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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 19:42

L07.jpg50 nuances de Grey

EL James

éditions JC Lattès

 

Nous sommes samedi soir; votre cerveau tout le mien a-t'-il trop travaillé cette semaine? ça tombe bien: aujourd'hui nous n'allons pas trop nous fatiguer les méninges et parler du phénomène littéraire du moment: Cinquante nuances de Grey, le best-seller érotique supposé transporter toutes les femmes frustrées au septième ciel. Je ne mentirai pas: personne ne m'a forcée à lire ça, je suis uniquement victime de ma curiosité. Car on ne peut qu'être victime de ce livre.

Tout commence avec Anastasia Steele, dite Ana, étudiante en lettres de vingt et un ans, vierge, sérieuse, gentille, qui travaille au magasin de bricolage du coin pour payer ses études (c'est si glamour) et qui doit, pour dépanner sa colocataire et meilleure amie, interwiever pour le journal de la fac Christian Grey, sémillant chef d'entreprise de six ans son aîné, accessoirement multimilliardaire et fabuleusement beau. Evidemment Ana flashe sur cet homme et réciproquement. Tout les sépare mais Christian la veut, elle. Aussi se lance-t-il dans une offensive sérieuse pour la séduire (promenades en hélico, filature par téléphone, regards ténébreux, la routine quoi) tout en la prévenant: il n'est pas l'homme qu'il lui faut, il y a en lui un côté sombre (Indice: un gars qui fait suivre une femme rencontrée une seule fois a très vraisemblablement quelques problèmes psychologiques) Mais Ana est accroc, aussi quand elle découvre que Christian Grey est sado-maso et qu'il veut lui faire signer un contrat pour faire d'elle sa "Soumise" elle hésite bien un peu mais bon allez... quelques fessées par ci par là c'est pas si terrible...

En fait, je sais pas par où commencer. Ce livre est une telle catastrophe qu'on ne sait pas, sans mauvais jeux de mots, par quel bout le prendre. Commençons donc par le style. La thématique est adulte, pourquoi diable le livre est-il écrit sous la forme de journal intime d'une ado attardée? Un usage systématique du présent (le passé est de toute évidence trop difficile à maîtriser) des comparaisons... et bien, je crois que j'utilisais les mêmes quand j'étais au collège: "Sa voix aussi veloutée que du chocolat noir". Ok si tu le dis... Le pire c'est quand Ana se pique de définir ses émotions intimes, qui sont au demeurant assez sommaires puisqu'elle est soit tourmentée par sa conscience (c'est mal tout ça tu sais ce gars est un peu un harceleur quand même) soit par sa "déesse intérieure" (???) chienne en chaleur qui se fout que Christian Grey soit un dangereux psychopathe pourvu qu'il lui fournisse son quota de parties de jambes en l'air et d'orgasmes. Bon, Ana écoute plus sa déesse intérieure, ce qui donne lieu à quantité de scènes de sexe plus ou moins fantaisistes, réclamant plus ou moins d'imagination (il y a un truc avec des glaçons et du vin blanc qui me laisse quand même un peu perplexe je l'avoue) mais qui restent bien loin de la pornographie sadienne je vous rassure (ou vous déçois). Ceci dit, je peux pardonner le style car le style est tellement mauvais que j'ai eu de bonnes crises de fous rires devant certains passages dignes d'un Harlequin. Ce qui m'a revanche beaucoup moins fait rire, ce sont les personnages antipathiques au possible. Je ne sais pas qui est le pire: lui, le multimilliardaire ultra-possessif et protecteur qui la fait suivre, l'empêche de trop boire (l'alcool c'est mal; j'adore le puritanisme anglo-saxon  qui arrive même à pointer le bout de son nez dans un roman érotique!)  et de parler à des inconnus, ou elle, la cruchonne qui glousse et qui trouve quand même que bon de temps en temps Christian exagère mais il est si beeeeeeeeeeeeeeeeau! De toute évidence l'auteur confond innocence et niaiserie car Ana est profondément stupide: franchement quelle femme (même vierge) va dire quand un homme lui explique avec un regard lubrique qu'il va lui montrer sa "salle de jeux": "Vous voulez qu'on joue avec votre X.box? Vous avez la réponse? Moi oui: une gourde.

