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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:02

Encore une danse

Katherine Pancol

 

 

La musique commence. Chef d’orchestre : Katherine Pancol, l’auteur du best-seller Les yeux jaunes du crocodile. Ça commence comme une ronde ; les personnages se mettent en place et tour à tour sortent du cercle pour interpréter leurs pas. Nous avons l’insupportable Clara, célibataire de 36 ans, impétueuse, amoureuse du beau Rapha, l’artiste rêveur au regard perdu. Ensuite vient Agnès, la mère de famille petite souris, engoncée dans une vie confortable mais un peu étroite pour ses espérances. Puis c’est le tour de Joséphine, la bourgeoise provinciale délurée qui trompe son mari médecin, amoureuse de Philippe le frère de Clara mais chut ! ça personne ne le sait et surtout pas Clara qui ne le supporterait pas (on vous avait prévenus qu’elle était tête à claques celle-là) Enfin, l’élégante et froide Lucille clôt la série. Trois femmes et deux hommes donc si vous suivez bien.

Bon c’est assez ennuyeux pour quiconque n’aime pas tenir la mains des autres et chanter en chœur. La musique est à un moment donné un tantinet grinçante et c’est sans doute le passage le plus réussi de l’histoire. Figurez-vous que Rapha, amoureux de Clara et vice-versa, découvre qu’il a peut-être contracté le sida (attention c’est de la danse moderne tout de même. Vous inquiétez pas on parle aussi de chômage de sexe, de drogue et de pédophilie dans ce roman. Tant qu’à faire...) Drame et sueurs froides. Il se résigne à avouer la vérité à Clara qui à son tour se confie à ses copines. Re-drame car toutes ses copines, à l’exception de Joséphine, ont couché à un moment donné avec Rapha (Joséphine elle a couché avec Philippe, vous ne suivez donc pas ?) Du coup c’est une occasion pour l’auteur de lever les masques et d’éreinter gaiement ses personnages. Qu’est-ce que ça fait du bien de se moquer de ces femmes modernes qui ne se sont pas privés d’éreinter leurs amants/maris, l’homme jaloux, l’époux stupide, l’amant infidèle, le mari froid ! Ôtez le fard et nous voici avec une Clara égocentrique qui ne conçoit pas que le monde puisse tourner autrement qu’autour d’elle, une Joséphine nymphomane, une Agnès pitoyable, une Lucille prétentieuse et hautaine… On espère avec délectation un inévitable clash. Hélas ! Les violons se déclenchent et c’est l’inévitable slow langoureux. Cette fois les couples se forment. Clara et Rapha, Philippe et Joséphine… Agnès retourne, résignée, avec plus ou moins d’entrain vers son mari lourdaud tandis que Lucille reste sur place. La guimauve n’est pas loin.

Non sincèrement je ne peux pas. D’une part, je n’adhère absolument pas au schéma du couple « nous sommes liés pour la vie et nous nous regarderons dans le blanc des yeux pour le reste de notre existence tout en visitant le monde (pas facile mais Clara et Rapha savent faire ça) et en mangeant des produits sains (car, rassurez-vous, pour le prix modique d’un livre de poche, Katherine Pancol vous gratifie en plus d’un cours sur l’hygiène et sur les méfaits du Mac Do) » Bref, ce type d’amour sirupeux et soi-disant transcendant m’ennuie profondément. D’autre part, je trouve que loin de tirer parti du triangle amoureux Clara/Rapha/Lucille, l’auteur le simplifie à l’extrême pour le résoudre d’une manière que je déteste : en fait Lucille n’est pas amoureuse de Rapha comprenez-vous, enfin pas vraiment, parce qu’elle n’a jamais été aimée, ne peut donc pas comprendre ce qu’est l’amour et, de toute façon, est froide et mauvaise donc, mérite de rester seule.  Ce qui m’amène au dernier point, celui de la philosophie de Katherine Pancol qui n’est pas pour me plaire, l’idée sous-jacente d’une destinée. A ce titre le personnage d’Agnès est exemplaire ; voilà une femme qui tente de sortir d’une vie médiocre, qui aspire à un peu d’aventure et qui comprend toute seule que l’aventure n’est pas pour elle qu’elle est faire pour une vie simple et sans histoires avec un mari qu’elle aime ??? Bref, à chacun son rôle, à Clara ou Joséphine les passions sublimes, retourne dans tes pénates misérable femelle et fais le ménage. Et Lucille… C’est sans conteste le personnage le plus caricaturé de l’histoire, celle qui, de par sa prétention et son narcissisme, est condamnée à être privée d’amour. Fin de la leçon. Les cavaliers ont été choisis avant la danse, on va pas tout recommencer non plus.

