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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 12:10

L02.jpgMon année Made in France

Benjamin Carle

éditions Plon

2015

 

C'est une bien étrange expérience que s'est imposé Benjamin Carle, jeune journaliste de vingt-cinq ans : pendant un an, il s'est employé à vivre 100% français. Facile me direz-vous ? C'est ce que lui aussi croyait jusqu'à ce qu'il découvre que seulement 5% de son ameublement était Made in France. Exit télé et réfrigérateur, le pays n'en fabrique plus, adieux jeans... bonjour marinières et espadrilles, t.shirts à trente euros... Vive les produits frais locaux par contre il faut oublier le café et son Iphone, oublier les séries américaines et David Bowie.

Mon année Made in France, sous ses dehors légers, est une réflexion assez sérieuse sur la désindustrialisation de notre pays et sur la mondialisation en général. L'auteur s'interroge : faut-il s'entêter à faire vivre des entreprises locales en payant plus cher et en favorisant un protectionnisme qui peut sembler rétrograde ? Ou, à l'inverse, consommer à tout va sans se soucier de la provenance de ce qu'on achète ? La réponse est loin d'être évidente et, tout au long du livre Benjamin Carle fait de nombreuses rencontres qui ont sur ce débat des conceptions radicalement opposées. De l'ancien ministre Arnaud de Montebourg à l'ancien directeur de l'OMC, des ex salariés de Reynolds à l'économiste Philippe Manière, personne ne pense pareil et notre journaliste lui-même a bien du mal à se faire une opinion, prenant tantôt un parti, tantôt l'autre et incapable de déterminer ce qu'il vaut mieux faire ou pas, soucieux de consommer responsable tout en pestant devant son bol de chicorée dans sa cuisine vide. Mon année Made in France est donc un livre ambivalent, au demeurant bien documenté, et qui, sans prôner telle ou telle attitude, met le lecteur/ consommateur devant la situation en leur disant : "Maintenant vous savez". Libre ensuite à chacun de faire ses propres choix en son âme et conscience. Pour ma part, sans vouloir réitérer l'expérience de Benjamine Carle, je pense que je ferai désormais un peu plus attention aux étiquettes...

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 10:37

L01.jpgMes sincères condoléances

Les plus belles perles d'enterrements

Guillaume Bailly

éditions de l'Opportun

2014

 

Le saviez-vous? Il y a beaucoup de petits malins qui se croient originaux en se faisant incinérer sur Allumer le feu de Johnny Halliday. Contrairement à une idée reçue, venir au monde coûte beaucoup plus cher que de mourir. Et non, les croques-morts ne "profitent" pas du malheur des gens ou alors il faudrait dire la même chose des pompiers ou des médecins.

Guillaume Bailly travaille depuis près de vingt ans dans les pompes funèbres et nous livre ici un ouvrage tiré de son expérience. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le livre est très drôle : en effet, l'auteur choisit volontairement des anecdotes légères (la femme qui vient le voir pour enterrer... son chien, l'homme qui se trompe en croyant enterrer son père et enterre un parfait inconnu, des proches qui choisissent pour un défenestré la musique I believe I can fly..)  mais il choisit surtout de dédramatiser son sujet : un autre aurait pu faire un récit pesant, grave et plein de réflexions philosophiques. Guillaume Bailly n'a pas cette prétention : certaines de ses histoires ne sont pas drôles, loin s'en faut (petits vieux morts depuis des mois, suicide par un TGV...) mais il essaie toujours de garder un ton léger, parfois un peu satirique cependant quand il dépeint des proches uniquement obsédés par l'argent ou des aspirants volontaires qui croient que le métier de croque-mort ressemble à celui de Six Feet Under. J'aime beaucoup son style, cet humour noir qui n'est pas exempt de compassion : bon nombre d'histoires m'ont touchée (la petite fille de quatre ans qui demande à sa mère de sortir du cercueil parce que c'est plus drôle) , certaines m'ont fait rire. De façon générale, moi qui ne pouvait m'empêcher d'avoir un a priori sur les pompes funèbres, je dois admettre que le livre m'a plus ou moins réconciliée avec l'idée. Peut-on se moquer de la mort? Oui, à condition que cela soit fait avec intelligence ce qui est le cas ici car, après tout, pour Guillaume Bailly, la mort est un client comme un autre...

