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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 11:54

L05.jpgQue font les rennes après Noël?

Olivia Rosenthal

éditions Verticales

(2010)

 

Bonne question n'est-ce pas? En tous cas si vous vous intéressez au père Noël et à ses rennes... N'ayant jamais cru au père Noël, c'est une question qui pour le coup ne m'a jamais empêchée de dormir, ce qui n'est assurément pas le cas de notre héroïne sans nom qui a toujours développé une passion pour les animaux. Manque de chance ses parents ont toujours refusé de lui en donner un. Parallèlement, la narration met en scène un éleveur, boucher, soigneur? (rayer la mention inutile) qui témoigne de son expérience dans les zoos, les laboratoires d'expérimentations, les abattoirs, les élevages, bref dans tous ces lieux où l'animal est sous contrôle de l'homme. 

Le but de l'auteur est simple: il s'agit de mettre en parallèle un animal emprisonné, pris au piège, avec une jeune fille lambda qui a le sentiment d'être elle-même prise au piège, élevée contre sa nature. Bon, résultat des courses, la réalité de sa nature est somme toute assez décevante: je m'attendais à quelque chose de plus spectaculaire, une femme qui se découvre psychopathe, schizophrène, enfin quelque chose d'assez comparable à l'histoire du film La féline dont la narration relate l'histoire, celle d'une femme ordinaire qui, peu après son mariage se transforme en panthère. Vous verrez, le dénouement est plus banal, mais là n'est pas la question. L'idée de base n'est pas inintéressante (l'histoire d'une jeune fille puis femme qui lutte contre sa propre nature, tentant de se fondre dans un moule) et le rapprochement avec le monde animalier est plutôt bien vu. Olivia Rosenthal nous brosse une description saisissante des zoos, des élevages et autres, descriptions qui pour le coup m'ont presque plus intéressée et plus touchée que la narration concernant l'héroïne (au fond c'est moi le monstre) En bref, la partie "documentaire" est plus prenante que l'histoire en elle-même. Et pourquoi me direz-vous? Pour une raison très bête: le style. L'auteur n'avait manifestement pas envie de se fondre dans la masse des auteurs de commun et, au lieu d'opter pour une narration traditionnelle, décide d'alterner la narration à la première personne du singulier (l'éleveur/boucher/soigneur, rien à dire là-dessus) avec une narration... à la deuxième personne du pluriel (le Vous de majesté de l'héroïne). Et là, c'est l'horreur. Autant vous dire; si j'avais lu la quatrième de couverture avant d'emprunter le livre, j'aurais reposé le livre directement sur la table. Non mais!  Voici un extrait:

" Vous ne désirez rien d'autre que de faire plaisir à votre mère. Vous ne désirez rien d'autre que de vous soustraire au regard de votre mère. Votre propre ambivalence vous empêche de prendre des décisions. Vous gardez le silence. Vous grandissez."

Vous me direz: un paragraphe ça va. Mais la moitié d'un roman comme ça, c'est lourd, vraiment très lourd. D'autant plus qu'Olivia Rosenthal, sans doute fan des oeuvres de Marguerite Duras à ses heures perdues, n'hésite pas à user et abuser des répétitions pour bien montrer à quel point son héroïne doit se taire, grandir, etc. "Vous vous préparez" ,"Vous vous oubliez" ou "Vous vous retenez" sont ainsi répétés de long en large, procédé qui avait sans doute un grand succès dans les années 70 mais qui paraît maintenant furieusement démodé. C'est aussi subtil qu'un écriteau annonçant: "ATTENTION, HEROINE COMPLEXEE SUR LE POINT DE VIVRE MUTATION MAJEURE DANS SA VIE" et ça a le petit côté pompeux que je déteste: "Regardez-moi je ne suis pas un vulgaire écrivain qui se contente d'écrire des histoires, je manie la langue française moi." A-t-on le droit de préciser: mal?

