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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 12:00

L02.jpgJournal d'un corps

Daniel Pennac

éditions Folio

2012

 

Je pense que peu d'entre nous ont échappé à Daniel Pennac; entre ses romans pour jeunesse et ses livres pour adultes, il est difficile de ne pas en avoir lu au moins un. Personnellement c'est avec un "Je bouquine" que j'ai découvert l'auteur et La petite marchande de prose reste l'un de mes plus beaux souvenirs de lecture adolescente, à égalité avec La fée carabine. Depuis, j'ai un peu laissé tomber Pennac, quelque part entre le cinquième et sixième roman de la famille Malaussène. Ce n'est que récemment, lors d'une conversation avec ma belle-soeur, que l'envie m'a prise de lire Journal d'un corps, ouvrage qui a mis cette dernière un peu mal à l'aise.

Présenté comme le legs d'un vieillard à sa fille, Journal d'un corps est un récit qui couvre pratiquement toute la vie d'un homme, de son adolescence aux derniers jours de son agonie. Il ne s'agit cependant pas du journal intime de l'homme, mais de son corps: pas d'états d'âme, pas d'atermoiements, pas d'expression de sentiments, juste le fonctionnement brut d'une machine plus ou moins efficace. De l'éveil de la sexualité à la défaillance de la vessie, d'un corps fringuant à celui fatigué et usé par le temps, des accidents nocturnes à la cataracte, nous assistons sur plus de soixante ans à l'évolution d'un corps lambda et l'auteur ne nous épargne rien.

Si ce livre a mis mal à l'aise ma belle-soeur, c'est par son aspect assez cru, qui décrit les doigts dans le nez, les taches de vieillesse sur la peau, l'état des selles, les acouphènes et les hémorragies. Le narrateur ne nous épargne rien, décrit opérations et manipulations de toutes sortes et fait entrer son lecteur dans une intimité presque aussi dérangeante que celle d'un journal. Ceci dit, je n'ai pas trouvé ça aussi tranché que l'auteur l'aurait sans doute aimé et, pour ma part, j'ai eu parfois du mal à distinguer le livre d'un journal intime classique, le corps et l'esprit étant au final assez liés. Ceci dit, le livre m'a également perturbée car il met véritablement en scène l'ascension et la déchéance d'un corps; le héros, mal dans sa peau va se muscler pour devenir bien dans son corps, l'apprivoiser, le questionner puis, sur la fin, va constater sa lente dégradation jusqu'à l'inévitable agonie. Ce n'est pas franchement joyeux me direz-vous d'autant plus que des thèmes assez lourds sont abordés: maladie, mort, handicap... Au final, pour rester dans la métaphore adaptée, il faut avoir l'estomac bien accroché pour adhérer à un ouvrage qui ceci dit, ne serait-ce que par simple curiosité, mérite le coup d'oeil.

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 11:58

L08.jpgLe grand coeur

Jean-Christophe Rufin

éditions Folio

2012

 

Un homme exilé au fin fond d'une île grecque prend la plume pour raconter son histoire, et quelle histoire ! Car ce vieillard n'est ni plus ni moins que Jacques Coeur, l'ancien Argentier du roi Charles VII. Charles VII ça vous dit peut-être rien mais si je vous dis que c'est le dauphin qu'est venu trouver Jeanne d'Arc pour le couronner...Voilà, c'est bien. Revenons donc à Jacques Coeur, cet homme d'origine modeste, fils d'un pelletier mais qui, grâce à ses talents de commerçant et de visionnaire, est devenu l'homme le plus riche de France. Héros complexe, précurseur de la Renaissance qui s'annonce, il a permis au roi de terminer la guerre de cent ans et a rêvé toute sa vie d'un Occident et d'un Orient réconciliés. Mais on ne peut être aussi ambitieux sans s'attirer les foudres des envieux et du roi lui-même, cet être complexe et mesquin. Fort heureusement, Jacques peut compter sur le plus sûr des soutiens, celui de Agnès Sorel, la première favorite royale de l'histoire de France...

