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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 20:08

L10Richard Yates

Tao Lin

éditions Le Diable Vauvert

 

 

Dakota Fanning et Haley Joel Osment se sont rencontrés sur Internet, au hasard des chats. Depuis, ils entretiennent une relation amoureuse: ils se rencontrent soit chez l'un, soit chez l'autre et, surtout, échangent mails, textos, et bavardent sur Gmail. Dakota Fanning a seize ans, est obèse et a tendance à la boulimie. Haley Joel Osment en a vingt-deux, vivotte plus ou moins avec des petits travaux d'écriture. L'un a un père en prison, l'autre une mère hystérique et un frère dépressif. Les deux aiment voler dans des magasins et parlent souvent de se suicider. Très vite, leur relation prend une tournure étrange: ces deux là n'ont rien à se dire dans la "vraie" vie, incapables de communiquer entre eux autrement qu'en volant ensemble, en mangeant, en regardant des films et, surtout, en dormant beaucoup. Leurs conversations sont essentiellement virtuelles... et déroutantes.

Déroutant, c'est d'ailleurs exactement le terme qui qualifie Richard Yates dans son ensemble. C'est un roman qui, pour commencer, ne s'attache pas aux sentiments des personnages mais pose un regard extérieur sur eux, se contentant de décrire leurs faits et gestes: "ils se sont levés, ils ont bu un smoothie, etc." Les pensées, fugaces, sont toujours rapportées, jamais commentées: "Il songea que..." Ce genre de narration donne un côté très froid, très clinique à l'ouvrage. Il est également difficile de faire la part entre les passages où les protagonistes se voient réellement et ceux où ils s'écrivent car, de fait, les seuls moments où Haley Joel Osment et Dakota Fanning communiquent par plus de deux mots, ce sont les moments où ils sont séparés et à l'abri derrière leurs portables et leurs ordinateurs. De plus, l'écriture ne respecte aucune hiérarchie d'importance, si je peux m'exprimer ainsi. Certes, il y a de nombreuses indications temporelles: "A 9h02, à 04h05, le vendredi..." mais par ailleurs l'auteur prend un malin plaisir à passer très rapidement sur certains événements de conséquence (la première rencontre des deux personnages ou encore leur voyage ensemble en Floride) tandis qu'il fait la part belle aux échanges de mails. Tout est brouillé, le temps lui-même perd de sa force et la narration est hachée, décousue, assez semblable à une gigantesque conversation en ligne. Globalement, Richard Yates nous montre une relation faussée, avec des personnages qui ne semblent pouvoir s'aimer qu'à distance et qui, à vrai dire, ne semblent vraiment intéressants qu'à l'écrit. Dakota Fanning promet monts et merveilles à son amoureux, jure qu'elle va changer ou, toujours dans les extrêmes, annonce son intention de se tuer. Dans la réalité il s'agit d'une petite grosse toujours somnolente. Haley Joel Osment, pareillement, très moralisateur dans ses mails et très exigeant vis-à-vis de Dakota, n'est lui-même qu'un gars un peu paumé, un peu dépressif. Les deux, même ensemble, ne peuvent s'empêcher de se mettre en scène en se photographiant, en se filmant et en se construisant une histoire bancale qui est moins basée sur l'amour que sur un sentiment de solitude commune, la solitude d'une génération qui a perdu l'habitude de communiquer de façon réelle. C'est une histoire intéressante, bien construite, un peu longuette par endroits du fait d'un style très répétitif, mais qui, avec la force d'un coup de poing, nous fait prendre conscience des dangers d'une nouvelle technologie qui, supposée "connecter" les gens, ne sert paradoxalement qu'à les éloigner les uns des autres...