Si donc vous êtes amateur de que le roman français a de plus prétentieux et que vous avez envie de vous la jouer en parlant d'un roman primé (car ce genre de livres hélas! remporte des prix) alors n'hésitez pas! Moi, enfin je veux dire vous, Vous vous taisez.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 09:35

L01.jpgPiège nuptial

Douglas Kennedy

éditions Pocket

(1994)

 

Nick, journaliste américain amateur de plans foireux et de petits boulots minables a décidé de frapper très fort sur ce coup-là. En voyant un simple carte routière du pays, sur un coup de tête, il décide de partir pour l'Australie lui qui n'a jamais voyagé hors des Etats-Unis. Une erreur qu'il ne tarde pas à regretter sitôt arrivé au milieu de nulle part, ce qui ne l'empêche pas de persévérer en achetant une camionnette pourrie à un couple de cinglés mystiques, de conduire en pleine nuit dans le bush australien et se faire de la sorte percuter par un kangourou et, enfin, de prendre en stop et de se laisser séduire par une charmante autochtone, Angie, qui se révèle aussi une dangereuse cinglée... Tombé dans le panneau, Nick se fait ainsi droguer, enlever et épouser par Angie qui l'emmène de force dans son village au fin fond de l'Australie. Wollanup est une communauté vivant quasiment en autarcie, oubliée de tous et avec son propre règlement. Nick ne tarde pas à comprendre qu'il est pris au piège...

Douglas Kennedy si vous ne connaissez pas est un auteur qu'on peut qualifier de sans prétention. Le style est coulant mais sans rien d'exceptionnel, les histoires ne sont jamais des brûlots. En revanche, dans son genre, il est plutôt doué, naviguant entre le roman et le policier avec une parfaite aisance et c'est faute de terme plus approprié, un très bon conteur. Quand on commence un de ses livres, on va jusqu'au bout et c'est encore plus vrai avec Piège Nuptial qui est à ce jour mon préféré. Déjà parce que c'est assez drôle. Narré à la première personne, le récit de Nick prend de ce fait une dimension beaucoup plus cynique, le héros narrateur n'hésitant pas à faire de l'Australie la description d'un enfer sur terre et forçant le trait des autres personnages. Angie, vue à travers les yeux de son "mari" est une protagoniste absolument hilarante, une brute avinée, une Misery sauce australienne capable de sussurer des mots d'amour après avoir flanqué une torgnole à son époux. Les autres habitants de Wollanup ne sont guère mieux, si ce n'est la douce Krystal, la soeur de Angie, d'ailleurs le seul personnage tragique de l'histoire. On rit donc beaucoup devant cette communauté donc la seule occupation est de picoler et de dépecer des kangourous; on rit aussi beaucoup des réactions de Nick qui, sans complaisance, se peint comme un être asocial, un aventurier de pacotille qui, après avoir passé deux jours dans le bush, se hâte de retrouver la ville et qui se fait gentiment pièger non seulement par Angie mais par à peu près tous les australiens qu'il rencontre. Ceci dit, il y a également un bon suspens (à noter d'ailleurs que la première traduction française de Piège Nuptial, Cul-de-Sac, était publié dans une collection de policiers) et le lecteur lit les derniers chapitres d'une traite, impatient de savoir si oui ou non Nick va se sortir de cette galère. En bref, pour une lecture de vacances, n'hésitez pas: Kennedy est l'homme qu'il vous faut! Le tout après, c'est de n'être pas trop dégoûté par l'Australie...

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:42

L01.jpgLe vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Jonas Jonasson

éditions Presses de la Cité

(2009)

 

Allan Karlsson, résident d'une maison de retraite suédoise, décide qu'il n'a pas envie d'assister à la fête donnée en son honneur pour son centième anniversaire. Ni une ni deux le voilà qui échappe à la vigileance de la terrifiante soeur Marie et qui, encore en charentaises, saute par la fenêtre de sa chambre . Son objectif: prendre le premier bus qui passe et s'éloigner le plus vite possible. Plan qui aurait plutôt bien fonctionné si, à la gare, Allan, agacé par l'insolence d'un jeune blanc-bec, ne lui avait pas volé sa valise... Or, la valise est celle d'un trafiquant de drogue et se révèle bientôt synonyme d'ennuis...