On m'avait dit tellement de bien de ce livre: j'attends encore le moment où je dois m'extasier. La narration est linéaire et plate au possible: Jacques Coeur raconte son enfance (50 pages) les premiers temps de son mariage (50 pages) pour enfin avoir une révélation et décider de visiter l'Orient. Chic! se dit le lecteur, ça y est on entre dans le vif du sujet! Que nenni.. Après une visite éclair, Jacques se dit qu'il va se lancer dans le commerce à l'échelle mondiale: suit une pesante explication sur les tenants et aboutissants, les différentes tractations, le choix des associés, etc. Notre héros cherche un appui, ce qui donne lieu à une scène un peu intéressante, sa rencontre avec le roi. Retour aux explications, mise en place de l'affaire de Jacques. Jacques devient argentier du roi, il est de plus en plus riche, il s'ennuie un peu alors il achète beaucoup de châteaux et en fait construire un pour sa femme. Rencontre avec Agnès Sorel  (le livre est déjà à moitié entamé) dont il tombe amoureux (attention, c'est à peu près la seule partie intéressante du roman). Mort d'Agnès, Jacques perd goût au monde d'autant plus que ses ennemis complotent derrière son dos. Procès, déchéance, fuite. Fin.

Non non, je ne vous mens pas: il ne se passe absolument rien dans ce livre: pas de moment clé, pas de montée dans l'intrigue, aucun personnage ne ressort pas même les principaux, absolument rien. Bon, soyons honnêtes: il y a peut-être des gens que la vie de Jacques Coeur intéresse (j'ai une collègue qui ne jure que par ce livre après tout) mais, personnellement j'ai du mal à m'attacher à un être dont le seul mérite est d'avoir amassé de l'argent. Certes, il a voyagé, rencontré des gens puissants et des humbles mais rien de tout ça n'est vraiment mis en relief par l'auteur qui, perdu dans sa narration à la première personne, semble enfermé dans un personnage qu'il semble beaucoup admirer et a énormément de mal à s'en détacher pour donner son importance aux autres protagonistes ou même aux simples descriptions.. Résultat, le récit centré exclusivement sur le héros  et ses états d'âme tourne à vie et m'a ennuyée furieusement. En fin de compte, peut-être suis-je trop jeune ou trop vieille pour les romans historiques.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 10:44

L03.jpgFight Club

Chuck Palahniuk

éditions Folio

1996

 

Bon, que ce soit clair : je n'ai jamais vu Fight Club et je n'ai jamais été tentée de le voir malgré la présence de Brad Pitt. J'ignore pourquoi mais ce film fleure trop la testostérone pour vraiment me séduire. J'ai sans doute tort mais voilà il y a des préjugés comme ça dont on ne peut se défaire. En revanche, apercevant sur un coin de table le roman de Palahniuk à l'origine de l'adaptation, je me suis dit : "Bah pourquoi pas..." Après tout Fight Club est devenu un classique.

Tout commence avec un narrateur un peu paumé à la vie bien rangée qui, pour vaincre ses insomnies chroniques, s'est inscrit dans des clubs de soutien divers, le plus souvent des groupes de personnes malades et en phase terminale. La souffrance des autres l'aide à mieux dormir. Un jour, il rencontre Marla qui, comme lui, est un imposteur : elle ne va à ses groupes que pour se sentir moins minable. Quelques temps plus tard, il fait aussi la connaissance de Tyler, un homme déjanté à la limite de la folie mais qui le fascine. Aussi, lorsque son appartement explose, notre héros s'installe tout naturellement chez Tyler qui l'initie au Fight Club, un club très fermé qu'il a inventé et qui va entraîner son ami dans une succession d'événements de plus en plus dangereux.

