Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 08:05

L05.jpgLa cabane de l'aiguilleur

Robert Charles Wilson

éditions Folio

(1986)

 

Travis Fisher, un adolescent qui vient de perdre sa mère, est recueilli par sa tante Liza Burack et son mari Creath, à Haute Montagne, une petite ville des Etats-Unis. C'est l'époque de la Grande Dépression et la faim et la pauvreté commencent tout doucement à s'installer dans le pays, faisant souffler sur Haute Montagne un vent de panique et de méfiance vis-à-vis des vagabonds et des étrangers. Travis, lui-même considéré d'un sale oeil à cause du passé sulfureux de sa mère, fait d'abord tout pour rentrer dans le rang et plaire à une tante bigote et un oncle mauvais: il travaille à la fabrique de glace locale, sort avec Nancy Wilcox, une jeune fille du coin... Mais il est vite obnubilé par la mystérieuse locataire des Burack, Anna Blaise, dont la beauté et l'aura de mystère lui fait bientôt oublier les convenances. Qui est Anna? Voici une découverte que Travis n'était peut-être pas prêt à faire...

Premier roman de l'auteur de Spin, La cabane de l'aiguilleur est un livre qui semble plein de promesses: une petite ville perdue des Etats-Unis, des habitants un peu bornés, un héros largué et une mystérieuse inconnue... ça commence plutôt bien, même si l'on cherche en vain toute trace de science-fiction et de fantastique. Le style de Wilson est sans faille et il plante son décor de façon  magistrale. Hélas, il est beaucoup moins à l'aise avec des personnages, qui reste tout au long du récit de pâles figurines sans réelle consistance. Impossible de s'attacher à eux, ce qui est d'autant plus ennuyeux que, sans vouloir trop en dévoiler, l'intrigue "surnaturelle" repose plus ou moins sur leurs épaules. le verdict est donc sans appel: l'histoire bien que relativement courte semble s'éterniser  dès les cent premières pages alors que, paradoxalement, un plus long développement aurait rendu la narration peut-être plus intéressante. Ce n'est pas le pire livre de science-fiction que j'ai lu; ce n'est pas mal écrit et l'histoire n'est pas tirée par les cheveux. C'est seulement un peu ennuyeux et je me réjouis d'avoir lu Spin par le passé; je sais ainsi qu'il ne s'agissait que d'un galop d'essai et que, par la suite, Wilson est devenu un grand écrivain...

Repost 0
31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 11:44

L03.jpgAutremonde

Tad Williams

éditions Pocket

 

 

Sans transition, on passe de la fantasy à la science-fiction. Oui je sais, mes lectures du moment ne sont pas forcément des plus difficiles, mais il fait froid, le cerveau est un peu engourdi et je n'ai pas encore acheté mon prochain livre dans la sélection des 1001 livres...

L'Afrique dans le futur est devenu comme les autres un continent presque totalement industrialisé à l'exception de quelques tribus de bushmen, qui vivent encore selon leurs traditions, chasse et cueillette. Rennie, jeune professeur, enseigne l'informatique à l'université. Elle a pour tâche notamment d'enseigner les méandres du Réseau, le vaste monde virtuel que les hommes ont créé et qui désormais est tout aussi fréquenté que la VTJ (la Vie de Tous les Jours) C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de !Xabbu, un élève presque de son âge, bushman qui ne connaît rien au Réseau mais qui souhaite maîtriser ce monde. Mais la vie virtuelle n'est pas sans danger: le petit frère de Rennie, Steven, tombe dans le coma à la suite d'une expérience informatique malheureuse et sa soeur et !Xabbu, devenus amis, découvrent vite qu'une vaste conspiration se cache derrière ce rêve vivant...