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 18:27

L01.jpgPromenade de santé

Fluorette

éditions Grasset

2014

 

Dans la lignée des médecins blogueurs, permettez-moi aujourd'hui de vous présenter Fluorette. Fluorette aurait pu être urgentiste, pédiatre, spécialiste, mais elle a opté pour le voie la plus "ingrate" et est devenue généraliste. C'est son quotidien de généraliste en campagne qu'elle choisit ici de nous raconter, d'abord en tant que remplaçante puis en tant que propriétaire d'un cabinet, avec tous les soucis matériels et moraux que cela implique.

Tiré d'un blog, Promenade de santé est loin d'être un ouvrage complaisant. Fluorette n'est pas tendre avec le système médical dont elle pointe fréquemment les dérives : visiteurs médicaux qui ont trop d'influence, patients qui se font renouveler des médicaments sans même une consultation ou, à l'inverse, patients qui consultent pour un rien à toute heure du jour et de la nuit... Fluorette n'est pas tendre avec elle-même non plus puisqu'elle se remet fréquemment en question et s'interroge régulièrement sur ses choix et sur ses pratiques. Cela ne l'empêche pas pour autant de défendre bec et ongles un métier qu'elle adore et de s'insurger contre tous ceux qui assimilent les généralistes à une bande de fainéants trop payés. Promenade de santé est intéressant de ce fait car c'est un livre un peu dur par endroits mais très touchant, le journal d'une généraliste qui est sans cesse tiraillée entre son amour du métier et des gens et son ras-le-bol des tracas du quotidien et du manque de reconnaissance de sa profession. C'est aussi l'histoire de patients divers et variés qui évoluent dans la vie de Fluorette, malades grincheux ou amicaux, vieillards méfiants ou jeunes filles perdues, hypocondriaques ou dépressifs... Les récits de tous ces êtres ponctuent un ouvrage qui est loin d'être parfait (Fluorette a parfois une tendance à l'auto-apitoiement et digresse à de nombreuses reprises) mais qui reste très émouvant et que, pour ma part, j'ai largement préféré à Alors voilà, pourtant beaucoup plus médiatisé.

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 12:00

L02.jpgAu risque d'aimer

Claude Béata

éditions Odile Jacob

2013

 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Au risque d'aimer n'est pas un roman d'amour malgré son titre un tantinet racoleur. Edité par la plus ou moins sérieuse maison d'édition Odile Jacob, ce livre a été écrit par un vétérinaire spécialisé dans le comportement animal et qui s'intéresse ici à la notion d'attachement chez les animaux. Les animaux sont-ils capables d'aimer ? S'attachent-ils à leurs congénères notamment à leurs mères ou aux humains uniquement par nécessité biologique ou y a-t-il quelque chose de plus profond derrière ? Parsemant son ouvrage d'anecdotes et de faits scientifiques, Claude Béata se penche sur l'amour chez les animaux, de la naissance à la mort, l'occasion pour l'auteur d'observer des comportements parfois semblables de façon troublante à celui des humains.

Claude Béata le dit et le redit à de nombreuses reprises tout au long du livre : il ne s'agit pas de faire de l'anthropomorphisme et de considérer l'animal de la même façon qu'un homme. Il s'agit en revanche de lui accorder une psychologie et des sentiments et de ne pas le ravaler au rang de simple machine mise en mouvement par des instincts. Ainsi, dans Au risque d'aimer, nous apprenons que les souris sont capables d'empathie et qu'elles souffrent quand elles voient l'une de leurs congénères souffrir, nous apprenons aussi qu'un chien est capable de porter le deuil de son maître éternellement, que les dauphins peuvent tout aussi bien être des amis fidèles et de précieux alliés que des violeurs et que les oiseaux ne sont pas forcément monogames.

Rien à dire, cet ouvrage est vraiment très intéressant, parsemé d'exemples et d'expériences scientifiques ainsi que de témoignages directs de l'auteur. La seule chose que je lui reprocherais c'est sa structure désordonnée. Pour un livre qui se veut quand même scientifique, l'ensemble est plutôt fouillis et la progression dans l'argumentation ne saute pas aux yeux. Sans doute meilleur orateur et meilleur vétérinaire que essayiste, Claude Béata se perd dans les détails et de multiples anecdotes, s'égare parfois pour revenir sur son sujet... mais quel sujet ? Le lecteur malgré toute sa bonne volonté est parfois perdu. Le thème était peut-être un peu trop vaste, un peu trop ambitieux; Claude Béata aurait dû peut-être se restreindre à l'attachement chez un seul animal plutôt que de s'intéresser aussi bien à la souris qu'à l'éléphant. Au risque d'aimer n'en reste pas moins une réflexion utile et pleine de bon sens que je recommanderai à tous les amoureux des animaux mais également à tous ceux qui ne voient en ces derniers que de la viande sur pattes...

