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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 09:20

L02.jpgKhadija

Les femmes de l'islam t.1

Marek Halter

éditions Robert Laffont

2014

 

Après avoir parlé des femmes dans la Bible, Marek Halter entame sous forme de romans une série avec les femmes de l'islam. Un joli pied de nez à ceux qui croient que la religion est uniquement une affaire d'hommes ou aux féministes exaltées qui y voient un moyen de soumettre la pauvre femelle sans défense. En effet, personne n'était moins sans défenses que Khadija, la première femme de Mahomet. Veuve, elle épouse à près de quarante ans le futur prophète, de dix ans plus jeune, impressionnée par ses compétences de caravanier. Khadija, à qui le défunt époux a légué une richesse considérable, en tant que femme,  n'a pas le droit de siéger au conseil de la ville : son nouvel époux lui permet de faire entendre sa voix tout en respectant son indépendance. De plus Khadija est follement amoureuse du jeune homme et lui donnera de nombreux enfants. Elle le soutiendra sans faille même lorsque ce dernier se met soudain à entendre des voix dans une grotte...

Je vous entends venir : c'est un roman hein, un roman historique si on veut, et, de fait, si la trame correspond plus ou moins à la réalité, je pense qu'il y a bon nombre d'éléments inventés par l'auteur. Ne cherchez donc pas à y voir un essai religieux, de même qu'il serait ridicule de s'appuyer sur les romans de Dumas pour se prétendre historien. De fait, Khadija se lit avant tout pour ce qu'il est : un roman et un roman pas mal du tout d'ailleurs. On prend parti pour cette Khadija déterminée et volontaire, terrorisée par le temps qui passe et dont l'amour pour l'époux n'a d'égal que sa ténacité. On suit ses déboires familiaux et ses interrogations auprès des dieux . On tremble pour elle et les siens au moment de l'épidémie, on se demande si elle parviendra à donner un second fils à son mari et quand ce dernier va se découvrir prophète. Ne cherchez donc pas une quelconque initiation à l'islam dans ce récit mais plutôt un agréable divertissement au style très léger (ce n'est quand même pas de la haute littérature non plus) qui a surtout le mérite de dédiaboliser une culture que pour ma part je connais très mal.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:18

L05.jpgça peut pas rater !

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2014

 

Ma dernière expérience avec Legardinier a été plus que désastreuse et c'est sans entrain mais pleine de bonne volonté que j'ai décidé de lire son dernier ouvrage : ça peut pas rater ! qui est, encore une fois, une histoire de filles si j'ose dire. Marie est une jeune femme bien malheureuse : quand notre histoire commence, elle vient de se faire larguer par son concubin qui lui a préférée une autre et qui l'a foutue à la porte. Au travail, ce n'est guère mieux : son patron, un tyran, complote contre elle et ses collègues. Notre héroïne en a assez : rébellion! Sus aux hommes et à leurs manoeuvres infâmes! Elle décide de se venger de son ex et de déjouer les pièges de son chef. Mais sa carapace vacille quand elle reçoit une lettre d'un admirateur secret. Marie retrouvera-t-elle le goût d'aimer et sa solitude finira-t-elle ?