Le roman Autremonde date de 1996 mais, à la différence de certains romans de science-fiction, il ne paraît pas "vieilli". Disons pour être plus clair que le monde de Williams me paraît plus crédible que ceux de bien des ouvrages d'anticipation. Combien de personnes passent déjà la plupart de leur temps sur Internet et les jeux en réseaux? Imaginer un univers virtuel dans lequel chacun de nous pourrait vivre la vie dont il rêverait n'a absolument rien d'absurde. C'est le point fort de ce premier volume du cycle qui décrit un monde, dixit la quatrième de couverture qui '"n'a d'autres frontières que les limites de l'imagination de chacun". J'ai aimé cet univers grouillant de gamins qui se créent des personnages de gros méchants d'héroïc fantasy, de riches qui s'achètent du matériel dernier cri pour impressionner leurs pairs, d'informaticiens indifférents et d'adolescents geeks. J'ai aimé aussi l'écriture de Williams, toujours soignée, et qui a un style intéressant. Après, je ne suis pas convaincue par le personnage de !Xabbu, le "bon sauvage" qui balance proverbes et sentences de son peuple à toutes les sauces. Ce serait un peu trop si, heureusement, l'auteur ne compensait pas par le scepticisme de l'héroïne qui, à l'instar du lecteur, ne semble pas prête à aller vagabonder dans le désert à la recherche d'une vision. Mais surtout, ce qui m'a gênée dans l'histoire, c'est le côté "fouillis".  A l'image du Réseau sur lequel il promène ses héros, Tad Williams entraîne ses lecteurs dans des mondes divers et variés, multiplie les protagonistes et finit par nous perdre en cours de route. Ainsi, à la fin des 600 pages de ce premier volume, l'histoire paraît encore confuse et bien des personnages n'ont été qu'esquissés. Alors, déçue ou pas? Oui et non. J'ai déjà lu une saga de l'auteur et je me souviens n'avoir pas été emballée par le premier tome avant d'avoir dévoré la suite. Je préfère de ce fait voir Autremonde comme une mise en bouche prometteuse...

 

Et en bonus!

A lire la saga de Tad Williams L'arcane des épées, cycle de fantasy en huit volumes.

Et à voir, pourquoi pas? Les dieux sont tombés sur la tête.

Repost 0
18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 21:02

L02.jpgFlash Forward

Robert J. Sawyer

éditions Milady

 

J'ai découvert pendant mes vacances d'été, comme sans doute beaucoup d'entre vous,  la série FlashForward. Un peu déçue par son arrêt brutal (pas assez d'audience je suppose) je me suis consolée comme j'ai pu en décidant de lire le roman qui avait inspiré la dite série. Ceci dit, je préfère prévenir: si ce n'est le postulat de départ, le livre n'a absolument rien à voir avec l'adaptation télévisée.

Genève 2009: un groupe de scientifiques décide de mener une expérience visant à découvrir je ne sais quelle particule cosmique (dès que ça commence à parler physique quantique, je suis un peu larguée je l'avoue) Mais au moment précis de l'expérience, un black out se déclenche: l'ensemble de l'humanité est plongé dans un profond sommeil de deux minutes. Durant ces deux minutes, chacun a un aperçu de ce qu'il deviendra dans vingt ans. Au réveil, le monde doit faire face aux catastrophes causées par le black out (accidents de voiture, chutes, brûlures...) et surtout gérer ces étranges visions du futur. Pour deux scientifiques en particulier, cet aperçu va se révéler particulièrement douloureux: Lloyd Simcoe, fiancé à la jolie Michiko, découvre qu'il sera marié à une autre femme dans une vingtaine d'années, tandis que Theo Procopides lui n'a fait aucun rêve, ce qui ne signifie qu'une chose: il ne sera plus de ce monde d'ici là.  Le futur peut-il être changé ou, comme Lloyd le soutient avec force, tout est-il joué d'avance?

Flash Forward est ce que je qualifierais de livre efficace: le rythme est rapide, l'intrigue plutôt bien ficelée, le style direct et les descriptions vont à l'essentiel. Ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est agréable à lire et facile, si ce n'est les digressions scientifiques propres au genre de la science-fiction (autant demander aux auteurs de fantasy de ne pas coller un elfe dans leurs bouquins) L'idée de base est sympathique: comment réagiriez-vous si, projetés brutalement dans le futur, vous découvriez que votre vie n'a pas du tout pris la direction à laquelle vous vous attendiez? Et si vous connaissiez votre futur, seriez-vous capables de le changer? Autant de questions qui posent le problème du libre-arbitre et du déterminisme. Bon, le seul problème du livre, c'est qu'il date de 1999. Du coup, à l'époque où le black out est supposé avoir lieu (l'année dernière donc), malgré les tentatives de modernisation de la traduction, et bien ça oscille entre inventions improbables (la librairie qui imprime les livres à la demande) et détails obsolètes (les cassettes vidéo, le petit frère du héros qui utilise encore des disquettes) Je pense très sincèrement que pour la science-fiction, les auteurs devraient carrément situer leur action mille ans plus tard pour qu'au moins ils ne soient plus de ce monde pour voir à quel point ils se sont plantés sur l'avenir. Mais à part ces détails, plutôt amusants d'ailleurs, Flash Forward est un livre tout à fait lisible qui, à mon sens, aurait gagné tout comme la série télévisé à s'étirer sur plusieurs volumes...