Voilà voilà... Pour résumer Cinquante nuances de Grey c'est du Twilight pour adultes, une histoire d'amour entre deux êtres incompatibles mais qui s'aiiiiiiiiiiiiiiiiiiment donc ils vont forcément surmonter leurs quelques divergences concernant la fessée (elle semble assez open pour la cravache) et être heureux ensemble. Soyez dans la joie c'est une trilogie petits veinards, Ana et Christian vont encore pouvoir se déchirer et se réconcilier sur un bureau, un lit, dans un hangar, contre un lavabo, dans la baignoire.... Bon je vous garantis pas que moi je serais encore là pour assister à leurs ébats, sauf si, à la rigueur, le héros éventre sa dulcinée dans un moment de passion comme Sade le fait avec ses héroïnes...

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:31

L02.jpgUne place à prendre

J.K Rowling

éditions Grasset

 

Elle était attendue au tournant: cinq ans après la sortie du dernier tome d'Harry Potter, Rowling publie un nouveau roman, à destination des adultes cette fois, et le moins que l'on puisse dire... et bien,  c'est que c'est surprenant.

Barry Fairbrother, notable de la paisible petite bourgarde de Pagford, est un quadragénaire dynamique et aisé qui milite pour les jeunes et moins jeunes du quartier défavorisé rattaché à la ville, alors que ses opposants voudraient à l'inverse voir ce quartier incomber  à la ville voisine de Yarville et faire fermer le centre de désintoxication. Le combat de Barry prend brutalement fin lorsqu'il succombe à un anévrisme sur le parking d'un restaurant. Sa place demeurée vacante au conseil paroissiale devient alors objet de convoitise, tant pour les amis du défunt que pour ses ennemis puisque la personne qui occupera ce siège pourra faire pencher la balance et décider du sort de la cité...

Ne cherchez ni gentils lutins, ni actes d'héroïsme, ni personnages attachants dans Une place à prendre. Les ados sont des obsédés boutonneux aux cheveux gras, les vieux sont des obèses réacs, les mères de familles fantasment sur les chanteurs qu'écoutent leurs filles, les vieilles distillent leurs ragots et leur venin... L'auteur met sous les projecteurs tous les travers des protagonistes et dépeint sans complaisance la mère droguée, le proviseur paranoïaque, le père violent...Pour un retour à la réalité, Rowling y va fort, mais vise au demeurant assez juste. La psychologie de ses héros est fine, ce qui était déjà le cas d'ailleurs dans Harry Potter. C'est la force principale d'un roman un peu longuet, sans doute trop, et qui peine essentiellement à se mettre en place. Une fois lancée cependant, l'intrigue tient son lecteur en haleine jusqu'à un dénouement inattendu et même choquant. L'auteur confirme indéniablement un grand talent de conteuse. Au niveau du style, je serai plus réservée: Rowling n'a pas une écriture particulièrement remarquable. Curieusement, en lisant son livre, j'ai pensé à du Stephen King: vocabulaire cru, mise en place soignée du décor mais phrases parfois brouillonnes, surrenchères de comparaisons quelquefois maladroites... et roman à rallonge! Ceci dit, j'ai envie de rester gentille avec un roman qui se lit avec plaisir et qui de plus était un véritable coup de poker de l'auteur (Rowling aurait pu rester dans la faciliter et publier un livre pour enfants, son public initial) qui, à défaut de remporter totalement la mise, n'y laisse pas ses plumes...

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 10:22

L02.jpgDemain j'arrête!