Bon, soyons honnête : ça peut pas rater! est nettement moins catastrophique que Et soudain tout change et renoue un peu avec le plus plaisant Demain j'arrête ! Comme dans tous ses livres, Legardinier commence par une scène d'ouverture choc, notre héroïne qui, ruminant sa tristesse dans les rues de Paris, tombe accidentellement dans le canal et se fait piquer son sac à main par un clochard. Très cinématographique tout ça mais ça fait bien rire de même que quelques scènes très "visuelles" du livre : Marie qui monte une expédition commando à la soirée de son ex, une journée formation qui tourne à la farce... Dommage que ce comique de situation soit gâché par des dialogues artificiels et pompeux qui détonnent dans un récit léger. J'émets aussi de sérieuses réserves sur une intrigue plus que mince et prévisible de bout en bout. Si l'idée d'un mystérieux admirateur crée un mini suspens, c'est un suspens vite éventé car, pour ma part, j'avais déjà trouvé l'élu dès les premières pages. Enfin et surtout, je trouve le personnage de Marie caricatural : Legardinier a voulu faire d'elle une Bridget Jones à la française : il en fait juste une célibataire incapable de se prendre en charge et terrorisée à l'idée de finir seule. Ceci est un message direct adressé à l'auteur : si les célibataires effectivement ne sont parfois pas forcément enchantés de leur célibat, ce ne sont pas pour autant des désespérées chantant du Céline Dion sous leur douche et obnubilées par le moindre homme qui leur sourit. Legardinier fait en effet de son héroïne un véritable coeur d'artichaut, tombant amoureuse du premier homme qui est gentil avec elle et se guérissant d'une relation de dix ans avec autant de facilité que quelqu'un s'arrachant un pansement. Un personnage sans grand intérêt donc que même une ultime décision ne parvient pas à rendre crébile. De plus, j'ai été plus qu'exaspérée par cette dichotomie homme/ femme présente tout au long du récit et qui fait des hommes soit des ordures machos, sexistes et volages, soit des êtres doux et attentionnés jouant avec le petit Enzo dans une maisonnette de banlieue tandis qu'il fait des femmes des êtres d'exception tout en les renvoyant à des rôles de victimes innocentes qui se regroupent entre elles (oui oui, comme à la maternelle, chez Legardinier les garçons et les filles ils préfèrent faire des clans et glousser en se regardant de loin) pour essayer de comprendre leurs mâles. Pas du tout caricatural tout ça. En bref, ça peut pas rater ! présente quelques qualités comiques mais est si manichéen qu'il finit plus par agacer que par faire rire.

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 10:24

L01.jpgL'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Haruki Murakami

éditions Belfond

2013

 

Au lycée, ils étaient inséparables, comme les cinq doigts de la main. Ils faisaient tout ensemble et partageaient tout. Deux filles et trois garçons. Presque tous avait une couleur dans leur nom : il y avait les filles, Blanche et Noire, les garçons Bleu et Rouge. Et il y avait Tsukuru, l'incolore. Tsukuru c'est également le seul à être parti de Nagoya pour aller faire ses études à Tokyo, le seul à s'être éloigné du groupe, même s'il revenait les voir lors des vacances scolaires. Jusqu'au jour où ses amis l'ont rejeté sans la moindre explication. Une séparation qui l'a anéanti. Pendant des mois, Tsukuru est devenu un fantôme et a côtoyé les portes de la mort, privé des êtres qui lui étaient les plus chers au monde. Seize ans plus tard, la blessure est toujours vive, aussi lorsque la pétillante Sara entre dans sa vie, elle le presse de retrouver ses amis pour avoir enfin des réponses à ses questions. La quête de Tsukuru peut commencer...

Après le décevant 1Q84, Murakami renoue avec le style qui lui est propre, ce mélange de poésie, de musique et d'introspection ponctuée d'une touche de fantastique. D'entrée de jeu le lecteur est porté par cette histoire curieuse, celle d'une amitié forte qui, du jour au lendemain, a pris fin sans qu'on sache pourquoi. Murakami met en scène un héros peu conventionnel : Tsukuru est un être silencieux comme une ombre, un homme qui se sent vide, incolore, et qui ne trouve de joie que dans la construction de gares. Sa vie se résume à regarder passer des trains, jolie symbolique d'une vie vécue en spectateur. Il est difficile de ne pas s'y attacher, tout comme il est difficile de ne pas s'interroger sur les motifs qui ont poussé ses amis à l'exclure. De fait, le livre se présente un peu comme une intrigue policière, une suite de rencontres fortes qui conduisent tout doucement notre héros à une vérité plus ou moins étrange. En revanche, c'est du Murakami, aussi, comme bon nombre de ses livres, l'intrigue s'achève plus ou moins en queue de poisson, laissant bien des zones dans l'ombre et bien des interrogations dont quelques-unes à mon avis auraient quand même mérité d'être résolues... L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage reste néanmoins, malgré quelques dialogues un peu artificiels, une très belle réflexion sur l'amitié et l'amour et l'ombre et la lumière qui est en chacun de nous. Il laisse à la fin de la lecture un sentiment doux-amer et dans la tête la très jolie musique du Mal du pays de Liszt qui nous rappelle qu'au fond, nous sommes tous d'une façon ou d'une autre des déracinés...