Repost 0
3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 19:47
L03.jpgL'odyssée du temps
t.1: l'oeil du temps

Arthur C.Clarke/ Stephen Baxter
éditions Bragelonne



En consultant les rubriques de ce blog, je me suis aperçue, oh horreur! qu'il y avait de très nets déséquilibres. Si les romans, la jeunesse et les classiques tiennent le haut du pavé, les autres genres sont quelque peu délaissés. Dans un souci de justice, je me suis donc empressée de lire un peu de science-fiction (oui, je sais, c'est très bizarre comme raisonnement)
Arthur C.Clarke, auteur de la série 2001, L'Odyssée de l'espace et Stephen Baxter ont écrit ensemble un ouvrage récemment traduit, L'Odyssée du temps, qui s'annonce également comme le premier tome d'une série. Ce qui m'étonne un peu, c'est qu'Arthur C.Clarke est mort l'année dernière. La suite est-elle déjà sortie en Angleterre? Possible mais j'ai la flemme de me pencher sur la question. Bref, là n'est pas le sujet.
Le sujet, c'est qu'en 2037, 1885, à l'époque préhistorique, à l'époque antique, des sphères étranges apparaissent dans les cieux. Le monde se transforme, morcelé soudain en plusieurs "bouts" d'époques. Ainsi, le journaliste Kipling en reportage au fort de Jamroud voit débarquer un hélicoptère de casques bleus de 2037... Quelques kilomètres plus loin, la troupe macédonienne dirigée par Alexandre se demande bien ce qui lui arrive, tandis que des cosmonautes russes et américains, de retour sur Terre, se font capturer par Gengis Khan. Que s'est-il passé? Quand? Et pourquoi? Autant de questions sans réponses... Bisea, qui vient de 2037 (la dernière date qui semble représentée) est curieuse d'en savoir plus et de rétablir la situation, notamment pour retrouver sa fille Myra, égarée désormais dans un des puzzles du futur. Malheureusement pour elle, Alexandre le Grand et Gengis Khan, chacun de leur côté, semblent plus soucieux de dominer ce nouveau monde, baptisé Mir, et notamment de prendre le pouvoir sur Babylone, la seule cité d'importance dont proviennent encore des signaux radios...
Je ne suis pas assez calée en science pour vous dire si, oui ou non, les théories avancées dans le roman sont vraisemblables ou non. Probable que oui, les auteurs de SF ne rigolent pas avec ça. L'aspect "quantique" si j'ose dire en tous cas est intéressant mais la dimension psychologique des personnages est beaucoup moins crédible. Imaginez: vous vous retrouvez face à un mammouth ou à un australopithèque, ça vous perturberait peut-être quand même un peu non? Là, ça ne semble déranger personne, pas plus que le fait de fréquenter un Macédonien ou un chef mongol. A noter aussi que tout le monde communique parfaitement car, bien entendu, il y a forcément quelqu'un dans le lot pour pour parler mongol ou en grec ancien (moi qui me demandait l'intérêt de la méthode audio Le grec ancien sans peine j'ai désormais ma réponse) L'explication: le temps s'est emmêlé, on vient tous d'époques différentes, semble convenir à tout le monde. Admettons. Idem, je ne suis pas assez spécialisée en histoire pour juger, mais je doute très sérieusement que ce livre puisse servir un jour de matière à un exposé sur Alexandre le Grand ou Gengis Khan...
Je suis sévère. Le livre est loin d'être mauvais et se lit bien, assez détaillé tout en évitant l'habituel charabia pseudo-scientifique propre au genre. Là où ça me gêne un peu, c'est quand le récit part en considérations métaphysiques vaseuses: Pourquoi? Qui sommes-nous? Où allons-nous? Réponse: On s'en fout! Dites-nous plutôt ce qui s'est passé en 2037  puisque 2037 semble être la date butoir... De même, comme je le soulignais, la psychologie n'est pas le point fort des auteurs. Du coup, les personnages sont plutôt sommaires, manichéens, et leur sort nous indiffère au plus haut point (ah mince, celui-ci s'est fait décapiter c'est dommage) Mais bon... Disons pour conclure que L'oeil du temps n'est pas le chef-d'oeuvre de l'année: en revanche, ne serait-ce que par simple curiosité, je lirai très probablement la suite...
Repost 0
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 23:44

Trames

Iain M.Banks

Editions Robert Laffont

 

 

Le prince Ferbin n’était pas appelé à régner. Normalement, c’est son frère Elime qui aurait dû prendre la succession de son père. Seulement voilà, Elime s’est fait tuer à la guerre et le roi lui-même est victime de la plus odieuse des trahisons et se fait assassiner par son bras droit, Tyl Loesp… Ferbin, en fuite, présumé mort, ne sait vers qui se tourner… ah si, peut-être vers ces peuples extraterrestres plus intelligents que son peuple et qui contrôlent sa planète avec bienveillance…