Gilles Legardinier

éditions Fleuve Noir

 

 

Julie est un peu ce qu'on pourrait nommer un gros boulet. Célibataire proche de la trentaine, elle cumule les gaffes, est la plus mauvaise employée de sa banque et sentimentalement en est au point mort depuis qu'elle a plaqué un musicien de seconde zone qui la traînait à tous ses concerts dans des bars glauques. Elle déprime sec jusqu'au jour où un mystérieux voisin vient s'installer dans son immeuble. Son nom: Ricardo Patatras. Un nom qui éveille la curiosité de la jeune femme et qui la rend bien déterminée à connaître ce mystérieux inconnu, quitte à se coincer la main dans sa boîte aux lettres...Mais quand en plus, le voisin se révèle être un charmant jeune homme, célibataire de surcroît, alors Julie se sent prête à tout pour le conquérir... et surtout au pire.

Bon, on m'a reprochée un certain cynisme, aussi je vais tâcher d'être un peu plus gentil avec ce roman qu'avec La liste de mes envies. Car, tout comme ce dernier, Demain j'arrête! est plein de bons sentiments jusqu'à plus soif: ah l'héroïne toute sucrée entourée d'amis fidèles, ah ces réflexions l'air de rien sur le danger de l'informatique, la nécessité de rencontrer des vrais gens, ah les méchants cupides qui se font punir à la fin, la vieille rentière, le jeune loup aux dents longues qui se fait tabasser par le quartier...Ne cherchez pas de nuances dans ce roman, il n'y en a pas. Pour l'héroïne, la narratrice, le monde se divise en deux sortes de gens: ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas. C'est aussi profond qu'une citation sur un gâteau chinois.

Mais (car il y a un mais), j'ai quand même réussi à apprécier ce livre. Bon, peut-être parce que j'étais malade et que mon coeur de silex était quelque peu attendrie par les médicaments. Mais, surtout, parce que l'auteur, à défaut d'être un bon psychologue, est très doué dans le registre de l'humour. De fait, le récit est très drôle, que ce soit grâce à l'héroïne un peu farfelue toujours prompte à imaginer tout et n'importe quoi ou par les situations incongrues et comiques: le dîner romantique qui vire à la catastrophe naturelle, l'héroïne qui se met au jogging pour courir avec Ricardo alors qu'elle n'a jamais fait de sport de sa vie, la meilleure amie qui file le mystérieux voisin affublée d'un bonnet péruvien, ce qui fait naître à Julie la réflexion suivante: "Ce matin-là, j'ai découvert une des sept vérités fondamentales qui commandent l'univers: le bonnet péruvien ne va à personne." Le tout mâtiné par des considérations sur les chats, l'animal que l'héroïne déteste par dessus tout mais qu'elle ne peut s'empêcher de prendre pour modèle tout le long de sa conquête sentimentale.

C'est donc un bilan en demi-teinte, mais plutôt positif pour un livre qui ne restera certes pas dans les meilleurs souvenirs de ma vie mais qui, tout comme Maudit karma, se lit avec facilité et fait passer un agréable moment. Une lecture de vacances pour les malheureux dont c'est aujourd'hui la rentrée....

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 10:17

L08.jpgLa symphonie du temps qui passe

Mattia Signorini

éditions Presses de la cité

 

Né à Tranquility, Green Talbot n'a jamais quitté ce petit village où le temps semble suspendu. Il ne s'est même jamais aventuré bien loin dans les bois qui entourent la bourgade et qui seraient, selon les habitants, hantés par un monstre terrifiant. Mais Green est un petit garçon curieux et, à la mort de ses parents, à la désapprobation générale, il décide de découvrir le vaste monde. Le voilà lancé dans un grand voyage qui lui fera découvrir la France, l'Angleterre et les Etats-Unis, la vie maritime et la vie militaire, les femmes et les voyages en mongolfière...

