Bibliothèque classique idéale
de Homère à Marc-Aurèle
éditions les Belles Lettres
Après une longue absence, me voici de retour pour vous parler d’un livre qui va peut-être en faire bâiller plus d’un. Mais il faut se résigner : les vacances sont finies et il faut parler un peu d’œuvres plus sérieuses… jusqu’à la prochaine fois.
Si j’ai adoré étudier le latin au lycée et en fac, j’avoue que j’ai lu très peu d’auteurs antiques, « hors scolaires » (Ovide, Cicéron, Tacite) Le livre dont je vais vous entretenir Bibliothèque classique idéale se proposait justement de palier à ce manque en proposant un florilège d’auteurs gréco-romains sous forme d’extraits divers et variés. Ainsi dans ce recueil, nous avons ici rassemblés pas moins de trente-deux auteurs et plus de soixante textes. Nous retrouvons les textes les plus célèbres (L’énéide, L’Odyssée) comme les plus confidentiels, des philosophes (Marc-Aurèle, Platon, Epictète) des dramaturges (Sophocle, Eschyle) des « moralistes » (Esope) ou encore des historiens (Tacite, Suétone) Bref, vous l’avez compris, un vaste choix.
Et, comme dans tout recueil, il y a à boire et à manger. Le lecteur ne peut pas tout aimer et trouvera son bonheur au hasard des textes et selon ses goûts personnels. Personnellement, une bonne partie des auteurs m’a laissée indifférente. Ainsi, je n’ai guère goûté le style de Pindare tandis que Cicéron est aussi insupportable à lire en français qu’il l’était déjà en latin. Le châtiment de Prométhée dans Prométhée enchaîné (Eschyle) ne m’a guère touchée et je me suis rappelée à quel point je n’aimais pas Platon en relisant le mythe de la caverne. Au flamboyant Homère, je préfère sans conteste le plus discret Virgile et c’est avec plaisir que j’ai relu la descente aux enfers d’Enée et la mort de Didon, grand moment tragique. De ce fait, les accents désespérés de la reine de Carthage ne sont pas sans rappeler ceux de Hermione, bien des années plus tard dans Andromaque de Racine. Euripide, salué comme « le plus tragique des poètes » par Aristote, m’a nettement moins séduite que Sophocle, plus sobre dans ses effets. Aristophane m’a fait rire quand il met en scène des femmes qui, pour contraindre leurs maris à cesser de faire la guerre, décide de faire « la grève du sexe » jusqu’à ce qu’elles aient obtenu le vote de la paix (Lysistrata) ; en revanche ce même Aristophane m’a passablement ennuyée quand, opposant dans une de ses pièces deux personnages, la mauvaise et la bonne éducation, il laisse le moraliste prendre le pas sur l’auteur comique (Les Nuées). Enfin citons Jules César dont on lira les récits de guerre plus par curiosité historique que littéraire, ne serait-ce que pour le fameux « Veni vidi vici » et l’emploi de la troisième personne du singulier pour se désigner lui-même…
Vous l’avez compris au hasard de ces réflexions, au lecteur de se forger ses propres préférences et de trouver son bonheur dans cette Bibliothèque classique idéale qui a le mérite de toucher tous les genres et le plus d’auteurs possibles, quitte à revenir plus tard sur l’un d’eux plus en profondeur. Et puis, même si même aucun d’entre eux (ce qui m’étonnerait fort) ne vous a touchés, au moins vous pourrez frimer à peu de frais en société en évoquant l’air de rien les doctrines platoniciennes ou stoïciennes…