C’est là qu’est, à mon avis, toute la saveur de l’histoire. Les premières pages nous laissent entrevoir une énième histoire de royaumes à reconquérir et de princes bafoués. Seulement il s’avère bien vite que Ferbin et les siens sont considérés comme des barbares au sein du monde décrit par l’auteur, du menu fretin semblable au peuple des hobbits dans la trilogie de Tolkien et que leur destinée personnelle n’a pas grande importance. Nous ne sommes pas dans de la fantasy ni tout à fait dans de la science-fiction mais dans un savant mélange des deux, à la manière de Dune. Plusieurs histoires s’enchevêtrent : nous avons l’histoire de Ferbin, bien décidé à venger la mort de son père, celle de sa sœur Anaplian qui elle a été élevée par une unité spéciale extraterrestre pour veiller à l’équilibre des différents monde et qui, au fait des technologies les plus pointues et les plus sophistiqués, a une perspective de la situation radicalement différente et, enfin l’histoire d’Oramen, le plus jeune frère qui, resté sous la régence de Tyl Loesp découvre un étrange objet qui pourrait détruire sa planète à jamais…. Au programme ; vaisseaux parlants et extraterrestres à l’allure d’insectes, objets magiques non identifiés et drones sentimentaux, vengeances et convois diplomatiques…

Pour ceux qui ne sont pas adeptes du genre, c’est confus. Très. Passé le premier amusement du décalage (le héros Ferbin n’a pas de réelles qualités ni même une grande profondeur. Assez frivole, il apparaît comme un gamin capricieux) et certaines situations incongrues (le prince aux allures médiévales qui s’embarque dans un vaisseau spatial) il faut s’accrocher à cette histoire qui énumère différents noms d’aliens et de vaisseaux avec un plaisir sadique, perdant le malheureux lecteur néophyte dans un dédale de planètes et de galaxies : Nariscenes, Heisp, Sursamen, Chyme… En même temps croyez-en mon expérience personnelle, c’est toujours mauvais signe quand il y a un index des noms et des lieux à la fin d’un ouvrage. Au final, personnellement je n’ai retenu que l’histoire de Ferbin et de sa famille. Mais le problème, si vous avez bien suivi, c’est qu’en gros cette histoire n’a pas vraiment d’importance ! Il s’agit essentiellement de menaces antiques, de relations diplomatiques avec de gros insectes qui exhalent des odeurs apaisantes, un vague conflit d’intérêt entre les Octes et les Aultridias (étaient-ce bien leurs noms déjà ?) et d’une organisation appelée Culture et qui plane au-dessus de l’univers à la manière d’une gigantesque ONU. A la fin on comprend tout de même que le danger s’étend à la planète entière de Ferbin et on récupère de justesse le fil, mais ça n’empêche pas d’achever le roman avec le sentiment d’être une parfaite imbécile qui ne saisit pas les subtilités des mondes Gigognes…

A part ça, c’est bien écrit, le style est fluide et Banks a le talent rare de manier aussi bien l’ironie et la légèreté qu’un registre plus dramatique, sans jamais tomber dans les excès, le bon gros comique ou le pathétique flamboyant. Je pense très sérieusement qu’il a des adeptes, des lecteurs assidus qui ont dressé des cartes, peuvent parler de la culture nariscène avec passion (l’auteur en parlait sans doute d’ailleurs dans ses appendices mais j’avoue que c’est trop pour moi) et dresser l’historique de la Culture à travers les âges. Je ne fais pas partie malheureusement de cette catégorie et peut-être me faudra-t-il d’autres romans de Banks pour mieux appréhender son monde (car vu la richesse de ce dernier, je pense que Trames doit faire partie d’un ensemble plus vaste). Pour l’instant, je suis comme Ferbin, un tantinet larguée…

Repost 0
21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 12:28

Babylon babies

Maurice G.Dantec

 

 

Un jour mon grand frère m’a dit : « Tiens, plutôt que de lire des histoires débiles où des trolls s’entretuent, avec des intrigues moyenâgeuses, pourquoi ne pas lire de vrais ouvrages de science-fiction comme Dantec ? Il paraît que c’est bien. »

 

A noter le « il paraît ».

 

Donc du coup pris d’une bonne volonté sans pareille, je me décide à lire un ouvrage de ce fameux Dantec. Bonnes critiques, bonne réputation… Va pour Babylon babies, le titre a l’air sympa et surtout c’est le premier que je trouve en pile.

