Où on va, papa ?
Jean-Louis Fournier
Editions Stock
J’ai longtemps hésité sur le classement de cet ouvrage. Roman ou témoignage ? Finalement, j’ai opté pour le classement adopté en librairie ; dommage pour ma catégorie témoignage qui ne se remplit pas beaucoup.
L’auteur, Jean-Louis Fournier, plus connu pour ses ouvrages humoristiques (personnellement je me souvenais surtout de ses livres Mon dernier cheveu noir… et de Je vais t’apprendre la politesse p’tit con) se lance dans un registre assez différent. Après avoir évoqué l’histoire de son père dans Il n’a jamais tué personne mon papa, il parle cette fois de ses deux enfants, Mathieu et Thomas, qui sont tous les deux handicapés physiques et mentaux.
Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en lisant Où on va papa ? Je crois que je m’attendais à l’une ou l’autre des attitudes « traditionnelles » ; l’une qui affirme que les enfants handicapés sont un don du Ciel et qu’ils font la joie de leurs parents, l’autre qui tombe au contraire dans le larmoyant et qui réclame à grands cris l’euthanasie pour mettre fin aux souffrances de leurs chérubins. Je vous rassure, Jean-Louis Fournier ne choisit aucune de ses attitudes. Son livre, construit sous forme de courts chapitres (une à deux pages) se présente sous forme d’anecdotes, et le ton est, si j’ose le qualifier, plutôt féroce. L’auteur se présente d’emblée comme un père médiocre, qui vit le handicap de ses enfants comme un poids : « Si un enfant qui naît, c’est un miracle, un enfant handicapé, c’est un miracle à l’envers » et qui n’a absolument aucune patience. Pire ! Il se moque lui-même de ses enfants, raille le « Où on va papa ? » que son fils Thomas répète inlassablement, se montre sans pitié sur leur aspect physique et leurs capacités mentales, rit de leurs bêtises, bref fait preuve d’un cynisme qui peut déranger, voire choquer. Cruel ? Non, car cette apparente cruauté n’est que le masque d’une souffrance vécue au quotidien, souffrance qui transparaît lorsque l’auteur réalise que ses enfants n’auront jamais une vie normale : « Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie » Qui plus est, se dégage une réelle tendresse pour ceux que Jean-Louis Fournier surnomme ces « deux petits oiseaux » tendresse qui apparaît notamment à la mort de Mathieu ; l’auteur explique que cette mort n’est pas moins dure que celle d’un enfant « normal » et ce décès n’apparaît pas du tout comme une délivrance.
Je ne crois pas qu’il y ait de leçons à tirer de ce roman ; peut-être est-ce pour ça que ce n’est pas un témoignage. Pour témoigner, il faut rendre compte, mais l’auteur ne rend compte au fond de pas grand-chose, se contentant de faire vivre ses deux enfants à travers ces pages « pour qu’on ne les oublie pas ». Il prend le parti de rire de leur handicap et de se moquer d’eux mais aussi de lui-même, antithèse absolue du père dévoué. Je l’ai déjà dit, c’est plutôt dérangeant, mais c’est aussi très drôle et le contraste entre le sujet traité et le style de l’auteur est si violent qu’on ne peut s’empêcher de sourire, voire même de rire à certains passages. Je pense que certains détesteront, et je ne peux que citer l’auteur : « Tu n’as pas honte, Jean-Louis, toi, leur père, de te moquer de deux petits mioches qui ne peuvent même pas se défendre ? Non. Ça n’empêche pas les sentiments » Après, c’est toujours l’éternel débat : Peut-on rire de tout ? Mais ça c’est une autre histoire…