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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 11:41

L02.jpgElle s’appelait Sarah

Tatiana de Rosnay

Editions Livre de Poche

 

Je n’aime pas trop lire des romans sur la seconde guerre mondiale et la déportation. Emotionnellement, je trouve ça rude et généralement, ça tombe le plus souvent dans le larmoyant le plus primaire. Pour une fois, j’ai fait une exception, intriguée par le film qui est en ce moment dans les salles : Elle s’appelait Sarah. Je ne sais pas si j’aurais le courage de me traîner au cinéma mais l’histoire m’intriguait trop pour que je ne lance pas dans le livre de Tatiana de Rosnay qui a donné lieu à l’adaptation cinématographique.

16 juillet 1942 : des policiers français organisent une immense rafle de juifs. Parmi eux, Sarah, dix ans. Cette dernière, avant de quitter l’appartement, enferme son petit frère de quatre ans dans un placard secret en lui promettant de venir le rechercher. La clé dans la poche, la voilà embarquée par la Gestapo avec ses parents, ignorant tout du sort qu’on va lui réserver… En 2002, Julia Darmond, journaliste américaine marié à un français, est chargée de faire des recherches sur la rafle du Vél’d’Hiv à l’occasion de la commémoration de cette dernière, soixante ans auparavant. A priori, rien ne lie Sarah à cette femme d’une quarantaine d’années, mère d’une petite fille et souffrant de problèmes conjugaux relativement graves. Pourtant, de façon inattendue, le destin de ces deux personnes se retrouve lié et Julia, soixante ans plus tard, se lance sur les traces de cette enfant disparue de chez elle par une nuit de juillet...

Ce roman m’a laissée un curieux sentiment. J’ai été à la fois touchée et agacée. L’écriture est simple et Tatiana de Rosnay a un style qui n’a rien d’exceptionnel. Je vais peut-être me faire lyncher mais pour moi c’est un auteur à rapprocher de Barbery ou Gavalda (oh ça va, tout le monde ne peut pas être fan de Barbery et Gavalda) en gros un auteur qui dit entre ses lignes : « je suis un auteur sérieux moi madame mais si je peux jouer sur votre corde sensible, et bien je ne vais pas me gêner ».  Et c’est vrai qu’à plusieurs reprises le récit tombe dans le larmoyant. Curieusement, ce n’est pas lorsque de Rosnay s’attaque à la partie de la déportation et à l’histoire de Sarah, d’une étonnante sobriété, mais plutôt lorsqu’elle narre le récit de Julia, un personnage qui pleure beaucoup, seule ou avec les siens, qu’elle tombe dans un sentimentalisme outré. J’ai été aussi particulièrement agacée par les bons vieux clichés sur les français et notamment sur les parisiens qui fleurissent au gré de la narration. Ceci dit, le roman a des qualités qu’il ne faudrait pas nier : une construction efficace qui alterne l’histoire des deux personnages sans jamais léser l’une au profit de l’autre et une façon de parler de la déportation qui n’a pour le coup rien de mièvre. Avec une certaine subtilité, l’auteur rappelle à quel point malgré les commémorations diverses et variées, nous ignorons tout de cette période sombre de l’histoire qu’est l’Occupation. Ainsi personnellement, j’ignorais que la rafle du Vél’d’Hiv’ avait eu lieu à Paris même de même que j’ignorais à quel point la police française avait joué un rôle actif dans tout ça. Tatiana de Rosnay tout au long de l’histoire s’interroge : vaut-il mieux oublier ? Y a-t-il certains événements qui sont trop horribles et qui doivent être enterrés au fin fond de notre mémoire pour éviter de souffrir et de faire souffrir les autres? Dans Elle s’appelait Sarah nous avons des personnages qui pour une raison ou une autre choisissent de taire trahisons ou événements douloureux et de faire comme si de rien n’était ; Julia en revanche choisira de briser le silence et préférera révéler la vérité, au risque de détruire sa vie et celles d’autres personnes. L’auteur prend ainsi un parti et démontre que tout est préférable au silence, semblable au silence de cette petite fille qui a enfermé un jour son petit frère dans le placard. C’est un peu triste quand même d’autant plus que certains secrets ne sont pas faciles à exhumer… Bon Ok, j’admets j’ai eu les yeux larmoyants en lisant Elle s’appelait Sarah mais je suis presque sûre que c’était dû à mon rhume. Presque.