Il est difficile de décrire ce roman, plein de pièges et de faux semblants et avec un style assez unique; l'écriture est décousue, les descriptions frappantes et le trivial côtoie des interrogations assez angoissantes. Les situations, d'abord perçues comme ordinaires, se révèlent vite absurdes : un homme en pleine santé qui fréquente des groupes de malades, une femme qui se suicide pour se sentir plus vivante, un personnage qui érige en véritable institution des combats qui par définition sont sans règles. Le contraste naît aussi entre les deux héros: un narrateur trop sage qui étouffe dans sa vie bien rangé et Tyler, un anarchiste qui, par le chaos veut refonder une nouvelle société. Le dénouement est plutôt inattendu, du moins pour ceux qui, comme moi, n'ont pas vu le film. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, je n'ai pas réussi à entrer dans ce livre. Je ne me l'explique pas vraiment : c'est sans doute dû à la thématique de Fight Club qui ne m'a absolument pas inspirée : combats, fabrication de bombes, tabassages, dialogues virils... J'ai été de ce fait sensible au style mais je suis restée totalement en dehors de l'intrigue. Fight Club est un roman brut et tortueux, et pour l'apprécier totalement, je pense qu'il faut avoir une tournure d'esprit que pour le coup je ne possède pas. Avis aux amateurs...

 

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 10:20

L05.jpgLes vies parallèles de Greta Wells

Andrew Sean Greer

éditions de l'Olivier

2013

 

1985, New York. Greta Wells est en pleine dépression : son frère jumeau, Félix, est mort du sida et son compagnon, Nathan, l'a quittée après dix ans de vie commune. Seule, malheureuse, elle se laisse convaincre par son médecin et tente un traitement à base d'électrochocs. Mais le traitement a des résultats inattendus: Greta se retrouve propulsée dans des existences parallèles, l'une en 1918, l'autre en 1941. Dans l'une, la guerre se termine, dans l'autre elle commence à peine; Nathan et Félix sont de nouveau là mais différents, modelés par leur époque. Et, si Greta est heureuse de se retrouver entourée, elle ne tarde pas à se rendre compte que la Greta de 1918 et de 1941 étaient également loin de mener une vie idyllique.

Il y a des livres qui, sans bien comprendre pourquoi, ne touchent pas. L'histoire de Andrew Sean Greer était pourtant intéressante, mettant en scène une femme prête à tout pour retrouver son frère disparu. Mais la Greta de 1985 ne souhaite pas la même chose que celle de 1941 qui elle veut garder son mari, Nathan, ou celle de 1918 qui elle veut retrouver son amant, Léo. Trois femmes, la même pourtant, pour trois aspirations différentes et qui vont interagir chacune dans la vie de l'autre. Le problème c'est que cette histoire n'a pas de réelle mise en scène a mon sens; à peine propulsée en 1918, Greta sait d'instinct comment s'y comporter et peut établir un schéma (je vais y passer une journée, je passerai ensuite une semaine en 1941, je reviendrai ensuite dans mon époque, etc.). Il n'y a ni situations de crises (à part peut-être le mariage de Félix en 1918) ni véritable enjeu. A vrai dire, j'ai trouvé la narration très linéaire et bien fade. L'héroïne glisse d'une époque à une autre sans accroc et sans vraiment se poser de questions. Il y a des moments très touchants (les scènes entre le frère et la soeur par exemple) mais qui sont gâchés par un style un peu mièvre et des interrogations métaphysiques dignes d'une classe de philo de terminale (où suis-je ? où vais-je?) Bon, je suis très dure je le reconnais. Certaines de mes collègues ont beaucoup aimé ce livre, touchés par le thème universel de la solitude. Peut-être vous touchera-t-il aussi. Mais, pour ma part, Les vies parallèles de Greta Wells ne me laisseront que le souvenir mitigé d'un roman féminin de qualité médiocre.

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 19:23

L01.jpgIl n'y a pas de sparadraps pour les blessures du coeur

François Szabowski

éditions Aux Forges de Vulcain

2013

 

A la fin de l'ouvrage, nous avions laissé le héros des femmes n'aiment pas les hommes qui boivent  amant de sa voisine sexagénaire, Rose, après avoir dupé le mari et l'avoir envoyé au fin fond du pays sans argent et sans papiers. C'est dans ce contexte que nous retrouvons François Chaboeuf, alias François Szabowski, le copiste mythomane qui, lassé des exigences érotiques de sa vorace compagne aimerait bien cependant se faire entretenir par cette dernière pour acheter de l'alcool et se consacrer à son second roman. Las. Les choses ne se déroulent pas comme prévu et François se retrouve bientôt à la rue avec un avenir pour le moins incertain.