Je ne suis peut-être pas d'humeur pour ça ces temps-ci, mais je me suis profondément ennuyée à la lecture de ce roman iniatique faussement naïf qui mêle en vrac merveilleux et réflexions pseudo-philosophiques. Vous connaissez un peu le principe de ce genre de livres je suppose: des chapitres courts, des phrases qui le sont encore plus, beaucoup de dialogues et un héros qui voyage et qui apprend la vie. Green rencontre ainsi des personnages cocasses qui lui expliquent le sens du monde et apprend de lui-même quelques vérités essentielles: c'est pas l'homme qui prend la mer mais c'est la mer qui prend l'homme, les françaises sont des femmes aux moeurs légères, il faut savoir garder son âme d'enfant, un jour on mourra tous, etc. Livre qui m'a fait fortement penser au film Big Fish mais sans la poésie de ce dernier, La symphonie du temps qui passe se veut un récit plein de mystère et de musique mais se révèle surtout un bric-à-brac de chapitres mal agencés (l'auteur est sans doute plus à l'aise avec le genre de la nouvelle) et de situations sans intérêt décrites dans un style plus que limité. Si quelques scènes sont un peu plus réussies que d'autres (le retour de Green à Tranquility par exemple) l'ensemble reste brouillon et n'a pour seul mérite que sa concision (manquerait plus qu'il nous fasse un roman de mille pages) Sitôt lu, sitôt oublié. A bon entendeur... Moi aussi je peux faire court!

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:50

L05.jpgLa liste de mes envies

Grégoire Delacourt

éditions J.C Lattès

 

Dans la liste de mes envies, je dois admettre qu'actuellement c'est d'être encore en vacances ne serait-ce qu'une petite semaine. Mais comme il faut bien rentrer un jour ou l'autre... En revanche, vengeons-nous du temps un peu maussade aujourd'hui en vous parlant du best-seller de cet été, celui qui a arraché des larmes à toutes les ménagères sur la plage, la liste de mes envies.

Jocelyne, mariée à Jocelyn, est une gentille petite dame comme les autres. Elle ne parle pas beaucoup, elle est un peu ronde et elle mène une vie de famille paisible avec son époux depuis le départ de leurs deux enfants devenus grands. Ce dernier, ancien alcoolique, a surmonté ses problèmes et depuis lors se concentre sur son métier pour s'acheter l'écran plat dont il rêve. De son côté, Jocelyne tient une mercerie, une véritable passion qu'elle fait partager via son blog. La vie de la quadragénaire bascule le jour où, après avoir joué au loto, elle gagne 18 millions d'euros. Une grosse somme dont elle n'ose parler à personne, même pas à son mari et qu'elle n'ose même toucher. Les envies de Jocelyne sont modestes et elle a peur que cet argent ne vienne tout gâcher; ce en quoi elle n'a peut-être pas tout à fait tort...

J'ai été très surprise que l'auteur soit un homme je l'avoue. Tant de bons sentiments dans un seul roman, une héroïne rondouillarde et plus toute jeune... Je n'ai rien à reprocher au niveau de l'écriture; le style est tout à fait correct et l'histoire se lit rapidement, en chapitres courts et efficaces. Après, Grégoire Delacourt est atteint de ce que j'appelle "le syndrôme de l'hérisson", du nom du roman indigeste de Barbery. Il se glorifie de parler de gens "comme vous et moi" qui ne parlent pas forcément beaucoup mais qui ont un coeur gros comme ça, il étale complaisamment quelques bons vieux poncifs (l'argent c'est mal, l'alcool c'est mal, la beauté est avant tout intérieure, etc.). Tout le livre se résume à ce bon vieil adage : "L'argent ne fait pas le bonheur". Chic, j'ai appris quelque chose. Au niveau des personnages, rien à faire, l'héroïne me semble plutôt creuse, gnangnan au possible (les scènes avec sa fille cinéaste sont d'un ridicule achevé) et n'est sauvée que par sa passion pour la mercerie. Je ne parle pas même pas du personnage du mari, là tout est à jeter. Pour moi, Grégoire Delacourt ne se rachète que par un dénouement plutôt cynique, mais l'ensemble reste sage et convenu, sans réelle surprise. C'est un livre mignon et lacrymal qui plaira beaucoup aux amatrices de Pancol et Barbery, un livre que pour ma part j'ai déjà presque oublié et dont je n'ai pas vraiment envie de faire l'éloge.