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 12:00

L02.jpgBridget Jones, Folle de lui

Helen Fielding

éditions Albin Michel

2014

 

On a souvent une conception erronée de Bridget Jones, n'y voyant qu'une légère comédie romantique à l'image de son adaptation cinématographique. C'est un peu injuste : Fielding a en effet créé un genre et mis en scène une héroïne moderne en réinterprétant (très librement) le célèbre Orgueuil et préjugés. Tout comme Elizabeth, Bridget est une célibataire en quête de l'âme soeur; tout comme l'héroïne de Austen, elle a une mère envahissante qui lui fait honte. Enfin, tout comme elle, elle est face à deux prétendants : le séduisant mais dévergondé Daniel Cleaver et le froid, guindé mais respectable Mark Darcy. Le problème c'est que Bridget, malgré ses nombreux visionnages de l'adaptation BBC de Orgueil et préjugés et sa multitudes de bouquins de développement personnel est loin d'être l'héroïne qu'elle voudrait être : maladroite, immature, légèrement enrobée, frivole, elle boit et fume trop et prend toutes les mauvaises décisions concernant sa vie professionnelle et sentimentale. Mais, comme chez Jane Austen, la fin est heureuse : Bridget trouve l'amour avec le prétendant respectable. L'originalité du livre tient aussi dans la forme narrative, celle du journal intime qui confère au récit un ton de confidence propre à charmer la lectrice potentielle. Quand Bridget Jones est sorti de ce fait, le succès a été très vite au rendez-vous. Une suite est parue quelques temps après : Bridget Jones, l'âge de raison. L'effet de surprise était passée, ça sentait un peu le réchauffé mais on avait plaisir à retrouver notre trentenaire dans les affres d'une relation longue durée. Et puis, plus rien... Bridget Jones a disparu des librairies pendant près de quinze ans avant de revenir cette année pour une troisième (et dernière?) aventure : Bridget Jones folle de lui. Cette fois, plus de trentenaire célibattante : Bridget a plus de cinquante ans, deux enfants en bas âge, et se retrouve veuve à la suite du décès prématuré de Mark Darcy. Quatre ans après ce tragique événement, notre héroïne essaie de faire face et de se reconstruire. Mais, entre les réunions parents/profs, les sites de rencontres plus ou moins douteux et le monde magique de Twitter, cela reste malgré tout compliqué de trouver l'amour et de ne pas se sentir larguée.

La bonne idée de l'auteur, même si j'ai encore du mal à le digérer, c'est d'avoir tué Mark Darcy. Les gens heureux n'ont pas d'histoire comme a dit je ne sais plus qui : laisser le héros en vie était difficile pour un nouveau tome et cela permet de donner à Bridget une profondeur qu'elle n'avait pas dans les deux premiers volumes, celle d'une femme qui a vécu des épreuves difficiles et y a plus ou moins fait face. De plus, on a plaisir à retrouver notre héroïne préférée face au monde d'aujourd'hui, toujours incapable de se servir d'une télécommande, s'indignant parce qu'elle n' a pas de followers sur Twitter, tentant tant bien que mal de trouver l'amour sur Cupid.com ou Parentsolo.com et sortant avec un jeunot qui pourrait être son fils. Le fait d'en faire une mère permet également d'ajouter une nouvelle dimension au personnage en la mettant aux prises avec un quotidien bien peu glamour. Ceci dit, il faut se résigner : Bridget Jones folle de lui garde le même style, le même ton que les deux premiers ouvrages et l'effet de surprise est passé depuis longtemps. Pour le coup, le livre est une comédie romantique un peu pâlichonne, assez conventionnelle, avec une morale plutôt facile (Bridget ne peut espérer trouver une vie de couple harmonieuse avec un homme de vingt ans plus jeune qu'elle) et une fin beaucoup trop sucre d'orge, même pour les amateurs. Ce n'est pas mauvais, c'est souvent drôle et parfois émouvant mais, loin d'avoir le mordant et l'originalité du premier volet, ce livre n'en est plus qu'un lointain écho qui, pour le coup, ne laissera pas de souvenirs indélébiles.

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 09:50

L01.jpgLe royaume

Emmanuel Carrère

éditions P.O.L

2014

 

C'est l'histoire d'un homme qui un jour est devenu catholique; un homme pas tout à fait bien dans sa peau et qui s'est tourné vers la religion comme on se tourne vers la psychanalyse ou le développement personnel. Comme tout nouveau converti, il s'est emballé, il s'est émerveillé : tout nouveau, tout beau. Et puis le doute est revenu. Trois ans plus tard, il est redevenu athée, ou plutôt agnostique. Mais, bien des années plus tard, il revient sur cette conversion et choisit en parallèle de raconter l'histoire des premiers chrétiens : le bouillant Paul, le sage Luc, le mystérieux Jean... menant cette histoire en enquêteur, s'appuyant sur des documents mais laissant aussi libre cours à son imagination.