Comparé à des oeuvres de Paasilinna, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire présente effectivement quelques ressemblances avec ces dernières; le ton franchement humoristique et un road-moavie mettant en scène des personnages improbables et décalés (un centenaire doué dans le maniement des explosifs, un vendeur de hot-dogs sans scrupules, un éternel étudiant presque diplômé en tout, une femme qui a pour animal de compagnie un éléphant, un policier dépressif). J'ai trouvé ça moins drôle que Petits suicides entre amis, mais j'ai bien ri quand même aux mésaventures de ce vieillard apolitique et amoral, en cavale avec une bande d'énergumènes tout aussi étranges que lui. Le récit est interrompu par des flash-back relatant l'histoire de Karlsson depuis sa naissance jusqu'à son centième anniversaire: l'auteur, sans scrupules, lui fait rencontrer des personnages du siècle dernier: Franco, Staline, Mao, Truman, De Gaulle.... Allan est une sorte de Forrest Gump mais beaucoup moins lisse et benêt qui intervient à des moments-clés de l'histoire mondiale et, balloté entre communistes, américains et autres, voyage à travers le monde et poursuit son petit bonhomme de chemin, ne demandant rien d'autre qu'un coup à boire de temps en temps. Certains passages sont franchement hilarants (je pense par exemple à la rencontre avec Herbert Einstein, le demi-frère benêt du génie, ou encore au séjour que Allan fait à Bali) d'autres sont plus inégaux. Jonas Jonasson est à la base journaliste et cela se ressent dans un style parfois poussif et quelques longueurs. Le roman aurait gagné à être plus court mais ne boudons pas notre plaisir non plus: de nos jours, les romans humoristiques sont rares...

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 19:02

L06.jpg

La vie d'une autre

Frédérique Deghelt

éditions Livre de Poche

(2007)

 

L'oubli est un joli mot. C'est aussi une chose à laquelle certains d'entre nous aspirent parfois. Oublier les moments douloureux, les situations embarrassantes... Oublier même les personnes qui nous ont fait souffrir. En tous cas l'oubli est la solution de notre héroïne du jour: Marie a 25 ans lorsqu'elle rencontre le beau Pablo au cours d'une soirée bien arrosée. Après une nuit torride, elle se réveille au matin à ses côtés. Rien que de très normal à un détail près: elle a douze ans de plus, elle est mariée au Pablo en question et elle a trois enfants.

Ok, l'idée de départ était vraiment intéressante. Je me réjouissais de lire ce livre, vraiment, d'autant plus qu'il m'avait été conseillée par deux personnes de goût, une gentille collègue (pardon Nath) et par une gentille lectrice (pardon Yara). Ne me frappez pas, ne lisez pas cet article: je n'ai pas du tout aimé.

Le rejet tient d'abord au style de l'écriture: la narratrice est l'héroïne elle-même et la façon de raconter l'histoire (quasiment pas de pauses, pratiquement pas de dialogues directs, de très longs chapitres) devient de ce fait très vite étouffante. Ce n'est que déballage psychologique et le moindre mouvement devient vite à prétexte à l'analyse. En clair: Marie est une tête à claques supposée réagir comme un femme de 25 ans, mais qui s'exprime bien comme une femme d'âge mûr, ce qui fait que son amnésie paraît factice. En face de notre héroïne merveilleuse, nous avons l'étalon Pablo, son mari (ça c'est pour le côté exotique de l'histoire, un Jean-Pierre ou un Fabrice aurait tout de suite paru moins romanesque) qu'on a envie de frapper dès son premier tango langoureux. Je ne parle même pas des enfants, supposés être des anges (c'est bien connu les enfants sont tout le temps adorables) dont l'héroïne instinctivement sait s'occuper. D'après ce qu'on comprend, Marie avant son amnésie avait une vie parfaite (elle était riche, avait une relation de couple épanouie, allait plusieurs fois par mois à l'institut de beauté et tous les étés dans le Sud) et on comprend pratiquement tout de suite avec horreur que l'auteur ne compte absolument pas faire preuve de subtilité en démontant le mécanisme ni remettre en question cette vie qui sent bon la bourgeoisie rance. Trop subtil, mieux vaut jouer sur la bonne vieille carte de l'héroïne devenue amnésique parce qu'elle souffrait trop (j'ai vérifié; ça marche pas) à la suite d'un événement dont nous ignorons tout mais qui a fait basculer son couple modèle. Rassurez-vous cependant: comme c'est un livre "optimiste" (dixit la quatrième de couverture) tout finit bien, ce n'est que guimauves et pétales de rose avec une réflexion psychologique on le sent très poussée sur le mariage (c'est bien), les célibataires (c'est mal parce qu'elles sont trop exigeantes, qu'elles ne font pas d'efforts pour le mâle et/ou qu'elles ne pensent qu'à leurs carrières) et les vilaines prédatrices avides d'hommes mariés (celles-là ce sont les pires, il faudrait les pendre sur la place publique avec leurs abats ces chiennes) Ajoutez à cela quelques danses lascives, une ou deux chansons d'amour, une carte postale de Venise, quelques bons clichés sur les provençaux un peu péquenauds qui se réunissent le soir pour boire un pastis et sur les méchants parisiens moroses qui feraient bien d'aller visiter le Sud, et vous avez le parfait cocktail du roman de gare pour femme au foyer jeune ou moins jeune adepte de Pancol ou d'Alexandre Jardin. Quant à moi, je vous prie de m'excuser, il me faut d'urgence aller oublier ce livre...