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 15:20

L02.jpgDes vies d'oiseaux

Véronique Ovaldé

éditions de l'Olivier

2011

 

Vida virevolte dans la grande villa climatisée de son riche mari, inquiète, solitaire. Cela fait bien longtemps qu'elle n'aime plus Gustavo. L'a t-elle seulement aimé un jour? Elle ne pense désormais plus qu'à sa fille, Paloma, qui a disparu un jour, crachant son mépris pour un père médecin, un bourgeois engoncé dans une vie plus que conventionnelle, et une mère d'origine modeste qui a renié son village natal et qui vit dans l'ombre de son mari. Vida sait que sa fille n'est pas très loin, qu'elle a suivi un amant désargenté et qu'ensemble ils s'installent dans les grandes demeures somptueuses de propriétaires en vacances, y compris parfois la sienne... Grâce à l'aide de Taïbo, un policier, elle part sur les traces de son enfant, l'occasion pour elle de renouer avec son passé mais, surtout, de pouvoir enfin après tant d'années se découvrir un avenir.

Que les choses soient bien claires, je ne suis pas follement accroc au style d'Ovaldé, à ses longues phrases sinueuses pleines d'interrogations (mais pourrait-elle faire autrement que de faire, non il ne fallait pas y penser car c'était mal mais si elle devait le faire, etc.) et aux parenthèses à rallonges qui parfois à mon sens coupe sérieusement le récit  (est-ce que je fais ça moi d'abord hein?) Ceci dit, c'est un choix stylistique assumé et parfaitement maîtrisé. Le lecteur peut avoir un peu de mal au début du récit, mais par la suite, il se laisse happer par une jolie histoire, celle de personnages qui, loin des préjugés et des aléas de la vie, essaient tant bien que mal de reconquérir leur liberté. Il y a Vida, l'épouse docile qui découvre que son existence n'est pas forcément lié à celle d'un mari tyrannique; il y a Taïbo, le policier qui découvre qu'il ne sert à rien de s'accrocher à un passé mort; mais il y a aussi Paloma qui se rend compte que sa liberté, paradoxalement, passe par l'attachement à un homme et que c'est seulement en se liant à lui qu'elle est enfin libre. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de dénigrer toute relation, qu'elle soit sentimentale ou filiale, il s'agit juste de montrer qu'une relation ne peut reposer sur l'idée d'une obligation  ou d'un devoir quelconque. On n'est pas forcé d'aimer un père violent ou un mari absent. L'amour repose sur un choix, illlustration parfaite avec Paloma qui choisit d'accompagner sa meilleure amie tout le long de sa maladie ou qui décide de fuir avec son amant, Adolfo,  parfaitement consciente du chagrin que cela causera à sa mère. Je déplore seulement l'image du père, sérieusement écorné dans ce roman, puisqu'il présente Gustavo comme un homme antipathique, plus intéressé par son argent et sa carrière que par sa famille, et le père d'Adolfo comme un homme violent et caractériel. Les femmes à l'inverse apparaissent comme de braves petites choses, ce qui me paraît un peu caricatural par endroits. C'est un détail qui ne m'a pas empêchée de savourer tranquillement une histoire pleine de tendresse rappelant, en ces temps où la jalousie et la possession sont les maîtres mots, que les oiseaux ne sont pas faits pour être mis en cage...

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 20:46

L02.jpgLes privilèges

Jonathan Dee

éditions Plon

2010

 

Une curiosité que cet ouvrage de Jonathan Dee, le premier traduit en français et qui raconte l'histoire d'une famille américaine argentée. Cynthia et Adam, jeune couple, se marie dès la sortie de la fac. Ils entrent à peine dans la vingtaine et la vie leur tend les bras. Des années plus tard, ils ont tout réussi: ils ont deux enfants magnifiques, la carrière d'Adam est à son apogée et ils ont de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. Pourtant, dans cette vie clinquante, tout semble curieusement artificiel et un vide persiste. Chacun le comble à sa manière: Cynthia et Adam se réfugient dans leur amour mutuel et leurs oeuvres de charité, leur fille April se perd dans la drogue et les soirées arrosées tandis que Jonas, le dernier, choisit l'art et la négation de la fortune colossale de ses parents... Mais, au final, il s'avère qu'aucune de ces méthodes ne sert à grand-chose. L'argent peut tout acheter mais il ne protège ni du monde extérieur ni de ses propres angoisses.