L’histoire commence de façon confuse par un mercenaire, Toorop, amateur de Sun Tzu, en train de tuer gaiement d’autres soldats dans le désert (on s’éclate comme on peut) Pour qui travaille-t-il, j’ai déjà oublié, pour les terroristes ou pour les autres ? Bref, ça change rien au fait qu’il récite des prières en assassinant ses ennemis et médite sur la stratégie en les regardant se faire bouffer par les charognards. Suit une longue tirade géopolitique confuse mêlant technique militaire et philosophie à trois sous. A ce stade la stupide femelle que je suis et qui n’éprouve absolument aucune once d’intérêt pour cette vaste boucherie que l’on nomme guerre et tactique (y a vraiment que les hommes pour se passionner pour Sun Tzu ou Jules César) regarde par la fenêtre et se demande 1) si ce livre est réellement de la science-fiction 2) ce qu’il y a à la télé ce soir.

Mauvais départ. Mais soyons opiniâtre. Passons l’entrée en scène d’autres personnages aussi ennuyeux que le premier (des mafieux sibériens, c’est fou d’avoir l’impression de lire de la SF qui se déroule en pleine guerre froide) pour arriver au cœur du récit. Notre soldat, Toorop, est chargé d’une mission par les mafieux en question : emmener et garder au Canada pendant quelques mois une jeune femme énigmatique, Marie Zorn, et ce jusqu’à ce que des « clients » viennent la récupérer. Ne loupez pas ce passage, c’est assurément la partie la plus réussie du livre, celui qui se passe quasiment en huis clos avec Toorop, Marie et deux acolytes chargés eux aussi de surveiller la jeune femme. La question est : que représente Marie, qui plus est schizophrène, pour qu’elle soit si précieuse ? Ou plutôt : que transporte-t-elle ? Rassurez-vous ceci dit, l’intrigue est vite éventée, des fois qu’on pourrait y trouver un intérêt. Notre seule personnage féminin à peu près attachant de l’histoire (toutes les autres sont soit des bombes sexuelles soit au contraire de vilaines frigides dominatrices et castratrices) se révèle être enceinte de jumelles clonées pour le compte d’une secte qui espère conquérir l’espace avec une nouvelle race d’êtres supérieurs.

Huuum… Vous êtes toujours là ? C’est beau. Bref, suite à de nombreuses crises de schizophrénie, les employeurs de Marie décident de la supprimer, mais elle, grâce à ses jumelles en contact avec l’ordinateur-mère et le logiciel tout puissant, ou alors grâce à ses multiples personnalités, bref, on ne sait comment, elle parvient à rendre ses gardes du corps fous et à s’enfuir. Et après…Ben comme c’est une faible femme enceinte forcément, elle se fracasse le crâne dès qu’elle en a l’occasion mais, heureusement se fait récupérer par une autre secte (ou la même peut-être ?) qui la soigne pour qu’elle accouche. Toorop lui aussi atterrit dans cette secte et fait connaissance avec un écrivain de SF Dantzig (monsieur Dantec, ne seriez-vous pas un brin mégalo ?) qui prédit le futur dans ses livres et l’avènement d’une nouvelle race clonée supérieure. Suit une passionnante conversation entre les deux personnages sur le clonage, l’informatique et la stratégie militaire, passionnante conversation que je ne serais malheureusement pas en mesure de vous retranscrire car elle se mêle bizarrement à celle de mon petit écran où l’agent Gibbs explique à sa supérieure que le corps qu’il a retrouvé n’est peut-être pas celui de leur présumée victime.

Fin du supplice littéraire. Marie accouche mais meurt (il faut bien un sacrifice… Ah tiens, mince je viens réaliser la connotation biblique du prénom du personnage, pourtant pas subtile. Décidément ce livre m’a touchée) et donne naissance à ses jumelles. Toorop se sent aussitôt l’âme d’un père car il est entré en contact avec le cerveau de la mère via un logiciel super puissant et du coup se sent en communion spirituelle. Il prend en charge les deux enfants tandis que le monde commence à s’écrouler autour de lui. Mais on s’en fout, tout ce qui importe c’est que ce foutu roman se termine.

 

C’est super non ? Un délire informatico-stratégigo-scientifique saupoudré d’une bonne dose de new age. Un ouvrage de science-fiction qui sent déjà le rance et d’un ennui mortel. J’aurais peut-être dû lire autre chose de Dantec, peut-être Les racines du mal. En attendant, mon frère peut râler tant qu’il veut : je retourne à mes trolls tueurs et mes auteurs de fantasy qui eux, au moins, ont l’avantage de ne pas se prendre au sérieux…

 

 

Repost 0
8 septembre 2008 1 08 /09 /septembre /2008 19:40

Extras

Scott Westerfeld

 

Imaginez…

Un monde où le physique grâce à la chirurgie est devenu si malléable que la laideur n’existe plus.

Un monde où les villes sont devenues immenses et tentaculaires et où la nature n’est plus qu’une randonnée éducative pour les plus jeunes.

Un monde où tout ou presque est permis mais un monde paradoxalement policé et lisse où seul compte le mérite ou la célébrité.