Le royaume, un livre qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps et qui restera l'un des événements littéraires de cette rentrée, n'est rien de moins que le récit d'une quête spirituelle, celle d'un auteur, Emmanuel Carrère, qui cherche à comprendre comment un marginal a pu donner naissance à une communauté qui dure encore aujourd'hui. Paul, Luc, Marc, Jacques... tous ces hommes, notre romancier se les approprie comme personnages et tente de les comprendre, de les analyser tout en faisant de nombreuses digressions sur lui-même et sur ses sentiments vis-à-vis de tout ça.

En tant que catholique, j'apprécie la bonne foi (c'est le cas de le dire) de Emmanuel Carrère qui ne tombe pas dans le cliché et la caricature et nous évite le traditionnel couplet d'une Eglise intolérante, intégriste, pas à l'écoute... sans pour autant verser dans un angélisme tout aussi déplacé. La religion catholique est pleine de contradictions et l'auteur s'aventure sur ce chemin sans chercher à les minimiser ou à les ignorer, se contentant de jouer un rôle d'observateur plus ou moins critique ou enthousiaste selon les pages et selon ses humeurs. En tant que lectrice, je suis assez déconcertée par la composition de l'ouvrage, un pavé de plus de six cent pages où le narrateur/auteur joue un rôle déterminant. C'est d'habitude un aspect de la littérature française que je trouve très déplaisant, cette manie de l'auteur de se mettre en avant, ce nombrilisme du "je" omniprésent qui ne laisse aucune latitude au lecteur et qui lui donne le sentiment que le livre a été écrit uniquement pour satisfaire l'ego malmené de son créateur. Je ne nierais pas ainsi que certains passages m'ont profondément agacée et m'ont donnée le sentiment  de jouer le rôle du psy, essentiellement quand Emmanuel Carrère se perd dans des digressions qui n'ont rien à voir avec la choucroute. Ceci dit, là où réside le talent de l'auteur c'est que, contrairement à beaucoup d'autres, il prend le risque d'une narration qui n'est pas maîtrisée là où d'autres se mettent en scène uniquement pour se faire valoir. Le "je" de Carrère est un "je" plein d'abandon qui affirme une chose puis se rétracte à la page suivante, s'agace et s'adoucit, s'emmêle les pinceaux, prend le parti de tel ou tel personnage... Bon mal gré le lecteur suit son cheminement et s'attache à ce narrateur capricieux ainsi qu'aux héros qu'il met en scène : ce Paul mal embouché, ce Luc qui paraît bien sage, ce Pierre qui cherche à ménager la chèvre et le chou... L'histoire et la fiction se mêlent étroitement, à dessein, et l'ensemble apparaît, un Royaume qui est loin d'être parfait et même par endroits carrément bancal mais qui frappe par sa sincérité et sa clarté. Bonne pioche pour la rentrée littéraire.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 10:49

L01.jpgLa famille Fang

Kevin Wilson

Presses de la Cité

2009

 

Caleb et Camille Fang sont ce qu'on appelle des originaux, des artistes, mais ils méprisent l'art immobile; eux, ce qu'ils veulent, c'est faire de leur vie entière une oeuvre d'art. Pour cela, ils organisent des performances en se mettant en scène au quotidien dans des situations improbables et en filmant les réactions des spectateurs malgré eux. Un mode de vie éreintant pour leurs deux enfants, Buster et Annie (enfants A et B), entraînés bien malgré eux dans la folie douce de leurs parents et condamnés eux aussi à participer à des "happenings" aussi fréquents que déstabilisants. Aussi, devenus adultes, les enfants Fang ont-ils bien du mal à mener une existence normale d'autant plus que les circonstances les forcent un jour à retourner vivre chez Caleb et Camille.