Les privilèges est assez étrange dans la mesure où les héros ne sont pas aussi imbuvables qu'on pourrait s'y attendre. Vue de l'extérieur, elle pourrait même être sympathique cette riche famille américaine qui distribue son argent pour de bonnes causes et qui s'aiment tous très fort. Le génie de l'auteur est de glisser ça et là avec cynisme des petits détails qui cassent l'illusion: les parents obsédés par la vieillissement, la femme qui se noie dans des fièvres acheteuses, le mari qui spécule et qui joue avec de l'argent imaginaire, la fille frivole qui se drogue, le fils bobo... Ces quatres personnages repliés sur-mêmes flirtent avec le monde réel sans jamais l'approcher, ne se refusant rien et se barricadant de tout, le mal-être d'une demi-soeur, la solitude d'une mère, l'absence d'un père... qu'ils l'assument (Cynthia, Adam) ou qu'ils le nient (Jonas). Le premier chapitre, le mariage de Cynthia et d'Adam est sans doute le chapitre le plus réussi puisqu'il condense l'essentiel du roman: l'égoïsme forcené des personnages principaux, inconscients des efforts déployés autour d'eux (l'argent du beau-père, le travail de l'organisatrice) le portrait d'une génération totalement amorale (les invités désinvoltes) ou encore le côté articifiel du cadre dans lequel va se dérouler le récit (le mariage perd son côté solennel pour prendre l'allure d'une fête d'étudiants bourrés) Le reste des Privilèges n'est plus alors qu'une variation autour de ces mêmes thèmes, ce qui à la longue explique l'essoufflement d'une narration centrée sur des héros qui n'évoluent pas et qui, au final, ne sont guère intéressants, pas même dans leur attachement mutuel qui, là encore, a le côté artificiel des personnages des Feux de l'Amour (j'organise une fête surprise sur un yatch pour dire à mon épouse que je l'aime ou j'envoie un jet à ma fille pour qu'elle vienne me rejoindre) La richesse est la seule héroïne de l'histoire et, à mon sens, ce n'est pas non plus une héroïne très intéressante. Reste ceci dit un style agréable et un parti pris original de l'auteur qui, à la question: peut-on tout acheter avec de l'argent? a une réponse: probablement, mais cela coûte très très cher.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:27

L05.jpgRetour à Killybegs

Sorj Chalandon

éditions Grasset

2011

 

Tyrone Meehan a toujours été un fervent républicain irlandais, prêt à tout comme son père avant lui pour libérer son pays des anglais, y compris à adhérer à L'IRA. Pourtant, devenu vieux et alors que l'Irlande a retrouvé la paix, il est devenu traître aux siens et poursuivis par ceux qui furent autrefois ses amis. Que s'est-il passé? Pourquoi Tyrone s'est-il rallié aux anglais et dans quelles circonstances? C'est ce qu'il entreprend de raconter dans ce récit qui, mêlant souvenirs passés et présents, retrace l'histoire d'un homme complexe qui n'a jamais vécu que pour se battre... Mais pour quoi?

