La chaussure sur le toit Vincent Delecroix
Editions Gallimard
Me revoilà. Il est temps de remettre un peu d’ordre dans ce blog qui a été squatté honteusement par la famille au complet. Désolée au fait pour les commentaires qui ont sauté : accidentellement j’ai fait une mauvaise manipulation ! Le retour n’est pas définitif mais normalement, d’ici fin septembre tout devrait être rentré dans l’ordre. La bonne nouvelle (ou la mauvaise diront certaines mauvaises langues) c’est que j’ai plein de notes d’avance du coup je risque d’avoir un rythme plus soutenu ces prochains jours et en octobre… (qui dit pas d’ordinateur dit beaucoup plus de lecture) Voilà, voilà, mille excuses à tous !
Reprenons en douceur avec un roman composé en fait de dix nouvelles, chacune ayant pour fil rouge… une chaussure sur un toit. Que fait cette chaussure abandonnée sur le toit de cet immeuble et qui diable a bien pu l’y mettre ? Autour de cette épineuse question, au demeurant totalement inutile, l’auteur, Vincent Delecroix s’amuse à imaginer dix histoires mettant en scène un personnage témoin ou acteur du phénomène, partant du principe, comme il l’explique dans sa neuvième nouvelle que « si l’on voulait dire la vérité de cette chaussure, il faudrait s’y prendre autrement (…) ne pas abolir le principe de raison, mais le saturer c’est évident (…) ne pas fuir l’explication, fournir toute l’explication, toutes les explications possibles. » Ainsi, la chaussure est tour à tour celle d’un amoureux agile, d’un bandit, d’un amant dépité, d’un fou, et même d’un ange !
La chaussure sur le toit est un exercice de style ; il pourrait être le résultat d’un atelier d’écriture : « Une chaussure sur le toit d’un immeuble : imaginez toutes les péripéties possibles qui ont pu aboutir à cette conclusion. » L’auteur d’ailleurs semble beaucoup s’amuser à broder sur le thème de cette chaussure et certaines de ses saynètes sont particulièrement réussies : l’histoire du chien et de son maître dépressif qui, convaincu d’être seul, finit par se retrouver seul pour de bon ; l’homme qui, au lendemain d’une fête n’a de cesse de rechercher une belle inconnue dont il n’a plus que la chaussure ; le présentateur de télévision frappé d’une crise mystique qui le conduit à la folie… Très à l’aise dans le registre léger et cynique, Vincent Delecroix est en revanche beaucoup plus maladroit dès qu’il s’aventure sur un terrain qui ne lui semble pas forcément familier. Ainsi, sa nouvelle sur une jeune fille dont l’amoureux sans papier se fait expulser par la police tombe complètement à plat. Trop larmoyante, l’histoire ne parvient pas à toucher. De même, sa réécriture d’une tragédie grecque dans un style contemporain est profondément ennuyeuse : incapable de s’approprier les personnages mythiques, le récit tourne à la pédanterie et, pour le coup, toutes les ficelles de l’auteur apparaissent avec leurs limites.
Vous l’avez compris : c’est inégal. Mais il est presque plus difficile de faire un recueil de nouvelles parfait qu’un roman parfait, ce qui n’est pas peu dire. Donc, s’il faut noter la prose de Vincent Delecroix, ce sera avec ce commentaire : « Peut mieux faire, mais néanmoins très encourageant. »