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:01

L10Le bibliothécaire

Mikhaïl Elizarov

éditions Calmann-Lévy

(2007)

 

Je me trouve à court de lapins pour illustrer cet article. Car, pour bien faire, j'aurais dû mettre un petit lapin profondément perplexe, l'air complètement largué et qui a l'air de se poser une seule question: "Qu'est-ce que je viens de lire exactement??" En effet, c'est exactement le sentiment que m'a laissée la lecture du bibliothécaire.

Alexeï Viazintsev, de son petit nom Aliochka, est un jeune homme de vingt-sept ans un peu désoeuvré, sans amis et qui vit encore chez ses parents, en Ukraine. A la mort de son oncle avec qui il a perdu contact depuis longtemps, il est chargé par sa famille d'aller régler la succession dans une petite ville de Russie. Mais, arrivé là-bas, il se retrouve au coeur d'un conflit entre plusieurs groupes étranges. Tous se battent pour la possession des oeuvres de Gromov, un écrivaillon mort depuis des années et spécialisé dans des romans à la gloire du régime soviétique. Pour ses adeptes, les textes de Gromov ont en effet des pouvoirs mystiques qui différent pour chaque ouvrage: force, joie, sérénité... Alexeï, d'abord perplexe et enrôlé de force, se plonge  dans les ouvrages de Gromov et, à son tour, se laisse convaincre. Il prend la succession de son oncle et devient  bibliothécaire, c'est-à-dire le chef, d'une cohorte qui possède l'un des livres de Gromov. Cependant il ne tarde pas à découvrir que faire partie des élus n'est pas sans risques; les querelles entre cohortes prennent bientôt l'allure d'un bain de sang...

C'est à ce moment-là que je devrais vous parler de "la caricature d'une société défunte et l'attachement à des racines culturelles souvent inventées ou arrangées". Je devrais enchaîner sur "un récit qui sonne le glas de l'Homo sovieticus et le condamne à renaître en se réinventant, en se réécrivant". Mais je pense que pour le coup l'auteur de la quatrième de couverture a sans doute mieux compris le roman que moi. Soyons honnête: il me manque trop de solides connaissances sur la culture russe pour appréhender Le bibliothécaire et de ce fait, si je suis plus ou moins parvenue à cerner la satire (l'écrivain oublié de l'Union soviétique qui devient plus ou moins un dieu, des vieilles au bord de la mort qui suivent un gourou) la majeure partie du roman est demeurée un mystère. J'ai ri à certaines scènes (la narration menée par Alexeï est assez convaincante et son caractère plutôt bien décrit) et lu avec horreur les nombreuses scènes de batailles sanglantes et de réglements de comptes qui parsèment le roman (vieilles brandissant des haches, têtes qui volent, membres arrachés) Mais j'ai passé aussi la plupart du temps à essayer de comprendre la pensée de l'auteur qui, à sa manière raille la nostalgie d'un régime passé, tout en se gardant de la mettre au clou: les personnages adeptes de Gromov sont montrés comme des solitaires, des marginaux: aucun n'est montré comme un imbécile. Sentiments ambivalents qui se reflétent dans une écriture dense, opaque, presque étouffante, et qui pour couronner le tout fait intervenir beaucoup trop de personnages aux noms russes impossibles à prononcer. Je pense que Le bibliothécaire est un roman que j'apprécierai peut-être plus tard, quand mes connaissances sur le régime soviétique se seront un peu améliorés. En attendant, à l'image des oeuvres de Gromov, il demeure pour moi un mystère accessible aux seuls initiés. Ceci dit, bonne nouvelle: entre le début de mon article et la fin, j'ai réussi à obtenir mon lapin...