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 14:13

L01.jpgLe Front russe

Jean-Claude Lalumière

éditions le Livre de Poche

 

Petit, le narrateur du Front russe a toujours rêvé de voyager, passant des heures devant son Géo, peut-être pour échapper à une mère un brin trop envahissante. Dans ce but il passe un concours du ministère des affaires étrangères qu'il réussit sans trop de mal. Hélas, un incident malheureux lui attire les foudres d'un supérieur qui l'envoie dans un obscur service: le "Bureau des pays en voie de création-Section Europe de l'Est et Sibérie". Là, le narrateur se retrouve confronté à un chef dérangé, à des collègues incompétent et à un travail ennuyeux au possible. Ses rêves d'évasion semblent bien mal engagés...

Roman court mais efficace, Le Front russe est loin d'être entièrement comique. Certes, c'est par le biais de l'humour que l'auteur choisit de décrire le parcours de ce jeune fonctionnaire plein de bonne volonté et bien malchanceux et nous avons nombre de scènes franchement cocasses: la scène du pigeon (un pigeon qui vient s'écraser contre la vitre du narrateur et l'oblige à entamer une correspondance interminable avec le responsable du service d'entretien), la scène de l'attaché-case ou encore le passage où le héros engage des employés d'un hôtel et ses collègues pour jouer le rôle de journalistes lors d'une conférence de presse à laquelle personne ne veut assister. Mais sous ce style léger se cache une plume volontiers cynique et un désenchantement par rapport au monde du travail ou même de la vie: "On croit se rendre dans des endroits nouveaux mais on réalise que c'est partout pareil. L'histoire d'une vie, c'est toujours l'histoire d'un échec." Un peu dans le style de Jaenada, Lalumière manie ainsi avec brio humour pince-sans-rire et une réflexion plus sérieuse sur une génération que la société actuelle prive peu à peu de tout espoir. C'est donc un livre qui fait beaucoup rire mais qui, sur la fin laisse une certaine amertume à son lecteur; après tout, ce héros, à la fois touchant et agaçant, ne méritait-il pas mieux?  Rire de peur d'être obligé d'en pleurer...

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 13:48

L02.jpgMon doudou divin

Katarina Mazetti

éditions Gaïa

 

 

Après Le mec de la tombe d'à côté et Le caveau de famille, la très sympathique Katarina Mazetti s'attaque à un thème beaucoup plus casse-gueule avec Mon doudou divin: la croyance religieuse.

L'histoire est celle de Wera, pigiste dans une petite ville et qui, découvrant une annonce pour un stage de spiritualité, décide de s'y inscrire incognito pour faire un article là-dessus. Elle débarque ainsi à la Béatitude (ça ne s'invente pas) et fait la connaissance de ses hôtes, Adrian, un nouveau genre de gourou, sa compagne Annette et ses compagnons de stage: le gentil Karim, iranien musulman qui souhaite réconcilier les trois religions monothéistes entre elles, Madeleine qui porte un mystérieux sac à dos jour et nuit et qui tente de se libérer d'un lourd secret, Bertil, un médecin ayant quitté son activité pour d'obscures raisons et, enfin, la femme invisible, la Dame Grise, dont au fond personne ne sait rien. Durant trois semaine, ce groupe va apprendre à se connaître et, surtout, à l'exception de Wera l'observatrice cynique, chacun va s'efforcer de définir sa croyance....