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 15:01

L03.jpgDans la nuit brune

Agnès Desarthe

Editions de l’Olivier

 

Souvenez-vous ; nous avons déjà parlé d’Agnès Desarthe avec son roman pour la jeunesse La plus belle fille du monde. Aujourd’hui, c’est un de ses ouvrages pour adultes que nous allons aborder.

Jérôme est un homme taciturne qui vit seul avec sa fille Marina depuis le départ de son épouse Paula. Agent immobilier il parle peu et s’attarde encore moins sur ses sentiments, préférant exorciser ses soucis en allant se promener seul dans la forêt. Cette vie paisible va voler en éclats le jour où Marina perd son grand amour, Armand, mort brutalement dans un accident de moto. Confronté au chagrin de sa fille, Jérôme se retrouve à gérer des émotions qu’il ne connaissait pas et qui le renvoie à son propre passé. En effet, Jérôme est un enfant trouvé dans les bois et sa naissance demeure un mystère ainsi qu’une blessure inavouée…

Bon, sincèrement, pour l’instant je préfère Agnès Desarthe en tant qu’auteur pour enfants. Rien de son humour habituel dans Dans la nuit brune, si ce n’est dans le personnage principal de Jérôme, décalé et attachant, dont les réflexions décousues au fil des pages apportent une fraîcheur à un récit qui serait vite plombant. En effet, la thématique est loin d’être gai (la mort, la déportation, la difficulté de communiquer avec les êtres aimés…) et si le style de Desarthe est toujours aussi agréable, il tombe parfois un peu dans la répétition et un jeu d’interrogations qui, à force, devient lassant. Qui suis-je ? Que sommes-nous ? Que faisons-nous ? Quel est le sens de notre vie ? Autant de questions dont, personnellement je n’ai pas la réponse et, semble-t-il, l’auteur non plus puisqu’elle laisse la fin de son roman dans un flou artistique des plus frustrants. Supercherie littéraire ? (ah ah encore une question !) Je ne sais… Comme dans La plus belle fille du monde, Agnès Desarthe plante une situation de départ (la mort du petit ami) puis semble soudain s’en désintéresser, laissant l’intrigue partir au petit bonheur la chance. Elle s’en sort grâce à des personnages haut en couleurs (Jérôme bien évidemment mais aussi la meilleure amie de Marina, la douce Rosy, ou encore l’excentrique écossaise Vilno) et en décrivant avec brio aussi bien la petite ville de province endormie que la forêt, parvenant à faire prendre vie à la terre brune des bois ou à un orage campagnard, si bien que c’est tout un monde qui s’éveille sous sa plume. Jolies pirouettes… C’est l’art de raconter une histoire là où il n’y en a pas vraiment. Certains lecteurs aiment et je pense que beaucoup d’entre vous aimeront Dans la nuit brune. Moi, j’avoue que ça m’a un peu lassée sur la fin.

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 11:07

L03.jpgInfrarouge

Nancy Huston

éditions Actes Sud


 

Il y a certains livres, vous avez beau faire, vous n'arrivez pas à aimer. Ce n'est pas l'histoire, ce n'est pas le style, c'est juste que le personnage principal vous sort par les trous de nez. C'est ce qui m'était déjà arrivé avec Millenium. C'est ce qui vient de se produire également avec l'héroïne de Infrarouge, le dernier roman de Nancy Huston.

Raconte...

Raconte... c'est toujours ce que demande Subra, l'amie imaginaire de Rena, jeune femme dynamique de quarante-cinq ans, photographe dans un journal, qui laisse son amant Aziz (qu'elle considère d'ailleurs plus comme un mari) à Paris, le temps de passer une semaine en Toscane avec son père et sa belle-mère. Dans des paysages qui font rêver les malheureux qui n'ont jamais eu la chance de visiter cette partie de l'Italie, la famille forme un trio bancal, Rena s'impatientant de la lenteur de Simon et d'Ingrid qui jouent aux touristes et qui loin de percer les merveilles de Florence et de ses environs, ne font que manger et acheter des cartes postales... Du coup, la jeune femme laisse son esprit s'égarer sur souvenirs d'enfance et d'adolescence, profitant de ces vacances pour faire le point sur sa propre vie et sur ses relations avec son père...  