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 09:56

L02.jpgAlors voilà

Les 1001 vie des Urgences

Baptiste Beaulieu

éditions Fayard

2013

 

Interne aux Urgences, le narrateur a vingt-huit ans. A l'étage, il gère une patiente en phase terminale qui n'attend plus pour mourir que l'arrivée de son fils Thomas, coincé dans un aéroport par la faute du volcan islandais. Pour la faire tenir, notre héros se met en tête de lui faire le récit des anecdotes de l'hôpital : quotidien des médecins, gardes de nuit, patients divers et variés, expériences personnelles, il décrit le monde médical à la mourante durant sept jours dans l'espoir de lui faire retrouver son fils à temps, l'occasion pour l'auteur de faire découvrir à son lecteur le monde bruyant et intense des Urgences...

Ce récit m'a laissée un sentiment pour le moins mitigé je dois le reconnaître. Parlons d'abord de la construction du livre qui a été très habilement pensé : inspiré d'un blog, Alors voilà aurait pu n'être qu'une succession d'historiettes mis bout à bout mais l'auteur fait l'effort d'un récit linéaire qui se déroule sur sept jours et inspiré des 1001 nuits. ça c'est la réussite. Le défaut, c'est un style pas forcément au rendez-vous d'une telle construction, un peu comme si vous trouviez une table en formica dans une maison Art Nouveau. L'autre chose qui m'a fait tiquer, c'est l'omniprésence du narrateur (attention hein, je dis bien le narrateur et non pas l'auteur) qui, loin de s'effacer derrière les histoires prend à mon sens trop de place et nous abreuve d'une philosophie orientale qui personnellement a toujours eu tendance à me faire me sauver en courant. Notre Shéhérazade en blouse blanche qui plus est nous déverse ses états d'âme en veux-tu en voilà ce qui ne colle pas à mon sens avec la simple mission proclamé d'humble spectateur. Inutile de vous dire que si Alors voilà était un roman, je le descendrai en flammes. Mais, pour le coup, comme il s'agit d'un témoignage, j'ai envie d'être beaucoup plus indulgente, car le témoignage en question est plein de bonnes intentions. Il s'agit de réconcilier les soignants-soignés et de faire partager à des lecteurs des anecdotes véridiques sur le quotidien des Urgences. Certaines sont très drôles : l'homme qui prend la pilule à la place de sa compagne quand celle-ci oublie, l'adolescente de quatorze ans et sa famille qui font la fête en apprenant que celle-ci est enceinte alors que les soignants s'attendaient à une crise, la religieuse qui croit que Dieu s'est incarné en gastro pour la tester. A l'inverse, d'autres sont très tristes: la femme qui apprend qu'elle a un cancer du sein, la vieille que sa famille laisse à l'hôpital à Noël pour s'en débarrasser et qui meurt seule, la femme qui parle sans arrêt de son fils alors que celui-ci est mort... Si le narrateur est parfois un peu agaçant avec son côté donneur de leçons, il a aussi un côté profondément humain qui touche et qui fait oublier le discours moralisateur. Voilà tout ce que j'ai à dire sur un livre qui laisse dans la bouche un goût doux-amer, plutôt intéressant mais que je ne conseille pas ceci dit aux dépressifs et aux hypocondriaques.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 19:43

L03.jpgLes grands mensonges de l'histoire

Patrick Pesnot/ Mr X

éditions Hugo et compagnie

 

Nous le savons tous, il n'y a rien de plus difficile à appréhender que l'Histoire et les événements qui l'ont fait, tant il est délicat d'aborder un sujet de manière objective sans se laisser influencer par sa culture, ses opinions ou tout simplement ses émotions. De là ont découlé bon nombre de mystifications que Patrick Pesnot et monsieur X, tous deux chroniqueurs sur France Inter, s'emploient à raconter dans Les grands mensonges de l'histoire. Leur propos est de démonter tous ces mensonges ou demi-vérités qui ont changé la face du monde pour le meilleur ou pire, forgés par des hommes qui avaient tout intérêt à réécrire l'Histoire. Depuis le sacre de Clovis jusqu'aux coulisses de la guerre d'Irak, les deux auteurs se penchent sur des faits plus ou moins arrangés quand ils n'ont pas été inventés de toutes pièces et qui ont eu de lourdes répercussions...

