément ennuyeuse : incapable de s’approprier les personnages mythiques, le récit tourne à la pédanterie et, pour le coup, toutes les ficelles de l’auteur apparaissent avec leurs limites.

Vous l’avez compris : c’est inégal. Mais il est presque plus difficile de faire un recueil de nouvelles parfait qu’un roman parfait, ce qui n’est pas peu dire. Donc, s’il faut noter la prose de Vincent Delecroix, ce sera avec ce commentaire : « Peut mieux faire, mais néanmoins très encourageant. »  

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:23

Le convoi de l’eau

Akira Yoshimura

Editions Actes Sud

 

 

Japon. Un homme au lourd passé qui est resté de nombreuses années en prison pour le meurtre de sa femme, cherche la paix dans le travail d’ouvrier de chantier. Dans ce but, il s’engage dans une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Cette équipe a aussi un autre objectif : persuader les habitants d’un hameau perdu au fin fond de la vallée, hameau dont il y a encore quelques années personne ne connaissait l’existence, de renoncer à leur vie, de quitter leurs habitations et de laisser leur village se faire engloutir par les eaux. Très vite, un lien étrange va s’établir entre ces mystérieux autochtones condamnés à l’exil et les ouvriers du chantier, notamment avec le narrateur qui, grâce aux habitants du village,  parviendra enfin à retrouver la sérénité…

Récit bref, avec une absence quasi-totale de dialogues, Le convoi de l’eau est un livre étrange, typiquement japonais si j’ose dire, avec des descriptions qui, bien que concises n’en sont pas moins extrêmement parlantes. C’est étonnant la façon dont l’auteur en peu de mots parvient à restituer des images ou d’une grande violence, ou d’une grande beauté. Il lui suffit de peu de choses : la tache blanche que fait la robe d’une jeune fille du village, pendue à un arbre pour avoir été violée par l’un des ouvriers du chantier, la pluie qui tombe sur les tentes des ouvriers, le sons des mousses des toits qui s’écroulent… Tout est rendu avec une grande justesse et donne au roman un aspect fantastique et très déroutant. Les habitants du village deviennent des sortes de créatures oniriques, agissant selon des desseins qui sont connus d’eux seul et cet aspect est renforcé par le fait qu’aucun d’entre eux ne parle durant tout le récit. Un peu troublé, le lecteur avance à tâtons dans cet univers, guidé par le narrateur qui révèle lui-même les aspects troubles de sa personnalité au fur et à mesure du récit. Aveugle guidé par un borgne, nous n’avons qu’une solution : adhérer à notre tour à cette histoire, célébration de la nature et du souvenir, intemporelle et  sans complaisance. Le convoi de l’eau, pourtant parsemé de descriptions assez violentes (l’assassinat de l’épouse, le suicide de la jeune fille du village, la découverte du corps de l’un des ouvriers ou encore le récit des cruautés du narrateur) est un roman paradoxalement apaisant ; dans la mesure où la narration est dépourvue de tout jugement critique (seuls les chefs de chantier chargés d’évacuer les habitants du villages sont clairement blâmés) elle devient avant tout une sorte de refuge, un no man land à l’image du hameau dans lequel ni le bien ni le mal n’existe vraiment et où la rédemption devient possible. « Puissiez vous vivre des jours paisibles… » Pour le narrateur, le chantier est l’occasion de retrouver cette paix auquel il aspire. Pour nous… Et bien c’est juste une parenthèse silencieuse dans une réalité criarde. Mais ça fait du bien quand même…

 

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 22:26

La fenêtre panoramique

Richard Yates

Editions Robert Laffont

 

 

Promis, ça restera entre nous mais ne vous êtes-vous jamais dit quelquefois que vous valiez tellement mieux que tous ces ploucs autour de vous, tous ces abrutis dont la seule ambition se résume à avoir une jolie maison, deux enfants trois quart et la télé par câble ? Tous ces gens sans curiosité intellectuelle qui se contente d’une vie étriquée, sans soif d’absolu, sans idéaux, sans but ? C’est humain d’avoir ce genre de pensées fugaces… mais c’est très probablement faux, du moins si l’on en croit Richard Yates et son livre La fenêtre panoramique.

Etats-Unis, années 50. April et Frank Wheeler sont des jeunes gens cultivés et avides d’expérience. Ils s’aiment, tout du moins le croient-ils et chacun se renvoie une image qui les ravit, celle d’un être exceptionnel, au-dessus des petits-bourgeois bien pensants. Nous valons tellement mieux ! Seulement voilà : April tombe enceinte « trop tôt » et le couple se voit « contraint » d’emménager dans une maison  dans la banlieue new-yorkaise, tandis que Frank trouve un travail dans l’entreprise de son père. Une situation que nos tourtereaux vivent plutôt mal. Naissance d’un deuxième enfant. La routine s’installe ; les voisins gentils mais un peu bêtes, la voisine collante, les enfants bruyants, la tondeuse qu’on doit passer les jours de congé, la vie ordinaire dans une banlieue américaine… Les disputes entre April et Frank Wheeler se multiplient mais leur couple continue à se réfugier derrière leur propre sentiment de supériorité jusqu’au jour où April décide qu’il est temps pour eux de larguer les amarres et de partir en Europe, à Paris, pour « trouver » un sens à leur vie. Une solution qui va bientôt les mettre face à une réalité des plus désagréables…