C’est dans ce monde que Scott Westerfeld nous invite aujourd’hui à pénétrer avec son livre Extras.

Petite précision : Extras est en fait le quatrième tome d’une série qui en comptera cinq. Aussi je me permets de faire un rapide résumé des trois volumes précédents, Uglies, Pretties et Specials.

Le monde est devenu un ensemble de villes gigantesques qui a banni toute nature de sa politique. Anti-écologique ? Pas du tout puisque le déboisement n’existe plus, pas plus que la chasse ou la cueillette. Les hommes se nourrissent de plats synthétiques (qui ressemblent assez à des bolinos pour les initiés) et se contentent de profiter de la vie sur leurs planches volantes et d’organiser des fêtes grandioses. Dans ces villes, la vie commence à seize ans puisque c’est à seize ans, rite de passage, que vous avez les droit de subir une opération chirurgicale qui vous transformera en Pretty, en être magnifique et symétrique (rien de pire qu’un visage dissymétrique !), vous permettra d’habiter dans le quartier de Prettyville et de participer vous aussi à toutes sortes de réjouissances. Avant les seize ans, vous êtes Ugly, un être tout ce qu’il y a de plus normal et confiné dans les quartiers appropriés.

Tally Youngblood aurait dû elle aussi subir l’opération et l’attendait avec impatience. Mais entraînée par son amie Shay elle est malgré elle entraînée dans un camp de rebelles qui se révolte contre le système Pretty/Ugly. Tally découvre ainsi que l’opération chirurgicale a aussi comme conséquence d’ôter aux sujets une partie de leurs cerveaux et d’en faire des « têtes vides ». Elle décide alors de se rebeller à son tour et, après avoir elle-même subi plusieurs opérations et plusieurs re-programmations, elle parvient à renverser le système. Désormais, les gens ne deviendront plus idiots en devenant Pretty et ils auront la possibilité de choisir ce qu’ils veulent ou non faire de leurs corps.

Fin du résumé.

Le début d’Extras se situe plusieurs années après ce qui reste connu sous le terme de « déferlement  d’intelligence ». L’action a lieu dans une ville du Japon cette fois et met en scène une jeune adolescente, Aya. Le déferlement d’intelligence n’a pas provoqué l’arrêt des opérations pas plus que le système de castes. L’intelligence a besoin de plus de ressources que la bêtise c’est pourquoi désormais pour obtenir certaines faveurs, dans la ville d’Aya, il vous faut soit le mériter par une contribution au bien public, soit en devenant célèbre, et ce quel que soient les moyens employés. Aya est donc une Extra, l’une de ces milliers de personnes anonymes qui rêvent de devenir connus pour obtenir la reconnaissance et la gloire. Aya n’a qu’une idée en tête : « claquer » sur son site une histoire inouïe. A force de persévérance elle parvient à mettre la main sur un scoop : la découverte d’un amoncellement de métal qui pourrait signifier une opération terroriste de grande envergure. Le hic c’est que cette révélation n’est pas sans conséquences et que la jeune fille met bientôt sa vie en danger…

Un peu décevant, le quatrième opus de la série n’a pas l’aspect froid, si j’ose dire métallique, des trois volumes précédents. Uglies, Pretties ou Specials avaient un certain côté amoral, une certaine cruauté dans l’écriture et le personnage de Tally était plutôt complexe. Extras est nettement plus gentillet. Le principe de la ville comme une gigantesque émission de télé-réalité est bien trouvé mais reste peu exploitée tandis que l’auteur préfère s’engouffrer dans une intrigue alambiquée qui, au final, se révèle décevante (bon je vais pas révéler la fin mais sachez qu’en fait notre brave héroïne à aucun moment n’est réellement en danger) Le personnage d’Aya est trop lisse et n’évolue guère au long des pages, restant la petite adolescente qui veut devenir célèbre quoi qu’il arrive. Quant au retour de Tally il ne présente pas vraiment d’intérêt si ce n’est pour les amateurs de la série…

Alors me direz-vous, que reste-t-il ? Et bien il reste l’univers créé par Scott Westerfeld et qui vaut assurément le coup : ce décor tout de buildings et d’acier où se pressent des multitudes de personnages tous différents : les beaux et les laids, ceux qui s’implantent des infrarouges sous les paupières, ceux fascinés par la technologie et ceux qui préfèrent les soirées à paillettes, les scarificateurs et les personnages de mangas (les bienfaits de la chirurgie !) ceux qui vouent un culte aux religions anciennes et ceux qui vouent un culte aux logiciels, ceux qui ont subi une opération pour toujours dire la vérité et ceux qui prennent parti de se fondre dans l’anonymat le plus complet… Ajoutez à cela tous les bons vieux gadgets du futur qui nous font rêver : les planches volantes et les bracelets anticrash, les aérocams (caméras volantes pour simplifier) et les fentes murales qui vous servent en médicaments et vêtements selon les besoins. Bref, un univers résolument moderne (quand j’ai lu le livre, j’avais l’impression très nette d’écouter en même temps de la musique techno) qui peut séduire ou repousser mais qui a le mérite d’être fouillé et relativement crédible. Alors, rien que pour ça, ça vaut le coup de continuer la série et d’attendre le dernier volume qui sortira en novembre…