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans Infrarouge. Le premier et, à mon sens, le plus réussi, est celui qui raconte le voyage en Italie d'un trio bien mal assorti, d'un père un peu gâteux, d'une belle-mère un peu simple, et d'une fille qui malgré son âge, agit encore comme une adolescente devant le couple. Rien de plus drôle que ce périple à travers la Toscane marqué essentiellement par des trajets en voiture, des visites rythmées par Le Guide Bleu, et surtout du décalage entre l'émotion ressentie par Rena devant certaines oeuvres italiennes et celle, plus primaire de Ingrid qui s'extasie devant des chérubins potelés... En parallèle, Nancy Huston raconte les événements de 2005 en France, la révolte des banlieues parisiennes, guerre civile elle-même reflet de la crise que traverse le couple de Rena. L'originalité, c'est qu'elle s'y intéresse du point de vue de l'héroïne qui est à l'étranger et qui n'en a que de lointains échos. Le problème, c'est que Nancy Huston tombe de ce fait très vite dans le cliché, guère plus convaincant qu'une carte postale de mauvaise qualité. Enfin, le dernier niveau de lecture, c'est le voyage intérieur de Rena qui, devant chaque statue, chaque tableau, chaque paysage ou chaque situation, laisse son esprit s'égarer sur des souvenirs, des fantasmes, des pensées bonnes ou mauvaises qui révèlent sa personnalité. Et là je coince. Je coince franchement devant ce personnage d'intellectuelle un peu méprisante, très académique, cette photographe qui, professant son amour pour les hommes et leurs corps les fige, les psychanalyse et au final leur ôte tout attrait, ramenant tous les grands problèmes de notre temps à la relation mère/fils, père/fille dans une analyse bâclée qui rendrait presque sympathique Michel Onfray et sa volonté de bannir la psychanalyse freudienne. Portrait d'une bobo faussement provocatrice, Rena ne devient intéressante que dans la mesure où, sur la fin du récit, Nancy Huston en livre les failles: son désir de s'attacher Aziz à tout jamais, sa relation conflictuelle avec son père, l'absence de sa mère, son refus de vieillir et son incapacité à aimer tout ce qui est simple... Au final, je suis sortie de ce livre avec une étrange impression, mélange de dégoût et d'admiration, admirant le style de l'auteur et son talent de narratrice, mais regrettant cette volonté tenace de tout analyser ainsi qu'une écriture qui, visant l'esthétisme à tout prix, en perd toute émotion... Et voilà! Bon vous trouvez pas que pour le coup cet article est un peu pédant? Que voulez-vous il faut bien que de temps en temps je joue à l'intellectuelle moi aussi...

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:27

L01.jpgLe livre de Dave

Will Self

éditions de l'Olivier

 

Dans un monde futuriste, Carl Dévush, douze ans, vit sur l'île de Ham, une île qui, comme le reste du monde, est gouvernée par les principes de Dave, leur dieu à tous. Dave est grand, il voit tous ses clients (ses fidèles) dans son grand rétroviseur, et les mènera tous vers Niou London. Mais il faut respecter ses principes car Dave ne rigole pas avec ça: hommes et femmes vivent séparés, leurs enfants passent de l'un à l'autre lors du jour de l'Alternance, car les "papas" ne sauraient frayer avec les "mamans", les perfides Chelliennes, et ce sont les "opaires" qui s'occupent des enfants chez les "papas". Les adeptes de Dave (et tout le monde l'est) parlent le mokni, un étrange jargon qui fait penser au langage SMS d'aujourd'hui et connaissent une suite d'itinéraires compliquées. Ils sont dirigés par des Chauffeurs, le représentant de Dave qui leur invite la voie à suivre vers Niou London. Le problème? Et bien c'est que Dave n'est pas un dieu. 500 ans auparavant, en l'an 2000, Dave Rudman n'est qu'un chauffeur de taxi d'origine modeste, raciste, aigri par un divorce douloureux qui l'a privé de son fils. A moitié fou, il a déversé toute sa haine et son fiel dans un livre qu'il a enterré chez son ex-femme, Michelle. Ce sont pourtant ses élucubrations, retrouvés des siècles plus tard, qui vont devenir la référence spirituelle du monde de Carl. Et ce monde là n'a rien à envier au nôtre en matière d'horreurs...