Le propos du livre est assez intéressant et nous met particulièrement en garde contre tout ce qui est instruments de propagande ou complots gouvernementaux. Il est facile de faire aller l'Histoire dans le sens que l'on souhaite, pour peu qu'on en ait les moyens. La recherche documentaire ainsi que le travail d'investigation des deux auteurs n'est pas ici à mettre en doute. En revanche, je reste un peu sceptique devant l'écriture de l'ouvrage. Y-a-t'il eu deux plumes ou une seule? S'il y en a deux, il y en a clairement une qui n'est pas à l'aise car certains chapitres sont vraiment très mal écrits, avec un style emphatique et des points d'exclamation à toutes les lignes. Vous connaissez ma haine du point d'exclamation en temps ordinaire et je le tolère d'autant moins dans un ouvrage d'histoire: en effet, ce dernier se doit à mon sens d'avoir une vision neutre et sobre des événements, et le style doit se conformer à cette rigueur objective. Or, rien n'indique plus la subjectivité qu'un point d'exclamation. S'il n'y a qu'un écrivain, vraisemblablement Patrick Pesnot, il faut alors supposer que certains "mensonges" le touchaient plus et qu'il lui était plus délicat de garder un ton objectif pour les traiter, ce qui l'a fait sombrer dans une écriture médiocre.... Voilà. Au-delà du style, si j'ai mis un certain temps à finir Les grands mensonges de l'histoire c'est parce que l'essentiel des sujets traités tournent autour de la seconde guerre mondiale et de la Guerre Froide et que, soyons honnête, ces tranches de l'Histoire ne sont pas, et de loin, mes favorites. Oui je sais, c'est mal mais je n'y peux rien, le nazisme, le stalinisme ou la Baie des Cochons, tout cela me gonfle royalement et si je comprends qu'il est utile d'en savoir un minimum, je m'écoeure assez vite des carnages et des manipulations en tous genres, hélas pas si lointaines que ça. Vous l'avez donc je pense compris; le livre de Pesnot et Mr X n'est pas mal mais il est surtout réservé aux amateurs de complots politiques et d'espionnage qui y trouveront largement leur compte...

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 10:34

L08.jpgLe roman de Raspoutine

Vladimir Fédorovski

éditions Livre de Poche

 

Raspoutine... Si ce nom n'évoque rien pour vous si ce n'est la chanson d'Abba, il est urgent de vous pencher un peu sur l'histoire russe. Pas la peine ceci dit de l'aborder avec le livre dont nous allons parler aujourd'hui.

Le roman de Raspoutine, livre de Fédorovski, l'historien le plus prolifique en terme d'ouvrages plus ou moins bons, raconte l'histoire du conseiller des Romanov, Grigori Raspoutine, sans doute la figure la plus énigmatique du XXe siècle. Tout dans cet homme est étrange, depuis sa philosophie bien particulière (très croyant, il prônait néanmoins l'idée que, pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher) jusqu'à son assassinat : empoisonné, abattu par balles, il meurt finalement noyé après avoir prédit sa mort et celle du tsar et de sa famille.

Le parti pris de l'auteur est intéressant puisqu'il s'emploie à réhabiliter un personnage que l'histoire a diabolisé. En effet, connu pour ses frasques sexuelles, son influence pernicieuse auprès de la tsarine et ses pratiques mystiques dont on ne savait trop si elles étaient d'origine divine ou satanique, Raspoutine a été surnommé "le saint diable" et il est difficile encore aujourd'hui de se prononcer sur un homme aussi insaisissable qu'il l'était. Or, si Fédorovski ne dissimule pas les parts d'ombre du personnage, il semble cependant éprouver une certaine admiration pour le conseiller, rappelant son parcours atypique, celui d'un paysan quasi illettré qui, par son seul charisme, s'est hissé dans les faveurs des plus grands, un homme connu pour ses pouvoirs de guérison (il a ainsi "sauvé" à plusieurs reprises le tsarevich) et qui de son temps n'a jamais laissé indifférent. La mort même de Raspoutine est entrée dans la légende! Hélas pour l'auteur, le style de la "biographie" n'est pas à la hauteur du personnage. Il paraissait difficile de rendre ennuyeux un tel sujet, pourtant l'historien y arrive à ravir, multipliant les anecdotes sans intérêt, ressassant sans arrêt les mêmes histoires (la virilité impressionnante de Raspoutine, ses délires mystiques) au détriment de l'aspect plus politique du personnage. L'ouvrage souffre d'un mauvais découpage (chapitres trop courts ou trop longs, passages sans aucun rapport avec Raspoutine) et donne l'impression d'une histoire écrit à la va-vite par petites touches et sans aucune cohérence. Le style même est assez plat. De ce fait, le lecteur reste sur sa faim, avec le vague sentiment de s'être fait avoir. Pour en savoir un peu plus sur Raspoutine, peut-être vaut-il mieux aller chercher ailleurs...