Voilà. Libre à vous de danser en versant une petite larme sur une mélodie pas toujours déplaisante et de minauder sur des paroles faciles pour quadragénaires nostalgiques. Quant à moi, je me risquerais peut-être un jour à lire un autre ouvrage de Pancol mais pour l’instant… « Encore une danse ? » « Non merci, j’ai mal aux pieds. »

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 00:00

Je suis un chat

Natsume Soseki

 

 

 

Bien que n’étant pas spécialiste des blogs, il paraît qu’on y parle beaucoup de chats. J’aime beaucoup les chats mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en parler alors aujourd’hui j’en profite. Pas de panique ceci dit, je ne joindrais pas de photos de chatons batifolant avec une balle ou celles de mon propre animal de compagnie qui présente de toute façon des tendances schizophrènes inquiétantes, impropres à la diffusion.

Selon un ouvrage des plus sérieux, Homo disparitus, il apparaît que si l’humanité venait à disparaître du jour au lendemain sans raison particulière, le chat, à la différence du chien qui deviendrait vraisemblablement une race en voie d’extinction, s’en sortirait on ne peut mieux, même les plus pantouflards d’entre eux. Une nouvelle soutient que, si Dieu existe, c’est un chat ; et après tout quand on y songe il est clair que c’est la bête qui comprend le mieux  le principe de la vie. Tout en conservant toute son autonomie, il se fait entretenir en toute sérénité. Que rêver de mieux ?

 Les chats passionnent peut-être les blogueurs mais, désolé Boulet, il passionne aussi les écrivains. Ainsi, aujourd’hui je vais vous parler d’un roman japonais du début du 20e siècle qui a pour narrateur…. un chat (quelle surprise non ?) Notre héros, matou abandonné, atterrit dans une maison où l’on fait si peu de cas de lui qu’on ne lui donne même pas de nom. Nous sommes au début de l’ère Meiji, ce qui correspond à la période où le Japon quitte le Moyen-âge pour s’ouvrir aux autres pays, en particulier à l’Occident et amorce sa révolution culturelle. C’est donc par le regard du chat, objectif, curieux et volontiers critique que l’auteur, Natsume Sôseki, lui-même professeur, nous invite à découvrir le quotidien d’un enseignant d’anglais et de sa famille et, par extension, celui d’un pays alors en pleine mutation. Ceci dit, l’ironie réside justement dans cette forme de narration ; imaginez un roman sur mai 68 vue par une paisible mère de famille qui ne quittera pas sa cuisine durant tout le récit et vous aurez à peu près une idée du type d’ouvrage qu’est Je suis un chat. Le héros ne quitte guère la maison ; les quelques scènes d’extérieur se passent essentiellement chez les voisins ! Publié sous forme d’épisodes dans un journal de l’époque, le roman est à envisager comme différentes saynètes au cours desquelles l’auteur se penche sur un sujet particulier. Les personnages sont peu nombreux : nous avons le professeur hypocondriaque, ennuyeux, incompétent, chahuté par ses élèves et volontiers pompeux ; nous avons la femme qui devient chauve et trois fillettes parfaitement ordinaires ; la servante maussade ; l’ami « esthète » qui débite fariboles sur fariboles avec un parfait enthousiasme ; l’ami « philosophe » qui prône la vanité de la vie et s’endort sur son jeu de go ; l’homme d’affaire vénal ; le jeune étudiant qui étudie la pendaison d’un point de vue dynamique…Bref, un échantillon parfait de personnalités complémentaires qui se croisent, se battent et, essentiellement, parlent. Un seul être prête réellement l’oreille à leurs discours, le plus souvent stériles, le chat. Du point de vue du professeur, nous avons une discussion sérieuse entre gens importants ; l’animal lui ne voit guère que quelques bonhommes rougeauds qui s’échauffent dans un salon ce qui donne aux dialogues une curieuse sensation d’irréalité. Tout est tourné en dérision et le ton du roman est volontiers critique puisqu’il pointe les dangers de l’occidentalisation, notamment dans ce dernier chapitre, savoureux, où l’esthète explique que grâce aux progrès, le seul moyen de ne pas mourir sera de se suicider, confrontant la civilisation orientale, empreinte de bouddhisme et de résignation, à l’occidentale, celle qui ne veut pas admettre la défaite. Cependant, l’occidentalisation n’est pas remise en question (l’auteur a lui-même étudié à l’étranger, comme l’y encourageait son époque) : elle est vue surtout comme inévitable.