Bon, j'avais emprunté ce livre pour rire un peu mais autant vous prévenir, on ne rit pas avec Le livre de Dave qui est d'une noirceur absolue. Oh, il y a beaucoup de passages qui font sourire, notamment le langage mokni, modelé sur le langage SMS et langage courant: ainsi, l'eau devient "l'évian", le ventre "le bidon", la jeune fille "l'opaire" (en référence à la jeune fille au pair complaisante du fils de Dave), le cochon le "bacon". M'est avis que le traducteur français a dû s'arracher les cheveux ! De même certaines situations incongrues peuvent amuser. Mais globalement, il n'y a rien de drôle tant dans l'histoire de Carl Dévush qui sans remettre en cause Dave s'interroge sur certaines doctrines et, de ce fait, se met en danger, que dans l'histoire de Dave Rudman, un homme dépressif et malheureux dont la vie n'est qu'une longue suite de galères... Inutile de vous dire que Le livre de Dave est une critique de la religion, plutôt d'ailleurs dans tout ce qu'elle a d'"administratif ": Carl en visitant la ville est frappé par la façon dont sont traitées les "mamans" stigmatisées par Dave et de ce fait massacrées au moindre manquement. Dominée par des Chauffeurs tyranniques, Londres de demain fait piètre figure... Mais que les anticléricaux primaires ne se réjouissent pas trop car, dans le chapitre suivant, le Londres de 2003 revient avec Dave, et Will Self cette fois dénonce une société dominée par l'argent et l'apparence, pleine de mots creux et d'indifférence, condamnée tôt ou tard en disparaître. En clair, religion ou pas, l'homme cherchera toujours le moyen de se détruire. Constat sans appel d'un écrivain cynique qui ne voit au fond le salut de l'humanité que dans l'amour  et le retour à la nature: sur l'île d'Ham, la bureaucratie est moins présente et hommes et femmes coulent des jours relativement heureux tandis que les enfants s'ébattent avec les Motos, une race curieuse, mammifère d'une intelligence d'un bambim, et qui trouvent leur bonheur dans des joies simples, notamment en se roulant dans la boue. Quant à Dave, c'est finalement dans les bras de Phyllis et dans sa petite maison à l'écart de la ville qu'il retrouvera une sérénité passagère...

C'est un roman curieux, à la fois très noir et curieusement touchant, un peu long au début (il faut le temps notamment d'entrer dans le monde de Carl) mais qui vaut le coup. Je ne connaissais pas du tout Will Self mais à coup sûr Le livre de Dave me donne envie de découvrir l'univers de cet écrivain pour le moins déjanté mais incontestablement talentueux...

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 10:39

L01.jpgLe goût des pépins de pomme

Katharina Hagena

éditions Anne Carrière


 

Quel goût ont exactement les pépins de pomme? C'est la question que se posait Bertha qui elle ne les mangeait jamais, à la différence de sa petite soeur Anna qui, elle, dévorait tout le fruit. Des années plus tard, Anna est morte depuis longtemps, terrassée par une pneumonie à l'âge de seize ans, et Bertha elle-même, vieille femme, vient juste de décéder. Elle avait de toute façon depuis longtemps  oublié les pépins, Anna et même son propre nom. Ses trois filles sont venues à son enterrement ainsi que sa petite-fille, Iris, la narratrice, à qui Bertha a légué la maison. Iris n'a pas forcément envie de reprendre cette vieille demeure, mais à mesure qu'elle la redécouvre, les souvenirs d'enfance refont surface et c'est toute l'histoire de sa famille qui prend corps devant ses yeux: la disparition d'Anna et la naissance de sa mère et de ses tantes, la maladie de Bertha après une chute qui la fait peu à peu tout oublier, la mort tragique de la cousine de Iris, Rosemarie, et le secret qui entoure cet accident...

Des romans sur la nostalgie, il y en a des centaines: des écrits un peu réactionnaires qui fleurent bon le "c'était mieux avant" et le "tout était plus simple à l'époque". Le goût des pépins de pomme lui ne tombe pas dans ce travers. L'histoire de la famille de Iris est racontée sans complaisance aucune; pas de couleur pastel pour décrire un grand-père plus ou moins nazi, une grand-mère qui perd la tête, des histoires d'amour à sens unique, des soeurs en conflit les unes avec les autres, une cousine un peu folle, des adultères et des trahisons... Pourtant, de fil en aiguille, la narratrice parvient à nous attacher à ces personnages atypiques. Ici pourtant, ce sont les femmes qui dominent. Nous n'avons que quelques rares personnages masculins qui, la plupart du temps à quelques exceptions près, sont "écrasés" par leurs homologues féminins. Peut-être est-ce pour cette raison d'ailleurs que ce roman a plus de chances de plaire aux femmes qu'aux hommes.