Ne cherchez comme d'habitude aucune logique, il n'y en a pas. Comme pour le premier tome, Il n'y a pas de sparadraps pour les blessures du coeur enchaîne les situations absurdes et les événements improbables, le tout raconté par un narrateur fêlé pour invente sa vie pour ensuite mieux la croire.  Punks polonais, jumelles délinquantes, éléphant voyou,  sexagénaire nymphomane, artistes bobos et gitans menaçants rythment un récit surréaliste. La surrenchère pourrait devenir lassante, d'autant plus que nous avons eu Les femmes n'aiment pas les hommes qui boivent et que nous sommes déjà habitués à ce style pour le moins particulier. Heureusement, l'auteur à mi-parcours a une sage idée et donne à son personnage de copiste une nouvelle dimension en le faisant tomber amoureux d'une femme tout aussi extravagante que lui. Le narrateur jusque là plutôt antipathique devient assez touchant car même si son amour, à l'image de sa personnalité, est totalement disfonctionnel, il y a en lui quelque chose d'héroïque  (et de très inquiétant). Le lecteur de ce fait se laisse peu à peu contaminer par la folie douce d'un personnage aussi mythomane en amour qu'il l'est dans le reste de sa vie et ce, jusqu'à un dénouement à la fois prévisible et inattendu. En bref, encore un pari réussi pour notre copiste.

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 13:23

L06.jpgEt soudain tout change

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

2013

 

Que s'est-il passé chez les auteurs français? Avant,la littérature française était certes nombriliste, prétentieuse et souvent ennuyeuse, mais restait cynique et joyeusement amorale. Et puis il y a eu Barbery et son Elegance du hérisson, il y a eu Gavalda et le fakir chez Ikéa, il y a eu Deghelt et Legardinier... A croire que la génération qui pleurait devant La petite maison dans la prairie et qui s'est émue devant Amélie Poulain a décidé de nous bombarder de bons sentiments jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Je savais certes en lisant Et soudain tout change que j'allais avoir droit à une bonne dose de guimauve. Après tout, j'ai lu Demain j'arrête du même auteur et je connais le potentiel lacrymal de Legardinier. Mais j'avais plutôt apprécié Demain j'arrête et l'humour gentil qui s'en dégageait. Rien de tel pour Et soudain tout change qui n'est plus de la guimauve mais carrément du sucre en intraveineuse.

L'histoire c'est celle de la narratrice, Camille, qui est trop contente de retrouver toute sa bande dans la même classe de terminale. Il y a Léo, Manon, Pauline, Inès, etc. et, surtout, Axel, sur qui elle craque grave. L'ennui c'est que sa besta Léa craque aussi sur Axel, du coup elles ont décidé de ne rien tenter avec lui. C'est beau (et, au demeurant, totalement irréaliste). Mais, comme le titre l'indique, tout change brutalement. Léa découvre qu'elle est atteinte d'une maladie rare du coeur et qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre. Aussitôt, tous ses amis l'entourent pour l'aider à vivre au mieux ses derniers instants.

N'en jetez plus. En un seul livre, par un admirable tour de force, Gilles Legardinier a réussi à réunir tous les clichés possibles et inimaginables. Il y a les gentils ados un peu tapageurs mais avec un bon fond quand même ; le méchant ado qui ne se soucie que de lui-même et qui n'a aucune pitié pour sa petite camarade en train de crever, mais qui sera puni en étant mis à poil au milieu du lycée (hi hi) ; le méchant vieux nazi voleur et grossier qui sera lui aussi puni (des croix gammés sur sa voiture, hi hi) ; la gentille tante compréhensive, le prof à la Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus qui aime et comprend tous ses élèves... Ajoutons à cela l'histoire de l'ado qui ne veut pas que ses parents divorcent et qui est prête à tout pour qu'ils ne vendent pas leur maison parce que merde vous êtes trop égoïstes d'abord. Et les parents qui au lieu de lui foutre une baffe décident que, oh oui alors, cette grue a raison, continuons à être malheureux ensemble. Il y a aussi la mourante qui découvre le sens de la vie en lisant les philosophes, ce qui donne lieu à des maximes tirées tout droit des biscuits chinois, et la meilleure amie qui se dévoue pour sacrifier son bonheur avant de découvrir que, oh mais non, tout s'arrange finalement. Je continue ou ça vous va ?