Cynique et plein d’humour, le roman se lit facilement. Il reflète les craintes et les espoirs d’un pays qui sait qu’il est en pleine mutation et qu’il ne peut rien faire contre « le progrès ». Le style est alerte, les descriptions amusantes et souvent corrosives. Rien n’est épargné même pas le chat qui, il faut l’avouer, ressemble plus à Garfield qu’à un animal de concours. Ceci dit, nous ne pouvons nous empêcher d’éprouver une certaine sympathie pour tous ces personnages qui, peut-être justement parce qu’ils sont affublés de défauts et de ce fait profondément humains, sont très attachants…

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 21:18

Ulysse

James Joyce

 

 

Non je n’ai pas décidé d’arrêter ce blog, pas plus que je ne suis passée sous un train depuis la dernière fois. Mais c’est seulement depuis hier que je suis venue à bout d’Ulysse, le pavé de 1000 pages de James Joyce.

Ulysse est une référence en matière de littérature. Pourtant, toutes les personnes que j’ai interrogé (et pas des plus bêtes) m’ont avoué qu’ils avaient été incapables de le lire jusqu’au bout, ce qui n’a pas été sans me faire peur. J’ai compris assez vite pourquoi.

L’intrigue ? Assez difficile à expliquer. Pour résumer à l’extrême, une journée à Dublin vécue essentiellement par deux personnages, Dedalus et Bloom. L’un est un jeune professeur honte de son père, l’autre un juif de la quarantaine blasé, tous deux portés sur les femmes et l’alcool. Ceci dit, si la narration tourne autour de ces deux personnages, elle adopte une multitude de points de vue et permet ainsi d’embrasser une foule de protagonistes secondaires, une Pénélope désoeuvrée, des jeunes saintes-nitouches pas si farouches, des prêtres alcooliques, des prostituées, etc.

S’il ne s’agissait que de la profusion de personnages on pourrait s’en sortir (après tout j’ai bien survécu à l’épopée des trois royaumes) mais là où ça se complique, c’est que non content de multiplier les références littéraires (la plus évidente étant évidemment l’Odyssée d’Homère) James Joyce prend un malin plaisir à inventer des mots, à démolir sans cesse la structure de son roman en sautant  indifféremment du récit théâtralisé au texte écrit d’une traite en passant  par la narration standard et à utiliser indifféremment le style épique et le langage parlé. Au final un joyeux mélange sans queue ni tête.

Au début, pleine de bonne volonté, j’avais décidé d’aborder le texte de la meilleure manière qui soit : dans le silence, l’esprit reposé, prête à bondir sur le dictionnaire en cas de besoin. Las ! J’ai failli abandonner puisque dès le premier chapitre, une évidence s’est imposée à mon esprit : Je capte que dalle ! Les personnages sortent d’on ne sait où, font on ne sait quoi, tiennent des propos sans queue ni tête, se remémorent des souvenirs que nous ne connaissons pas… J’ai tenu bon. J’ai essayé toute sorte de lectures tandis que j’avançais péniblement : j’ai déclamé à voix haute (pour ceux qui se gausseraient sachez que la lecture à voix haute entraîne plus le cerveau que la lecture silencieuse) je suis restée en contemplation devant certaines pages pendant dix minutes (que diable veut-il dire par là ?) j’ai essayé de lire tantôt le matin tantôt le soir… Le roman restait pour moi une énigme.