Encore un roman couronné d'un prix littéraire (celui de l'académie française) et encore un choix qui me laisse un peu perplexe. Entendons-nous bien; le livre de Sorj Chalandon n'est pas mauvais, mais c'est loin d'être une révélation littéraire. On saluera le choix du sujet (l'Irlande, un sujet de toute évidence parfaitement maîtrisé et traité) ainsi qu'une volonté d'éviter tout manichéisme; les irlandais ne sont pas tous forcément des gentils pas plus que les anglais ne sont tous des méchants. L'IRA n'est pas considéré comme une armée terroriste ce qui n'empêche pas l'auteur de démontrer l'horreur d'une guerre qui a empoisonné des générations. Cependant, tout ceci ne m'a pas empêchée de m'ennuyer un peu le long de la narration tortueuse qui, voulant éviter la chronologie linéaire, mélange allégrement tous les moments forts de la vie du héros (enfance, prison, combat dans l'IRA, exil après la trahison, etc.) pour les ressortir au petit bonheur la chance. Ce genre de narration, bien menée, peut effectivement être intéressante. Ici, c'est plutôt mal fait; les moments forts sont dilués dans d'autres souvenirs anodins et les personnages se mélangent, perdant leur impact. C'est bien simple: à part le narrateur, aucun protagoniste ne parvient à s'imposer, que ce soit la femme falote de Tyrone ou son ami français. De ce fait, le récit est confus, parsemé de noms et de dates et n'apporte aucune émotion réelle. Tout ça reste très froid et il n'y a guère que la toute fin de Retour à Killybegs pour insufler un peu d'âme à un roman plein de bonne volonté mais qui part dans toutes les directions pour, au final, arriver nulle part.

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 10:40

L02.jpgEux sur la photo

Hélène Gestern

éditions Arléa

2011

 

 

Hélène n'a jamais rien su de sa mère, morte alors qu'elle était encore toute petite. C'est en fouillant dans les documents de son père qu'elle découvre une photo la représentant avec deux autres hommes. Hélène se lance alors dans une véritable enquête pour découvrir ce qui est arrivé à la femme qui l'a mise au monde et établit une correspondance avec Stéphane, un homme qui a reconnu son propre père sur la photo. Des mots en russe, des clichés familiaux, des notes sur un journal... Peu à peu Stéphane et Hélène, tout en nouant des liens très forts, parviennent à reconstituer le passé de leurs parents respectifs. Un passé qui ne sera d'ailleurs pas forcément à leur goût.

La seule chose que je pourrais reprocher à ce roman, c'est sa facilité: l'auteur adopte le style épistolaire, revenu au goût du jour avec Le cercle des amateurs d'épluchures de patates ou encore Quand souffle le vent du nord. Les thèmes abordés ne sont pas forcément non plus d'une folle originalité: des histoires d'amour contrariées, une correspondance qui devient amoureuse, des secrets familiaux bien gardés... Mais après tout, quand c'est bien fait, pourquoi pas? Et là il faut reconnaître que c'est plutôt bien exécuté: Hélène Gestern avec Eux sur la photo nous livre une jolie histoire construite sous forme de puzzle, laissant son lecteur, par le biais des deux héros, mener l'enquête sur les familles d'Hélène et de Stéphane. Bon, parfois ça flirte avec le mièvre, mais jamais trop près, évitant des larmoiements inappropriés. De même, l'absence de toute morale lourdingue (l'adultère n'est pas diabolisé, l'instinct maternel n'est pas érigé en modèle tout-puissant) rend le livre bien sympathique. L'héroïne presque quadragénaire et son pendant masculin s'effacent devant l'histoire d'amour de leurs parents, ce qui est à la fois un mal et un bien car si cela permet de donner à l'intrigue un tour presque policier (qu'est-il arrivé il y a de cela trente ans?) les personnages perdent en épaisseur et prennent paradoxalement le côté figé d'une photo délavée. A noter également les interruptions du récit par des descriptions de photographies anciennes, symboles de moments à jamais perdues et pourtant fixés pour l'éternité et qui donnent au livre un ton empreint d'une jolie nostalgie... Voilà. Eux sur la photo n'est pas forcément un chef-d'oeuvre de la littérature, mais c'est un roman d'amour assez doux qui peut vous occuper quelques soirées d'hiver.

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 12:29

L07.jpgLes souvenirs

David Foenkinos

éditions Gallimard

2011

 

Place à toute la fraîcheur et à la sensibilité du génie français avec ce roman d'une rare émotion parlant de mort, d'amour, du temps qui passe, de l'urgence de cueillir le jour qui fuit et....