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:47

L01.jpgLa vie très privée de Mr Sim

Jonathan Coe

éditions Gallimard

(2010)

 

Maxwell Sim n'a pas franchement beaucoup de chance dans la vie. Enfant non désiré, élevé par une mère affectueuse mais transparente, et un père brillant mais distant, Maxwell collectionne les échecs et les déboires; il est trop peu cultivé pour briller en société et suffisamment intelligent pour en souffrir. Traversant la vie comme une ombre, c'est un homme somme toute relativement ordinaire, mais qui a la particularité de ne pas beaucoup s'aimer et de poser sur lui-même un regard sans complaisance. Opinion qui ne s'arrange pas lorsque sa femme Caroline lui annonce qu'elle le quitte et qu'elle emmène avec elle leur fille Lucy. Tombé en dépression, Maxwell voit cependant quelques mois plus tard une occasion rêvée de reprendre sa vie en main lorsqu'un vieil ami lui propose un travail de commis voyageur, représentant de brosses à dents écologiques. Voici donc notre héros au volant d'une voiture hybrique et parcourant l'Angleterre avec pour seule compagnie son GPS à la voix sensuelle. Il revoit d'anciennes connaissances, tisse de nouveaux liens et, surtout, cherche à redonner un sens à son existence...

ça pourrait être un roman très sombre et, inutile de le nier, ça l'est par endroits, mais au final, La vie très privée de Mr Sim  est l'histoire pleine d'humour d'un loser de 48 ans dont les aventures, souvent désastreuses, font au final plus rire que pleurer. Coe a une plume alerte, un style vif qui jongle avec aisance entre différents modes de narration (lettres, dialogues, narration traditionnelle) et un humour anglais très pince-sans-rire. Certaines scènes sont vraiment très drôles: je pense notamment à ce passage où le héros, à peine sorti de sa dépression, se confie à son voisin d'avion sans s'apercevoir qu'il est mort depuis dix minutes d'une crise cardiaque, ou à celle où il fait une déclaration d'amour passionnée à Emma.... son GPS. Mais le talent de Coe ne se limite pas seulement à un comique de situations; il parvient à partir d'une intrigue principale à créer plusieurs intrigues secondaires; ainsi il n'écrit pas seulement l'histoire de Maxwell mais également celle de son père, de sa femme, de ses amis... Toutes ses intrigues ont un point commun: elles traitent de la difficulté des rapports humains (notamment les rapports parents/enfants) mais surtout de la quête de l'identité: comment au milieu d'un monde qui vous écrase, comment parvenir à découvrir qui l'on est vraiment et surtout, s'accepter? Ce qui pourrait cependant être une leçon pompeuse est traitée avec beaucoup de légèreté et avec un regard ironique mais non dépourvu de tendresse, sur un monde de machines, de téléphones portables, d'ordinateurs dernier cri, de banquiers véreux et d'hommes dépassés. Rien à dire, j'ai beaucoup aimé la vie très privée de Mr Sim. Un bémol: je n'ai pas aimé la fin, que beaucoup apprécieront sans doute mais qui pour ma part m'a parue bâclée et, surtout, en complète rupture avec le reste du récit. En même temps, il s'agit du tout dernier chapitre, alors ne faisons pas trop la fine bouche et saluons un roman qui avec le rire du désespoir nous parle d'un homme comme il y en a sans doute des millions, confronté à un monde qui le dépasse complètement...

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:54

L04.jpgMama black widow

Iceberg Slim

éditions Points

(1969)

 

 

Iceberg Slim n'est pas un écrivain "traditionnel". Célèbre proxénète à Chicago dans les années 50, il fit plusieurs fois de la prison, jusqu'au jour où, en cellule d'isolement, il se rendit compte du gâchis qu'avait été jusque là sa vie. Il se mit alors à écrire, écrivant sur ce qu'il connaissait le mieux, la condition de l'homme noir dans le ghetto, méprisé et haï par les Blancs et condamné à survivre par des moyens douteux ou à mourir dans la misère. Mama black widow, l'ouvrage dont nous allons parler aujourd'hui, complète la trilogie "autobiographique" de Slim, amorcée par Pimp et Trick Baby. Dans ce roman, Slim fait parler Otis Tilson, travesti noir qui lui raconte sa vie; Otis, benjamin d'une famille de quatre enfants, vivait avec les siens dans le Mississipi jusqu'au jour où sous la pression de sa mère, son père accepte de déménager dans le Nord, dans un ghetto de Chicago. Otis découvre alors l'envers du décor: des policiers corrompus et haineux, un diacre pédophile, des drogués et des proxénètes... Sa famille, dirigée par une "Mama" prête à tout pour obtenir de l'argent, vole bientôt en éclats et Otis se retrouve livré à lui-même, tiraillé entre son amour pour la jolie Dorcas et son désir pour les hommes...