Déroutant, La famille Fang est une agréable surprise. C'est un roman extrêmement drôle mettant en scène des personnages déjantés et des situations délirantes, que ce soit Buster se faisant blesser par un lance-patate ou les performances surréalistes de Caleb et de Camille. Nous sommes ici dans une comédie de l'absurde portée par des protagonistes qui semblent tout droit venir d'une autre planète; en effet, si le couple Fang domine l'histoire de bout en bout, leurs enfants ne sont pas en reste ainsi que les personnes qui gravitent autour de leur monde et qui semblent immédiatement atteints par leur délire. J'ai beaucoup ri devanit une intrigue et des dialogues savamment servis par un auteur maîtrisant les ressorts comiques à la perfection mais qui sait aussi alterner avec des passages plus sobres et plus émouvants. La seule chose qui m'a un peu gênée dans ce roman, c'est le final un peu longuet et assez décevant qui fait perdre au livre beaucoup de son impact. Cela n'en demeure pas moins un ouvrage original que je vous encourage vivement à découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 10:04

L05.jpgPersonnages secondaires

Alejandro Zambra

éditions de l'Olivier

2012

 

Les hasards des piles à lire et des services de presse oubliés m'ont fait tomber sur un ouvrage curieux publié il y a environ deux ans par les éditions de l'Olivier : il s'agit de Personnages secondaires. Dans ce livre, le narrateur vit au Chili et raconte son histoire, celle d'un enfant sous la dictature de Pinochet et qui, pressé par sa jeune et jolie petite voisine, Claudia, se met à épier l'individu à côté de chez lui. Mais, au tiers du livre, changement de ton : il s'avère que cette intrigue n'est que le roman d'un autre narrateur qui, s'inspirant très largement de sa propre expérience et de celle de ses parents, espère par le biais de l'oeuvre reconquérir sa bien-aimée Eme qui l'a quitté il y a peu mais qui songe à revenir...

Un roman dans un roman ou l'histoire d'un homme qui écrit un livre, tel est en résumé Personnages secondaires. La partie la plus intéressante est, pour une fois, l'intrigue politique avec cette ambiance oppressante liée à la dictature de Pinochet et l'incertitude qui suit. Avec beaucoup de finesse, Alejandro Zambra parvient à restituer le climat tendu d'un pays qui tente de se relever d'un régime autoritaire et qui en est encore à s'interroger sur son avenir. Ni les opposants ni les sympathisants ne sont tout à fait stigmatisés, l'auteur se contentant en les mettant en scène de poser cette éternelle question: et vous, qu'auriez-vous fait à leur place?

Passé cet aspect, Personnages secondaires se révèle cependant un peu creux. Les personnages n'ont aucune profondeur, on ne s'attache pas à eux, et le style est plat. Il n'y a pas vraiment d'intrigue et on a du mal à voir où l'auteur veut aller. Certes, il s'agit de décrire le processus créatif et la façon dont un roman s'approprie des morceaux de vie de son auteur pour exister (il y a un passage très intéressant où l'écrivain explique à sa soeur qu'il ne souhaite pas la mettre dans son livre pour la protéger) ce qui donne à l'ensemble un côté décousu qui n'est pas inintéressant. Tout cela demeure cependant un peu artificiel et n'est pas sans me rappeler le bon vieux procédé narratif qui consiste à écrire tout un roman pour dire à la fin que pouf! il s'agissait d'un rêve et faire perdre ainsi tout son sens à l'histoire. Non, je ne suis vraiment pas convaincue par le roman de Zambra dont le titre paraissait pourtant bien prometteur.

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 12:31

L01.jpgGeorges-Guy Lamotte le dernier des socialistes

Fernand Bloch-Ladurie

éditions Aux Forges de Vulcain

2012

 

J'ai reçu ce livre en service de presse il y a maintenant près de six mois. J'avoue avoir lu la moitié du titre, m'être dit: "Ouh là, un ouvrage politique", l'avoir mis dans ma pile à lire et l'avoir laissé moisir quelques temps. Et puis, les vacances font bien les choses, j'ai avancé dans mes lectures en retard et je suis tombée dessus.