Stop! Vous y avez cru hein? Et bien non je ne serais pas tendre aujourd'hui, pas après avoir lu mon premier vrai navet de la rentrée littéraire. Je n'avais déjà pas beaucoup accroché avec La délicatesse en même temps je devais bien me douter que le second roman de Foenkinos ne me plairait pas... Mais que voulez-vous je suis indécrottable.

Foenkinos s'est donc un jour penché sur son bureau et c'est dit: "hum diable sur quoi vais-je écrire, qu'est-ce qui est vendeur de nos jours? Ah tiens les vieux c'est une valeur sûre. Tout le monde aime les vieux et leur sagesse incommensurable. Et puis on va parler d'amour aussi. Tout le monde aime l'amour." Et voici donc notre vaillant écrivain racontant l'histoire d'un narrateur veilleur de nuit dans un hôtel mais brûlant du désir d'écrire (folle originalité) qui, après la mort de son grand-père prend conscience de la brièveté de la vie (cliché numéro 1: nous mourrons tous un jour ou l'autre alors il faut profiter de la vie) et se rapproche alors de sa grand-mère, que ses enfants indignes ont placé dans une maison de retraite (cliché numéro 2: les maisons de retraites c'est mal). Bien entendu la grand-mère finit par mourir mais, à cette occasion, le narrateur fait la connaissance de Louise, une institutrice, avec qui il copule fougueusement avant de l'épouser (après la drague dans la rue, Foenkinos lance la drague dans les cimetières: à votre prochain enterrement les filles, sortez vos minijupes!) Mais le mariage ne tarde pas à battre de l'aile car le narrateur ne parvient toujours pas à écrire....

La première partie de l'histoire est ennuyeuse: la mort du grand-père, le déclin de la grand-mère... ça sent le déjà-vu, les histoires de famille ressassées, les réflexions en gros sabots sur la canicule et  sur nos vieux qu'on néglige, les relations tendues père/fils, nous on s'aime mais on ne sait pas comment le dire parce qu'on est tous différents...Un moment donné le récit prend une certaine légèreté avec la fugue de la grand-mère mais ce semblant d'intrigue est vite désamorcé pour laisser place à la seconde partie de l'histoire, la romance entre le narrateur et son instit. Et là, on sombre dans le grotesque le plus total: scènes d'amour d'une mièvrerie sans nom, embrassades, roucoulades à la je t'aime moi non plus, sexe effréné dans un hôtel, visite de Paris la nuit... L'auteur accumule les clichés tout en essayant de s'en démarquer: ainsi le narrateur, embrassant sa belle sur un quai de gare, s'insurge en voyant un autre couple faire de même. Ils lui volent son cliché eux qui se sont sans doute rencontrés sur Internet! (à noter: pour Foenkinos se rencontrer sur Internet c'est trop naze, mais se rencontrer lors d'un enterrement c'est trop la classe) Le résultat: une histoire d'amour insipide et qui rend les personnages aussi têtes à claques les uns que les autres... Je ne suis pas contre l'écriture du banal et du quotidien, des souvenirs et de l'amour etc. Encore faut-il le faire bien: mais en lisant Foenkinos, j'aurais tout aussi bien pu lire n'importe quel auteur contemporain. Ce n'est pas qu'il écrit mal, non, mais c'est qu'il n'a aucun style. C'est le style bateau, celui du narrateur tourmenté et omniprésent qui multiplie les phrases courtes, les réflexions philosophiques de bas étage et les comparaisons niaises. La seule touche personnelle de l'auteur c'est l'interruption de la narration par les souvenirs d'autres protagonistes. Bon c'est lassant mais ça a le mérite d'être original...