Ici pas de style recherché ni de récit elducoré. Slim nous livre un roman brut, violent, dur. Les dialogues sont directs, l'histoire est racontée sans détours et d'autant plus effrayante qu'il s'agit d'une histoire vraie. Sans doute trop habituée à la poésie de Murakami ou aux récits d'ados, j'ai vécu les premières pages de Mama black widow comme de véritables coups de poings dans le ventre. Toute la misère du monde semble concentrée dans le récit de la vie d'Otis, une vie sur laquelle plane en continu l'ombre de la "mama", cette mère victime durant son enfance qui se montre, peut-être même sans le vouloir, un véritable bourreau pour les siens et accélère la ruine de sa famille, méprisant son mari, vendant ses filles... Au milieu du constat sans espoir d'une société corrompue et violente, l'auteur glisse cependant ça et là quelques jolies touches qui tranchent avec le reste du récit: un Noël passé en famille, le sourire de Carol, la soeur du narrateur, et le comportement du narrateur lui-même qui, malgré toutes les horreurs qu'il endure, ne parvient pas à devenir mauvais ni même à haïr. Il reste humain et c'est ce qui rend son destin d'autant plus tragique. Mais, une fois n'est pas coutume, je vais laisser la parole à l'auteur du livre:

"Il n'y a pas de dialogues psychologiques ésotériques, de sermons accablants ou d'assommantes notes dans ce récit d'une vie. Les dialogues sont dans la langue crue des pédés, du ghetto noir, du Sud profond, des bas-fonds. Si peinture critique de la société il y a, elle se trouve dans l'âpreté des conflits internes et externes de cette lutte tragique qu'Otis Tilson mène pour se libérer de la garce perverse brûlant en lui. Elle se trouve également dans la façon de vivre du frère aîné d'Otis et de ses deux jolies soeurs à la dérive dans un monde sombre de proxénétisme, de crime, de violence, où le bien est condamné et le mal applaudi."

Et je crois que pour le coup, rien ne résume mieux le livre que ces quelques lignes.

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 19:01

L04.jpgLa ballade de l'impossible

Haruki Murakami

éditions 10-18

 

"Quand j'entends cette chanson, je me sens parfois terriblement triste. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression d'errer au milieu d'une forêt profonde, dit Naoko. Je suis seule, j'ai froid, il fait noir et personne ne vient à mon aide."


Vous connaissiez la chanson Norwegian Wood des Beattles? Personnellement, je l'avais déjà entendu, mais sans pouvoir la nommer. C'est une chanson au rythme assez lent qui raconte l'histoire d'un homme qui va chez une femme qu'il ne connaît pas. Ils bavardent ensemble jusqu'à deux heures en buvant du vin. Puis l'homme se traîne jusqu'à la baignoire pour dormir et, quand il se réveille au matin "This bird has flown" (cet oiseau s'était envolé). C'est de cette chanson que démarre l'histoire de Murakami la ballade de l'impossible. Le narrateur, au cours d'un voyage en avion, entend ce morceau qui le ramène vingt ans en arrière. A cette époque-là, Watanabe, le héros du récit, avait un ami, Kizuki, qui s'était suicidé lorsqu'ils étaient encore au lycée. Un an  après ce drame, désormais à l'université, Watanabe retrouve Naoko, la petite amie de Kizuki, elle aussi profondément touchée. Pendant un an, tous les deux vont parcourir les rues de Tokyo  en se parlant peu, unis et seuls à la fois. Naoko ne semble jamais trouver ses mots, Watanabe ne semble pas très bien comprendre ce qui lui arrive. Une nuit, tout bascule, et, au matin, Naoko disparaît, laissant le narrateur dans un monde qui lui est étranger...