Et finalement j’ai trouvé ! Ce week-end j’ai fait en moyenne douze heures de train. Seule lecture : Joyce. Et curieusement, c’est à moitié malade (début d’insolation) et complètement crevée par des levers extrêmement matinaux que j’ai pu enfin entrer dans le récit. Ça y était, mon esprit embrumé ne trouvait plus étrange les divagations de l’auteur et de ses protagonistes, ma conscience abrutie appréciait le style décousu et les mots-valises… Bref, j’ai lu les 700 pages qui me restaient sans presque m’en apercevoir.

 

Conclusion ? Ulysse, à mon sens et comme le souligne la postface, est un roman qui cherche à imiter la conscience humaine, tout en contradictions, en fouillis et en répétitions. Il est vain de lutter contre le texte en cherchant à se l’approprier. Personnellement, j’avoue humblement ne pas avoir saisi toutes les références culturelles qui fourmillent dans le récit, car Joyce ne se réfère pas seulement au texte d’Homère, mais également à Shakespeare, à l’histoire de son pays, à Aristote, aux textes bibliques… bref, il faudrait être un génie pour pouvoir en saisir toute la trame, ce que je ne suis malheureusement pas. J’ai opté pour une lecture facile ; je me suis laissée porter par un style unique et un humour ravageur, j’ai cherché à établir le parallèle avec l’Odyssée, relevé quelques allusions et je me suis contentée de suivre Joyce dans son délire personnel, tout en jeux de mots et en facéties (à l’instar de Nabokov, Joyce est un des auteurs qui me font regretter de ne pas savoir lire assez bien l’anglais pour pouvoir l’aborder en version originale) Bref, j’ai passé un bon moment, mon chapitre préféré restant incontestablement celui de Circée, chapitre sous forme de pièce de théâtre où réel et imaginaire se lient de façon inextricable si bien qu’il est difficile de dissocier les deux.

Délires d’ivrogne et pleurs d’un enfant, un enterrement et  une naissance, le jeune et le vieux, la prostituée et la jeune vierge, le mari infidèle et l’épouse lassée, crieurs de journaux et chants d’opéra, l’œuvre de James Joyce est le reflet de notre propre vie, à la fois tragique et comique, mesquine et sublime. Et si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à le lire. Euh un petit conseil néanmoins ; sauf si vous êtes un surdoué, buvez un petit coup avant ou faites comme moi, abordez-le avec un bon manque de sommeil. Si j’osais, je dirais presque que Ulysse est un roman surréaliste qu’il faut aborder avec un état d’esprit bien particulier….

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 12:33

La cathédrale de la mer

Ildefonso Falcones

 

 

J’ai fait un rêve bizarre cette nuit. J’ai rêvé que j’étais poursuivie par de grands méchants qui me traquaient dans des campagnes isolées, peuplées ça et là de maisons en attente de logement. Style maisons témoins. Les grands méchants finissent par me rattraper (jamais de chance même dans mes rêves). Au début je ne comprends pas ce qu’ils ont de si terrible et finalement je comprends lorsque lors d’une soirée, mes compagnons de captivité se mettent à débattre le plus sérieusement du monde des méfaits de la cigarette et des colorants ; les méchants nous ont transformé en des êtres totalement aseptisés qui rejettent avec horreur tout ce qui est mal vu aujourd’hui de la société (même les produits comme le lait, qui, il faut l’avouer, ne nécessite pas autant de polémique) pour privilégier une tiédeur et un politiquement correct de bon aloi. Peut-être qu’au fond c’est ça le véritable danger de notre civilisation ; un troupeau de moutons qui organise des manifestations solidaires tout en n’ayant aucun scrupule à voter Sarkozy.

 

Bref. Pourquoi ce rêve ? C’est peut-être dû au rhum ajouté dans l’eau chaude ingurgité le soir (vous en connaissez des moyens pour combattre le rhume ?) Mais peut-être est-ce dû au livre dont je vais vous parler aujourd’hui. A priori, rien pourtant ne s’apparente moins au politiquement correct que les romans historiques. Bien au contraire, sous couvert d’histoire, généralement les auteurs en profitent pour déballer toutes les thèmes qu’ils n’oseraient pas forcément mettre dans un roman contemporain : viol et sexualité débridée, bon vieux racisme, accès de testostérone primaire (youhou le roi nous appelle à la guerre ! courons massacrer les huguenots/ sarrasins/ sales étrangers) Généralement d’ailleurs c’est ce genre de thématique qui me fait reposer ce type d’ouvrages avec ennui. Lorsque j’avais quinze ans ce genre d’histoires passaient ; l’exaltation et tout ça je suppose. Maintenant je trouve ça un peu suspect. Ceci dit j’ai découvert une chose ce week-end ; c’est qu’un roman historique propret à l’inverse peut être très agaçant aussi.