Vous me trouvez sans doute un peu dure mais ce qui m'énerve, ce n'est pas tellement le roman: au fond libre à chacun d'écrire et de lire ce qu'il aime, aussi insipide cela puisse-t-il paraître à d'autres. Non ce qui m'énerve c'est le battage médiatique des Souvenirs qui a tout de même été sélectionné pour le Goncourt si ma mémoire est bonne. Or, je n'ai pas vu beaucoup de différence avec un Marc Levy ou un Guillaume Musso à ceci près qu'eux au moins assument ce qu'ils sont: des auteurs populaires pour un lectorat essentiellement féminin.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 15:11

L03.jpg1Q84

(livres1 et 2)

Haruki Murakami

éditions Belfond

2009

 

 

Nous sommes au Japon, en 1984. Une jeune femme, Anomamé, engagée par une vieille dame, tue des époux violents en faisant passer leurs morts pour accidentelles. Pendant ce temps, Tengo, un modeste professeur de maths, écrivain à ses heures perdues, accepte de réécrire le roman prometteur d'une jeune fille de dix-sept ans. Tous deux ne semblent avoir rien en commun si ce n'est leur extrême solitude, pourtant ils sont liés. Leur destin les entraînent dans une direction inconnue et, tandis qu'ils glissent dans un monde parallèle, le monde de 1Q84, monde des Little People et des deux lunes, leur passé commun resurgit...

A dire vrai, 1Q84 a été une petite déception. Si Murakami a parfois flirté avec le fantastique et le merveilleux, il l'a toujours fait avec une certaine finesse et beaucoup de naturel. Or, 1Q84 est un roman lourd. Nous ne sommes plus dans la suggestion mais dans la démonstration. L'auteur s'emploie à plusieurs reprises à souligner l'insolite et le surnaturel de l'histoire et donne au récit un côté artificiel que ses précédents romans n'avaient pas. L'intrigue en elle-même n'est pas forcément des plus intéressantes, diluée dans deux tomes (le troisième sortira en France en 2012) et très orientée SF. J'ajoute à cela que je ne suis pas non plus fan des termes anglo-saxons qui émaillent le roman, lui donnant l'allure d'un mauvais film d'action américain, tout comme d'ailleurs Aomamé, figure justicière d'une féminité bafouée. Bref, à de nombreuses reprises, je me suis demandée comment diable un auteur que j'aime beaucoup d'habitude a pu se lancer dans une entreprise pareille. Bon, il faut relativiser: c'est du Murakami tout de même et le style est toujours là. De plus, 1Q84 réserve de très jolies scènes: les scènes où Aomamé contemple les deux lunes, celles où Tengo se remémore l'histoire du jeune homme et de la ville aux chats... ce sont dans ces passages clair-obscurs (description d'un jardin d'enfants au clair de lune, ville endormie, souvenirs en noir et blanc du passé des deux héros, rêves...) que l'auteur réaffirme avec force son talent pour un univers poétique et onirique dont, à mon humble avis, il ne devrait pas sortir. Reconnaissons-le: 1Q84 est une entreprise audacieuse, le désir d'un auteur de prouver qu'il peut se renouveler mais, pour ma part, en attendant de lire le dernier volet, c'est un roman en demi-teinte loin d'atteindre le niveau des précédents romans de Murakami.

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 12:53

L04.jpgLe héron de Guernica

Antoine Choplin

éditions Le Rouergue

2011

 

Nous sommes à Guernica, en avril 1937, en pleine guerre civile espagnole. Même si son coeur est pour les républicains, Basilio, jeune homme un peu rêveur, se tient légèrement en retrait du conflit, préférant, lors de ses heures de liberté, peindre des hérons dans la rivière. Avec son pinceau, il tente de saisir toute la majesté de l'oiseau et la beauté de l'instant. Ce matin-là il est tout particulièrement appliqué car il a promis de donner à Célestina, la jeune fille qu'il aime, le dessin du héron. Mais ce matin-là ne ressemble pas aux autres: des avions sillonnent la ville et bientôt cette dernière est réduite en cendres par les bombes. Basilio, en une journée, voit sa vie d'avant voler en éclats et prend conscience de l'absurdité humaine. Le héron qu'il reviendra peindre au soir ne sera pas le même que celui du matin...