Je n'ai rien contre Gilles Legardinier hein. Ce n'est pas un mauvais auteur en soi et, quand il veut être drôle, il y parvient admirablement (le portrait du petit frère de la narratrice est par exemple une grande réussite) Mais on peut, sans être une méchante sorcière cynique qui découpe des chatons dans une cave, aspirer à un récit qui ne soit pas dégoulinant, manichéen et ne verse pas dans la comédie dramatique hollywoodienne au rabais (le premier chapitre fait clairement penser à l'intro d'un film, j'ai même guetté le moment du générique). Contrairement à Demain j'arrête, tout est factice dans Et soudain tout change depuis les personnages jusqu'aux situations et, de fait, ne suscite aucune émotion si ce n'est de temps en temps un vague sourire. Rien à tirer donc de ce naufrage si ce n'est ma conviction personnelle, n'en déplaise à l'auteur, que de temps en temps un peu de cynisme ne fait pas de mal et que les bons sentiments à la louche sont une plaie pour l'humanité et, accessoirement, pour la littérature.

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 20:52

L02.jpgIdiopathie

Sam Byers

éditions Seuil

2013

 

"Un roman d'amour, de narcissisme et de vaches en souffrance", tel est le sous-titre de ce roman anglais déjanté qui, dès la couverture, annonce la couleur. Idiopathie, c'est l'histoire de trois trentenaires mal dans leurs peaux. Katherine, cynique et misanthrope n'aime rien ni personne et prend plaisir à être malheureuse et mauvaise. Son ex, Daniel, en couple avec une gentille adepte des énergies intérieures et du développement personnel se sent quant à lui mal à l'aise dans une existence trop confortable pour être honnête. Enfin, il y a Nathan, leur ami commun qui,  un jour, a disparu mystérieusement après une déclaration d'amour ratée à Katherine. Or, Nathan réapparaît et le trio se reforme le temps d'une brève soirée qui va vite virer au désastre...
Amour, vaches maladives, mères insupportables, alcool et cigarettes, joutes verbales, tout cela rythme un ouvrage plutôt drôle et il faut le dire assez féroce. Les personnages sont plus insupportables les uns que les autres, que ce soit Katherine la colérique qui est incapable du moindre geste de tendresse ou Daniel le mou qui n'ose jamais dire ce qu'il pense. Quelques scènes sont très drôles : je pense ainsi au moment où Daniel se croit obligé d'échanger des déclarations d'amour avec sa compagne tout en se passant la boîte de céréales au petit déj' ou encore à ce moment où Nathan, sorti d'un hôpital psychiatrique, se rend compte que sa mère a créé un blog et sorti un livre sur leur relation filiale. On reconnaît bien là l'humour anglais un peu décalé et une bonne dose d'ironie quasi-présente dans tout le récit. Le problème cependant d'Idiopathie réside essentiellement dans les dialogues: c'est un livre extrêmement bavard avec, comme je l'ai déjà souligné, énormément de joutes verbales, notamment entre Katherine et Daniel. Or, si ces joutes sont au départ amusantes, elles deviennent à force un peu barbante et la rhétorique tourne à vide, les bons mots lassant plus qu'ils ne distraient.  Ce défaut ainsi qu'une intrigue un peu légère font d'Idiopathie un ouvrage amusant mais sans plus, le premier livre prometteur d'un jeune auteur mais avec encore trop de défauts pour être une totale réussite.