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:13

L01.jpgJe crève la forme

A.J. Jacobs

éditions Jacqueline Chambon

 

Après avoir vécu un an selon les préceptes de la Bible et testé différents concepts comme la vérité absolue (dire la vérité tout le temps en toutes circonstances) ou la sous-traitance au quotidien (ou comment sous-traiter les querelles avec sa femme) notre journaliste préféré A.J Jacobs se lance dans un nouveau défi. Obnubilé par sa santé et par la triste conscience de sa mortalité, il décide de tester et d'appliquer toutes les méthodes possibles et inimaginables pour devenir l'homme le plus sain de la Terre... Il se lance dans le sport, la diététique, compare les différents régimes que ce soit le protéiné ou le crudivore, teste graines et jus, fait l'examen de la moindre parcelle de son anatomie, de ses pieds à ses oreilles en passant par ses testicules, va courir pieds nus dans le parc pour retrouver ses réflexes d'homme des cavernes ou, au contraire, fait la guerre au moindre microbe qui traîne, entraîne son cerveau, éveille son odorat...

Je l'aime bien Jacobs. N'importe quel auteur aurait pris prétexte de ce livre pour se moquer des différentes méthodes abordées; mais notre petit journaliste, tout comme pour ses précédents ouvrages, applique tout ce qu'il fait avec la meilleure foi du monde. S'il tire ses propres conclusions, il ne se permet aucun jugement de valeur. Je crève la forme est de fait un livre qui n'est jamais méchant ou suffisant. Loin de se placer en gourou de la diététique, Jacobs reconnaît son humble ignorance en la matière et ne s'épargne pas tout au long de son expérience (étalée sur plus de deux ans), ce qui ne l'empêche pas d'émettre ça et là des remarques désopilantes qui rendent vraiment le livre très drôle: ah cette scène ou sa tante Marti, chasseuse de toxines, vient inspecter son intérieur, ah ce moment où l'auteur décide de remplacer ses toilettes favorisant les hémorroïdes par des toilettes où il faut s'accroupir au-dessus de la cuvette (meilleur pour la santé a priori) Casques anti-bruits, testeur de sommeil, jus, tapis roulant pour marcher tout en tapant à l'ordinateur... autant de gadgets que Jacobs a expérimenté. Et, si sa conclusion reste mitigée (est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine au fond et une vie sans chocolat vaut-elle la peine d'être vécue?) il tire néanmoins de ces deux ans quelques enseignements utiles et nous livre une réflexion à la fois drôle et mélancolique sur notre destinée de mortel...

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 19:17

L01.jpgOn/Off

Ollivier Pourriol

éditions NiL

 

Je pense peut-être être l'une des rares personnes à ne connaître Pourriol que par ses livres; j'ignorais en effet qu'il avait été chroniqueur au "Grand Journal" sur Canal Plus durant la saison 2011-2012. C'est cette expérience télévisuelle qu'il raconte dans On/Off, livre qui se présente uniquement sous la forme de dialogues et qui, mois après mois, retrace le parcours du philosophe romancier, depuis son premier jour catastrophique jusqu'à son éviction pure et simple du programme. Un véritable parcours du combattant qui rend compte d'un univers  particulièrement difficile: il faut jouer des coudes pour se faire une place mais pas trop pour ne pas s'attirer les foudres des autres, être intelligent mais pas trop pour ne pas ennuyer le public, se débrouiller pour ne pas se faire couper au montage quitte à tricher un peu, parler de culture mais pas de livres...Tout un code que Pourriol ne maîtrise pas et qui le conduit à sa perte...