Ce qui fait également la force du livre, mais qui paradoxalement peut "perdre" un ou deux lecteurs, c'est sa narration en puzzle. Sans transition, au hasard des pièces de la maison, des lieux qu'elle visite ou des personnes qu'elle rencontre, Iris laisse les souvenirs et les histoires refaire surface au hasard: on passe de l'enfance de Bertha à l'enfance d'Iris et de Rosemarie, de la rencontre de la mère d'Iris, Christa, avec son mari à la mort d'Anna.. Tout cela nous menant tout doucement aux souvenirs qu'Iris tente d'oublier, ceux ayant trait à la mort de sa cousine. La narration mime ainsi la propre errance de Bertha à qui sa mémoire torturée joue des tours et qui mélange les événements du passé.

Que dire? C'est une jolie histoire, assez émouvante: l'auteur aurait pu tomber dans un sucré un peu dégoulinant mais préfère jouer sur la retenue, allant même jusqu'à railler gentiment sa narratrice encline à l'évanouissement. Les histoires d'amour sont racontées avec une certaine sobriété et la mort elle-même n'est pas dramatisée plus que nécessaire (Iris ne pleurera même pas sa grand-mère). Là où l'auteur insiste beaucoup c'est essentiellement sur le rapport entre le souvenir et l'oubli: faut-il oublier les souvenirs douloureux ou justement se souvenir pour pouvoir mieux les oublier par la suite? C'est l'hypothèse que semble retenir Katharina Hagena: Iris ne parvient à exorciser la mort de sa cousine qu'en retournant sur les lieux du drame, Bertha est malheureuse d'oublier... Oublier c'est nier son histoire et par là ce qu'on a été et ce qu'on est encore. A partir de là, tant pis si les souvenirs font du mal....

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 17:57

L05.jpgSang chaud, nerfs d'acier

Arto Paasilinna

éditions Denoël

 

 

De Paasilinna je gardais un très bon souvenir avec son Petits suicides entre amis, un livre plein d'humour et d'auto-dérision. Hélas, la déception a été d'autant plus vive en lisant son dernier roman Sang chaud, nerfs d'acier.

En 1917, Linnea Lindeman, accoucheuse un peu sorcière, chasseuse de phoques et contrebandière à l'occasion, a une vision: celle d'un enfant qui naîtra en 1918 et qui vivra jusqu'à en 1990. Cet enfant, c'est celui de son amie Hanna Kokkoluoto. Nommé Antti, ce dernier va traverser une période trouble de l'histoire, de la guerre civile finlandaise à la seconde guerre mondiale en passsant par la crise de 1929 et les affrontements entre communistes et facistes. Tour à tour commerçant, contrebandier et politicien, notre héros va traverser la vie sans encombre, porté par la déclaration rassurante de la sage-femme: même si le monde s'écroule autour de lui, il survivra.

Le but du roman, d'après ce que j'ai pu comprendre, est avant tout de nous initier à l'histoire de la Finlande à travers le destin d'un homme assez exceptionnel. C'était un pari risqué et qui, pour moi, est complètement raté, je l'avoue. Je n'ai rien à dire sur le style. C'est brillamment écrit, ça se lit sans ennui mais, comment vous expliquer? C'est très lisse. Les personnages ne sont pas attachants pour un sou. Peut-être est-ce un problème de longueur: en deux cent pages, brosser à la fois le destin d'un homme et celui d'une nation me semble pour le moins délicat. Quoi qu'il en soit, le livre aligne soigneusement les chapitres à la manière d'une leçon apprise: là on va parler de la crise de 29, là on va évoquer la vie amoureuse de Antti, là on va parler des communistes... Où est l'humour de Paasilinna? On le retrouve bien ça et là au hasard des pages, lorsqu'il évoque l'enlèvement de Antti et de son père par des facistes par exemple, ou encore à travers le personnage de Linnea, l'accoucheuse illégale assez haute en couleurs. Malgré cette touche de légèreté et malgré une fin plutôt réussie, l'auteur ne sauve pas pour autant un roman sans vie, destiné à être vite lu et tout aussi vite oublié...