 

Espagne, Moyen-Age. Au rythme de la construction de la cathédrale Santa Maria à Barcelone se tisse en parallèle l’histoire d’Arno Estanyol. Arno, au départ fils d’un serf en fuite devient peu à peu un personnage important de la ville. D’abord bastaix (il transporte des pierres pour la construction de l’église) à la suite du décès de son père, il vit avec son frère d’adoption, Joan, de la charité des autres. Le temps passe, Joan devient un franciscain puis un inquisiteur tandis qu’Arno se marie une première fois, mais trompe sa femme avec son amour d’enfance. Bourrelée de remords lors du décès de l’épouse dévouée (la peste) il se jure de ne plus être infidèle. (La maîtresse entre-temps est devenue prostituée, moyen commode apparemment pour l’auteur de se débarrasser des personnages féminins encombrants puisqu’il l’avait déjà fait avec la mère du héros). Comme il a sauvé deux enfants juifs lors d’une émeute, le père des petits le récompense en faisant de lui un usurier et en le rendant prodigieusement riche. Arno adopte du coup une petite fille de six ans, Mar, et coule des jours heureux. Accessoirement, il tombe amoureux de sa pupille sans s’en rendre compte. Las ! Trop fort, il sauve Barcelone d’une attaque et le roi le récompense en lui donnant une baronne infecte à épouser. La baronne aigrie et jalouse marie Mar en la faisant violer au préalable et livre son mari à l’Inquisition. Heureusement, comme Arno est très gentil et très fort il est délivré par le peuple de Barcelone et à la fin il épouse Mar et a un fils avec elle (ouais les conjoints respectifs sont morts entre-temps faut pas charrier non plus)

Bref. Je m’attendais à quelque chose d’assez violent, haut en couleurs, misant pour cela sur la nationalité espagnole de l’auteur et les échos positifs entendus. Et en fait, je me suis rarement autant ennuyée devant un roman historique. La seule passion qui se dégage, c’est lorsque le narrateur parle de la fameuse cathédrale de Santa Maria. Le reste est d’une fadeur sans nom : les morceaux historiques plaqués ça et là, les personnages, même la peste ou l’Inquisition, qui devraient pourtant être un des points forts du récit, prend un ton de colonie de vacances. Et ce héros ! Jamais vu un personnage manquer autant de relief. Arno est parfait : il n’a aucun défaut, il aime tout le monde, juifs, esclaves, il prend la défense de la veuve et de l’orphelin et tout le monde l’aime. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut détester esclaves, juifs, etc. seulement que dans le contexte ça n’a pas tellement de sens. C’est comme si j’écrivais un roman sur un camp de concentration et que je créais un personnage de gardien qui amènerait des bonbons aux prisonniers. Non mais franchement faut être réaliste. Le roman, qui plus est, est d’un manichéisme des plus primaires. A ma droite, les gentils : Arno, Mar, les prostituées au grand cœur, les amis d’Arno ; à ma gauche les méchants : l’Inquisition, les nobles. Bien entendu il n’y a aucune chance pour un glissement dans l’une ou l’autre des catégories. Le seul personnage qui du coup est intéressant dans le récit est celui de Joan, le frère Inquisiteur, luttant avec l’amour de son frère et son fanatisme primaire. Bien entendu, il meurt à la fin. Morale de l’histoire : tu as péché, aucune chance de rachat pour toi.


Vous l’avez compris : La cathédrale de la mer ne présente pour moi aucun intérêt. Comparé aux romans de Ken Follet (dont je ne suis pourtant pas fan) il lui manque la dureté et la cruauté de ces derniers. Qui plus est, le roman manque son but principal qui est de nous faire découvrir la grande Histoire à travers la petite car c’est fait de façon tellement didactique que ça ennuie plus qu’autre chose. Mais ce qui m’ennuie le plus dans tout ça c’est que je l’ai offert pour la fête des mères….