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 10:36

L02.jpgL'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa

Romain Puértolas

éditions Le Dilettante

2013

 

Ajatashatru Lavash Patel est un fakir indien fraîchement débarqué en France pour une seule et unique raison : visiter le magasin Ikéa le plus proche de l'aéroport et repartir avec le dernier modèle de lit à clous, le tout avec un faux billet de cent dollars imprimé sur une seule face. Vaste et ambitieux programme mais Ajatashatru Lavash Patel plus qu'un fakir est surtout un escroc qui maîtrise à merveille l'art de la supercherie et de l'arnaque. Cependant, des événements inattendus viennent mettre à mal son plan ingénieux. Après être tombé amoureux d'une jolie française rencontrée dans la file d'attente du restaurant du magasin, notre héros se retrouve coincé durant la nuit dans une armoire Ikéa en partance pour le Royaume-Uni. Ajoutez à cela un chauffeur de taxi floué qui a juré de le traquer jusqu'au bout du monde, des clandestins africains, une jolie actrice française, des contrebandiers libyens... La vie de Ajatashatru se complique considérablement mais toutes ces péripéties ainsi qu'un voyage qui le mènera jusqu'en Libye va lui faire comprendre à quel point son existence a été futile jusque là...

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa bénéficie de trois atouts pour être populaire : sa couverture jaune flashy qui attire immédiatement l'oeil, son titre à rallonge absurde qui suscite la curiosité et, enfin, un ton humoristique qui ne peut que plaire à l'heure où les livres drôles ne sont pas légion. Personnellement, il n'est pas sans m'avoir fait penser quelque peu au Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire : l'auteur met en scène un personnage atypique qui, à la suite d'événements aussi délirants qu'inattendus, se retrouve embarqué presque malgré lui dans une aventure dont il ignore tout du dénouement. C'est amusant et j'ai souri plusieurs fois grâce à des personnages comme l'improbable gitan chauffeur de taxi ou le directeur du magasin Ikéa. L'ensemble est léger même si certains running gags finissent par être lassants : les noms indiens imprononçables, les jeux de mots sur les vaches sacrées... Ceci dit, je l'avoue, ce qui m'a le plus gênée, ce sont les bons sentiments. Il y en a à la pelle dans ce récit : le fakir arnaqueur comprend qu'il est plus glorieux de faire plaisir aux gens que de les dépouiller, son amoureuse Marie prend conscience qu'il est plus gratifiant de se lancer dans une longue histoire d'amour que dans des aventures d'un soir. Personne n'est vraiment méchant, les bons finissent presque toujours par s'en sortir et le récit s'achève sur un Happy End dégoulinant de sucre. Dommage, car l'auteur est plus convaincant lorsqu'il fait preuve d'humour ou de cynisme, notamment lorsqu'il évoque le sort de ces immigrés clandestins que les pays européens se balancent mutuellement pour s'en débarrasser. L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa est loin d'être un mauvais livre : c'est facile et agréable tout en étant distrayant. Justifie-t-il pour autant un tel succès comparé par exemple aux livres de Lalumière chez le même éditeur? Voilà pour le coup ce dont je suis loin d'être convaincue.

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 13:56

L05.jpgJe ferai de toi un homme heureux

Anne B.Radge

éditions Balland

 

Un immeuble norvégien au début des années 60 et, dans cet immeuble, plusieurs familles qui mènent leur vie à l'époque où le confort moderne commençait tout juste à apparaître... Au rez-de-chaussée, il y a les Asen, sans enfants. La femme est une folle de ménage et passe son temps à nettoyer son appartement et les escaliers communs, au grand dam de sa voisine d'au-dessus, madame Rudolf, mère d'un ado qu'elle ne comprend plus et d'un époux passionné de lecture qu'elle n'a jamais compris. Il y a les Larsen; la femme est anglaise et coiffeuse, le mari est traducteur et excentrique (il aimerait s'occuper de la maison et ne porte pas de chapeau pour sortir). Il y a la silencieuse jeune voisine avec son nouveau-né tout aussi silencieux. Il y a monsieur Berg, mari autoritaire et violent et qui tabasse volontiers ses deux fils; il y a le prof de maths veuf qui se soucie bien peu de sa fille Nina; il y a le couple modèle du deuxième étage et, enfin, il y a la très jolie Peggy-Anita Foss dont le mari part souvent en voyage en la laissant seule. Son unique distraction? Faire le ménage toute nue...