J'avoue. Sur le coup, je n'ai pas tilté. Certes le premier chapitre de cette biographie consacrée à un homme politique me paraissait un peu emphatique, le style très pompeux et je n'avais jamais entendu parler du dit socialiste en question, mais après tout je suis nulle en politique. A ma décharge, il était une heure du matin quand j'ai commencé à lire l'histoire de Georges-Guy Lamotte, enfant d'un marchand d'armes et d'une mère qui lui apprend à égorger les poulets et qui lui lit l'Apocalypse selon saint Jean tous les soirs avant de dormir. Oui, je sais : j'étais vraiment fatiguée. Au second chapitre ceci dit, le doute commence (enfin) à s'installer. Nous sommes le lendemain et il est toujours près d'une heure quand je lis comment Georges-Guy entre dans la Résistance via une boucherie et prend contact avec le maréchal Rognon ou le lieutenant Faux-Filet (mot de passe: "Je me ferais bien un steak"). Il s'illustre également en tuant un allemand estropié le jour de la Libération. "Euh... fait une petite voix dans ma tête, tu crois pas que là on se fout un peu de toi?" Aussi quand le lendemain matin, cette fois bien réveillée, je reprends le livre et que je lis le récit des amours de Georges-Guy avec une femme qui sera retrouvée "suicidée par étranglement", le doute n'est plus permis : il s'agit d'une fausse biographie. Retour sur la couverture; pour la première fois je me penche sur le nom de l'auteur et sur sa curieuse ressemblance avec celui de Le Roy Ladurie. Retour sur la quatrième qui explique les convictions de Lamotte "synthèse entre Karl Marx et Margaret Thatcher". Cette fois, j'ai carrément honte : comment ai-je pu être dupe ne serait-ce qu'un chapitre?

Vous l'avez maintenant compris vous-même : Georges-Guy Lamotte n'a jamais existé, pas plus que Bloch-Ladurie d'ailleurs, et la biographie que j'ai eu entre les mains est une parodie, plutôt drôle d'ailleurs. Ainsi, vous apprendrez entre autres que Lamotte est entré en politique après avoir photographié Guy Mollet dans un bordel, s'est lancé dans l'industrie minière en soumettant ses employés au régime des 4/48 ( (48 heures de travail non stop suivi de quatre jours de repos) qui deviendra le régime des 2/72 puis des 1/144. Lamotte sera également arrêté à de nombreuses reprises pour alcoolémie et vouera une tendresse suspecte à sa petite-fille de seize ans.

J'ai beaucoup ri devant cet ouvrage complètement allumé qui, sous ses dehors comiques, se montre satirique notamment lorsqu'il évoque Sciences-Po caractérisé par "son humanisme" ou les positions engagés de Lamotte qui, sénateur, refuse de se rendre physiquement au Sénat. Mais si Georges-Guy Lamotte, le dernier des socialistes est une satire du monde politique, il est aussi et surtout à mon sens une satire de la biographie historique en général qui, sous couvert d'objectivité, n'est généralement qu'un éloge pompeux et totalement de mauvaise foi de personnages pas toujours recommandables. En tous cas, c'est un bon moment de détente avec un style outrancier et pince-sans-rire qui vous arrachera, je n'en doute pas, de nombreux sourires.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 09:54

L02.jpgIl faut croire en ses chances

François Szabowski

éditions Aux forges de Vulcain

2014

 

Retour à François Szabowski qui change complètement de registre et nous raconte une histoire assez curieuse, celle de Jean Martinez, professeur de lycée en province. Jean Martinez mène une vie idyllique pour certains : à bientôt cinquante ans, il habite un petit pavillon avec une épouse douce, professeur comme lui, discute théâtre et organise des repas avec ses collègues et joue au tennis avec quelques amis. De plus, il écrit des romans du terroir qui marchent plutôt bien. Tout roule pour lui jusqu'au jour où son éditeur le pousse à changer de registre et à écrire un récit pornographique... se déroulant dans un camp de concentration. Jean s'exécute et, durant ses recherches, se heurte à ses propres convictions, ses propres limites. Il commence à rêver d'une nouvelle vie, plus trépidante, plus aventureuse, fait la connaissance d'une femme plus jeune avec qui il démarre une liaison, réalise des prouesses au tennis... Bref, il se cherche mais tarde à se trouver, tirailllé entre deux aspirations contraires.