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 11:35

 

PEDRO PARAMO

Juan Rulfo

 

 

Si je parle d’un livre dont l’action se situe au Mexique dans les années 20-30, je risque déjà de perdre la moitié du lectorat. Surréalisme ? ça y est il n’y a pas plus personne. Bon ben je continue pour les plus motivés.

Juan Rulfo est un écrivain renommé. L’ironie, c’est qu’il n’a en tout et pour tout écrit qu’un recueil de nouvelles, et le roman dont je vais à présent vous parler : Pedro Paramo. L’histoire est à la fois simple et extrêmement compliqué : Juan Preciado à la mort de sa mère et pour obéir à ses dernières volontés se rend au village de Comala, à la recherche de son père, Pedro Paramo. C’est le seul élément tangible de l’histoire. Arrivé au village, Juan Preciado se rend compte qu’il n’y a plus personne de vivant. Dans Comala, seuls des fantômes errent le long des rues pleines de poussières, prenant à tour de rôle la parole pour raconter leur histoire.

Mélange des voix, confusion entre les différentes époques, abolition entre les vivants et les morts, changement de narration, tel est à mon sens ce qui fait de ce court roman un roman surréaliste. Inutile de chercher la logique dans le récit. Le fil directeur n’est même pas Juan Preciado le fils prodigue qui s’efface progressivement au fil de l’histoire pour rejoindre à son tour les fantômes du village (à supposer qu’il aie jamais existé) ; non, le lien c’est Pedro Paramo, celui autour de qui toute la vie des autres personnages s’articulent. Sorte de tyran local de son vivant, l’homme a eu une influence telle que même mort les autres continuent à le redouter lui et sa famille. L’ironie de la situation est que c’est le seul fantôme que Juan Preciado ne parviendra pas à rencontrer. Quête inutile du père qui s’achèvera sous terre dans les bras d’une morte.

C’est un récit déroutant, construit à la manière d’un rêve ou plutôt d’un cauchemar (d’ailleurs le champs lexical du sommeil est abondamment employé). Le lecteur adhère à un voyage dans le temps, de l’avènement du « règne » de Pedro Paramo au retour de son fils et à un voyage le long des rues de Comala dans lequel Juan Preciado va rencontrer successivement des amies de sa mère, un couple de frère et sœur incestueux, une femme qui rêve qu’elle berce un enfant tout en se donnant à tous les hommes, la dernière épouse de Pedro Paramo enfin, une douce folle et, paradoxalement la seule à qui Pedro Paramo indiffère, l’ironie étant que c’est la seule personne pour qui Pedro éprouve de l’amour. Autour de ces figures essentiellement féminines tournent les personnages masculins ; Miguel Paramo, le fils maudit, le prêtre Renteria qui ne peut que pardonner à ses ouailles alors qu’il n’arrive même pas à se pardonner à lui-même et encore moins à Pedro et son fils ; le régisseur Fulgor, l’avocat… Mélange de temps et de lieux, le « je » de la narration change continuellement au gré des protagonistes. Les descriptions sont rares, courtes et efficaces, confortant le lecteur dans ce sentiment général de désolation et d’abandon. Les dialogues et les monologues constituent l’essentiel du récit, dialogues qui sont généralement des dialogues de sourds et monologues qui résonnent comme les plaintes d’hommes abandonnées par le Ciel. Si Dieu existe, il a oublié le village de Comala qui apparaît comme une sorte de purgatoire, si isolé que même les événements politiques de l’époque (la révolution des cristeros et les répressions du gouvernement) apparaissent comme mineurs et viennent s’échouer devant l’indifférence de Pedro Paramo l’opportuniste.

Si vous aviez encore des doutes, c’est un récit plutôt triste, très mélancolique qui résonne comme un chant de deuil. Poétique dans son dépouillement, Pedro Paramo interpelle par sa dimension onirique et laisse à la fin un étrange goût de regret.