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 10:24

L02.jpgQuand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

éditions Grasset

 

 

Pour moi, l'amour se résume à deux chansons: la chanson de Brassens Gastibelza l'homme à la carabine, elle-même tirée d'un poème de Victor Hugo, et celle Thomas Fersen: Pégase, chanson dans laquelle le héros (Pégase) en dépit du bon sens, des conseils de sa mère et de la nuit étoilée, court se jeter sur l'ampoule brillante si attirante, semblable au papillon de nuit qui se grille sur un néon. Bien loin des visions idylliques de couples se promenant pieds nus sur une plage avec un chien et un enfant au milieu, cette vision de l'amour me semble exemplaire: une chose brillante qui généralement vous rend fou et ridicule (avouez que vous méprisez ces pauvres insectes morts au matin devant votre porte ou ces crapauds qui traversent la route au printemps et que vous écrasez sans scrupules...) mais que paradoxalement je trouve plus touchante que cet amour "raisonnable", sélectionné avec le bon sens près de chez vous, choisi et dûment approuvé qui fera que vous aurez une vie magnifiquement ennuyeuse. Mais revenons à notre lecture du jour.

Emma Rothner n'aime pas le vent du Nord qui souffle par sa fenêtre. ça l'empêche de dormir. C'est ce qu'elle explique à Léo Leike, son correspondant à qui un jour elle a envoyé un mail par erreur. Le ton lui a plu, un dialogue s'est engagé entre ces deux personnes qui ne se sont jamais vus. Rien de bien méchant n'est-ce pas? Elle, elle est mariée et "heureuse en ménage" comme elle ne cesse de le scander avec une énergie qui tient parfois du désespoir. Lui se remet d'un chagrin d'amour. Leur échange au début tient plus du jeu, jusqu'à ce que le ton devienne de plus en plus complice. Quand souffle le vent du nord la nuit, ils débouchent ensemble et séparés une bouteille de vin et boivent à la santé l'un de l'autre. Peu à peu le ton dérape. Lui se contrôle moins, l'appelle "son Emmi", lui demande de lui parler de sa famille. Elle, elle s'oblige à préserver ce cocon familial (factice?) mais lui demande un compte-rendu de ses aventures amoureuses, le harcèle de mails, lui signifie clairement son attirance... Incapables l'un comme l'autre de cesser cette correspondance empoisonnée, il faudrait probablement qu'ils se rencontrent, mais cette rencontre est sans cesse différée: cela signifierait en effet la fin d'une relation... et le début d'une autre?

Quand souffle le vent du nord nous a été conseillés par deux collègues lors d'une réunion librairie, de celle où l'on s'installe pour parler des livres qu'on a aimés. Elles en ont si bien parlé qu'elles m'ont donnée envie à mon tour de le lire (preuve que ce sont de bonnes libraires) L'une d'elle cependant m'avait prévenue: "Tu n'aimeras pas: c'est trop sentimental pour toi". J'avoue que, effectivement, j'ai trouvé parfois que ça versait un peu dans le rose bonbon. Néanmoins, ça n'a rien à voir avec du Pancol, du Musso ou du Levy, ni même du Gavalda. L'histoire d'amour entre les deux protagonistes est à tout prendre assez dure: un jeu du chat et de la souris dans lequel chacun s'engage sans en prendre conscience et qui les prend peu à peu au piège. Le principe du roman "épistolaire" est sympathique et la joute verbale entre Léo et Emmi extrêmement intéressante, dans le style "Je t'aime moi non plus", avec beaucoup de tendresse et quelques vacheries. Je regrette juste que le style ne soit pas plus développé, et ne permette pas toujours de faire la distinction entre les mails de Emmi et ceux de Léo. Je regrette aussi quelques longueurs du roman, surtout vers la fin, quand le jeu devient lassant et que l'intrigue commence à s'enliser. Mais, dans l'ensemble je garderai un bon souvenir d'un livre qui pourra en aider plus d'un à trouver le sommeil en écoutant le vent souffler... en espérant qu'il ne le rende pas fou à son tour.

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 18:37
L01.jpgCoeur cousu
Carole Martinez
éditions Gallimard