Etrange. Si Le journal d'un copiste était une curiosité, Il faut croire en ses chances réussit l'exploit d'être encore plus barré. Ici, il est très difficile de déterminer de quoi l'auteur se moque exactement. Des déjeuners en terrasse avec l'épouse à la robe de chambre sale qui l'appelle Pilou ou à l'inverse de la liaison glauque qu'entretient le héros avec une bibliothécaire de quinze ans plus jeune que lui ? Des dîners pompeux avec des profs pédants ou des matchs de tennis avec des copains qui picolent plus qu'autre chose ? De la vie de province ou des auteurs bobos parisiens ? La réponse est simple : François Szabowski se moque de tout ça et son ironie fait d'autant plus mal que le second degré est beaucoup plus subtil que dans ses précédents ouvrages, ne se manifestant que dans les choix des intitulés des chapitres (après lecture, faites le test de lire tous ces intitulés d'affilée) ou par des descriptions impitoyables : la première scène d'amour entre Jean Martinez et la bibliothécaire, maladroite et plutôt ridicule, un match de tennis décisif vu essentiellement à travers les yeux d'un gamin qui s'ennuie comme un rat mort, le héros qui dit à son épouse qu'il est prêt... pour reprendre un chien, parodie d'un jeune couple envisageant d'avoir un enfant. Au milieu de tout ça, ceci dit, quelques scènes très touchantes interviennent : complicité entre le mari et la femme, les larmes silencieuses de la maîtresse délaissée dans une voiture... Ces quelques petites scènes contribuent à rendre attachant les personnages mais ne rend que plus cruel l'ironie du propos. Si les protagonistes n'avaient été que des ombres grotesques, Il faut croire en ses chances n'aurait été qu'une bonne comédie. Là, il s'agit d'une satire assez sombre qui nous montre que, bien que nous nous plaisions à imaginer le contraire, la vie est une farce dans laquelle nous serons toujours ridicules quoi que nous décidions.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 12:00

L02.jpgJournal d'un corps

Daniel Pennac

éditions Folio

2012

 

Je pense que peu d'entre nous ont échappé à Daniel Pennac; entre ses romans pour jeunesse et ses livres pour adultes, il est difficile de ne pas en avoir lu au moins un. Personnellement c'est avec un "Je bouquine" que j'ai découvert l'auteur et La petite marchande de prose reste l'un de mes plus beaux souvenirs de lecture adolescente, à égalité avec La fée carabine. Depuis, j'ai un peu laissé tomber Pennac, quelque part entre le cinquième et sixième roman de la famille Malaussène. Ce n'est que récemment, lors d'une conversation avec ma belle-soeur, que l'envie m'a prise de lire Journal d'un corps, ouvrage qui a mis cette dernière un peu mal à l'aise.

Présenté comme le legs d'un vieillard à sa fille, Journal d'un corps est un récit qui couvre pratiquement toute la vie d'un homme, de son adolescence aux derniers jours de son agonie. Il ne s'agit cependant pas du journal intime de l'homme, mais de son corps: pas d'états d'âme, pas d'atermoiements, pas d'expression de sentiments, juste le fonctionnement brut d'une machine plus ou moins efficace. De l'éveil de la sexualité à la défaillance de la vessie, d'un corps fringuant à celui fatigué et usé par le temps, des accidents nocturnes à la cataracte, nous assistons sur plus de soixante ans à l'évolution d'un corps lambda et l'auteur ne nous épargne rien.

Si ce livre a mis mal à l'aise ma belle-soeur, c'est par son aspect assez cru, qui décrit les doigts dans le nez, les taches de vieillesse sur la peau, l'état des selles, les acouphènes et les hémorragies. Le narrateur ne nous épargne rien, décrit opérations et manipulations de toutes sortes et fait entrer son lecteur dans une intimité presque aussi dérangeante que celle d'un journal. Ceci dit, je n'ai pas trouvé ça aussi tranché que l'auteur l'aurait sans doute aimé et, pour ma part, j'ai eu parfois du mal à distinguer le livre d'un journal intime classique, le corps et l'esprit étant au final assez liés. Ceci dit, le livre m'a également perturbée car il met véritablement en scène l'ascension et la déchéance d'un corps; le héros, mal dans sa peau va se muscler pour devenir bien dans son corps, l'apprivoiser, le questionner puis, sur la fin, va constater sa lente dégradation jusqu'à l'inévitable agonie. Ce n'est pas franchement joyeux me direz-vous d'autant plus que des thèmes assez lourds sont abordés: maladie, mort, handicap... Au final, pour rester dans la métaphore adaptée, il faut avoir l'estomac bien accroché pour adhérer à un ouvrage qui ceci dit, ne serait-ce que par simple curiosité, mérite le coup d'oeil.

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