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 00:16

PAS CE SOIR JE DÎNE AVEC MON PERE

 

Marion Ruggieri

 

 

Il est curieux de remarquer que, désormais, au rayon littérature française, vous trouviez toujours le même style de romans. Un récit toujours écrit à la première personne du singulier, empestant à plein nez la bonne dose de vécu et le nombrilisme le plus primaire. L’action est réduite à son expression minimum et l’intrigue se résume aux états d’âme du narrateur ou de la narratrice. Le pire c’est qu’apparemment c’est le comble du chic et je me souviens bien de mon anéantissement quand après avoir lu un navet, Trois jours chez ma mère, j’ai appris que son auteur avait obtenu le prix Goncourt ! Personnellement je préfère mes romans de gare à ces considérations pseudo-philosophiques  et, si je suis loin d’être fan de Gavalda ou de Barbery, je dois reconnaître qu’au moins ces dernières essaient de construire une histoire plutôt que d’assembler des phrases bout à bout et de voir si ça marche ou pas.

 

Bonne nouvelle pour une fois ; si le livre Pas ce soir je dîne avec mon père tombe malheureusement dans tous les travers que je viens d’énoncer, tout du moins le fait-il de façon potable et si l’on peut déplorer l’absence d’originalité du livre, tout du moins ne s’ennuie-t-on pas trop à sa lecture. L’intrigue tient en quelques lignes. Marion (comme l’auteur, étrange non ?)  a une relation quasi-fusionnelle avec son père tout en étant en perpétuel conflit avec lui. Le père refuse de vieillir, sortant avec des filles de dix-huit ans, s’habillant comme un adolescent et traitant son enfant comme sa copine en ne lui épargnant aucun de ses ébats sexuels. Marion au contraire s’habille comme un être asexué, refuse de grandir, sort avec un homme qui a le même âge que son père et critique son géniteur tout en en étant dépendante. Lors d’un dîner d’anniversaire de ce dernier, elle réalise, flash back et incidents à l’appui qu’il est temps pour elle de s’affranchir de l’homme qu’elle aime et déteste à la fois.


Ça   fleure le complexe d’Œdipe à plein nez (est-ce qu’on utilise cette expression quand c’est l’inverse et que c’est la petite fille qui veut épouser son père ?) et l’auteur en est d’ailleurs parfaitement consciente, jouant même sur ce registre lors d’un flash-back où Marion, petite fille joue à se faire passer pour la compagne de son papa. Mais, ce qui sauve le roman à mon avis, c’est l’humour. La narratrice joue à fond sur la psychologie de bazar, forçant volontiers le trait et les personnages (du père échangiste à la catholique pratiquante qui cloue des crucifix au-dessus du lit en passant par le vieux fiancé père/amant) et créant des situations comiques par un regard désabusé et cynique. Jamais la narratrice ne cherche à se prendre au sérieux et c’est ce qui à mon humble avis fait la force du livre.

 

Maintenant une petite confession ; je crois que je n’aurais jamais accroché à ce livre quelques années auparavant, le balançant avec la même insouciance que j’ai balancé il y a environ cinq ans Une vie française de Dubois. C’était à l’époque un roman que je trouvais plein de considérations oiseuses, bon pour les trentenaires désabusés. Seulement voilà : maintenant j’ai presque trente ans, le même âge que l’héroïne, et je ne peux que m’identifier à ce personnage qui refuse de vieillir et qui a l’impression de voir passer sa vie devant elle tandis que les autres lui ressassent l’éternelle question des enfants et tout le toutim. Génération à qui l’on reproche son désengagement, portrait de la femme qui sait que l’heure tourne mais qui est incapable de l’admettre. Pas ce soir je dîne avec mon père est un premier roman sans conséquence, le regard ironique sur une société aseptisé d’une narratrice elle-même conditionnée. Les plus jeunes s’ennuieront ; les plus vieux détesteront. Les autres, sans être emballés, ont peut-être une chance d’apprécier….

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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 13:26

Morsures

Kelley Armstrong

 

 

 

Il y a des livres dont tous s’accordent à reconnaître le mérite et dont la qualité n’est plus à prouver. Il y a les livres universellement mauvais, ronflants et prétentieux. Et il y a cette catégorie de romans que j’aime à qualifier de « romans téléfilms de la 6 ».

 

Alors, ceux qui ont déjà connu un après-midi de désoeuvrement devant la télévision comprendront tout de suite. A la base, vous n’aviez pas choisi de lire ce livre, tout comme vous n’aviez jamais envisagé de perdre votre temps devant le téléfilm allemand ou canadien qui passe après Docteur Quinn ou Malcolm. Mais c’est l’heure de la sieste, il fait moche dehors et puis vous êtes curieux de savoir ce qui va arriver à la jeune femme qui se fait poursuivre par un mystérieux inconnu à qui elle a accordé ses faveurs le temps d’une nuit… Bref, vous restez jusqu’au bout du navet, conscient que c’est pas de la haute fiction, parfois anéanti par les clichés en pagaille et l’étalage de bons sentiments, mais vous restez tout de même parce que l’intrigue est prenante et que vous voulez connaître la fin.