On s’y tromperait presque en voyant la jaquette du livre présentant Leonardo Di Caprio et Kate Winslet tendrement enlacés, tout comme certains ont dû avoir un choc en allant voir Noces rebelles, l’adaptation cinématographique de La fenêtre panoramique, croyant assister à une séance de Titanic II, le retour. De l’amour il n’y en a absolument pas dans ce roman d’une noirceur et d’un cynisme absolu. Les personnages sont plutôt antipathiques. Richard Yates décrit avec un style brillant et un absolu manque de compassion le parcours d’un couple gonflé d’orgueil qui se révèle aussi vide que leurs voisins. Ce n’est pas non plus une apologie du modèle banlieusard : l’auteur se montre tout aussi impitoyable avec le personnage de Mrs Givings, la vieille voisine  confortablement installée dans son existence et qui délaisse un fils devenu fou, le point noir d’une vie bien rangée, ou encore avec Milly, la voisine un peu cruche qui se contente de se calquer sur son mari, à l’exact opposé d’April. Quant à son époux Shep, qui a rejeté une famille d’intellectuels pour une vie de petits bourgeois, il représente le double inversé de Frank, qui lui essaie au contraire de se démarquer d’une famille modeste et bien rangée.  Bref, quoi que les gens tentent de faire, ils se retrouvent d’une façon ou d’une autre pris au piège.

Le ton du récit est donné dès le premier chapitre. April fait partie de la troupe de théâtre amateur du quartier. Seule bonne actrice, elle joue au début très bien dans la pièce mais la médiocrité de ses compagnons a raison d’elle et son jeu devient de plus en plus faux et de plus en plus compassé. Le constat de Yates est sans appel ; aspirer à l’absolu est illusoire. On peut lutter contre son environnement, pas contre ses propres faiblesses…

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 00:04

Une partie du tout

Steve Toltz

Editions Belfond

 

 

Il y a des livres qui font partie de ce que je nommerai les inclassables comme La maison des feuilles un roman expérimental, fantastique sans vraiment l’être, qui mélange les narrations, les styles et pousse l’écriture à un niveau extrême. Il y a les romans de mon chouchou Murakami, voyage entre onirisme et réalité la plus crue. Et, aujourd’hui, j’ai découvert un autre inclassable : Une partie du tout de Steve Toltz.

L’histoire est difficile à raconter et ce n’est pas pour rien que la couverture représente un labyrinthe ! Le livre met en scène le personnage de Jasper Dean et de son père, Martin. Martin est un misanthrope, un philosophe aigri que la vie a condamné à rester dans l’ombre de son frère, Terry, criminel auréolé de gloire pour avoir tué des tricheurs et des escrocs. Mais comment lutter contre une légende ? Martin a essayé d’inculquer à son fils ses propres valeurs, sa haine du système, son admiration pour les penseurs et son mépris pour ses pairs. De son côté Jasper cherche en vain à se construire sa propre identité, dans la recherche de sa mère disparue, dans ses propres expériences amoureuses et dans ses choix. Mais, de la même manière que les personnages voyagent pour finalement revenir à leur point de départ, l’Australie, tout semble le ramener à ce père tant aimé et tant haï à la fois….

Difficile de dire qui est le héros de l’histoire. Le récit est celui du fils mais entrecoupé par le témoignage du père sous forme de discours, de souvenirs racontés ou encore de carnets de voyage, si bien qu’en fin de compte, c’est plutôt la figure du père qui prédomine. Autour de ces deux personnages forts gravitent une kyrielle de rôles secondaires, mais non moindres : Eddy, le thaïlandais, l’unique ami de Martin, Caroline l’amie d’enfance amoureuse de Terry et aimée de Martin, Astrid, la mère mystérieuse tragiquement disparue, Anouk, la jeune femme de ménage dynamique accroc à la méditation et aux bonnes ondes… Difficile aussi de déterminer la tonalité du roman, qui oscille sans cesse entre franche tragédie (le suicide de l’ami de Jasper, la folie d’Astrid) et humour absurde : Martin qui perd la tête et décide de se construire une maison au milieu d’un labyrinthe, la rencontre entre Anouk et nos deux héros, le père et le fils qui chacun à leur tour feignent de construire une cabane, embauchant en vérité des ouvriers pour le faire… Une partie du tout est plutôt déconcertant et je ne parle pas que du style : chaque page présente des idées et des théories qui sont mis à mal à la page suivante et embrouille d’autant plus le lecteur. En fin de compte, on reste toujours sur des questions sans réponse : Martin est-il un génie ou un fou ? Amoureux de la vie ou au contraire aigri ? Jasper ressemble-t-il à son père ? L’aime-t-il ou le déteste-il ? C’est je pense ce qui fait tout le charme du livre mais qui pourrait peut-être rebuter certains lecteurs. Car si le livre est féroce, il l’est avant tout pour ses personnages et il faut tout le génie de l’auteur pour rendre crédible Martin et Jasper sans tomber dans la caricature. Le plus fort c’est que ça marche ! On adhère totalement à cet univers un peu déphasé où le père et le fils sèment leurs invités dans le bush australien, où Martin propose de rendre millionnaire ses pairs et où Terry tue allégrement les sportifs véreux. Certains dialogues sont tout simplement irrésistibles de drôlerie et la narration évite tout aussi bien le pathétique larmoyant que la morale sentencieuse. Dire que j’ai adoré ce livre serait un peu exagéré car il comporte quelques longueurs, surtout sur la fin. Mais ne serait-ce que d’un point de vue stylistique, il serait vraiment dommage de passer à côté….quitte à se perdre un peu dedans !

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Published by beux - dans Roman
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