Repost 0
31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 13:46

La zone du dehors

Alain Damasio


 

Après La horde du contrevent place aux premier livre écrit par Damasio, La zone du dehors. Une chose saute déjà aux yeux : il faut clairement que Damasio renonce à trouver les titres de ces ouvrages.

Nous sommes ici clairement dans la science-fiction pure et dure. 2084 : La plupart des terriens ont migré sur la lune pour échapper à la guerre bactériologique et aux bouleversements climatiques. Là, à l’abri du Cerclon, dans une ville protégée d’un dehors hostile, ils vivent une vie en apparence parfaite. Parfaite ? Leur monde est devenu un cocon sous contrôle permanent. Tout est filmé, les pancartes vous rappellent vos droits, vos devoirs « pour votre santé », « pour votre sécurité », les gens sont évalués chaque année en fonction de leurs critères sociaux, affectifs, professionnels… Souriez vous êtes gérés ! tel est le credo de ce monde où l’argent se partage le pouvoir avec les policiers et les médias sous couvert de confort et de sécurité et où chaque personne est classée et identifiée. Face à ça, un mouvement se dresse ; la Volte. Dirigé par Capt, le héros de l’histoire, le but de ces insoumis est clair : faire réagir les gens et leur redonner une fantaisie et une spontanéité qu’ils ont depuis longtemps perdu…

J’ai été bien ennuyée pour rédiger cette note. Je me suis triturée la cervelle pour savoir comment diable j’allais pouvoir vous présenter le roman qui à mon sens est très engagé. Autant vous le dire, si certaines des idées exposées par l’auteur m’ont séduites, je ne suis pas franchement d’accord avec toutes ses théories, en particulier avec un certain nihilisme et une sympathie pour Nietzsche que je suis loin de partager. Ceci dit, je n’ai pas créé ce blog pour étaler mes convictions personnelles, et je préfère donc vous livrer une analyse de La zone du dehors d’un point de vue littéraire en essayant de rester la plus objective possible, même si nous savons tous que ce genre de gageure est presque toujours vouée à l’échec.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce roman, c’est l’univers créé par l’auteur, ce monde froid et uniforme où toute forme de communication n’est devenue possible que dans les centres de rencontre, où les gens ne se parlent plus, ne se voient plus, où la pensée est devenue uniforme et empreinte d’un politiquement correct de bon aloi. Sécurité et confort ont remplacé la liberté, les médias sont devenus une dictature, mais une dictature bienveillante ne croyez pas ça ! Toute la subtilité de ce monde réside dans ce paradoxe ; ce sont les gens eux-mêmes qui se créent leur prison, comme le souligne d’ailleurs Damasio dans sa postface. A partir de là comment se révolter envers soi-même ?

Et c’est là où le bât blesse : car, loin de jouer sur cette schizophrénie, Damasio oppose à une société bien-pensante, représentée par les médias, les policiers et le gouvernement, des jeunes gens plein de fougue, philosophes, artistes, prêts à faire mordre la poussière à ce monde et apparemment exempts de ces faiblesses que nous connaissons tous : faiblesse intellectuelle, goût pour notre petit confort, sécurité facile… De là découle de La zone du dehors un manichéisme qui agace parfois. Qui plus est, malgré la multiplication des points de vue (procédé narratif que Damasio reprendra par la suite dans La horde du contrevent) aucun des personnages ne parvient de ce fait à susciter le moindre intérêt ; ils sont trop lisses pour être attachants.

L’autre défaut de cette œuvre, à mon sens ,est un bavardage excessif. Ça parle, ça parle, ça évoque en vrac Gilles Deleuze, Nietzsche ou Foucault, et, au final, l’action piétine parfois au profit de discours interminables. Il est difficile d’ignorer les opinions de Damasio mais je me demande s’il n’aurait pas été plus subtil de les amener à travers des scènes bien choisies. Ainsi, l’épisode dans un supermarché où le héros, Capt, se voit refuser son identification car il est, selon l’ordinateur, « décédé » est à mon sens plus réussie et plus révélatrice qu’une page et demi sur les méfaits de la consommation et de l’industrialisation.