Ce livre avait tout pour me faire fuir puisqu'il traitait à la fois d'une période de l'histoire que je connais très mal et de peinture, un sujet qui ne me passionne pas plus que ça. Pourtant, Le héron de Guernica m'a beaucoup touchée et fait pour l'instant partie de mes coups de coeur de la rentrée littéraire. L'écriture par petites touches mime avec précision le pinceau que  Basilio appose sur sa toile. Antoine Choplin parvient  à saisir tous les contrastes entre la ville de Guernica, lieu de bruit et de violence, et la rivière, lieu de silence. Tous deux pourtant ont un point commun: la mort est au bout du parcours et la rivière, sous ses apparences paisibles n'offre pas plus de sécurité que la ville. Le héron de Guernica est un roman qui s'interdit tout jugement, privilégiant une description qui devient parfois quasi-clinique; les caractères sont esquissés, les sentiments devinés...Ce genre de style s'il n'est pas maîtrisé peut parfois prendre une certaine lourdeur mais ce n'est pas le cas ici: le style est tout en élégance et tout en finesse et, sans en rajouter dans le larmoyant (le sujet du livre suffit), donne au récit une rare émotion. Que dire, c'est élégant, c'est triste et beau à la fois (la description de la rivière et du héron est magnifique) et ça pointe tout ce qu'il y a d'absurde et de sublime dans la condition humaine. Pour résumer, c'est du grand art.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 10:35

L06.jpgTout, tout de suite

Morgan Sportès

éditions Fayard

2011

 

On continue dans la rentrée littéraire avec un ouvrage qui n'a rien de franchement mignon. "Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. Ce livre est une autopsie: celle de nos sociétés saisies par la barbarie." Voici ce que vous lisez sur la quatrième de couverture du nouveau livre de Morgan Sportès Tout, tout de suite qui réinterprète à sa sauce l'affaire du "Gang des Barbares". En 2006, un jeune juif est retrouvé mourant près d'une voie ferrée après trois semaines de séquestration et de tortures. Il décédera dans l'ambulance. Plus d'une vingtaine de personnes ont été impliquées dans cette affaire à des degrés divers, de toutes confessions et de toutes origines. Si le motif de l'enlèvement du jeune homme était clairement crapuleux (le jeune homme aurait été enlevé parce qu'il était juif, donc forcément riche logique d'ailleurs pour le moins stupide) les motivations antisémites ont été clairement soulevées sans pour autant être établies. Crime crapuleux, crime haineux? Morgan Sportès s'empare des faits et se livre à ses propres interprétations en reconstituant à sa manière toute l'histoire. La démarche peut paraître un peu gênante dans la mesure où l'auteur dénonce des gens qui ont perdu toute notion entre réel et irréel et agissent comme s'ils étaient dans un film. Zelda, "l'appât", se prend pour une vedette, les ravisseurs cherchent un moment du "faux sang" pour faire comme s'ils avaient battu Elie, la victime, histoire de ne pas le battre pour de vrai...Or, que fait Sportès sinon en faire des personnages, travestir leurs noms et passer tout au filtre de l'écriture? Ce point me chiffonne.