Fonctionnant sous forme de huis-clos, la narration de Mon doudou divin est calquée sur le même modèle que Le mec de la tombe d'à côté: deux protagonistes qui, tour à tour, prennent la parole pour rendre compte des événements. Dans le cas présent, il s'agit de Wera et de Madeleine. J'avoue avoir été un peu déçue par ce système déjà vu et qui, de plus, délaisse du coup les autres personnages de l'histoire, à mon sens tout aussi importants. Cela manquait d'audace et d'innovation et, de façon générale, ce serait la critique principale que je ferais de cet ouvrage. L'auteur, quand elle parle de spiritualité, se contente de lancer quelques platitudes; les religions qui détruisent tout, les femmes dominées, s'il y a un Dieu comment peut-il tolérer toutes les souffrances dans notre monde, s'il n'y en a pas notre vie a-t-elle un sens, où allons-nous, etc.On se dirait presque dans un groupe de paroles pour ados. Globalement, Katarina Mazetti semble avoir entamé son livre de la même façon que ses personnages; dans l'incertitude mais avec l'espoir de découvrir quelque chose au fil du texte. Raté pour elle, raté pour son lecteur. Côté spiritualité nous n'apprendrons rien (en même temps c'est pas le but) et les réflexions énoncées dans le récit ne nous transporteront pas vers une quelconque extase mystique. Reste ceci dit le point fort de l'auteur: des personnages très bien rendus; le naïf et optimiste Karim, l'énigmatique Dame Grise et ses jolis poèmes, les interrogations non résolues de Bertil, le cynisme de Wera qui, de façon ironique, en apprendra beaucoup moins sur ses compagnons de stage alors qu'elle était là pour ça que Madeleine qui fera l'effort de parler avec eux... Les dialogues, les interactions entre protagonistes et leurs réparties parfois drôles parfois émouvantes corrigent un fond mal maîtrisé ou peut-être trop ambitieux. Ainsi,  si Mon doudou divin me semble beaucoup moins percutant que les deux précédents romans que j'ai lu d'elle, Katarina Mazetti sauve les meubles en nous proposant un récit honnête qui apporte plus de questions que de réponses certes, mais qui nous invite à ne jamais renoncer à chercher. Et, après tout, n'est-ce pas le propre de la croyance?

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 14:15

L06.jpgChansons populaires de l'ère Showa

Ryû Murakami

éditions Picquier

 

 

Eh non, aujourd'hui nous n'allons pas parler du gentil Haruki Murakami et de ses ouvrages à la lisière de l'onirique. Aujourd'hui, place à son double maléfique, Ryû Murakami dont les oeuvres n'ont strictement rien à voir avec son homonyme.

Nous sommes à Chôfu, une petite ville près de Tokyo où vivent six jeunes désoeuvrés, étudiants ou faisant de petits boulots. Ils se sont rencontrés par hasard et n'ont pas forcément grand-chose à se dire, si ce n'est qu'ils partagent la même indifférence et la même amoralité et ont pris l'habitude de se réunir pour chanter en karaoké. Un jour, l'un d'eux, après l'une de leurs petites fêtes, tue une femme dans la rue d'un coup de couteau, juste comme ça. Un acte que ses camarades considèrent avec admiration et qui contribue à créer des liens. Mais ce meurtre ne demeure pas impuni: en effet, la femme faisait partie d'un club de quadragénaires célibataires ou divorcées, dont le seul point commun était le prénom: Midori. Les Midoris restantes, au nombre de cinq, découvrent qui a fait le coup et décident de se faire justice elles-mêmes. La guerre est déclarée entre les deux groupes, une guerre qui va de plus en plus loin dans la surrenchère de la violence et qui va décimer les deux bandes...