 

Morsures fait partie de ces innombrables romans qui surfent sur la vogue que connaît la littérature de l’imaginaire. Pour être franche jamais je n’aurais acheté ce livre de mon propre chef ; il fait partie de ces livres gratuits que je récupère de temps  à autre. Celui-ci prenait la poussière chez moi depuis six mois quand, en panne temporaire, je me suis enfin décidée à l’ouvrir. Non pas que je n’aime pas le fantastique et la fantasy, bien au contraire. Disons que rien qu’à lire la quatrième de couverture, je savais déjà presque tout du contenu.

 

Premier bon point ; le livre parle de loups-garous, thème bienvenu au milieu des histoires de vampires. L’intrigue maintenant n’est pas exceptionnelle ; Elena est une jeune canadienne à priori ordinaire, qui vit avec son merveilleux petit ami à Toronto et qui a juste l’inconvénient de se transformer de temps à autre en loup-garou ce qui l’oblige à s’éclipser au milieu de la nuit pour aller gambader dans les quartiers glauques de la ville. Elle ne tue pas  d’humains (un mythe s’effondre) car elle fait partie des « gentils » loups-garous, ceux de la Meute, à l’opposé des « cabots », ceux qui tuent et qui refusent de se rallier au clan (mouais vous avez raison, l’idéologie en y réfléchissant n’est pas terrible). Bref : Elena vit une vie paisible tout en sucre rose et en belles-mères douces jusqu’au jour où sa Meute la contacte pour qu’elle l’aide à résoudre une série de meurtres inexpliqués qui mettent en péril leur existence. Voilà donc notre héroïne obligée de retrouver un clan avec qui elle a volontairement coupé les ponts. Réintégrée au groupe ceci dit et après moult péripéties, Elena se rendra compte que sa place est avec les siens, en particulier avec Clay, l’homme qui l’a mordue à l’origine et dont elle est amoureuse.

 

Le début est franchement ennuyeux. On ne croit pas une seconde à la vie merveilleuse que vit Elena et la réunion avec la belle-famille nous fait nous demander pourquoi elle ne préfère pas plutôt courir nue dans les bois. Le passage avec la Meute est plus intéressant, quand l’intrigue se met en place. Ça retombe un peu à plat dès le moment où Elena revient en ville. Il est difficile de concilier surnaturel avec ambiance urbaine et l’auteur semble peiner à trouver son style, manifestement plus à l’aise avec les décors sauvages et la maison isolée de la Meute. Les personnages principaux sont trop caricaturaux pour être attachants, tant l’héroïne que l’amant loup-garou ou son gentil (et insipide) petit copain. En revanche les personnages plus en retrait sont très réussis, comme le chef du clan, Jérémy, ou encore le « cabot » Marsten, le seul rénégat qui ne tue pas d’humains, non pas par conviction mais par mépris.

 

Je viens de m’apercevoir que je suis un peu dure avec l’ouvrage, comme si je l’avais détesté. Ce n’est pas le cas. Un seul mot pourrait le décrire : prévisible, avec tous les ingrédients que recherche le lecteur lambda ; de l’humour (le style de l’auteur, assez lourdaud, a parfois des petites traces d’autodérision qui ne sont pas désagréables) du sexe (l’héroïne se fait déchirer un certain nombre de petites culottes dans les bois par son amant impulsif) quelques morts soigneusement dosées, pas de personnages principaux (quelle horreur !) mais des personnages si gentils et si édulcorés qu’on s’aperçoit à peine de leur disparition ; enfin, une fin heureuse avec une psychologie de bazar (l’héroïne s’aperçoit qu’elle n’aime son petit ami que pour la vie qu’il peut lui offrir tandis qu’elle aime Clay pour ce qu’il est). Bref, un roman qui ne restera pas dans les annales, mais qui fait passer le temps les jours de pluie…

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Published by beux - dans Roman
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