Ceci dit, sorti de ça, je me dois de saluer une performance littéraire remarquable. Loin d'adopter un manichéisme bon teint, Morgan Sportès se livre à une réelle autopsie des faits et des personnages en s'interdisant lui-même tout jugement de valeur. Les faits sont assez horribles et parlent d'eux-même à quoi bon en rajouter? Les réflexions "morales" sont celles des propres acteurs du drame sous forme de citations ou de comptes-rendus de procès, elles sont très rarement celles du narrateur. Sportès reste dans le "concret": âge et confession des différents protagonistes, caractéristiques physiques, habitudes de vie, énoncé des faits... Le résultat est glaçant car au final le lecteur est placé dans le rôle du juge: "voilà comment ça s'est passé, semble dire l'auteur, voilà ce que ces gens ont fait, à vous de décider s'ils étaient coupables ou non et à quel degré." Au demeurant, nous voilà confrontés à une histoire qui donne la nausée; des gens qui en toute bonne foi, pas forcément très méchants d'ailleurs, décident sans aucun scrupule, sans même paraître réaliser la gravité de leur geste, d'enlever et de torturer un jeune homme qui ne leur avait rien fait, tout ça pour de l'argent. Et pourquoi pas après tout? Il y a bien des émissions de télé-réalité où l'on voit des gens prêts à tout pour le même objectif. Je serais bien en peine de déterminer si l'affaire du Gang des Barbares relève de l'antisémitisme; en revanche, je suis pleinement d'accord avec le terme de barbares.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 10:52

L05.jpgLa délicatesse

David Foenkinos

éditions Gallimard

2009

 

 

Nathalie rencontre François un jour par hasard dans la rue. François, troublé, l'accoste et l'invite à boire un verre. Nathalie accepte. Ils tombent amoureux l'un de l'autre, s'installent ensemble et finissent par se marier. Un bonheur sans nuages troublé sept ans plus tard par la mort brutale de François, écrasé alors qu'il faisait son jogging. Restée seule, Nathalie s'enfonce dans sa mélancolie, repousse les avances de Charles et des hommes en général jusqu'au jour où, prise d'une impulsion subite, elle embrasse Markus son collègue...

Me voilà bien ennuyée car je n'ai pas grand-chose à vous dire sur ce livre, couronné comme l'annonce pompeusement la couverture de "dix prix littéraires". Pour dire les choses franchement, je n'ai vu dans La délicatesse qu'une bluette sans grand intérêt. L'écriture est tout à fait convenable et j'ai trouvé plutôt original cette façon de décrire sans y toucher, avec la plus grand délicatesse justement, des situations qui n'ont pour moi absolument rien de délicates: l'amour, la mort, la jalousie... Le narrateur prend une extrême distance avec ses personnages qui restent dès lors très éthérés. Il est difficile de ressentir la moindre empathie pour eux: la mort de François ne suscite aucune émotion tout comme le chagrin de Nathalie. Tout reste très virtuel et c'est là qu'est le hic. Personnellement j'ai trouvé le personnage de Nathalie insupportable, sorte d'être irréel source de fascination pour les hommes mais sans la moindre profondeur, un être qui se laisse porter par le courant sans le moindre sursaut ni la moindre rébellion. Tout ce qu'elle fait c'est se laisser séduire tout au long du récit par l'un ou l'autre de ses prétendants. Markus et Charles (je ne parle pas de François qui, pour moi n'a d'autre intérêt que d'être un élément déclencheur) sont plus intéressants dans la mesure où ils savent se rebeller contre un destin qui ne leur convient pas, que ce soit peine perdue (Charles) ou au contraire couronnée de succès (Markus). A part ça, La délicatesse reste un roman poli, conventionnel, qui loin de déranger le lecteur, l'installe dans un séduisant matelas d'ouate où tout est aseptisé, même les sentiments les plus violents, un roman où l'amour coupable et démesuré est vite remis à sa place (le pauvre Charles, pour n'avoir pas su plaire à Nathalie, est exclu de la délicatesse) et où les amoureux courent nus à l'aube dans un jardin (bon j'exagère un peu, mais grosso modo c'est sur cette scène ridicule que s'achève La délicatesse) C'est gentillet, c'est sucré. Et à coup sûr, dans six mois j'aurais tout oublié d'un roman sentimental qui pour moi vaut à peine mieux que celui d'un Marc Levy.

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