Chansons populaires de l'ère Showa n'a rien d'un livre bien propret. Murakami est ce que je pourrais qualifier d'auteur amoral: il ne cherche ni à éduquer son lecteur ni à lui présenter des personnages sympathiques ou ambigus. Ces "héros" sont il faut bien l'avouer particuliers et plutôt monstrueux, que ce soit les six hommes déjantés ou les glaciales Midoris, frustrées. Plus étonnant, ils ne deviennent humains, voire même attachants, que lorsqu'ils préparent leur vengeance et ne se découvrent des liens que lorsqu'ils se trouvent un ennemi commun. Rien de tel pour unir des gens que de les faire se battre contre d'autres n'est-ce pas? Cynique, Murakami se complait dans des descriptions quasi-cliniques, froides, sanglantes avec ça et là quelques touches d'humour grinçant (le personnage de l'étudiante est tout simplement fabuleux) et pose sur la société japonaise un regard sans complaisance. En effet, Murakami juge moins sévérement ces héros, hommes ou femmes, que la société qui les entoure: des gens qui se détournent d'un cadavre encore frais, une justice impuissante à trouver des coupables... Les Midoris et les six jeunes sont peut-être des monstres, mais ce sont des monstres vivants, évoluant au sein d'un monde indifférent et terne. A l'exception d'une étudiante, personne se détache de cette grisaille urbaine  rythmée par des chansons de karaokés et des coups de couteaux. Ni les Midoris, ni même leurs rivaux n'avaient la tête de meurtriers, tout comme tous ceux qui sur leur chemin les aident à en devenir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, pour Murakami, la violence est devenue le seul moyen d'exister aujourd'hui. Et c'est peut-être au fond ce qu'il y a de plus terrifiant...

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 12:54

L01.jpgSuper triste histoire d'amour

Gary Shteyngart

éditions de l'Olivier

 

Un titre accrocheur pour un livre déroutant... Nous sommes dans une société futuriste, mais pas si éloignée de la nôtre. Les téléphones portables font la loi, les gens sont connectés vingt-quatre heures sur vingt-quatre et l'Amérique surrendettée dépend entièrement des chinois et des asiatiques, ce qui déclenche des conflits et des mouvements nationalistes plutôt violents. Au milieu de tout ça, notre héros, Lenny Abramov est ce qu'on nommerait un gentil ringard: quadragénaire pas très bien habillé, il n'est pas très au fait des nouvelles technologies et oh scandale! aime lire, ce qui est plutôt mal vu dans une société où l'on scanne à l'extrême rigueur mais lire! Pouah! Lenny travaille dans une entreprise qui promet la vie éternelle à ses clients et lui-même aimerait pouvoir en bénéficier grâce à des revenus relativement confortables à défaut d'être énormes. Notre héros est également romantique: il aspire à l'amour et éprouve pour ses amis et sa famille une grande tendresse, s'efforçant de protéger ceux qu'ils aiment dans un monde qui part en ruines. Son chemin croise à Rome la jolie Eunice Park, une jeune coréenne dont les parents ont émigré aux Etats-Unis et dont il tombe amoureux au premier regard. Eunice, d'abord rétive, se laisse séduire par le charme décalé et la puissance protectrice de Lenny. Ils s'installent ensemble à New-York mais leurs différences et des événements politiques violents vont avoir raison de cette histoire d'amour bancale...