On m'avait dit beaucoup de bien d'Anne Radge et c'est avec entrain que je me suis lancée dans ce roman. Au final, c'est plutôt une déception. Le style est sympa, rien à dire et, au début, on prend plaisir à suivre le quotidien (très terne il faut l'avouer) de ces femmes dont le moindre café se transforme en véritable mission (que servir avec? Avant ou après le journal?) et dont la vie tourne essentiellement autour de leurs tâches ménagères... Congélateur et aspirateur sont des inventions merveilleuses et le moindre représentant de commerce qui vient sonner à leur porte est le point de départ d'une grande aventure... Seulement voilà, à l'image du quotidien des ces femmes, le récit s'enlise. Oh certes, il y a plusieurs intrigues mais elles sont noyées dans des descriptions trop détaillées et des considérations qui traînent en longueur. La première partie du récit (la plus intéressante ceci dit) est interminable tandis que la seconde et la troisième sont trop courtes, ce qui est un peu ennuyeux si l'on considère que la première partie est la présentation des personnages. La structure bancale est peut-être voulue ainsi: c'est sans doute une volonté d'Anne Radge de montrer à travers ce récit que les nombreux drames qui se jouent à l'intérieur de cet immeuble (mort d'enfant, maltraitance, adultère, solitude...) se noient dans un quotidien étouffant et rythmé par des tâches répétitives et sans intérêt. On peut voir ça comme ça mais cela ne m'a pas empêchée de trouver Je ferai de toi un homme heureux maladroit et sans rythme. Et, en fin de compte, c'est surtout un livre qui m'a laissée plus perplexe que réellement séduite.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:42

L02.jpgEleven

Mark Watson

éditions Livre de Poche

 

Xavier Ireland est un garçon gentil : il dit bonjour à ses voisins, se montre bienveillant avec son collègue Murray et, la nuit, anime une émission radio pour tous les insomniaques de Londres. Mais Xavier demeure un solitaire. Célibataire, il reste durant le jour à l'écart des autres et souhaite ne se mêler de rien. Pourquoi? Qu'est-ce qui a fait que, du jour au lendemain ce jeune homme ait quitté l'Australie, sa famille et ses amis pour changer de nom et vivre en Angleterre? C'est ce que sa nouvelle femme de ménage, Pippa, va s'employer à découvrir... D'autant plus que, qu'il le veuille ou non, le destin de Xavier dépend des autres: ainsi, un geste anodin de sa part va, sans même qu'il le sache, avoir des répercussions sur onze personnes qui lui sont totalement étrangères...

Je sentais que vous en aviez un peu marre des classiques ou des lectures tarabiscotées, aussi, dans ma mansuétude, je vous offre cette lecture idéale pour les vacances: du bon sentiment, de la romance, une réflexion sur l'effet papillon et la destinée humaine... En temps ordinaire, je me serais sans doute empressée d'insister sur certaines scènes d'une mièvrerie achevée et je n'aurais pas pu m'empêcher de tiquer sur les gros sabots de l'auteur, tant au niveau du style que des situations: oh la belle image de Pippa qui nettoie l'âme de Xavier comme elle nettoie son appartement! Oh cette insistance à montrer et démontrer qu'une journée dans la vie du héros va avoir une incidence sur la vie d'autres personnes! Mais bon, comme je l'ai déjà dit, nous sommes en été et mon cerveau engourdi par la chaleur se montre plus enclin à l'indulgence et aux romans faciles. Non, Eleven n'est pas le chef-d'oeuvre de l'année, mais ça se lit vite et bien sans demander beaucoup de réflexion. Alors bon, si vous ne savez pas quoi prendre pour la plage...

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