Soledad, dernière née d'une famille nombreuse, relate l'histoire de sa mère Frasquita. Fille unique, cette dernière, née dans un village au sud de l'Espagne, est initiée à la sorcellerie par sa propre mère et reçoit une boîte lors de son passage à l'âge adulte. Dans cette boîte, Frasquita trouve fils et aiguillles. A partir de là, son don inné pour la couture tient de la magie puisqu'elle est capable de coudre les plus belles robes du monde mais également de "réparer" hommes et bêtes de façon miraculeuse... Cependant, son pouvoir suscite vite rumeurs et médisances dans le village et sa réputation ne s'arrange pas avec son mariage: son mari se comporte de façon inquiétante, ses enfants naissent tous plus étranges les uns que les autres: une fille muette, une autre née avec des plumes, un garçon aux cheveux rouges (maudit!) une fille qui brille dans la nuit et une autre qui parle avec les morts...
En bref, Carole Martinez nous raconte l'histoire de Frasquita et de sa famille. C'est un roman qui prend le parti du conte avec un style faussement naïf, parfois agaçant il faut le reconnaître. Ce genre de narration me paraît un peu anachronique, mais c'est un choix audacieux de l'auteur qui parvient de ce fait à introduire dans son récit un merveilleux qui paraît totalement naturel: miracles, sorcellerie, fantômes... tout cela se fond de façon harmonieuse et sans paraître ridicule. Carole Martinez se construit un univers bien à elle, un monde où la Mort apparait pour donner son ultime baiser et où les mots ont un véritable pouvoir. Ses personnages, à peine esquissés, sont comme ceux des contes: ils n'ont pas de psychologie, mais sont plutôt des images, des représentations. Anita n'est qu'une voix de conteuse, Clara et Perdirio sont le Jour et la Nuit., Soledad une image de la solitude. Coeur cousu est véritablement un hymne d'amour au conte, mais au conte dans son sens premier: transmission orale des histoires et des légendes. L'écrit n'apparaît que comme pis-aller (d'où le dépouillement volontaire du texte), substitut au langage. C'est assez étonnant pour une romancière d'adopter ce point de vue mais c'est original. Carole Martinez, loin des romans nombrilistes français actuels (vous savez, là où il y a douze "je" par page et les traces d'un narcissisme exacerbé qu'une thérapie plutôt qu'un livre serait plus apte à guérir) nous offre un joli récit, pas parfait certes, un peu longuet parfois, mais qui offre quelques belles émotions et laisse un sentiment doux-amer qui n'est pas des plus désagréables...
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 19:19
L09.jpgHistoire du poète qui fut changé en tigre
Nakajima Atsushi
éditions Allia


Le moins qu'on puisse dire, c'est que certains auteurs sont comme des étoiles filantes: à peine ont-ils eu le temps d'écrire quelques petits bijoux qu'ils s'éteignent. Nakajima Atsushi fait partie de cette catégorie. Mort à l'âge de 33 ans, (il souffrait d'asthme) on l'imagine assez bien en poète maudit contemplant les astres d'un air mélancolique. Le petit livre que je tiens entre les mains est un recueil de contes d'inspirations diverses, écrits juste avant sa mort, fin 1942. Si certains textes se situent au Japon ( Histoire du poète qui fut changé en tigre par exemple) la plupart ont un tout autre cadre, de l'Egypte aux civilisations disparues. Le poète qui fut changé en tigre, conte qui a donné son nom au recueil, narre l'histoire d'un poète orgueilleux qui, par nécessité, est contraint de quémander un poste de fonctionnaire subalterne, sombre dans la dépression, et une nuit se transforme en tigre, oubliant peu à peu l'homme qu'il a été autrefois. La momie met en scène un persan qui découvre qu'il a été égyptien dans une vie antérieure, l'homme-buffle (le plus effrayant des contes du livre) nous raconte l'histoire d'un roi qui se fait trahir par son fils illégitime dont l'apparence est celle d'un buffle...
Dans un style épuré et tout en légèreté, Atsushi parvient à alterner dans ses contes le fantastique (l'homme buffle, histoire du poète qui fut changé en tigre) l'humour (Le maître fabuleux) la fable (Le bonheur, Possession) ou même la satire (La Poule) C'est terriblement bien écrit (bravo à la traduction) avec une pointe de mélancolie qui ne disparaît jamais tout à fait. A la différence des contes de fées, ces contes-là finissent mal et s'achèvent, soit par la mort du héros, soit par un sort tout aussi triste. L'humanité est vue avec une profonde désillusion que résume assez bien cette phrase extraite de l'homme-buffle : "Ce n'était pas de la terreur, face à un homme qui voulait le tuer, c'était plutôt un humble effroi devant la rude méchanceté du monde". Le bonheur, l'auteur le considère comme illusoire; n'est-ce pas justement ce que tend à prouver le conte Le bonheur?  Le serviteur qui rêve la nuit qu'il est tout puissant et qu'il dirige son maître est plus heureux que le maître qui lui au contraire dépérit parce qu'il rêve qu'il est serviteur.  Pour finir, il faudrait évoquer le poids du thème des mots et de l'écriture dans cet ouvrage. Le poète maudit se transforme en tigre, coupable d'avoir laissé l'orgueil étouffer son génie; le conteur de Possession meurt, dévoré par sa propre tribu, dès lors qu'il ne parvient plus à raconter d'histoires. Dans Le Démon des mots (le conte que j'ai je crois le plus apprécié avec Possession), le héros découvre qu'un démon se cache derrière l'écriture; comment expliquer autrement que des figures puissent revêtir une quelconque signification, que l'Histoire en elle-même n'existe que par le biais de récits souvent arbitraires? L'écriture acquiert une dimension destructrice: puissante, elle est abordée dans les contes comme une sorte de divinité un tantinet malfaisante qui dévore celui qui ne parvient pas à la dompter. Paradoxalement, c'est une divinité dont nous ne pouvons nous passer...
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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 18:41
L05.jpgLe premier amour
Véronique Olmi
éditions Grasset