C'est très difficile de parler des romans de Murakami en général, mais parler de celui-ci relève de l'impossible sans mauvais jeux de mots. La ballade de l'impossible est en effet basé sur le non-dit. Jamais narrateur n'a été aussi peu bavard: Watanabe s'étend sur son quotidien, sur ses lectures, sur ses études, sur ses rencontres, jamais sur ses sentiments. L'étudiant évolue dans le monde en spectateur ou en acteur passif, regardant beaucoup, s'investissant peu, vivant loin des autres si j'ose dire, rendu distant par la mort de son meilleur ami. Naoko elle, semble avoir perdu le pouvoir de s'exprimer; incapable de parler, elle s'enfonce dans un monde de ténèbres dont elle n'arrive pas à sortir... Le récit fonctionne aussi sur un réseau d'amours contrariés: Midori, la jolie étudiante très bavarde et un peu folle aime Watanabe qui lui aime Naoko qui elle aime  toujours Isuki, le disparu... Hatsumi, la jeune fille sage aime l'ami de Watanabe, Nagasawa, qui lui l'aime aussi mais pas assez pour renoncer aux autres femmes... Les personnages se confrontent, se heurtent, se blessent mutuellement, incapables de décrypter leurs sentiments et encore moins ceux des autres. Assez désespérant au final. Murakami nous offre encore une fois un joli art du portrait, brossant des personnages attachants chacun à leur manière: il y a le "facho", le colocataire tatillon de Watanabe, la pétillante Midori, le très classe Nagasawa, la douce Reiko... La force de La ballade de l'impossible réside dans les rencontres du narrateur, toutes ces histoires dont pour la plupart nous ne connaîtrons jamais la fin. Elle réside aussi dans la description de simples scènes du quotidien: les promenades nocturnes de Watanabe et Naoko dans les rues de Tokyo, le premier dîner de Midori et Watanabe, le séjour que fait le narrateur dans la maison de repos de Naoko. La ballade de l'impossible n'a pas la poésie de Kafka sur le rivage. De même, trop diluée dans le temps, l'intrigue perd un peu de sa force au fil des pages jusqu'à une fin que j'ai trouvé je l'avoue, un peu décevante (il ne s'agit pas de la façon dont se termine l'histoire mais plutôt de la façon de la raconter) Cependant, il se dégage de ce roman un je-ne-sais-quoi de délicieusement mélancolique qui fait définitivement de Murakami un auteur cher à mon coeur.

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 16:53

L02.jpgL'année brouillard

Michelle Richmond

éditions Pocket

 

 

Abby, jeune photographe de trente-deux ans, n'avait jamais réellement songé à fonder une famille. Mais un jour, son chemin croise celui de Jake, un professeur divorcé, et de sa fille, Emma, six ans. Elle tombe aussitôt sous le charme des deux et est bien déterminée à devenir une épouse et une belle-mère idéale. Mais un jour brumeux quelques mois avant le mariage, seule sur une plage avec Emma, son attention est détournée par un bébé phoque mort sur le sable. Lorsqu'elle se retourne à nouveau. La petite fille a disparu. Les événements tournent alors au cauchemar. L'enfant s'est-elle noyée, a t-elle été enlevée? Les secours s'organisent, mais devant l'absence de preuves matérielles, tous renoncent peu à peu, y compris Jake. Emma s'est tout simplement évaporée. Seule Abby persévère, fouillant la ville et sa mémoire, à la recherche du moindre indice qui lui permettrait de retrouver la fillette vivante et de mettre ainsi un terme à son chagrin et à sa culpabilité.

Narré à la première personne du singulier l'année brouillard fait partie de ces livres dont l'objectif premier est de tirer des larmes aux ménagères sensibles. Une jolie petite fille qui disparaît, une femme perdue dans la brume et dans ses doutes qui essaie de comprendre comment et pourquoi cette enfant a disparu, un couple dont le quotidien tourne à l'enfer, des questions sans fin.... C'est sans doute le principale reproche que je ferai à ce roman, le côté convenu et un brin larmoyant de l'histoire. L'auteur pouvait se contenter du thème de l'enfant disparu, pourquoi donc a t-elle voulu en rajouter en évoquant l'enfance difficile de l'héroïne ou une réflexion plus ou moins bancale sur la mémoire et la photographie et le temps qui passe et on ne se baigne jamais dans les mêmes eaux pour ça oui ma bonne dame? Pour le coup tout ça fait un peu cliché, de même que la relation idyllique qui unit Abby à Emma et à son père, ou encore le portrait féroce de la mère biologique qui a déserté le domicile conjugal. En fait de subtilités, on a vu mieux. C'est dommage car l'intrigue principale, le quotidien d'une femme qui essaie de retrouver sa presque fille, est en revanche, très réussie. Abby multiplie les recherches, tente désespérement de se souvenir, hante la plage maudite, cherche à comprendre, lance des appels à la télévision, distribue des prospectus, affronte la pitié ou l'indifférence des autres.... Pour le coup, le personnage est très réussi, l'auteur parvenant à pointer toutes les contradictions d'une héroïne dont la force est un profond entêtement: "Je sais que je n'étais pas douée d'un talent indiscutable. Mon art a toujours été d'une autre nature: une détermination indéfectible. Avant, c'est toujours comme ça que j'y suis arrivée. Je pensais que ça marcherait aussi cette fois-ci, que si j'étais assez déterminée, aussi longtemps qu'il le fallait, je la trouverais."  Un véritable acte de foi face à l'horreur de l'absence et du doute. Ainsi si l'année brouillard  n'échappe pas aux longueurs, si le style est souvent maladroit et les personnages secondaires sans intérêt, il est difficile de commencer le livre sans avoir envie de connaître la fin, ne serait-ce que pour savoir si l'entêtement de l'héroïne a payé...