Difficile de définir Super triste histoire d'amour, roman qui mêle le journal de Lenny aux mails de Eunice pour faire de la narration un mélange détonnant; le style soigné, très posé et un peu vieillot de Lenny contraste avec celui d'Eunice, enjoué, parfois vulgaire, parfois douloureux et un peu brouillon. Gary Shteyngart met en scène deux personnages qui, dans une époque troublée, essayent de vivre une vie des plus normales: être amoureux, former une famille, avoir un certain confort domestique... Mais Lenny est trop faible pour protéger Eunice du monde extérieur, Eunice trop faible pour l'affronter toute seule. C'est l'histoire d'un raté, d'un simulacre de passion qui n'est au fond que l'alliance de deux solitudes. Lenny et Eunice cherchent avant tout à combler un manque affectif, des parents peu aimants, une société superficielle, mais l'amour peut-il vraiment se construire à partir d'un manque? L'auteur nous démontre très clairement que non. L'univers de Super triste histoire d'amour est impitoyable puisqu'il met à nu tout le monde: sa richesse, son tempérament, ses expériences bonnes ou mauvaises tout passe par le filtre d'Internet. Economie chancelante, inégalités, troubles civiles, nationalisme exacerbé, répressions musclées, consommation à outrance... Bienvenu dans le monde de demain! Si j'ai eu beaucoup de peine à entrer dans le récit d'entrée de jeu, un peu perturbée par ce monde à la fois si lointain et si proche et par une écriture pas forcément facile, j'ai ensuite été séduite par un roman qui mêle le destin d'un couple à celui d'un pays et qui, sans aucune concession met à nu une société et des hommes parfois mesquins parfois grandioses. A lire, ne serait-ce que pour le personnage de la loutre...

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 11:22

L01.jpg1Q84

livre 3

Haruki Murakami

éditions Belfond

 

 

1Q84, c'est un nouveau monde, un monde avec deux lunes, celui dans lequel Aomamé et Tengo ont basculé. Dans ce monde fantastique, les Littles People font entendre leur voix par l'intermédiaire d'une secte, les Précurseurs. A la mort de leur leader, assassiné par Aomamé, les Précurseurs partent à la recherche de cette dernière et font pour cela appel à Ushikawa, un ancien avocat véreux spécialisé dans ce type de recherches. Aomamé ignore tout cela: cloîtrée dans un appartement, elle guette par la fenêtre le retour de Tengo, aperçu une fois dans un square. Tengo, lui, veille sur son père malade et tente à la fois de concilier un passé douloureux et un avenir plus qu'incertain... Plus que tout il tente lui aussi de retrouver la petite fille d'autrefois, Aomamé car il sent également que leurs destins sont liés.

J'ai entamé sans enthousiasme ce troisième volume car j'avais été tout de même un peu déçue par les deux premiers volets. La persévérance a du bon. Dans ce tome, j'ai retrouvé Murakami et son style. Plus besoin de justifier l'univers parallèle déjà présenté dans les livres précédents, plus besoin de patauger dans les explications vaseuses, l'auteur revient à ce qu'il fait de mieux, créer tout un décor de songes et de poésie. L'action est moindre que dans les précédents romans mais, j'ai envie de dire, c'est pas plus mal. Aomamé et Tengo, chacun obligés de vivre plus ou moins retranchés (l'une contrainte de se cacher, l'autre de veiller sur son père) se retrouvent seuls face à leurs sentiments et à leurs émotions. Ils regardent les deux lunes, conscients que dans ce monde ils se sont enfin retrouvés malgré tout et que leur solitude est terminée. Au milieu des deux voix des personnages principaux s'intercale la voix d'Ushikawa, le "détective" qui lui au contraire est pris au piège de ce monde, plus seul que jamais. C'est un protagoniste émouvant. Ajoutez à cela une narration fluide, la fantôme d'un père énigmatique qui revient sans cesse frapper à la porte, une réflexion sur la mort et le temps... C'est léger, à l'image de la chrysalide tissée par les Little People. Tout est flou également, la frontière entre les bons les méchants semblent bien minces et rien n'est vraiment sûr: les personnages parviendront-ils à échapper au monde de 1Q84? Les Précurseurs retrouveront-ils Aomamé? Tengo découvrira-t-il qui est son père en fin de compte? Beaucoup de questions demeurent sans réponse mais il y a une seule certitude dans ce roman, oh combien réconfortante; d'une manière ou d'une autre, Tengo et Aomamé se retrouveront et ne seront plus jamais seuls. Et en fin de compte, c'est bien le plus important...

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