Au final déçue ? Oui et non. Oui car après La horde du contrevent, j’avais espéré beaucoup de Damasio. Non car il s’agit je pense d’un premier roman. Non car, comme je l’ai souligné, l’univers présenté par l’auteur est très réussi (ce qui est le plus inquiétant d’ailleurs c’est que le nôtre tend de plus en plus à lui ressembler) et que j’ai apprécié énormément certains passages : le moment où une enfant se fait blesser par l’action de la Volte et comment cet accident, qui apparaît comme brute et terriblement réel, perd peu à peu de sa consistance une fois que les médias se sont l’appropriés pour devenir un spectacle dans lequel il est difficile de démêler le sincère de la comédie ; il a aussi cette scène où Capt, prisonnier, joue pour se distraire à un jeu vidéo dans lequel il doit s’attraper lui-même ou cet autre moment où il est torturé en étant mis en permanence face à face avec son reflet. Jolie métaphore de cette schizophrénie qui sommeille en chacun de nous ! Au final un sentiment mitigé mais un roman qui a le mérite de poser des questions et une science-fiction qui renoue avec Orwell et Huxley…

 

Repost 0
14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 14:54

La horde du contrevent

Alain Damasio

 

Ok, le titre est pourri, on est d’accord. Et la preuve, c’est que jamais je n’aurais eu l’idée de lire un roman pareil si mon frère ne m’en avait pas parlé. Mais après le « Il paraît que c’est génial » j’étais curieuse de découvrir Damasio.

Le roman oscille entre fantasy et science-fiction. Ils sont 23 à former une horde ; il y a Golgoth, le chef, un caractériel brillant mais un peu dérangé, il y a Caracole, le troubadour énigmatique, Pietro le prince altier, le diplomate de la bande, Erg, le combattant protecteur… 23 personnes, qui dans un monde balayé par des vents sont en quête de l’Extrême Amont, le bout du monde, en quête d’un paradis et de l’origine des vents.

La question qui se pose très vite est « pourquoi » ? En effet, si toutes les quêtes des romans de l’imaginaire sont motivées par des nécessités impérieuses (genre sauver la terre du Mal absolu ou la princesse greluche) il apparaît très vite que la quête des personnages de Damasio s’apparente à celle du Graal ; aucune certitude, aucune nécessité si ce n’est la gloire et l’immortalité. La horde du contrevent (car tel est son nom) risque à plusieurs reprises sa vie pour contrer les vents, non pas par obligation mais pour apprendre à les connaître ! Quête du savoir que reflète bien le personnage de Sov le scribe ou encore le troubadour dont les fonctions à première vue ne paraissent pas indispensables.

C’est paradoxalement cette quête de l’absurde qui fait tout son charme à une histoire narrée tour à tour par chacun des divers protagonistes. Depuis le grand Golgoth jusqu’à la petite dernière, Coriolis, chacun y va de son point de vue dans un mélange de voix qui fait écho au bruit du vent, le personnage principal du roman. De ce fait, on s’attache à chacun des membres du groupe à travers un périple qui ceci dit en conduira plus d’un à la mort. Je dis juste ça pas pour vous dégoûter mais pour vous prévenir : nous sommes loin d’être dans la fantasy traditionnelle avec le happy end de rigueur et le manichéisme bon teint : Erg est un assassin, Golgoth un malade mental, Callirhoé une nymphomane.. L’important est qu’on ne peut les limiter à une définition simpliste et  qu’au-delà des étiquettes, nous avons des personnages profondément humains avec qui nous partageons joies et douleurs.

Bien plus, ce qui caractérise La horde du contrevent, c’est sa qualité d’écriture. Nous ne sommes pas dans le registre du facile avec de la bonne grosse action ponctuée ça et là de quelques pointes d’humour, typiquement littérature de l’imaginaire. J’ai déjà souligné l’originalité de la narration ; il faut également noter la richesse du champ lexical et un style soigné qui ne tombe pas pour autant dans le précieux. Bref, une lecture fluide qui contribue à nous faire immerger dans un univers de science-fiction fascinant (villes flottantes, matériel de pointe, personnages dotés de pouvoirs surnaturels) et ne nous coupe jamais dans une action soigneusement dosée mais toujours terriblement prenante.

Vous l’avez compris : j’ai adoré ce livre et je ne peux que le recommander, même à ceux qui ne sont pas forcément adeptes de la littérature de l’imaginaire.  Quant à moi, je suis disposée non seulement à acheter La horde du contrevent pour ma bibliothèque personnelle, mais également à aller trouver d’autres livres de Damasio si tant est qu’il en ait fait d’autres. Dernier petit conseil de lecture : au début, gardez bien sous le coude le marque-page dans le livre pour vous aider à comprendre qui prend la parole et, pour le reste… profitez-en !

Repost 0