Rain
Virginia Bergin
éditions Bayard
2014
La vie de Ruby Morris prend un tour plutôt sympa ces temps-ci. Certes elle doit se coltiner son beau-père Simon, amateur d'oiseaux et de randonnées, certes son petit frère d'un an la réveille la nuit, mais après des semaines d'approche elle a enfin pu embrasser le beau Caspar dans le jacuzzi de son ami Zac. Hélas, tout dégénère assez vite lorsqu'elle voit arriver affolés les parents de ce dernier qui enferme tous les adolescents chez eux. La pluie arrive et la pluie est désormais devenue mortelle, transportant un virus extraterrestre tueur et extrêmement contagieux. En quelques heures, le quotidien de Ruby vole en éclats.
Je sais ce que vous allez me dire : c'est encore une dystopie, comme il y en a désormais des centaines, et vous commencez à en avoir assez. Certes. Mais celle-ci est très originale : non pas par le sujet mais par le style et par la façon dont est racontée l'histoire. Pour vous donner une idée, tandis que je lisais cet ouvrage, je lisais en parallèle le nouveau John Greene. J'ai dû arrêter car les deux romans se mêlaient dans mon esprit. Sauf que dans l'un rien de dramatique ne risque d'arriver si ce n'est une histoire d'amour et quelques larmes, tandis que dans Rain, l'humour omniprésent n'est rendu que plus grinçant par la cruauté du sujet, une adolescente qui voit sa famille et ses amis décimés et qui essaie de rester légère dans un monde apocalyptique. Il faut dire aussi une chose : Ruby est drôle. Si la plupart des protagonistes de dystopies ne sont jamais très crédibles, se transformant en super-warriors bienveillants, notre héroïne elle réagit comme les personnages secondaires habituels : elle oublie sans cesse qu'elle doit faire attention à l'eau et ne doit sa survie qu'à l'intervention de son beau-père et beaucoup de chance, elle pille les magasins de vêtements pour se faire le look dont elle rêve, elle pique tous les animaux de compagnie de ses voisins avant de réaliser qu'ils ne cohabitent pas forcément tous ensemble, est un peu perdue sans sa mère.. Le décalage entre la narration et le sujet produit de ce fait un mélange détonnant, un humour corrosif qui ne nous épargne pas les descriptions gores (le chien qui se promène tout content avec le bras de la voisine, l'odeur de la mère et du bébé qui pourrissent dans la chambre...) et ne les rend que plus horribles. Sous ce style faussement léger transparaît très souvent la douleur de Ruby (lorsqu'elle chante la berceuse de sa mère ou qu'elle abandonne l'un des chiens par exemple) qui n'a au fond que son humour et sa désinvolture apparente pour se réapproprier un monde qui lui est devenu hostile et effrayant. Jamais l'humour n'a été autant la politesse du désespoir...