Dans la lignée des Anna Gavalda et des lectures sentimentales mais pas trop pour jeunes femmes branchées ou quinquagénaires dynamiques, Le premier amour s'impose là. Une femme sur le point de fêter ses vingt-cinq ans de mariage tombe par hasard en déballant une bouteille de vin sur une petite annonce de son premier amour qui l'invite à le rejoindre en Italie. Aussitôt, la voilà qui plaque tout et qui, voiture et cheveux au vent court rejoindre celui qui au fond fut son unique amour, laissant en même temps ses souvenirs d'adolescente refaire surface...
Je ne sais pas pourquoi tout le monde sauf moi semble avoir un premier amour italien. Est-ce pour cela que toutes les mères appellent leur fils Enzo, en souvenir de leurs flirts disparus??? Quoi qu'il en soit, pour en revenir au Premier amour, je ne peux pas franchement dire que j'ai aimé. N'était-ce même ma collègue qui a adoré, j'en dirais beaucoup plus de mal mais, puisqu'elle a aimé, c'est qu'il doit bien y avoir quelque chose... Le personnage d'Emilie Beaulieu, la quinquagénaire qui se rend compte qu'elle n'a rien compris à la vie, n'est pas inintéressant. Mais sinon, que de clichés! Nous avons les parents catholiques, donc forcément intégristes et qui considèrent bien évidemment leur autre fille, trisomique, comme un monstre. A l'inverse,  nous avons la tante libre dans sa tête avec plusieurs amants, mais qui aime donc c'est ça le plus important; le beau Dario, l'Italien insipide, l'amour perdu de l'héroïne; le gentil mari chauffeur de taxi qui ne fait pas de politique ça non monsieur mais qui pareil a une fois viré le bras droit de Le Pen de son taxi (je ne suis pas d'extrême-droite, dieu merci, ne me faites pas dire des horreurs pareils, mais je n'ai pu m'empêcher de trouver ce passage un brin démagogique) . Qui plus est, Véronique Olmi semble avoir une vision assez effrayante de l'amour. En gros, l'amour n'est pas viable sur le long terme car l'amour se doit d'être parfait alors que la vie ne l'est pas. La sagesse consiste alors à s'accommoder d'un vague ersatz sécuritaire. Ainsi, si l'héroïne n'aime pas son mari (c'est dit très clairement) elle aime sa familiarité rassurante et surtout, voit en lui le père de ses filles. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait un peu peur...
Mais ce n'est pas tout! Si encore l'auteur s'était contentée d'un roman sur une quinquagénaire qui s'interroge sur son couple et sur l'amour, bon je ne suis pas forcément d'accord avec sa vision, mais pourquoi pas? Seulement Véronique Olmi, à la fin du récit,  part dans un dénouement rocambolesque en totale rupture avec le reste de l'histoire (et ça, même ma collègue le reconnait)
Mais, une fois n'est pas coutume, finissons par une note positive; le style de l'auteur est fluide, passe bien et, surtout, nous avons le portrait très réussi de la soeur de l'héroïne, Christine, 'la petite grande soeur" trisomique qui chante du Mike Brant devant son miroir et qui, à l'inverse de la plupart des personnages, est décrite avec beaucoup de finesse. Nous avons ausi quelques très jolies scènes: la scène où Emile surprend sa mère dans un supermarché hésitant à acheter des collants couleur chair, la confrontation entre l'héroïne et sa fille aînée, le karakoé d'Emilie et Christine sur Mike Brant... ça ne suffit certes pas à me faire aimer le livre mais ça m'évite de le jeter dans la liste des romans à oublier..
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