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 18:36

L01.jpgLe mec de la tombe d'à côté

Katarina Mazetti

éditions Actes Sud

 

 

Et trois notes en trois jours! J'espère que vous êtes contents. L'avantage du train, c'est de pouvoir avaler les livres en même temps que les kilomètres. Et de lire aussi des romans dont on a entendu parler depuis des mois, sans avoir eu le temps de se pencher dessus...

Le mec de la tombe d'à côté est un roman d'amour. Mais pas n'importe quel roman d'amour. Rien à voir avec le schéma classique; ils se rencontrent, se détestent ou se tournent autour et finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre. Cette histoire là est plus sombre. Désirée est une jeune veuve qui se rend régulièrement sur la tombe de son mari. Citadine et bibliothécaire, elle n'éprouve qu'un médiocre chagrin pour la disparition de cet homme qui lui correspondait pourtant parfaitement. Au cimetière, elle fait la connaissance de Benny, éleveur de vaches laitières qui lui, fleurit la stèle de sa mère, récemment disparue. Tous deux s'ignorent d'abord, agacés mutuellement par leurs apparences respectives, mais, un jour, au détour d'un regard, le dédain cède bientôt la place à une passion dévorante, et une idylle brûlante naît entre ces deux coeurs solitaires. A partir de là, tout devrait être simple non? Même âge, libres tous les deux... Pourtant l'histoire ne colle pas. Et pourquoi? La réponse est bête et tient à peu de choses: des points de croix sur les murs et des vaches d'un côté, des livres et un appartement tendance de l'autre. En clair, deux mondes qui ne sont absolument pas faits pour se cotoyer et un choc des cultures qui pourrait être fatal au couple d'amants.

L'histoire du mec de la tombe d'à côté est la suite logique d'un conte de fées, lorsque le prince après avoir ramené la bergère au château se rend compte que sa femme est un peu plouc et ne sait pas se servir de ses douze couverts ni tenir ses servantes et que la femme réalise qu'un prince se doit d'avoir plusieurs maîtresses et qu'une princesse ne peut plus aller courir les bois en embrassant les crapauds, mais se doit de broder des napperons en pondant de temps à autre des enfants qu'elle n'élevera même pas. En clair, l'amour peut-il abolir les différences? Benny est un homme assez simple, pas bête mais qui rêve mariage et enfants, ainsi que d'une femme qui lui préparera de bons petits plats. De son côté, Désirée aime l'opéra et les livres, s'investit dans son travail et rêve d'une vie consacrée à la culture et à la découverte.... Avec un humour un brin désenchanté, l'auteur fait ainsi se rencontrer deux solitaires que tout oppose et qui pourtant tombent amoureux l'un de l'autre. Le plus triste c'est que ces deux-là ne différent pas tellement d'un point de vue caractère, partageant la même autodérision et les mêmes désirs de famille, mais n'ont absolument pas la même culture et le même mode de vie. Sont-ils incompatibles? Je ne vous dévoilerais pas la fin d'un récit fluide, qui tient avant tout à la dynamique de ce duo improbable qui, loin de composer, s'enferme chacun dans sa propre caricature. Lui se plaît à jouer les paysans simples d'esprit, elle se renferme dans son rôle d'intellectuelle bobo. C'est drôle et tragique à fois. Les dialogues et les situations sont amusants (elle découvrant pour la première fois la décoration de la ferme, lui s'endormant à l'opéra) mais paradoxalement pointent le malaise de deux personnages qui ne peuvent vivre ni avec ni sans l'autre. L'alternance des narrations (Désirée et Benny s'exprime chacun à leur tour) donne au roman l'allure d'un dialogue de sourds qui paraît sans issue. Alors, vaut-il mieux vivre avec quelqu'un qu'on n'aime pas mais qui partage le même mode de vie, ou se lancer à l'inconnu avec un être qui vous est opposé? On le sait, l'amour est avant tout affaire de compromis... encore faut-il que cela en vaille la peine.

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Published by beux - dans Roman
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