Oui certes, je suis sans doute un peu de parti pris, car je n'aime pas du tout "Le Grand Journal" et l'esprit Canal en général et j'avoue que j'ai pris un plaisir mesquin à voir quelqu'un s'y attaquer. Ce qu'Ollivier Pourriol fait assez intelligemment d'ailleurs; il choisit la forme des dialogues, ce qui donne au récit un aspect clinique, purement descriptif et ne le rend que plus accablant. L'auteur a également l'intelligence de ne pas s'épargner dans son histoire: il avoue humblement un salaire mirobolant pour un rôle de potiche et son incapacité à se fondre dans la jungle télévisuelle. Il y a souvent des scènes assez drôles et plutôt cyniques dans le livre: des chroniqueurs qui avouent gaiement qu'ils ne lisent pas les livres qu'ils sont supposés chroniquer, un héros qui se fait systématiquement couper au montage si bien que personne ne comprend trop ce qu'il fait là y compris lui-même, des producteurs et des rédacteurs qui veulent de la culture mais pas trop... Au-delà de cette attaque féroce, Ollivier Pourriol nous livre une réflexion plus générale sur le monde de la télévision et sur ses coulisses et démontre à son lecteur que ce que nous voyons à l'écran n'est qu'une toute petite partie de la réalité. Une réalité déformée, tronquée, modulée au gré des envies et des fantaisies de ceux qui gèrent l'émission. Bref, On/Off est un ouvrage plaisant, bien mené, et démontre que si son auteur n'est peut-être pas un homme de télévision, il est indiscutablement un écrivain...

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 19:47

L02.jpgNââândé!?

Eriko Nakamura

éditions NiL

 

Aujourd'hui nous allons parler d'un genre dont vous connaissez tous ma grande passion: le témoignage. Un genre un peu fourre-tout capable du bon mais surtout du pire. Je situerais le livre du jour, Nââândé, entre les deux extrêmes, dans une médiocrité plutôt sympathique.

Dans ce récit court, Eriko Nakamura, japonaise mariée à un français et qui vit depuis maintenant dix ans à Paris, raconte son expérience de la capitale et son choc lorsqu'elle découvre une culture radicalement différente de la sienne: métro, médecin, magasin, conception du couple ou de la famille, soirées et loisirs... Le contraste est violent et choque à de nombreuses reprises la malheureuse expatriée, d'où cette exclamation Nââândé!? qui revient couramment ponctuer le livre...

Le témoignage de Nakamura a fait sur moi plusieurs impressions contradictoires: par moments, il m'a agacée je dois le reconnaître car il égrène bon nombre de poncifs sur les parisiens; les retards, les vendeurs agressifs, les serveurs cavaliers, les grèves... Le tout bien sûr sur un ton qui suggère la supériorité des japonais dans certains domaines mais qui a tendance à faire hausser des épaules le français moins regardant (ainsi par exemple l'auteur est ulcérée car au restaurant, on lui donne l'addition alors qu'elle ne l'a pas demandée) qui trouve ces japonais bien chichiteurs. A d'autres moments, Nââândé m'a fait sourire, lorsque Nakamura fait l'expérience de situations totalement contraires à sa culture: chez le médecin,  elle découvre ainsi avec horreur qu'il lui faut se déshabiller devant un homme! Le tout sans l'aide d'une infirmière bien entendu. Elle découvre aussi une mentalité radicalement différente de la sienne et j'avoue avoir beaucoup ri devant son choc lors de soirées où tout le monde se querelle (les japonais ne s'invitent pas entre eux et choisissent avec soin leurs sujets de conversations pour ne choquer personne) ou en entrant pour la première fois dans une boucherie (les japonais mangent très peu de viande). Mais surtout, Nââândé m'a intéressée dans la mesure où il souligne les contrastes entre la culture japonaise et la culture française. Pour moi qui souhaitais en découvrir davantage sur les japonais, j'en ai eu un petit aperçu assez intéressant: leur pudeur, leur extrême réserve mais aussi leur conception assez "sèche" du mariage et de la famille, ainsi qu'un savoir-vivre tellement poussé à l'extrême qu'il exclut toute spontanéité. Sur le ton de l'humour, Nakamura nous apprend ainsi une ou deux choses intéressantes. Ce n'est pas le livre du siècle, loin s'en faut: les chapitres sont courts, le style basique et il m'a fallu à peine une heure pour le lire dans son intégralité. Ceci dit, cela reste un témoignage assez drôle et qui me poussera d'autant plus à être gentille avec mes prochains clients japonais, histoire de ne pas les traumatiser dans leur expérience de la France...

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